‹ La Perse en automobile, à travers la Russie et le CaucaseChapitre 10 sur 35 · L’ARRIVÉE EN PERSE · texte numérisé non relu

L’ARRIVÉE EN PERSE

la houe épaisse, gluante; les rives sont escarpées; nous avons ^ ltn c ^ e l a peine à arriver jusqu’au sol plat. Des voitures nous atten- ^ lln e population de cochers et de débardeurs qui auraient lait de voler une partie de nos bagages, si nous n’en surveillions avec soin le débarquement*

Heureusement deux cosaques arrivent à cheval du consulat général de Russie a Resht, Un cortège s organise et nous voilà P L * ] tis pour les neuf kilomètres qui séparent Piré-Bazar de Reslit* l a route est boueuse et défoncée par les pluies récentes. Nous tirions fait une belle partie de dérapage en automobile.

A moitié chemin, nous sommes abordés par des cavaliers qu’en- 01e a notre rencontre le gouverneur de la ville, un des fils du Chah. Plus loin, un des grands fonctionnaires, le Salar, amiral (!) a utant que j’ai compris, de la flotte persane ( !!) nous fait amener chevaux bellement caparaçonnés, et un des cavaliers qui les accompagnent nous remet une lettre par laquelle le Salar nous a pprend qu’il met une de ses maisons à notre disposition. Mais nous serons à Resht les hôtes de la Russie.

Nous avançons au pas sur la route aux ornières profondes et traî- Cesses. Avec les cosaques qui nous précèdent, avec les écuyers qui Mènent à la main les chevaux couverts de riches caparaçons (l’étiquette veut qu'ils nous accompagnent et que nous ne les montions pas) el les cavaliers persans qui suivent nos quatre voitures, nous avons tin peu Pair d’un cirque forain faisant son entrée dans une ville nouv MJe, e | nous échangeons de voiture à voiture des sourires amusés...

Vers midi, nous pénétrons dans un jardin où s'élève une grande maison carrée en brique, à V européenne ; nous sommes au consulat impérial de Russie.

Le consul général, M. 01 fériélï, nous y reçoit de la façon la plus aimable. Il nous offre ce qu’il a : de grandes chambres vides, uous voyons aussitôt que le lit de camp n’est pas un luxe inutile en Perse, mais le plus nécessaire des meubles.

Resht est la capitale du Ghilan, province qui longe au sudouest la mer Caspienne. Ce pays situé au pied de la grande

chaîne qui nous sépare du haut plateau de P Iran est humide, chaud, riche et malsain.

Un proverbe persan dit: « Si tu as un ennemi, fais-le nommer gouverneur du Ghilan. »

Rien ne contredit plus fortement que ce pays l'idée qu'on se crée à l’avance de la Perse, EnzelLResht c’est un paradis de verdure, d'eaux dormantes, de rizières, de nénuphars, de roseaux, d’iris, de lis et de marguerites si hautes qu’on pourrait s’y perdre.

Pierre Loti revenant dTspahan a traversé Reslit. U ne s y est pas arrêté, il ne Fa pas vu. Me voilà donc à mon aise pour lui déclarer, et au monde entier, que Resht est ce qu’il y a de plus beau en Perse. C’est du moins F opinion d'Emmanuel Bibesco.

La ville, qui est considérable, est tout entourée d’eau, de jardins, d’allées d’arbres très vieux. Il semble qu’on soit dans un parc très vaste aux aspects divers. Le bazar qui n’est pas couvert, est plein d’animation et de pittoresque. Nous nous y promenons en voiture

avec les cosaques d'usage, non point qu'il y ait aucun danger ici (comme l'a dit l'habitant de Bakou : «En Perse vous serez en sûreté !»)- Mais nous sommes les hôtes de la Russie, et il convient de ne faire rien pour diminuer le prestige des Européens.

Le bazar, ce sont des rues étroites bordées d’échoppes à la devanture ouverte. Ici l’on vend les velours de Resht; le travail de Resht, c'est de broder d'or des velours fabriqués ici même; la matière est riche, le goût n’en est pas exquis; plus loin ce sont des tapis, dont il n’y a pas un grand choix, car les tapis de Perse qui arrivent par caravanes sont menés directement à Enzeli et de là à Bakou. Des marchands sont assis sur le seuil de leur boutique et fument le kelyan, tandis que, dans la rue étroite, des femmes strictement voilées, et dont les yeux même sont couverts, achètent des étoiles dont elles se pareront à domicile seulement, car une fois sorties de chez elles leur tenue est d'une uniformité impressionnante et laide. Des âniers poussent à travers la foule des petits ânes gris et doux aux bâts richement brodés ; des coups de soleil ( car nous avons le soleil maintenant) tombent violemment sur les faïences bleues des tours qui, ici et là, sont élevées dans le bazar.

Nous passons devant le palais du gouverneur, (ils du Chah, admirons le pittoresque et la fantaisie individuelle de l'uniforme

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