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voirs dans la maio d’un seul personnage, ce qui était l’inviter . à rêver une indépendance compiète ; à côté du satrape, il plaça un commandant des troupes et un secrétaire d’État qui rece, . vaient directement les ordres de la cour et se surveillaient . mutuellement. Le roi se prémunissait ainsi contre le danger | permanent de voir le gouverneur d’une province éloignée se soustraire aux ordres de l'autorité centrale et tenter de pour- | suivre pour son propre compte des velléités d’indépendance (1).
1 Darius fit construire une route royale entre Sardes et Suse, sur une longueur d’environ 2 400 kilomètres, distance qu’un piéton ne franchirait qu’en trois mois. Au départ de Sardeselle traversait la Phrygie, atteignait l'Halys à Ptérium, ancienne capitale des Hittites, se dirigeait de là au sud à (l travers les montagnes pour arriversur l’Euphrate à Samosate. On passait le Tigre à Ninive, près de Mossoul ; la route suivait ensuite le cours du fleuve à quelque distance, comme la route actuelle de Mossoul à Bagdad, puis traversait la Susiane pour | atteindre la capitale.
De distance en distance, on trouvait des stations ou postes, garnis de troupes, et de très belles hôtelleries; les passages des montagnes et des rivières étaient gardés par des forts. | Dans ces postes, on tenait des chevaux tout prêts; le premier | courrier arrivé remettait ses ordres à un second, puis celui-ci à un troisième; les ordres passaient ainsi de suite de l’un à |Pautre; cette course à cheval s’appelait en langue perse angaréion (2). |
La construction de cette route, surtout dans les passes (difficiles des montagnes de l’Asie mineure, était de nature
{à faciliter singulièrement le transport des troupes vers l’Occi.
- (2) Voir plus loin, chap. WV, l’organisation de l'empire achéménide, ©) I, V, 52; VIII, 96.
dent. Elle répondait à.un projet de Darius dont le moment est venu de parler.
L'empire semblait avoir at'eint ses limites naturelles; la mer Caspienne, le Caucase, la mer Noire le bornaient au nord; à l’ouest, la Méditerranée baignait ses côtes; l'Égypte était une possession qu’il ne fallait pas songer à agrandir, les souvenirs cuisants laissés par les expéditions de Nubie et d’Ammon sous Cambyse étaient assez présents à l’esprit du souverain pour qu’il ne regardât pas de ce côté. Le golfe Persique ouvrait à la navigation côtière l’accès des côtes de l’{nde (1). L’Arabie, défendue par le désert, était inabordable. Pourquoi Darius songea-t-il à la conquête de la Scythie P Déjà Cyrus avait eu affaire à des peuples habitant le Turkestan actuel, à son grand dam. Cette fois, c’est la Scythie d'Europe, la Russie méridionale, habitée par des nomades aryens, mais non slaves, que Darius a en vue. Si c’est une campagne contre la Grèce qu'il préméditait, ce qui est probable, vu que ce fut la pensée maîtresse de Xercès, qu’il! avait sans doute héritée de son père, on peut supposer qu’il voulait, en conquérant la Scythie, se prémunir contre une attaque de flanc au cours de Pexpédition. On a toutefois fait observer que c’était accorder beaucoup trop d'importance à ces nomades, et que, s’il avait voulu, au lieu d’annexer la Thrace et d’admettre la soumission de la | Macédoine, il pouvait tout à loisir pousser au sud et tenter une entreprise contre les républiques helléniques. Il se pourrait plutôt que le roi de Perse, se souvenant du dommage causé naguère à l’Asie antérieure par l'invasion des Scythes, ait
(1) Vers lan 512, Darius descendit dans le Pendjäb (Heptahendou) et y conquit des territoires étendus, qui formèrent une nouvelle satrapie, celle de l'Inde, qui n’est pas nommée dans l’inscription d: Bisoutoûn, mais figure dans les listes de Persépolis. Il fit construire à Peukéla une flotte qui descendit. l’Indus sous les ordres de l’amiral grec Skylax de Karyanda, et coatourna, en moins de trente mois, les côtes de la Gédrosie (Mekrân) et de l'Arabie. Cet amiral avait écrit le récit de son . age, qui ne vous a pas été conservé, mais qu’Aristote eut sous les yeux. Cf, {, IV, XLIV; ARISTOTE, Politique, "VIN, FE Kong E
voulu; en occupant leur berceau, interrompre leurs fâcheuses entreprises. ?
Avant de mettre son armée en route, Darius ordonna au satrape de Cappadoce, Ariaramnès, de faire une incursion sur la côte nord de la mer Noire et d’en ramener des prisonniers ; parmi ceux-ci était Marsagétès, frère d’un chef local, dont les informations furent d’un grand poids (415) (1). L'armée traversa le Bosphore l’année suivante : les cités zrecques d’Asie mineure y avaient, sur l’ordre du roi, construit un pont de bateaux que gardaient les colonies grecques du voisinage. De là, traversant la Thrace, où une seule tribu, les Gètes, essaya de résister, on atteignit le delta du Danube où un second pont de bateaux avait été disposé par les tyrans des cités ioniennes ; au delà, c'était la steppe, avec les nomades agiles refusant tout contact. Pendant deux mois, l’armée perse fit une promenade militaire dans ces arides solitudes. Elle y perdit du monde, souffrit de maladies, et éprouva une grande gêne pour les provisions qu’il fallait faire venir de la base, le pays ne donnant rien, et les Scythes ayant détruit les fourrages et comblé les
puits.
Darius fit sommer le roi des Scythes de se soumettre ; celui-ci répondit par un message muet, porté par un héraut, et consistäntenunoiseau,unesouris, une grenouilleet cinqflèches. Gobryas, son beau-père, en donna une explication ingénieuse, mais qui pour nous estencore insuffisante : « À moins que vous ne deveniez des oiseaux pour voler dans l'air, des souris pour pénétrer sous la terre, des grenouilles pour vous réfugier dans
les marais, vous ne pourrez échapper À nos flèches. » Cela
n'indique point pourquoi ces dernières étaient au nombre de cinq. Pendant ce temps, les Scythes négociaient avec les Grecs pour que ceux-ci rompissent le pont du Danube: maisles tyrans,
après chacune de ces propositions, les déclinèrent, réfléchissant
() IL, 16. ÿ ét à
que leur situation dépendait de l’appui que leur prêtait le roi d' Per:e. Dir'us repassa tranquillement le Danube et rentra à Sardes, en laissant en Europe sous les ordres de Mégabyze, quelque quatre-vingt mille hommes qui réduisirent les cités grecques de Thrace, et obtinrent la soumission de la Macédoine et de son roi Amyntas.
Hippias. tyran d'Athènes, de la famille de Pisistrate, avait été chassé en 510 par les Spartiates et s’était réfugié à Sigeium, dans la Troade. Il rechercha laide du satrape de Sardes, Artapharnès, et intrigua contre la ville qui l'avait expulsé. Athènes elle-même, pressée par les Spartiates, envoya des ambassadeurs à ce même vice-roi, offrant de reconnaître la suzeraineté de la Perse en échange d’un concours effectif; mais ces acents furent désavoués par leurs man ants, à leur retour en 508 Une seconde ambassade athénienne arriva à Sardes en 506, demandant qu’Artapharnès, le satrape, ces<ât de protéger Hippias : on lui répondit qu’Athènes devait rappeler son ancien tyran, et, comme la cité refusa, elle pouvait s'attendre à la guerre. Celle-ci fut amenée surtout par la révolte de Plonie (499-494).
Histiæus, tyran de Milet, qui avait été chargé de construire le pont du Danube et en avait été récompensé par le don d’une ville de Thrace, Myrkinos, sur le Strymon, excita les soupçons de l’agent perse en la fortifiant ; appelé à Suse, il y fut interné, bien que traité avec honneur, et son beau-fils Aristazora: prit le souvernement de Milet. C’est à ‘ui qu'Histiæus dépécha un esclave qui vint dire qu’il fallait lui raser la tête en grand secrets et, quand ce fut fait, on trouva, tatoué sur le cui che elu, un message prêchant la révolte contre es Perses Le moment était en efle: bien choisi. Aristagoras avait conseillé au satrape d'attaquer l’île de Naxos, et cette entreprise n’avait pas réussi, ayant été trahie; et le tyran de Milet s’attendait à être privé
de sa couronneet peut-être même dela vie. Quandilab diqua, un
soulèvement populaire s’empara du gouvernement ; les autres
tyrans, revenus de Naxos avec la flotte, furent arrêtés par les rebelles à bord des navires. Sparte, sollicitée par Aristagoras, refusa son concours ; Athènes envoya vingt vaisseaux, et Érétrie, dans l’île d’Eubée, cinq. Si faible que fût cet appui, il encouragea les révoltés, qui s’emparèrent de la ville basse de Sardes par surprise (498), mais ne purent rien faire contre la formidable citadelle qui dominait la ville. Ne pouvant tenir celle-ci, ils se retirèrent et furent atteints par les Perses, près d’Ephèse (1). Les Athéniens abandonnèrent alors la cause qu’ils sentaient perdue.
Cette prise de Sardes, qui ne fut qu’une escalade et n’aboutit à rien, eut néanmoins un retentissement considérable. Darius, dans sa colère, ordonna qu’un esclave, à chaque repas, lui rappelât de se souvenir des Athéniens. Les rebelles se trouvèrent encouragés, et eurent quelques succès en Carie, à Pédasos, où un corps de troupes perses fut anéanti. Toutefois, une flotte grecque de trois cent cinquante-trois vaisseaux fut attaquée, devant l’ile de Ladé, en face de Milet, par six cents navires phéniciens et chypriotes : les escadres de Samos et de Lesbos abandonnèrent la cause commune, et la bataille fut gagnée par les Perses (496). Ce désastre entraîna la chute de Milet, la principale cité de l’Ionie et le centre de la révolte; la ville fut prise, la population mâle massacrée, les femmes et les enfants transportés à Ampé, à l’embouchure du Tigre. Pour contenir les colonies grecques d’Asie mineure, les Perses avaient dû retirer leurs troupes de Thrace et de Macédoine, et ces deux provinces étaient redevenues indépendantes. Athènes construisit la flotte qui allait sauver la Grèce.
Darius décida de reconquérir d abord la Thrace, et il chargea
(1) Maspéro (XVIII, p. 704, n. 5) a montré que les renseignements d’Hérodote (V xc1x-Cn) sont contredits par Charon de Lampsaque (fragment LR dans MOüzizer-DipoT, Fragmenta hist. graec., t. E p. 82) qui, étant plus près des événements, ne parle que de la retraite. L’ampleur prise aussitôt après par les événements semble prouver que la seconde version est plus près
de la vérité.
de ce soin son neveu Mardonius; en une campagne (493), celui-ci recouvra la province et contraignit Alexandre, fils d’Amyntas, roi de Macédoine, à renouveler le traité conclu par son père. L'attaque de la Grèce devait suivre ces succès, mais la moitié de la flotte qui transportait les provisions fut détruite par une tempête, et il fallut renoncer, pour le moment, à ce projet. Mardonius fut rappelé (492).
Une seconde expédition fut confiée au Mède Datis et au Perse Artapherne, le second étant le fils du satrape de Lydie. La destruction de la flotte perse qui devait convoyer l’armée faisant route par terre, devant le mont Athos, fit préférer la route de la mer, où plusieurs îles, entre autres Égine, avaient fait leur soumission. La plaine d’Alaya en Cilicie fut choisie pour le rassemblement du corps expéditionnaire, qui s’embarqua dans une flotte de six cents navires. L’armée navale parut devant Naxos, dont les habitants furent réduits en esclavage : on épargna Délos à raison de son sanctuaire, et l’on se dirigea vers l’ile d’'Eubée, où l’on voulait punir la ville d’Eritrée d’avoir pris part à l’attaque de Sardes ; elle fut prise par trahison et brûlée; ses habitants s’enfuirent dans les montagnes; ceux qui furent pris furent transportés en Susiane. Il ne semble pas qu’Athènes ait fait le moindre geste pour défendre son alliée. €
H'ppias, qui avait rejoint la flotte perse, indiqua la baie de Marathon (490) comme un excellent mouillage; la cavalerie pouvait se déployer à l'aise dans la plaine, et l’ancien tyran s’attendait à ce que ses partisans se levassent en sa faveur ; mais aucun mouvement de ce genre ne se produisit. On n’était qu'à 24 milles d'Athènes. Les Athéniens avaient été rejoints par un millier d’habitants de Platée, mais les Spartiates, dont on attendait le concours, n'étaient pas encore arrivés, sous le prétexte qu’ils devaient attendre la pleine lune avant de se mettre en campagne.
Les armées restèrent plusieurs jours en présence. Les Grecs
se demandaient s'ils attaqueraient une armée beaucoup plus nombreuse que la leur ; les généraux hésitaient, mais Miltiade
persuada, au cours d’un conseil de guerre, le Polémarque ou généralen chef que loffensive était lesalut. Sur sesindications, pour ne pas être débordé par les ailes, on étendit le centre de l’armée en constituant à ses deux extrémités deux ailes très fortes.’ Les Athéniens attaquèrent subitement : les deux ailes furent victorieuses et se rabattirent sur le centre où les Perses et les Saces avaient l'avantage. L'armée perse s'enfuit, et les Grecs la poursuivirent jusqu’à ses navires. Toutes les troupes n’avaient pas débarqué; Datis avait été surpris pendant qu'il était en route pour Phalères. Le lendemain, il doubla le cap Sunium ; mais, en approchant de Phalères, il aperçut l’armée grecque victorieuse prête à le recevoir courageusement ; il eut peur, et repartit pour l'Asie mineure. Les Athéniens avaient combattu avec l’énergie du désespoir, et défait les troupes du grand Roi. L'effet moral en fut immense, et l’écho n’en est point perdu aujourd’hui. Les forces asiatiques avaient subi un sérieux échec, et la Grèce était sauvée. , » L'Égypte continuait d’être gouvernée par Aryandès qu’y avait nommé Cambyse, et ce satrape tenta d’étendre les frontières delaprovince vers l’ouest. Profitant de ce que les Doriens de Cyrène avaient à deux reprises chassé leur roi Arkésilas III et l'avaient finalement assassiné à Barca, Aryandès, ému des plaintes de Phérétime, mère du tyran défunt, qui attribuait la mort de son fils à sa loyauté envers leroi de Perse, envoya des troupes faire le siège de Barca, qui fut prise par trahison après une résistance de neuf mois; l’avant-garde de l’armée poussa jusqu’à Evhespérides, plus tard Bérénice, aujourd’hui Benghazi. On songait à occuper Cyrène, lorsqu'un ordre rappela en Égypte le corps expéditionnaire. Bien que harcelées par les nomades, les troupes perses réussirent à ramener avec elles une partie de la population de Barca, qui fut réléguée en Bactriane et y fonda une nouvelle ville du même nom. À la
72 LES MÈDES ET LES ACHÉMÉNIDES j
“suite de lPinsuccès de cétte expédition, Aryandès fut mis à mort, $oit qu'il ait émis une monnaie plus fine que les dariques royales, prélude certain d’une révolte, soit qu’il se fût «ttiré la haine des Égyptiens par ses malversations et ses extorsions, de sorte que la province était prête à s’insurger ; Darius vint en personne visiter l'Égypte, et, prenant lé contre-pied de la politique insensée de Cambyse, il ne négligea rien pour se concilier l'appui du clergé. Il fit revenir de Susiane le grand prêtre de Saïs, Ouzaharrisniti, et le ARTE de réparer les désastres causés par son prédécesseur ; les traditions dont les auteurs grecs se sont fait l'écho renchérissent encore sur ce fait, et prétendent qu’il se fit initier aux mystères, s’associa au deuil qui marquait le décès d’un bœuf Apis en 517 et promit une forte récompense à qui découvrirait le taureau digne de prendre la place de celui qui n’était plus. LÉgypte fut prospère sous le règne de Darius; elle formait la sixième satrapie, avec Cyrène, Barca et la basse Nubie; le satrape, logé dans ancien palais des Pharaons, avait sous ses ordres une armée caätonnée dans trois camps rfeétranchés, à Daphné età Memphis à la tète du Délta, à Éléphantine au sud. En dehors de cette occüpation militaire, le pays était resté le même, partagé enñtre les propriétés des temples et les princi« pautés des nobles. Darius acheva ou rouvrit le canal qui mettait le Nil en communication avec la mer Rouge et permettait aux flottes d’alors de passer de la Méditerranée dans l’océan Indien. Ilconstruisit dans l’oasis de Thèbes, un témple d’Ammon dont les ruines existent encore.Cependant, les paysans étaient mécontents à raison des lourdes charges qu’ils avaient à payer: ils se révoltèrent en 486. À l'automne de cette même année, Darius mourut ; son règne avait duré trente-six ans.