‹ La perle noire (volume 2)Chapitre 13 sur 187 · LE ROSE ET LE BLANC · texte numérisé non relu

LE ROSE ET LE BLANC

II ne faut pas anticiper sur les événements : l’empressement de communiquer au lecteur mon système de Tâme et de la bête m’a fait abandonner la description de mon lit plus tôt que je ne devais. Lorsque je l’aurai terminée, je reprendrai mon voyage à l’endroit où je l’ai interrompu dans le chapitre précédent. — 6 Je vous prie seulement de vous ressouvenir que nous avons laissé la moitié de moi-même tenant le portrait de Mme de Hautcastel tout près de la muraille, à quatre pas de mon bureau. J’avais oublié, en parlant de mon lit, de conseiller à tout homme qui le pourra d’avoir un lit couleur de rose etio blanc : il est certain que les couleurs influent sur nous au point de nous égayer ou de nous attrister, suivant les nuances. — Le rose et le blanc sont deux couleurs consacrées au plaisir et à la félicité. — La nature, en les donnant à la rose, lui a donné la couronne de l’empire de Flore ; — et lorsque le ciel veut annoncer 15 une belle journée au monde, il colore les nues de cette teinte charmante au lever du soleil.

Un jour nous montions avec peine le long d’un sentier rapide ; l’aimable Rosalie était en avant, son agilité lui donnait des ailes ; nous ne pouvions la suivre : — tout à coup, arrivée au 20 sommet d’un tertre, elle se tourna vers nous pour reprendre haleine, elle sourit à notre lenteur. — Jamais, peut-être, les deux couleurs dont je fais l’éloge n’avaient ainsi triomphé. — Ses joues enflammées, ses lèvres de corail, ses dents brillantes, son cou d’albâtre, sur un fond de verdure, frappèrent tous les 25 regards. Il fallut nous arrêter pour la contempler ; je ne dis rien de ses yeux bleus, ni du regard qu’elle jeta sur nous, parce que je sortirais de mon sujet, et que d’ailleurs je n’y pense jamais que le moins qu’il m’est possible. Il me suffit d’avoir donné le plus bel exemple possible de la supériorité de ces deux 3o

VOYAGE AUTOUR DE MA CHAMBRE

couleurs sur toutes les autres, et de leur influence sur le bonheur des hommes.

Je n’irai pas plus avant aujourd’hui. Quel sujet pourrais-je traiter qui ne fût insipide? Quelle idée n’est pas efîacée par 5 cette idée? — Je ne sais même quand je pourrai me remettre à l’ouvrage. — Si je le continue, et que le lecteur désire en voir la fin, qu’il s’adresse à l’ange distributeur des pensées, et qu’il le prie de ne plus mêler l’image de ce tertre parmi la foule des pensées décousues, qu’il me jette à tout instant.

10 Sans cette précaution, c’en est fait de mon voyage.

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