II PRÉFACE
Si la monotone traversée de l'Iran pèche parfois sous le rapport du pittoresque, elle emprunte un véritable attrait à l'étude des peuples iraniens, également favorisés par la nature et par l'histoire... Les ruines de Persépolis datent des Achéménides ; les rochers, sculptés dans la montagne, gardent le souvenir de Darius, des Sassanides et de Tamerlan; sous leurs enveloppes de faïence, les mosquées et les tombeaux témoignent du martyre des Alides et de la splendeur des Séfévis. Sur l'immense plateau désertique, l'Islam a greffé au vieux tronc mazdéen une religion spéciale, faite à l'usage de la nouvelle nationalité persane, en même temps qu'une culture si rare et si délicate qu'elle réussit à imprégner la civilisation musulmane toute entière. Malgré la déchéance des deux derniers siècles, il existe toujours un Roi des Rois, installé par une tribu turque sur le trône de Cyrus. Téhéran a remplacé les anciennes capitales de Tauris, Ispahan et Chiraz. Aux jours de cérémonie, le demi-dieu Kadjâr s'y révèle à la foule dans l'éclat des diamants et des pierreries. Les migrations de peuples, les morcellements de tribus, l'exploitation de la piété publique ou de la superstition populaire ont fait émerger une aristocratie puissante, à la fois civile et religieuse. La Perse travaille pour une poignée de grands seigneurs,