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sur le sol, ils le laissèrent à Amol, dans le Mâzandérân ; découragé, le roi ne voulut pas sortir de la forêt dans laquelle il était tombé, mais les grands de l’empire, à force de le chercher, le trouvèrent et le ramenèrent sur le trône, où il jouit de nou. veau de la grâce céleste et régna en paix.
De son temps, eut lieu l'aventure de son fils Siyâvakheh (CÇyâvarchäna), accusé par Soûdâbè, femme de son père, de rapports intimes avec elle, et qui se justifia en traversant à cheval létroit passage laissé entre deux énormes bûchers en flammes. Alrâsiyäb étant de nouveau parti en guerre, le jeune prince demanda lautorisation d’aller le combattre, et Roustem lui prêta son concours, de sorte que les Touraniens furent battus deyant Bactres ; leur roi demanda la paix, mais Kaï-Kâoûs refusa de ratifier le traité, et Siyâvakhch, après avoir rendu les otages, se décida à passer dans le camp des ennemis, ne pouvant admettre la rupture d’un pacte solennellement conclu. Devenu l’époux de Firingis, fille d’Afräsiyäb, il eut d’elle Kaï-Khosrau, qui devait plus tard régner sur la Perse. Accusé à tort de rébellion par un traître, il fut battu, fait prisonnier et exécuté.
Son fils avait été élevé chez les Touraniens, mais, comme il était le roi légitime, il s’agissait de le ramener dans l'Iran. Cette mission incomba à Gêv, fils de Gudarz, qui partit seul et erra pendant sept ans sans rencontrer le personnage cherché; puis, au bout de ce temps, il l’aperçut à la chasse, et le reconnut à la majesté dont était empreinte toute sa personne ; une tache noire qu’il avait au bras, et que tous les Kaïaniens avaient depuis Kaï-Qobäd, confirma son origine. L'histoire de
Kaï-Khosrau est rempliepar delongues luttes contre Afrâsiyäb,
où les Iraniens sont tantôt vainqueurs et tantôt vaincus; toutefois, le roi des Touraniens finit par être obligé de s’enfuir; il est fait prisonnier et exécuté dans les environs du lac Tchaetchast, qui est le lac d’Ourmia. Ce n’est qu’à la fin de ces batailles interminables, où Roustem intervient pour décider la
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victoire, que Kaï-Khosrau monte sur le trône en succédant à
son grand-père. Son règne est heureux, car l’ennemi hérédi- … taire a disparu, et il ne lui reste plus qu’à tuer un dragon qui .
s’est installé dans les montagnes entre le Fârs et Ispahan.
Kaï-Khosrau n’avait que des filles, au nombre de quatre; il |
est vrai que lAvesta lui donne un fils nommé Akhroûra, mais il faut croire que la légende l’a fait mourir avant son père. Le roi annonça à son peuple qu’il s’était choisi un successeur dans la personne de Lohrâsp (Aurvat-Açpa), qu’on suppose d’une ligne collaterale ; puis, désireux d’être enlevé au ciel, il partit en gravissant de ‘hautes montagnes et arriva ainsi à une
source où il se lava et disparut aux yeux des quelques compa- …
gnons qui n'avaient pas voulu abandonner, et le cherchèrent en vain. Ceux-ci, surpris par une tourmente de neige, périrent tous etallèrent rejoindre leur maître dans les contrées célestes.
Lohrâsp avait sa capitale à Bactres, où il éleva un temple du
feu. Ce n’est pas le seul changement que l’on constate à partir de son règne. Auparavant, les Touraniens étaient repré- |
sentés dans la lézende comme étant de la même religion que les Iraniens; maintenant, ils sont adorateurs des idoles, c’est-
à-dire probablement bouddhistes; leur roi est de la race de Péghoû, nom dans lequel on retrouve aisément le nom turc
Baïghou ; la légende se rapproche de l’histoire ; c’est une pro-
jection dans le passé de la situation trouvée devant eux parles * conquérants arabes quand ils franchirent POxus pour la pre- |
mière fois et se trouvèrent en contact avec des Turcs, dont les uns étaient bouddhistes et les autres manichéens. Lobrâsp,
sous le règne de qui il semble n’être arrivé aucun événement, avait deux fils, Gochtâsp et Zarir. Ce sont les aventures du pre-. mier que a légende raconte: comment, ne trouvant pas chez …
son père un accueil proportionné à sa situation de fils aîné, il
avait d’abord résolu de se rendre à l'invitation du roi de l’Inde, mais il ÿ renonce sur les représentations de Zarir, qui lui fait.
comprendre lindécence qu’il y aurait, pour un adepte de la
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vraie religion, à accepter l’hospitalité d’un adorateur des
idoles ; il songe alors à se rendre dans les contrées occidentales ‘ et à y chercher un emploi dans les conditions les plus . médiocres, comme scribe, palefrenier ou conducteur de cara-
vanes; mais la noblesse de ses traits empêche tout le monde
de l’employer d’une manière aussi inférieure à ses mérites: il entre chez un forgeron en qualité d’apprenti, mais il est telle- . ment robuste que le fer et l’enclume même sont brisés sous ses coups. Accueilli par un d'hgén ou propriétaire foncier qui
est de race royale, ce gentilhomme de campagne l’engage à se présenter parmi la foule des prétendants qui se pressent devant Katäyoûün, fille aînée de l’empereur grec; celle-ci reconnaît en lui le personnage dont elle avait rêvé; le mariage a lieu, maïs l’empereur bannit le jeune couple de sa cour. Quelques hauts faits ayant attiré l’attention sur lui, il rentre en grâce, et enfin retourne en Perse après avoir obtenu que Pempereur cessât de réclamer un tribut. Ici encore nous avons une projection dans le passé d’événements légendaires où les détails ne nous font pas remonter plus haut que le temps des SâsAnides. C’est sous le règne de Gochtâsp que la geste place l’apparition de Zoroastre.
De son vivant, Lohrâsp avait remis son empire ?ntre les : mains de son fils et s'était retiré dans le temple du feu de la … ville de Bactres. Ardjâsp (Aredjat-Açpa), qui était devenu roi du Touran, reprend la guerre avec la Perse ; un combat san-
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l glant s’engage dans les environs de l’Oxus, et les Iraniens en + sortent victorieux, comme le sage ministre du roi, DjAmasp, l'avait prévu; mais Zartr, frère de Gochtâsp, y avait péri.
Plus tard Ard)âsp, ayant appris que la ville de Bactres restait
sans garnison, y dirige une expédition qui s’empare de la . ville; Lohrâsp quitte sa retraite et reprend les armes à la tête |: des habitants, mais il périt dans la mêlée. Gochtâsp essaye de . reconquérir la ville, mais il est battu et ne trouve de refuge, | avec son armée, que dans des montagnes inaccessibles. Son
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ministre Djâmasp lui représente que seul Isfendiyär, fils duroi,
est capable de le tirer de cette extrémité.
Le sage ministre se charge de décider le fils du roi, empri-
sonné sur de fausses dénonciations, à accepter le rôle qui lui
est offert, ce qui permettrait à Gochtâsp de renoncer au trône et de se retirer du monde. L'entrée en scène du héros délivre
le roi et décourage Ardjâsp qui ne s’attendait pas à trouver .
devant lui un lutteur de cette force. Il reste encore à délivrer
deux princesses emmenées de Baikh parles Touraniens, et c’est.
pour leur rendre la liberté qu’'I:fendiyâr doit courir sept aven- |
tures avant de parvenir à ses fins. Arrivé devant le Château
de Bronze, il s’en empare au moyen d’une ruse et met à mort
le roi ennemi.
Roustem, dans sa principauté du Sidjistan, ne s’était pas rangé à la nouvelle croyance apportée par Zoroastre ; pour le combattre, c’est encore Isfendiyâr qui est envoyé contre lui, mais celui-ci est tué d’un coup de flèche :le Simourgh, Poiseau
fabuleux protecteur de la race du grand vassal, lui avait
apporté de la mer de Chine la branche d’arbre de laquelle on avait taillé le trait fatal. Quant à Roustem, il périt bientôt Jui
aussi par la trahison de Chéghäd, son demi-frère, fils d’une autre mère, qui le fait tomber, à la chasse, dans une fosserem- |
plie d’épieux et de sabres.
Isfendiyâr étant mort, c’est un autre fils de Gochtâsp, s Bahman, qui lui succède. Son premier soin est de poursuivre
la vengeance de la mort de son frère, et il chasse du Sidjistan
Férâmorz, fils de Roustem. Puis vient le règne de la reine Humäï, épouse ou fille du précédent, dont la légende ne sait.
rien, si ce n’est qu’elle fut la mère de Dâräb, et abdiqua en sa faveur. Dârâb fit la guerre à Philippe de Macédoine et le contraignit à lui donner sa fille en mariage ; mais le roi de Perse répudia celle-ci ayant qu’elle eût mis au jour le fils dont elle
était enceinte ; ce fils fut Alexandre : c’est ainsi que la légende
rejoint l’histoire; les Perses ne voulaient pas admettre qu’ils
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eussent été vaincus par un étranger, et ils firent du fils de Philippe le fils d’un de leurs rois. Dârâb eut un fils qui portait le même nom que son père, et que l’on désigne sous l’appellation de Dârâb II : c’est Darius Codoman. Sa cruauté et son avarice le firent détester. Il envoya réclamer à Alexandre le trisut promis par son père Philippe, et le Macédonien saisit le prétexte de cette réclamation pour envahir la Perse. Ici s’arrête la légende purement iranienne : le reste relève de celle d'Alexandre, rédigée à Alexandrie dans le roman connu sous le nom de pseudo-Callisthène.
La Perse vit toujours : elle a maintenant derrière elle vingtcinq siècles d’existence. C’est une belle et longue histoire. Je sais bien que lintroduction de l’islamisme a transformé les mœurs des habitants, les règles de leur conduite, les bases de leur législation; mais des observateurs profonds, tels que le comte de Gobineau, vous diront que ces modifications sont superficielles et n’ont pas changé l'âme des vieux Perses, qui vit encore chez les Persans de nos jours. Ceux-ci, qui, dans le haut moyen âge, ont eu une influence profonde sur l’évolution de la religion musulmane, ont adopté une hérésie plus conforme à leurs aspirations nationales; ils sont Chiites, partisans d’Alî et de ses successeurs, surtout depuis qu’une dynastie iranienne, celle des Çafavides, a tenté, au xvi* siècle, : de reconstituer le vieil empire des Achéménides et des S4s4nides, tout au moins en ce qui concerne les parties orientales de l’État. Ces derviches d’Ardébil prétendaient descendre du cousin et gendre de Mahomet, Ali ben Abi-Tâlib : adeptes du çoufisme, ils trouvaient en Perse un terrain d’élection ; d’ailleurs, Châh Ismäil Ier, qui conquit le pays, eut soin de supprimer tout contradicteur.
Le phénomène qui reste merveilleux, c’est, au vi* siècleavant notre ère, l’établissement d’une monarchie immense qui non seulement succéda, en les renversant, aux empires de Lydie et de Babylonie (Ninive, capitale de PAssyrie, avait déjà été détruite, cinquante ans auparavant, par les Mèdes), mais encore groupa un nombre considérable de peuples d’ori-
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gine diverse et d’ailleurs inconnue, vivant auparavant dans la barbarie et l’anarchie, et soumit à une seule autorité les
vastes contrées s’étendant, de l’est à l’ouest, depuis la vallée
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de lIndus jusqu'aux Dardanelles. La conquête fut l’œuvre dé Cyrus, ‘l’organisation celle de Darius Ie". Jamais les idées bellénistiques, et surtout les arts de la Grèce, n’auraient pénétré en plein cœur de l’Asie (que l’on juge, d’après Hérodote, de l’état sauvage où, en dehors des grandes monarchies, était plongé le reste du monde!) si Alexandre, au lieu de mettre à bas un empire déjà organisé, avait eu devant lui des myriades | de peuplades à l’état anarchique. A ce point de vue, la lourde domination des satrapes a préparé les voies à un progrès de
lhumanité, à une évolution des peuples asiatiques. La centra- lisation n’était point parfaite, car, malgré les précautions prises, les satrapes avaient encore trop d'indépendance: ils
n'étaient ni des préfets, ni des gouverneurs généraux, mais
des vice-rois; néanmoins, les mesures qui intéressaient l’État tout entier étaient prises à la cour du roi, le véritable centre de ces immenses territoires.
Une armature administrative puissante était le soutien de ce
À vaste corps; l’armée n’avait de bien solide que la garde royale, . le corps des Immortels et les autres troupes soldées, le reste nese composant que de levées de contingents indigènes conservant leur armement primitif, et plus tard de mercenaires * grecs. C’était un État militaire ; la science n’y pouvait naître, | ni les arts. Le médecin grec, formé dans les écoles de la Médi- … terranée, est seul à représenter la première ; pour les seconds,
les artistes sont également étrangers, grecs, .lydiens ou égyptiens. Les scribes des bureaux sont chaldéens ou ara-
méens, Sémites sûrement. Les Achéménides ont su grouper
| toutes ces forces, et, dans la sombre nuit du moyen âge, où la
Perse ne se souvient plus de ses anciens rois, ce sont des per- sonnages mythiques, tirés de l’Avesta, qui viemnent prendre la place de ceux qui, historiquement, ont tenu pendant deux
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cents ans, au cœur de l’Asie, le drapeau de la civilisation. Ces souverains voyaient grand. Il leur a fallu, dans leurs deux capitales de Suse et de Persépolis, des palais gigantesques où se déroulaient de grandioses cérémonies dont le goft n’est pas perdu dans l'Iran de nos jours; ils ont voulu, pour perpétuer leur souvenir, écrire au flanc de hautes montagnes le récit de leurs hauts taits; quand même les inscriptions qui accompagnent ces monuments n’auraient jamais été lues par les passants et les voyageur:, ce qui est fort probable, il n’en est pas moins vrai que les images parlaient aux yeux; et l’on a vu, au xix* siècle de notre ère, des rois de la dynastie turcomane des Qadjar tenter de renouveler ce trait hardi en faisant sculpter des tableaux en bas-relief dans les montagnes qui avoisinent Téhéran.
Pendant longtemps, il est vrai, l'empire achéménide a pesé de tout son poids sur la Grèce ; mais, par l’énergie de sa résistance, par sa domination de la mer où elle ne rencontrait guère, dans la flotte de l’ennemi, que des Phéniciens, celle-ci a victorieusement résisté; elle a entrayé l’expansion des Iraniens vers l’ouest; elle a fini, grâce aux Macédoniens, par Pemporter sur son adversaire. L'histoire de la Perse antique éclaire fort bien l’énergie intellectuelle qui était latente chez les Hellènes et se révélait peu à peu.
Il reste encore beaucoup à faire pour l’exploration scientifique de la Perse. Avant Marcel Dieulafoy, les voyageurs, n'étant pas autorisés à pratiquer des fouilles, avaient dû se contenter de relever les monuments existant en ruines à la surface du sol, et il faut reconnaître qu’ils s’étaient acquittés avec bonheur de cette pénible tâche. Dieulafoy a fait plus : il a obtenu du gouvernement persan le monopole des fouilles en faveur de la France, et a commencé immédiatement le déblaie-
. ment des ruines de Suse. Après lui, les travaux ont été conti- nés par Jacques de Morgan. Les découvertes sont de tout Premier ordre et ont excité le plus grand intérêt dans le monde entier; maisce que les archéologues trouvaient ne Fi faisait pas avancer d’un pas notre connaissance de la Perse antique, car ce sont les existences antérieures dela ville de Suse qui étaient ainsi mises au jour: capitale du royaume d’Anzan, appelé aussi Élam et Élymaïde, ce sont les longues … luttes avec la Babylonie que les inscriptions et les monuments … nous révélaient ; le R. P. Scheil déchiffrait et traduisait les textes en langue anzanite; des siècles d’histoire, complètement inconnus, se montraient ainsi à la grande clarté de * la science contemporaine. Il est, somme toute, fort heureux ! que les Anciens, tous les Anciens, aient bâti des villes nou- | vellessur les ruines des vieilles cités détruites dans les bouleversements des guerres, sans les déblayer, sans en utiliser les … matériaux. Aussi Troie nous est parvenue, et Les localités de Babylonie et d’Assyrie que les fouilles ramènent à la surface du sol.
En outre de la Suse, la Perse n’a pas été fouillée. Une … tentative infructueuse a été faite à Hamadan, l'ancienne Ecba- | tane, mais, comme la ville antique est située sous l’actuelle, et qu’il ne faut pas songer à démolir celle-ci, l’entreprise n’a pas eu de succès. Il n’est pas probable que l’on trouve de grandesinscriptionsen cunékiformes : les Achéménides ont si peu * écrit! L’exploration de l’Afxhanistan, récemment ouvert aux Européens, par la mission de M. Foucher, n’a signalé jusqu’iei que des monuments bouddhiques ou de l’époque musulmane. Aux environs de Dâméghân, sur la route du Khorasan, on rencontre des ruines qui sont probablement d’époque arsacide, car c’est là que l’on s’accorde à placer Hécatompyles, ane des capitales des Parthes. Enfin, la plaine où sont éparpillés les restes informes de Réï, l’ancienne Rhagès du Livre de Tobie, est le plus accessible des champs de fouilles, car elle
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est aux portes de Téhéran ; ele est incessamment parcourue par les chercheurs de poteries vernissées dont la vente est : rémunératrice ; il serait temps de l’étudier scientifiquement, d’y pratiquer des sondages et des tranchées ; le site est antique et réserverait peut-être d'importantes surprises.