‹ La Perse en automobile, à travers la Russie et le CaucaseChapitre 5 sur 35 · TU · texte numérisé non relu

TU

1 Uîls nous ne sommes pas seuls. L’officier d'ordonnance du goti- U C qui est venu nous saluer hier au bateau, -nous accom- ^ 1111 Géorgien d'origine, qui a fait ses études à Saint-

^ eis k°urg et, parlant français et connaissant le pays, nous est un

s a gréable compagnon de route. Nous prenons aussi un Cosaque

qui ■ 1 0

l assied sur le marchepied de l'auto.

ht voilà une expédition assez guerrière! Il est vrai qu’on

l e de belles histoires de brigands, de gens enlevés aux

portes de Batoum, de montagnards irréductibles qui profitent des troubles pour descendre dans les vallées- Nous verrons bien.

Nous remontons la vallée du Tckorok; la route est bonne, bien entretenue, mais terriblement dure.

Nous rencontrons de pittoresques campagnards à cheval ou à âne. qui, malgré la frayeur que nos automobiles causent à leurs montures, nous regardent amusés et souriants* Tous les dix ou quinze kilomètres, nous trouvons un poste de cosaques dont le chef, averti par télégraphe de notre passage, vient saluer l'officier qui nous accompagne et laire son rapport: « Le calme règne sur les rives du Tchorok. »

La vallée se resserre et devient sauvage; les montagnes sescarpent sur les bords du fleuve. Des rhododendrons en touffes glorieuses fleurissent dans les rochers qui surplombent ta route et nous font un dais de fleurs ; des azalées sauvages tapissent les prés qui descendent en pentes abruptes jusqu’à nous.

Voici en lin une occupation pour notre cosaque et T occasion de mettre sabre au clair. Nous T envoyons dans les champs d'azalées et de rhododendrons* Ce sabre coupe très bien les fleurs. Bientôt nous en avons dans les voitures une moisson parfumée. Il semble que nous nous rendions à un corso fleuri.

Le cosaque remonte sur le marchepied et nous continuons à courir à la recherche des brigands. Nous croisons des femmes turques voilées dont les ânes s'effrayent ; d'autres à pied quittent précipitamment la route pour se cacher mieux. Des Turcs portent le bachlik sur la tête comme un turban.

Le jour tombe, nous ne trouvons pas les brigands cherchés, cl regagnons le lugubre Batoum où nous n’arrivons, comme bien vous pensez, que de nuit*

Mercredi 26 avril. —* Nous sommes déjà blasés sur l’aspect de la ville. La curiosité ne laisse aucune place à la peur. Nous finissons par jouer la difficulté et nous promener au bazar, au milieu de la population la moins rassurante, avec notre capitaine en uniforme qui n’est pas aimé des fauteurs de troubles. S’il y a une bombe pour lui, nous en partagerons les morceaux.

Nos compagnes le savent* Elles ne tremblent pas. Nous n'avons

e temps de réfléchir au danger. Nous n'aurons d’émotions

qile rétrospectives,

T‘fl'^° US a ^P renons fl u 'un train partira ce soir pour Koutaïs et ?^ ls ‘ Nous décidons de le prendre. Nous avons vu Batoum, allons lsi tei Koutaïs non moins en état de siège. Il faut avouer que ce j s arrange à merveille; nous sommes arrivés à Batoum par

dernier bateau russe qui y touchera de longtemps; nous en partons par le premier train qui circule sur la ligne. C'est élégant, attendant l’heure du départ, promenade en auto autour de ° Urr b sous un ciel voi!é et pluvieux; puis grande débauche de ^trtes postales. Il faut que nous racontions à nos amis à Paris et à Cares * nous sommes dans une ville en état de siège, qu’on ° US a * ll é un homme dans les jambes, que nous voyageons avec c °saques. On se passe de Pun à P autre des formules qui peuvent ^esser\ ir, A Batoum la vie humaine est bon marché, — Il faut être ^ Cc> té du manche du fusil , — La question arménienne : io be or not 1 ^ et autres folies de ce genre.

Bat

trou

six heures, nous sommes à la gare qui est occupée par la P e ; grande foule, grand bruit, grande confusion. Les mécani-

f ' 1 j & aD

S cmt repris le travail. Il y a peu de jours on a voulu, malgré grève, acheminer

un train postal sur Tiflis. Dans une petite

le mécanicien descend pour graisser la machine; un coup

6 leu re tentit, le mécanicien tombe mort. On n’a jamais retrouvé assassin.

11 Outre, on enlevait quelques mètres de rails ici et là, j Notre train est très pittoresque. Nous avons des cosaques sur Machine, des cosaques sur le marchepied des wagons; les collecteurs ont le revolver au côté.

>on une attaque possible des paysans révoltés? Tout le 1 a 3 s entre Batoum et Koutaïs est soulevé.

^ N ous marchons avec une extrême lenteur. Dans chaque gare sont S s °ldats ; ici, j'en vois une compagnie, à contre voie, le long des ^ a gons où elle loge. Les hommes s'alignent ; un sôus-ofücier se signe dit une prière que les hommes répètent en se signant et s’inclinant.

Nous sommes bien gardés. Nous avons pour nous le gouvernement qui nous donne des cosaques, elles révolutionnaires. Nous ap- 1 prenons, en effet, qu’à la gare, tandis qu'on chargeait les autos, les ouvriers entendant les mécaniciens parler français, leur ont dit: € Vos maîtres sont français ! Dites-leur qu'ils peuvent passer partout. »

Nous voilà tranquilles.

Routais. — Nous y arrivons à onze heures du soir. Pourquoi débarquons-nous toujours de nuit dans des villes inconnues?

Notre arrivée à Koutais est lugubre.

Nous laissons nos vingt-huit colis à la gare à la charge d’un portier de l'hôtel, et nous voilà partis dans de minuscules voitures, deux par deux, pour l’hôtel de France,

Je suis dans la première voiture avec une des jeunes femmes. Le cocher fouette ses chevaux et nous bondissons sur d'invraisemblables pavés le long de rues désertes dans lesquelles pas un réverbère ne brûle. On ne voit aucune lumière dans les maisons. Nous filons dans une ville morte; le Tatare qui nous conduit mène à toute allure. Il semble que nous devrions être depuis longtemps à Phôtel, Non, il va, il va, comme s'il voulait nous emmener au diable.

Est-il besoin de dire que je n’ai pas mon revolver qui dort paisiblement au fond de ma valise? J'ai fait F effort de le porter deux jours dans la poche de mon pantalon; c’est fini, je ne recommencerai pas.

Ce cocher continue à nous entraîner très vite où il veut. 11 lait froid, humide, triste dans ce Koutaïs endormi. Nous aimerions bien être à l'hôtel près d’un bon poêle ronflant.

F interroge notre Tatare. Il me répond en claquant du fouet et pousse ses chevaux sans ralentir dans un dédale de petites rues.

— Cher monsieur, me dit ma compagne, nous sommes à la merci de cet homme. Que va-t-il faire de nous?

Et elle rit.

Puis, comme il faut que tout ait une fin, nous arrivons à Phôtel de France, où, par le temps qui court au Caucase cette année-ci, les touristes sont rares.

Le janjin du palais des Khans à Batehi Serai.

Le - ^ U ^ 2 ^ avr ^ w ~ Ce J^âtin, il y a quelques rayons Je soleil, . J Qllr uées commencent bien, mais invariablement il pleut dès

midi, 1

d i ° US nous précipitons au bazar. C’est jour de marché. Le bazar ^ utais est célèbre, affirme Bædeker. Nous y [trouvons ranimad ’° n la P^s grande et la pi us pittoresque. Nul pays n'est habité par races phis diverses que le Caucase; un jour de marché à Tiflis ^ e Montais réunit sur un espace étroit une douzaine au moins ^ P es nationalités différentes. Pour l'instant, je les identifie » J e distingue pourtant les Arméniens des Géorgiens, lesquels ll ne beauté régulière, les Tatares qui sont lointainement mon-

gQ{ S J ° T 1

■ s en souviennent, les Tcherkesses qui ont l’obligeance de I >r hi un manteau en poil de chèvre, une superbe hourka nationale, f 4ce a quoi je les reconnais sans peine, les Russes blonds et empâtés,

ta # f , 1

Le uuive » qui vient du nord ; j'arrivé à identifier les Turcs eh 118 hésitation, les juifs au nez aquilin ; après quelques heures 1 ass Gs à Koutaïs je me fais une idée à peu près nette des Iméritiens, v 3 ! n sont de beaux hommes élancés, dont la barbe encadre bien le ^ dont les traits sont réguliers, les yeux allongés, le nez grand ^ busqué. Ils font des vieillards magnifiques. Mais je ne vais pas q ioln e t ne me demandez pas de vous désigner des Lesghiens, ssèt^s, Abkases, Mîngréliens, Cabaret ie ns, Avares, Souanètes, °uriens, Pchaves, et autres qui peuplent les vallées et les mon- Hgnes du Caucase,

û J e ne sais les reconnaître, je m’amuse pourtant du spectacle " Ue ^ eurs costumes pittoresques m’offrent. Nous passons deux heures Uls les petites arcades de Koutaïs au milieu de la foule changeante. Nous achetons quelques-uns de ces bissacs que les monb'tards fabriquent et mettent sur le dos de leur âne ou de leur mulet;

0nt d un travail et d’un goût charmants.

p tiis nous allons sur le pont qui traverse le Rion, lequel est ‘«multi 1

printe

■tieux et agité à la suite des grandes pluies de ce lamentable

mps.

Le

elle

de 1

s rives du fleuve sont escarpées; des rochers, des verdures fraîs et frissonnantes, des maisons arrivent en terrasses jusqu’au bord

eai1- Le Rion était dans P antiquité.,, mais ceci vaut une note

s Pécial e .

Note sur le Caucase et l'Antiquité mythologique et historique. — Je prie le lecteur de remarquer que depuis que nous sommes débarqués à Batomn, je ne lui ai asséné sur la tête aucun de ces souvenirs mythologiques qui sont si redoutables entre les mains des voyageurs au Caucase. Ce voyage est un voyage de bonne foi* J'ignore le temps quai faisait lorsque Jason débarqua en Colcliide, Je sais seulement que lorsque nous y arrivons, il pleut à Koutaïs, capitale de ce qui fut la Colehide, et qu’il continue à y pleuvoir.

Mais il me serait dur de passer pour un ignorant. Aussi je réunis ici en quelques lignes un certain nombre de faits qui prouveront que je pourrais, comme un autre, si je le voulais, faire preuve d'une facile érudition.

Disons donc qu'avant nous les Argonautes et Jason atterrirent en Colchide, que le Rion était le Phase, que sur le mont Ara rat (5.157 mètres; je ne les ai pas mesurés moi-même, aussi je ne vous donne ce chiffre que sous l'autorité des géographes, au sujet de laquelle, comme vous le verrez plus loin, il y a bien des réserves a faire , Noé, batelier imprudent et peut-être ivre, échoua son arche suivant les traditions juives ; que sur le Kasbefc, la tradition hellénique affirme que Prométhée fut livré aux vautours, qu'une certaine Médée... En voulez^ vous encore? — Je crois que cela suffit. Reprenons notre récit.

Ce même jeudi, nous rencontrons à l'hôtel un ingénieur russe qui fut notre compagnon de souffrances sur le Grand-Duc-Boris .

Il nous parle du monastère célèbre de Ghelati, à douze kilomètres dans les montagnes, nous conseille d’y aller dans les voitures du pays et rit de nos inutiles automobiles.

Il n'en faut pas plus pour que nous décidions sur l'heure de tenter l’ascension dudit monastère en auto.

Notre ingénieur qui tient à sa peau refuse de nous accompagner. On nous trouve un autre guide et nous voilà partis.

À peine sortons-nous de Koutaïs que nous manquons de nous embourber dans le pire des chemins. Il y a un pied et demi

LK CAUCASE

houe liquide qui cache les rochers les plus inattendus et les plus pointus* Les ressorts gémissent, et nous aussi. Des ornières,

1 nous ne sortirions jamais, sont là qu'il faut éviter; de gros j ° LS pierres barrent la route par endroits ; en outre, les voitures ^lapent de façon inquiétante, et le chemin domine à pic le Riom J n ° lls dérapons trop à gauche nous irons nous fracasser la tête sur les rochers du fleuve.

Aussi avançons-nous avec une extrême prudence, mais nous 1 «sons tout de même, à la stupéfaction desfemmes jeunes et vieilles, Coi ffées si joliment à la géorgienne, qui quittent leurs petites maisons P0ur v en ir nous regarder.

L ne fois le lac de boue traversé, nous sommes sur un rude chemin de montagne qui monte et descend en pentes raides à donner e hisson, sans jamais une borne ou un parapet.

Ce chemin de chèvres s’accroche au flanc de la montagne et 011 rne Slir lui-même à des angles si aigus que dans chaque tournant ° lls s °mmes obligés de nous y reprendre à deux fois, à faire Machine arrière et à repartir* Et nos autos ont des châssis courts !

^ oila un chemin qu’il vaut mieux monter que descendre. Mais ne son geons pas au retour ; il s'agit d’arriver*

Le paysage de montagnes, de collines et de vallées que nous raversons est charmant ; des bouquets de bois poussent ici et là et grands prés en pente sont couverts d’azalées jaunes ; la terre hi route est d'un brun foncé et chaud.

A force de peine, nous finissons tout de même par atteindre le

Monastère.

N °us n'y sommes pas depuis cinq minutes qu’une pluie torrentielle commence à tomber. Gare à la descente !

On n entre pas facilement au monastère de Glielati. La grande P°ïle bardée de fer est fermée et on ne l'ouvre que rarement dans ce Pays où la sécurité publique n’est pas garantie parle gouvernement.

an dis qu’on a été chercher le frère portier, je pense aux riches abbayes de France durant le moyen âge. alors que des malandrins duraient les campagnes. Elles aussi abritaient leurs trésors derrière

de fortes murailles.

Le frère portier arrive, ouvre seulement la partie supérieure de la P orte et nous sommes obligés d’escalader pour entrer dans l’enceinte

TC

du couvent Les échelons qui sont (ïxés sur les épais madriers de la porte.

Le couvent a été construit à diverses époques* Des parties datent du xr siècle, d'autres du xv\ Dans l'église, nous regardons des fresques byzantines qui ont été retouchées, comme il est visible, au xvf siècle par des peintres génois. Biles sont assez médiocres et les tableaux italiens aussi.

Mais il y a un admirable trésor dont la pièce la plus importante est un iconostase, du xiL siècle évidemment, en or ciselé et fil 1 " grane encadrant d'énormes cabochons. Il est de grandes dimensions et c'est une des plus riches pièces du plus beau siècle de l'orièvrerie religieuse.

On ne peut nous montrer la couronne des rois d’Imérétie. H paraît que la ciel de B armoire où elle repose est chez le métropolite à Koutaïs.

11 nous faut redescendre maintenant, mais nous ne remonterons pas à GhelatL

Sous la trombe de pluie, nous regagnons les autos. Les bons pères lèvent les bras au ciel quand ils nous voient partir pour Koutaïs dans ces véhicules dangereux et vont prier à V église pour le salut de nos âmes.

Et la descente commence. Les terres qui recouvraient encore en partie les rochers ont été lavées par la pluie et le roc est à nu en beaucoup de places ; ailleurs c'est de F argile glissante. La pente est à la descente ce qu’elle était à la montée avec des endroits où elle doit atteindre à vingt-deux pour cent.

La seule allure permise est du cinq kilomètres à l'heure, mais la dit ficulté est de maintenir ce train sage, alors que les autos ont une tendance passionnée à vouloir arriver plus vite au bas des pentes.

Les deux freins sont constamment appliqués ; le moteur ne travaille que dans les tournants où nous sommes obligés de faire marche arrière.

Nous dérapons, mais nous arrêtons toujours à temps au bord de la route.

La pluie continue à tomber en nappe épaisse.

Nous arrivons tout de même aux faubourgs de Koutaïs. Ouf! Ici nous retrouvons les lacs de boue que nous avions traversés à 1 al ler, mais grandis et creusés.

ij.

TJ

tfl

it

tfi

ÎS

tJ

si

'fl

fi

fl

(fl

CT

fl

tfi

TJ

KH

Cosaque et officier

de la garde sur nos voitures.

H. FS

lin pont hardi sur le Tehorok.

La légende veut qu’au lieu d'eau on ait employé pour faire le ciment le

iA ?«; t^rlaves.

K io

ïb'ÀVi-'l . • fl&j0| r * : 1 i~ K-S r Û'%ï

^ ans quel état sont les voitures lorsque nous descendons triom- P aiement à l’hôtel de France devant l’ingénieur russe!

A\am dîner, nous allons voir le général qui commande militairement car c'est partout l'état de siège) le gouvernement de Routais. , Us Pouvons un vieillard aimable et hilare, le prince Orbélianî

biT- S amUSe ^ eaucou P à l’idée que nous avons amené nos automoes a Routais. — Pourquoi faire? dit-il* — Alors nous lui racontons ^ Ue I1(H1S arrivons du monastère de Ghelati, ce qui paraît le irprcndre, et que nous avons l’intention d'aller jusqu'à Zoug-didi,

en Mingrélie.

— Zoug-didi? Zoug-didi? s écrie-t-il ; il ne peut en dire davan-

■^ge tant il rit

^ ne reprend son sérieux que pour nous assurer qu'il est

. . a ’ ai t impossible de circuler dans son gouvernement. Les

leres s °nt débordées, les routes et les ponts enlevés. Non, non, il ]"p 1

> a qu’une chose à faire, gagner Tîflts par le train le plus tôt

P°ssi|le.

Ces gouverneurs charmants et qui nous reçoivent si bien ^ ° n ^ qn une idée : nous passer à leur collègue du gouvernement ° Ism e * n’avoir pas la responsabilité de ce qui peut nous arriver.

I ^ eu dredi 28 avril. — Ce matin, en compagnie du capitaine de l->u r de qui est venu de Batoum nous rejoindre, nous faisons une 1 Dinenade en auto. Nous avons, sur le marchepied, un gros et blond

c °saque.

^° lls suivons le long du fleuve une route assez bonne où nous

lc °n tious des villageois, des montagnards, à pied, à âne, à mulet, à j ^ c 1 011 en carriole. Hile est plus animée qu’une grande routé ^ anc<J ’ Le Pion à notre droite roule des eaux torrentueuses et j Ls 1 à gauche, ce sont des collines escarpées, des rochers auprès quels poussent des rhododendrons et des azalées, ten llne quarantaine de kilomètres, la route cesse d’être entre-

L ' nous tombons dans des fondrières et des lacs de boue. Nous nous a fêtons.

Le pays est désert. Au-dessus du fleuve* a cent mètres de nous, planent deux aigles lents et magnifiques. Le cosaque tire sur Lun d eux à balle, et le manque. Ils s'élèvent de cent mètres encore et continuent à tourner sur nos têtes.

L après-midi, il pleut,,. Je vois que je me répète* Qu y faire? Il a plu. tandis que nous étions au Caucase, chaque jour. Les lettres que nous recevions de Paris nous disaient qifen France et en Europe le temps était exécrable. Cela ne nous consolait pas. Nous trouvions

naturel que ceux qui étaient restés subissent le mauvais temps. Mais nous qui étions venus si loin, il semblait que les dieux nous dussent, comme des paysages nouveaux, un ciel que ne connaissent pas les habitants de Paris et de'Londres.

Il pleut : je m’en excuse auprès de mon lecteur. Je suis obligé de le dire, car, comme on le verra, cette persistance de la pluie a eu une i influence marquée sur notre voyage et sur les décisions que

nous avons eu à prendre pendant la semaine de Tiflis.

Aujourd hui donc, sous la pluie, nous accomplissons consciencieusement notre métier de touristes. Nous montons aux ruines

de la citadelle que les Génois ion les retrouve partout dans ce voyage et à Téhéran même j’achèterai un admirable morceau de brocart de Gênes monté, voilà deux siècles, à la persane) construisirent au xv e siècle.

Dans une éclaircie, nous avons une jolie vue sur Koutaïs, ses terrasses, ses peupliers et la verdure fraîche de ses jardins.

Samedi 29 avril . — Aujourd’hui départ pour Thlis, Le train quitte Koutaïs à 9 h, is du matin. Le départ de I hôtel est très laborieux; les malles ne sont pas fermées, les valises ne sont pas laites; dans la galerie sur laquelle donnent nos chambres, c est une confusion inexprimable.

A huit heures et demie, je suis seul à être prêt et je m’impatiente. Emmanuel Bibesco erre nonchalamment dans sa chambre et tait demander un barbier, A neuf heures moins vingt, je l'arrache des mains du Figaro et l'entraîne. Léonida, accompagné du fidèle Giorgi,

monte dans une autre voiture. Les deux ménages suivront.

Nous arrivons à la gare et, à notre grande surprise, entendons sonner deux coups sur le quai. Cela veut dire, dans toute la Russie,

c ! Ue dans trois minutes le train partira. Nous voilà affolés. Que faire?

Nous nous précipitons sur le chef de gare qu’Emmanuel Bi-

^ esco supplie en vain d'attendre nos infortunés compagnons. Mais le

t ] ain de Koutaïs trouve à R ion, à douze kilomètres de là, l’express de

^aloinri pour Tiflis ; s’il se met en retard, il manque la correspondance.

Une minute encore» Il faut prendre une décision.

Nous nous rappelons que nos compagnons n'ont pas d'argent. CNda, c est une maladie chronique de notre bande pendant le voyage ; 11011 pas que nous n'ayons de confortables lettres de crédit, niais les uns ne peuvent toucher d’argent que dans certaines villes et non dans d autres; et puis le calendrier russe est abondant en saints dont 0,1 c dlèbre les fêtes en fermant les banques; enfin nous n’estimons jamais assez haut ce que nous coûteront nos déplacements futurs et ^ séjour dans des hôtels dont les domestiques sont en grève. Aussi ^onimes-nous toujours à court d’argent.

Nous faisons- un compte rapide, prenons trois billets pour Unis, faisons descendre sur le quai Giorgi déjà installé dans un ^ a gon et lui remettons tout ce qui nous reste de roubles en lui rappelant qu aucun des bagages n a été enregistré (chose qu’il oubliera du r ^ste sitôt nous partis).

Cependant les porteurs emménagent sans cesse les petits colis a main dans notre compartiment. Mais nos compagnons s’obstinent a ne pas arriver.

Le dernier coup de cloche. Le train s'ébranle et, au même moniL ' n L apparaît calme sur le quai Georges Bibesco qui n’en croit pas Scs yeux lorsqu’il nous voit agiter 110s mouchoirs à la portière en si gne d’adieu...

Lt nous, dans le wagon, faisons le dénombrement des colis à main. Nous avons la plupart des valises de nos compagnons ;de route et la tournure de Phérékide. Comme le temps est froid et que nous ne pouvons la rendre à son propriétaire, nous l’étalons sur nos jambes.

Nous nous divertissons assez mélancoliquement à penser à ce d ue doit être l’état d'esprit des deux ménages, condamnés à passer Uîle journée encore sous la pluie dans ce Koutaïs dont nous avons e puisé l’intérêt. Nous supputons les invectives qu’ils ont dû nous

Kl

adresser pour nous punir de leur retard. Et la préoccupation des bagages à main disparus les poursuit sans doute.

Enfin ce soir.

ils seront demain matin à Tiflis où nous arrivons

1 rajet dans les montagnes d'abord; nous avançons très lentement ; il pleut et un peu de neige à moitié fondue se mêle à la pluie.

Vers le milieu de la journée, nous avons passé le col qui sépare te gouvernement de Koutaïs du district de Gori. Nous voici dans ce fameux district dont depuis trois mois on parle presque quotidiennement dans la presse européenne. Les paysans se sont révoltés ; ils veulent une république fraternelle, et, pour 1 obtenir, tirent sur les patrouilles de cosaques qui occupent le pays.

Nous arrivons à la gare de Gori. Elle est occupée militairement; nous nous précipitons au buffet. O surprise! ce sont des soldats qui font le service et, sans doute, à en juger par ce que nous mangeons, la cuisine aussi. La foule dans cette gare est turbulente... Sur le quai, avant de repartir, je photographie quelques groupes.

Trop heureux paysans de Gori s'ils savaient Leur bonheur.

Vers la tin de l'après-midi nous approchons de I iflis ; nous passons à Mzet, capitale 1res ancienne du royaume de Géorgie. Ou voit la cathédrale qui a été bâtie, suivant la légende, au quatrième siècle, à h endroit où un juif apporta la robe de Jésus- Christ.

A Mzet, nous apercevons la route militaire géorgienne qui relie lillis à Vladicaucase à travers la passe célèbre du Dariab 11 est dans nos projets de faire cette route en automobile.

Sur le quai de la gare de Tiflis, nous reçoit le maître de 1 hôtel où nous comptons descendre.

Il nous donne les pires nouvelles, la moitié de la ville est en

grève, les hôtels sont fermés, les domestiques refusent de travailler,

les tramways ne circulent plus. 1 iflis est dans la désolation.

Tout cela ne nous trouble pas, mais nous sommes sérieusement alarmés lorsqu'il nous apprend que les employés de chemin de

à Koutaïs. On y rencontre les types des races diverses qui peuplent le Caucase,

Rencontre d'une caravane Sut une route au Caucase.

le] viennent de déclarer la grève pour demain et que notre train est dernier qui arrivera de longtemps à Tiflis.

Et nos compagnons restés à Koutaïs? Ah! non, nous voyageons ensemble, nous avons juré d'arriver avec eux à Ispahan et nous tenons de découvrir après cette première séparation que nous ne pouvons nous passer les uns des autres*

Ruminant ces pensées noires* nous traversons J Tiflis, la R ou ra aux eaux rapides, et descendons enfin à l'hôtel de Londres 0u des soldats font de leur mieux pour nous recevoir.

Là, P hôtelier qui nous a accompagnés nous demande la permis- S10n d’aller ôter sa redingote* Il revient une minute après, tout de blanc vêtu, en marmiton.

— C'est au chef que ces messieurs parlent maintenant, dit-il en soupirant* Je suis obligé de cuisiner moi-même, et ma mère* C I U1 est une dame, fait les chambres avec mes sœurs*

J ignore ce que vaut le chef ordinaire de l’hôtel de Londres, niais je sais par expérience que le propriétaire est un excellent cuisinier; pendant nos huit jours de Tiflis, il nous a vraiment bien nourris malgré la difficulté qu'il y avait à s'approvisionner*

Ions trois, nous allons nous coucher ce soir-là de bonne heure bien que ce soit aujourd’hui la veille de la Pâque russe, qu il y ait messe de minuit à la vieille cathédrale et que nous nous soyons promis d’y assister* Mais nous sommes seuls et pensons mélancoliquement à nos amis restés à Koutaïs; nous n'avons P as envie de nous distraire et rentrons chacun dans notre chambre.

Le lendemain matin, nous sommes réveillés par des voix connues dans le couloir. Ce sont les deux ménages qui arrivent: les tTai ns ont donc marché. Les hommes entrent dans nos chambres et s c vengent sur nous du dépit qu’ils ont eu de manquer le train hier

matin*

T 3 FL is, 2ç avril - 6 mai * *— Nous voici à Tiflis, capitale de la Géorgie, résidence actuelle du vice-roi du Caucase, ville de deux L ont mille habitants dans un site pittoresque, allongée entre des

collines rocheuses et traversée dans sa longueur par la Koura, tumultueuse et grise.

Nous avons ici F intention : a) de voir Tiflis ;

b t de faire en auto la route militaire de Géorgie jusqu’à Vladi-

caucase,

c) d'aller à Erîvan, en auto aussi, de longer le lac Goktcha et de rendre visite au Catliolieos des Arméniens à Etchmiadzin :

d ) d'excursionner en Caché!ie ;

e\ de prendre les renseignements utiles pour notre voyage en Perse et de décider entre la route de terre et celle de mer ;

f) d’acheter ce qui sera nécessaire pour notre traversée des déserts persiques. Nous avons appris que nous poumons difficilement nous passer de manger pendant plus de douze heures.

Cela simplement.

Vers huit heures, le dimanche, je sonne pour mon premier d > jeûner. On frappe à la porte. Je crie : Entrez*

Et je vois une grosse tête réjouie de soldat qui passe par la porte entrebâillée* Encore à moitié endormi je ne comprends pas... Ah ! oui, ce sont des soldats qui gardent l'hôtel, qui font le service, je suis à Tiflis, bien, bien... et je commence à lui expliquer en russe (!) ce qu’il me faut. Il m’arrête d'un € O ut en morgen * metn Herr » qui tout de suite anime la conversation.

C’est un Allemand, né à Odessa. J'apprécie à sa valeur la délicate attention du gouverneur qui choisit pour le service des hôtels des soldats polyglottes.

Plus tard nous prenons Pair [de Tiflis qui est moins en état de siège que les villes d’où nous venons. Des patrouilles de cosaques parcourent les rues et, en Fhonneur de Pâques, un certain nombre de soldats se promènent dans les jardins en titubant e* donnant tous les signes grâce auxquels on peut diagnostiquer avec certitude F ivresse.

Nous parcourons à pied les bazars qui sont fermés, puis passons 1 après-midi au jardin botanique et sur les crêtes rocheuses qui dominent Tiflis au sud-est.

Il tait un jour clair, charmant et voilé, avec des coups de soleil soudains sur la vallée de la Koura et sur les maisons pressées de

dî

1 ls ^ A droite, à nos pieds, ce sont les bazars arméniens et persans, vieille cathédrale; devant nous les quartiers neufs, le grand boulevard, les jardins du gouverneur et de la ville. De l'autre côté d * ♦ . ^ -

c la rivière, le terrain s'élève rapidement ; là sont construits les quartiers ouvriers géorgiens, le couvent arménien sur une hauteur

scarpée derrière laquelle passe la ligne de chemin de fer qui mène à Bakou.

p lris loin, ce serait la grande chaîne du Caucase, l'Elbrous, le

asbek. On n’en voit rien ; des vapeurs et des nuages légers voient le cieL

Cette après-midi de Pâques, nous la passons ainsi à flâner dans

des jardins.

Les jours suivants nous sommes plus occupés* Nous avons porté quelques lettres d’introduction, et les aimables habitants de liflis nous reçoivent de la façon la plus chaleureuse,

Malgré que les domestiques soient en grève, nous déjeunons et nous en ville et faisons connaissance avec l’hospitalité géorgienne. ^ ( jus mangeons toute la journée, ceci en prévision de la famine Biture dans 1 Iran. Nous courons les bazars guidés par le consul de fiance qui les connaît fort bien, pai le regret de ny pas trouver b 1 and chose d’intéressant. On nous mène dans un caravansérail où des marchands persans sont arrivés depuis peu avec des bibelots, ar mes et étoffes anciennes.

Les Persans sont là accroupis sur des nattes ; ils ont des fïgu- ]t “S Unes, brunes et maigres; le chef, un vieux barbu, a des doigts allongés, desséchés, comme d’un fumeur d’opium. Ils nous montrent des bagues modernes, des armes médiocres, des animaux en fer merusté d’argent, travail actuel d’Ispahan, quelques morceaux de cachemire dont ils demandent un prix excessif.

Nous attendrons d’être en jPerse pour choisir des étoffes persanes .

Dans le bazar, nous achetons quelques guitares minuscules de 1S noir avec ivoire incrusté, qui sont faites au Caucase, quelques arines, mais, en somme, aucun objet de valeur.

La seule richesse du bazar à Tiilis, ce sont les tapis; on y trouve fous ceux que l'on fait au Caucase, dans le Daghestan, en Transcaspie et jusqu'à ceux qu'envoient Samarkande. Boukhara et PAfgha-

bo

nistan, les tapis persans, et surtout ceux de Tabriz, d'autres enfin de la Transcaucasie turque. Pendant plusieurs heures on en étale devant nous; le prix n’en est pas excessif et la qualité parfois exceL lente. Mais quoi, nous allons en Perse où l'on failles plus beaux tapis du monde, nous n’en achèterons pas à Tiflis.

Nous visitons le musée qui contient quelques antiquités intéressantes.

Nous allons voir le suppléant du vice-roi absent et obtenons toutes facilités pour les excursions que nous voulons entreprendre* On nous demande seulement de prévenir à F avance de façon à ce qu'on puisse télégraphier aux postes de cosaques pour qu'ils patrouillent les routes où nous devons passer. Le brigandage sévit de façon intense en ce moment-ci, paraît-il.

I out cela nous a pris deux jours, et déjà nous commençons à piaffer d’impatience. Nous organisons donc pour le lendemain une excursion en auto à Mzet et sur la route de Géorgie* Nous savons déjà que nous n’irons pas jusqu'à Vladicaucase, car le point le plus haut du col est à 2.788 mètres et nous serons arrêtés par la neige, en ce détestable printemps, avant d'être arrivés à quinze cents mètres ■ Mais enfin allons jusqu’à la neige.

Le matin du départ, c'est un déluge de pluie; des cataractes tombent du ciel, et le baromètre est à 745, Nous nous embourberions avant d’être sortis de TiQis; aussi nous ne partons pas.

De jour en jour, il en est ainsi. Aucune excursion n'est possible. Les habitants de Tiflis nous assurent qu'ils n'ont jamais eu un temps pareil au mois de mai. L’exceptionnalité de ce phénomène n'a rien qui nous console* Un grand découragement s’empare de nous.

Que taire r Aller à E ri van ? Les routes sont emportées par les pluies et les torrents ont roulé des blocs de pierre énormes jusqu'au milieu de la chaussée*

Attendrer 11 pleut depuis trots Semaines, il peut pleuvoir encore quinze jours, nous serons pris par les grandes chaleurs eu Perse et alors adieu la traversée du désert et le voyage à Ispahan- II pleut chaque jour. Nos hôtes nous donnent une fête charmante dans un de ces jardins des environs où les habitants de L îflis viennent 1 été passer la soirée et entendre de la musique. On dansera

P ni t nous des danses du pays. Nous nous rendons à ce jardin qui cst au bord de la rivière. Dans quel état les autos arrivent-ils ? A\ ec de la boue jusqu’aux essieux !

Là, nous nous installons sous un pavillon ouvert de tous côtés, construit au bord de la Ko tira.

La rivière coule derrière nous ; une humidité pénétrante monte la terre détrempée ; puis il recommence à pleuvoir. Frissonnants, no ns écoutons la musique lointaine d’une flûte aigre, d’une clann ^Ue et d'un tambourin ; un repas est servi, de petites truites exquise s, decaviar, de poulet, c'est cela qu’on appelle prendre le thé àTiflis, esiris noirs, royaux et mélancoliques, fleurissent le bord de l’allée ° u dansent pour nous deux Tcherkesses ; une jeune lille me parle Nietzsche ; il pleut, il fait humide à en mourir; la flûte aigre continue à pleurer rythmiquement dans l’obscurité.

Après le champagne, un des convives danse légèrement des danses cosaques, vives et gracieuses.

Les automobiles en nous ramenant manquent de périr ignominieusement dans les boues de Tiflis.

Nos Projkts, — Nous passons nos repas à discuter, avec une que rien n’abat, notre voyage en Perse.

L y a deux plans devant nous, et même trois, qui l’emportent a tour de rôle, A peine l’un d’eux a-t-il pris le dessus, qu’on nous apporte un argument décisif en faveur de l’autre. Alors tout est à ^commencer; cela dure six jours, donc douze repas, sans compter Ls thés et les conversations particulières dans les chambres: c’est très fatigant.

A qici quelles sont les deux voies principales pour al 1 er en Perse de Tiflis où nous sommes.

La voie de terre est par Erivan, Djoulfa, ville frontière sur 1 Arax, 1 abriz, Mianeh, Kaswyn, Téhéran,

L’autre voie comporte un trajet en bateau de Bakou à Enzeli, ^ ^ par terre à Resht Kaswyn, Téhéran, La route est bonne, nous assure-t-on. lille a été construite par une compagnie russe, qui 1 entretient ; les autos peuvent y circuler. Mais le grand inconvé-

nient pour nous de la voie Bakou - Resht est le débarquement à Enzelî.

Les vapeurs postaux ne peuvent franchir à Enzeli la barre assez mauvaise du Mourdàb. On débarque donc en pleine mer sur de petits bateaux plats.

Or la rade d'Enzeii n'est pas bonne. En hiver, trois ou quatre * fois sur cinq, au printemps, une fois sur cinq les passagers ne peuvent quitter le vapeur postal. Si peu agitée que soit la mer, comment ferons-nous pour débarquer les autos? Les bateaux ont-ils des grues assez puissantesr Le printemps est déplorable; la moindre brise rendra B entreprise impossible. Voilà le grand argument contre I ' itinéraire Bakou- Resht.

Alors nous travaillons B itinéraire Erivan-Tabriz, travail fécond en surprises désagréables. Nous apprenons d’abord qu'on ne peut faire la première partie de la route en auto, car il n'y a plus de rotite depuis que le chemin de fer est construit. Pour assurer le monopole du trafic au chemin de fer, le gouvernement a détruit la chaussée. C’est simple.

Lorsqu’à Àkstafa, on retrouve la route c’est pour franchir un col, celui de Délijan, à 2.170 mètres.

llum I Ensuite ruisseaux et torrents nombreux à passer jusqu à Erivan et Djoulfa, torrents inoffensifs en été, mais qui sont en cette saison des obstacles peut-être insurmontables. De Djoulfa" à Tabriz, on nous assure qu’il y a [une chaussée; de Tabriz à Kaswyn. un service de poste.

Nous prenons des renseignements un peu plus circonstanciés. Ils sont désolants et contradictoires.

On nous met en rapport avec les ingénieurs qui ont dans leur service l’entretien de la route jusqu’à Erivan. Ils déclarent qu’à

cause des pluies et de la fonte des neiges, on ne peut traverser les torrents grossis qui passent sur la route.

Alors nous décidons de partir pour Bakou.

Le lendemain nous rencontrons des journalistes qui ont fait ces jours derniers ce même trajet en voiture. Donc on peut passer.

Nous partons pour Erivan.

Le même soir on nous apprend que BÀrax est débordé et infranchissable. Quarante-cinq cosaques viennent de s’y noyer.

Page 1