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La Pérouse

dit le bon Esménard dans son poème de la Navigation. Il s’empare surtout de la géographie. La Pérouse est un des hommes qui ont à tout jamais marqué de leur nom la carte du monde, un de ceux qui nous ont aidés à nous figurer la planète que nous habitons, si petite, si insignifiante quand nous considérons l’univers, si grande et si mystérieuse quand nous nous considérons nous-mêmes. Ce qui le distingue de ses nombreux devanciers, ce n’est pas seulement la tragique obscurité où il a sombré avec ses deux navires ; ce sont ses qualités d’homme, sa générosité, sa franchise, sa droiture, sa belle âme simple et claire ; et c’est aussi qu’il représente, à un très haut degré, l’humanité des explorateurs français et le meilleur de notre esprit du dix-huitième siècle.

Ce grand marin était né le 23 août 1741 à trois kilomètres d’Albi, au Guô, dans une maison de campagne du

nom de La Pérouse, qu’il ajouta au sien. Son père, Victor-Joseph de Galaup, appartenait à la plus vieille noblesse du pays. Un Luc de Galaup avait été le premier consul de la ville d’Albi au quinzième siècle. Les Pierre de Galaup, Jean de Galaup, Raymond de Galaup l’avaient été au seizième. Sa mère se nommait Marguerite de Rességuier. Nous ne savons presque rien de son enfance et de sa première jeunesse. On le mit à neuf ans au collège des Jésuites qui, paraît-il, devinèrent sa vocation. Mais comment cette vocation s’était-elle éveillée dans le petit milieu fermé et traditionaliste d’Albi? La marine faisait beaucoup parler d’elle à cette époque. Les voyages d’Anson, du commodore Byron qui avait visité une race de géants en Patagonie, du capitaine Wallis qui avait découvert Taïti, l’île des innocentes sirènes, où les matelots stupéfaits et charmés étaient accueillis par de belles jeunes femmes aux sons des flûtes et des conques marines, le tour du monde de Philippe Carteret et les merveilleuses expéditions du capitaine Cook allaient bientôt surexciter toutes les imaginations. La vocation de La Pérouse n’est pas plus surprenante que celle de Bougainville, son aîné de douze ans, qui, lui, sortait comme Voltaire de l’étude d’un notaire du Châtelet. Elle l’est peut-être moins, car il n’est pas le seul grand marin qu’ait produit l’Albigeois. Il eut pour camarades au collège deux futurs marins, Henry de Rochegude et Mengaud de la Hage qui devait finir dans un naufrage. Le chef d’escadre La Jonquière, gouverneur de la Nouvelle- France, qui mourut en 1752, était d’Albi. Son neveu, qui hérita du titre de marquis, s’illustra contre les forbans de la Martinique et commandait en 1757 un vaisseau de l’escadre destinée au Canada. La famille des La Jonquière était alliée à celle des Galaup, et ce fut sous le

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patronage du marquis que le jeune La Pérouse fit sa première campagne. On lit même dans le livre de comptes du commandant La Jonquière qu’il lui donna six livres pour ses plaisirs, trois pour le raccommodage de son épée et qu’il en remit seize à l’auberge de la prison. C’est la seule équipée de La Pérouse qui ait laissé quelque trace dans l’histoire.

En 1756, à l’âge de quinze ans, il entra dans les « Gardemarine » dont les compagnies étaient la pépinière du Grand Corps. « Elles se recrutaient, nous dit l’historien H. Carré, parmi la noblesse et surtout parmi la noblesse provinciale : on n’avait à y craindre ni la concurrence de la noblesse de cour que le service de mer n’attirait point, ni celle des riches, car les grades de la marine ne s’achetaient pas. » La Pérouse commença sa carrière par cinq campagnes, sur le Célèbre, la Pomone, le Zéphir, le Cerf , et la cinquième sur le Formidable qui faisait partie de l’escadre aux ordres du maréchal de Conflans. L’Angleterre avait échoué dans sa tentative de débarquement sur les côtes de la Bretagne où une petite armée de nobles et de paysans, rassemblée à la hâte par le duc d’ Aiguillon, avait rejeté à l’eau les treize mille Anglais descendus dans la baie de Saint-Cast. Mais nous n’eûmes pas de chance lorsque à notre tour nous voulûmes les attaquer chez eux. L’escadre anglaise joignit la nôtre à la hauteur de Belle- Isle. Le combat fut acharné. Huit vaisseaux, anglais ou français, coulèrent bas ou allèrent se perdre sur les côtes de France, et le Formidable fut pris malgré son héroïque résistance. La Pérouse, gravement blessé, tomba aux mains de l’ennemi.

Cinq ans après, en 1764, il était promu au grade d’enseigne de vaisseau ; et pendant quatorze années, il courut le monde. On le trouve aux Iles de France et de Bourbon,

à Madagascar, aux Iles Seychelles, dans l’Inde. Il s’acquitte de missions difficiles avec autant de prudence que de fermeté. Il se révèle par des coups d’éclat. Sur la route de Goa à Surate, il disperse une flotte mahratte de trente voiles, dont trois gros bâtiments et vingt-sept autres petits. Il marcha droit contre elle. La hardiesse de sa manœuvre intimida les ennemis et, après deux heures de canonnade, il les força de reculer dans leur port dont ils n’étaient pas à plus de trois lieues. « Je dois dire, écrit-il, que mon équipage ne fut point effrayé du nombre des vaisseaux ennemis que nous avions à combattre et qu’il était au désespoir que l’avantage du vent qu’ils avaient sur nous et la supériorité de leur marche fussent un obstacle invincible au désir que j’avais de les approcher à portée du pistolet. » Tous les rapports de La Pérouse sont extrêmement agréables à lire : l’esprit y est net ; le cœur, jeune et enthousiaste. Une armée de dix mille hommes assiégeait la place de Mahé dont la garnison se composait de soixante Européens et de deux cents soldats Naïrs. « Elle n’était guère plus fortifiée, dit-il, que le village de Charonne, » n'ayant à opposer aux assiégeants qu’une haie de bambous qui formait son enceinte, un fort croulant et quelques petites batteries ; une mince rivière, qui la séparait de l’armée ennemie, constituait la meilleure de ses protections ; et c’était là toute notre puissance sur la côte du Malabar. La Pérouse fait débarquer cent matelots. Les assauts sont victorieusement repoussés ; les dix mille indigènes éprouvent des pertes considérables ; et notre établissement est sauvé.

Il regrettera plus tard de n’avoir pas eu assez d’occasions de se distinguer dans les mers de l’Inde qu’il avait appris à connaître. Il travaillait sans cesse en vue d’un conflit qu’il sentait prochain avec cette Angleterre dont

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il avait rencontré partout l’hostilité et la mauvaise foi et qui outrageait notre commerce sur tous les points de cette partie du monde. « Je ferai en sorte, avait-il écrit, de me procurer les plans des ports où je n’aborderai pas. Je m’informerai du progrès des Anglais, de la route que prennent leurs vaisseaux à leur retour d’Europe. Enfin je me mettrai en état d’être employé avec avantage aux Indes à la première guerre. » Il pensait évidemment comme Turgot, qui pensait juste, dans son Mémoire sur la manière dont la France et V Espagne devaient envisager les suites de la querelle entre la Grande-Bretagne et ses colonies. « Les Indes, disait Turgot, sont certainement la partie dans laquelle on peut attaquer les Anglais avec la plus grande apparence de succès et leur faire le plus de mal aux moindres frais. Cette puissance est aussi précaire qu’effrayante. C’est un colosse dont les pieds sont d’argile ; elle est toute fondée sur la violence, le brigandage et la tyrannie. On ne peut douter que les cruautés et les vexations exercées par la nation anglaise dans l’Inde n’aient porté le désespoir dans l’âme des naturels du pays et de leurs souverains. »

Le 4 avril 1777, La Pérouse était nommé lieutenant de vaisseau, et, le 24 mai, chevalier de Saint-Louis avec une pension de trois cents livres sur le Trésor royal en considération de ses services dans l’Inde et surtout de la part qu’il avait prise à la défense de Mahé. L’année suivante éclatait la guerre contre l’Angleterre, qui devait être notre revanche de la guerre de Sept Ans. Les Anglais nous attaquèrent avant de nous l’avoir déclarée, ce qui ne leur porta pas bonheur. La rencontre de notre frégate la Belle-Poule et de la frégate anglaise Y Aréthuse fut une victoire pour nous. La Pérouse commandait alors le Serin, un bâtiment de quatorze canons qui marchait

moins bien qu’un bateau de commerce. Il se vit déjà frustré de la gloire que lui avait promise cette guerre prévue et attendue. « Ma situation est affreuse, écrivaitil à son chef ; je ne puis apercevoir du haut de mes mâts une frégate anglaise sans avoir la certitude d’être pris à moins que je ne sois à portée d’entrer dans un port qui soit à une très petite distance de moi. Vous avez des bontés pour moi et je vous donne ma parole d’honneur que je les mériterai. Mais, monseigneur, je puis être pris sans gloire et sans utilité pour le roi. Avant que le moment que je désire avec tant d’ardeur arrive, tous mes efforts peuvent à peine retarder le malheur que je crains si fort... Mon ambition est trop éclairée pour ne pas sentir avec la plus amère douleur la cruelle situation où je me trouve. Tout annonce des succès. L’ardeur de tout le monde est incroyable... C’est donc, monseigneur, dans un moment aussi brillant pour la marine que je suis destiné à faire la guerre à quelque malheureux corsaire de Guernesey ou à regarder comme le plus heureux événement de n’être point pris par les ennemis... Le Serin est un bâtiment à vendre au commerce, propre à faire un vaisseau de transport sur lequel on pourrait embarquer cent cinquante hommes de troupe en réduisant l’équipage à trente matelots ; et c’est un patron de barque qui doit le commander. » Cette lettre est datée de Brest, le 27 mars 1778. On s’empressa de lui donner le commandement de Y Amazone dans l’escadre aux ordres du vice-amiral d’Estaing. Il en fit bastinguer tout le gaillard d’arrière à l’abri de la balle. « C’est à de pareils arrangements, disait-il, que les Anglais doivent l’avantage de perdre beaucoup moins de monde que nous dans les combats. Je n’ai point vu une seule frégate anglaise depuis dix ans qui ne fût installée comme Y Amazone le sera dans huit

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jours. » Il sacrifia à ces arrangements le confort de ses officiers et le sien ; il ne garda pas même une cabine pour lui et donna l’exemple de coucher dans un hamac. Ce fut sur ce navire qu’en 1779, lors du combat naval aux Antilles contre la flotte de Byron, il fut chargé de porter les ordres du vice-amiral dans toute la ligne. Ce fut lui qui, sur la côte de la Nouvelle- Angleterre, s’empara de la frégate Y Ariel et contribua à la capture de Y Expériment.

Le 4 avril 1780 il était nommé capitaine ; et, commandant Y Astrée en croisière avec Y Hermione, il engagea une rude bataille, à six lieues du cap nord de l’Ile Royale, contre six bâtiments de guerre anglais : Y Allégeance, le Vernon, le Charlestown, le Jack, le Vautour ; le sixième, le Thompson, «parut toujours craindre de faire son devoir et se tint toujours hors de la portée du canon ». Le rapport de La Pérouse est très beau : « Le jour s’avançait et je voyais avec la plus vive douleur qu’il me serait impossible de commencer un engagement avant sept ou huit heures du soir... J’avais trop désiré toute la journée joindre l’ennemi pour que sa contenance, quoique ferme, pût m’en imposer. Je courus sur lui avec beaucoup de voiles. Je n’avais pas un instant à perdre : il était sept heures du soir lorsque nous tirâmes le premier coup de canon... Nos seuls, nos uniques regrets étaient de ne pas pouvoir prolonger la durée du jour et d’avoir à craindre une nuit très obscure. » Le désordre se mit bientôt dans la petite escadre anglaise. Le Vautour, Y Allégeance et le Vernon forcèrent de voiles ; le Jack et le Charlestown, frégate commandante, démâté de son grand mât de hune, amenèrent leur pavillon ; et La Pérouse ordonna de ne plus tirer sur eux. « Il était alors huit heures et demie : tout annonçait la nuit la plus obscure. J’étais extrêmement dégréé, et je craignais que bientôt, malgré mes

lunettes de nuit, il me fût impossible d’apercevoir les fuyants. Je pris le parti de virer de bord pour amariner au moins le Jack et le Charlestown qui restaient de l’arrière et qui étaient le seul fruit certain de ma victoire, que les ennemis m’auraient peut-être contestée, attribuant à leurs manœuvres ou à leur valeur un salut qu’ils ne devaient qu’à la nuit. J’envoyai mon canot à bord du Jack , qui était le plus à portée, avec ordre d’enfermer tous les Anglais dans la cale et de mettre deux sentinelles sur l’écoutille. » Aussitôt le capitaine La Touche, commandant Y Hermione, revira sur le Charlestown qui s’était rendu ; mais, contrairement au droit des gens, le Charlestown essayait d’échapper, a Un peu de colère se joignait peut-être au désir que nous avions l’un et l’autre de compléter notre victoire par la prise de la frégate commandante. Le ciel s’opposa à nos vœux. Jamais nuit ne fut plus noire. Il y eut quelques grains de pluie, et nous n’apercevions rien à une portée de fusil autour de nous. Je ralliai Y Hermione à neuf heures et demie, à la lueur d’un feu que j’avais ordonné à M. La Touche de mettre à la corne d’artimont... » Il attendait impatiemment le jour; mais, « comme si le ciel avait été entièrement du côté des ennemis », il s’éleva une brume épaisse qui facilita la fuite des Anglais et où se perdit la déloyauté du Charlestown. L’ Astrée et Y Hermione avaient beaucoup souffert.

Cette même année, 1781, le gouvernement français décida de détruire les établissements anglais de la baie d’Hudson et chargea La Pérouse de cette expédition qui exigeait surtout des qualités d’explorateur. C’était la première fois qu’il était appelé à se mesurer avec l’inconnu. On ne possédait aucune carte de cette baie, et personne dans ses équipages n’en avait jamais approché de plus de

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trois cents lieues. La compagnie anglaise n’avait permis aucune publication cartographique. Il ne lui importait guère que, le cas échéant, l’ignorance de ces mers fît des victimes. Elle y eût abîmé tous les vaisseaux étrangers pourvu que son commerce fût sauvegardé. Les bancs de glace, qui pouvaient les briser à chaque instant, et une brume éternelle lui semblaient le rempart le plus assuré de sa fortune, et elle n’employait à cette navigation qu’un très petit nombre d’hommes initiés. La Pérouse savait seulement que la baie était profonde d’environ deux cents lieues, et on lui avait dit que les comptoirs, au nombre de deux ou trois, appelés improprement des forts, n’avaient de réelle défense que contre les naturels du pays. Il serait obligé d’aller en tâtonnant comme ceux qui firent la première découverte. Les moyens qu’on lui donnerait excéderaient certainement les forces que les Anglais pourraient lui opppser. Mais la grande affaire était d’y parvenir et d’en revenir. Le 16 mai 1781, il écrivait que, passé le 10 juin, il ne fallait pas songer à cette expédition. On la remit à l’année suivante ; et le 31 mai 1782, il partit sur le Sceptre, de soixante-quatorze canons, suivi des frégates YAstrée et V Engageante, de trente-six canons chacune, commandées par les capitaines de Langle et La Jaille, avec deux cent cinquante hommes d’infanterie, quarante hommes d’artillerie, quatre canons de campagne, deux mortiers et trois cents bombes. Le secret avait été si bien gardé que les équipages n’apprirent leur destination que le 20 juin, lorsqu’ils eurent coupé le banc de Terre-Neuve.

Les établissements que les trois vaisseaux français allaient détruire étaient un bel exemple de notre initiative privée continuellement desservie et trahie par notre insouciance publique. De 1610 à 1662 un silence de mort

s’était étendu sur la découverte de la grande mer intérieure qu’avait faite Hudson. Mais les étonnants coureurs français de la Nouvelle-France, dont l’audace est à l’origine de tout ce que les Anglo-Saxons ont accompli en Amérique, avaient poussé leur pointe vers l’extrême nord. Deux d’entre eux parmi les plus réputés, Midard Chouart de Groseillers et son beau-frère, Pierre-Esprit Radisson, en rapportèrent un nombre fabuleux de peaux de castors. Au lieu de les en féliciter et d’utiliser leur expérience, le gouverneur de la Nouvelle-France les frappa d’une amende pour avoir entrepris ce voyage fantastique sans son autorisation. Dépouillés de leur butin, obligés de quitter Québec, ils se sauvèrent à Cap-Breton et à Port- Royal, d’où ils en appelèrent à la justice de France. On ne tint aucun compte de leurs justes protestations. Leur cause n’intéressait personne. Ils équipèrent un navire à leurs frais, firent naufrage, et, à bout de ressources, acceptèrent du commissaire royal anglais, Carterett, son offre de l’accompagner en Angleterre. Leur succès y fut très grand. Le roi voulut entendre de leur bouche le récit de leurs aventures et surtout de celles qui les avaient conduits jusqu’à cette mer septentrionale découverte par Hudson et d’où ils étaient revenus avec d’innombrables peaux de castors. Malgré la guerre qu’il soutenait contre la Hollande, il mit à leur disposition un bateau.de l’escadre des mers du Sud. Ils s’y embarquèrent le 3 juin 1668. Le résultat de leur voyage satisfit pleinement les princes et les grands seigneurs qui en avaient été les commanditaires ; et, le 2 mai 1670, une charte royale, signée à Westminster, accordait, au gouverneur et à la Compagnie des aventuriers d’Angleterre commerçant avec la baie d Hudson, la licence de bâtir des forts, d’employer des marins, de donner des lois, d’imposer des châtiments,

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l’entière liberté du commerce et la propriété de tous les territoires qu’ils découvriraient autour d’eux. Il était interdit à tous les autres commerçants de fréquenter le territoire de la Compagnie ; et toutes les forces de l’Angleterre, amiraux, juges, shérilîs, étaient tenues d’aider, de protéger, de secourir, d’assister la Compagnie par terre et par mer. Avons-nous besoin d’ajouter que les Anglais n’eurent rien de plus pressé que d’évincer les deux aventuriers qui leur avaient fait ce magnifique présent? Le plus remarquable des deux, Radisson, se vit refuser une place d’associé. Depuis un siècle, la prospérité de la Compagnie d’Hudson n’avait cessé de grandir.

La Pérouse n’arriva à l’entrée du détroit que le 17 juillet. Vers minuit il aperçut l’île de la Résolution. Mais à peine avait-il fait vingt lieues dans le détroit que ses vaisseaux furent pris par les glaces et sérieusement endommagés. Il ne pouvait se régler que sur quelques points déterminés astronomiquement d’après lesquels il s’efforçait de tracer une carte qu’il corrigeait à chaque éclaircie de la brume, car la brume était épaisse. Le Sceptre tenait la tête, sonnant la cloche, battant le tambour, tirant le canon. Quand elle se dissipait, le soleil faisait apparaître des montagnes de glace d’une prodigieuse hauteur, qui avaient des formes de tours, de clochers, de palais, de châteaux forts, et d’où se précipitaient des cascades et de grandes nappes irisées. On nageait au milieu d’un monde de cristal et d’illusions. Et parfois tout le ciel crépitait de l’illumination féerique d’une aurore boréale. Les vaisseaux rangeaient ces glaciers abrupts, ces fantasmagories impitoyables ; et, tout à coup, une banquise se referma sur eux. Les équipages descendirent et, pendant trois jours, se battirent sur la glace avec des boules de neige. Ce fut dans une déchirure

de brume qu’ils aperçurent les côtes pelées, arides, du canal d’Hudson. Ils les longèrent et rencontrèrent des pirogues d’Esquimaux en peau de loup marin, chargées à l’arrière d’une outre d’huile de baleine. Elles glissaient, filaient comme des ombres, emportant des familles au teint olivâtre, aux figures tatouées. La plupart des hommes étaient imberbes ; leurs cheveux huilés se hérissaient ; ils avaient de petits yeux, et on remarqua que beaucoup saignaient du nez.

Le 30 juillet La Pérouse aperçut le cap Walsingham à la partie la plus occidentale du détroit. Il se flattait que les plus grandes difficultés étaient vaincues et il comptait arriver promptement au fort du Prince de Wales, le premier qu’il se proposait d’attaquer. Tout devait être fini avant la mi-septembre, la rigueur de la saison ne permettant pas aux vaisseaux de séjourner plus longtemps dans ces mers.. Mais les glaces entravèrent encore sa marche, et le 8 août seulement il découvrit le pavillon du fort. Les sondages prouvèrent que les vaisseaux pouvaient en approcher très près. La Pérouse ordonna le débarquement, et à deux heures du matin, — il faisait clair comme en plein jour, — les chaloupes abordèrent à trois quarts de lieue de l’établissement anglais. On eut une surprise. Ce fort, que l’on croyait en bois, était en pierres de taille. C’était un des mieux construits de l’Amérique. La construction en avait duré quarante ans. Il était armé de gros canons, et une batterie extérieure en défendait l’approche. On s’attendit à une vigoureuse résistance. Mais les gens n’y avaient de courage qu’en face des Indiens et des pauvres Esquimaux.

Le gouverneur se nommait Hearne. Il succédait à une terrible brute, au fils d’un Anglais et d’une Indienne, Moser Norton, qui avait combiné en lui les défauts et les

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vices des deux races. Hypocrite, cruel et débauché, Norton terrorisait les Indiens qu’il empoisonnait lorsqu’ils lui refusaient leurs filles pour son harem ; mais il jouissait d’un grand prestige à Londres où il envoyait d’énormes cargaisons de fourrures. Comparé à ce bandit, Hearne eût été un parfait gentleman s’il ne s’était laissé dominer par un chef indien, Matonabbee, un géant féroce qui lui avait servi de guide dans sa découverte et son exploration de la Coppermine River, la rivière de la Mine de cuivre. Les atrocités que ce sauvage avait commises sur des Esquimaux avaient rempli d’horreur Hearne qui n’avait pas su les empêcher et -qui devait en garder jusqu’à sa mort l’implacable souvenir. La conscience de sa faiblesse, l’espèce de fascination qu’il ressentait avec un amer dégoût en présence de l’effroyable Peau-Rouge, nous aident à comprendre la conduite qu’il tint à l’arrivée des Français et qui, sans cela, paraîtrait d’un écervelé. L’après-midi, pendant que les Anglais somnolaient et qu’il négociait avec des Indiens, on l’avertit de la soudaine apparition de trois vaisseaux qui n’appartenaient pas à la Compagnie, car ils ne faisaient pas les signaux convenus. Il n’en conçut aucune alarme. D’ailleurs il ignorait encore que la France et l’Angleterre fussent en guerre. On enverrait, le lendemain, un navire en reconnaissance ; et, le soir venu, le gouverneur alla se coucher tranquillement. Mais, vers trois heures du matin, un homme du fort aperçut une troupe d’environ quatre cents hommes qui s’avançaient en ordre de bataille. Aussitôt on sonne le tocsin ; la garnison prend les armes, et le gouverneur Hearne saute à bas de son lit. Que fait-il? Ce qu’eût fait un prisonnier en voyant paraître des sauveurs. Il s’élance à la rencontre de cette troupe d’invasion. Il apprend que ce sont des marins français, des marins réguliers aux ordres de l’offi-

cier La Pérouse. On lui épargna la peine de se rendre : il était pris. Il n’avait pas même songé à dépêcher un émissaire au fort d’York. La place capitulait sans combat. A six heures du matin une nappe blanche remplaçait le drapeau britannique. Il est vrai que la garnison ne comptait que trente-neuf Européens. Mais elle était forte d’une quarantaine de canons ; et il y avait les Indiens ; et il y avait Matonabbee. La Pérouse n’avait eu besoin que de cent matelots pour sauver Mahé d’une armée de dix mille assiégeants. Il trouva dans le fort une grande quantité de marchandises, une artillerie en excellent état, des magasins couverts en plomb et même un observatoire que la Société royale de Londres avait fait édifier. Tout fut détruit selon les ordres reçus. Il évalua à quatre millions les pertes de la Compagnie. Quand Matonabbee vit cette destruction, lui qui avait toujours cru les Anglais invincibles, il ne put supporter ce spectacle qui bouleversait sa conception de l’univers, et les Esquimaux furent vengés, car il se tua. Samuel Hearne n’en soupa que de meilleur appétit avec La Pérouse et les officiers français qui apprécièrent son instruction et ses bonnes manières.

Sur ce point du monde où l’homme envers l’homme avait rivalisé d’inclémence et de cruauté avec la nature, La Pérouse se montra très humain. Non seulement tous les Anglais prisonniers furent aussi bien traités que les gens des équipages ; mais, touché du sort des Peaux- Rouges, il leur fit donner tout ce qu’ils voulurent emporter, surtout de la poudre et du plomb : ils ne vivaient que de chasse et leur longue fréquentation des Européens les avait déshabitués de l’arc dont ils ne savaient plus se servir. Ils se retirèrent emportant leurs humbles richesses. Un de nos marins s’étant permis un larcin fut sévèrement puni.

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Trois jours après, les vaisseaux remettaient à la voile et se dirigeaient vers le fort d’York, chef-lieu des établissements anglais de la baie d’Hudson. La navigation fut encore plus dure et plus périlleuse. Les prisonniers refusaient de donner aucun éclaircissement. Les côtes étaient hérissées d’écueils. Enfin le Sceptre et les deux frégates parvinrent à l’embouchure d’une large rivière que l’île des Hayes, où se trouvait le fort, divisait en deux branches. L’une se nommait rivière des Hayes ; l’autre, rivière Nelson. Les vaisseaux mouillèrent, le 20 août, à environ cinq lieues de la terre. Ils ne pouvaient en approcher davantage. La mer était mauvaise. Des ours, entraînés par le courant impétueux des rivières qu’ils avaient voulu traverser, apparaissaient entre les vagues et, las de nager, s’accrochaient aux câbles. La situation était tout autre qu’au fort du Prince de Wales. Ici tout favorisait la résistance des Anglais : l’état de la mer, l’éloignement des vaisseaux, et, embossé à l’entrée de la rivière des Hayes, un navire de la Compagnie armé de vingt-six canons. La Pérouse choisit la rivière Nelson qui n’était pas défendue et, le 21 août au matin, il se mit à la tête du débarquement avec douze chaloupes, cent cinquante hommes, des mortiers, des canons et huit jours de vivres. Il s’avança prudemment. « Les défenseurs de cette Compagnie étaient peu redoutables, dit-il, mais il y avait à craindre quelque attroupement de sauvages que les Anglais auraient armés, puis, selon leur habitude, engagés avec de l’eau-de-vie pour leur protection. » La rivière n’était pas navigable ; et la marée qui descendait au galop laissa les chaloupes à sec. Il fallut débarquer dans de la vase. Les soldats, le fusil sur l’épaule, firent un quart de lieue, enfonçant jusqu’aux genoux et arrivèrent à des prés qui n’étaient qu’un marécage et qui con-

duisaient à un bois. Ils se rangèrent en bataille, les traversèrent, atteignirent le bois ; mais ils y cherchèrent vainement un chemin, un sentier qui les menât au fort, et ils furent obligés de s’en frayer un. Le soir vint ; il se leva un vent de tempête. La Pérouse ne se sentait pas le droit d’abandonner ses vaisseaux dans ees parages où la mer était affreuse et dont le fond de vase était semé de rocs qui coupaient les câbles. Il retourna au rivage. La tempête déchaînée ne lui permit de regagner son bord que le lendemain. Si elle avait continué, c’en était fait de l’expédition : Y Engageante et Y Astrée avaient déjà perdu deux ancres ; le Sceptre , une ancre et un canot.

Cependant les troupes poursuivaient leur marche, et le matin du 24 août elles étaient devant le fort. Il y avait là soixante Anglais, douze Indiens armés, vingt-cinq canons, douze pierriers, une grande provision d’eau et trente têtes de bétail. La panique l’emporta. Le navire de la Compagnie déguerpit, et le gouverneur Humphry Martin accueillit les Français, le drapeau blanc à la main. Un des prisonniers a laissé un récit de la reddition, un récit indigné : « Les bateaux ennemis, dit-il, étaient au moins à vingt milles de la factorerie, sur une mer en démence : il leur était impossible de coopérer à l’action des troupes. Le froid, la faim, la fatigue auraient travaillé pour nous. La factorerie ne manquait de rien pour soutenir un siège. Et pourtant le gouverneur anglais se rendit sans qu’on eût tiré un coup de fusil. » Ces gouverneurs étaient de riches potentats, et les grosses fortunes n’entretiennent pas le courage. La Pérouse fit aussitôt livrer aux flammes le fort d’York.

Il existait encore un petit établissement qui en dépendait ; mais il était de mince importance, et La Pérouse jugea d’autant plus inutile d’aller le détruire que ces

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mers cl Hudson, à partir du 25 août, sont plus orageuses que la Manche au mois de janvier. Tout heureux qu’il fût de la perte matérielle infligée aux Anglais, il ne se dissimulait pas qu’elle n’aurait aucune conséquence sérieuse. Si même la Compagnie ne se relevait pas de ses ruines, les pelleteries reflueraient vers le Canada. « Notre expédition, dit-il mélancoliquement, eût été bien plus utile si cette colonie nous appartenait encore. » Il se hâta donc de lever l’ancre. Personne n’avait été molesté. Tous les effets des particuliers avaient été scrupuleusement respectés. II ordonna de laisser pour les Indiens, dans un lieu éloigné de l’incendie, un magasin assez considérable de vivres, de poudre, de plomb, des fusils et quelques articles de traite essentiels à leur existence ; et, comme plusieurs Anglais s’étaient réfugiés et cachés dans le bois, il prit soin de pourvoir à leur subsistance, « assuré, dit-il, que le roi approuverait sa conduite ». Cela n’empêcha pas le gouvernement anglais, qui savait parfaitement à quoi s’en tenir, de protester contre les traitements inhumains que ses nationaux avaient subis. Et Vergennes se crut obligé de demander un rapport détaillé.

Tels étaient, sommairement énumérés, les états de service du commandant La Pérouse à la veille du jour où il allait être chargé d’une mission qui l’immortaliserait. Au physique, représentons-nous un homme de taille moyenne, des cheveux blonds bouclés aux oreilles ; des yeux bleus pleins de force et de lumière ; la physionomie la plus franche, la plus ouverte ; un sourire qui a gardé quelque chose du jeune âge. Il est vif, emporté comme un Méridional ; il laisse à peine aux domestiques le temps de le servir. Sa conversation est brillante : on ne résiste pas à sa chaleur d’âme. Washington, qui n’aimait guère les Français et qui les comprenait encore moins, faisait une

exception pour lui comme pour La Fayette. Mais La Pérouse n’avait rien du caractère théâtral de La Fayette si habile à soigner ses attitudes. Il était la simplicité même. Très généreux envers ses marins, il exigeait d’eux la discipline la plus exacte. Il adorait son métier et considérait l’océan comme sa patrie. Enfin il réunissait en lui la double expérience de l’observateur et du savant.

Il était bien de son époque. Le corps des officiers de marine sous Louis XV et sous Louis XVI se distingua par sa curiosité et son amour des sciences. Nous en avons une preuve, vers le milieu du siècle, dans la petite société d’officiers qui se forma à Brest et dont les réunions ressemblent aux premières réunions de l’Académie française. Ils s'assemblaient chez l’un d’entre eux une ou deux fois par semaine, pour écouter des lectures de mémoires ou des conférences sur les différentes parties du métier de la mer. Ils se proposaient d’acheter les principaux livres de mathématiques, les relations de voyages, des instruments propres aux observations astronomiques, et de faire un dictionnaire de marine. Cette académie se composerait de soixante-quinze membres : dix membres honoraires, dix membres libres appartenant ou non à la marine, trente membres ordinaires dont quinze devraient toujours être attachés au service dans le département de Brest, et vingt-cinq adjoints. Le ministre approuva cette initiative ; et le duc de Praslin leur fit donner un règlement. Les vieux officiers tournaient en ridicule des études dont les jeunes comprenaient la nécessité. Nous lisons dans un projet d’instruction pour les officiers daté de 1759 et signé Kerguelen : « Les vaisseaux sont aujourd’hui les appuis des trônes, et c’est sur les mers qu’il faut établir l’équilibre des pouvoirs. »

Ce n’était pas seulement le goût de la science qui se

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répandait chez les marins, c’étaient aussi les idées du siècle sur la tolérance et sur le prix de la vie humaine. Nous sommes au moment où se fondent les premières sociétés philanthropiques. Nos anciens explorateurs, comme l’admirahle Champlain, avaient été soutenus dans leur humanité par leur foi religieuse. On ne dira jamais assez combien la France fut humaine. Ses grands marins servaient Dieu avant de servir leurs armateurs. L’intérêt de la conversion des sauvages passait pour eux avant les intérêts matériels. L’Espagnol et le Portugais, dans leurs conquêtes, se montraient surtout avides d’or. Ils évangélisaient, mais sans charité. Leur religion sincère, mais fanatique, n’était qu’un moyen de racheter leurs âmes entachées d’avarice et de concupiscence et de se justifier aux yeux de F Éternel. Les Anglo-Saxons, eux, ne voyaient que le commerce, la politique, l’avantage immédiat. Ils n’avaient pas cette cruauté fastueuse qui ensanglanta le Mexique et le Pérou et qui alluma partout des chapelles ardentes. Mais ils ont, à un degré prodigieux, l’inhumanité. Depuis deux mille ans il n’y a pas eu de conquérants plus strictement inhumains. Entre leurs âmes à eux, qui sont de choix, et les âmes des hommes de couleur (sans parler des autres), il n’existe aucune commune mesure. Les êtres qui ne sont pas nés dans leur île ne méritent ni leur sympathie ni même leur curiosité. Ce n’est point pour ces êtres que la Bible rend des oracles. Ils décimeront les Indiens froidement, méthodiquement, administrativement, sans haine et sans trêve. Le Français, au contraire, essaie de rapprocher les races, d’éveiller chez le sauvage un homme pareil à lui. Sa foi religieuse fait de lui un apôtre.

Mais, au dix-huitième siècle, la foi religieuse, sauf chez les missionnaires, toujours héroïques, ne produit plus

d’apôtres. La philosophie s’est détachée de la religion. L’indifférence amène peu à peu les esprits à penser que toutes les religions se valent et qu’aucune n’a le droit de combattre les autres, encore moins de les anéantir. On commence à concevoir une curiosité désintéressée des cultes barbares, étranges, dont l’étrangeté pouvait attirer jadis, mais comme une sorte de magie sombre et diabolique. En revanche, la notion de l’homme grandit, de l’homme qui, sous quelque latitude qu’il ait poussé, est digne de respect ou de pitié. Il est homme, et nous nous devons à nous-mêmes de ne pas avilir ou tourmenter en lui notre propre image. Qu’il soit ou non une créature de Dieu, il est homme, et cela suffit. Des questions que ne se posaient pas les anciens explorateurs s’imposeront aux nouveaux ; et ce sont de terribles questions que deux siècles de politique coloniale ne sont pas parvenus à résoudre. Où est la justice? Du moment que la conquête ne se présente plus sous la forme d’une croisade, qu’elle ne se légitime plus d’un désir apparent ou réel d’apostolat, elle ne peut avoir d’autre objet que l’intérêt mercantile, qui ne connaît ni le juste ni l’injuste, ou qu’un avantage politique acquis aux dépens d’un peuple plus faible. Il est évident que La Pérouse ne juge plus les conquêtes coloniales comme on les jugeait aux siècles précédents ou comme les jugeaient les officiers espagnols ou anglais. Je relève dans son rapport sur la défense de Mahé cette phrase qui en dit long : « Nous avions aussi dans notre parti environ deux cents Naïrs. C’était pour eux que nous faisions la guerre, qui était très injuste de notre part. »

Il est d’ailleurs très patriote et il a un sentiment très vif de la dignité nationale. La première fois qu’il jeta l’ancre au port de Goa, des commis de la douane montèrent à son bord. Il les força d’en descendre immédiate-

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ment et alla porter lui-même ses plaintes au vice-roi. « Il me dit qu’il suivait les ordres de son maître. Je lui fis réponse que je suivais les ordres du mien en ne souffrant aucun employé dans mon vaisseau, et que les premiers qui se présenteraient seraient les victimes de leur obéissance. Depuis cette conversation aucun n’eut cette audace. » Il déteste les Anglais pour leur insolence et parce qu’il les a vus, sur tous les points du monde, acharnés à nous causer le plus d’ennuis, à nous faire le plus de mal possible. Mais il rendra pleine justice à ceux de leurs navigateurs qui ont bien mérité de la science, et il honorera toujours d’un culte pieux la mémoire du capitaine Cook.

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