PRÉFACE III
d'une richesse considérable et d'une extrême distinction de manières. Les mollahs de l'Iran ont inventé les systèmes de théologie les plus subtils, les philosophies les plus hardies ; les confréries de derviches ont raffiné les doctrines soufies, en introduisant dans notre Orient la pensée de l'Inde. Dès le moyen âge, la poésie, le roman persans avaient produit leurs plus belles œuvres. Les héros du poème de Firdousi continuent à peupler la légende iranienne ; les gens de Chiraz persistent à vénérer les tombeaux de Sacdi et de Hafiz; la jeunesse s'en tient à la science de vie, qu'ils ont enseignée dans leurs vers... Au fond des couvents de l'Asie Mineure, les derviches tourneurs s'agitent au rythme du Mesnévi. La race, formée par de tels maîtres, garde une prodigieuse élégance d'esprit, une intelligence facile, une réelle douceur de penser et de vivre, une immoralité qui s'affiche et un abaissement de caractère, trouvant son excuse dans une séculaire habitude de la servilité. La grandeur d'un lointain passé, le charme étrange du présent, ont éveillé les talents innés dans la masse des voyageurs : diplomates, officiers, missionnaires, commerçants et archéologues, qui se succédèrent en Perse depuis le xvne siècle. Plusieurs d'entre eux ont laissé des noms célèbres : sir John Malcolm et James Morier, parmi les