LA DILIGENCE PERSANE
Dimanche 21 mai. Première journée . — Nous dormons
peu, À trois heures, je suis réveillé* La pensée que nous partons pour Ispahan me donne la force de me lever.
À quatre heures, la diligence n’est pas là* J'envoie Aimé à la poste, La voiture arrive avec un grand retard. Peu importe, car nos jeunes ménages sont restés endormis dans leur maison persane. Ils ne sont prêts qu'à six heures. Cependant le soleil qui se lève tard en Perse brille déjà dans te ciel*
Nous attachons nos valises, nos lits de camp, les paniers de vivres sur le toit branlant du break et apprenons qu’il faut pour ce faire une bonne demi-heure.
Vers sept heures enfin, nous voici partis. Avant que d'avoir roulé, nous prenons une décision nouvelle ; nous votons de ne pas nous reposer au milieu du jour et de ne coucher qu’à Koumfijo kilomètres) où nous comptons arriver dans ta nuit, « iu'ch'Allah, & si Dieu veut, La sortie de Téhéran se fait lentement. Nous apprendrons dans le break la patience. Dès que nous avons franchi la porte de la ville, nous longeons un cimetière d’où se dégage la plus terrible des odeurs. Les Persans enterrent leurs morts à fleur de terre. D’épouvantables miasmes filtrent à travers la couche légère de sable.
Nous passons au pas le long de ce cimetière; nous sommes sur la route bordée de vieux arbres qui va à Chah Àbdul Azim.
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C est là que nous faisons une découverte terrifiante* Notre dili- ^ ence n’a pas de ressorts J Pourtant nous lui en avions vus dans la Cour de la poste*
f n éfrit les aurait-il retirés pour nous punir de la curiosité sacriqui nous entraîne vers Ispahan? Nous descendons.
Les ressorts sont là, mais, pour les empêcher de jouer, le maître poste prudent a mis, à l'intérieur du ressort, un énorme rondin de Lois, Au moindre cahot, le ressort tape sur le rondin cl transmet par Contre-coup la tape à la caisse, laquelle nous la communique sans lUard par l'intermédiaire de la banquette non rembourrée.
La route n'est que bosses et trous. Nous recevons ainsi trois cent soixante coups de rondins à l'heure.
Comme nous n'avons pas été habitués à un pareil traitement, nou s le trouvons dur*
Nous sommes, sans repos, secoués sur les planches étroites* et chaque secousse est une souffrance. Nous ne pouvons ni étendre les Jambes, ni appuyer la tête ; alors les jambes s'engourdissent, les pieds meurent, les clavicules s'écorchent, les brasse tordent, 1 épine dorsale fléchit, le cerveau est en bouillie ; on découvre qu’on a des 1 tans et on ne l’oubliera plus. Tel est ce supplice auquel nous nous sommes bénévolement soumis, le supplice de la diligence persane*
Lt nous ne sommes qu'à quelques kilomètres de Téhéran !
Comment les deux jeunes femmes que nous avons avec nous supporteront -elles ces fatigues?Mais personne n oserait leur proposer de regagner Téhéran. Du reste, pour l’instant, un grand enthousiasme nous anime. Nous sommes partis pour Ispahan 1
La route s'en va à travers le désert que ponctuent les milliers de touffes d’une plante aromatique d'un gris vert qui seule pousse dans les sables.
Nous franchissons de petites chaînes de collines rocheuses dont
pentes sont brusques*
Parfois la route se divise en deux ou trois branches entourant un groupe de rochers, connue une rivière fait d'un îlqt* Les caniveaux, qui ne sont pas dus à Part du cantonnier, mais à la seule nature, alternent avec les bosses*
La chaleur aujourd'hui n'est pas insupportable* Nous marchons a un è allure intermédiaire entre le pas et le petit trot. A chaque quart