CHAPITRE II
SON ROMAN
Ce que nous savons de sa vie intime nous rend La Pérouse encore plus sympathique. Dans ses rapports il se plaît toujours à faire ressortir le mérite et le courage de ses subordonnés. Son cœur était ouvert aux sentiments qui sont la marque d’une supériorité morale : l’admiration et l’amitié. La disparition de son camarade de collège et ami, Mengaud de la Hage, englouti dans un naufrage en 1780, et, l’année suivante, la mort de son ancien chef, de Ternay, enlevé par une fièvre putride, lui furent des coups cruels. C’étaient deux témoins de son roman qui s’en allaient, car il eut un roman dont ses lettres ne nous ont rien laissé ignorer. « J’ai été heureux dans tous les événements de ma vie, écrivait-il à une sœur qu’il aimait beaucoup, Mme de Bessière : mes seuls chagrins me sont venus de mon cœur. »
En 1772 il était parti pour l’Ile de France sous les ordres du chevalier de Ternay. Il y connut la fille d’un certain Boudrou, garde-magasin général au port Bourbon, homme peu instruit, mais d’une conduite et d’une probité irréprochables. Mlle Eléonore Boudrou avait quinze ans ; elle était extrêmement jolie, intelligente et douce. La Pérouse s’éprit d’elle et fut payé de retour. L’île de Paul et Virginie vit naître et se développer leur idylle. De 1772 à 1777 son service l’y ramena plusieurs fois.
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Il y acheta même en 1775, avec son ami Mengaud et un écrivain de marine, François Boybelleau, une petite maison et cent cinquante-six arpents de terre qu’ils nommèrent ou qui se nommaient déjà Curepipe. La même année, il écrivait à sa sœur : « Je suis un peu amoureux d’une jeune personne de cette île, et l’affaire pourrait bien se terminer par un mariage ; mais rien n’est encore décidé. » L’amour grandit vite, comme nous le prouvent de petits billets signés d’Éléonore et datés de 1776. Pendant qu’il était malade, elle lui écrit : « J'achèterais ton rétablissement au prix de mille sacrifices. Depuis que tu es malade, l’inquiétude empoisonne tous mes moments. Chaque jour qui s’écoule sans avoir eu de tes nouvelles, je suis au désespoir. » Comme il se plaignait qu’elle ne lui demandât jamais rien : « Tous les jours, lui répond-elle, tu me fais de nouveaux cadeaux ; tu préviens tous mes désirs. Comment puis-je avoir des demandes à te faire? Je t’assure que ce n’est ni la crainte d’être indiscrète, ni que je sois humiliée de recevoir de toi : je sais que tu dois être mon mari. » Elle lui protestait qu’il était et serait éternellement adoré d’Éléonore ; et elle lui disait encore : « Pense quelquefois à ta petite femme. » C’est ce qu’on dit quand on est sûr de ne pas quitter la pensée de celui qui vous aime. La Pérouse désirait passionnément l’épouser quand le chevalier de TernaY, à qui ses parents avaient délégué leur autorité par un acte en forme, s’y opposa net. Il était son chef ; il fut inexorable. « L’amour passait, lui dit-il ; mais ce qui ne passait pas, c’était la pauvreté ; et la pauvreté en mariage faisait vite passer l’amour. »
Les de Galaup avaient été avertis des intentions de leur fils. Ils furent effrayés. Mme de Galaup rêvait pour son fils un mariage brillant qu’elle avait déjà en vue.
Et cette jeune créole venait se jeter à la traverse de ses rêves les plus réalisables. Qui était-elle? D’où sortaitelle? Les habitants de l’Ile de France n’inspiraient aucune confiance. En général d’une naissance obscure, arrivés là comme soldats, matelots, ouvriers, maîtres d’hôtel, secrétaires de quelques particuliers, ils s’évertuaient à ôter aux autres le souvenir de leur premier état à force d’arrogance et de faste. Mais ils sentaient toujours la caque où ils étaient venus, même lorsqu’ils avaient fait fortune, ce qui, du reste, n’était point le cas des Boudrou. Ni dot, ni titre : ce mariage serait une calamité. M. de Galaup dicta à sa fille Victoire une lettre dont je me permets de ne pas respecter l’orthographe : elle montrera ce qu’était encore, au dix-huitième siècle, l’autorité du père de famille.
« Vous me faites frémir, mon fils. Quoi ! vous envisagez « de sang-froid les conséquences d’un mariage qui vous « met dans la disgrâce du ministre, vous fait perdre la « protection des amis puissants ! Vous méprisez les suf- « frages de vos camarades. Vous allez perdre, avec les « frais de vos travaux de vingt années, la considération « que vous vous étiez acquise et qu’il semblait que vous « aviez méritée par l’élévation de vos sentiments. Nous « en étions flattés ; mais en vous avilissant vous humiliez « toute votre famille et votre parenté. Vous ne vous pré- « parez que des remords. Vous sacrifiez votre fortune et « l’honneur de votre état à une beauté frivole et à des « prétendus charmes qui n’existent peut-être que dans « votre imagination. Peut-on se perdre ainsi de propos « délibéré? Les lois de l’honneur ni de la probité ne vous « obligent à tenir les engagements inconsidérés que vous « pouvez avoir pris avec cette personne ou avec ses pa- « rents. Ignorez-vous ou ignorent-ils que vous êtes sous
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« ma puissance, que vous il’êtes pas libre et que tout ce « que vous avez pu promettre demeure sans effet? Quand « même vous vous proposeriez de faire un mariage con- « venable à votre état par la fortune et par la naissance et « au gré de la famille, serait-il à propos de l’accomplir que « vous n’eussiez mis vos affaires en règle? » Il n’a rien ou presque rien. Sa maison de campagne est-elle en état de recevoir une femme? Est-ce un séjour d’hiver? A-t-il seulement les moyens d’acheter des chevaux et une voiture? « Mille considérations se présentent à ma mémoire « qui me font voir le ridicule de votre projet. Vous dites « qu’il y a cinquante officiers dans le corps de la ma- « rine qui ont fait des mariages pareils à celui que vous cc vous proposez de faire. Qu’en a-t-on pensé? Se sont-ils « acquis par là l’estime et la considération de leur corps? « Ces messieurs, peut-être, n’avaient pas besoin d’appui, « et vous ne pouvez guère vous soutenir sans cela. Mais « en tout cas vous avez de meilleurs modèles à suivre. « M. de Jonquière et tant d’autres ont épousé des « créoles : mais ce qui pouvait manquer du côté de la « naissance était compensé par les biens de la fortune. « Sans cet équilibre ils n’auraient pas eu la bassesse de « les épouser. »
La Pérouse s’inclina devant son chef et devant la volonté de son père, ou plutôt il eut l’air de s’incliner. Les admonestations du chevalier de Ternay et la lettre paternelle n’avaient fait, sur le premier moment, qu’attiser sa passion. La froide raison et ces sortes de mercuriales n’agissent qu’à la longue, lorsque les battements du cœur se ralentissent et qu’il a besoin de couvrir ses défaillances des arguments de la sagesse. Sauf dans le cas d’une indignité dont la constatation eût suffi à nous détacher, nous n’en reconnaissons la justesse que le jour où nous
devenons injustes pour l’être aimé. Elles ne nous servent qu’à nous masquer nos propres trahisons. La Pérouse promit à la jeune fille de l’épouser si elle passait en France. Peu de temps après il dut partir et partit sans avoir abandonné l’espoir d’être heureux. M. Boudrou, qui ne demandait qu’à l’avoir pour gendre, n’hésita pas à embarquer sa fille. Le fiancé n’avait pas levé l’ancre depuis plus de quinze jours que la fiancée prenait un navire qui devait la conduire à Nantes, où elle retrouverait sa mère. Nous ignorons pourquoi Mme Boudrou y était revenue ou- n’avait pas suivi son mari. La traversée éprouva cruellement Eléonore. Elle était dans un très fâcheux état de santé et particulièrement souffrante, quand, au débarquer, à Lorient, elle tomba à la mer. Cet accident détermina chez elle une longue, très longue maladie. Et pendant trois ans il ne put être question de mariage.
Trois ans ! La Pérouse avouera lui-même, dans une lettre au maréchal de Castries, que « les raisons du chevalier de Ternay, celles de ses parents, qui voyaient la possibilité de lui faire faire un grand mariage, avaient fort diminué son amour. » On n’est pas moins romanesque et on n’est pas plus sincère. Aussi, dès que la guerre fut déclarée, il écrivit à Eléonore que ses obligations de marin et de combattant, telles qu’il entendait les remplir, ne lui permettaient pas de l’épouser. Elle lui répondit doucement qu’elle attendrait la paix. Il est probable que sa mère était partie ou repartie pour l’ Ile de France. Toujours est-il qu’elle vint à Paris et y demeura dans un couvent.
La paix arriva. Ses parents lui avaient cherché une femme et leur choix s’était arrêté sur Mlle de Yézian, la meilleure amie de sa sœur Victoire. Il l’avait vue
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enfant et ne l’avait pas revue depuis. L’idée de ce mariage lui sourit. Comme il l’écrivait à Mme de Bessière, le 21 mars 1783, si le grand-père avait fait banqueroute, si un des oncles était un vaurien, tous les autres parents étaient de très honnêtes gens ; on n’avait que du bien à dire de M. de Yézian, et la jeune fille ressemblait à sa mère qu'il connaissait et pour qui il avait conçu la plus tendre admiration. Sa demande fut agréée ; et, en rade de Cadix, il écrivait à sa future belle-mère des lettres à rendre jalouse sa fiancée : « Si, depuis que j’ai l’honneur « de vous connaître, vous aviez pu lire dans mon cœur, « vous y auriez trouvé tous les sentiments que vous pou- « vez désirer dans votre gendre. C’est toujours sur votre « modèle que je me suis formé l’idée de celle qui doit « faire mon bonheur. Votre fille élevée par vous, formée « par vos leçons, doit vous ressembler... Né extrêmement « sensible, je serais l’être le plus malheureux si je n’étais « pas aimé de ma femme, si je n’avais pas sa confiance « intime comme son meilleur ami... J’autorise ma mère « à vous faire l’histoire de mes anciennes amours. Je « n’avais alors que trente ans ; mon cœur a toujours été « un roman ; plus je sacrifiais de convenances à celle que « j’aimais, plus j’étais heureux. Mais je n’ai jamais oublié « le respect que je devais à mes parents et à leur volonté. « C’est eux qui m’ont arrêté, et je sens aujourd’hui que « c’est un de leurs plus grands bienfaits. » Il priait instamment M. de Vézian de ne contrarier en rien l’inclination de sa fille. Il souffrirait dans sa délicatesse de ne devoir la main de Mlle de Vézian qu’au choix de ses parents et à son obéissance. Et il disait encore à Mme de Vézian : « J’aurais été au supplice si, ayant épousé une demoiselle de Paris ou de quelque autre grande ville, notre bonhomie et nos manières albigeoises lui avaient
paru ridicules. Je veux aimer ma femme comme un paysan, avoir en elle une si parfaite confiance qu’elle soit chargée avec ma mère et vous de toutes mes affaires. » Il avait toujours été persuadé qu’il ferait un assez bon diable de mari ; et il avait hâte de se marier.
Mme de Yézian devait être une femme d’expérience, une bonne connaisseuse du cœur humain et particulièrement des cœurs comme celui de La Pérouse. Elle ne crut jamais très fort au mariage qui se préparait, ou du moins elle pensait que les choses n’iraient pas aussi vite et aussi bien que La Pérouse s’en flattait. Elle craignait la jeune recluse. Mme de Galaup, gagnée de la même crainte, avait fait promettre à son fils de ne pas la revoir ; et il était très décidé à tenir sa promesse. La jeune recluse, en effet, avait appris le mariage projeté et, depuis la conclusion de la paix, elle pleurait toutes les larmes de son corps. La Pérouse était arrivé à Paris dans les premiers jours de mai 1783. A mesure que le moment approchait de partir pour Albi et d’y consommer la ruine de la pauvre fille qui était venue de l’autre côté du monde sur la foi de son amour, ses remords s’éveillaient et commençaient à l’obséder. Il crut les apaiser en lui faisant offrir quatrevingt mille francs, ce qui, relativement à sa fortune, était une somme considérable ; et en même temps il la priait de lui rendre sa parole. Elle refusa l’argent et lui répondit par une lettre que malheureusement nous n’avons pas. Elle ne s’v départait pas un instant de sa douceur ; elle ne se permettait aucune plainte ; elle lui annonçait seulement la résolution qu’elle avait prise d’entrer en religion. Il n’y tint plus et s’achemina vers le couvent de Saint-Antoine.
Il faudrait le pinceau de Greuze ou la plume de Diderot pour peindre la scène. Mais non : j’aurais peur que Greuze
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affadît la figure de La Pérouse et ne sût se défendre de glisser dans les yeux humides d’Éléonore une lueur de malice heureuse : il n’y en eut pas. Quant à Diderot, les larmes qui l’inonderaient, les transports où le jetteraient le retour de l’amant vaincu par sa sensibilité et l’espoir renaissant au cœur de l’amante, l’empêcheraient de distinguer leurs traits. Il s’attendrirait sur lui-même d’abord, qu’il sentirait une fois de plus si vertueux, et sur eux qu’il sentirait si bons ; et. au lieu de les regarder, il leur ouvrirait ses bras et les presserait éperdument sur son cœur. La Pérouse devait être très pâle. Il ne le sera peutêtre pas davantage dans l’effroyable nuit où il entendra son navire craquer au milieu des récifs. Pourtant ce ne sont point des flots déchaînés, tout un inconnu mugissant et noir qu’il a devant lui : c’est une simple jeune fille dont le regard inquiet le cherche à travers ses pleurs. Pas un reproche ne sort de ses lèvres. Elle attend son arrêt, soumise, résignée, comme une coupable ; et elle n’est coupable que de l’aimer et d’avoir cru en lui. Il songe qu’il avait passé trente ans lorsqu’il lui promit le mariage et qu’à cet âge, quand il s’agit d’engagements sacrés, la légèreté n’a pas d’excuse. Il ne la trouve plus aussi charmante qu’aux jours où, sur les sentiers de l’ Ile de France, la vue de sa robe lui faisait battre le cœur. S’il la rencontrait maintenant pour la première fois, il ne se retournerait même pas. Mais elle est charmante encore ; et à l’émotion qu’il éprouve, il comprend que l’ambition seule avait étouffé des sentiments qui restaient au fond de son cœur moins vifs, et cependant assez vivaces. Son parti fut pris immédiatement. Il lui dit qu’il avait à peu près douze mille francs de rente et que, si elle consentait à vivre sur une de ses terres, à ne s’occuper de lui que lorsqu’il serait présent,
à le laisser suivre ses goûts pour le service, si elle admettait la possibilité qu’il fût séparé d’elle pendant cinq ou six ans, à ces conditions il allait l’épouser sans bruit, sans avertir personne, et la conduire tout de suite dans le Languedoc. La jeune fille, qui avait cru tout perdu, accepta.
Au sortir de cette entrevue La Pérouse écrivit à sa mère : « Je n’ai pu résister aux remords dont j’étais « dévoré. Mon excessif attachement pour vous me fai- • « sait violer tout ce qu’il y a de plus sacré parmi les « hommes. J’oubliais mes serments, les vœux de mon « cœur, les cris de ma conscience. J’étais à Paris depuis « vingt jours, fidèle aux promesses que je vous avais « faites : je n’avais pas été la voir. Je reçois une lettre « baignée de larmes. Nul reproche ; mais le sentiment « profond de la douleur y était exprimé. Le voile se dé- « chire à l’instant. Ma situation me fait horreur. Je vois « tous mes crimes. Je ne suis plus à mes yeux qu’un parce jure, indigne de Mlle de Yézian à laquelle j’apporterais « un cœur dévoré de remords et usé par une passion que « rien ne peut éteindre. Je ne puis être qu’à Éléonore. « J’espère que vous y donnerez votre consentement. Ma ce fortune suffira à nos besoins et nous vivrons également « avec vous ; mais je ne viendrai à Albi que lorsque ce Mlle de Vézian sera mariée et que je serai assuré qu’un « autre, mille fois plus digne d’elle que moi, lui aura juré « un attachement plus pur que celui qu’il était en mon « pouvoir de lui offrir. » Il n’attendit pas longtemps. Il s’était marié très discrètement à la paroisse Sainte-Marguerite, au mois de juin ou de juillet, et dans les premiers jours d’août il apprenait que Mlle de Vézian épousait le baron de Sénégas. Il envoya ses compliments à M. de Yézian : « Inférieur à M. de Sénégas à tous égards,
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« je n’aurais pu l’égaler que dans mon extrême attache- « ment pour vous et les vôtres. » Quand il arriva à Albi avec sa jeune femme, sa famille tint à honneur de consacrer cette union par une grande cérémonie religieuse. Toute la population s’y associa. « Je fus reçu, dit-il,
« d’une manière aussi jolie que si j’avais gagné dix « batailles. »
Mais il s’était marié sans avoir obtenu l’approbation du ministre et à l’insu de ses chefs. Il écrivit alors au maréchal de Castries une longue lettre où il lui racontait simplement, franchement, toute son histoire depuis Vile de France jusqu’au couvent de Saint-Antoine. J’admire la confiance familiale qui régnait alors, au moins dans la marine, entre les chefs et leurs subordonnés et l’ouverture du cœur qu’ils avaient les uns à l’égard des autres. Cette lettre, qui nous a fourni tant de détails intimes, se terminait, ou à peu près, sur ces mots : « J’ai remis ma femme à ma vieille mère. « Je suis décidé à ne jamais penser que, quoique je ne « fusse plus amoureux, je lui ai sacrifié les avantages « les plus flatteurs, parce que j’ai cru que c’était de « mon devoir rigoureux et qu’elle n’a employé d’autres « armes que les pleurs avec une grande honnêteté. Mais « je suis convenu avec elle de chercher dans le service « des compensations, et je suis prêt, monseigneur, à « faire le tour du monde pendant dix ans, si vous « l’ordonnez. » Et il priait le maréchal de vouloir bien l’excuser près du ministre à qui il n’avait pas demandé la permission de se marier. Le maréchal de Castries lui répondit : « Jouissez du plaisir de rendre quelqu’un heureux. » Et de fait il semble qu’Éléonore n’ait pas été malheureuse durant le court espace de temps où son mari demeura en France. Le 8 février 1785,
comme il attendait à Paris ses ordres de départ, il chargea un M. de Cossigny, qui retournait à Albi, d’une robe pour elle. « Je crains bien, lui disait-il, que ce soit « un hasard si elle va parfaitement à ta taille ; mais tu « sauras la raccommoder et tu auras une idée de la « mode. Adieu, ma tendre amie ; je t’aime et je t'adore « de toute mon âme. »