‹ La perle noire (volume 2)Chapitre 31 sur 187 · INVENTAIRE · texte numérisé non relu

INVENTAIRE

J’ai voulu dire quelque chose de ces malheureux dans mon voyage, parce que l’idée de leur misère est souvent venue me distraire en chemin. Quelquefois, frappé de la différence de leur situation et de la mienne, j’arrêtais tout à coup ma 20 berline, et ma chambre me paraissait prodigieusement embellie. Quel luxe inutile ! Six chaises ! deux tables ; un bureau ! un miroir ! Quelle ostentation ! Mon lit surtout, mon lit couleur de rose et blanc, et mes deux matelas, me semblaient défier la magnificence et la mollesse des monarques 25 de l’Asie. — Ces réfiexions me rendaient indifférents les plaisirs qu’on m’avait défendus. Et de réflexions en réflexions, mon accès de philosophie devenait tel que j’aurais vu un bal dans la chambre voisine, que j’aurais entendu le son des violons et des clarinettes sans remuer de ma place ; — j’aurais entendu de mes so deux oreilles la voix mélodieuse de Marchesini, cette voix qui

VOYAGE AUTOUR DE MA CHAMBRE

m’a si souvent mis hors de moi-même, — oui, je l’aurais entendue sans m’ébranler ; — bien plus, j’aurais regardé sans la moindre émotion la plus belle femme de Turin, Eugénie ellemême, parée de la tête aux pieds par les mains de Mlle Rapoux.

5 — Cela n’est cependant pas bien sûr.

XXXIT

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