‹ La Perse en automobile, à travers la Russie et le CaucaseChapitre 28 sur 35 · SS · texte numérisé non relu

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fatigués, mais la violence de la secousse nous a réveillés et nous regardons autour de nous.

Nous sommes dans un lieu calme, inattendu, dont l’étrangeté nous surprend et nous ravit. Au lieu de la route, une allée droite couverte de sable lin; des deux côtés, des rizières restreintes la bordent d'une eau de couleur jade clair encadrée par des haies de buis taillé d’un vert foncé. De petites touffes de riz percent à intervalles réguliers la surface glauque et luisante de l’eau. Par-delà les rizières, des taillis et de nobles bosquets d’arbres, un bois paisible où pas un oiseau ne chante. De place en place, bâtie sur pilotis, une petite maison couverte de chaume; sur la galerie ouverte, protégés par un store de roseaux, des jardiniers dorment couchés sur des nattes de jonc. Dans un réchaud des braises couvent sous la cendre. Et sur tout cela règne un calme solennel ; c’est la paix où s'assoupit le parc d'une Belle au Bois dormant. Nous regardons ces choses pr écieuses avec des yeux pleins de sommeil, et, ne sachant si nous rêvons ou si nous sommes éveillés, ne parlons pas de peur de chasser la vision de ces petits parterres de jade enchâssés de buis vert.

À six heures, nous arrivons au consulat. Il y a vingt-deux heures que nous sommes sur route, fatigués et poussiéreux comme nous ne bavons jamais été. Nous espérons quelques heures de repos, mais les moustiques ne nous laissent pas dormir.

À dix heures arrivent les Phérékyde qui n'en sont plus à compter leurs accidents de voiture. 1 ^ne roue a cassé; ils ont fait les derniers trente kilomètres sur les charrettes sans ressorts de la poste.

Le soir de ce même jour nous prenons une voiture, non pour retourner dans le parc de l'aube de peur de ne le retrouver point, mais pour aller dans un autre jardin que veut nous montrer la princesse üibeseo. Dés chevaux sont attachés a la porte où nous laissons la voiture pour flâner à pied sous les ombrages centenaires. Des Persans y passent par couples; il y a des allées, des arbres, des fleurs et des pelouses. Que haime ce parc dans la nuit !

LE RETOUR

I J t comme nous nous promenons, nous arrivons près d'une en- L'emte gril fée. Derrière la grille, on distingue dans l'obscurité des j^ainsde lis et plus loin un pavillon rond, à galeries ouvertes, où Sf * m accrochées des lanternes allumées. Nous trouvons une porte

ouverte, nous entrons parmi les lis, les iris, les marguerites; l’air de la nuit est lourd de parfums. Dans une allée un Persan s'approche de nous ; c est le maître du jardin. Il nous remercie courtoisement dy être entrés; il fait apporter des sièges, des rafraîchissements, dn thc, des glaces au citron. Un ami qui l’accompagne, un vieillard, iTe de sa poche une blague quai déplie lentement et qu’il nous tend. Dans I obscurité* je ne vois pas ce qu'il nous offre; je crois que c'est du tabac, mais, en le prenant dans la main, je suis détrompé. C'est une odorante pincée de fleurs de chèvrefeuille que ce vieux Persan P 0rte avec tant de précaution au fond de sa poche.

Nous emportons de Resht, ces visions exquises de l'aube et de la nuit.

2 o juin, -— Nous avons quitté la Perse.

Nous sommes à l'ancre devant Lençoran. Georges Hîbesco, le niédecin du bord, et moi, nous déshabillons dans les roues du bateau luisons une pleine eau dans la Caspienne. L eau est tiède.

u juin . — Nous traversons Bakou, et prenons le train pour Dlïis, Nous ne nous arrêtons plus.

12 juin, — Tous les magasins de Tiflis sont fermés. A 1 hôtel de Poudres, nous retrouvons Léonida revenu depuis deux jours. Il nous conte ses aventures périlleuses. Elles valent, à elles seules, un chapitre.

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