‹ La Perse en automobile, à travers la Russie et le CaucaseChapitre 9 sur 35 · L’ARRIVÉE EN T PERSE · texte numérisé non relu

L’ARRIVÉE EN T PERSE

r anchit la barre et, dix minutes après, en Perse, enfin!

nous sommes à quai, à Enzeli,

Nous ne quittons pas notre bateau. Des fonctionnaires belges et courtois, employés aux douanes de Sa Majesté, viennent nous saluer.

La foule qui les entoure est persane, vraiment persane. Quelhommes ont le bonnet national d'agneau frisé, noir et ras; autres portent un feutre qui ressemble, sauf ie respect que je vous c hhs, a un pot de chambre sans bords; il est collé sur la tête et, des e ux côtés, s’échappent destouffes de cheveux qui couvrent les oreilles, P^r lesquelles touffes le prophète enlèvera ses fidèles jusqu en son Paradis, s’ils ont suivi ses commandements toutefois, cela s’entend.

Ces Persans sont vêtus pour la plupart de robes brunes et arn ples. Quelques barbes couleur acajou clair ajoutent un charme nouveau pour nous à cette foule exotique. Elle nous regarde avec uiie grande curiosité; nous le lui rendons bien.

La Perse a Enzeli, cela ressemble à la Cochincliine.

Je irai pas été en Cochincliine, mais ie me fais de ce pays une l dée d’autant plus claire qu’elle n’est contredite par aucun de ces Petits laits obstinés à ne pas se laisser classer dans les généralisa-

fions rapides*

Un pays plat, du sable, des roseaux, des arbres très verts et beaucoup d’eau ; aux deux bords du large chenal qui met en communication avec la mer le grand lac intérieur, le Mourdab, des Paillotes sont construites sur pilotis, de petites cases aux toits de chaume, ouvertes sur le devant et ornées de nattes; sur les appontements de bois d evant les cases, des marchandises s butassent. Des barques à fond plat les apportent; les deux extrémités de ces jonques sont aiguës et relevées; une grande voile carrée, haut placée, es f déployée au vent.

L’eau est grise, le ciel est gris et bas. Entre ces deux gris chauds, * es notes de couleur, les bruns divers des pilotis, des toits de chaume, des cordages grêles et des mats, le vert intense des roseaux e l des arbres, les tons jaunes d’une voile qui se reflète dans l’eau calme, chantent délicieusement.

Des vols immenses de cormorans passent au ras des flots ; p ar centaines, ils vont en file, tournent et évoluent autour de nous.

Il fait lourd, fiévreux, humide.

fout cela est extrêmement cochinchinois.

Nous traversons le Mourdab sur le petit paquebot qui remorque deux jonques, une pour nos bagages, l'autre pour nous.

11 bruine un peu ; des vapeurs montent de la surface grise des eaux»

Nous buvons du thé sur le pont en suivant de l'œil les évolutions des cormorans.

A l'embouchure de la rivière de Piré-Bazar, nous quittons 1 ® vapeur et embarquons abord des jonques. Huit grands gaillards, coiffée du feutre sans bords, se mettent aux avirons et rament en se soule¬

vant et se laissant retomber sur les bancs, Ils sont bientôt en sueur» La rivière serpente parmi les roseaux et les tiges de glaïeuls- De petites tortues grimpent le long des rives. Des noisetiers, des charmes poussent sur ses bords qu'anime tout un monde d’oiseaux que nous troublons à peine : bécassines, hérons de toute espece* milans et faucons.

Bientôt la rivière devient trop étroite pour les avirons. Nos hommes sautent à terre et, une corde étant attachée au haut du

mât, nous liaient en prenant un pas de course accentué.

Pourquoi cette corde attachée au haut du mât? le mât plie, il va casser. Et en effet, voilà quai cède et que nos huit haleurs sont jetés la face dans la boue.

Ils n'en rattachent pas moins la corde aussi haut qu’ils peuvent

monter.

Un instant apres, nous croisons une jonque invraisemblablement pleine de coffres bariolés, de caisses sur lesquelles sont assises des femmes voilées et des hommes en robe, et nous comprenons le pourquoi de leur manœuvre. La corde de la barque passe sous la nôtre et les bateaux se croisent ainsi sans qu'on soit obligé de s’arrêter.

Nous voici enlin au terme de notre course à Piré-Bazar.

imaginez dans un coude un peu élargi de la petite rivière, la confusion la plus enchevêtrée de bateaux lianes à flancs. Nos rameurs trouvent pourtant moyen de nous amener jusqu'à l’endroit où Ton peut débarquer.

On jette une planche qui va du bateau à la terre* La terre, c'est

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