‹ La perle noireChapitre 4 sur 8 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Although Mr. V. Sardou has written a fevv novels, his mind is essentially of the dramatic order. The foUowing is the account given of him in Vapereau's Dictionnaire universel des Contemporains : —

" Sardou (Victorien), a French dramatic author, mem- "ber of the French Académie^ born in Paris, Sept. 7, 1831, "is the son of a tutor, the author of some elementary " classical works. He studied medicine and then abandoned " it to dévote himself to historical studies."

"To provide himself with means at this time, which ** was to him a period of want and wretchedness, he gave " lessons in history, in philosophy and in mathematics, and " wrote articles for reviews, for dictionaries, and for the " daily papers, and at the same time he tried his hand at "writing for the stage. La Taverne des Étudiants^ com- "posed by him, was performed at the Odéon on April ist, " 1854, and its failure was so complète that he was driven "from the stage for a while. In 1858 he married Mlle, de " Brécourt whose connection with the théâtre brought about " an acquaintance with Mlle. Déjazet the celebrated actress, " who was lessee of the théâtre named after her. He then " took up writing for the stage as a profession, and not only

" made a large fortune, but very rapidly secured popularity . " Of some 40 plays which he wrote, we may particularize the following as having been the most successful : — Les Gens nerveux^ Les Pattes de mouche^ La Perle noire (adapted from the présent novel), La Famille Benoitony Nos bons Villageois^ Patrie^ Rabagas^ Daniel Rochat^ and Thermidor which has lately been the subject of so much controversy in Paris.

When Mr. Sardou was requested to be kind enough to allow this novelette to be placed in Hache ttes's Séries of Modem French Authors, in giving his consent the author called it an " ouvrage de jeunesse^ A youthful work indeed in the sensé that it breathes the lofty and chivalrous spirit* of the enthusiastic period of youth, and it certainly has this peculiarity of good fruit that there remains an agreeable flavour behind it. Many readers may find La Perle noire too short to satisfy them, but short as the work is, it abounds in lively idiomatic phrases which not only teach the use of the French language but exhibit ako many of the characteristics of the French nation, and those who read this little book with attention to the rules of grammar which are illustrated in it may leam a great deal of accidence and syntax in a very pleasant way. If, to facilitate this, I may be allowed to offer a suggestion, it will be that a twofold translation be made of each idiom, the one quite literal, enabling the learner to familiarize himself with its correct use, and the other in a freer style so as to impress upon his memory the exact équivalent in English.

Quand il pleut à Amsterdam, il pleut bien, et quand le tonnerre s'en mêle, il tonne bien ; — c'est la réflexion que faisait, un soir d'été, à la nuit, mon ami Balthazar Van der Lys, en courant le long de TAmstel pour regagner son logis avant l'orage. Malheureusement le vent du Zuyderzée cou- s rait plus vite que lui. Une épouvantable rafale s'abattit tout à coup sur le quai, secouant les volets, brisant les enseignes, tordant les girouettes ; et une certaine quantité de pots de fleurs, de tuiles, ^espions et de serviettes détachés des toits ou des fenêtres, s'en allèrent pêle-mêle dans le lo canal, suivis du chapeau de Balthazar, qui eut toutes les peines du monde à ne pas suivre son chapeau. — Après quoi le tonnerre éclata ; après quoi les nuages crevèrent \ — après quoi Balthazar fut mouillé jusqu'aux os et se mit à courir de plus belle. 15

Pourtant, à la hauteur de l'Orphelinat, il se rappela qu'il est dangereux d'étabUr des courants par ces temps d'orage. Les éclairs se succédaient sans relâche; le tonnerre grondait coup sur coup : un malheur est vite arrivé. — Cette remarque l'épouvanta tellement qu'il se jeta à l'aveuglette sous un au- 20 vent de boutique, où quelqu'un le reçut dans ses bras et faillit rouler à terre avec lui, — un monsieur tranquillement assis sur une chaise ; — et ce monsiçur n'était ^utre que notre

ami commun, Cornélius Pump, que je vous donne pour le premier savant de la ville.

"Tiens!... Cornélius!... Que diable fais-tu là sur une chaise ? dit Balthazar en se secouant.

S — Oh ! là ! là ! répondit Cornélius inquiet, ne t'agite pas ainsi : tu vas casser le fil de mon cerf-volant ! "

Balthazar se retourna, croyant que son ami se moquait de lui ; mais il le vit, non sans stupeur, gravement occupé à ramener à lui, par un fil de soie, le plus beau cerf-volant 10 qu'Amsterdam eût jamais vu flotter dans les airs. Ce majestueux joujou se balançait sur le canal à une hauteur prodigieuse, et ne semblait regagner la terre qu'avec dépit. Cornélius tirait, le cerf-volant tirait, et le vent, compliquant la difficulté, s'amusait beaucoup de ce petit débat. Mais ce 15 qui était bien fait pour provoquer l'admiration, c'est la queue du cerf-volant, deux fois plus longue qu'elle ne l'est d'ordinaire, et tout agrémentée de petits flocons de papier, en quantité innombrable.

" Quelle diable d'idée, s'écria enfin Balthazar, de jouer au 20 cerf-volant par un temps pareil ?

— Je ne joue pas au cerf-volant, nigaud, répondit Cornélius en souriant de pitié, je constate la présence de l'acide nitrique dans les nuages chargés d'électricité...: témoin, ajouta le savant, qui, cette fois, saisit le cerf- volant décidé-

25 ment vaincu, et qui jeta un coup d'œil sur les petits papiers dont la queue était garnie..., témoin mon papier de tournesol qui est rougi, comme tu vois...

— Ah ! bon, répliqua Balthazar avec le sourire un peu narquois de l'ignorant qui ne comprend rien à ces puérilités

30 de la science !... ah ! c'est pour étudier !... Joli moment !

— Je crois bien, répondit naïvement Cornélius, et quel

observatoire!... Regarde-moi cela ! — Pas de maisons rapprochées ! Un bel horizon ! Dix paratonnerres en vue, et tout en feu ! — Voilà assez longtemps que je le guette, ce scélérat d'orage et que je me promets de venir ici le regarder nez à nez ! " 5

Un violent coup de tonnerre éclata sur ces mots.

" Va ! va ! reprit Cornélius, gronde et grogne tant que tu voudras ; je te tiens et je te dirai ton fait !

— Et que vois-tu là de si intéressant ? dit Balthazar, que Teau du ruisseau commençait à envahir, et qui n'était pas de 10 belle humeur.

— Pauvre homme, répliqua Cornélius avec un sourire de pitié ; réponds-moi, qu'est-ce que cela?...

— Parbleu ! c'est un éclair ! dit Balthazar ébloui.

— Oui, mais de quelle nature ?. . . 15

— De la nature des éclairs.

— Tu ne m'entends pas, reprit Cornélius, il y a éclair et éclair. — Nous avons l'éclair de première classe^ en forme de sillon lumineux, resserré, très arrêté sur les contours, affectant la forme du zigzag et la couleur blanche, purpurine ou 20 violacée ; — puis l'éclair de seconde classe^ nappe de lumière étendue, généralement rouge, qui peut embrasser tout l'horizon ; — et enfin l'éclair de troisième classe^ roulant, rebondissant, élastique et de forme le plus souvent sphérique ; mais est-il réellement globulaire, ou bien n'est-ce qu'une 25 illusion d'optique?... Voilà précisément le problème qui me taquine depuis si longtemps ! — Tu me diras, il est vrai, que les globes de feu ont été parfaitement observés par Howard, Schiibler, Kamtz...

— Oh ! je ne dis rien du tout, répondit Balthazar ; voici 30 l'eau qui gagne, et je voudrais bien m'en aller.

— Attends-moi, dit Cornélius ; quand j'aurai vu mon éclair sphérique...

— Ma foi, non ; je ne suis (qu'à trois cents pas de ma maison, je me risque. Et si tu veux bon feu, bon souper,

S bon lit au besoin, et en fait de globe, celui de ma lampe, je t'offre tout cela. — Est-ce dit ?

— Attends un peu, mon éclair ne peut tarder..." Balthazar, sans répondre, allait s'élancer dans la rue,

quand, subitement, un éclair sinistre et cuivré déchira la

lo nue, et au même instant la foudre éclata avec un effroyable

vacarme à quelques centaines de pas. — La secousse fut si

violente que Balthazar fléchit sur ses genoux et faillit choir.

" Il y a globe positivement, dit Cornélius ; et cette fois je

Tai bien vu : allons souper ! "

15 Balthazar, aveuglé et étourdi, se ramassait.

'* I^ foudre est tombée du côté de ma maison !

— Non ! répondit Cornélius, c'est sur le quartier des Juifs ! "

Balthazar, sans l'écouter, se mit à courir en dépit du 20 danger, et Cornélius, rassemblant ses petits papiers et se coiffant de sa chaise, se décida à le suivre malgré la pluie qui redoublait.

A l'entrée du Zwanenburger-straat, où est sa demeure, mon ami Balthazar fut complètement rassuré. — Aucune 25 flamme n'illuminait la rue, et la maison était encore à sa place. Il franchit d'un bond l'escalier du perron et frappa deux ou trois coups en maître. — Toutefois, on s'empressa si peu d'ouvrir, que Cornélius eut le temps de le rejoindre. Balthazar frappait à tour de bras.

30 " Conçoit-on cette Christiane qui n'ouvre pas ? "

A la fln, Christiane se décida. Elle était pâle à faire

peur ; ses mains tremblaient, et c'est à peine si elle pouvait parler...

" Ah ! monsieur, dit-elle, avez-vous entendu ce coup de tonnerre?...

— Il t'a donc rendue sourde ? répondit Balthazar en S s'élançant dans la maison ; vite ! du linge, ma fille, un grand feu et le couvert !...''

Il franchit les quatre ou cinq marches de Tescalier d'une enjambée ; et, poussant la porte de la grande salle, il alla tomber dans son fauteuil avec un soupir de soulagement. lo Cornélius suivait avec sa chaise...

Une heure après, les deux amis achevaient de souper, les coudes sur la table, et narguaient le vent et la pluie qui faisaient rage au dehors.

" Voici, dit Cornélius, Je plus joli moment de la journée. 15 Une bonne bouteille de curaçao blanc, un bon feu, de bon tabac, et un bon ami pour jaser avec vous : il n'y a pas mieux, n'est-ce pas, Christiane?... '*

Christiane allait et venait, posant sur la table le lourd cruchon de grès et les verres antiques aux pieds légers. Son 20 nom, prononcé par Cornélius, la fit rougir, mais elle ne répondit rien, toute frissonnante qu'elle était encore de sa frayeur.

Christiane (il est temps de vous le dire) était une jeune fille élevée par charité dans la maison de notre ami Balthazar, 25 et je vous demande la permission de vous conter son histoire si vite que vous n'aurez pas le temps de vous impatienter. Quelque temps après la mort de son mari,

madame Van der Lys, la mère de Balthazar, était un jour à la messe, quand elle sentit une légère secousse à sa robe ; et, s'avisant que quelqu'un pourrait bien en vouloir à sa bourse, elle prit si bien son temps qu'elle saisit sur le fait la 5 main de son voleur. C'était une main de petite fille, toute mignonne, toute rose, toute fraîche. — La brave dame eut les larmes aux yeux de voir ces petits doigts de chérubin s'exercer si vite à mal faire. Son premier mouvement fut de relâcher l'enfant par pitié ; le second de la retenir par

lo charité, et c'est à quoi elle se décida, la bonne âme ! Elle emmena chez elle la petite Christiane qui pleurait, ayant peur d'être battue par sa tante. Madame Van der Lys la consola, la fit causer, et en apprit assez pour comprendre que le père et la mère de l'enfant étaient de ces bohémiens

15 qui courent les kermesses ; que la petite fille avait été rompue dès son jeune âge à tous les exercices des saltimbanques ; que le père s'était tué en exécutant un tour de force ; que la mère/ était morte de misère; et enfin que la prétendue tante était une mégère qui rouait de coups la

20 petite fille et qui l'instruisait à voler. — Je ne sais si vous avez connu madame Van der Lys, mais c'était une aussi bonne femme que son fils est un brave garçon. Elle garda l'enfant, que sa tante ne vint pas réclamer, comme bien vous pensez : elle l'éleva, lui apprit à lire, écrire et

25 compter ; et ce fut bientôt un petit modèle de douceur, de décence et de bonnes façons. Et puis quelle ménagère !... Quand la pauvre dame mourut, elle eut du moins la consolation de laisser à son fils, avec sa cuisinière, la vieille Gudule, qui était sourde et qui commençait à trébucher un

30 peu, une jeunesse de quinze ans, alerte et vive, qui ne laisserait jamais s'éteindre le feu de Balthazar ni refroidir son

dîner, et qui savait où trouver le beau linge et la belle argenterie pour les jours de gala. — Avec cela, polie, avenante, douce et jolie : — c'était du moins Topinion de Cornélius, qui avait découvert dans ces yeux-là des éclairs bien autrement intéressants que ceux de la troisième classe... — S Mais chut ... Je m'arrête ici pour ne pas médire.

Je puis ajouter pourtant que Christiane faisait bon accueil à Cornélius, qui lui prêtait de bons livres : le jeune homme, en sa qualité de savant, faisant plus de cas d'une femme de ménage comme Christiane que des plus belles poupées de lo la ville, lesquelles bien souvent ne sont bonnes à rien. Mais ce soir-là, il semblait que l'orage eût paralysé la langue de la jeune fille. Elle avait refusé de prendre place à table, où son couvert était mis comme à l'ordinaire...; et sous prétexte de servir les deux amis, elle allait et venait, écou- 15 tant mal, répondant de travers, et faisant le signe de croix à tous les éclairs... jusqu'au moment où Balthazar, se retournant, ne la vit plus et pensa qu'elle s'était retirée dans sa chambre. — Quelques minutes après, il alla prêter l'oreille à la porte de cette chambre qui ouvrait sur la grande salle, 20 parallèlement au cabinet d'étude ; comme il n'entendit rien, il resta convaincu que la jeune fille dormait déjà, et vint se rasseoir près de Cornélius en bourrant sa pipe.

" Qu'a-t-elle donc ce soir ? dit Cornélius, en désignant du geste la chambre de la jeune fille. 25

— C'est l'orage, répondit Balthazar, les femmes sont si peureuses !

— Si elles ne l'étaient pas, ami Balthazar, répondit Cornélius, nous n'aurions pas l'immense bonheur de les protéger comme des enfants... celle-là surtout, qui est mignonne et 30 frêle !... Je ne peux pas la regarder, vraiment, que les

pleurs ne me viennent aux yeux, c'est si doux, si bon... si tendre ! — Ah ! la charmante enfant !

— Eh là ! maître Cornélius, répliqua Balthazar en souriant, vous êtes presque aussi enthousiaste de mademoiselle

S Christiane que du tonnerre ! "

Cornélius rougit un peu et murmura :

" Ce n'est pas la même chose !

— Naturellement... répondit Balthazar en éclatant de rire, et prenant amicalement les deux mains de Cornélius. —

10 Voyons, lui dit-il avec ce bon sourire qui vient du cœur, et qui fait qu'on ne peut pas s'empêcher d'aimer ce garçon-là ; est-ce que tu crois que je ne vois pas ce qui se passe?... Mais tu ne joues pas seulement au cerf-volant sur l'Amstel, — grand enfant que tu es..., tu joues aussi à la raquette avec

15 Christiane..., et ce sont vos deux petits cœurs qui servent de volants...

— Comment, tu crois ? balbutia le savant déconcerté.

— Mais voilà trois mois, ami Cornélius, et je ne pense pas que ce soit pour mes beaux yeux seulement,... trois

20 mois que tu viens ici deux fois par jour : à midi, en allant à ton cours du jardin zoologique, et à quatre heures en en sortant.

— C'est le chemin le plus court, hasarda timidement Cornélius.

2$ — Oui, pour te faire aimer...

— Mais...

— Voyons, reprit Balthazar sans l'écouter, raisonnons : Christiane n'est pas une jeune fille comme une autre ; c'est un petit cœur et une petite tête bien intelligents, je t'en

30 réponds ; et assez pour admirer un savant comme toi. Tu lui serres les mains, tu t'inquiètes de sa santé ; tu lui prêtes

des livres qu'elle dévore. C'est un petit cours de chimie à propos d'une tache sur sa robe..., d'histoire naturelle au sujet d'un pot de fleurs, ou d'anatomie comparée à l'occasion du chat !... Elle t'écoute de toutes ses oreilles, de tous ses yeux ; et tu ne veux pas que l'amour se mette de la par- s tie, entre un professeur de vingt-cinq ans et une écolière de dix-huit ?

— Eh bien, je l'aime, quoi ! répondit résolument Cornélius, que veux-tu y faire ?

— Et toi ? 10

— Eh bien ! je veux l'épouser.

— Eh bien ! alors, dis le donc !

— Eh bien ! mais je le dis !

— Eh bien ! alors, embrasse-moi donc ! s'écria Balthazar,

et vive la joie ! moi aussi je me marie ! 15

— Oh !... fit Cornélius saisi.

— Et j'épouse, continua Balthazar avec l'enthousiasme d'un amoureux qui ne voit et n'entend que lui, et j'épouse mademoiselle Suzanne Van Miellis, la fille du banquier."

Cornélius fit un geste qui pouvait se traduire par : 20 Vraiment ! . . . Balthazar continua ;

" Remarque bien, Cornélius, que je l'aime depuis six ans, et avec passion. Mais mademoiselle Suzanne qui est aujourd'hui la fille adoptive d'un gros banquier, était alors bien pauvre. Sa mère et elle venaient travailler chez 25 nous à la couture. Te le rappelles-tu?... Et si je m'étais hasardé, dans ce temps-là, à dire tout haut : " Voilà ma femme ! " on aurait poussé de beaux cris dans la famille. Je me disais donc tout bas : "Plus tard !... plus tard !... " Et le plus tard est venu. Van Miellis est mort l'hiver 30 dernier, en laissant à sa fille adoptive une des plus belles fortunes de la ville.

lO LA PERLE NOIRE

— La plus belle..., dit gravement Cornélius.

— Eh bien ! voilà ce qui me fâchait, Cornélius, et ce qui m'empêchait de voir ma Suzanne; c'est qu'elle était trop riche. Je n'osais plus me présenter chez elle ; j'aurais eu

S l'air d'y aller pour son argent. Tu ne te fais pas une idée de la quantité de gens qui veulent l'épouser maintenant ! La première fois que je la rencontrai, depuis son changement de fortune, ce fut au Jardin zoologique. Il y avait autour d'elle une demi-douzaine de messieurs de tout âge, et galants !...

10 et empressés !... Je n'aurais jamais eu l'audace de l'aborder. Il faut être juste, c'est elle qui m'appela : — " Eh bien ! monsieur Balthazar, vous ne saluez plus vos vieux amis ? "Moi, je me confondais en politesses... — "Mademoiselle!... madame!... " — Ils riaient tout bas, les autres; mais quand

15 elle eut pris mon bras, et que sa mère m'eut invité à dîner, ils ne riaient plus du tout, eux qu'on n'invitait pas... Et je passai une soirée, ce jour-là... Ah ! Dieu, la jolie soirée!...

— Et enfin !... dit Cornélius.

20 — Et enfin, je ne quittais plus sa maison. Je l'aimais comme un perdu, mais je n'aurais jamais rien dit. C'est la mère qui m'a poussé à parler... Une brave femme, tu sais, qui m'aime bien parce que j'étais poli avec elle quand elle était pauvre. Elle me dit l'autre jour, en me reconduisant :

25 — " Mais parlez donc, monsieur Balthazar, vous valez mieux que tout ce monde-là ; et je serais si heureuse de vous appeler mon fils !... — Ma foi, cela m'a décidé : j'ai pris mon cœur à deux mains, et ce soir, quand je me suis trouvé seul avec Suzanne, j'ai dit le grand mot I... Elle avait bien

30 l'air de s'y attendre un peu ; mais cela n'empêchait pas qu'elle ne fût aussi émue que moi... Elle rougissait... et,

néanmoins, elle me regardait... Oh! elle me regardait jusqu'au fond de Tâme, si bien que tout dansait autour de moi. Enfin, elle m'a répondu : — " Monsieur Balthazar, il ne faut pas me savoir mauvais gré de ce que je vais vous dire ; mais, depuis que je suis riche, je vous assure que je S suis bien malheureuse. Je ne sais plus distinguer ceux qui m'aiment et ceux qui ne m'aiment pas. Je vois tant de gens qui m'adorent, que je me défie de tout le monde ; et j'irais jeter ma fortune dans l'Amstel plutôt que d'épouser un homme à qui je supposerais un vilain calcul !.. lo

— Ah ! mademoiselle ! " Moi, je me récriais, tu comprends ? — " Oh ! reprit-elle, je sais bien que vous n'êtes pas de ceux-là, monsieur Balthazar... Ce serait bien triste!... Mais ce n'est pas assez ; je vais vous dire mon rêve. Je ne voudrais choisir pour mari que celui qui m'aurait aimée 15 quand j'étais pauvre... Ah ! je serais bien sûre de l'amour de celui-là, et je lui rendrais bien la pareille!... — Mais alors, m'écriai-je, celui-là, c'est moi !... mademoiselle... c'est moi qui vous aime depuis six ans, et si je n'ai jamais osé vous le dire, vous avez bien dû vous en apercevoir ! " Elle 20 me répondit tout doucement : "Peut-être, oui... " Et elle continua à me regarder d'une manière si étrange... Je voyais bien qu'elle ne demandait pas mieux que de me croire, et qu'elle n'osait pas...

— Tenez, reprit-elle, voulez vous que je sois sûre de ce 25 que vous dites ? Vous rappelez-vous ce jour d'été où je travaillais chez vous avec ma mère ? On apporta des fleurs nouvelles pour le jardin... — ^Ah! je me le rappelle bien, mademoiselle, c'étaient des orchidées. — Oui, et l'on me permit d'aller voir ces fleurs avec vous. Il y en avait de 30 toutes les formes, et si singulières !... L'une ressemblait à un

papillon, Tautre à une guêpe ; une autre... on eût dit d'une petite figure ; mais il y en avait une surtout qui les effaçait toutes, et sur dix fleurs du même pied, pas une qui lui ressemblât ; c'était comme un petit cœur tout rose, avec deux 5 ailes bleues de chaque côté !... et d'un si joli rose et d'un si joli bleu!... Je n'ai jamais vu la pareille. Et alors!... — Et alors, laissez-moi dire la suite, mademoiselle... Alors, comme nous nous penchions tous deux pour voir la fleur de plus près, je ne sais comment il se fit que vos cheveux

10 effleurèrent un peu les miens, et dans le brusque mouvement que vous fîtes pour vous retirer, votre main, qui tenait la fleur pour la mieux voir, la détacha de sa tige... J'entends encore votre cri... Je vous vois encore, prête à pleurer de cet accident et à me demander pardon... quand votre mère

15 parut à la fenêtre et vous appela ; et moi !... — Et vous ? — Et moi, je ramassai la fleur tombée ! — Vous l'avez ramassée ?. . . — Et je la gardai en souvenir de ce petit moment de bonheur si court et si doux... — Vous l'avez gardée?... — Précieusement, mademoiselle, et je vous la montrerai

20 quand vous voudrez ! "

Ici, mon ami, si tu avais pu voir Suzanne... Ce n'était plus elle, Cornélius, non, c'était une créature nouvelle, et cent fois plus belle, si c'est possible... Ses yeux brillaient; sa figure rayonnait. Elle me tendit ses deux mains par un

25 mouvement si joli qu'un ange n'eût pas mieux fait. — " Ah ! me dit-elle, c'est tout ce que je voulais savoir, mon ami, et je suis bien heureuse !... Si vous avez ramassé la fleur en souvenir de moi, c'est que vous m'aimiez déjà ; et si vous l'avezgardée jusqu'à présent, c'est que vous m'aimez encore.

30 Apportez-la demain, notre petite fleur aux ailes bleues... c'est le plus joli cadeau que vous pourrez mettre dans ma cor-

beille de noce!" — Ah! mon ami!... quand j'ai entendu ces mots: La corbeille /,,, et la noce/,., pour le coup, j'ai failli m'évanouir. . . Je me suis levé, et j'allais certainement faire quelque folie quand la mère est entrée. — J'ai sauté au cou de la bonne dame, et j'ai embrassé sa fille une dizaine S de fois sur les joues ; cela m'a calmé. J'ai pris mon chapeau et je me suis sauvé en courant, avec l'espoir de porter la petite fleur à Suzanne ce soir même... Mais ce monstre d'orage a tout gâté, et j'ai remis mon bonheur à demain... Et voilà toute l'histoire !... 10

— Ah ! saints du paradis ! s'écria Cornélius en se jetant dans ses bras ; deux noces à la fois ! " Et ici le brave garçon, imitant les gamins à la porte de l'église, jeta son bonnet en l'air en criant : "Vive la noce!... Vivent les mariés!... Vive madame Balthazar !... Vive madame Cor- 15 nélius !...

— Veux-tu te taire, dit Balthazar en riant et en lui fermant la bouche. Tu vas réveiller Christiane...

— Ah ! dit CornéUus, baissant la voix, ne réveillons pas Christiane ; maintenant montre-moi ta fleur aux ailes bleues, 20 que je l'admire...

— Elle est, dit Balthazar, dans un petit coffre d'acier, au fond de mon secrétaire, avec tous les bijoux de ma pauvre mère. Je Tai enchâssée dans un médaillon de verre entouré d'or et de perles noires. Je la regardais ce matin 25 encore. C'est charmant... Tu vas voir ! "

Ce disant, il prit la lampe, tira de sa poche un trousseau de clefs et ouvrit la porte de son cabinet...

Il n'était pas entré que Cornélius Tentendit pousser un cri... et se leva... — Balthazar reparut tout pâle sur le seuil 30 de la porte ;

" Cornélius ! . . . Ah ! mon Dieu ! . . .

— Quoi donc ? Qu'y a-t-il? s'écria le savant effrayé...

— Ah ! mon Dieu !... viens !... Regarde ! regarde !... Et Balthazar éleva la lampe pour éclairer Tintérieur du

S cabinet...

Ce que vit Cornélius justifiait bien le cri de Balthazar !... — Le parquet était complètement jonché de papiers de toute sorte, et cette profusion de paperasses s'expliquait à la vue de deux cartons verts arrachés de leur casier de bois, et

10 éventrés sur le tapis. Ajoutez à cela un grand portefeuille

de maroquin où Balthazar serrait sa correspondance, ouvert

et béant, malgré sa serrure d'acier... et tout à fait vide,

après avoir semé çà et là quelques centaines de lettres !...

Mais ce n'était que la plus petite partie du mal. — Devant

15 ce dégât, dont il ne cherchait pas encore à se rendre compte, le premier mouvement de Balthazar fut de courir au secrétaire. Il était forcé!... — La serrure de fer avait pourtant mieux résisté que celle du portefeuille, et le pêne était bravement resté dans la gâche : aussi, dans l'impuissance de

2o l'arracher, avait-il fallu briser le couvercle du secrétaire. Toute la partie du bois adhérente à la serrure était littérale- Kment hachée, déchiquetée, et réduite en charpie; et la serrure elle-même, détachée de toutes parts, pendait misérablement, avec ses clous tordus et brisés ! — Quant au cou-

25 vercle arrondi, et mobile (comme celui de tous les secrétaires à la Tronchin), il était aux trois quarts relevé : assez pour permettre à la main de fouiller tous les tiroirs et tous les recoins du meuble.

Mais, chose étrange !... la plupart des tiroirs que rien ne protégeait contre la violence et qui contenaient des valeurs en papier, avaient été respectés par le voleur, et il semblait même qu'il ne se fût pas donné la peine de les ouvrir. Toute son attention s'était portée sur celui qui contenait les 5 pièces d'or et d'argent : quinze cents ducats environ, deux cents florins et le petit coffre d'acier dont Balthazar avait parlé, rempli de bijoux. — Ce tiroir, arraché de son alvéole, était absolument vide comme si on l'eût retourné; tout avait disparu : or, argent, bijoux, sans laisser trace ; et, ce lo qui fut pour Balthazar le coup le plus cruel, c'est qu'ayant ramassé à terre le coffre d'acier, il s'assura qu'il était vide aussi, et que le médaillon avait été pris comme tout le reste ! . . .

Cette perte cruelle, qui l'affectait plus que celle de tout 15 son argent, fit succéder à sa première stupeur un véritable accès de folie. Il ouvrit brusquement la fenêtre qui donnait sur la rue et se mit à crier à pleins poumons : " Au voleur !... " Toute la ville, suivant sa coutume, allait répondre : " Au feu ! " si ce premier cri n'eût attiré une escouade 20 d'agents de police mis en campagne pour constater et réparer les dégâts causés par l'orage. Ils accoururent sous la fenêtre où Balthazar, gesticulant, vociférant, ne sut pas venir à bout de s'expliquer. Toutefois, M. Tricamp, leur chef, vit bien qu'il s'agissait d'objets volés : après avoir 25 invité Balthazar à faire moins de bruit dans l'intérêt de sa cause, il posta deux agents dans la rue, pour surveiller les abords, et pria ces messieurs de l'introduire dans la maison, sans réveiller personne : ce que Cornélius fit incontinent.

l6 LA PERLE NOIRE

La porte ouverte sans bruit, M. Tricamp entra sur la pointe du pied, suivi de son troisième agent, qu'il laissa dans le vestibule, avec ordre de ne laisser entrer ni sortir personne. Il pouvait être à peu près minuit : toute la ville 5 dormait, et Ton s'assura, par la tranquillité qui régnait dans la maison, que Gudule, un peu sourde, et Christiane, fatiguée par les émotions de Torage, n'avaient rien entendu de ce remue-ménage et qu'elles reposaient tranquillement.

lo " Maintenant, dit M. Tricamp en baissant la voix, de quoi s'agit-il ? "

Balthazar l'entraîna dans le cabinet ; et, sans trouver la force de lui dire un seul mot, il lui montra le tableau. M. Tricamp était un petit homme un peu chargé de

15 graisse, et néanmoins très vif et très leste ; avec cela une physionomie souriante ; un grand air de satisfaction personnelle, justifiée par sa grande renommée d'habileté ;... des prétentions à l'élégance, au beau langage et au savoir!... — Au demeurant, un homme adroit, rusé et qui n'avait

20 d'autre défaut, pour sa profession, qu'une excessive myopie ; fâcheuse disgrâce qui l'obligeait à regarder les choses de fort près, ce qui n'est pas toujours le moyen de les bien voir.

Il fut évidemment surpris ; mais il est de règle, pour tout

25 métier, de ne pas paraître étonné devant les clients, — Il se contenta de murmurer: "Très bien!... très bien!..." en souriant et en jetant de tous côtés le coup d'œil exercé du maître.

"Vous voyez, monsieur!... lui dit Balthazar suffoqué... vous voyez ?

— Très bien ! répondit M. Tricamp ; le portefeuille forcé, le secrétaire forcé ! Très bien, parfait !...

— Comment, parfait ? dit Balthazar. 5

— On a pris Targent, n'est-ce pas ? continua M. Tricamp.

— Tout Targent, monsieur.

— Bon !

— Et les bijoux !... Et mon médaillon !

— Bravo ! Vol avec Çffraction, dans une maison ha- 10 bitée !... Excellent !... Et vous ne soupçonnez personne ?

— Personne, monsieur !

— Tant mieux ! Nous aurons le plaisir de la découverte." Balthazar et Cornélius se regardèrent avec surprise ; mais

M. Tricamp continua tranquillement et sans s'étonner : 15

" Voyons la porte ! "

Balthazar lui montra la porte unique du cabinet, munie de sa belle serrure du vieux temps, un chef-d'œuvre comme on n'en trouve plus que dans nos bons Pays-Bas. Tricamp fit jouer la serrure. — Cric ! crac ! — C'était net, sonore et 20 plein d'aisance... Il retira la clef et s'assura par un seul coup d'œil de l'impossibilité d'ouvrir cette serrure au moyen des engins ordinaires. La clef avait la forme d'un double trèfle et se compliquait d'un secret qui, par exception, n'était pas connu de tout le monde. 25

"Et la fenêtre?... dit M. Tricamp en remettant la clef à Balthazar.

— La fenêtre était fermée, dit Cornélius, et nous ne l'avons ouverte que pour vous appeler. D'ailleurs, remarquez, monsieur, qu'elle est munie d'une forte grille, dont les bar- 30 reaux sont très rapprochés."

l8 LA PERLE NOIRE

M. Tricamp s'assura en effet que les barreaux n'auraient pu livrer passage à un enfant de deux ans, et referma luimême la fenêtre. Après quoi, il se retourna naturellement du côté de la cheminée. Balthazar suivait tous ses mouve- 5 ments sans rien dire, avec la confiance du malade qui regarde le médecin écrire son ordonnance.

M. Tricamp se pencha et considéra attentivement Tintérieur de la cheminée ; mais là encore il fut dérouté. — Une maçonnerie récente avait comblé les trois quarts du conduit,

10 ne laissant que l'ouverture nécessaire au passage d'un tuyau de poêle. — Ce poêle, démonté tous les ans, au printemps, pour être nettoyé et remonté seulement aux premiers froids, était actuellement au grenier, et la cheminée était absolument vide. — M. Tricamp ne se demanda pas un seul instant

15 si ce conduit de poêle pouvait livrer passage à quelqu'un, et se releva plus embarrassé qu'il ne voulait bien le paraître.

"Très bien!" fit-il... Et il regarda le plafond, après avoir remplacé son lorgnon par une paire de lunettes.

20 " De ce côté encore, rien de suspect, ni même de douteux." Il prit la lampe des mains de Balthazar et la plaça sur le secrétaire, en ôtant l'abat-jour ; et soudain ce mouvement leur fit découvrir un détail qui leur avait échappé jusque-là...

25 A trois pieds au-dessus du secrétaire et à distance à peu près égale du sol et du plafond, une sorte de couteau était fiché dans la cloison ; vérification faite, ce couteau appartenait à Balthazar. C'était une arme étrangère, le cadeau

d'un ami, qui trouvait ordinairement sa place dans le secrétaire ; mais ce qui devait surprendre, c^est Tétrange emploi qui en avait été fait " Dans quel but ce couteau planté dans le mur?... " Au même instant Tricamp fit remarquer que le fil de fer de la sonnette qui longeait la corniche ^ au-dessus du secrétaire avait été brisé, tordu, et que les deux fragments rompus pendaient dans la direction du couteau. Il sauta lestement sur une chaise, puis sur la tablette du secrétaire, et se mit en mesure d 'examiner la chose de plus près. Mais il était à pçine debout sur cette lo échelle improvisée, qu'il poussa un cri de triomphe. Il n'eut en effet qu'à étendre le bras entre le couteau et la corniche du plafond, pour soulever un fragment du papier de tenture décollé sur trois de ses côtés, et découvrir dessous une large ouverture circulaire percée dans Ja cloison, et 15 que ce papier rabattu avait fermée jusque-là comme une soupape.

Cette découverte était tellement inattendue que les deux jeunes gens y assistèrent bouche béante. Pourtant l'étonnement ne fut pas de longue durée ; Balthazar se rappela bien 20 vite et expliqua que cette ouverture, condamnée et oubliée depuis longtemps, avait servi primitivement d'œil-de-bœuf pour l'éclairage de la pièce voisine, laquelle n'était alors qu'un cabinet de toilette. Plus tard, une reconstruction partielle de la maison avait permis à M. Van der Lys de 25 transformer ce cabinet en une chambre à coucher, en l'éclairant par une fenêtre sur la rue ; et de supprimer l 'œilde-bœuf, désormais inutile, par l'application sur les deux faces d'une toile et d'un papier de tenture semblable à celui des deux pièces. — M. Tricamp leur fit remarquer que le 30 morceau de papier carré rapporté» anciennement de ce côté.

avait tété décollé avec une extrême habileté, qui supposait chez l'opérateur Tintention de le recoller plus tard. En se haussant un peu il parvint à glisser son bras par l'ouverture, et s'assura que le même travail avait été fait de l'autre côté, 5 sur le papier de la chambre voisine, avec la même précaution, la même adresse et dans le même but évidemment !...

Dès lors, il n'y avait plus à douter : — c'était assurément de ce côté qu'il fallait supposer l'introduction du voleur,

lo l'œil-de-bœuf étant assez large pour lui livrer passage. M. Tricamp, descendu de son piédestal, se mit en devoir d'expliquer avec une extrême aisance toute la conduite du malfaiteur depuis son arrivée jusqu'à son départ. — " Le couteau, dit-il, placé à une égale distance du secrétaire et de

15 l'œil-de-bœuf, est évidemment un échelon qu'il s'est préparé pour l'ascension du retour, plus difficile que la descente. Le fil de fer de la sonnette, brisé dès le début, quand il était à portée de sa main, a pu lui servir de corde et de point d'appui, non pas du côté où il eût mis en

20 branle la sonnette, mais de l'autre, où il ne pouvait agiter que le cordon ; et c'est en effet le fragment du fil, attenant au cordon, qui semble le seul tordu par cet emploi. Quant aux cartons effondrés sur le tapis et dont rien ne justifie le pillage; il est facile de comprendre que

25 notre voleur, en grimpant pour sortir, a pu faire un faux mouvement et perdre l'équilibre ; auquel cas il s'est raccroché au premier objet à sa portée. Or, le cartonnier, étant plus haut que le secrétaire, répondait justement à ce besoin. Tandis que le pied droit portait sur le couteau,

30 le pied gauche, balancé dans le vide, allait s'appuyer un moment sur le cartonnier qui vacillait..., et deux cartons

glissaient sur le parquet... les deux cartons supérieurs, comme vous voyez, lesquels devaient naturellement tomber les premiers. Après quoi, raffermi par ce léger appui, il a pu regagner Toeil-de-bœuf sans encombre ; et le cartonnier, soustrait à Timpulsion, a repris naturellement l'équilibre ! 5 . — J'attribue au trouble causé par cette chute de cartons la négligence du voleur à recoller les fragments de tenture qu'il n'eût pas détachés avec tant de soin, s'il n'avait eu le projet de les rétablir dans leur état primitif — Tout cela ne vous semble-t-il pas rationnel, évident, clair comme le jour ? " 10

Balthazar et Cornélius n'écoutèrent pas sans une certaine admiration ce réquisitoire ingénieux. Mais le premier n'était pas homme à s'extasier longtemps ; il ne voyait plus qu'une chose, son médaillon ; et, certain maintenant de la façon dont le malfaiteur était entré, il ne demandait plus qu'à 15 , connaître le chemin par lequel il était sorti...

" Patience, lui répondit M. Tricamp en savourant une prise, avec tout l'orgueil du triomphe ; maintenant que nous connaissons les procédés du voleur, assurons-nous de son tempérament. 20

— De son tempérament ! s'écria Balthazar..., nous avons bien le temps !...

— Oh ! pardonnez-moi, répliqua Tricamp, nous ne saurions mieux faire ; et monsieur, qui est un savant, me comprendra tout de suite. L'application des connaissances phy- 25 siologiques aux enquêtes, informations et examens judiciaires, est un fait désormais accompli, monsieur, et qui ruine de fond en comble tout l'empirisme de la vieille routine...

— Mais, dit Balthazar, pendant que vous parlez, mon voleur court ! 30

— Laissez faire, répondit M. Tricamp, nous le rattra-

peroris ! Je dis donc que vous ne sauriez remonter sûrement à la source du crime, si vous vous privez volontairement de l'étude des caractères par lesquels le criminel s'affirme et se dénonce en quelque sorte lui-même. Et quel caractère, 5 quelle marque, quelle estampille plus infaillible, monsieur, que celle du tempérament, qui se révèle tout entier dans les nuances de Pacte ? Rien ne ressemble moins à un vol qu'un autre vol, à un assassinat qu'un autre assassinat. Dans la façon dont le crime est commis, dans le plus ou

lo moins d'esprit, de talent, de brutalité et de propreté qui préside à son accomplissement, soyez sûr que l'auteur signe son nom en toutes lettres. Il ne s'agit plus que de le déchiffrer. — Ainsi, hier matin, sur deux servantes égalementsuspectes d'avoir volé un châle à leur maîtresse, j'ai pu dé-

15 signer la coupable à première vue. La voleuse avait le choix de deux cachemires : l'un bleu, l'autre • jaune ; elle avait pris le bleu ! L'une des servantes étant blonde et l'autre brune, j'étais sûr de ne pas me tromper en arrêtant la blonde : la brune eût évidemment choisi le châle

20 jaune !

— C'est admirable ! dit Cornélius.

— Eh bien, ajouta Balthazar, dites-moi le nom de mon voleur ;... et vite, car j'ai la fièvre...

— Je ne vous dirai pas tout de suite le nom, reprit 25 M. Tricamp ; mais, ce que je puis affirmer d'abord, c'est que

le coupable en est à ses premières armes... — L'adresse avec laquelle ce papier est détaché du mur pourrait nous abuser un moment sur ses facultés ; mais le papier qui a séché sur. place cinq ou six ans se décolle de lui-même si facilement, 30 qu'il n'y a pas là grand talent. — L'ouverture était pratiquée; le mérite était donc de la découvrir ; et encore la vue du

papier rapporté était-elle un indice plus que suffisant. Je ne parle pas de ce portefeuille si grossièrement éventré, ni de ce meuble forcé d'une façon brutale et sauvage ! — Tout cela est à faire hausser les épaules : c'est travaille sans grâce et sans goût. Voyez-moi cette serrure qui pend ! C'est 5 lamentable !... Il n'a pas même su faire sortir le pêne de la gâche. — Il faut qu'il ait des outils de savetier; et ce n'est pas pardonnable,\aujourd'hui que l'industrie anglaise nous fabrique des instruments si légers, si délicats, si commodes ! ... Ah!... messieurs, je vous ferai connaître, quand vous 10 voudrez, des artistes qui vous forceront vos secrétaires de manière à vous enthousiasmer !

— Donc, dit Cornélius, c'est un novice ?

— Évidemment..., et puis c'est un manant. Un voleur qui se respecte un peu, n'aurait garde de laisser un apparte- 15 ment dans ce désordre : il y mettrait plus de coquetterie... Saundersen, que nous avons exécuté l'autre jour, serait plutôt revenu, monsieur, pour remettre toute chose à sa place. Voilà l'artiste! — ^J'ajouterai que ce personnage ne doit être ni très grand, ni très robuste. Je n'en veux pour preuve 20 que l'emploi de ce couteau et du cordon de sonnette, là où un homme de vigueur et de taille raisonnables devait se hisser facilement, par la seule force du poignet. De plus, une main robuste eût enfoncé ce couteau d'un seul coup, tandis que notre voleur a dû frapper longtemps pour le faire 25 pénétrer dans la cloison : voyez plutôt à l'extrémité du manche cet écrasement tout récent.

— C'est vrai ! dit Balthazar, ébloui par cette profondeur de vues.

— Mais pourtant, objecta Cornélius, ce secrétaire dont le 30 bois est en charpie ?

— Eh ! monsieur, s'écria Tricamp, voilà justement où se révèle la faiblesse ! La véritable force est sereine et calme ; car elle est sûre d'elle-même. Elle donne un coup de poing un seul, sur un secrétaire arrondi, qui ne demande qu'à

5 sauter, et il saute ! Tandis que ceci est l'œuvre d'un impuissant qui perd la tête. L'objet résistait, il a frappé, cogné à tort et à travers ; il l'a mis en fagots, en miettes, en bouillie... Pas de muscles, des nerfs!... Travail d'enfant, ou de femme, lo — De femme?... s'écria Balthazar.

— Depuis que je suis ici, monsieur, répondit Tricamp, je n'en ai pas douté une minute."

Balthazar et Cornélius se regardaient...

" Et pour me résumer, ajouta Tricamp en prenant une

15 dernière prise,... c'est une femme jeune,... car elle escalade... — ^petite,... car elle a besoin d'échelle... — brune... car elle est rageuse... — familière avec vos habitudes, car elle a profité du moment où vous étiez dehors pour agir à loisir ; car elle est allée droit au tiroir qui contient l'argent,

20 en négligeant les autres. Et enfin, pour tout dire en un mot, si vous avez ici une jeune servante... ne cherchez pas plus loin ; c'est elle !

— Christiane !... s'écrièrent ensemble les deux jeunes gens.

25 — Ah ! il y a donc une Christiane, dit M. Tricamp. — Eh bien, c'est Christiane !... "

Balthazar et Cornélius se regardaient tout pâles . . . Christiane ! ... la jolie Christiane ! ... leur Christiane si

bonne ... si douce ! une voleuse ! . . . Allons donc ! ... Et pourtant ils se rappelaient son origine et la manière dont elle était entrée dans la maison ... Après tout, ce n'était qu'une bohémienne ... Balthazar était tombé sur une chaise comme un homme ivre. Quant à Cornélius, il lui semblait 5 qu'on venait de lui brûler le cœur avec un fer rouge et qu'il allait en mourir . . .

" Voyons donc cette Christiane, dit M. Tricamp en les tirant tout à coup de leur stupeur, et visitons sa chambre !

— Sa chambre, répondit Balthazar, en essayant de se 10 lever ! . . . Mais la voilà, sa chambre ! et il montra l'œil-debœuf.

— Et vous n'avez pas tout deviné? reprit en souriant l'agent de police.

— Mais, dit Cornélius en faisant un effort pour parler, 15 elle a dû nous entendre ! "

Tricamp saisit la lampe, sortit vivement, poussa la porte de la pièce voisine et entra dans la chambre de Christiane, suivi des jeunes gens ... La chambre était vide ! . . . Ils poussèrent tous trois le même cri : " Elle s'est sauvée ! " 20 — M. Tricamp s'assura en un tour de main que le lit n'était pas défait, et en même temps que rien n'était caché ni dans le matelas, ni dans la paillasse. " Elle ne s'est pas même^ couchée," dit-il ...

Au même instant, ils entendirent du bruit sous le vesti- 25 bule ; la porte de la grande salle s'ouvrit brusquement, et l'agent mis en faction par Tricamp entra, poussant devant lui Christiane qui paraissait plus surprise qu'effrayée ! . . .

"Monsieur Tricamp, dit l'agent, c'est une jeunesse qui allait sortir, 'et que j'ai arrêtée comme elle tirait les verrous." 30

Christiane les regardait tous avec un étonnement si

- naturel, que tout le monde y eût été pris ..., sauf pourtant

M. Tricamp ...

" Mais enfin, qu'est-ce que vous me voulez ? dit-elle à

Tagent qui fermait la porte derrière elle ... — Monsieur 5 Balthazar, dites-lui donc qui je suis !

— D'où viens-tu ? dit Balthazar.

De là-haut, répondit-elle. Gudule a peur du tonnerre; comme il grondait encore quand elle est montée se coucher, elle m'a priée de lui tenir compagnie, et j'ai dormi dans

lo sa chambre, sur un fauteuil. Je me suis réveillée, j'ai vu le beau temps revenu, je suis descendue pour me mettre au lit ; et j'allais m'assurer que vous n'aviez pas oublié de tirer les verrous, lorsque ce monsieur m'a arrêtée ... Et il m'a fait joliment peur ! . . .

15 — Vous mentez, répliqua brusquement M. Tricamp : vous alliez tirer les verrous pour sortir ; et vous ne vous êtes pas couchée, pour n'avoir pas le peine de vous rhabiller et pour guetter plus facilement le moment de la fuite ? "

Christiane le regarda de l'air le plus naïf du monde. —

20 " De la fuite ? Quelle fuite ?

— Ah ! murmura M. Tricamp, nous avons de l'aplomb !

— Viens ici, dit Balthazar, à qui cette scène donnait la fièvre . . . Viens, et je te répondrai ! . . . "

Il prit la jeune fille par le bras et l'entraîna dans le cabi- 25 net. " Mon Dieu ! s'écria la jeune fille sur le seuil, qu'est-ce qui a fait cela ? "

Le cri paraissait tellement sincère qu'il y eut une seconde

d'hésitation; mais les émotions de M. Tricamp n'étaient

pas de longue durée; il attira Christiane jusqu'au secrétaire,

30 et lui dit brutalement en lui montrant le couvercle brisé :

" C'est vous ! "

— Moi ! " s'écria Christiane, qui ne parut pas tout d'abord savoir ce que Ton voulait dire. nl

Elle regarda d'un air hébété Balthazar... puis Cornélius... y puis ramenant ses regards vers le secrétaire, elle aperçut le tiroir vide ... ; et alors comme si elle comprenait tout à 5 coup ..., poussant un cri déchirant: "Ah! vous dites que je vous ai volé! ..."

Personne n'eut le courage de répondre : Christiane fit un pas vers Balthazar, qui baissa les yeux devant son regard . . . Tout à coup elle porta la main à son cœur comme si elle lo étouffait ... essaya de parler ... prononça deux ou trois mots incohérents, où Ton ne distinguait que : " Volé ! . . . moi ! . . . volé ! . . . moi ! . . . " et tomba à terre comme une morte ! Cornélius se précipita sur elle, et la releva en la serrant dans ses bras. 15

" Non ! s'écria-t-il ! non ! ... ce n'est pas possible !... cette enfant-là n'est pas coupable !..."

Il courut à la chambre voisine et étendit la jeune fille sur son lit. Balthazar le suivit tout ému ; M. Tricamp, toujours souriant, allait entrer derrière eux, quand l'un des agents le 20 retint doucement par la manche ... H

" Avec votre permission, monsieur Tricamp, lui dit-il, nous avons déjà un renseignement sur la jeune personne.

— Voyons le renseignement, dit Tricamp, en baissant

la voix. 25

— Tandis que le camarade faisait le guet dans la rue, le boulanger qui demeure en face lui a raconté que ce soir, un peu avant le grand coup de tonnerre, il a vu mademoiselle Christiane à la fenêtre de la rue ;s^lle de la grande pièce^^^ Elle glissait un paquet à un homme avec manteau et grand 30 chapeau ...

— Un paquet, dit vivement Tricamp . . . bien, parfait ! . . . Prenez le nom du témoin et surveillez toujours les abords de la maison, mais auparavant, allez me chercher la gouvernante ... Elle couche au premier étage." 5 Les agents s'éloignèrent, et M. Tricamp entra dans la chambre de Christiane.

Christiane était étendue sur son lit, toujours évanouie malgré les efforts de Cornélius pour la ranimer. Sans s'arrêter à la regarder, M. Tricamp examina la chambre, et lo aperçut tout d'abord au-dessus de la commode l'œil-de-bœuf ouvert sur le cabinet de Balthazar,^t le papier de t entu re

décollé aussi adroitement que dans l'autre pièce/ Il prit une chaise, la posa sur le marbre de la commode, et, mesurant la distance, s'assura que l'escalade était des plus faciles au 15 moyen de cette échelle improvisée.

Après quelques minutes d'examen données à la commode elle-même, il revint à Balthazar, le sourire sur les lèvres . . .

" Après tout, dit ce dernier, qui contemplait tristement la jeune fille immobile et glacée, qui nous prouve que c'est 20 elle ?

— Mais ceci ! répondit M. Tricamp en déposant dans sa main une des perles noires détachée du médaillon . . .

— Où l'avez-vous trouvée ? dit Balthazar.

— Là," répondit l'agent de police. Il désignait un tiroir 25 de commode tout rempli d'effets appartenant à Christiane,

et qui était resté ouvert par mégarde.

Balthazar courut au meuble, secoua les robes, le linge, et

bouleversa tout dans ce tiroir ... et dans les autres . . . mais

inutilement ... Le médaillon n'y était pas. Il regarda tout

30 autour de lui ; cette commode, le lit et une table sans tiroir

composaient tout le mobilier de Christiane. Du reste, ni

coflfre ni armoires, tet rien qui pût servir à cacher les objets volés^^.

Cependant la jeune fille se ranimait. Elle ouvrit les yeux, regarda tout le monde autour d'elle ; puis, se rappelant, elle détourna la tête et se mit à fondre en larmes en se cachant 5 dans son oreiller.

" Ah ! murmura M. Tricamp ... les larmes . . . nous allons avouer." Et tout doucement, il se pencha sur elle, en prenant sa voix la plus douce : " Voyons, mon enfant, un bon mouvement!... Avouez que vous avez succombé à une lo mauvaise pensée !... Eh ! mon Dieu ! on n'est pas parfait!... Et nous aurons pour vous tous les égards que Ton doit à une charmante fille... Nous sommes donc un peu coquette... hein?... Nous avons donc voulu nous faire belle?... Nous voulons donc plaire à quelqu'un ?... 15

— Eh ! mon Dieu, monsieur, dit Cornélius ... -^^

— Chut ! jeune homme, répliqua M. Tricamp à demi-voix: soyez sûr qu'il y a complice." Et se penchant de nouveau sur Christiane: "N'est-ce pas, ma mignonne, que c'est vous ?... 20

— Ah ! s'écria Christiane, en se redressant tout à coup, tuez-moi, vous !... mais ne le répétez pas !"

L'apostrophe fut si vive, que M. Tricamp sauta en arrière.

" Monsieur, lui dit Balthazar, ayez la bonté de nous laisser seuls avec cette enfant, votre présence l'irrite ; et nous 25 aurons d'elle meilleur marché que vous." >j

M. Tricamp s'inclina.

"Comme il vous plaira, monsieur, mais défiez-vous. Quelle gaillarde ! " ^

Et il sortit ... - 30

Cornélius ferma brusquement la porte sur lui; puis les

deux jeunes gens s'approchèrent doucement de Christiane,

qui s'était assise sur son lit et qui regardait devant elle, l'œil

fixe, sans larmes cette fois, et tremblant la fièvre de tout son

5 corps.

"Voyons, Christiane, mon enfant, dit Balthazar en essayant de prendre sa main crispée sur le lit, nous voilà seuls maintenant, vous n'êtes plus qu'avec des amis . . . Vous allez parler ?

ïo — Je ne veux pas rester ici! dit Christiane d'une voix rauque et sèche, je veux m'en aller ... laissez-moi m'en aller!..."

Cornélius la fit rasseoir doucement :

" Vous ne pouvez pas sortir, Christiane, vous ne le pouvez 15 pas, sans nous répondre.

— Dites-nous la vérité, reprit Balthazar, je vous en prie, Christiane, toute la vérité, mon enfant ... On ne vous fera rien ... je vous le jure sur mon honneur... Je vous pardonnerai, et personne ne le saura ... je vous le jure, Christiane

20 ...devant Dieu !... — Est-ce que vous ne m'entendez pas ?...

— Si! répondit Christiane... qui ne J'écoutait pas... Ah! je ne peux plus pleurer! Ah; si je pouvais pleurer!... Faitesmoi pleurer! ..."

Cornélius regarda son ami d'un air inquiet. Il prit les 25 deux mains brûlantes de la jeune fille, et, les serrant doucement dans les siennes: "Christiane... ma fille, lui disait-il avec toute la tendresse possible, il y a miséricorde pour tous, et nous vous aimons trop pour être sans pitié ! Écoutez-moi,

je VOUS en prie. Est-ce que vous ne me reconnaissez pas ?

— Si, " dit Christiane en le regardant.

Et ses yeux devinrent humides.

" Eh bien, je vous aime, moi ... vous le savez bien ... je vous aime de tout mon cœur ! 5

— Ah! s'écria la jeune fille attendrie et fondant en larmes, c'est vous qui dites que j'ai volé !

— Eh bien, non, répondit vivement Cornélius, non ! je ne le dis pas ; non ! je ne le crois pas ! Mais, chère enfant, vous voyez bien qu'il faut m'aider à vous justifier, à trouver le 10 coupable, et pour cela il faut être franche avec moi et tout me dire, tout! ...

— Oui, vous êtes bon, vous ! répondit Christiane en pleurant. Vous avez pitié de moi et vgus ne croyez pas ce qu'ils disent! Défendez-moi!... Est-ce que vous ne voyez 15 pas qu'ils sont stupides avec leur vol?... Et qu'est-ce que l'on veut que je vole ici?... Est-ce que ce n'est pas tout mon cœur, cette maison?... Est-ce qu'il y a dans ce mur-là, reprit-elle avec plus d'exaltation en frappant sur la muraille, est-ce qu'il y a une seule pierre que je n'adore pas?... Est-ce 20 que l'on vole sa propre vie et son propre sang?... Et dire que ma bonne mère n'est pas là!... (C'est le nom qu'elle donnait à madame Van der Lys.) Ah ! si elle était là ... elle vous ferait rentrer sous. terre avec votre vol ! ... Mais je suis seule, n'est-ce pas?... et l'on m'accuse parce que je suis une 25 bohémienne ... parce que j'ai volé quand j'étais petite ... Et l'on m'appelle voleuse L,. voleuse!,,, voleuse!,.. On m'appelle voleuse !!., ,^^

Elle retomba sur le lit en sanglotant.

Balthazar n'y tint plus : il se mit à genoux devant le lit, et 30 de sa voix la plus humble, la plus suppliante, comme s'il eût été lui-même le coupable :

"Christiane! ma sœur, ma fille, mon enfant, regardemoi ! . . . Je suis à genoux, tu le vois ! Je te demande pardon de tout le mal que je t'ai fait. On ne dira plus rien, on n'en parlera plus; c'est fini!... entends-tu?... Mais puisque tu S m'aimes .. tu ne veux pas faire mon malheur, n'est-ce pas?... tu ne veux pas payer en peines et en tourments tout ce que tu as reçu de bienfaits? Eh bien, je t'en conjure, si tu sais où est mon petit médaillon . . . (Je ne te demande pas où il est, entends-tu?... je ne veux pas le savoir ... cela

10 m'est égal ...) Mais si tu le sais, toi ... je t'en supplie, par le nom de ma mère, que tu appelais la tienne, fais que je le retrouve ... rien que lui ... Toute ma vie en dépend, et celui qui me l'a pris m'a pris tout mon bonheur . . . Rends-moi mon médaillon ... le veux-tu, dis?... veux-tu me le rendre?

15 — Oh! dit Christiane désespérée, s'il était dans le sang de mes veines, vous l'auriez déjà ! . . .

— Christiane! ...

— Mais je ne l'ai pas ! ... je ne l'ai pas ! . . . je ne l'ai pas ! — dit-elle en se tordant les mains.

20 Balthazar exaspéré se redressa d'un bond : " Mais malheureuse ! ..." Cornélius l'arrêta ... et Christiane porta ses deux mains à son front. " Ah ! dit-elle en riant, quand je serai devenue folle ... ce sera fini, n'est-ce pas?"

Et elle s'affaissa sur elle-même, épuisée, en cachant son

25 visage, comme décidée à ne plus répondre.

Cornélius entraîna Balthazar hors de la chambre; il le voyait chanceler comme un homme qui a le vertige. Ils trouvèrent dans la grande pièce M. Tricamp, qui ne perdait

pas son temps. ^1 avait fait descendre la vieille Gudulg/^ui, réveillée en sursaut, à moitié sourde et ne comprenant rien à ce qui arrivait, répondait à ses questions en pleurant et se lamentant.

" Voyons, voyons, ma bonne femme, lui dit M. Tricamp, 5 remettez-vous ! y

Mon Dieu ! mon bon maître ! s'écria Gudule à la vue de Balthazar. Qu'est-ce qu'il y a donc?... Ils m'ont réveillée si brusquement ! ... Ah ! mon Dieu, qu'est-ce qu'on me veut donc ? lo

— Rassure-toi, ma bonne Gudule, répondit Balthazar, ce n'est pas de toi qu'il s'agit . . . Mais on m'a volé : nous cher- > chons le coupable.

— On a volé ?

— Oui. 15

— Ah ! mon Dieu ! reprit la pauvre vieille servante désespérée, mais jamais ce n'est arrivé, ça ; mais voilà trente ans que je suis dans la maison, et il n'a jamais disparu une épingle!... Ah! mon Dieu! mon Dieu!... il fallait que ça arrivât, avant que je fusse morte !... 20

— Voyons, voyons, reprit M. Tricamp, répondez-moi sans vous lamenter, la bonne femme.

— Parlez un peu haut, dit Balthazar, vous savez qu'elle est sourde.

— Nous voulons savoir, dit Tricamp en haussant la voix, 25 si vous étiez là, quand on a volé ?

— Mais je ne suis pas sortie, monsieur.

— Du tout, du tout ?

— Non, monsieur, parce que je sentais venir l'orage, et à cause de mon âge, ces jours-là, je n'ai plus de jambes. 30 "V

— Alors, dit Balthazar, tu étais dans ta chambre?...

V — Non, monsieur, je suis restée toute raprès-midi, dans la grande pièce, àytricoteiyprès du feu.

— Et tu n'as pas même bougé pour aller à la cuisine ?

— Non, Monsieur.

5 — Avez-vous bonne vue, la femme ? reprit Tricamp. -V — Monsieur? fit Gudule, qui n'entendait pas la question . . .

— Je demande, répéta Tricamp, si vous avez de bons yeux?

10 — Oh ! pour cela, oui, monsieur ; l'oreille pas : c'est un peu dur; mais les yeux, c'est encore bon, comme la mémoire.

— Ah ! la mémoire est bonne ! — Eh bien, quelles personnes sont venues dans l'après-midi ?

^15 — Il est venu le facteur, monsieur, et puis une voisine pour emprunter un f ouleau à pâtisseriç/. . . et puis Petersen, qui est venu demander quelque chose à Christiane.

— Ah !.. . qu'est-ce que c'est que Petersen ?

— C'est un voisin, monsieur, un garde de nuit, monsieur 20 le connaît bien.

— Oui, dit Balthazar à Tricamp, c'est un pauvre diable qui a perdu sa femme, il y a un mois, et ses deux petits enfants sont malades ... Un brave homme ^uque^n rend ici quelques services ...

Y 25 — Et ce Petersen, reprit Tricamp, est donc entré ?...

— Non, monsieur, répondit Gudule, il a seulement parlé à Christiane, par la fenêtre.

— Pour lui dire?...

— Je n'ai pas entendu, monsieur...

30 — Et après lui . . . Personne ?. . ."

Gudule se fit répéter la question et répondit : " Per-

sonne I

— Et Christiane, reprit Tricamp, où était-elle pendant que vous tricotiez ?

— Eh bien, monsieur, elle allait et venait comme toujours, 7\ cette enfant : elle veillait à la cuisine pour moi, puisque je ne pouvais pas. Elle est si complaisante ! 5

— Mais enfin, elle n'était pas toujours à la cuisine ?

— Non, monsieur, elle est entrée dans sa chambre à la nuit close.

— Ah ! elle est entrée chez elle, n'est-ce pas ?

— Oui, monsieur, pour faire sa toilette, à cause du souper. lo

— Et . . . est-elle restée longtemps dans cette chambre ?

— Une heure, monsieur.

— Une heure?...

— Oui, monsieur, une bonne heure !

— Et vous n'avez rien entendu pendant ce temps-là? 15

— Monsieur dit ?

— Je demande si vous n'avez pas entendu quelque bruit . . . par exemple, des coups de marteau sur du bois ?

— Non, monsieur.

Oui, dit Tricamp en se tournant vers les jeunes gens, elle 20 est sourde ! ..." Et se penchant vers Gudule, en haussant la voix : " Et puis l'orage grondait déjà, n'est-ce pas ?. . .

— Oui, monsieur : oh ! j'entendais bien le tonnerre !

— Elle a confondu les deux bruits, murmura Tricamp, et enfin ?. . . reprit-il tout haut. 25

— Et enfin, monsieur, la nuit était toute yenue^ l'orage éclatait; monsieur ne rentrait pas... J'ai eu bien peur, je me X suis ^mis^à genoux, et j'ai dit mes prières... et c'est alors que Christiane est sortie de sa chambre, toute tremblante... toute pâle ... et le tonnerre, à ce moment-là, a éclaté d'une 30 force! ...

— Ah ! dit vivement Tricamp, vous avez remarqué qu'elle était pâle et tremblante ?

"^ — Dame, comme moi, monsieur. — Cet orage-là, ça nous cassait bras et jambes. Je ne pouvais plus me relever, 5 moi ... et c'est là-dessus que monsieur a commencé à cogner, et Christiane a ouvert ... Et voilà tout ce que je sais, monsieur ... aussi vrai que je suis chrétienne et honnête femme!

— Ne pleure donc pas, ma bonne Gudule, répéta Balthazar, puisque je te dis que ce n'est pas toi qu'on accuse !

10 — Mais qui donc, monsieur ? qui donc, alors ? . . . Sainte Vierge ! s'écria- t-elle, frappée d'une idée subite... est-ce que c'est Christiane ? " Personne ne répondit.

" Ah ! reprit Gudule, vous ne répondez pas ! ... — Ah ! 15 monsieur, ce n'est pas possible !

— Ma bonne Gudule !

— Christiane, monsieur ! ... continua la bonne femme sans l'écouter... Une enfant qui vient du bon Dieu !

— Mais voyons, voyons, demanda Tricamp, puisque ce 20 n'est pas vous ! . . .

— Ah ! je l'aimerais mieux, monsieur ! répliqua Gudule désespérée . . . j'aime mieux qu'on m'accuse . . . accusez-moi, tenez ! ... Une vieille comme moi ... qui suis toute finie ...

^ qu'est-ce que ça me fait ? . . . J'irai rendre mes comptes là-

n|25 haut, et ça ne tardera pas... mais cette enfant-là ! Je ne veux

pas qu'on y touche, monsieur ... Ah ! monsieur Balthazar,

n'y laissez pas toucher, c'est sacré !.. * n'écoutez pas ce

méchant homme-là ; c'est lui qui mène tout ! "

Sur un geste de M. Tricamp impatienté, les agentsmrirent 30 chacunXun bras de la vieille femme pour l'éloigner.

Gudule fit quelque pas, puis se laissa tomber à genoux

près du feu, sanglotant et se lamentant de ne pas être morte avant des malédictions pareilles^ et M. Tricamp fit signe aux ^ agents de la laisser là, à ses prières...

"Eh bien... dit Tagent de police en se tournant vers Cornélius... vous le voyez, personne n'est venu qu'on puisse 5 raisonnablement soupçonner... ni le facteur, ni la voisine, ni ce Petersen. Donc c'est la vieille qui a volé, ou c'est la jeune; et, comme je ne crois pas la vieille en état de K faire cette gymnastique, je prie monsieur le savant de tirer lui-même la conclusion ... lo

— Oh ! ne me demandez rien, dit Cornélius ; je ne sais plus que penser ; il me semble que je rêve et que tout cela est un horrible cauchemar !

— Je ne sais pas, répliqua Tricamp, si c'est un rêve, mais il me semble pourtant que je suis très éveillé et que je 15 raisonne très bien.

— Oui, oui, dit Cornélius allant et venant avec fièvre, )( vous raisonnez bien !

— Et ma logique est assez rigoureuse !...

— Oui, oui, rigoureuse !... 20

— Et tout me donne assez raison jusqu'ici !...

— Oui, tout vous donne raison !...

— Eh bien, alors, accordez-moi donc que la jeune fille est coupable !...

— Eh bien... non! répondit avec chaleur Cornélius en 25 s'arrêtant court devant l'agent de police... Non! voilà ce que je ne croirai pas, tant que je ne l'entendrai pas s'accuser X elle-même!... Et Dieu sait... elle le dirait à l'instant,

là... devant nous... que j'attesterais encore son innocence!...

— Mais en vérité... objecta l'agent stupéfait... mais son >. innocence !... mais quelle sorte dé preuve ...

S — Ah ! je n'en ai pas, je le sais, reprit Cornélius !... Et \ je connais toutes celles que vous invoquez... Et ma raison est prête à les trouver évidentes... terribles... implacables!...

— Eh bien, alors?...

10 — Mais ma conscience se révolte aussitôt contre ma raison !... Mais mon cœur est là qui me dit : — Non ! non, ces paroles, ce visage... ce désespoir!... non, tout cela n'est pas d'une coupable, et, je te le jure, elle est innocente !... Je ne peux pas le prouver, moi... mais je le sens... mais j'en

15 suis sûr, et je te le crie de toutes mes forces !... avec toutes mes angoisses... avec toutes mes larmes !... N'écoute pas ceux qui l'accusent !... Ils mentent ! Leur logique est celle de la terre qui se trompe... la mienne est celle du ciel qui ne ment pas. Elle s'appelle la Raison!... je m'appelle

20 la Foi...

— Mais enfin !...

— Ne les écoute pas, continua Cornélius avec plus d'exaltation, et rappelle-toi que dans ces mauvais jours oîi ton orgueil de savant est prêt à nier Dieu lui-même... il

25 suffit d'un tressaillement de ton cœur pour te l'affirmer!... Et comment veux-tu qu'il te trompe sur l'innocence d'un enfant... ce cœur qui ne ment pas, quand il s'agit de Dieu?...

— Ah bien, dit Tricamp, si la police raisonnait comme 30 ça!.

r\ ^^ LA PERLE WOIRE 39

— Oh ! je ne demande pas à vous convaincre, reprit Cornélius ; mais faites votre office, je ferai le mien !...

— I-,e vôtre?..-

— Oui, oui... cherchez! furetez! fouillez! Entassez preuve sur preuve pour écraser cette malheureuse enfant ; 5 je saurai bien, de mon côté, ramasser toutes celles qui peuvent la défendre !

— Alors, répondit Tricamp, je ne vous conseille pas, monsieur, de compter parmi ces dernières ce que j'ai trouvé tout à l'heure dans le tiroir de la demoiselle !... 10

— Quoi?... demanda Cornélius.

— Cette perle noire détachée du médaillon !... " Cornélius saisit la perle... il tremblait.

"Dans son tiroir?...

— Oui, mon ami, oui... s'écria Balthazar. Dans le tiroir 15 de sa commode... tout à Theure... devant moi !... "

Cornélius était pâle, immobile, anéanti ! . . . La preuve était si convaincante, si effrayante!... Cette malheureuse petite perle lui brûlait la main et l'écrasait de son poids !... Il la regardait machinalement, sans la voir. . . et sans pouvoir 20 en détacher les yeux !... Balthazar lui prit la main... mais Cornélius ne sentit rien... il paraissait stupide et regardait toujours la perle !...

"Cornélius! s'écria Balthazar inquiet... Mais Cornélius le repoussa vivement, et se pencha comme pour mieux voir 25 la perle en la faisant miroiter au jour.

" Quoi donc ? murmura Balthazar.

Ote-toi de là!" répondit Cornélius... Et, l'écartant brusquement, il courut à la fenêtre et regarda la perle de plus près. 30

Balthazar et Tricamp échangèrent un regard de surprise...

et au même instant Cornélius, sans dire un mot, s'élança dans le cabinet

** Il est fou ! grommela M. Tricamp en le suivant des yeux. — Monsieur Balthazar, voulez-vous me permettre de S verser un petit verre de curaçao à mes gens ? Voici le jour, et la rue doit être un peu fraîche.

— Faites, monsieur," dit Balthazar.

Tricamp sortit. Balthazar, en se retournant, vit la vieille Gudule agenouillée et priant dans un coin, et alla vivement lo rejoindre Cornélius dans le cabinet.

Le savant considérait avec la plus grande attention le manche du poignard et Técrasement constaté par M. Tricamp. Cette examen dura quelques secondes, pendant lesquelles Balthazar, accablé et découragé, regarda son ami i^ machinalement, sans prendre le moindre intérêt à sa conduite. Cornélius, sans prononcer un mot, monta sur une chaise, et observa avec le même soin les fils de fer de la ^ sonnette et la façon dont on avait pu les rompre...

" Où est la sonnette ? dit-il brusquement 20 — Dans la grande salle," répondit Balthazar.

Cornélius tira le fil de fer qui devait être en communication avec elle, mais aucun bruit ne se fit entendre.

" Ah ! dit Balthazar, elle avait tout prévu, va ; elle avait décroché le battant"

25 Cornélius, sans répondre, regarda attentivement où s'engageait le fil de fer ; c'était dans un petit tube de fer-blanc de la grosseur d'un étui; k fil y jouait tout à l'aise, et l'obstacle ne venait pas de là, évidemment '

Regarde la sonnette, dit-il à Balthazar: est-ce qu'elle remue quand je tire le fil ? "

Balthazar alla sur le seuil de la porte et obéit sans comprendre.

" Bouge-t-elle ? répéta Cornélius en tirant le fil à plusieurs s ^ reprises.

— Un peu, dit Balthazar, mais elle ne peut pas sonner ; elle est toute roide et retournée, la bouche en Tair. On dirait que quelque chose la maintient dans cette position.

C'est bon, dit Cornélius,^ous verrons cela tout à Theure^ao tiens le secrétaire, que je monte." ^

Balthazar rentra dans le cabinet et fit ce qui lui était demandé. Cornélius enjamba de la chaise au secrétaire ; et, s'aidant du couteau, se hissa péniblement jusqu'à Tœil-de- X bœuf, comme s'il eût voulu juger par lui-même de la diffi- i5>i culte de l'entreprise.

Balthazar ouvrait la bouche pour l'interroger, quand il s'entendit appeler par Gudule dans la pièce voisine. Il sortit vivement et trouva la vieille femme tout émue et les agents de police accourus à sa voix. 20

" Monsieur, criait-elle, elle vient de se sauver !

— Christiane ?

— Oui, monsieur ; je me relevais, je l'ai vue traverser la pièce et s'enfuir du côté du jardin ! Ah ! mon Dieu ! courez y vite, elle va faire un malheur ! 25

— Ah ! le petit serpent ! s'écria M. Tricamp, elle faisait Y la morte ; en route, vous autres, par le jardin ! "

Tous les agents s'élancèrent dehors, M. Tricamp en tête ; et Balthazar courut à la chambre de la jeune fille pour s'assurer que Gudule disait vrai. 30

Christiane avait disparu en efifet ; mais il retrouva dans

la chambre Cornélius, qui était descendu par Tceil-de-bœuf. Le savant tenait les rideaux du lit écartés, et son attitude témoignait de la plus vive stupéfaction.

"Oui, oui, va... cherche-la, lui dit Balthazar furieux et 5 persuadé que la stupeur de son ami avait pour motif le départ de Christiane : cherche-la ! Tu le vois bien qu'elle est coupable, puisqu'elle se sauve !...

— Je vois, répondit Cornélius en se retournant, tout tremblant d'émotion et Toeil en feu, je vois qu'elle est inno-

lo cente, et que c'est nous qui sommes coupables !... et que c'est nous qui sommes stupides !

— Es-tu fou ?

— Et je le tiens, ton voleur !... ajouta Cornélius avec une exaltation croissante ; et je vais te dire tout ce qu'il a fait,

15 moi, et comment il est entré, et comment il est sorti !... Et je te dirai son nom !... Et d'abord ce n'est pas par cette ouverture qu'il est entré ; c'est par la cheminée de ton cabinet.

— Lar«heminée ?

-t ^/^Oui, la cheminée!... Et comme il en voulait, à son 20 ordinaire, au métal, à ton or et à ton argent, il a couru d'abord à ton portefeuille, dont il a forcé la serrure d'acier ; puis à ton secrétaire, dont il a brisé la serrure de fer ; et, faisant paquet de tes florins, de tes ducats et de tes bijoux, -^ il a tout emporté en te laissant pour adieu le poignard dans 251a cloison... Et de là, décollant le papier de tenture, il a sauté dans la chambre de cette malheureuse enfant, où il a laissé tomber une perle... Et si tu veux voir ce qu'est devenu ton médaillon, vi«i§>*^

Il écarta les rideaux du lit et montra à Balthazar le petit 30 crucifix de cuivre de la jeune fille, entièrement doré des pieds à la tête et resplendissant de ce nouvel éclat...

" Voilà ce qu'il a fait du cadre d'or . . . "

£t, plongeant la main dans le coquillage qui servait de bénitier au crucifix, il en tira les deux plaques de verre du médaillon, coulées d'une seule pièce avec la fleur au ^ milieu : 5

" Et voilà ce qu'il a fait du reste !... "

Balthazar regardait son ami d'un air efiaré.

" Et si tu veux savoir aussi comment il est sorti, reprit Cornélius en l'entraînant à la fenêtre sans lui laisser le temps de respirer, — regarde !... " lo

Il désignait la plus haute vitre, percée d'un petit trou de la grosseur d'une balle ordinaire, et si net, si rond, si parfait que l'ouvrier le plus adroit n'eût pas mieux fait.

" Mais, s'écria enfin Balthazar, qui croyait rêver, mais qui est-ce qui a fait tout cela ?. . . '5

— Eh ! nigaud ! tu ne vois pas que c'est la Foudre !... "

Elle serait tombée aux pieds de Balthazar qu'il n'eût pas "^ été plus saisi... et il allait demander des explications à Cornélius, quand celui-ci lui imposa silence et prêta l'oreille. Une grande clameur s'élevait du côté du quai et semblait 20 a remonter la rue en se rapprochant. — Ils ouvrirent la fenêtre et virent la foule s'agiter, crier et refluer jusqu'au perron, où elle s'arrêta pour livrer passage à une civière portée par des agents de police et sur laquelle était étendu le corps de Christiane !... 25

La malheureuse enfant s'était jetée dans l'Amstel, d'où Petersen, le garde de nuit, venait de la retirer. A la vue de ce pâle visage, de ces yeux qui semblaient

^ fermés pour toujours, et de ces deux bras roidis où courait le froid de la mort, Balthazar et Cornélius se précipitèrent au-devant de la civière, prirent la jeune fille dans leurs bras et la transportèrent dans la grande pièce devant le feu, sur

S un matelas que M. Tricamp eut le soin de faire étendre. Là ils essayèrent de la ranimer, la réchauffant dans leurs bras, la suppliant et l'appelant comme si elle eût pu leg entendre; mais les mains étaient glacées... le cœur ne bat-

y tait plus. — A voir leur désespoir, il n'est personne qui n'eût

lo senti son cœur se fondre en larmes. Ils lui demandaient

pardon, ils s'accusaient ! Tout le monde pleurait, car la foule

avait envahi la pièce et les entourait. Enfin, au milieu dé sa douleur, Cornélius eût un éclair de raison ; et, collant ses lèvres sur celles de Christiane, il se mit à aspirer et respirer

15 fortement, en facilitant avec la main le jeu des poumons. Pendant ce temps, M. Tricamp faisait chauffer des bouteilles de grès, des fers à repasser et tout ce qui pouvait être de même emploi, pour l'appliquer sous les bras et sous les pieds de la jeune fille... — Il y eut là un terrible moment

20 d'anxiété et de silence !... Les femmes priaient tout bas, les hommes regardaient, le cou tendu...

V " Bah I dit quelqu'un, voilà bien du mal pour une voleuse !... "

Balthazar bondit ; mais il n'eut rien à faire. On avait

25 déjà jeté l'homme à la porte.

" Elle respire ! " s'écria Cornélius haletant.

X Ce fut une clameur de joie. Tout le monde croyait au

X vol ; mais à quoi servirait le malheur, si ce n'était à faire plaindre les coupables ?

30 Quelques minutes après, Christiane soupira, et la vie reparut un peu sur ses joues. Un médecin qui arrivait la dé-

clara sauvée et la fit transporter dans sa chambre. Les femmes restées seules avec elle la déshabillèrent et la mirent au lit. Cornélius et Balthazar allaient et venaient, fous de joie, donnant des conseils à travers la porte, demandant ce dont on avait besoin, courant le chercher, et, au milieu de tout 5 cela, se félicitant et se serrant la main. Pour les hommes, ils dissertaient gravement, autour du feu, sur la meilleure façon de ranimer les noyés.

" Monsieur Balthazar, dit M. Tricamp, je vais me retirer avec mes hommes, car la jeune fille n'est pas, aujourd'hui, en lo X état d'être arrêtée...

— Arrêtée !... s'écria Balthazar ; mais Cornélius ne vous l'a donc pas dit? Mais elle est innocente!... Nous connaissons le voleur.

— Le voleur! répliqua M. Tricamp. Et qui donc?... 15

— Mais le Tonnerre ! " dit Balthazar.

M. Tricamp ouvrit des yeux énormes.

" Le Tonnerre?...

— Mais oui, monsieur Tricamp, dit Cornélius un peu

V railleury le Tonnerre, ou plutôt la Foudre ! Vous appKquez 20 la physiologie à la recherche des crimes ; j'applique la physique...

Et vous me soutiendrez, s'écria M. Tricamp .exaspéré, que y c'est la foudre qui a fait tout cela ?

— Elle en fait bien d'autres ! répliqua Cornélius/ Et les 25 X clous de fauteuil qu'elle plante dans une glace sans la casser;

et la clef qu'elle arrache de sa serrure et qu'elle accroche à son clou ; et le papier à cigarettes qu'elle écarte délicatement du bronze mis en fusion ; et l'argent quelle volatilise à travers les mailles de la bourse qui demeure intacte ; et les outils du 30 cordonnier qu'elle pique au plafond et qu'elle aimante si

bien, que les aiguilles courent commes des folles après le marteau ; et le mur qu'elle déracine et qu'elle porte tout d'une pièce à vingt pas de là ; et le joli trou qu'elle a fait à la vitre de Christiane, et le papier de tenture qu'elle a si

5 proprement décollé ; et le médaillon dont elle a fondu les deux verres sans que la fleur fût atteinte, pour laisser galamment à notre ami le plus délicieux émail qu'on puisse voir, et, à sa future, un cadeau de noce que nul ouvrier n'aurait su faire ; et, enfin, l'or du cadre dont elle a doré

lo tout le crucifix de Christiane !...

— Allons donc ! répliqua M. Tricamp, ce n'est pas possible!... Et le paquet!... ce paquet qu'elle a remis à un homme par la fenêtre ! . . .

— Présent, l'homme ! s'écria Petersen... c'était moi ! 15 — Vous?

— Oui, monsieur Tricamp, et le paquet, c'est du linge qu'elle avait préparé pour mes petits enfants qui sont malades !

— Bon, bon, du linge ! dit Tricamp exaspéré ; mais l'or, 20 mais l'argent, mais les ducats, et les florins, et les autres

bijoux ; où sont-ils ?. . .

— Parbleu ! dit Cornélius en se frappant le front ; vous m'y faites penser. . . "

Il sauta sur la table adossée au mur, et, retournant la son- 25 nette par un violent efibrt :

"Les voilà!..."

Un gros lingot d'or, d'argent et de pierreries tomba de la sonnette avec le battant détaché, le tout fondu et coulé comme sait fondre et couler la foudre. Le métal en fusion, 30 charriant les pierres fines et les perles, avait suivi le fil conducteur de la sonnette avec cette facilité de transport et

cette fantaisie de moyens que Télectricité possède seule et qui tient du prodige et du miracle. M. Tricamp ramassa le lingot et le considéra avec stupeur.

" Mais enfin, dit-il en se tournant vers Cornélius, qu'est-ce qui vous a mis sur la voie ?. . . " 5

Cornélius sourit.

" Cette perle noire, monsieur Tricamp, que vous m'avez remise vous-même, en me défiant d'y voir une preuve d'innocence.

— La perle noire ! lo

— Oui, monsieur Tricamp, regardez ce petit point blanc imperceptible... C'est une brûlure! Il n'en faut pas plus à la providence pour sauver une créature humaine.

— Ma foi, monsieur, dit Tricamp en le saluant, le savant est plus fort que moi, je m'incline... et je vais étudier tout 15 à l'heure la physique et la météorologie... Mais il ne me fallait pas moins que cette preuve pour éloigner de mon esprit un soupçon qui commençait à grandir et que je vous prie de me pardonner... c'est que vous étiez le complice de la demoiselle. 20

— Enfin, dit Cornélius en riant, ce qui peut vous consoler, c'est que vous ne vous étiez pas trompé sur le sexe : c'était la foudre ! " '

M. Tricamp se sauva pour ne pas en entendre davantage, suivi de la foule qui voulait colporter l'étrange nouvelle, et 25 Gudule vint annoncer que Christiane allait mieux, qu'elle savait tout, et qu'elle demandait à les voir.

Que dire de cette scène ? Balthazar riait, Cornélius pleurait ; Christiane, à qui l'on défendait de parler, riait et pleurait. 30

" Ma petite Christiane, dit Balthazar, à genoux près du

lit, si tu ne veux pas me chagriner, ne refuse pas le cadeau que je vais te faire."

Et il déposa sur le lit le lingot d'or, d'argent et de pierreries.

5 Christiane fit le geste de refuser.

" Oh ! dit vivement Balthazar en lui fermant la bouche, il te faut bien une dot...

— ...Si vous voulez de moi pour mari ?... '* ajouta Cornélius.

10 Christiane ne répondit rien ; mais elle regarda d'un œil humide le bon savant qui lui avait rendu l'honneur et la vie... Et je vous assure, moi qui étais là, que ce regard ne voulait pas dire : Non !

-oo-

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I I il pletiU bien, it rains in good eamest. — The word bien is of délicate handling, on account of its many shades. — Ex. :—

on est bien ici, one is comfortable hère ;

tout va bien, everything is going on ail right ;

voilà qui est bien parler, that is speaking wisely ;

a-t-il bien r audace de le nier? bas he indeed the assurance to deny it ?

2 s*en mêle, interfères, meddles with it, has a hand in it.

6 la rafale s^ abattit, a squall (gust) of wind fell upon (burst over).

7 enseignes (fem.), sign-boards; un enseigne, a midshipman

or ensign.

8 girouettes, weather-cocks. — Also, figuratively, a man who

easily changes his opinions.

9 tuiles, tiles. — Hence Tuileries, because built on a tile field.

espions, (lit. ) spies. — A sort of little mirror placed near Windows allowing one to see who knocks at the street door, common in Holland and Belgium.

lo pêle-mêle, pell-mell, in a huddle. — Properly : m^ler avec une pelle, to mix or stir up with a shovel.

15 d^ plt^ belle, anew, afresh, again, more eagerly ; de plus

belle {manière, understood) in a finer way.

16 à la hauteur de, opposite ; à la hauteur de Ventnor,

ofF Ventnor.

20 à Vaveuglette, blindly, heedlessly. — From aveugle, blind.

22 faillit rouler, was very near being upset.

faillir, falloir, and derivatives faute, défaut, faillite,

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fauxy falsifier^ fallacieux, ail imply want or deceit. —

Ex. :—

il s'en est peu falluy it wanted but little.

2 3 tiens ! halloo ! — Interjection from verb tenir. — Also :

hère ! take it ! really ! indeed ! bless me ! according — to context.

5 oh ! la ! la ! oh ! goodness !

ne f agite pas ainsi ! don't move (or bustle) about in that

way I 9 ramener à lui, bringing back to himself, coiling up, hauling in.

un fil de soie, a silk thread or cord ; a non-conductor of electricity. — Distinguish between des fils = threads and des fils = sons.

15 était bien fait y was well calculated.

16 qu^elle ne test, than it is. — Notice the présence of ne,

it does not affect the verb itself, but the terms of comparison : it is long, but not so long — is used after comparatives. — Notice also the pronoun le (V) standing for long. If expressed in English at ail, it should be by so.

17 agrémenté, omamented, trimmed.

19 iouer au cerf -volant, to play with a kite.

N.B. jouer au ballon = T^\aiy football. (Sport.)

jouer du violon = play the violin. (Music).

23 témoin, witness ; used adverbially.

N.B. Take care of the punctuation in this sentence.

26 papier de tournesol, litmus paper. — Blue paper tuming to red by contact with an acid.

3 I Regarde-moi cela, look at that. — Redundant use of a pronoun

called ethic dative, fréquent in French. — Compare : ** Villain, I say, knock me at the gâte and rap me well.^^

(Taming of the Shrew, Act i, Scène 2.)

3 voilà assez longtemps que je le guette, ce scélérat cTorage, I hâve been watching this rascal of a storm long enough. N.B. A redundant use of a pronoun (le) when usual place of direct object after the verb would not sufficiently draw attention to it.

5 nez à nez, face to face (lit. nose to nose) ; nez is colloquially used for figure (face).

^ $ en fait de globe

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7 val va l ail right ! go on ! Interj. from aller,

8 je te dirai tonfaity 1*11 tell you a bit of my mind.

19 très arrêté sur les contours^ with neat, clear-cut outlines. affectant laformey assuming the shape.

21 nappe de lumière étendue, wide sheet of light.

22 embrasser, to cover, to take in.

26 le problème qui me taquine depuis si longtemps, the problem which has been worrying me for such a long time.

31 gagne, is coming up, gaining upon us.

as for the for the matter of the J- globe, in point of

6 est-ce dit ? is it said, settled, agreed upon ?

7 ne peut tarder, cannot be long (before it cornes).

12 faillit choir, was near falling, very nearly fell. — See Note to p. I, L 22.

15 se ramassait, was coUecting himself, pulling himself together.

16 du côté de, in the direction of, (never at the side of) ; de ce côté de la rivière, on this side of the river ; allez de ce côté, go this (that) way.

19 se mit à courir, began to run (lit. put himself to run). Very common turn.

20 se coiffant de sa chaise, putting his chair upon his head ; coiffer has no équivalent in English ; for use of de, see Note to p. 4, 1. 26.

21 se décida à, made up his mind to. — N.B. A verb, by becoming reflexive, frequently changes its meaning :

décider = io àtcidit, settle ;

se décider =to make up one's mind.

26 d^un bond, with a bound, leap.

Obs. : de may be, according to context, translated by the

foUowing : of, from, by, through, on, with, in, for, some ; de is not only expressive of the Latin genitive, but of the various meanings of the ablative.

N.B. A short but attentive study of the many uses of </(f will save time and mistranslations.

27 en maître, as a master, with authority.

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27 on s'empressa si peu d^auvrir, they were so slow in opening the door.

29 à tour de bras^ with ail his might.

5 8 dUine enjambée. — About de^ see Note to p. 4, 1. 26.

13 les coudes^ (with) their elbows.

narguaient^ were defying.

20 aux pieds légers^ slender, thin footed.

22 toute frissonnante , still shudderii^ with fright. —

About de^ see Note to p. 4, 1. 26.

6 3 tf» vouloir à, to hâve a design upon ; frequently to hâve a

grudge against.

10 à çuoif ihe undeclinable relat. pron. is always çui for persons, çuoi for things, after a préposition ; never çue,

14 Bohémiens^ called so Ixicause supposed to come from Bohemia;

the Word ** Gypsies" supposes them to come from Egypt ; they call themselves * Izengaries ' and are ofindian origin.

15 kermesses y a sort of Flemish and Dutch festivals ; from the

Flemish word >&^r>&wwj^=churchmass.

19 mégère^ a vixen, a scold ; from ** Megsera," one of the three Furies.

24 lui apprit à lire. Although the use of leam instead of teach is a vulgar mistake in English, it is not so in French ; Amyot, Corneille and others hâve used it.

30 jeunesse^ young girl.

7 2 avec cela, add to that.

10 poupées ^ women whose only care is dress. (lÀi. dolls,)

24 qt^a-t-elle doftc ce soir? why, what is the matter with her this evening ?

31 que les pleurs . . . , without the tears . . .

8 I c^est si dotéXy she is so gentle ; ce instead of ï7, elle^ is either

disparaging or endearing, hère the latter ; of common use.

8 en éclatant de rire, bursting out laughing.

11 on ne peut pas s'empêcher, one cannot help ; pets may be dis-

pensed with after pouvoir^ cesser, savoir,

12 ce qui se passe, what is going on.

Page. Lîne.

14 tu joues à la raquette, See Note to p. 2, l. 19. tu joues aussi. Notice the différence :

aussi , . . que = as, (or) so ... as ;

aussi (beginning a clause) = so, accordingly, therefore ;

aussi (after a verb) = also, as well, too.

19 pour mes beaux y eitx^ gratuitously, for my sake.

21 en en sortant ^ on going out of it. — The first en is always the préposition, the second the pronoun.

9 5 j^ mette de la partie^ should join in the game.

8 quoi ! (Interjection), what hâve you to say about it ?

9 que veux'tu y faire ? it cannot be helped.

1 1 épouser. Notice différence :

^f*^". \ =tomarry,

se maner avec j ^ *

marier = to give in marriage.

28 on aurait poussé de beaux cris dans ma famille^ my family would hâve strongly disapproved of my action.

10 II il faut être juste^ a popular way of expressing such ideas as :

things must be told exactly as they happened ; let every one havefairplayy his due,

13 je mê confondais en politesses ^ I was profuse in apologies.

21 comme un perdu y like a madman.

27 f ai pris mon cœur à deux mains y I screwed up my courage ; cceur is frequently used instead of courage,

30 j'jv attendre (reflex.), to expect, to look forward to, to hope for, to think as much; attendre (not reflex.), to wait for (noun), to wait till (verb), . . . que,

11 4 il ne faut peu me savoir mauvais gré de . . . , you must not

be angry with me for . . .

10 à qui je supposerais un vilain calcul^ whom I could suspect of mean calculations.

17 je lui rendrais bien la pareille y I would indeed love him in retum. — Pop. : rendre la pareille, to give tit for tat.

25 tenez, See Note to p. 2, 1. 3.

26 où, when ; — generally where, frequently when ; — oît with

its dull Sound fîts in more easily than the nasal quand.

Page. Lîne.

12 3 pied^ root, stalk, plant.

pas une qui lui ressemblât, (there was understood) not one like it. — Notice use of subjunctive after clause conveying the idea of exclusion.

5 de chaque côté^ on each side Notice de as sign of ablative :

Dextra lœvaque (Virg.). — See Note to p. 4, 1. l6. 9 comment il se fit, how it happened.

21 ici, at this moment.

28 c^est que, it is because ; — que stands iox parce que,

30 aux ailes bleues, with the blue wings. - -Notice the distinguishing

à (aux = à les), V homme au chapeau blanc, the man with the white hat.

13 2 pour le coup, then, that time.

fai failli m^ évanouir, I was nearly fainting. 8 ce moftstre d'orage, See Note to p. 3, 1. 3.

21 que stands for afin que.

27 ce disant, saying this. — A common phrase.

trousseau de clefs, bunch of keys.

Also : trousseau = msLinaige outfît ; schoolboy's kit.

29 il n^ était pas entré que ... ; que stands for lorsque,

14 6 justifiait bien, justified indeed. — See Note to p. i, 1. I. 17 forcé, broken open.

22 réduite en charpie, reduced to match-wood {charpie = lint).

15 9 comme si on Peut retourné, as if it had beeû tumed upside

down.

si ( = if, not = whether) is constructed with subjunctive in two cases only :

(i.) — In second clause after si, when si is replaced by que and second clause conséquence of first.

Ex. : s*// vient et qu'zV dise

The indicative is used when second clause not conséquence of first, and si repeated.

Ex. : s*// vient et sHl dit

(2.) — With the pluperfect subjunctive only, instead of the conditional past or pluperfect indicative.

Ex. : sHl me Teût commandé je V aurais fait ; or : sHl me V avait commandé, je Teusse fait.

Page. Line.

10 ce qui, nom. or subj. ; ce que, ace. or obj. = which, —

Instead of qui and que when the antécédents are clauses and not nouns.

l6 fit succéder, changed.

i8 au voleur! stop thief !

20 au feu ! fîre !

23 ne sut pas venir à bout, could not succeed in explaining himself ; savoir used negatively, chiefly in conditional, followed by infinitive, means : not to be able, — Nothing anomalous about use of conditional ; je ne saurais vous le dire (même si f essayais) — I could not tell you (even if I tried) ; venir à bout = to corne to the end, i.e. to succeed.

25 vit bien quHl s^ agissait cTobjets volés, understood at once that it was a question of robbery.

29 ce que. See Note to p. 15, 1. 10.

16 I sur la pointe du pied, on ^-ç-iœ.

11 cU quoi s'agit-il f what is the matter ?

13 le tableau, the sight.

19 au demeurant, on the whole.

22 de fort pris, fort before an adjective or an adverb means very, not strong,

25 clients, customers.

27 le coup d'ail exercé du maître, the practised eye of the master.

17 3 forcé, See Note to p. 14, 1. 17.

10 vol avec effraction, burglary.

13 tant mieux, so much the better.

20 fit jouer la serrure, tried the lock.

x8 4 du côté de, See Note to p. 4, 1. 16.

8 il fut dérouté, he was baffled, puzzled.

11 ce poêle démonté , , . et remonté, this stove puUed to pièces

and put up again.

13 actuellement, at the time, then, now ; never actucUly, 20 rien de suspect, nothing suspicious ; not to be mistaken for ympçonneux = distrustful, nor soupçonné = suspected.

Page. Line.

23 leur avait échappé y had escaped them.

N.B. — The following verbs which in English and logically require from, take to (à) in French :

ao

ôter à échapper à ravir à .

enlever à .

prendre à.

voler à arracher à acheter à .

pendre à .

demander à emprunter à

to take from

to escape from

to steal from

to take away from

to take from

to steal from

to snatch from

to buy from

to hang on (or from)

to ask of (or from)

to borrow from

to shelter from.

soustraire à

The dative case is used in Latin :

Ex. : Furari rem alicuù (Cic.)

y€,neam Pelidœ rapui, (Virg.)

4 fit remarquer^ called attention to the fact.

Not to be mistaken for remarquer = to notice, nor faire la remarque = to remark.

5 fildefer^ wire.

9 se mettre en mesure de^ to get ready to.

13 papier de tenture^ wall paper.

19 bouche béante^ gaping.

from béant ^ près. part, of almost obsolète verb bayer.

21 condamnée y stopped up.

23 pihey room. A gênerai name for any kind of room. 31 morceau de papier rapporté y a pièce of paper tacked on.

8 dès lors, from that moment.

12 extrême aisance, perfect facility.

17 dès le début, from the beginning.

18 à portée, within reach.

19 non pas du côté oit il eût mis en branle la sonnette,

not on the side where he would hâve set the bell ringing.

22 attenant au , . . , connected with the . . .

25 un faux mouvement, an awkward movement.

30 balancé dans le vide, swinging in space.

Page. Line.

21 5 soustrait à rimpulsion^ ireed from the impulse.

15 il ne demandait plus qu'à connaître^ he asked for nothing more than to know. (Lit. he asked only for no more than ...)• N.B. «^ . . . que — only ; «^ . . . plus = no more. — One ne does for both.

17 en savourant une prise j relishing a pinch of snuff.

19 les procédés, the ways.

20 tempérament, nature.

22 bien le temps l time indeed ! (ironical). SeeNoteto p. i, 1. i.

23 nous ne saurions mieux faire,

See Note to p. 15, 1. 23.

28 empirisme, empirism, i.e. use (or application) of expérience without any scientific theory.

31 laissez faire, never mind, leave it to me, do not trouble about that.

22 I vous ne sauriez remonter sûrement à la source du crime,

you cannot with certainty trace the crime. — See Note to p. 15, line 23.

3 s^affirme, shows, betrays himself.

7 les nuances de Pacte, the phases of the deed. — Phases : the successive changes or aspects of any fact.

10 propreté, neatness.

12 en toutes lettres, in full.

13 sur deux, out of two.

26 il en est à ses premières armes, that is his first attempt. —

N.B. The pronoun en plays a great part in idiomatic phrases, and is frequently, as in this case, to be translated by : about it, on that subject, in this matter,

27 nous abuser, deceive us.

28 ses facultés, his talent, cleverness.

sur place, on the wall, without being removed.

29 cinq ou six ans, Before words expressive of duration, we

. gênerai ly understand pendant = for.

23 I rapporté. See Note to p. 19, l. 31.

4 cela est à faire hausser les épaules, that is pitiful. —

(Lit. : it is to make one shrug his shoulders).

Page. Line.

5 voyez-moi, See Note to p. 3, 1. i.

7 des outils de savetier ^ wretched tools.

(Lit. : cobbler's tools ; savetier used hère disparagingly).

10 je vous ferai connaître^ I shall show you, introduce you to.

11 forceront, See Note to p. 14, 1. 17.

14 un ptanant, a rough, clumsy fellow ; from (Lat.) manentem, a serf, attached to (remaining on) the glèbe.

16 il y mettrait plus de coquetterie, he would give more care to it, would show himself more fastidious about it. — Lit. : he would put more coquetry in it.

22 de taille raisonnable, of ordinary, average height.

27 écrasement, crushing, fiattening, as if a hammer had been used.

31 charpie, See Note to p. 14, 1. 22.

24 4 qui ne demande qtûà sauter, which is easily broken. — Lit. :

which asks only to (be) burst open.

7 à tort et à travers, at random, recklessly. 25 il y a donc ...» so, there is . . .

25 I allons donc ! nonsense !

3 ce, she. — Refering to persons, ce is used before être followed

by a noun or an adjective used as a noun. — Ex. :

c^est un médecin, c*est un malade, ce sont des soldats

but the Personal pronoun is used before an adjective or noun used as an adjective : il est médecin, elle est malade,

4 Bohémienne, See Note to p. 6, I. 14.

6 qt^on venait de lui brûler le cœur avec un fer rouge,

as if they had just burnt his heart with a red-hot iron. — N.B. — No possessive adjective is used before part of individual man, whether mind or body, whenever it can be helped. — If possession is self-evident, the article alone is used : il a perdu le bras dans cet accident = he lost his arm through this accident ; il se bourre la mémoire de choses inutiles = he loads his memory with useless things, etc. — If possession is not self-evident, a personal pronoun in the dative is put before the verb : elle lui a brûlé la main = (Lit.) she has burnt the hand to him ; or, with reflexive verb : il s'' est brûlé la main =: {hit,) he has burnt the hand to himself.

PsLge. Line.

8 voyons donc ! — donc y after an imperative mood, implies eagerness, eamestness, impatience ; venez donc / = do corne !

1 1 mais la voilà ! why, there it is ! — voilà standing for vois-là ! = see there ! — Pron. obj. placed before verb, according to gênerai rule.

i6 elle a dû nous entendre ! she must hâve heard us ! — Notice the following idiomatic uses of devoir^ implying respectively :

MONEY : Je lui dois de Pargent = I owe him money.

DUTY : Je dois tenir ma parole — I must keep my word.

FUTURITY : Je dois diner chez mon ami=-\ am to dine at

my friend's.

PROBABILITY : Il doit nous entendre = he must hear us. MORAL DEBT : Je lui dois trop pour ne pas être son ami^

I am too much indebted to him not to be

bis friend.

The tenses being particularly difficult I append the following :

// doit nous entendre = he must hear us.

„ j .. rhe must hâve heard us.

// devait nous „ ^^^ ^^^ jj^^^jy overhearing us.

// devrait „ „ he ought to hear us.

Il a dû ,, ,, he must hâve heard us.

Il aurait dû „ „ he ought to hâve heard us.

23 elle ne s'est pets même couchée^ she did not even gq to bed. — Notice différence between :

se coucher = to go to bed (action), and être couché = to be lying down (state).

il s'est cotuhé = he went to bed.

il est couché — he is lying down.

The présence of reflexive pronoun makes a verb of the mère adjective.

elle s'est sauvée = she ran away.

elle est sauvée = she is safe.

27 ragent mis en faction, the policeman {^Jf ^^^^^ ^ ^^^"^^ 29 une jeunesse. See Note to p. 6, L 30.

6o NOTES.

Page. Line

26 i y eût été pris, might hâve been deceived by it. (Lit. would hâve been caught in it.)

7 de là hauty from up-stairs.

Also : d'en bas = {xom down-stairs ; de là-bas ={xom. yonder. 12 /allais m^ assurer, I was going to make sure.

21 nous avons de V aplomb, we are cheeky. — An expression

almost as bad in French, as ** cheeky " is in English.

22 à qui cette seine donnait la fièvre, whom this scène put into

a fever.

2^ 2 on voulait dire, they meant. — Its équivalent signifier is never s^plied to persons, but to things : Que signifie ce mot ? = What does this word mean ?

3 d*un air hébété, with a stupefied look ; hébété, from Latin hebes = blunt.

21 la manche, the sleeve. — Not to be mistaken for le manche = the handle.

30 elle glissait un paquet, she slipped a parcel. — Implies stealth.

29 16 dit Cornélius, Add : {de quoi vous mêlez-vous ? what do yoù meddle with ?) — Some such expression is implied.

26 nous aurons d'elle meilleur marché que vous, we shall get on

more easily with her than you.

29 Quelle gaillarde ! What a tough customer !

yi T en essayant de . . . , trying to . . . ; — en before a présent participle may hâve one of the foUowing meanings : — in, by, while, Irom.

8 vous rHêtes plus qu^avec des amis, you are now with friends

only. — Lit. : you are no longer (with anybody else) but with friends. — One «^ does for both ne...plus2iTïà ne... que,

10 je ne veux pas rester, I will not remain. — With a stress on will, I do not wish to and / shall not remain would be mistakes. — Distinguish between English auxiliary will, expressing futurity, and the independent verb to will,

17 on ne vous fera rien, no harm will be done to you. — (Lit. : one will do you nothing). —In most cases a French active verb with ^w as a subject, must be turned into an English passive verb with the French obj. changed into English subj. ; on comes from Lat. homo = xsi2Si ; common in German.

LA PERLE NOIRE. 6l

Page. Lîne.

20 est-ce que vous ne nî^ entendez pets ? don't you hear me ? —

A question beginning by est-ce que...? insteadof the simple ne m* entendez-vous pas? implies either wonder, impatience, eagerness, or else that an affirmative answer is expected.

21 Si! répondit Christiane^ = y es y instead of oui y because of

the négation in the rerb of the question.

N.B. — Not to be mistaken with si = if, nor si = whether.

Ex. : ye ne sais si nous sortirons ^ il pleut ^

1 do not know whether we shall go out, if it rain.

31 I je vous en prie^ I beseech you. — The pronoun en, ahout it^

refers to the object of the prayer.

17 est-ce que ce n^est pas tout mon cœur, cette maison? =

Is not my heart bound up in this house ?

Notice redundant use of pronoun ce^ instead of real subject, cette maison, — See Note to p. 3, 1. 3.

21 et dire que . . . , and to think that . . .

23 elle vous ferait rentrer sous terre avec votre vol! = She would shame yovt and your accusation of theft !

30 ny tint plus, could not stand it any longer.

32 II fais que . . . , help me to . . .

Lit. : Do, (in such a way), that . . .

33 6 remettez-vous ! compose yourself !

12 ce n^ est pas de toi quHl s'agit, you are not in question at ail. — 30 je ti^ ai plus cU jambes, I feel very weak.

34 I je suis restée . , , . à tricoter, I remained busy knitting. —

N.B. — The adjective occupée à understood, explains the présence of à,

6 Monsieur? = I beg your pardon, i,e, l did not hear.

1 5 il est venu le facteur, the postman came. — Impersonal verb for lefcuteur est venu,

25 ce Peter sen. — ce, cet, cette before a person's name implies either contempt or suspicion.

y^ 3 elle allait et venait, she went aboutt

Page. Line.

27 Monsieur ne rentrait pas y the master had not come home. — Servants speaking of or to their masters, use the third person. Rentrait imperfect, referring more to the state of things created by absence than to the fact of his not having come home.

36 3 dame, of course, to be sure.

ça nous cassait bras et jambes, that (the storm) upset us completely.

24 qt^ est-ce que ça me fait ? what is that to me ? what do I care?

25 et ça ne tardera peu, and that before long.

37 2 des malédictions pareilles, such horrible things.

8 (Hre) en état de . . , , capable of . . .

. Lit. : (to be) in (a fît) state to . . .

17 allant et venant, walking to and iro.

27 tant que, as long as.

38 4 ^ preuve (add : pouvez-vous donner? but how can you

prove it?)

6 toutes celles que vous invoquez, ail those you plead.

39 26 miroiter, to shine, to refiect, to flash, to play.

40 7 faites ! please do ! I wish you would !

18 cbnt, in which ; dont, including préposition de, — See Note

to p. 4, 1. 26.

25 où s'' engageait le fil de fer, where the wire entered.

41 5 ^ plusieurs reprises, repeatedly, several times.

(Lit. : at several renewals).

1 1 que je monte, (in order) that I may get up.

14 du couteau, See Note to p. 4, 1. 26.

15 comme s'il eût voulu, as if he (had) wanted. — See Note to

24 du côté de, See Note to p. 4, 1. 16.

26 Ah î le petit serpent î Oh ! the little fox ! elle faisait la morte, she pretended to be dead.

42 19 il en voulait au métal, he aimed at, had an inkling for, the

métal.

24 pour adieu, asgood-bye.

Page. Line.

43 4 coulées (Tune seule pièces cast, melted into one pièce.

17 elle serait tombée aux pieds de BaUhazar quHl tC eût pas . . . , Balthazar could not hâve been more startled if it had fallen at his feet ; — que stands for sans quCy a conjunction goveming the subjunctive.

20 du côté du quoi, See Note to p. 4, L 16.

44 I roidiSi stiffened ; now written and pronoanced raidis,

9 qui n^eût senti . . . , who would not hâve felt . . .

Subjunctive mood after impersonal verb used negatively.

22 voilà bien du mcd pour une voleuse / that is taking a great

deal of trouble for a thief !

27 ce fui . . . , there was . . .

28 à quoi servirait . . . , of what use would be . . .

45 10 n^est pas en état d'hêtre . . . , is not in a fit state to be« . .

il n^ est pas en état de marcher y he is unable to walk.

16 maist why !

23 et vous m^ soutiendrez^ and you hâve the impudence to assert.

25 elle en fait bien d"* autres! it does things more strange than that !

et les clous . . . what about the nails ...

46 2 tout d'une pièce, ail of one pièce, of a lump.

4 si proprement, so neatly.

6 fât atteinte, without touching ; tum passive into active voice Subjunctive governed by conj. sans que.

30 charriant, carrying along with it.

fil conducteur, conducting wire.

31 cette facilité de transport et cette fantaisie de moyens . . . .,

with that ease of despatch and fantastic wealth of resource . . .

47 2 qui tient de . . , , which savours of . . .

5 la voie, the track.

8 en me défiant de , , , , defying me to . . . {en not to be translated).

12 il n'en faut pas plus à la Providence, Providence requires no more. (Lit. ; it is necessary no more to Providence).

Page. Ijne.

14 le savant est plus fort que moiy the scientifîc man is more clever than I am.

16 il ne me fallait pas moins que cette preuve, nothing less than this proof was necessary for me.

28 Que dire de cette scène? What more needs be said about what foUows ?

48 2 que je vais te faire, which I am about to give you.

7 il te faut bien une dot, you certaînly require a marriage

portion.

8 si vous voulez de moi pour mari ? if you will hâve me for

husband ?

10 cTun œil humide, with tears in her eyes.

(Lit. : with a tearfîil eye).

13 ne voulait pas dire : Non! = did not mean : No !

VOCABULARY

-oo-

abat-jour, shade

abattre, to pull down

abattre (s*), to fall upon

abord (d*), at first

aborder, to go up to; to accost

abords, approaches

abuser, deceive; lead astray

accabler, to overwhelm

accès, Jît

accompli, received; recognized

accomplissement, exécution

accorder, to grant; to admit

accourir, to kasten

accrocher, to hook

accueil, welcome

achever, to finish

acier, steel

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