‹ La Perse en automobile, à travers la Russie et le CaucaseChapitre 23 sur 35 · AT · texte numérisé non relu

AT

1 - ^Lais nous avons éprouve par nous-mêmes qifils sont fana-

u l ll es. U dilficile h un Européen d'approcher seulement d’une j n osquée ; s’il y pénètre, c'est la mort certaine* Et leur haine de e -tianger n’est-elle que fanatisme? hanafisme et patriotisme ne Son biJs pas ici tout voisins?

observateurs éclairés m'assurent qu'a Téhéran la présence üllÊ c °loniè européenne nombreuse, au lieu d'amener un apaisea surexcité la haine de V étranger, Téhéran est plus fanatique au Jouul hui qu'il y a cinquante ans

Quoi qu'il en soit, on lit plus de paix sur leurs figures que sur otres. Je passe devant eux à pied ou en voiture, souvent sous soleil cuisant, je vois ces Persans couchés sur des nattes dans ombre d’un portique, fumant le kelyau, un verre de thé à côté Ms me regardent aussi. Ils ne comprennent pas mon agitation 6 S,J demandent pourquoi je suis venu de si loin en leur pays. Ils tl ni usent de moi à moins de frais que moi d’eux.

Femmes. — Comme il est naturel, je regarde les femmes avec pius curiosité et d'intérêt encore. Je les regarde et je ne vois rien.

Hiles sont plus strictement voilées qu'aucunes femmes d’OrîenL Elles ne sortent qu’enveloppées d’un grand voile noir, d'ctolle légère et sans beauté, qui les couvre de la tête aux pieds. Il s'entrouvre sur la figure, mais les femmes persanes ne veulent même pas montrer leurs yeux et portent sur le visage un mouchoir brodé à jour.

Le voile des femmes n’est pas prescrit par la religion.

Le Coran, qui règle tout, ne dit rien sur ce point. C’est seulement une coutume de bon ton, venue des femmes riches autour du Prophète et des chefs arabes. De même qu’en Angleterre une femme du peuple ne sortirait pas en ville sans chapeau (qui n’a vu à Londres devant certains bars d’effroyables ivrognesses redresser sur leur crâne chauve un vieux chapeau à fleurs?) de même en Orient, il est convenable que les femmes soient voilées.

Ainsi passent les Persanes avec leur voile noir et leur voile blanc, pareilles à de grands dominos. Sont-elles belles ou laides, vieilles ou jeunes? Cette énigme voilée est au premier abord assez irritante. Ces femmes ne nous donnent rien d el les-mêmes*

alors nous leur prêtons beaucoup. Puis, à la réflexion, on pense qu'il y en a beaucoup plus de vieilles que de jeunes, car la femme ici se fane vite ; que la plupart sont ridées et décrépites ; que, même parmi les jeunes, les jolies sont l’exception, et on finit par aimer ce voile qui, bien qu’il cache le plus souvent des visages sans beauté, met toutes les femmes au bénéfice du doute et leur prête battrait du mystère.

J'ai Aui pourtant deux visages de femmes persanes. C’était à Kaswyn, le jour où le Chah y lit son entrée, je me promenais dans la grande avenue lorsqu’un remous de la foule nous isola, deux femmes et moi, derrière le tronc d’un énorme platane. Là, comme si elles étaient seules, elles découvrirent leur visage pour arranger leur voile. J'aperçus des yeux noirs et brillants lendus en amande, un arc net et allongé de sourcils, la ligne sans défaut d’un nez droit, un teint mat et ambré et le commencement de Loyale d'un au s âge dont j'aurais bien a t ou1u que mes yeux pussent achever de parcourir la courbe charmante. Hiles étaient, en vérité, comme deux sœurs ; je les regardais avidement. Alors, m’ayant aperçu, elles recouvrirent sans hâte du reste, leur visage admirable.

1/automobile dans la rivière.

L'automobile dans le bazar a Téhéran,

HUIT JOURS A TEHERAN

lies étaient très belles, mais feu’imiterai pas le voyageur connu

eelai ait qu J en France, pour une qu’il avait rencontrée de cette

j ? les femmes étaient rousses. Je ne pense pas que toutes

f ^ Llsancs soient belles, C est, au contraire, parce qu elles étaient

Ius de leur beauté qui passait l'ordinaire, que mes deux Galatées

^onhi se laisser voir, avant de se cacher derrière le platane ■ Kaswyn,

g ^ es femmes, en Perse, paraissent jouir d'une grande liberté.

es mutent» comme il leur plaît, et le plus souvent sans être aeconi- 1 1 On en est réduit à supposer que l'uniforme voile qui les

I * asc 1 Ue e t sous lequel aucun mari ne les reconnaîtrait, favoriserait s lïl h ignés si elles en voulaient nouer. Mais de ceci, nous ne savons len e * ^ous nous taisons,

P / lK: P lira se d'Hérodote est tout ce que j'ai sur le sujet : « Dans pmion des Perses, dit-il, ravir une femme est une iniquité; sein- Piesser d en tirer vengeance, une folie. Pour ies sages l'enlèvement / lne ne mérite pas qu’on s’en occupe, car il est évident que

c]] c ne s y était pas prêtée, on ne l’eût point enlevée »,

Le Métier de Touristes,,, — Ceux qui vont chercher des iiionu-

f n ^ s an ciuns k Téhéran courent au-devant d’une déception cer-

lrj c. II n'y a pas dans Téhéran xtne faïence ancienne. Celles qui

ec °u\ l ent les portes de la ville sont du goût persan moderne le

J, lrL * des ont été laites à Vienne, Téhéran n'est capitale que depuis

^cnement de la dynastie des Kadjars dont îe londateur fut un eunuque.

faut

place aux Canons où P on nous mène est laide. Non, il ne

pas chercher de beaux monuments à Téhéran.

Mais on peut passer quelques heures agréables au bazar. Il est ° et, au sommet des voûtes, un trou laisse passer un peu de îllieie * Le bazar est frais, poussiéreux et sombre étrangement. Il UL t quelques minutes pour s'habituer à cette obscurité. Comment e t travailler sans lumière? D'ici quelques siècles sera formée Ulle race de Persans aux yeux si délicats qu'ils ne pourront Apporter le grand jour.

Pourtant on déploie dans le bazar une activité qui étonne. °>ipis, le derrière sur leurs talons, les ouvriers et apprentis

Acci

dans le fond des arcades martèlent le cuivre, cisèlent l'argent ou roi\ découpent des peaux, font des harnachements, des bonnets? des broderies, comme s’ils y voyaient. Le marchand est assis sur le devant de l'arcade. Une femme strictement voilée se fait montrer des étof fes. Est-ce une jeune dame de la cour ou une vieille commère décrépite? Que ce voile est anonyme !

Des caval iers passent, des ânes bien harnachés et aussi de grands diables de chameaux qui clignent de Lœil comme s’il y avait du soleil et profitent de F obscurité pour nous marcher sur les pieds* Des cuisiniers préparent des mets savoureux dont Us envoient des portions à leurs clients, du pilaf, du kebab, ou des ragoûts de viande à l'oignon ou au fenouil . Des odeurs fades ou violentes, désagréables toujours, emplissent les bazars.

On ne voit ici que des Persans, Il n’est pas de bon ton pour les Européens de se montrerai! bazar. Nous dérogeons aux lois de IVtL quette et compromettons le prestige européen : nous nous promenons à pied dans le bazar.

Au Palais de là Montagne aux Lièvres, — Le Palais, à quelques kilomètres de Téhéran, s'élève en gradins sur une colline rocheuse- Àu pîed de la colline, nous visitons le jardin, une longue allée de platanes et d’acacias, des eorbeil les de primevères roses sur le gazondeux ruisseaux parallèles à l’allée; au carrefour des allées, des bassins d'eau dormante ; des arbres taillés les ombragent d’une frondaison si touffue que j'ai peine à reconnaître en eux des ormeaux» Au bout des allées sont des pavillons de briques émaillées qu'il vaut mieux voirde loin. Derrière les pavillons, la ménagerie du Chah, Les pluies, ce printemps, ont été tories ; sous un soleil d'Orient nous trouvons des verdures anglaises. Dans un mois, tout sera grillé; nous sommes arrivés à l'heure précise où cueillir ce jardin dans sa gloire jeune et précaire.

Nous rencontrons un vieux jardinier guèbre. Il est grand et magnifique. Les rois sculptés sur les pierres de Persépolis ont ce visage régulier, ces yeux larges, ce nez droit, la barbe bien plantée et la dignité de ce port que nous admirons. Ce représentant de la plus vieille race persane est digne de ses ancêtres.

A mi-flanc d’une col line dénudée, voici la Tour des Guèbres.

HUIT JOURS A TÉHÉRAN

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J e ^te quelques adorateurs du feu au milieu de ces musulmans

s Ul V G ° nime Ieur ie ^S lon f'ordonne, ils exposent leurs morts ^ Ls tours, car ils ne veulent souiller de leur contact ni 3a terre, ni

I 1 111 feu. Les oiseaux viennent les déchiqueter. Ainsi Le Guèbre dans la nature le rôle du Dieu que vante le petit Joas.

Aux petits des oiseaux il donne leur pâture.

aiei ^au pélican, pour assurer leur nourriture, il s offre 1

ui-

même,

ta* ^ ^ SOJ I V * en * ’ une douce et précise, bleue dans les loin-

, nS ‘ doive sur les collines voisines dont les rochers montrent leurs i sèches, enveloppe le paysage, caresse les sables pierreux de

Ja plg

llle quelques taches de verdure, champ de blé ou d'orge,

, n ^ COlninc d e ^ tapis étalés à nos pieds. Tout de suite, presque sans rO^i^ 011 ' C eSt ^ à rOccident, le couchant empourpré, à

Iient ’ ^Ïms qui brille rouge dans un ciel déjà sombre.

^ 11 est, dans Téhéran, une avenue plantée de très vieux arbres.

^ échoppés ouvertes la bordent, et des Persans travaillent la, a ^ant leur échoppe, en plein air, assis sur des tréteaux bas qui sont à la lois table et chaise.

L<- J soir, lorsqu’on flâne, on passe parfois devant une porte étroite I [ donne sur une salle brillamment éc lairée. Cette sal le ouvre sur un -j^uliii où des lampes nombreuses sont attachées aux arbres. Des L1 sans boivent du thé, de barak, ou des boissons acidulées qu'ils ra P hissent de petits morceaux de glace* On passe devant ces dins étincelants qui paraissent amenés dans notre promenade par un truc de féerie.

Tt .

° 1CJ huit jours que nous avons quitté nos amis à Reshtetque, quotidiennement, nous les attendons. Une grève a-t-elle éclaté à

v ° 11 ■ T automobile a-t-elle subi un irréparable dommage r Tandis que nous sommes à attendre des nouvelles, une dépêche n ° ils P ar vient. Elle est écrite en persan, nous la donnons à

Mahmoud qui la regarde et nous dit : « C'est quatre amis qui vous annoncent leur arrivée pour dîner, »

Et nous voilà enchantés à l'idée de voir nos deux ménages. L’heure du dîner sonne, d’amis point. L’automobile est en retard* cela s’est vu. Georges Bibesco avait compté sans les caniveaux*

Pourtant, dans la soirée, quelques doutes nous viennent sur V exactitude de la traduction fournie par Mahmoud et nous envoyons la dépêche à un mirza, ou homme lettré du voisinage.

Une heure plus tard, il nous envoie, avec ses compliments* la traduction suivante qui nous laisse stupides : « Musketov Férîngar. — Ai traversé Mardi terribles difficultés,bateau échoué, retourné Caravan, gagne Resht parla montagne, arrive mercredi soir. Léonore- » Pourquoi ce télégramme incompréhensible nous a-t-il été remis* Avons-nous, Pun ou Y autre dans notre vie, une dame du nom de Léonore qui nous aime assez pour risquer, à seule fin de nous retrouver, de si terribles dangers? Cette supposition a quelque chose de flatteur, mais nous sommes forcés de convenir que nous ne connaissons aucune dame du nom de Léonore, Gagné par le fatalisme oriental (arrive qui arrive), je chasse de mon esprit ridée de l’errante Léonore et m’occupe, sous un laurier rose, à suivre les méandres de la fumée de ma cigarette.

Emmanuel Bibesco, qui aime déchiffrer les rébus, s’enferme dans sa chambre avec du papier, un crayon et la dépêche. Une heure plus tard, il m’arrive congestionné et triomphant. Il a trouvé. —■ « Musketov Férîngar» c’est, contre P apparence, nous* II y a ainsi en toutes choses un point de départ qui échappe à l’analyse et qu'il tant accepter. Le reste est limpide « Léonore » c’est notre ami Léonkku qui est sur la route Erivan-Tabriz. Il n'a pu passer. Il a pris le bateau à Bakou, le bateau a échoué ; il a gagné Lencoran (Garavan est pour Lencoran) et arrive par Resht. Quant aux montagnes, on les supprime. Ainsi a-t-on un sens clair et intelligible*

J e me déclare satisfait et continue à fumer. Cependant, le lendemain, je porte la dépêche à la légation de France où M* Nicolas* qui sait le persan autant qu’homme du monde, nous fournit une troisième version* Les noms sont les nôtres « Bibesco Phérékyde »; « Caravan » est pour « Erivan »; «Mardi » pour «Arax»,«bateau échoué * pour « essieu brisé » et « Resht » pour « Tabriz ». La dépêche se lit

HUIT JOURS A TÉHÉRAN

US1 ^ Al traversé Àrax avec terribles difficultés, retourné Erivan

CsslCÜ brisé, gagne Tabriz par la montagne, arriverai mercredi Soir ‘ — Léonida ».

Et voilà !

ital* MOralîté : rélé «“P hi “ cn an K^ a ^ St français, russe, allemand, icn ou tchèque, de préférence au persan, et servez-vous du téléy^phe indo-européen.

Au mercredi annoncé, ce n'est pas Léonida qui arrive, mais nos h 1 nés ménages de Resht. Ils ont fait un raid automobile magnifique.

au *° n débarqué que Je mardi matin à Enzeli, après un embar- ^ enieut difficile à Bakou où les ouvriers du port faisaient grève.

quatre heures de l'après-midi, les deux ménages, Relier, et te ^ tn esse Hassan avaient quitté Resht entassés à six dans la grande ^ r cédès. Cette fois-ei, ils n'avaient plus droit les uns et les autres de Un SaC ^ car il fallait mettre dans 1 auto les quatre lits

l/-P e t des couvertures. Les genoux remontés jusqu’au menton, v °il J donc partis à l'ascension du haut plateau, dîner à Mendjil * 11 Vee a ^ usbachaï vers les onze heures. Le Chah y campait et un

îii fi fi . * ^ 1

Cllî an gîais qui accompagnait Sa Majesté voulut bien prêter

L Ul IUI >t sa tente aux voyageurs, ils quittèrent le camp vers

Jik leUres ' déjeunèrent à Kaswyn et mirent, de Kaswyn ici. un peu

us de cinq heures (il nous en fallut vingt-quatre), traversée de la

*ere comprise. Des photographies ont été prises de l’auto dans ^ eau.

Bnliii. nous voilà tous ensemble. On pense si nous avons des his-

es a 1

U ‘ nous raconter. Nous leur disons nos aventures, mais comme

es l écrit dans les Mille cl une Nuits, fi n’y a pas d utilité à les

^péter, Us nous décrivent leurs journées de Resht, les promenades

j, voiture que leur envoie Azodos Sultan, et qui est munie

^ n taximètre, les dîners et divertissements persans qu on leur a

^ eus, le bouffon autour de la table, la visite que les dames ont faite

Un harem et la grande désillusion qui les y attendait.

Nous restons à causer jusque tard avant dans la nuit sous

P 01 tique de la maison que le gouvernement a aimablement

a notre disposition et que gardent des soldats basanés, bons

l] * . dépenaillés. Nous parlons du voyage d'Ispahan et Yen-

l]siasi ne des jeunes femmes réchauffe même le récalcitrant

loin

le

Emmanuel Bibesco. Nous décidons de partir pour Ispahan dimanche* En attendant, nous courons Téhéran,

Nous allons à une dizaine de kilomètres du sud-est de la ville, aux ruines de Rei ou Rhagès* Ce fut sous les Seljoucidesune des plu 5 importantes villes d'Asie, c'en est une des plus anciennes* Les Juiis y furent exilés lors de la captivité. Haroun al Raschid y naquit et aimait a y résider. Une civilisation admirable fleurit à Rhagès entre le huitième et le douzième siècles de notre ère : les rares pièces que 1 on y a trouvées, faïences à reflets métalliques, sont d'une qualité incomparable* La ville fut pillée par Gengis Khan lors de la conquête mon-' gole en 1221 et plus tard par TImour, Elle ne se releva jamais* Les ruines sont enfouies sous des couches épaisses de sable que levant du désert apporte. Seule une tour subsistait en raines que Ton a reconstruite voici quelques années, 11 y avait aussi une sculpture de V époque sassanide sur un rocher dans un site magnifique* Hile a été détruite stupidement pour être remplacée par un bas-relief de FathAli Chain arrière-grand-père du Chah actuel*

11 ne reste rien à Rhagès, Mais il est certain que si Von voulait y entreprendre des touilles sérieuses, on y trouverait des œuvres d'art du plus haut prix, Rhagès est à quelques minutes de Téhéran; aucune difficulté à vaincre; il faudrait seulement un peu d’argent. Espérons que le gouvernement français qui a déjà fait de beaux travaux a Persépolis et qui en continue dans la Suziane, pourra un jour explorer le sol où dort Rhagès*

Nous visitons le palais du Chah* Les voyageurs qui nous ont précédés se sont crus obligés de parler avec révérence et admiration du palais du Chah* J’en parlerai librement.

On aurait tort de s'imaginer que le Chah, descendant du Roi des Rois, monarque absolu et oriental, vit d’une façon somptueuse dans un palais des Mille et une Nuits. Il se loge à Eeuropéenne, et ce monarque persan a un fort mauvais goût qui lui fait préférer les articles de bazar viennois à dix-neuf sous aux objets d’art fabriqués en Perse,

La Perse a eu Part le plus raffiné, le plus exquis qui soit. Eu Europe, en Amérique, on se dispute les miniatures, les reflets métal-

HUIT JOURS A THERAN

JlQUfç 1 -

l e ç, ’ cui vres et jusqu'aux bouts de tapis anciens de Perse, Chez 1£l ? on ne trouve pas une œuvre d'art persane.

tai] ^ ai S son mus ^ e Sl vanté, on voit, sous vitrines, de petits éveti-

j" S ,^ e Papier, article de Paris, et pour que personne ne s'y trompe,

pnx est resté marqué o fr, 65 . ils voisinent avec une glace à main ae 3fr. 45 ,

^ P vrai que Pon montre le fameux trône des Paons, mais il M ^ ^ >aS c ^ e comme on le raconte, et jamais le Grand

ÏP ne ^ honora de sa présence sacrée* Il a été fait à ïspahan au ^nimencement du xix c siècle et l'on assure que beaucoup des pierres c ^uses, dont il fut alors orné, ont été remplacées par des pierres m ° lns précieuses.

^ ^ Préfère, et de beaucoup, le trône en albâtre que Ion voit au

^-chaussée du palais et qui est d’un assez beau travail hindou.

^ 3 a enfui dans le musée quelques pièces de Sèvres et d'autres

actui es d Etat européennes, dont divers souverains se débarrassèn-nf „ ■

sagement, au profit de Sa Majesté persane, tbi nous promène aussi pendant plus d’une heure dans des salles P les a déborder par les objets les plus détestables. Des tableaux

couvrent les

murs. C est en vain qu’on veut me faire croire que ces

Peintures ont été envoyées en cadeau au Chah par les rois et eiïïpe-

reu rs rpp J •

^ ^tirope. Je ne sache pas que jamais nos trônes aien t été occupés to ./-ssi implacables my stiIIcateurs que ceux qui fournirent ces esai1 ^bah de Perse. Jamais 01121 e me fera admettre que les augustes t Clains qui veillent au bonheur du monde se jouent entre eux de ^ s tüll rs. Je garde le souvenir d’une photographie où dans un jardin,

^SSlQfl x cj 4,

s ° us des arbres, rêve une dame modelée en relief et coloriée, ûaris les appartements privés du Chah ce sont des meubles en

vélo lire

J. 011 en P uluclie qui rappellent les pires souvenirs des années l 3 î-nuii cent soixante-dix à quatre-vingts. Et partout des boîtes à nil sique, des pianos mécaniques, des orgues de barbarie, des harmo- * lu ms automatiques, des cltaîses musicales et des tables qui chantent ! ^| lls chambre à coucher pleine de ces instruments sonores, je j. ei c Iie le lit. Jene le trouve pas. Le « Centre de l’Univers », 1 ‘ « Escac 11 Ciel » couche à terre sur deux coussins plats jetés sur un tapis, j, ' “'-dessus du coussin sur lequel il appuie sa tête, une étagère.

ÜI 1 étagère quatre photographies autour de son propre portrait. A

côté de la photographié de Mouzafïer-ed-Dine, à gauche et à droite Edouard VII et sa gracieuse épouse : a rextérieur, moindre faveur, le tsar et la tsarine. Ces souverains et leurs épouses veillent sur le repos du Chah.

Il paraît que Sa Majesté a des nuits agitées.

Mais les jardins du Palais, qu'on appelle le Gulistan, sont rie!i-

cieux. Des eaux vives les traversent qui courent sur des briques émaillées bleues ; ils ont de grands bassins couleur de jade, des parterres immenses d'iris déteintes diverses et de lis nuancés, des platanes vivaces et frissonnants, des haies de roses...

Le Chah étant en Europe, nous sommes reçus en audience par le

Valyat, prince héritier, gouverneur de Tabriz et chargé de la régence

pendant le voyage de son père. 11 faut des pourparlers préalables

pour régler la question de notre tenue. Selon l’étiquette, nous

* . * • ^ devrions porter la redingote et le chapeau haut de forme. De chapeaux de soie, il est inutile de dire que nous n'en avons pas. Alors oh négocie, et comme nous sommes arrivés en automobile, et que toute la Perse le sait, Son Altesse consent a nous recevoir coiffés de nos casquettes d'automobile. Cette question des chapeaux est plus importante qu'elle ne le paraît à première vue, car il a été réglé, par le traité de Turkman-chaL en j 827, que les Européens ne se découvriraient pas devant Sa Majesté qui, elle, ne quitte jamais le bonnet d'agneau frisé.

Donc nous arrivons au palais du Valyat accompagnés par Lainiable ministre de Russie qui nous présente. On nous introduit, cou- 1 orme ment à l’étiquette orientale, dans un premier salon où Ion nous sert des rafraîchissements tandis que nous sommes censés nous reposer des fatigues du voyage. Puis nous entrons dans un salon immense ; à l’angle opposé à la porte est assis le Valyat qui se lève. C’est un homme de trente-huit ans, je crois, qui en paraît quarantecinq, petit, gros, très gêné, le regard clignotant sous ses lunettes d'or.

Un interprète russe est là. Brève conversation dénuée de tout intérêt, puis l'audience est finie —nous n’avons pas quitté nos casquettes — et nous nous retirons. Mais 011 ne sort qu’à reculons et nous voilà tous six exécutant une figure de quadrille à travers le salon immense, les yeux fixés sur le Valyat, la main à la visière de la

Pakîs ChamseJ-Emaret, Téhéran. Les marchands sous le portique de notre maison à Téhéran*

HUIT JOURS A TÉHÉRAN

^squettf;, évitant de notre mieux les obstacles dont notre chemin Seinc ’ titubant sur les chaises et tables, et très anxieux* a chaque stant, a 1 idée que nous ne retiendrons pas le fou rire qui nous ^ u orsc ]ue 1 un ou l'autre de nous se heurte contre un meuble.

Dans les légations où l 'on nous reçoit de la façon la plus hospi-

Ch ? ^ me rense *S ne S111 position actuelle de l’empire des

■ h ls Sllr la politique des deux grandes puissances qui ont un

de premier ordre dans les affaires persanes actuelles,

^ ne cr °is pas inutile de donner ici un bref aperçu de la ques-

Pctsane qui sera, un de ces jours prochains, la grande actualité ht nnlui„ ue i n jje rna y ona i e-

h J s Anglais et les Russes ex Perse, — « Aux officiers civils et 11 h ta ï res des Indes, dont les bras supportent la plus noble conquête jamais le génie d’une grande nation acheva, je dédie ce livre, ° mma ge indigne de ma plume à une cause que leur haute mission ^ e défendre par la justice ou par le sabre, mais dont l'ultime dén ^ein est l aine même du peuple anglais. »

^ est par ces mots grandiloquents que M. G, Curzon ouvre ^ nli\i0 sur la Perse, qui a paru en 1900. Depuis, M, G. Curzon est j, % 01111 lord Curzon, et il a été vice-roi des Indes, où il a eu toute te nce de surveiller de près les affaires persanes et d’exciter le zèle

C ° s es subordonnés,

ha Perse a deux voisins qui s'intéressent vivement à sa santé : la USsie I Angleterre.

LaPerseest malade. Voilà un Étaigrandtroisfois comme la I ; rance n'est peuplé que de huit millions d’habitants. Le gouverne- ” ieir O est absolu, ce qui ne signifie pas qu'il fait tout ce qu'il veut.

r> a a peu près aucun pouvoir, et ne subsisté que par la grande raison qu’il est là et que l’indifférence des Persans en matière poliest telle qu’ils ne verront jamais davantage à en changer. X. 11 u ne autre famille remplace les Kadjars, actuellement régnants, ^quo j boa t Cela n intéresse vraiment que « I autre famille » et les a ujais. Pour le peuple, il en sera toujours de même.

^ Si i e pouvoir absolu devenait tyrannique, il serait odieux. Mais 11(J P e ut rien. Il a d’abord en lace de lui, le corps des prêtres, 011 «mollahs». Au milieu d’une population ignorante et dont ils

excitent le fanatisme, ils sont tout puissants. Pour les moindres choses, il faut négocier avec les mollahs* Ce n’est qu'avec leur permission et après de longs pourparlers, que le Chah a pu venir en Européen 1900. D'autre part, la classe marchande a ses privilèges* ses franchises, et administre elle-même ses affaires* Les mollahs, au besoin, la protégeraient contre le gouvernement, car il est toujours utile d’être en bonnes relations avec la classe qui a la richesse. Reste, comme bête taillable et corvéable à merci, le paysan*

Ma is le pouvoir central n’a pas une prise bien forte sur le paysan* Si les impôts sont trop lourds, le paysan refuse de les payer. Alors enverra-t-on des troupes ? Grande affaire, D’abord il faut avoir des troupes. Ensuite il faut qu’elles veuillent bien marcher* lit cela coûte cher. Enfin, dans beaucoup de districts, il est indifférent au paysan de quitter sa demeure, si on lui rend la vie trop dure. Il n'aura pas grand mal à en reconstruire ailleurs une autre aussi luxueuse, et il trouvera sans difficultés un coin de terre où faire pousser le peu q ul lui est nécessaire pour vivre.

Voilà donc encore une illusion qui tombe. Le despotisme d’un souverain oriental tel que le Chah est bien peu de chose* Il peut faire couper, sans trop de formalités, quelques têtes. Cela ne mène pas loin. Il est le souverain sans puissance réelle d'un pays sans ressources,

La Russie et l'Angleterre sont pourtant assurées que sous leur tutelle intelligente, ces maigres ressources enfleraient merveilleusement. En outre, par sa position géographique, la Perse leur paraît, à Lune et à Vautre, nécessaire à la sûreté et à la consolidation de leurs empires.

La position de la Russie est extrêmement forte. Elle est frontière de la Perse sur des milliers de kilomètres. Depuis presque la mer Noire jusqu’à l'Afghanistan* elle pèse d’un poids lourd sur son voisin persan. Ses chemins de fer, ses routes, ses bateaux à vapeur arrivent à la frontière persane, au Caucase, sur les rives dé la Caspienne et en I ranscaspie* La Russie a seule accès dans le nord de la Perse, et, comme ou sait, elle interdit le transport d’aucune marchandise européenne à destination de la Perse à travers ses Etats. Elle a donc un avantage immense sur ses rivaux, qui ne peuvent se défendre que par la qualité supérieure et le bon marché plus grand de leurs produits-

HUIT JOURS A TÉHÉRAN

L Angleterre ne peut introduire ses marchandises que par le ] ersique ou par le Seïstan et le Béloutchistan*

il n'y a p as r i V alité que commerciale. La Russie, qui continuellement vers le sud, espère-t-elle avoir un jour.eom me h 0| t en mer libre, Bouchir ? L’Angleterre ne pourrait laisser l'ours ^désinstaller ainsi à côté des Indes* Si Bouchir, si le sud de la

1 t'LQ -ï “Si

cessent d’être persans, ils doivent devenir anglais,

Dans la lutte politique qui est engagée en Perse entre Anglais Russes, ce sont ces derniers qui ont le meilleur* Ils n’ont cessé ^ r ant le cours du dix-ileuvîème siècle d’améliorer leur position* bu 1 011 envahit à Téhéran la légation de Russie et on mit à mort

ïSs

tou

s ceux qui l’habitaient* Alors, la Russie s'empara de quatre pronices persanes et les annexa au Caucase* La frontière russe aujour- ^ descend jusqu’à l’Arax, et sur la mer Caspienne, jusqu’à aid * Depuis, la Russie a conquis le Turcoman fraitscaspien et y a construit des chemins de fer. Elle a prêté de l’argent an Chah, L’his-

tOlTVi ] r ^

ae ccl emprunt est typique et indigne encore les impérialistes ail glais,

Chain en 1900, s’adressa aux Anglais, leurdemandant la baga-

^ ^ une cinquantaine de millions qui lui étaient nécessaires. Les

d S arL S^ d i s ne voulurent consentir aucun prêt sans la garantie

u gouvernement. A son tour, le gouvernement exigea le contrôle

j S QUanes persanes par des fonctionnaires anglais. Le Chah refusa.

a Russie intervint alors. Elle prêterait ce que son ami le Chah désirait Tl 1 1

* lui était même très agréable, à elle qui emprunte beaucoup,

. G c 011 naître la douceur du rôle de créancier. Entre voisins, ne laut-

• se rendre de mutuels services? Une fois 1 offre acceptée, la ^ ussi e demanda seulement l'insertion de deux clauses au contrat :

Une spécifiant que si l’intérêt de cet argent n était pas payé, elle r aîf autorisée à s’emparer des douanes, l’autre disant que la Perse en g a geait à ne pas rembourser Temprimt avant dix ans, et que, pen-

* nt ce la ps de temps, elle n’emprunterait aucune somme d'argent d aucune autre nation* C’est ainsi que l’Angleterre fut privée de

^fluence et des moyens d'action que 1 argent prêté donne au

créancier*

Res publicistes d’outre-Manche crient très haut que la Russie 1 de sa situation privilégiée pour empêcher toute mise en valeur

de la Perse, C'est elle* selon eux, qui s’oppose aux projets magnifiques et divers de chemins de fer dus à l'esprit d'initiative anglais* Voici les lignes dont on a parlé pour la Perse :

La ligne lirivan-Tahrïz-Kaswyn-Téhéraij ; la ligne du sud se raccordant a la ligne que les Allemands doivent pousser jusqu'à Bagdad* Et on aurait Bagdad-Kermanchah-Sultanabad-Koum-Téhéran, avec une seconde ligne de Sultanabad-Ispahan-Kerman-Kuhak,

à la frontière du Béloutchistan, pour rejoindre le chemin de anglais de Kurrachee à Kandahar, Il va sans dire qu'on construirait aussi une ligne allant du nord au sud, d’Askabad, station du chemin de 1er transcaspien, à Benüer-Àbbas, sur Se golfe Persique. On voit Li Perse sillonnée de trains lents ou rapides. Seule, la Russie s’oppose à la construction de ces lignes*

Il est vrai que la Russie a une convention secrète, s ignée le 9 novembre 1900, par laquelle le gouvernement persan s'engage à ne construire aucun chemin de 1er et à ne donner aucune concession à cet effet, cela pour une durée de dix ans* à V expiration de laquelle les deux parties contractantes discuteront du renouvellement de la dite convention.

Mais je ne crois pas qu’il suffirait d’abolir la convention de 1900 pour que l 'on se mît à construire des chemins de 1er en Perse, Le public anglais, quelque patriote qu'il soit, passe pour savoir que les affaires sont les affaires* Avant de jeter quelques centaines de millions dans les chemins de fer persans, Î1 voudrait connaître les ressources du pays, les dividendes à espérer. Que dirait-il lorsqu il apprendrait que les trois quarts de la Perse sont un désert pierreux, incultivable, que l’agriculture suffit juste à nourrir les habitants, et que l’on n’exporte guère que de l'opium ; que F industrie, à part celle des tapis* n'existe pas ? On parle de prodigieuses richesses minières, mais de renseignements certains sur cette question, personne n’en a.

Il n'y a qu’une ligne peut-être qui pourrait payer ses frais* ce serait Erivan-Tabnz-Kaswyu-Téliéran, Mais cette ligne-là, seule la Russie pourrait la construire, et la Russie, pour des raisons à elles connues, n’est pas pressée,

La Russie dit ceci ; « Un y a aucune urgence à hâter la construction de chemins de fer en Perse* Voilà vingt-cinq siècles que le pays

Pl, 23

Collection de l'auteur

Petites tasses persanes, xvm

Plaque de revêtement à reflets métalliques de l'époque mongole, hn *»' siede

Trouvée a Kaclian. — Collection de 1 auteur.

Collection de l’auteur

Petites tasses persanes, ïviii

Mt,. 24

HUIT JOURS A TEHERAN

P asse bien ; il continuera à s'en passer pendant quelques

encore. Les moyens de transport que son commerce et son

fe 1 Culture ont à leur disposition sont presque suffisants, Nous ne

s Musons pas à les améliorer. Nous venons de construire une

ioute de lîesht à Téhéran. C'est déjà un immense progrès.

ch ' e ^ ra J e ^ entre la mer Caspienne et la capitale se faisait à

e ^ a l 3 n travers des montagnes difficiles, dangereuses. Maintenant on vovq ■ &

en voiture entre Resht et Téhéran aussi sûrement que

11 importe quelle route des Alpes, Seuls les journalistes anglais,

1 Pagination et vite effrayés, parlent des prodiges de valeur

^ lam accomplir pour parcourir cette route. Nous allons faire un

/ l EnzeJi, Nous préparons, lentement c'est vrai, mais à notre

Taly 1 / une seconde route carrossable qui mettra en communication

I lz ^ 1111 côté avec Erivan, de l'autre avec Téhéran. Nous iTém-

du ° 1S P ersonne ^ e travailler comme nous dans d'autres parties

1 °3 auT ne. Ce n ’est pas notre argent qui s’est dépensé pour la route

pahan^Ahwaz-ALohammerâli. Plus tard, lorsque Je besoin s’en lera nvur

J ement sentir, on verra à mettre des rails le long des routes

" Ue Il0Lls construisons.

Tl

^ lle banque pas de sagesse dans ces raisonnements. Mais les av!^ 0 ^’ Allemands, Autrichiens et Américains disent

justesse à la Russie : « C’est vrai, vous avez fait une bonne

1ÙUte -n t .

^ E our léhéran. Mais vous êtes seule à en profiter, puisq ue vous

^ oicz I accès de la Perse à nos produits. Votre route Erivan-1 ah riz-

e ^Mn, à qui servira-t-elle ? A vous seulement. Grâce à ces routes

os mesures prohibitives, seul votre commerce se développe,

e ' ( >trü influence politique augmente en Perse. La partie n est Pas égale. »

Cela est exact, la partie n’est pas égale. Mais qu’y faire ? La Ssie es ^ là, couchée tout au long de la Perse, couvrant sa frontière Personne ne peut changer cet état de fait.

cr oyais, en arrivant à Téhéran, trouver le prestige russe fort p^ 0lnn,a gé par la désastreuse guerre avec le Japon et par les rjp U .^ eS Ultérieurs, et j’en causai avec l'homme qui connaît le mieux Uslo]re contemporaine de la Perse, Lorsque je lui exprimai ces

P en sées, fl se mit à rire .

prestige delà Russie affaibli, sa force en Perse diminuée r

Necroyez pas cela. Sans doute dans les cercles persans où l’on n'aime pas la Russie, on a vu sans déplaisir ses malheurs en Extrême-Orient et les troubles politiques qui ont suivi. Mais la Russie faible est encore trop forte pour la Perse. La Perse n’a aucune puissance ; elle ne peut s’opposer à rien. Son seul rôle est de tâcher de neutralisai l’une par l’autre la Russie et l'Angleterre mais c'est difficile. Quant à opposer une résistance matérielle il n'y faut pas songer. Dix mille cosaques, réunis à Erivan, prendraient Tabriz, Téhéran, tout le royaume. La patte de l'ours est sur nous, elle ne nous lâchera pas. Soyons heureux seulement que pour l 'instant il ne puisse resserrer son étreinte. Aux yeux des Anglais, la Russie représente une moindre civilisation. Mais, comparée à la Perse, la Russie a atteint un état de civilisation infiniment supérieur, auquel la Perse, du reste, n arrivera jamais...

Ainsi parla cet homme sans illusions.

Faisons, pour terminer ce chapitre, un compte sommaire de ne que les Russes et les Anglais ont en Perse à l'heure actuelle.

Les Anglais ont «The imperia! hank of Persia* à Téhéran, avec des succursales dans les grandes villes du royaume. Elle a seule le droit d’émettre de la monnaie-papier. Le télégraphe indo-européen arrive par Tah riz jusqu’à I éhéran ; le télégraphe indien le continue p fll îspahan, Chiraz, Boiichir. Les Anglais ontpour eux la proximité des Indes, la qualité de leurs produits, leur bon marché, l'activité de leurs négociants. Malgré rinfériorité de leur position géographique» ils font un chiffre d affaires annuel plus de cent millions de krans.J presque égal à celui de la Russie, Ils ont la plus belle légation 11 Téhéran, de superbes lanciers du Bengale au consulat général dTspahan et à Bouehir. Leur influence dans le sud est grande. Lord Curzon a fait des manifestations navales dans le golfe Persique* Une mission anglaise vient de parcourir le sud de la Perse pour étudier ce qu on appelle en Europe «les besoins du marché ». Maigre marché! Des officiers étaient adjoints à la mission. On appelle, en manière de plaisanterie, le consul anglais à Bouehir Je vice-roi de Bouehir. Il est vrai que Ton appelle vice-roi de Resht, le consul général de Russie dans cette ville.

La Russie, elle, a sa force et son poids. Elle est le puissant voisin qui n'entend pa^. qu'on se passe de lui. Elle a à Téhéran et dans

HUIT JOURS A TÉHÉRAN m

Usit:ills grandes villes une banque d’escompte et de prêts, qui ^ St Ul1c Gliale de la Banque d'Etat à Saint-Pétersbourg. Elle a glande route, s a belle route, la seule. Elle a son télégraphe

cj. |J[ ggj

sa poste, et même son téléphone entre Enzeli et Téhé- ^ 11 n colonel russe qui commande le seul régiment

Cosaques persans qui ait une valeur militaire. Hile est en excel- U1ts termes avec le Chain Elle est fa créancière de la Perse, mais T in peu d argent ; elle lui a prêté soixante-quinze millions. Ce lien; elle voudrait bien lui en prêter davantage. On l'accuse neiEc * Elle se hâte lentement. Le grand mot de la politique

P c, ^ ei11 e russe est : Patience* Elle a voulu aller trop vite en x ^errie-Orient, elle s'en repérit cruellement. En Perse, elle ne fera

P as la même faute. Elle attend.

Et no$ amis les Belges.

s Anglais et les Russes ennemis se disputaient la Perse. Un °isièrne larron survint et s’empara de l'âne. Qu'était la Belgique Ln Perse il y a dix ans ? Rien. Qu’est-elle aujourd'hui ? Tout. Et arriva de la manière suivante :

E ne faut pas croire que les Persans manquent d’intelligence. on l beaucoup. Il y a longtemps par exemple que le gouverneeil t sait que s'il avait des employé» honnêtes, les impôts rentredans les caisses et que les affaires Je l’Etat seraient meilleures, ais l1nti f°is ce raisonnement fait, les Persans se satisfont a en ad- . rt1 justesse théorique. À quoi bon en donner une preuve expé- ■ Vl entais r Avant tout, il faut vivre tranquille, Mais il y a deux ihiinistrations qui causaient beaucoup d'ennuis aux Persans, cai y s étaient en contact quotidien avec les étrangers* gens difficiles P 11 * ^ Joindre irrégularité, à la plus petite escroquerie, s en vont Iu aux oreilles de leurs consuls ou de leur ministre. Ces adminis-

tT'i t "

l0ns sont celle des postes et celle des douanes.

Les conseillers attitrés de la Perse lui disaient : « C’est bien j Mettez des fonctionnaires européens dans les douanes et

tJn - ,es postes. » Les Anglais ajoutaient : «Les fonctionnaires les ^n^ eUIS ' c nous qui les fournissons. » Les Russes disaient : ■feriez notre ours, »

La Perse ne prit ni les uns ni les autres. Donnez un doigt à ces

voisins-là, ils s'emparent de toute la main. Où chercher des gens qui ne soient pas dangereux? Elle trouvâtes Belges. Elle fut aidée dans son choix par les conseils d’un Belge fort intelligent et actih fixé a lëbéran depuis quelques années, et qui a fait une fort belle fortune dans les administrations d'Etat*

Depuis cinq ans, les Belges font marcher les douanes et les postes persanesàlasatisfaction générale* Sur toutes les frontières du royaume on trouve des employés belges ; leur chef est M, Nauss, ministre des postes et télégraphes, directeur des douanes impériales et de te Monnaie. 11 porte, en outre du bonnet d’agneau national sur sa grosse tête de Flamand blond, le titre d'Excellence,

La Belgique fait aujourd'hui beaucoup d’affaires en Perse. Toutes les commandes d’Etat sont pour elle; elle vient de fournir I e matériel complet de la Monnaie. L'Angleterre et la Russie montent la garde attentivement peut-être auprès d'une ombre. Les Belges réalistes ont saisi la proie.

On ne voit pas bien pourquoi la France n ’a pas bénéficié du lait

qu’elle ne pouvait porter aucun ombrage au Chah. Elle avait une position commerciale en Perse, Une belle place était à occuper» Elle n a pas su la prendre.

Nos DERNIERS JOURS A TÉHÉRAN. — N DUS SOlTimeS icî COSIUO" polîtes. On nous reçoit si bien dans les légations que nous nous laissons aller à voyager paresseusement autour de LEurope eu quelques heures. Nous déjeunons en Russie, prenons le thé chez Sa Majesté britannique, dînons gaiement en France à la table du comte d’Apçliier, chargé d’affaires, et faisons un tour de valse chez le Grand'Turc*

Nos malles ont bien voulu nous rejoindre à Téhéran.

Nous circulons en automobile à la grande surprise des Persans.

Grâce a nos amis de la Banque russe et de l'Impérial Bank of Persia, nous trouvons quelques litres de benzine. Nous voyons les jardins qui environnent la ville* Les matinées se passent toujours avec les déliais .

Et nous ne nous lassons pas du spectacle de la rue et des bazars, des promenades dans les environs avant la nuit, de la rentrée dans T animation de Téhéran alors que le soir est tombé sur

Ensablés dans te désert. Quarante degrés a I ombre f Mai s il n'y a pas d'ombre.

HUIT JOURS A TÉHÉRAN’

v *lle et que là-bas, derrière les premières montagnes déjà sombres le pic conique du Démavend étincelle encore dans la

lumière.

Depuis que nous sommes dans l’Iran ? nous n'ayons pas vu un se ul nuage dans le ciei, Le jour, une voûte immuablement bleue e tend au-dessus de nous, qui, la nuit, se change en un dôme vinlet crevé d'étoiles d’or. Et le contraste est vil entre ces journées r adieuses de Perse et celles du premier mois de notre voyage où

11011 s 11 avons connu que des ci eux tristes et bas, les brumes, les nuages, la pluie.

L’éclat de la lumière, la caresse des brises le matin et le soir, a chaleur sèche des midis ont tant de charme pour nous que nous n °us ^niollissons dans cette vie calme, uniforme et que, si nous Estons encore ici quelques jours, nous n aurons plus la force de paitir pour Ispahan.

ht nous voulons voir Ispahan,

Lorsque nous déclarons notre intention, il y a une stupeur dans la colonie étrangère. Aller à Ispahan ! Qui jamais à Téhéran 3 songea. Et Loti nous énumère les fatigues de la route, le manque he vivres, de logements, le désert a traverser. Jamais ces jeunes eiîim es ne supporteront pareille épreuve. C'est lolie que de Lentre- P f cadre. On nous regarde avec surprise, avec un peu de pitié

aussi,

-Mais nous ne sommes pas venus si loin pour nous arrêter à quelques journées du but et pour rester dans la ville à demieuropéenne qu’est Téhéran. II nous faut de plus mâles aventures L l Ue telles rencontrées jusqu’ici.

On compte de Téhéran à Ispahan environ quatre cent quatre- Mll gts kilomètres par la route que suivent les voitures. Nous av °ns lait tant de chemin dépuis Bucarest que les quatre cent Quatre-vingts kilomètres qui restent ne sont plus pour nous qu'un dessert. Nous sommes surpris de voir qu’aucun membre des légaio,ls (saul les Anglais) n’a jamais eu l’idée de s’offrir ce dessert.

Nous pensions qu’on allait à Ispahan passer une semaine ou deux dans la saison des roses. Mais non, cela ne se fait pas.

Nous le ferons tout de même et préparons notre départ,

C est toute une affaire.

LÀ PERSE EX AUTOMOBILE

IBS

Cette lois-ci, nous sommes prévenus. Il faut avoir des vivres pour les six personnes que nous sommes. Nous ne trouverons rien en route. Nous comptons, largement, mais il vaut mieux se tromper en bien, quatre jours pour aller à Ispahan. Cela fait huit jours dans le désert. Nous complétons donc le grand panier de conserves acheté à Tiflis. Et il importe de ne rien oublier, car une lois partis, il sera trop tard.

Un domestique est nécessaire. Le tcherkesse Ilassan, amené jusqu’à Téhéran, a prouvé qu'il ne savait pas plus le persan que le français. Alors nous le renvoyons au Caucase.

M. d'Àpchier nous trouve un domestique interprète, protégé français. Il a dix-huit ans et en paraît douze. Il traîne misérable dans Téhéran dont il connaît les moindres ruelles et où il exerce toute

espèce de métiers qui obligent la légation de France à s’occuper souvent de lui. Il est vêtu d'une redingote persique déchirée sur un maillot de coton à trous, d'un pantalon en cotonnade à carreaux également déchiré, de bottines jaunes dont les semelles baillent et laissent voir des pieds sans chaussettes, d'un haut bonnet noir qui ne quittera jamais sa tête. Il ne se lave que rarement, a un accent et des idiotismes qui font notre joie. Il est fin, adroit, actif, prêt à tout supporter pour le plaisir de voyager; il a été deux fois déjà à Ispahan. Il s'appelle Aimé, a des yeux clairs de jeune coquin ; tout ce qu'il fait, il le fait bien; il nous devient indispensable et son souvenir restera toujours attaché pour nous à celui de Y extraordinaire voyage que nous avons fait de Téhéran à Ispahan, à travers le désert.

Puis il nous faut des voitures.

Nous n’avons plus qu’un automobile et nous sommes sept, en comptant Aimé. En outre, il est nécessaire d'emporter avec nous les vivres et les bagages dont nous aurons besoin chaque jour ; en outre, il faudrait une grande provision de benzine, et la certitude d’en trotiver à Kachan et à Ispahan.

Nous déplorons que Léonida soit toujours dans les montagnes de Tahriz, mais enfin nous voilà obligés de laisser la grande Mercédès derrière nous à Téhéran où Kcller aura le loisir de la

démonter et de la nettoyer à fond.

A la poste nous apprenons que nous ne pouvons prendre trois landaus, car il n'y en a que deux, qii’au-delà de Ko uni.

HUIT JOURS A TÉHÉRAN

nous ne trouverons que huit chevaux aux relais (bien heureux quand 11011 s l^s trouverons), et qu’ainsi notre troisième voiture, comme 011 attelle a quatre chevaux, resterait en arrière* Et le maître de poste nous ce qu'il appelle un break.

Alors les plus courageux d'entre nous sentent glisser le long de leur épine dorsale le frisson de la mort.

Ce break est une antique caisse en bois massif avec deux ban- ^nettes larges de moins d'un pied* sans coussins ni capitonnage. ^ est recouvert d'une toiture que supportent quatre grosses tiges le r qui vacillent.

Des morceaux de toile trouée nous protégeront contre l’ardeur s °Ieil et le vent froid de la nuit.

A cette vue, nous reculons d'horreur* Jamais nous n'avons été si pCs de renoncer a Ispahan, Mais le maître de poste nous assure a Koum } nous trouverons une diligence confortable que nous Pourrons prendre si nous ne sommes pas satisfaits de notre break.

Honteux à l'idée d'avoir été retenus par un simple souci de c °nlort, nous louons le break pour le prix de cent vingt tomaiis, \

don ze ceD ts francs persans, quatre cent quatre-vingts francs de France.

Nous décidons de partir le dimanche matin 21 mai.

Connue la chaleur commence à se faire sentir et que nous en avons éprouvé la mortelle chaleur au milieu du jour entre Kaswjn el Iébéran, nous projetons de voyager, chaque jour, de quatre heures Ju matin à dix heures, de nous arrêter alors, de déjeuner et de atIe une longue sieste au relais, puis Je repartir à quatre heures de après-midi et de marcher jusqu’à dix heures du soir. Ainsi forons- Hous sans fatigue les quatre cent quatre-vingts kilomètres qui nous séparent d’Ispahan, et cela en quatre jours.

Nous sommes très satisfaits de nos décisions. Nous en prendrions d'autres encore, si c'était nécessaire.

Sur quoi nous nous rendons à un dîner que nous offre le ir on ministre des affaires étrangères. Nous sommes dans un grand état d’excitation à l’idée du départ prochain.

A onze heures du soir, nous nous retirons en nous donnant rendez-vous le lendemain matin à quatre heures, bien exactement.

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