L’EMPIRE DES-MÈDES
concentriques et étazées, de manière que la plus intérieure
dominat les autres ; le palais du roi, renfermant son trésor,
était placé à l’inté.ieur du septième mur, dont le: créneaux étaient dorés, tandis que ceux des autres murs étaient peints de
diverses couleurs, comme le Birs Nimroud; chez les Baby-
loniens, ces couleurs symbolisaient le soleil, la lune et les
autres planètes ; chez les Mèdes, ce n’était qu’une imitation :
artistique. Ce vieux palais doit s’être longtemps conservé, car on en trouve une description dans Polybe (X, 24).
Déjocès institua également une éliquette de cour empruntée probablement aux usages assyriens : il était défendu de voir le roi face à face, et des messagers étaient chargés de transmettre les pétitions. Cette règle, et plusieurs autres, avai:nt pour but d’inspirer de la crainte et du respect, en rendant difficile l’'abord du souverain (2).
Pendant son règne decinquante-trois ans (708-655), Déjocès eut letemps de travailler à unir les Mèdes, jusqu'alors dispersés, en un seul corps de nation. Il eut la chance de rester à l'abri
des entreprises des Assyriens, s’il n’est pas le même que le
Dayaukku des textes cunéiformes, car Sennachérib était trop occupé par ses lut'es contre Babylone et l’Elam ou Susiane pour songer aux hautes et diificiles montagnes du Kurdistan,
et la seule expédition qui menaçât la Médie est celle qui fut
conduite contre Ellipi, c’est-à-dire le district de Kirmanchäh. Le reste du paÿs se tenait tranqu Ile et payaït régul:èrement le tribut, de sorte que les Assyriens n’eurent pasà intervenir.
PHRAORTE.
A Déjocès succéda son fils Phraorte (Fravartis), qui portait le même nom que son grand-père ; celui-ci continua la politique de son père, à savoir : maintien de bonnes relations
(1) 3, 1, xcvirr-xcrx.
(2) Cf. Inscription de Bfsontoûn, IT, 1. 14; L'XX VI, p. 106,
avec l’Assyrie, où régnait Assurbanipal (1), moÿennant Pac: quittement régulier du tribut, et assimilation progressive, par voie de conquête, des peuplades de même origine campées sur le plateau; c’est ainsi que les Mèdes furent am:nés à s’emparer des contréeshabitées par les Perses, leurscongétièrés. Enhardis par ces succès, ils voulurent secouer le joug et attaquer les Assyriens ; mais ces vieilles troupes, qui avaient abattu définitivément l’Élam, disciplinées ét viéillies sous le harnois, eurent raison de lPimpétüosité des Mèdes : ceux-ci furent complètement défaits, Phraorte fut tué après un règne de vingt-deux ans (655-633) (2), et la plus grande partie de son armée détruite.
CYAxARÉ.
C’est alors que Cyaxare (Huva Khchatara), habile administrateur et général heureux, monta sur le trône. La défaite qui avait coûté la vie à son prédécesseur lui fit comprendre que des levées fournies par des chefs feudataires ne pouvaient avoir raison de troupes régulières, et il résolut de constituer une armée sur le modèle assyrien. Il eut une infanterie armée d’arcs, de sabres et d’un ou deux javelots par homme ; mais il avait une cavalerie plus nombreuse que l’ennemi, à faison de l'élevage des chevaux auquel se livraient les Mèdes; ses cavaliers, armés de l’arc, étaient exercés dès l’enfance à tirer à outes les allures du cheval, soit en chargeant, soit en reculant : tactiqu: qui fut toujour: celle de la cavalerie médop:rs*, et qui eut parfois raison de la légion romaine.
Cyaxare habitua ses troupes à combattre en résistant pied à pied aux Assyriens; en temporisant de cette sorté, il trouva
(1) Assarbanipal, après avoir pris et brûlé Babylone en 648, avait attaqué
V'Élam, puis Suse. et détrôné le dernier souverain élamite, Koumban Kaldach ; l’Élam fut dépeuplé, rayé de la liste des nations, et son territoire annexé à
l’Assyrie en 645, René GROUSSET, Hisloire de l'Asie, t. E, p. 805 (2) 3, I, eux.