il
PERSE
d-''^f*'*y*r*/Yr^ s/*v <.~7<z//**i*<rtr**>.'
/WvV/W*' <**r < /fâvxssrtsdr*
PBR3 Ê.
ét+t*&4***e.
lA+Uttr+t* : tr*^
ti*f /•***» < ~*€>nrfl4't4'-
PERSE
^fe^V Ç~*irZft.4P*r^ aZtx/ié^'*' s+n-*- ^34s+*ts4i4*&.
ai w
mm.
ft
i? Le
sa a as
PU
é&-rt ****>**«*
/*■?/■«>' *y£ /yv^s .
PERSE
PERSE
Ce bas-relief est d'une mauvaise exécution.
D'Anville a cru retrouver dans le mont Bisoutoun le lieu même où, suivant Diodore de Sicile, Sémiramis se fit représenter accompagnée d'un nombreux cortège. Voici le passage de Diodore de Sicile: « Sémiramis, après « avoir achevé ces ouvrages merveil- « leux (dans la Babylonie), se mit en « route , suivie d'une nombreuse ar- «mée, pour entrer dans la Médie.
« Etant arrivée à la montagne que Ton « nomme Baghistan, elle campa près « de cette montagne , et y fit faire un « jardin de douze stades de circuit. Ce « jardin était dans la plaine , et ren- « fermaitune grosse source qui l'arro- « sait abondamment. Le mont Baghis- « tan est consacré à Jupiter : du côté « où il est voisin de ce jardin , il offre « des roches escarpées qui s'élèvent « jusqu'à la hauteur de dix-sept stades. « Sémiramis ayant fait couper et tail- « 1er le bas de fa montagne , y fit graver « son image , entourée de cent gardes « armés de piques. Elle y fit aussi gra- « ver une inscription en caractères sy- « riens, qui portait que Sémiramis « ayant fait amonceler les bagages dont «étaient chargés les animaux qui la « suivaient , depuis la plaine jusqu'au « haut de la montagne , était parvenue , • par ce moyen , à monter sur le soin- « met. » M. de Sacy, dont nous empruntons ici la traduction , admet la conjecture ded'Anville, et pense que la position de la montagne de Baghistan convient surtout à Takibostan.
XHOUZISTÀN.
Le Khouzistan est aujourd'hui presque désert.
Schoustsr, appelée quelquefois Tous ter, ville d'une petite étendue, chef-lieu de la province, a quelques manufactures d'étoffes de soie et de coton. On trouve , près de Schouster, des ruines qui marquent l'emplacement de Suse , où les rois de Perse faisaient leur résidence pendant l'hiver. Ce fut à Suse que se passèrent les scènes décrites dans l'histoire d'Ea-
S* Lteraiso* (Pebsb.)
ther et de Mardochée ; et ce fut encore dans cette ville que Néhémias obtint d'Artaxerxès Longue -Main, dont il était Péchanson , la permission de relever les murs de Jérusalem.
Ahvaz ou Haviza est aujourd'hui presque détruite. Le territoire de cette ville est couvert de ruines.
FABSISTAN.
Schiraz. La vallée de Schiraz, longue de vingt-quatre milles et large de douze , est bornée de tous côtés par des collines peu élevées et entièrement dépourvues de végétation. Des berceaux et des avenues de platanes , de cyprès et de peupliers, ornaient jadis les environs de la ville. Mais les arbres ont disparu en grande partie ; et Schiraz , quoique entouré de jardins , ne présente plus l'aspect imposant d'autrefois. Tous les voyageurs qui ont visité cette ville dans notre siècle la dépeignent comme tombant en ruine. M. Alexander, qui l'a vue depuis le tremblement de terre de 1824, dit qu'il n'v a pas trouvé un seul dôme, ni un seul minaret debout. Cette terrible commotion a même changé le climat, qui ne mérite plus les éloges qu'on lui donnait jadis. On attribue ce changement à l'élévation de l'eau des puits et des sources , qui se trouvait autrefois à cinq ou six toises de profondeur, et qui a remonté jusqu'à neuf ou dix pieds au-dessous du sol. L'évaporation se trouvant ainsi de beaucoup accrue, a répandu sur le pays, à ce qu'on suppose , une humidité malsaine.
Mais même avant le tremblement de terre , le peu de soin que l'on prenait des cours d'eau nuisait à la salubrité du pays. Cette négligence a fait que les nombreux ruisseaux qui entretenaient partout la verdure et la fertilité , roulent aujourd'hui une eau qui est à peine potable , et forment , dans les chaleurs de l'été , un grand nombre de mares infectes. Le déclin de Schiraz date de l'année 1779, époque de la mort de Kérim - Khan , surnommé le Vahil ou gouverneur. La ville a , selon Morier, quatre milles de circonférence ; et cinq > suivant Scott Waring. Encore
L'UNIVERS
cet espace restreint renfermalt-il déjà beaucoup de ruines avant le bouleversement Je 1824. D'après les renseignements obtenus par Morier des chefs de quartier en 1811, le nombre des maisons était alors de sept mille sept cent quatre-vingts ; ce nombre , en comptant cinq personnes par famille , donnerait une population de trente-huit mille neuf cents âmes. Cependant Morier, après avoir parcouru et examiné la ville, pense que la pop ulation réelle de Schiraz n'atteint environ que la moitié de ce chiffre. On comptait à Schiraz, avant le tremblement de terre de 1824 , près de soixante mosquées, dont la plus grande , fondée il y a environ six sièeles, portait le nom de mosquée neuve. Il y avait encore une autre belle mosquée fondée par KériuvKban, auquel Schiraz doit la plus grande partie de ses monuments, que ce grand homme fit bâtir pendant qu'il exerçait , sous le nom de Vakil , presque toute l'autorité d'un roi. Lesmédresé ou collèges qui étaient, dit-on, au nombre de quarante, sont aujourd'hui presque tous abandonnés. On comptait environ soixante bains dans la ville. Schiraz n'offre aucunes ruines qui nortent l'empreinte d'une antiquité reculée ; et, suivant toute apparence , la fondation de cette vitte ne remonte qu'au septième siècle de notre ère.
Les tombeaux de Hafiz et de Saadi sont les deux monuments qui excitent le plus la curiosité chez les personnes étrangères à Schiraz. Le tombeau de Hafiz est renfermé dans une enceinte quadrangulaire appelée tiqfiziveh, et placé au pied d'un cyprès que le poète planta lui-même. Le monument est dé à Kérim-Khan qui le fit construire de beau marbre de Tauris, sur lequel oa a gravé deux odes de Hafiz avec un soin et un talent admirables. On trouve dans une salle auprès du tombeau la collection complète des œuvres du poète. Le tombeau de Hafiz est un lieu de réunion très -fréquenté par les Persans, qui y vont fumer leur kalioun, prendre du café, et réciter des vers. La planche 47 présente un dessin exact de ce monument.
On ne retrouvé plus que quelques pans du mur du Mosalia , tant chanté par Hafiz. Ce Mosalia était, à ce qu'il parait, un édifice consacré à la prière , et autour duquel se trouvaient un cimetière et des jardins. Près de là sont deux larges ruisseaux , dont l'un est appelé Abimiri, et l'autre Abiroeni ou Rocnabad. Les arbres et les fleurs qui embellissaient les bords du Rocnabad ont disparu. Les eaux du ruisseau ont perdu de leur qualité , et l'air des environs n'est plus aussi salubre qu'autrefois. Cependant les habitants de la plus basse classe de Schiraz vont encore passer les soirées d'été sur les bords du Rocnabad, où ils cassent le temps à causer, à fumer, et a manger des laitues trempées dans l'eau courante. Quelquefois, mais bien rarement, ils permettent à leurs femmes de prendre part à ces divertissements.
Non loin du tombeau de Hafiz se trouvent le Tschehelten (quarante corps ) et le Hqftten ( sept corps ) , édifices élevés par Kérim-Khan à la mémoire d'autant de pieux derviches qui habitèrent ces lieux. Le Heftten est une maison de plaisance dont la façade donne sur un jardin planté d'allées de cyprès et de platanes. Les arbres sont entremêlés de fontaines de marbre. Dans l'appartement principal, dont les murs sont revêtus de marbre blanc de Tauris, sont quelques peintures représentant le sacrifice d'Isaac ou d'Ismaëi (*), Moïse gardant les troupeaux de Jéthro, des derviches accomplissant des pénitences, et les portraits d'Hafiz et de Saadi. Ces portraits sont d'une époque assez récente» et, suivant toute apparence, faits d'imagination. Saadi est représenté comme un vieillard avec une barbe blanche; Hafiz, au contraire, brille de tout l'éclat de la jeunesse. On l'avait d'abord peint sans moustaches; mais un artiste trouvant sans doute que cette omission donnait au poète un air efféminé,
(*) Un grand nombre de docteurs musulmans pensent que ce fut Ismaèl et non Isaacqu'Abraham offrit à Dieu eu sacrifice.
PERSE
l'a réparée , non sans défigurer complètement le portrait.
Près du Heftten est le Jardin du Vakil, plus connu aujourd'hui sous le nom de Djihan nouma, ou Miroir du monde, que lui a donné Feth-Ali- Scbah.
Le tombeau du poète Saadi est situé dans un enfoncement au milieu de montagnes stériles, et près d'un petit village à deux milles environ de Schiraz. Kérim-Kban dépensa, dit-on, des sommes .assez considérables pour réparer et embellir le bâtiment élevé en l'honneur du poète. Le tombeau consiste en une pierre oblongue sur la- Suelle on a sculpté des inscriptions et es ornements, aujourd'hui en trèsmauvais état. Un derviche solitaire occupe une chambre, où Ton peut voir la collection complète des œuvres du poète. On trouve une preuve du goût des Persans pour la poésie, dans les inscriptions qui couvrent les murs blancs de la pièce dans laquelle est placé le tombeau.
En dehors et tout près de cette enceinte est un escalier de soixante et dix marches, qui conduit le visiteur à une belle salie souterraine et voûtée, à côté de laquelle se trouve un bassin ou canal d'eau limpide et rempli d'excellents poissons. Chardin nous apprend Sue de son temps le bas peuple réparait ces poissons comme consacres à Saadi, et pensait que le saint punissait de mort subitement les gens qui en prenaient. Malgré cela, ce voyageur, toutes les fois qu'il était à Schiraz, ne manquait point, avec quelqu'un des pères carmes, ses hôtes, d'aller enlever un grand plat de poisson , alors si abondant qu'on pouvait le prendre avec la main. Chardin choisissait pour ses expéditions le temps où il n'y avait que le gardien , auquel il donnait un ecu en descendant; sur quoi celui-ci se. retirait et fermait la porte, faisant semblant de sortir. Un malheureux Arménien avant aussi voulu enlever du poisson de ce vivier, sans avoir mis le gardien dans ses intérêts, fut découvert. On le mena à coups de bâton chez le juge, où en bonne forme de justice
on lui en donna trois cents coups le lendemain sous la plante des pieds , et on lui fit payer cent écus d'amende.
L'eau du bassin est toujours fraîche, délicieuse et limpide, pourvu qu'on ait soin de la prendre de bonne heure, avant que les habitants du village voisin raient souillée par leurs ablutions.
On appelle Coh Saadi ou Montagne de Saadi un roc triangulaire qui montre du côté de la plaine une surface blanche et unie, et sur le sommet duquel il y a une tour et un pan de mur , restes d'une très-ancienne forteresse nommée le Château de Fahender. Sur la pente du côté de Schiraz est un puits très-profond , où l'on dit qu'étaient jetées autrefois les femmes convaincues d'avoir une mauvaise conduite. Morier prit d'abord l'orifice de ce puits pour une cavité naturelle; mais la régularité de l'ouverture, qui est un parallélogramme, le porta à conclure que c'était un ouvrage de main d'homme, et à supposer que ce puits fournissait d'eau ta forteresse. Ce puits, taillé dans un roc très-dur à une immense profondeur, excite la surprise et l'admiration. Les Persan»
qui vont faire leurs dévotions au tombeau de Saadi ne manquent jamais de le visiter, et il y en a peu gui le quittent sans y avoir ieté une pierre. Comme cet usage subsiste depuis fort longtemps sans que la profondeur ait diminué, le peuple croit que ce puits n'a point de fond. Quelques habitants du pays assurèrent à Sir William Ouseley que ces pierres étaient entraînées par des courants souterrains. U y a certains endroits de la montagne de Saadi où le pied produit , en touchant le sol , un retentissement, qui semble indiquer l'existence de voûtes souterraines : cependant, le roc est intact à la surface. On trouve dans eet endroit les fondations de quelques murs, ruines d'un palais où le roi Djemschid cachait, dit-on, ses tré-' sors. Ce qui ne paraît pas douteux, c'est que le château est très-ancien et remonte au moins à l'époque des Sassanides. Des habitants dignes de foi
L'UNIVERS
assurent que les trésors des anciens rois dePerse furent pendant un temps gardés dans ce lieu. Une partie de ces richesses ont été prises ; le reste existe encore dans les souterrains de la forteresse.
De là viennent les histoires merveilleuses que l'on fait sur le château de Fahender, et la croyance populaire que les souterrains oui s'étendent sous ses murs abandonnés sont habités par un dragon qui veille à la garde des trésors qui y sont enfouis.
Au pied de la montagne de Saadi s'étend le Bag dit couscha, jardin qui réjouit le cœur, le plus beau de ceux qui se trouvent en dehors de l'enceinte de Schiraz. Ce jardin est orné de pavillons élégants, et arrosé par un ruisseau qui forme plusieurs cascades.
C'est encore à Kérim-Khan qu'on doit le Bag dil couscha, aujourd'hui affermé à des paysans qui y cultivent des fleurs, des fruits et des légumes, pour les vendre aux habitants de la ville , mais qui d'ailleurs ne s'occupent nullement drembellir ce jardin.
A environ trois milles à l'est du château de Fahender, le voyageur découvre sur un monticule quelques ruines d'un édifice nommé Meschkedi maderi Souleîman ou tombeau de la mère de Salomon. Morier pense que les matériaux qui composent ces ruines figuraient originairement dans les édifices de Persépolis,et en ont été enlevés pour être transportés à l'endroit où ils sont maintenant. Niebuhr avait émis la même opinion, et ce voyageur observe que les pierres semblent avoir été placées avec aussi peu d'entente de l'architecture , que le sont en Egypte les colonnes antiques enchâssées dans des constructions modernes. A un mille et demi de ces ruines s'en trouvent d'autres d'un caractère différent, et qui appartiennent, sans aucun doute, à l'époque des rois sassanides.
IstakhaBj ancienne capitale de la Perse, la même que les auteurs grecs oit appelée Persépolis. Aujourd'hui , il existe encore un château fort qui porte le nom d'Istakhar. Ce château est situé à douze lieues de Schiraz, sur un rocher élevé perpendiculairement au-
dessus de la plaine de Bfardaseht, où était autrefois la ville de Persépolis, dont les ruines couvrent le sol. Les plus importantes de ces ruines sont celles qui portent les noms de TschUminar ou Quarante colonnes; TakhH Djemschid ou Trône de Djemschid; Takhti Cal-Khosrou ou trône de Cal- Khosrou; Khaneï Dora ou Maison de Darius; Tschilsoutoun ou Quarante colonnes; Hézarsoutoun ou Mille colonnes. Ce sont les restes d'un grand et magnifique édiGce qui excite déjà l'attention par sa position extraordinaire dans la plaine et au pied de montagnes d'où il semble sortir. Une chaîne élevée de rochers de marbre gris de la plus grande beauté présente une ouverture de forme semi-circulaire, et dont les deux bras renferment le fond de l'édifice, tandis que la partie antérieure avance beaucoup dans la plaine. Le sol sur lequel reposaient les constructions de Tschilminar est une
{date-forme taillée dans le roc, et dont es quatre côtés répondent aux quatre points cardinaux; fa position et la nature du terrain donnent à l'édifice la forme d'un amphithéâtre composé de trois terrasses élevées les unes sur les autres. Nous donnerons ici la description de ces ruines d'après Sir Robert Ker Porter.
I^a plate-forme sur laquelle se trouvent les ruines de cet immense palais est très-irrégulière. Cette plate-forme a huit cent deux pieds anglais du côté du sud, neuf cent vingt-six du côté du nord, quatorze cent vingt-cinq du côté de l'ouest. L'accumulation des décombres a rendu très-inégal le sol sur lequel était bâti le palais. Au nord-ouest, on remarque sur des masses considérables de roc vif la trace des instruments avec lesquels des parties trop élevées ont été abaissées autrefois et amenées au niveau convenable. Dans la même direction , plus loin que la plate-forme, le roc présente de larges et brusques aspérités qui portent aussi quelques marques du ter "et de la main de l'homme. Dans quelques endroits, le roc est à moitié taille; dans d'autres, on voit des blocs entièrement déta-
PERSE
chés et prêts à être emportés. Ce sont là autant de preuves que ee superbe édiûce ne fut jamais complètement achevé. La plate-forme est coupée à pic, et ses côtés sont formés d'énormes blocs carrés de marbre d'un gris foncé, parfaitement polis, et liés sans chaux ni mortier d'une manière si admirable, qu'on a de la peine à découvrir les joints. Les amas de décombres et les progrès de la végétation ont formé des monticules qui élèvent le sol et le rendent inégal. Dans un endroit voisin du groupe des colonnes , la hauteur perpendiculaire est de trente pieds. Mais assurément, si l'on pouvait écarter tout ce qui cache cet admirable monument, il y aurait de ce côté- là cinquante pieds au moins. Le côté du sud n'a que dix-huit ou vingt pieds, et n'a jamais dû en avoir plus de trente. Au nord , la hauteur varie de seize à vingt-six pieds. Cette vaste plate-forme artificielle consiste en trois terrasses séparées. La première embrasse toute la face méridionale et a cent quatrevingt-trois pieds de largeur. Le long du bord sont éparses de larges masses de pierre, et l'on y retrouve les fragments d'un parapet. Sur le bord de Ta troisième terrasse, sont des marques qui indiquent l'existence d'une ancienne balustrade. Ces ruines cessent au sommet de l'escalier, qui joint cette terrasse à celle qui est aurdessous; mais là on trouve deux larges trous taillés profondément dans le roc, et qui servaient à recevoir les pivots des portes qui fermaient jadis cette entrée. On ne peut monter sur la plate-forme que du coté occidental , où se trouve un magnifique escalier double, de cinquante-cinq marches, dont chaque marche a vingt-deux pieds de longueur et^trois pouces et demi de hauteur.
Les constructeurs n'ont pas eu besoin d'employer beaucoup de blocs de marbre, puisque dans l'épaisseur de chaque bloc on a pu tailler de dix à quatorze marches; on les gravit facilement à cheval. En atteignant la plate-forme, le premier objet qui frappe le voyageur étonné est un immense portique, sur la partie intérieure duquel sont sculp-
tés deux taureaux gigantesques (vov.
pi. 8) tournés du côté de l'ouest ; la partie supérieure de leur corps occupe toute l'épaisseur du mur. Un piédestal les élève à cinq pieds au-dessus du niveau de la plate-forme. A une hauteur considérable au-dessus de ces sculptures, sur les côtés du portique, sont trois petits compartiments couverts d'inscriptions en caractères cunéiformes.
La partie qui devait former le couronnement de l'édifice est si complètement détruite, qu'il n'en restç plus de traces. Les têtes des taureaux ont disparu ; mais ce qui reste du corps suffit pour faire reconnaître parfaitement l'animal que le sculpteur voulait représenter. Autour du cou de ces taureaux , sont de larges colliers de roses exécutées avec une fidélité admirable.
Sur la poitrine, le dos, les côtés, flotte, pour ainsi dire, une» sorte d'ornement représentant des cheveux courts et bouclés, faits avec la délicatesse qui caractérise les anciennes sculptures des Perses. Les proportions des animaux sont parfaites et en harmonie avec le reste de ces monuments. L'épaisseur du mur qui fait face à l'ouest est de cinq pieds ; sa longueur de vingt et un; sa hauteur de trente.
Heeren pense que l'animal décrit par Ker Porter n'est point un taureau, mais une licorne, et que celle-ci, à son tour, est le quadrupède appelé âne sauvage par Ctésias, qui en donne dans ses Indica le portrait suivant : « Dans Tlnde. se trouvent des ânes sauvages aussi grands et quelques-uns même plus grands que des chevaux ; ils ont la tête rouge, les yeux bleus et le reste du corps blanc; sur leur front est une corne, longue d'une coudée, trèsblanche ddns sa partie inférieure, vers le front de l'animal , jusqu'à une hauteur de deux palmes; la partie supérieure terminée en pointe est rouge, et le milieu noir. L'âne sauvage est trèscourageux, et court si vite, que ni le cheval ni aucun autre animal ne peuvent l'atteindre; il commence par courir lentement, mais ensuite sua galop devient de plus en plus rapide. Il se défend avec sa corne, ses pieds, ses
L'UNIVERS
dents, et tue des hommes et des chevaux. »
En s'avançant vers l'est à la distancçde vingt -quatre pieds du portique, on trouvait jadis quatre majgnifùjues colonnes. Deux seulement subsistent aujourd'hui. Ces colonnes étaient placées à vingt-deux pieds Tune de l'autre. Les débris accumulés sur le pol , et qqi forment comme des monceaux de poussière , en cachent presque la base. Chaque colonne a , pour ainsi dire, trois chapiteaux réunis en un seul, ce qui est d'un aspect beau et singulier ; le fût s'amoindrit par degrés yers le sommet; la surface en est parfaitement lisse. Il semble assez probable que les quatre colonnes servaient à soutenir le piédestal de quelque ftsuJptMre symbolique.
Un espace de vingt -quatre pieds les sépare d'un second portique tout semblable au précédent, si ce n'est que sa longueur est de dix-huit pieds, au lieu de vingt et un. Les côtés intérieurs sont sculptés, comme ceux de l'autre; mais les animaux qu'on y voit sont fort différents l[voy. pi. 8, b~ 2 et 3). Avec le corps et les jambes d un taureau, ils ont deux ailes énormes qui sortent de leurs épaules et couvrent le dos et la poitrine. Les larges plumes des ailes sont parfaitement exécutées. Ces animaux avaient des visages d'homme, que le zèle aveugle des musulmans a cruellement mutiles.
On peut cependant juger encore de l'exnression de sévérité répandue sur ces ligures, que rend majestueuses une longue barbe soigneusement bouclée.
Leurs oreilles sont celles d'un taureau, et des boucles d'oreilles d'une forme élégante y sont suspendues. La tête porte un diadème de forme cylindrique, sur les deux côtés duquel on a représenté des cornes qui partent de la hauteur des sourcils et atteignent jusqu'au diadème. Le tout est surmonté d'une sorte de couronne formée de feuilles qui ressemblent à celles du lotus et attachée avec des roses. Les cheveux et la barbe sont arrangés à la manière des anciens rois de Perse. Depuis le haut delà couronne jusqu'à licorne
: du pied, ces sculptures ont dix-neuf pieds de hauteur. C'est le seul exemple que l'on trouve en Perse de ces figures hybrides, dans lesquelles on a réuni la forme humaineàdes formes d'animaux.
Voici ce que dit Heeren de cet animal merveilleux : «Il est ailé, a le corps d'un lion, les pieds d'un cheval, mais )a tête d'un homme, avec une longue barbe artistement frisée , et est orné du diadème ou de là tiare. Nous le prenons pour le martichoras ou mangeur d'hommes, dont nous devons la description à Ctésias. « Il y a, dit ce dernier, un animal indien d'une force énorme, plus grand que le lion le plus grand, rouge comme le cinabre, couvert d'un poil épais comme les chiens.
Martichoras est son nom chez les Indiens; ce qui veut dire en grec, qui mange des hommes. Sa tête n'est pas celle d'un animal , et il porte une face d'homme. Ses pieds sont comme ceux du lion; à sa queue, il a un aiguillon comme le scorpion. » Cette description s'accorde aussi, à quelques exceptions près, avec l'animai représenté. La queue du scorpion lui manque ; mais elle n'était pas étrangère à cette mythologie, comme nous le verrons ailleurs, en parlant du griffon. Il n'a pas de pieds de lion, mais de cheval; il porte des ailes dont Ctésias ne fait pas mention. Mais le caractère essentiel de cet animal merveilleux est la face humaine; ce qui même, selon Ker Porter, ne se retrouve dans aucune autre de ces figures d'animaux. Voilà pourquoi nous l'avons reconnu pour le Martichoras, quoique, dans la forme des autres membres, il y ait des points non conformes à la description de Ctésias , différence qu'on observe encore dans quelques sculptures plus petites, où l'animal est représenté avec la figure humaine. Le nom même renferme un sens caché et. symbolique. Encore aujourd'hui , le téméraire guerrier s'appelle chez les Persans merden-khor, c'est-à-dire , mangeur d'hommes. Le diadème dont il est orné désigne clairement le souverain, le roi; ce qui est confirmé même par la forme de la barbe artistement
Souciée. Le tout est donc le symbole u courage et de la sagesse au monarque, ainsi que la licorne est dans l'Orient l'image de la vitesse et de la force : emblèmes les plus appropriés à Tentrée du palais d'un souverain. »
Aux raisonuements deHeeren, nous opposerons l'autorité de Ker Porter.
Cet babile artiste ne peut pas avoir
Eris les formes d'un lion pour celîs d'un taureau que donnent ses dessins. L'illustre de Sacy partageait l'opinion de Ker Porter, et voyait dans l'animal fabuleux dont il s'agit une représentation de Caïoumors , premier roi de la dynastie des Pischdadiens, issu du taureau primitif, et dont le nom signifie en persan taureau et homme. La conjecture de M. de Sacy frappe par son évidence, et si on ne trouve pas dans les fragments que nous possédons des livres des Parsis la mention de l'animal merveilleux à ' tête d'homme, on voit dans ces livres l'indication des éléments qui le composent. Il n'en est pas de même du martichoras, tout à fait étranger à la mythologie des Perses.' Ctésias, dont Heeren invoque le témoignage, place dans l'Inde, et non en Perse, cet animal reconnu depuis longtemps pour être le tigre.
A la droite du portique, un espace de cent soixante-deux pieds s'étend jusqu'à la magnifique terrasse qui supporte les colonnes , desquelles vient Je nom de Tschilminar. On y voit une belle citerne de dix-huit pieds sur seize , taillée dans le roc vif. Cette citerne n'a plus maintenant que trois pieds de profondeur. Des aqueducs souterrains y conduisaient l'eau.
En approchant de Tschilminar, on admire la grandeur et les belles déco* rations du principal escalier qui y conduit (voy. pi. 9). Cet escalier avance en saillie devant la partie nord de la terrasse, dont la longueur entière est de deux cent douze pieds. Il est double ou à deux rampes qui du bas se rapprochent l'une de l'autre jusqu'au milieu de la hauteur, et qui s'éloignent ensuite jusqu'au niveau de la terrasse. A chaque flUrémité est et ouest, s'élèvent deux
autres escaliers. La montée , comme celle de la grande entrée de la plaine, est extrêmement douce. Chaque escalier est composé de trente marches, dont aucune n'a plus de quatre pouces de hauteur, quatorze de largeur, et seize pieds de longueur. Toute la face de r escalier avancé est couverte de sculptures , sur lesquelles l'œil erre d'abord au hasard , ébloui et confondu par leur nombre ; mais un examen attentif permet de les classer et de les détailler.
L'espace qui se trouve immédiatement au-dessous de la plate-forme qui termine le premier escalier est divisé en trois compartiments. Celui du milieu est nu et uni comme s'il avait été destiné à recevoir une inscription :
peut-être y en avait-il une que le temps aura effacée ; dans le compartiment de gauche sont quatre figures debout 9 hautes d'environ cinq pieds six Muces, vêtues de longues robes, avec des brodequins aux pieds , et tenant chacune à deux mains une courte lance. Ces guerriers sont coiffés d'une tiare aplatie au sommet, et sur leur épaule gauche pendent Parc et le carquois. Le fini des détails donne une grande importance à ces sculptures, qui nous font connaître avec exactitude le Costume des Perses à une époque ancienne, et les changements survenus dans la forme et le nombre des ar~ mes dont ils faisaient usage. On retrouve évidemment dans les sculptures dont il s'agit, dit Sir Robert Ker Porter, l'ancienne manière de tendre l'arc et d'attacher le couvercle de cuir sur le carquois, pour conserver en boa état les plumes des flèches.
Sur le compartiment de droite, il n'y. a que trois figures, qui regardent les quatre figures du compartiment de gauche, dont elles ne diffèrent point quant aux robes et à la coiffure; mais elles n'ont ni arc ni carquois, et portent seulement une lance, et au bras gauche un large bouclier, qui a un peu la forme du corps d'un violoncelle ou plutôt d'un bouclier béotien. Il semble extraordinaire que ces figures ne por* tent rien qui ressemble à une épée ou à un poignard; mm cependant, tprèj
L'UNIVERS
un examen attentif, il faut reconnaître qu'on ne trouve pas de représentation des armes dont il s'agit. Les hommes armés de lances sont, sans doute, des gardes du roi. Leur costume s'accorde
Sarfaitement avec la relation d'Héroote , d'après laquelle ces gardes étaient armés d'un arc et d'une courte lance, portaient de longues robes, et laissaient flotter leurs cheveux par derrière. De chaque côté des compartiments sur lesauels sont sculptes les hommes armés de lances, on voit la représentation d'un combat entre un lion et un taureau, suivant Ker Porter, ou une licorne, comme le
rînse Heeren. Cet animal ressemble , peu de chose près , aux taureaux qui décorent le portique dont nous avons parlé plus haut. Sa tête est entière, et une seule corne sort du milieu de son front.
Sur les plans inclinés qui correspondent à la pente des escaliers, court une espèce de frise , sur laquelle est sculptée une suite de figures d'un pied neuf pouces de hauteur. Ces figures, qui ressemblent à celles des compartiments que nous avons décrits, représentent, suivant Ker Porter, des doryphores ou gardes du corps des rois de Perse (vov. pi. 11). Une suite toute semblable décore le côté opposé. Ces deux espèces de processions se font face; et, par conséquent, ceux qui composent la procession de droite présentent le côté gauche au spectateur, et laissent voir ainsi parfaitement l'arc et le carquois qu'ils portent. Une bordure étroite de roses ouvertes termine la frise.
Il faut passer maintenant aux objets représentés sur l'escalier suivant, en commençant par le côté gauche. Là encore , dans I espace triangulaire formé par la pente des degrés , on trouve une répétition du combat entre un lion et un taureau , et, après cela , une tablette sur laquelle on découvre une inscription presque effacée. Viennent ensuite trois rangs de figures cruellement mutilées et placées les unes au-dessus des autres. Le troisième rang, qui est à la hauteur du sommet
de l'escalier, n'offre plus aux regards que la partie inférieure des figures qui y sont représentées. On y reconnaît deux chariots traînés par des taureaux, puis un cheval accompagné d'un nomme, puis encore deux chevaux; -ensuite cinqjigures habillées de courts vêtements, puis une suite non interrompue de quarante-quatre hommes portant des lances et revêtus de longues robes. Les trois rangs de figures qui composent le bas-reliefsont séparés I un de l'autre par une bordure de roses. La répétition fréquente d'un semblable ornement témoigne du goût constant des habitants de la Perse pour la rose, qu'ils regardent encore comme la plus belle et la plus agréable de toutes les fleurs.
Le rang au-dessous offre d'abord trente -deux figures, dont une sur deux est revêtue d'une longue robe à larges manches descendant jusqu'aux poignets. La robe est légèrement retroussée par-devant dans la ceinture, ce qui forme une espèce de draperie gracieuse retombant en plis réguliers sur chaque cuisse. A l'endroit où la ceinture se noue, est placé un poignard dont la poignée rappelle exactement ceux dont les Persans se servent aujourd'hui ; ce que l'on découvre de la partie supérieure du fourreau a une forme très-singulière, et assez semblable à celle du crisse des Malais. Ces figures portent aussi des boucles d'oreilles et des colliers. Quelques-unes ont de plus des bracelets. Leur coiffure est une haute tiare couvrant des cheveux épais qui tombent en boucles sur le cou, et bouclés également sur le front. La barbe, assez courte, est arrangée dans le même goût et taillée carrément. Lès pieds sont chaussés de sandales. Les figures ainsi vêtues tiennent la main de la personne qui les suit ou les précède immédiatement; ce qui peut faire présumer que l'artiste a voulu représenter les personnes chargées d'introduire les étrangers chez le roi. Ces personnages, à l'exception d'un ou de deux, tiennent dans leur main droite une fleur qui ressemble au lotus, et plusieurs d'entre eux ont un
PERSE
arc pendant sur la hanche gauche (?oy. pi. 12).
Les figures qui alternent avec cellesci sont vêtues d'une tunique courte à longues manches étroites. Tout l'habit est si serré, qu'on n'y voit pas un pli. Les jambes sont couvertes ae caleçons descendant à la cheville du pied et tombant sur un soulier; la tête est coiffée d'un chapeau arrondi par le haut et un peu avancé sur le front.
Cette coiffure, toute différente de la tiare, ressemble un peu au bonnet phrygien. La simplicité de tout ce costume peut faire supposer que c'est celui des anciens habitants de la Perse proprement dite; quant à la robe et à la tiare des autres figures, on y reconnaît évidemment le costume des Mèdes.
La ceinture qui liait ce vêtement des anciens Mèdes est très-distinctement marquée. On en voit une seconde à laquelle est suspendu, du côté droit, un poignard d'une forme tout à fait différente de celle du courtisan vêtu de la robe médique. Ce poignard est très-large, et le bout du fourreau semble attaché à la cuisse droite près du genou. Quelques-uns de ces personnages portent un arc; d'autres ont des boucles d'oreilles, des colliers et des bracelets; d'autres enfin ont un long manteau jeté sur les épaules , et attaché sur la poitrine avec des cordons.
Tous portent des lotus. Vingt-huit Perses vêtus de robes et armés de lances terminent ce rang. La hauteur de cette partie du bas-relief n'est que de deux pieds dix pouces.
La troisième partie et la plus basse offre la même procession d'hommes vêtus de longues robes alternant avec des hommes vêtus de tuniques. Ce dernier bas-relief est parfaitement conservé, parce qu'il est resté fort heureusement caché sous des ruines pendant plusieurs siècles. Quelques voyageurs attachés aux dernières ambassades des Anglais en Perse l'ont fait dégager, et l'ont rendu visible.
Du côté opposé à celui dont nous venons de parler, les bas-reliefs du rang supérieur sont en très-mauvais état. Le second rang commence par
un Perse vêtu d'une robe et portant un poignard à la ceinture. Dans la main droite, il tient un bâton, qui paraît être la marque distinctive de son emploi, tandis qu'il donne la gauche à un personnage placé derrière lui. Celui-ci en précède quatre autres dont il paraît être le chef. Trois portent sur leurs deux mains des vêtements. Le quatrième tient deux grandes coupes. La partie supérieure des figures est trop maltraitéç pour qu'on puisse y retrouver les moindres traces de coiffure. Le premier personnage du deuxième groupe porte la tunique persane, et un bâton moins long que celui de l'introducteur dans le premier groupe. Un collier entoure son cou.
Il donne la main gauche au premier personnage d'un groupe de six figures couvertes d'une espèce de surtout, et ayant les bras nus de la main jusqu'au coude. Deux personnages portent des bassins, et un troisième une pièce d'étoffe; le quatrième tient un bâton de la main droite, et dans la gauche le bout d'une corde par laquelle il conduit un taureau; le cinquième marche à côté de l'animal, la main sur son dos, et le guide avec attention. Le taureau est admirablement fait , et le pas lourd de cet animal est rendu en perfection.
Le troisième groupe est précédé d'un Perse avec la longue robe, conduisant également un groupe de six personnes, dont les deux dernières poussent des béliers à longues cornes {yoy.pl. 14).
Le conducteur du quatrième groupe est vêtu d'une tunique. La figure qui vient ensuite est habillée de la même façon, mais ne porte ni bâton ni collier; à côté, marche un autre personnage tenant un cheval par la bride (voy. pi. 14). Les quatre qui suivent tiennent différents objets relatifs à l'équipement des chevaux. Le cinquième groupe a pour conducteur un homme vêtu de la robe longue. On peut remarquer que les fonctions d'introducteur sont remplies alternativement auprès de chaque groupe par un Perse vêtu de la robe médique et par un Perse couvert de l'habit national.
Dans ce groupe, nous voyons deux
L'UNIVERS
personnages qui conduisent un taureau {soy.pl. 13, où nous avons ajouté un dromadaire qui se trouve sur un autre bas-relief), et trois qui sont armés de lances.
Le talent que l'artiste a déployé dans la représentation des parties nues de ses personnages est trèsremarquable. La vérité des mus* clés, 1 énergie de leur action, indiquent une tout autre main que celle qui a dû tracer les jambes roiqes, sans souplesse et sans vérité, de quelquesunes des figures complètement vêtues.
Il est probable que le sculpteur principal ne daignait finir dans ces travaux que les parties les plus saillantes, laissant le reste à des artistes d'un ordre inférieur.
Nous ne poursuivrons pas plus loin cette description. Les personnes qu'un examen plus détaillé des bas-reliefs pourrait intéresser, feront bien de recourir à l'excellent ouvrage de Sir Robert Ker Porter.
Rien de si beau et de si triste que la vue des ruines que le voyageur aper-
Îjoiten arrivant à la plate -forme sur aquelle s'élevait jadis le palais (voy.
pi. 7)< Cette plate-forme, qui a trois cent cinquante pieds du nord au sud , et trois cent quatre - vingts pieds de Test à l'ouest , est presque entièrement couverte de chapiteaux brisés, de débris de colonnes, et de ruines sans nombre, souvent ornés d'admirables sculptures. Les colonnes formaient quatre divisions. Il y avait comme une phalange centrale, profonde de six de chaque côté; un corps avancé de douze en deux rangs , et le même nombre flanquant le centre. La division avancée , composée d'une double ligne de six colonnes , est à vingt pieds de l'escalier. Une seule de ces colonnes est maintenant debout. Les bases trèsendommagées de neuf autres colonines subsistent encore, mais il ne reste plus que l'emplacement des deux dernières , qui complétaient la colonnade. A environ trente-huit pieds du bord occidental de la terrasse, se trouve la seconde double rangée de ODoesv Cinq des douze colonnes de
cette division sontencoredebout. Les chapiteaux et les bases sont assez bien conservés. De là à la rangée orientale, composée d'un nombre égal de colonnes, la distance est de deux cent soixante-huit pieds. Dans cette rangée, il y a quatre colonnes debout , et quatre piédestaux. Le reste a été totalement détruit, ou se trouve enseveli sous des monceaux de ruines qui sont devenus de véritables monticules. Les colonnes qui composent ces trois colonnades sont identiquement semblables; et on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou l'élégance de la forme et le fini du travail, ou la symétrie admirable observée par l'architecte. La hauteur totale de chaque colonne est de soixante pieds. La circonférence du fût, de seize pieds; et sa longueur, du chapiteau jusqu'au piédestal , de quarante - quatre pieds.
On compte sur ce fût cinquante -deux cannelures. Le piédestal a la forme d'un lotus pendant. Les chapiteaux qui subsistent encore sont d'une forme très-gracieuse", et qu'on ne pourrait mieux comparer qu à un corsage de femme (voy. pi. iS). Ker Porter pense que la toiture de l'édifice devait être de bois, et recouverte d'un mince revêtement de pierre. Le même auteur trouve une ressemblance frappante entre la disposition générale des colonnes de Persépolis et le plan du palais de Salomon , appelé Palais du bois du Liban (*).
A soixante pieds des colonnades de l'est et de l'ouest , s'élevait la phalange centrale composée de trente -six colonnes. Aujourd'hui cinq seulement subsistent entières; si l'on joint à celles-ci les autres groupes, on trouve qu'il y en a quinze encore debout. Le groupe central forme. six rangs de six colonnes chacun, ce qui donne un carré parfait. Ces colonnes sont placées à la même distance Tune de l'autre que dans les autres divisions ; la circonférence et le piédestal, comme aussi les ornements , sont de dimension semblable; mais ces colonnes
(*) Voyjw III fiw, vu , *, ^
PERSE
n'ont que cinquante-cinq pieds de hau* teur. Leurs fûts, cannelés comme ceux des autres colonnes , n'ont que trente - cinq pieds de long. Les chapiteaux sont tout différents , et ressemblent à ceux du grand portique. On voit sur ces colonnes les marques d'un corps étranger destiné à les joindre à un toit. Une autre circonstance vient encore confirmer cette idée de l'existence d'un toit au-dessus de ces colonnes imposantes. La partte des chapiteaux tournée vers l'intérieur du carré porte des traces de la chute de
Îfuelque corps lourd , qui , çn tombant, es a considérablement endommagés* tandis que le côté extérieur n'est presque point altéré.
Dans la rangée du milieu, on observe une particularité qui donne Heu, dit Ker Porter, à une conjecture intéressante. Tous les piédestaux de cette rangée, qui en a douze, s'élèvent de quelques pieds au-dessus de ceux qui les environnent , et semblent disposés de manière à soutenir un niveau exhaussé. Pour quiconque a vu la fête du Nourouz; une pareille disposition semble parfaitement convenir à cette cérémonie. Sur le pavé de marbre qui devait couvrir ces piédestaux, s'élevait probablement le trône où le roi , suivant une coutume qui remonte à la plus haute antiquité et qui subsiste encore de nos jours , était assis audessus du niveau sur lequel se rangeaient les courtisans.
L'édifice le plus voisin du palais que nous venons de décrire est situé sur une élévation d'environ sept ou huit pieds , et occupe un espace d'environ cent soixante et dix pieds sur quatrevingt-quinze. On y monte du coté de l'ouest par un double escalier maintenant en ruine ; des fragments qui subsistent çà et là prouvent que cet édifice était aussi décoré de sculptures.
Le côté oriental est tellement couvert de débris, qu'il est impossible d'y apercevoir la trace d'un escalier correspondant. Au midi , toute la façade de la terrasse qui supporte l'édifice est occupée par un magnifique escalier.
là , de cfoque côté d'une inscription
cunéiforme , sont sculptés des hommes d'une taille gigantesque, armés de lances , et dont on ne découvre plus que la tête et les éppules. Le reste du corps est caché sous les décombres.
Au nord, on trouve un espace de soixante-cinq pieds de large , où sont les fondations de quelques murs appartenant, suivant touce apparence, à l'ancien fronton de l'édifice. De chaque côté de cet espace, à quarante pieds de la descente méridionale , sont deux entrées majestueuses de quatre blocs de marbre presgue noir. En dedans de ces portiques , deux gardes sont sculptés de chaque côté en bas - relief; ces personnages portent la robe médique et une longue lance; et, au lieu de la tiare , ils ont sur la tête un large bandeau qui, probablement, était de métal.
En face du garde le plus avancé, on voit en long cylindre qu'il paraît saisir de la main gauche. Cet objet est peutêtre , dit Ker Porter, le bouclier d'osier appelé gerra.
Sur le nord même de l'escalier occidental se trouve un portique; puis, à une distance de quelques pas, il y en a un second qui conduit dans'une chambre de quarante- huit pieds carrés. Deux autres portes s'ouvrent du côté du nord , deux du côté de l'ouest , une au midi , et originairement deux à l'est. Une seule de ces dernières subsiste encore. Sur trois côtés de la chambre , on trouve plusieurs niches creusées dans la pierre, profondes de trois pieds, hautes de cinq, et larges de six. Quatre fenêtres de aix pieds de haut s'ouvrent du côté méridional , dans l'épaisseur du mur, qui est de cinq pieds. Ces fenêtres ne sont plus guère qu'à un pied du niveau de la chambre , à cause des ruines qui encombrent le sol. Au passage des portes est un bas - relief représentant un roi accompagné par deux servi* teurs ( vov. pi. 16). Le roi a le visage mutilé, ftfais il y a une grande ma* jesté répandue dans toute sa personne.
Une longue barbe arrangée avec soin descend sur sa poitrine , et des che* veux épais et parfaitement bouclés couvrent son çou. De la, pain droite
L'UNIVERS
il tient un bâton , terminé par un ornement mutilé, qui, probablement, ressemblait à une pomme; dans la main gauche il a un lotus. Des deux serviteurs , l'un porte une ombrelle , qu'il tient au-dessus de la tête du roi, et l'autre porte un chasse -mouches , qui se trouve placé au - dessous de l'ombrelle; de la main gauche, le même serviteur soutient un objet que l'on suppose être le mouchoir du roi.
Au-dessus de ces trois personnages , on en voit un autre qui ressemble assez à ceux qui sont placés au-dessous. La seule différence est qu'il tient de la main gauche un cercle , et qu'il a la droite élevée et ouverte. Ce personnage sort d'un cercle qui paraît formé par deux serpents , et porte des ailes énormes. C'est le férouher du roi. Le fini admirable de ces bas- reliefs fait regretter le mauvais état où ils sont.
Nous avons compté trois terrasses s'élevant au-dessus de la plaine : d'abord la grande plate-forme qui soutient tout le reste; puis la terrasse de Tschilminar; en troisième lieu, celle qui soutient l'édifice que nous venons de parcourir. Une quatrième terrasse se présente à environ quatre-vingt-seize pieds, au sud de la précédente; son sommet est au niveau de celui de la troisième terrasse; trois de ses côtés sont cachés par les décombres. La terrasse forme un carré de quatre-vingtseize pieds. Elle offre sur deux lignes droites les bases de dix colonnes ; ces bases ont trois pieds trois pouces de diamètre. Si les décombres pouvaient être enlevés, nul doute qu'on ne retrouvât là les vestiges d'une place. A l'angle sud -ouest de cette terrasse est une nouvelle élévation carrée qui peut avoir, du sommet à la base, soixantedeux pieds, et supportait sur trois rangs, douze colonnes, dont les bases existent encore et ont le diamètre de celles de la colonnade voisine.
Immédiatement au delà de cette terrasse comparativement petite,s'en élève une cinquième beaucoup plus étendue.
Mais avant d'en commencer la description, nous hasarderons, ditRer Porter,
quelques suppositions sur l'un des emplacements que nous avons déjà parcourus. De l'extrémité méridionale de la colonnade sur la terrasse de Tschilminar, s'étend un espace de trois cent quinze pieds, courant droit de la colonnade au fronton septentrional d'un édifice de la cinquième terrasse. On ne trouve sur cet espace de terrain ni un pan de mur ni une colonne; seulement, le niveau est interrompu par un immense monceau de ruines qui couvrent les restes d'une partie du palais correspondant à celle qui s'élève au midi sur la cinquième terrasse, probablement de la plus magnifique de ces deux parties, de celle qui se trouvait plus rapprochée de la salle d'audience, et qui était, selon toute apparence, destinée aux banquets royaux. Cela étant, continue le même auteur , c'était là le palais qu'Alexandre détruisit dans le délire d une orgie. II est vrai qu'on ne découvre aucunes traces de feu sur les murs adjacents. On peut donc objecter que si un édifice aussi considérable avait été incendié, les ravages des flammes se laisseraient encore voir sur les murs. Mais en réfléchissant à quelles distances tous ces édifices se trouvent les uns des autres , séparés nonseulement par de simples espaces, mais sur des terrasses isolées, on concevra qu'un d'entre eux ait pu être brûlé jusque dans ses fondements, sans que le feu ait atteint aucun des autres. En outre , la solidité des murs de ces palais est telle, que le feu a pu s'y trou-" ver renfermé comme dans une fournaise, consumant uniquement Tintérieur. On nous objectera encore que ce palais devait être d'une construction semblable à celle des autres; il est singulier qu'il ne reste aucune trace de ces murs dont nous admirons ailleurs la solidité. Mais il est possible que la pierre, minée par l'action du feu, se soit dégradée, et peu à peu soit tombée sur le toit déjà abattu. En outre, Plutarque nous apprend que l'ivresse d'Alexandre se dissipant presque aussitôt que cet acte insensé eut été commis , il donna des ordres pour éteindre le feu ou du moins l'empêcher de
PERSE
s'étendre. Il est probable, d'après cela, qu'une partie de l'édifice aura été abattue pour arrêter l'incendie. Ces ruines furent ensuite abandonnées et restèrent dans le même état, ce qui n'étonnera personne, si l'on considère que la brièveté de la vie d'Alexandre et les troubles qui suivirent sa mort firent négliger Persépolis. Les souverains grecs et parthcs aimèrent mieux prendre pour capitales d'autres villes que celles qui avaient été le théâtre de la gloire des anciens rois. Les cruelles dévastations des Arabes contribuèrent encore à faire abandonner Persépolis.
Ainsi il est probable que la partie du palais qui fut incendiée, se trouve ehcore aujourd'hui à peu près dans le même état que le lendemain de cette nuit de destruction , 329 ans avant l'ère chrétienne.
Sur la cinquième terrasse, on peut admirer les restf s d'une des constructions les plus belles et les plus régulières de toute la Plate-forme. Ker Porter suppose que là étaient les appartements particuliers du roi. Ce qui subsiste encore de l'édifice doit faire regarder cette conjecture comme parfaitement fondée. On voit dans cette partie du palais les traces d'un aqueduc souterrain qui recevait l'eau d'un immense étang qu'on reconnaît au pied des rochers ; l'aqueduc se dirige vers le nord, et on en peut suivre les vestiges jusqu'à la citerne, près du grand portique des taureaux, sur la première plate-forme. Nul doute que cet aqueduc n'eût bien d'autres ramifications, au* iourd'hui cachées par les ruines. On l'a creusé dans le roc, et c'est là cette route souterraine que quelques anciens voyageurs ont décrite comme un passage secret communiquant avec d'autres mystérieuses excavations dans le sein de la montagne , et conduisant à l'entrée d'une salle de tombeaux.
A cent quatre-vingt-dix pieds au nord, un autre édifice s'étend sur un espace à peu près aussi vaste que eelui de Tschilminar, c'est un carré parfait de deux cent dix pieds. Il a deux portes sur chacune de ses faces; celles du nord ont treize pieds
de large, tandis que les autres n'en ont que sept. Entre ces portes, se trouvent sept grandes fenêtres dont les embrasures ont dix pieds de profondeur, comme tout le reste du mur* Sur les autres faces, entre les portes, est une immense niche. Les côtés des portes sont richement ornés de sculptures; dans le compartiment le plus élevé, on retrouve le personnage royal dont nous avons déjà parlé {yoy.pl. 17), assis sur son trône, les pieds poses sur un tabouret. Sur sa tête sont les restes d'un bas-relief représentant un dais soutenu par des colonnes fines, le tout surchargé d'ornements et de figures de lions et de taureaux. Le férouher qui accompagne ordinairement le roi devait être sculpté là comme ailleurs, mais on n'en voit plus de traces. Le roi est représenté dans ce bas-relief avec un costume simple, sans collier ni bracelets. De la main droite , il tient un long bâton ou sceptre; de la gauche, un lotus; derrière .lui, est le personnage ordinaire qui tient le chasse-mouches et le mouchoir, et ayant le visage couvert. Vient ensuite une seconde figure vêtue de l'habit court des Perses, et portant l'arc royal et la hache d'armes. Un troisième personnage, vêtu de la robe médique, porte la tiare cannelée, et tient de ses deux mains une longue baguette. Devant le trône, sont deux encensoirs de forme gracieuse, avec des chaînes au couvercle, et un personnage dont le visage est couvert s'approche, portant un petit vase qui probablement contient des parfums.
Immédiatement devant les encensoirs et en face du roi , se tient un homme vêtu de la tunique courte et du bonnet uni, tenant de sa main gauche le bâton , marque de sa dignité, et couvrant sa bouche avec la main droite, pour empêcher l'haleine d'arriver jusqu'au personnage royal en présence duquel il se trouve. Au-dessous de ce groupe , sont cinq rangées d'officiers ou serviteurs, séparées par une bordure de roses. Au delà du grand fronton septentrional de cet édifice, sont deux portiques. Là encore, sur les compar-
L'UNIVERS
tïments les plus élevés, on voit le personnage royal, mais accompagné d'un seul serviteur, celui qui tient le chasse-mouches (voy. pi. 18). Le dais qui garantit la tête du roi est parfaitement conservé et d'un travail admirable. On y remarque des bordures de roses, et d'autres où sont représentés des lions , ou des taureaux. Le férouher surmonte le tout; mais, au lieu d'un anneau , il tient un lotus ; trois rangs de figures avec une large frise entre chaque rang remplissent l'espace entre le trône et le sol. Le premier rang est formé de quatre personnages qui ont quelque rapport avec des cariatides; le second contient cinq figures qui soutiennent de la même manière la frise intermédiaire. Une seule figure du dernier rang est visible; c'est un Éthiopien. Le tout est encadré dans des colonnes doubles auxquelles le dais est attaché, et qui ressemble d'une manière frappante aux ornements des tombeaux de Nakscbi-Roustam, dont nous parlerons plus loin. Sur les quatre portiques de Test et de l'ouest , on retrouve le bas-relief représentant un combat singulier entre un homme et différents animaux (voy. pL 19).' Les figures sont colossales. L'homme qui lutte avec les animaux est ordinairement appelé pontife-roi; il' a un air noble et imposant, et porte une longue robe, mais ses bras sont complètement nus; ses cheveux touffus et bouclés sont entourés d'un diadème assez bas , et sa barbe, longue et terminée en pointe, est bouclée à la manière particulière aux rois; il saisit de la main gauche la forte corne qui sort du front H'afiimal, et de la droite il lui plonge sa courte épée dans le corps. Il accomplit cette action avec calme. Dans le premier bas-relief, l'animal offre un composé monstrueux du corps et des membres d'un lion, avec la tête et le cou d'un aigle, couvert jusqu'à la moitié du dos d'un plumage qui imite les écailles d'une armure. Dans le basrelief qui sert de pendant à celui-ci , la tète semble être celle d'un loup; les jambes de devant et le corps sont d'un lion, et les jambes de derrière sont
certainement celles d'un aigle. Le cou est couvert d'écaillés et de plumes, et a aussi une crinière. L'animal porte des ailes qui s'étendent presque jusqu'à sa queue, extrêmement longue et Formée d'une chaîne d'os, comme les vertèbres du dos. Les animaux des autres bas-reliefs sont d'une forme bizarre ; il y en a un qu'on reconnaît aisément pour un lion à cornes, et l'autre pour un taureau unicorne. Un Persan qui se trouvait près de Sir Robert Ker Porter, lorsque celui-ci visita ces ruines, disait que les sculptures qui nous occupent représentaient les combats de Djemschid et de Roustam contre de mauvais génies revêtus de formes hideuses.
En sortant par le portique oriental où sont représentés le roi et le monstre à la longue queue, on a la montagne en face de soi. La pente commence à deux cents pieds du dernier édifice, et part de la plate-forme qui a été taillée a la base de cette montagne. Après avoir gravi une hauteur de plus de six cents pieds, on arrive à une tombe creusée dans le roc, et qui se trouve directement en face du grand édifice du pontife-roi. Une autre excavation est plus au sud , et plus haut sur la montagne. Près de l'angle sud-est de la plate-forme et sur le penchant de la couine, Ker Porter trouva le vaste réservoir où allaient se réunir toutes les eaux de la. montagne, qui de là circulaient, à travers la plate-forme, par divers canaux souterrains, jusqu'à la citerne, d'où ces eaux allaient se répandre dans tous les édifices des diverses terrasses.
«En réunissant, dit Ker Porter, « le produit d'une résidence de plu- « sieurs jours dans ce lieu si rempli «d'intérêt, j'eus la satisfaction de « trouver que j'avais pris des dessins «de presque tous les bas-reliefs im- « portants, que j'avais levé un plan « fidèle du terrain , et copié différentes « inscriptions en caractères cunéifor- «mes. Celles qu'on voit en quatre « compartiments, planches lv et lvi,n « sont complètes, à l'exception de la «dernière, à laquelle il manque un
PERSE
« petit nombre de lignes, que le dé- « rangement de ma santé ne m'a pas « permis de copier. Ce qui m'est arrivé « a cet égard pourra bien arriver aussi « à d'autres voyageurs curieux de re- « cueillir des inscriptions. Pour leur « épargner l'inconvénient de s'exposer,
* plus longtemps qu'il ne serait Jiéces- «saire. à un soleil dont les rayons « réfléchis par le roc et par les monta- « gnes donnent une chaleur tout à fait «insupportable, je vais indiquer les « inscriptions qui restent à copier. Ce « sont d'abord douze petites tablettes , « couvertes de caractères cunéiformes, « oui se voient au-dessus des animaux « de proportion colossale, placés dans « les deux grands portiques qu'on ren- « contre aussitôt après avoir monté « les degrés qui conduisent de la plaine « à la plate-forme. 11 faut ajouter à « cela les lignes d'écriture qui entou- « rent les niches pratiquées dans i'édi- « fice qui est derrière cette partie des « ruines à laquelle appartient proprece ment le nom de Tschilminar, et enfin
* l'inscription très-dégradée qu'on voit « sur les parois de l'escalier qui est à « l'est du bâtiment indiqué par la lettre « N sur la planche xxxn.
« Tout malade que j'étais , il semblait « qu'une sorte de vertu attractive « comme celle de l'aimant m'entraînât « vers ce trésor inépuisable du plus vif « intérêt. Avant donc de prendre congé «de ces lieux, je parcourus tout le «terrain qui environne la base de la « plate-forme , pour voir si ie trouve- « rais quelques vestiges de l'ancienne « ville. Il en reste bien peu aujourd'hui. « Le premier qui s'offrit à ma vue fut « un porche magnifique, isolé dans la « plaine, au nord de la plate-forme, et « a peu de distance des rocs. Les faces « intérieures de ses côtés sont sculp- « tées , et l'on y voit des personnages « vêtus de longues robes, et dont les « figures sont presque totalement bri- « sées. Le second objet qui se présenta a à moi est au sud-ouest de la plate- « forme , et consiste en un monceau de «magnifiques débris, qui paraissent «être les ruines d'un temple ou de « quelque autre édifice d'une grande
« importance. Sur les vues de Persé- * polis données par Chardin et le « Bru yn , cet emplacement est distingué «par une seule colonne qui s'élève « majestueusement du milieu de ses « pareilles brisées en pièces , comme un « héros entre des corps morts. Mais « aujourd'hui cette colonne est aussi « renversée , et les longues herbes qui «couvrent le terrain agitent seules « leurs verts drapeaux sur les co- « tonnes renversées de la grandeur.
« Le dernier coup qui a jeté sur le sol « ce magnifigue reste d'un édifice anti- « que a été trappe, il y a quinze ans, «par une troupe de gens du pays, «pour avoir le fer oui unissait les a pierres de cette colonne. J'appris «cette particularité d'un paysan qui « m'accompagnait journellement dans « mes recherches , et qui avouait avoir « pris part à cet acte de déprédation. « II ajoutait en même temps que pa- « reille chose n'arriverait plus désor- « mais » parce qu'on connaissait par- « faitement le danger d'un semblable « sacrilège. A la demande que je lui « adressai pour savoir ce qu il voulait « dire , il répondit que , peu de temps «auparavant, un homme du village « qu il habitait avait renversé une co- « lonne de la grande terrasse, et qu'il « était mort le lendemain. Ce n'était «pas encore tout; tant de songes « avaient annoncé son malheureux sort, «et tant d'autres, depuis sa mort, « avaient prédit un pareil châtiment, « de la part de Salomon ou du diable, «à quiconque imiterait son exemple, « que dorénavant il n'y aurait, disait- « il , personne d'assez hardi pour tou- « cher du bout du doigt à ces édifices, « dont la construction était due à l'as* « sistance efficace de l'un ou de l'autre « de ces puissants personnages, ou « même de tous les deux. Le résultat «de ces idées superstitieuses me fit « beaucoup de plaisir, et je regarderais « comme bien peu ami de la mémora- « ble antiquité, quiconque essayerait « de dissiper ce nuage protecteur. »
Le dernier objet digne de quelque attention, est un tombeau inachevé creusé dans la base de la montagne,
L'UNIVERS
an sud de la plate-forme, et assez près des ruines dont nous venons de parler.
Ce tombeau a , quant à l'architecture, le même caractère que les autres tombeaux de la montagne. « On a quelque « peine à en approcher, parce que des « blocs de pierre encombrent le pas- «snge; mais lorsqu'enfin je fus près « du monument, ait Sir Robert Ker « Porter, il me sembla , en le regarni dant, que le sculpteur y avait encore « travaillé la veille. Je ne pouvais me « figurer que je voyais une oeuvre in- « terrompue depuis deux mille ans. Le « compartiment supérieur a seul été « fini ; on y a représenté le roi , l'autel « et le férouher. Plein du souvenir de « Cyrus qui fonda l'empire des Perses, « et d'Alexandre qui le détruisit jusque «dans ses fondements, je quittai les « tombeaux vides, et la riiétropole dé- « serte et silencieuse. »
* On trouve dans plusieurs parties de la plaine d'Istakhar, appelée aussi plaine de Mardasckt. des ruines du même style que celles de Tschilminar, et de petites niches taillées dans le roc, à une hauteur telle qu'il est difficile d'imaginer comment et dans quel but on les a creusées. En avançant vers le nord, à un mille et demi ou deux milles , le voyageur arrive à l'endroit appelé actuellement Nakschï-Radjab, ou le portrait de Radjah. C'est une salle creusée dans le roc, et ouverte par en haut. Le fond et les côtés de cette salle sont couverts de bas-reliefs. Une de ces figures , qui représente un roi perse de la dynastie des Sassanides, est devenue, on ne sait trop comment, pour les habitants du pays , un héros imaginaire auquel ils ont 'donné le nom de Radjah. Les têtes de presque tous les personnages de Nakschi -Radjah ont été mutilées par des musulmans fanatiques.
Nakschi-Roustam, c'est-à-dire lé portrait de Rovstam, est situé à environ quatre milles de* Tschilminar.
Les monuments qui se trouvent dans ce lieu sont de deux sortes : les uns appartiennent à une époque antérieure à 1 expédition d'Alexandre, et se composent de quatre tombeaux taillés dans
l'escarpement d'une montagne à- une
§raude hauteur. Ker Porter est entre ans une de ces sépultures, dont les planches 2 et 3 donnent les bas-reliefs* Les autres monuments , placés à une hauteur moins grande que les tombeaux , et quelques-uns même dans la partie la plus basse de la montagne , ne remontent qu'à l'époque des Sassanides. Ce sont de grands tableaux en relief sculptés dans le roc. Nous donnons , d'après Ker Porter, le troisième, le quatrième et le cinquième bas-relief, qui forment nos planches 4, 5, 6.
En avançantverslenord,ducôtéd'Ispahan , et avant d'arriver à Mourgab , on trouve un monument que les habitants appellent Meschhedi maderi- Souleimany ouïe tombeau de la mère de Salomon. Ker Porter a cru reconnaître dans cet édifice le tombeau de Cyrus ; et la plaine où il est situé lui paraît être l'emplacement de l'ancienne Pasargade. Il ne faut pas confondre ce monument avec un autre moins ancien , et qui porte le même nom. Ce dernier, dont nous avons déjà parlé, est situé dans les environs de Scniraz.
Au delà du Tombeau de la mère de Salomon, est le beau village de Mourgab, défendu par un fort, et dans lequel se trouvent plusieurs jardins. Il y a, près de Mourgab, des sources d'une eau excellente qui arrosent toute la plaine. Les montagnes d'alentour sont couvertes de vignes qui présentent un aspect assez gai ; et le village a une apparence de propreté , et , pour ainsi dire , de jeunesse , qui surprend d'une manière agréable l'œil du voyageur fatigué par la vue des ruines et des décombres qui couvrent presque entièrement le sol de la Perse. Les murailles de Mourgab ont été réparées; et de nouvelles maisons s'élèvent çà et là dans l'intérieur du village. Le district est gouverné depuis environ six cents ans par une famille d'origine arabe, dont le chef était , il y a quelques années , un seigneur nommé Aga-Khan. M. Morier pense que c'est à la supériorité bien reconnue du caractère arabe sur le caractère persan, qu'il faut attribuer la prospérité relative de
Mr
PERSE
w jgy te* faf v^ji-^t v-J w ,
=frr.'îg..9Jr..'?s-
«^/- <**r^r *Jr>?t z S /*>?**' ■
~^J^./ ts/rs/ *s <■ /7rvy/*tf^/^.
ce pays. On trouve, dans le voisinage de Mourgab, des mines de plomb. Le village est situé à cinq milles de ruines importantes décrites par Rer Porter.
Notre planche 1" offre la copie d'un bas-relief dessiné sur les lieux par ce voyageur.
Au delà de Mourgab , on ne trouve plus d'anciens monuments. Les ruines, comme on voit, peuvent être divisées en quatre parties pour le voyageur oui va d'Ispahan à Schiraz :
celles de la vallée de Mourgab, de Nakschi - Roustam , de Nakschi - Radjah , et de Tschilminar.
Fesà ou Besà. Des rues étroites et boueuses , garnies de chaque côté de maisons construites de briques cuites au soleil , et presque toutes tombant en ruine : tel est l'aspect général de la ville. On y trouve quelques édifices construits en briques cuites au four , qui sont aussi en très - mauvais état. Les habitants paraissent pauvres et misérables. On voyait encore à Fesa , quand Sir William Ouseley y passa , en avril 1811, le cyprès qui avait excité l'admiration du Voyageur Pietro délia Valle. Cet arbre était si gros, qu'il remplissait un rond formé par les bras étendus de cinq hommes. Le seul édifice ancien qu'on remarque à Fesa est un grand bâtiment construit de briques , et qui paraît avoir trois siècles d'existence. Il y a encore , à Fesa , un beau collège ou médrésé, bâti depuis peu d'années , et qui présente cependant déjà de» signes évidents de décadence. Sir 'William Ouseley visita les environs , espérant y trouver quelques restes d'antiquités; mais il fut trompé dans «son attente. Cependant, si nous en croyons les auteurs persans , Fesa était autrefois aussi grande que Schiraz , et l'emportait sur cette dernière ville par la pureté de l'air et la bonté des eaux. Fesa avait, dans le dixième siècle , de belles manufactures de tapisseries et de brocart.
Dàhàbouebd. Cette ville, dit le géographe Cazwini , formait autrefois un cercle si parfait qu'on l'aurait cru tiré au compas. Au milieu de la ville était un château très -fort et envi-
4* livraison. (Pb*SB.)
ronné d'un fossé profond. Ce château tombait déjà en ruine au quatorzième siècle. Actuellement Darabguerd n'est plus qu'un village, et la moitié des maisons sont désertes ou ruinées.
La plus grande partie de remplacement qu'occupait l'ancienne ville forme aujourd'hui des jardins et des vergers.
Darabguerd est exposé a de grandes chaleurs, et la -peste s'y fait sentir assez souvent. On dit aussi que l'eau y est très -mauvaise. Tous ces incont vénients ne l'ont pas empêché d'être autrefois une ville florissante, et même, si nous en croyons les géographes, un séjour délicieux. Il y a , près de Darabguerd , une source de cette matière bitumineuse que les Persans appellent moumi (*) , et à laquelle ils attribuent des vertus médicinales si extraordinaires qu'ils la regardent comme plus précieuse que l'or. Cette source , comme toutes celles du même genre , appartient au roi.
Fibouzabàd, assez peu importante, est fameuse par son eau de roses , qui passe pour la meilleure de toute la Perse.
Cazeroun , encore assez florissante au commencement de ce siècle, est aujourd'hui presque détruite par les tremblements de terre. M. Alexander.
remarque que tous les étages supérieurs des maisons y ont été renversés sur les rez-de-chaussée , qui sont entièrement cachés par les ruines. C'est une des villes les plus chaudes de la Perse. On y voit un beau jardin appartenant au gouverneur, et planté de cyprès, d'orangers , d'abricotiers , et d'autres arbre? fruitiers. La fleur d'orange, qui se trouve en abondance dans les environs de Cazeroun , donne au miel qu'on y récolte un goût exquis, qui le fait rechercher par les Persans. On cultive beaucoup de blé et de tabac dans les campagnes d'alentour. On voit, près de Cazeroun , les ruines de Schapour, ville bâtie par Sapor Ier, qui lui donna son nom. Ces ruines n'ont encore été décrites en détail par aucun voyageur.
(*) Nous disons en ûrairçaU momU ou mumie.
L'UNIVEKS.
Soubmà n'est plus guère qu'un monceau de décombres.
Ybzdkhast ou Yezdikhàst , ville assez importante du temps de Chardin et jusque la conquête des Afgans, mais peu considérable aujourd'hui. La bonté du pain d'Yezdkhast est devenue proverbiale dans toute la Perse"; et on dit communément , pour design ertr ois-choses excellentes : Scherabi Schiraz, narU Yezdkhast, zani Yezd, c'est- à- dire, «vin de Schiraz, pain d'Yezdkhast , femme dTezd. »
Bendeb-AbouschehA ou Botjschehr , vulgairement appeléBouschir, est actuellement le principal port de la Perse. Cette ville est située sur une ïanguedetérre couverte autrefois parles eaux du golfe Persique. Les maisons y Sont construites de terre , ou de pierres blanches, qu'on trouve aux environs, et avec des toits plats, du milieu desquels on voit sortir, dans différents quartiers de la ville, des espèces de tours carrées, hautes de soixante à cent pieds anglais , et que les Persans appellent Bacfyuir ou prend vent. Ces tours, partagées en différents compartiments ou tuyaux, conduisent l'air dans la maison au-dessus de laquelle elles s'élèvent; et, pour peu qu'il y ait d'air, on est sûr de rafraîchir de cette manière un appartement , quelque grand qu'il soit. Plus ces tours sont hautes, et plus elles procurent d'air. On les ferme soigneusement pendant Fhiver. Les tours à vent servent principalement pour les appartements des femmes , qui , d'après les usages du pays, ne peuvent pas prendre le frais sur les plates-formes ou les terrasses , de peur que des étrangers ne les aperçoivent. Les badguir, quoique fort agréables pour diminuer la chaleur étouffante qui règne en été sur Jes bords du golfe Persique , offrent «pendant de graves dangers dans les pays exposés, comme Bouschir, aux tremblements de terre. On a vu des maisons renversées et des habitants tués par la chute de ces édifices.
Du côté de la terre, la ville est fortifiée. Des tours bâties à une distance illégale flanquent le mur d'enceinte.
Le sol n'est pas bien cultivé dans les environs immédiats deBouschir, et l'on n'y voit guère que des palmiers avec un bouquet de verdure au sommet.
Solitude, chaleur accablante, aspect triste et monotone , tels sont les traits caractéristiques de Bouschir et de toute la TÔte du golfe Persique. Quoique Bouschir soit le port de mer fe plus important de toute la Perse, on n'y voit cependant rien qui ressemble a ce mouvement, à cette activité qui régnent dans nos perts de commerce.
Au lieu d'une forêt de mâts de vaisseaux à l'ancre , et de centaines de canots qui vont et viennent , on aperçoit à peine çà et là les mâts de quelque navire solitaire ou un seul petit bateau. La plupart des vaisseaux qui naviguent dans le golfe Persique touchent à Bouschir et à Basra, pour décharger ou prendre des marchandises.
Tout ce commerce n'occupe guère annuellement que huit vaisseaux sous pavillon anglais, et six portant le pavillon de l'iman de Mascate. Ces bâtiments forment un total de quatre mille cinq cents tonneaux environ.
Quant aux Persans , leur répugnance pour la marine est telle qu'ils n'ont ni navires de guerre , ni navires de commerce. On voyait encore à Bouschir , lorsque Sir William Ouseley y passa en mars 1811, la carcasse d'un vaisseau de soixante canons construit à grands frais par Nadir-Schah , avec des bois transportés du Mazenderan. On laissa pourrir ce vaisseau dans le port. Mais ce qui donnera une idée encore plus exacte de l'aversion des Persans pour la marine, et de leur peu d'habitude de la mer, c'est ce que nous apprend M.
Morier, que des rameurs qui conduisaient le scheikh de Bouschir à bord d'une frégate anglaise à l'ancre dans le
f>ort, furent tellement incommodés par e mal de mer, que le capitaine anglais envoya son canot pour prendre à la remorque celui du scheikh , qui , sans ce secours , et réduit à l'équipage qui le montait , n'aurait peut-être jamais pu arriver jusqu'à la frégate. N'était cette disposition, qu'on remarquait déjà chez leurs ancêtres , il serait facile aux Pei *
PERSE
sans d'avoir une marine, en achetant dans l'Inde des vaisseau* ou des bote de construction. Les Anglais seuls pourraient s'opposer à ces achats , et ils n'en feraient- rien, car ils n'auront jamais à redouter les flottes persaues.
On suppose que la ville de Bouschir' contient environ quatre cents maisons, sans parler d'an grand nombre de huttes de boisdepalmief qui se trouvent à l'entrée des portes de la ville. Les habitants sont; difcon, aunombre de dix mille.
Bouschir* contient sept mosquées,' quatre appartenant aux schïites, et trois aur sunnite^; deux bains , et deux caravanséraïs. Les bafcars ou marchés ressemblent à ceux des villes de pro:
vince en- Turquie. L'ancienne factorerie anglaise * située sur' le bord de la mer, est fort endommagée. La nouvelle est située à environ deut milles de la place.
Les rues de Bouschir sont sales, larges de Six à huit pieds 'anglais seulement, et infestées par des bandes de-chiens galeux. Les" matériaux qu'on * emploie pour construire les maisons sont dans un état continuel de décomposition. Cela , joint à la poussière que soulèvent dans les temps secs le vent ou le passage des caravanes, formé un nuage épais qui obscurcît l'air et empêche de voir même à une petite * distance. Des parcelles d'une poussière fine et presque impalpable entrent dans les maisons , couvrent les meubles et les habits. Mais «es incommodité» ne sont rien en comparaison des' mouches et des cousins tjui ne laissent de repos ni aux hommes ni aux bétes.
Daas un climat aussi chaud que celui de BouBohîv, on vit plu» agréablement sous des tentes que dans des- maisons»
Cependant la résidence sous des tentes n'est pas sans- avoir- aussi ses ineon*».. véments. En 1810, pendant <jue/lam^ .
bassadeur de 6a Majesté- Britannique, Si* Gore Ouseley, était campé aux environs de* B&uschir* un vent du sudest emporta trois tentes très-grandes.* Le même vent ^accompagné d'une chaleur suffocante , continua de souffler pendant plusieurs jours avec violence, et amena sur la ville et les campagnes
des environs des nuages de sauterelles.
Bientôt la plaine fut couverte d'hommes , de femmes et d'enfants qui prenaient ces insectes pour s'en nohrrin En général , les Persans se montraient, moins friands de ce mets que les Arabes. T On mange les" sauterelles bouillies avec du sel et de l'huile , du beurr'e ou de , la graisse, ou bien grillées devant le. feu. Quelques personnes se contentent.
dé les faire tremper dans de' l'eaii' chaude. La chair des Sauterelles, dit8' Sir' William Ouseley,' n'est pas mail-"'' valse, et ressemble uri peu, pour ien gotit, à (telle de la crevette.
Le cliiïiat de Bouschir est assez Sain ; toutefois les habitants souffrent tous dé grands maux d'yeux qu'on attribue à la chaleur et à la sécheresse de l'air, ainsi qu'au sable très*fin: que le vent soulève, et qui, entrant dans l'oeil, l'affecté d'unfe manière7 extrêmement sensible.
Lésfetomès de la haute classe sont " très-étroitement gardées* à Bouschir; elles ne paraissent que fort rarement "' dans la rue, et sont toujours complètement voilées. Les femmes du peuple sont moins réservées; elles vont par l troupes chercher de reau, ej les plus ' âgées s'asseyent et causent entre elles ' auprès des puits, tout en filant fe coton1 ' grossier que produisent les campagnes4 des environs. Quant aux jeunes filles,' aussitôt qu'elles ont rempli d'eau leurs ' outres,' elles s'en retournent,' les era- \ portant surle dos; Lentement dte ces fenirfres consiste eh une chemise très- ' ample, de larges caleçons, et un voire *" qui couvre tout le corps.
La plaine aux environs de Bouschir ' abande en animaux sauvages, telsque renards y toups ,< lignes , porc*épics , antilopes*,* sangliers et chèvres saùv*» ' geiw On y a vu *ussi quelques liqnï ,AJ desceaduîC des mQqtafcnea. Orvtrpiut<P '•* encore à Bouschir des chiens .d'urii^ espèce très-grand^et très-forte, que \ les habitants Appellent çhm\s de caravanes, parce que cet animal est le plus \ voilant et le: plus brave défenseur des^ copias. ou caravanes.
M. Morier trouva, non loin de Bouschir, etàcteiu pieds au-dçssous du sol,
L'UNIVERS
deux vases oblongs de terre cuite, grossièrement faits, et longs de trois
Sieds et demi à peu près, avec un orice de huit pouces de diamètre, bouchés par un petit couvercle; dans l'intérieur se trouvaient des ossements humains que le voyageur supposa être ceux d'une femme et d'un enfant. Sir William Ouseley donne le dessin de ces sortes de vases qu'on trouve assez fréquemment aux environs de Bouschir et surtout dans les ruines de la ville de Reschir , aujourd'hui entièrement détruite. On reconnaît cependant encore l'emplacement de la citadelle bâtie par les Portugais. Les réservoirs et les fossés taillés dans le roc subsistent toujours.
LARISTAN.
Lah, capitale de la province, est une petite ville située entre des montagnes, dans un pays sablonneux et aride. Les maisons y sont construites de bois de dattier, et recouvertes de branches du même arbre; on n'y voit aucun édiûce digne de remarque. Les planchers des, maisons de Lar ne sont point couverts de tapis, comme dans les autres provinces moins chaudes de la Perse. Les chambres sont garnies de grandes chaises de canne , sur lesquelles on se place, les jambes croisées. Cet usage tient a la nécessité où l'on est d'arroser plusieurs fois par jour pendant l'été , les salles et les chambres, pour v entretenir un peu de fraîcheur. On iabri- Îiue à Lar de la poterie > des armes à eu, des manteaux de. feutre et des toiles pei'Qfcf,
Goitldow, ou BsffDBa-ÀBBÀSi^ est assez bir.n fortifié. Presque to»^cei les maisoir s « sont bâties d*w lerre# Le coaur jerce de ce port ^ bien déchu de ^^ u'U était autr^ois; les exportations ? jnsistent en étoffes de soie et de coton de diverses couleurs, en châles de laine d'Yezd, en garance, noix, pistaches, etc. On y importe de la cassonnade, du sucre candi, du fer, des bois de teinture, des cuirs tannés, du poisson salé, etc. Tout ce commerce est entre les mains des Arabes et des Indiens. Plusieurs patious européennes
avaient autrefois des comptoirs à Bender-Abbasi.
On ne boit dans la ville que de l'eau de pluie conservée dans des citernes; cette eau , qui a un goût de vase, n'est cependant pas malsaine, car les habitants qui n en ont pas d'autre, ne sont point sujets au ver éthiopien ou ver de Guinée , si fréquent sur les bords du golfe Persique.
L'air qu'on respire à Goumroun est mauvais, et les chaleurs excessives qu'on y éprouve pendant Tété, forcent les habitants d'en sortir pour se réfugier à Kenao, joli village entouré* d'une forêt d'arbres fruitiers , et situéà dix parasanges au nord de la ville»
Gomroun devint, après la prise d'Ormouz par les Persans, au mois d'avril 1622, l'entrepôt du commerce que Schah-Abbas avait dessein d'entretenir avec l'Inde. Ce fut alors que ce prince substitua au nom de Gomroun, celui de Bender-AbbasL qui veut dire Portd'Abbas. Cette ville a perdu beaucoup, de son importance, depuis environ cent ans. Vers 1800, le schah de Pesse*. céda à l'iman de Mascate la vLUe et le territoire de Bender-Abbasi avec I* ville de Minao et les îlesdeKîschmfrdi etd'Ormouz, moyennant une redevance annuelle de sept mille tomans (environ cent quarante mille francs) ^ laquelle n'a jamais été exactement v^ayée. Cependant le soufre qu'on recueille aux environs de BeTiàer-Ahbasi , est pour l'iman la, source a?un fort revenu.
j:*^ GOLFB PEBSIQUE.
Nous ne pouvons pas quitter les cotes du Farsistan et du Laristan, sans parler du golfe Persique et des fies qui y sont situées. L'entrée de ce golfe est au delà du cap Bombarec (plus exactement Mobarec, c'est-àdire, four eux, fortuné), entre l'île d'Ormouz et le cap Moeendon, ou mieux Marna -Salama, nom dune sainte mahométane. Les marchands indiens sont dans l'usage, lorsqu'ils, passent près de ce cap, de jeter à la iner des noix de cocos» ainsi que des fleurs et des fruits, pour s'assu-
PERSE
rer une traversée favorable. Quelquefois même ils équipent un petit vaisseau, dans lequel ils mettent des échantillons de tous les articles qui composent la cargaison de leurs navires, et jettent a la mer ce joujou, u'ils laissent aller au gré des vents et u courant. Si le petit vaisseau est porté du côté de la terre, ils en infèrent que leur voyage se terminera heureusement. On trouve souvent à
Slusieurs lieues en mer quelques-uns e ces vaisseaux en miniature. Auprès du cap Mocendon , se trouvent cinq petits Ilots appelés les Coins, et auxquels d'Anville donne le nom de rochers de Baba Selam. Les Coins servent de retraite à des pirates, qui s'y tiennent en embuscade. Le cap et les Ilots sont formés d'une roche calcaire nue et aride. On n'y voit que des oseilles sauvages, qui poussent au milieu des fentes des rochers. La mer est très-poissonneuse dans cet endroit.
Obmouz. Vis-à-vis des Coins, se trouve la fameuse île d'Ormouz , dont les pics élevés paraissent couverts de neige, parce que le roc qui les compose est revêtu d'une couche de sel qu'on trouve également sur presque , toute l'île. Les historiens persans rapportent que Kotbeddin, prince qui régnait à Ormouz ou Hormouz (*) sur la côte de Perse dans le quatorzième siècle, ayant été obligé de fuir du continent, se retira dans cette île alors nommée Djaroun , et y bâtit une ville qu'il appela Ormouz , comme la capitale qu'il venait d'abandonner. Ce nom devint bientôt celui de toute l'île.
Avant la découverte du cap de Bonne- Espérance, par don Vasco da Gama, tous les trésors de l'Orient étaient entassés à Ormouz, dont Milton cite encore la richesse dans son Paradis perdu (liv. n, versier). Abdalrazzac, ambassadeur de Schah-Rokh, roi de Perse, qui visita Ormouz eu 1442, lorsqu'il se rendait dans l'Inde, soutenait que cette ville n'avait pas d'égale sur la face de la terre; et les auteurs
(*) CVstl'Âpp.oÇfiad'Arrien, Indic.xxxiu, a , aujourd'hui détruite.
orientaux s'accordent à dire que les habitants d'Ormouz savaient se procurer sur leur rocher stérile toutes les jouissances du luxe le plus raffiné.
La position d'Ormouz est naturellement très-forte; et les Ormouziens, qui se croyaient inexpugnables dans leur Ile, chantaient deux vers persans qui signifient : « Le cœur de mon « ennemi brûle de douleur, parce « que la mer m'entoure de tous cotés.» Cependant , malgré les eaux qui défendaient l'approche de ses remparts naturels garnis de braves et nombreux défenseurs , Ormouz tomba au pouvoir d'Albuquerque. Ce fut vers la fin de septembre de l'année 1507 que ce grand capitaine se présenta devant Ormouz avec une flotte de sept voiles, montée par quatre cent soixante matelots et soldats. Ces moyens étaient bien faibles pour réduire une ville aussi peuplée et aussi puissante qu'Ormouz. L homme extraordinaire qui commandait l'expédition suppléa à à tout. Seïfeddin, roi d'Ormouz, s'attendant à être attaqué par les Portugais , avait fait armer en guerre environ soixante vaisseaux qui étaient dans le port, et dont plusieurs même appartenaient à d'autres puissances et avaient été retenus de force. Albuquerque, aussitôt arrivé, alla jeter l'ancre hardiment au milieu des cinq vaisseaux les plus forts des ennemis, parmi lesquels s'en trouvait un appelé Méri, sur lequel on avait placé un très-nombreux équipage et beaucoup d'artillerie. Les négociations qui avaient amené l'escadre portugaise à Ormouz traînant en longueur, et Albuquerque voyant
3ue l'intention du roi était de gagner u temps pour attendre les nouveaux renforts qui devaient lui arriver d'un instant à Vautre , se décida à livrer le combat. Les capitaines de la flotte portugaise étaient très-opposés à cette résolution, soit qu'ils fussent effrayés des préparatifs des ennemis , ou qu ils craignissent, ce qui est infiniment plus probable, de voir leur commandant donner de nouvelles preuves de sa supériorité. Albuquerque ayant convoqué ces capitaines à son QQrd 7 les consulta ,
L'UNIVERS
non. pour jsavçir,. comme il le dit lui- "mênie, s'il était convenable d'attaquer, mais comment on devait attaquer; puis il leur adressa ces paroles: «Moi, ' Messieurs , je ne suis pas homme à terminer, une affaire aussi importante que .celle-ci avec des tergiversations et des grands mots; mais je veux, Comme 'chevalier. et brave capitaine, exécuter les ordres que j'ai reçu^ et qui, m'ont été donnés par je roi notre seigneur.
'Ainsi, la fortune pourra bien incliner du bôtë ou elle voudra : pour moi, j'es- 'père', par la nassion de Jésus-Christ, 'jdans laquelle je meta toute ma con- | fiance, jque je casserai la tête a ces ; musulmans i et ,gue, je' rendrai leur roi tributaire du roi notre' seigneur, ou bien ils porteront ma tête en tro-
Ï>hée dans leurs mains. Voilà la meileûre et la plus salutaire résolution que '/nous puissions prendre dans les conjonctures présentes; et nous Sommes .dans une position à ne pouvoir pas .faire autrement. Que chacun de vous se retire donc sur son vaisseau , et dïspdse tout pour Je contât. Lorsque 'vous entendrez un cç-iip de Jwrnbarçle, .soyez prêta à açir, et faites ce que vous nie Yetrez faire (>»' Lès capi-
,(*),I1 m'e^t, impossible de rendre dans toute sa naïveté énergique le discours d'Albuquerque. Voici les propres paroles de ce £rai*l Domine : «Eu Senhores nâo sou homem péra acàbar hum feilo lam grande como este corn dissimulâmes , e nioraliflajdes : 'mas cômo cavallciro, e grande capitâo exertitar as 'obrîgaçôcs de meti regiinento , cornu por "El Rcy, Nossb Seùlior nié he nïandàdo : e 'por Isso a foriuna ie'potierâ acostar a"cu»1qner parle que quizeri tnas1 eu esnefo na 'tUyxàode Iesus Clttfjlo em fcjue tennô loda «rtimlia eonftaiica , de' qttebrer a càbeça a feites Moufos, e flfter iéii rej tribuiario M Rey Nosso Seàhbr, ou meliâo de fevar M cabeçà nas mâos, e esté lie o milhore tuai* sâo couselho que em tal caso e tempo podemos tomar, pets ejlamos em lugar que se nâo pode faaer outra cotisa, e cada lium ae va nera a sua nâo fazer prestes , e ouvindo huin tiro de bombarda acuda, e faça 0 que me vir fazer. » Voyez Commcutorios, 1 1, pag. 144 de l'cdition de Xiâbtfnne, 1774, 4 vol. in-S. ' ' * ''
taines de la flotte; quoique mécontents, .firent très-bien leur devoir; l'artillerie fut servie avec beaucoup d'intelligence, et, dès le commencè- * ment de l'action, les bombardiers portugais coulèrent bas deux vaisseaux. Les ennemis imaginèrent alors de faire avancer un grand nombre de petite bateaux légers à rames , qui y protèges par la fumée qui les enveloppait, s'approchaient des navires^' Albuquerque, sur lesquels des archers. habiles lançaient une grêle de traits. Les Portugais tirèrent sur ces bateaux quelques coups dé bombarde qui en coulèrent à fond une vingtaine , et .mirent le désordre dans toute la flottille. Les gens qui montaient les bateaux se jetèrent à la nage, espérant se sauver ainsi avec plus de facilité. Albuquerque les fît poursuivre dans Veau par des chaloupes et des canots armés, et en tua un grand nombre. Cependant le Jfféri résistait. toujours ; son équipage ,. réduit à soixante lio m mes, tenait ejacore très-ferme.EoJm ce vaisseau. fut emporté à l'abordage* Alors Al.buguerque Ht mettre le, feu, à une trentaine de navires, dont gn coupa les câbles pour les éloigner du port, où ils auraient pu embraser lès bâtiments portugais. Quelques navires qui se trouvaient sur. le chantier, dans Un faubourg de la vjlle, furent également jncenqiés avecle faubourg, vers le soir, et lorsque le soleil était déjà [ /couché,. le roi d'Ormouz, voyant $a flotte détruite, et une partie de sa capitale réduite en céudres, envoya un parlementaire pour traiter de la paix.
Albuquerque fît d'abord remonter sur ses vaisseaux les matelots et les soldats - qui se battaient encore sur |e rivage , et qui, excédés de faim et de fatigue, auraient pu succomber sousle nombre ; car le combat durait depuis le matin, et personne, du côté des Portugais, n'avait pris de npurriture de tout le jour. Il s'occupa ensuite de régler les conditions de la oaix, et de faire élever une citadelle qui garantît au roi de Portugal la possession de l'île. Les travaux, quoique poussés avec une rapi- ' dite extraordinaire, furent cependant exécutés avec la solidité qui distingue
PERSE
les constructions des Portugais. Cette citadelle, qu'A lbuquerque nomma Notre-Dame de la victoire, subsiste encore aujourd'hui. L'iman de Mascate 5 entretient une garnison d'environ eux cents hommes, pour empêcher les pirates djoasmis de s'emparer d'Ormouz.
L'île la plus rapprochée d'Ormouz porte le nom de Kischmisch et de Kischm, dont les Portugais ont fait Queixome. On l'appelle encore Djéziréh-diraz ou Vile longue. Cette fie, qui est effectivement la plus considérable du golfe, a environ vingt lieues de longueur. Sa population, entièrement composée d'Arabes sunnites , est de trois à quatre mille habitants, répartis dans une centaine de petits villages et de hameaux.
Sur la partie orientale de l'île, se trouve un fort bâti par les Portugais et très-délabré; l'iman de Mascate y entretient une garnison.
Entre Ormouz et Kischm, est la petite île de'Larec, aujourd'hui inhabitée. On y voit une forteresse construite par les Portugais et qui est encore en assez bon état.
Au delà de Kischm, sont les deux flots appelés par les Persans la Grande et la Petite-Tombe.
Au nord-ouest de Kischmisch , se trouve Bassgdore , quf est l*endroit \e
S lus cjiaud de tout le golfe. Il y a ans cette ville deux ou trois maisons d'Européens et un petit bazar habité par des Arabes, et situé au milieu des ruines d'une grande ville portugaise.
Les réservoirs qui- fournissaient d*eau les habitants sont encore entiers. «Partout, «dit l'auteur anglais auquel nous empruntons ces détails, « à Test du cap de Bohne-Éspérance , le long deç côtes de l'Afrique, de l'Arabie, de la Perse et de l'Inde, on rencontre les débris des forteresses et des factoreries élevées par les Portugais. On conçoit à peine comment, avec sa faible population, le Portugal a pu envoyer un nombre d'hommes suffisant pour occuper tant d'établissements divers, tout en continuant à coloniser le Brésil. » .T .-.,.. .
À Popposite de Bassadore, se trouve $asalkhaï}i a , statiop bien connue des pirates djoasmis. Ce repaire fut complètement détruit en 1820, par les forces placées sous les ordres de Sir William Graht Keir. La flotte des pirates se composait, en 1809, de cinquante bâtiments qui répondaient la terreur dans le golfe Persique, et s'emparaient de tous les navires, sans avoir égard h leur pavillon. Ce$ pirates étaient dans ) usage (Je coowa,enc«r leur attaque en lançant des pierres a bord du bâtiment dont ils voulaient s'emparer, pujs ils en venaient à l'abordage ; et, pour premier acte de possession , Us jetaient d,e l'eau sur le navirje afin de le purilier. Cela fait, ils amenaient l'un après l'autre, sujr lç passavant, les hommes de l'équipage,, auxquels ils coupaient la tête, en criant : Alla h acbar, Dieu est trfagratfd} et , après chaque exécution , Us s écriaient : Lailah iua Allah. Jfn'j/^pas^qutre dieu que Diey, {*].
. Ces forbans avaient f à vingt-cinq milles environ de Rasalkfyaïma ? une pêcherie de perles extrêmement lucrative. Autrefois , la pêche avait lieu {rincipalement à Hlç de Bahrein. Auwrd'nui, les perles de Kharac passent pour tout aussi belles , et la pf che se fait le long de la c$te d'Arabie et sur une grande partie de la cote de Perse. Les caps Verdistan et Nabon, et l'île de Boschab, sont les lieux les plus fameux de la côte de perse : cependant on peut admettra, comme règle générale, que, partout où il existe un banc dans le golfe, on y trouve des huîtres perlières. Depuis que les Anglais font une grande partie dé leurs achats de perles aux bancs de
(*) La profession de foi complète des mahomélans est comme on sait : La ilah Ma Allah, wa Mohammed rasoul Allah; Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, et Mûhomet est l'envoyé de Dieu. Mais la tribu de Djoasmis appartient à la secte des Wrhabilcs, lesquels, tout en professant uo grand respect pour le Coran, ne tiennent que peu ou poiut de comnte de Mahomet et omettent toujours, 1§ dernière partie du symbq}e musulman. *
L'UNIVERS
la côte de 111e de Ceylan, la pêche du
folfe Persîque â perdu de son activité. Ine faible partie du produit de la pêche seulement passe en Perse. Le commerce des perles appartient presque exclusivement à 1 iman de Mascate. On distingue deux espèces de perles : les jaunes , que Ton envoie chez les Marates, et les blanches, qui passent de Basra et de Bagdad dans l'Asie Mineure, et de là en Europe, principalement à Constantinople. La perle du golfe Persique est aussi solide que le roc sur lequel elle pousse; et, bien qu'elle perde annuellement un pour cent de sa couleur et de son eau, elle perd cependant moins que celle de Ceylan, qui d'ailleurs est sujette à s'écailler. A cinquante ans, la perle du §olfe Persique n'éprouve plus aucun échet.
Au commencement de ce siècle, la pêche était affermée par différents chefs de la côte. Aujourd'hui , les gens qui veulent pécher frètent un bateau par mois ou par saison, et y mettent un surveillant avec une quinzaine d'hommes, parmi lesquels il y a cinq à six plongeurs , qui commencent leur travail au lever du soleil, et le finissent à son coucher. Les huîtres qu'ils pèchent sont confiées au surveillant, et, quand la journée est finie, on les ouvre sur une toile blanche. Lcpêcheur qui , en ouvrant une huître, y trouve une
Série de grand prix, la met aussitôt ans sa bouche, s' imaginant lui donner par là une belle eau. Lorsque la pêche est finie, cet homme a droit à un présent.
Les plongeurs parviennent rarement à un âge avancé. Leur corps se couvre de pîaies, leurs yeux deviennent faibles et pleins de sang. Ces hommes peuvent rester cinq minutes sous l'eau. A peine en sont-ils sortis, qu'ils y rentrent; car, s'ils tardaient trop longtemps , il leur serait impossible de recommencer. Ils oignent d'huile l'orifice de leurs oreilles , et se couvrent le nez d'une corne. Ils suivent toujours un régime particulier, et ne se nourrissent que de dattes et d'aliments légers. Ils plongent dans
cinq, six ou dix brasses d'eau, quelquefois même davantage. Les plus grosses perles se trouvent ordinairement à une plus grande profondeur.
On tira du banc de Kharac, à dix-neuf brasses (quatre-vingt-quinze pieds), la
Çerle la plus grosse que Sir Harford ones, très-grand connaisseur, eût jamais vue. L'animal qui se trouve dans la coquille est bon à manger, et il n'existe pour le goût aucune différence entre l'huître commune et l'huître perlière. Les grandes perles sont placées presque au centre de la coquille et au milieu de l'animal. Quand les pluies ont été. abondantes, les pêcheurs augurent favorablement de la pêche des perles. Cette opinion est tellement bien établie, que les plongeurs exigent un salaire plus élevé quand la saison a été très-pluvieuse. Les Persans emploient les perles d'une qualité inférieure à garnir des pipes, des brides, des miroirs de poche, et autres colifichets semblables.
En face du cap Sertes, est 111e de Kenn, appelée par les naturels Raïs.
Cette île, située à environ douze milles anglais du continent, est couverte de dattiers et de plusieurs autres arbres.
Raïs appartenait autrefois à une tribu d'Arabes indépendants appelés les Benou-Kalser. A six pieds au-dessous du sol, on trouve de l'eau, et les habitants ont tous des puits dans leurs maisons. La côte de l'île est pleine de bancs de corail.
Sur le cap Bustion, est une mine de cuivre, autrefois exploitée par les Portugais, qui ont construit dans ce lieu un fort qui subsiste encore aujourd'hui; mais la mine de cuivre est négligée depuis longtemps.
Non loin de là est située l'île qu'on appelle Boschab, ou mieux Khaschab (bonne eau) , à cause d'une source d'eau fraîche que l'on y trouve.
Plus haut, dans le golfe Persique et près de Bouschir, est l'île de Kharac , dont nous venons de parler à l'occasion de la pêche des perles.
KIBMAN.
Kibhàn, Capitale de la province, et
PERSE
aussi appelée Sjbdjan , est entourée d'une muraille de terre, et défendue par une citadelle où se trouve le palais du gouverneur. Cette ville renferme un beau bazar, et compte environ trente mille habitants. On y voit un grand nombre de manufactures de châles (*) qui imitent ceux du Caschemir.
KHOBASAH OCCIDENTAL.
Meschhed , quoique bien déchu de ce qu'il était autrefois, est encore très-important par son industrie, son commerce, et surtout par le tombeau (Meschhed) de Piman Ali, fils de Mousa, qui lui a valu son nom. Les habitants de toutes les parties de la Perse se rendent en pèlerinage dans cette ville, pour visiter le tombeau de l'iman, qui, au rapport de M. Fraser, est un des édifices les plus beaux et les plus riches de ce genre qui existent en Asie. Population, 30,000 habitants.
On voit, dans les environs de Meschhed , les ruines de Tous, qui était , sous les premiers califes, une des villes les plus considérables de la Perse. Le grand Haroun Raschid y mourut , l'an 193 de l'hégire (808-809 deJ. C).
Hischabour. A vingt-cinq lieues environ à l'ouest de Meschhed , est la ville de Nischabour , qui fut pendant longtemps la capitale des princes de la dynastie des Seldjoucides. C'est la patrie de plusieurs poètes, et entre autres, du scheikh Ferideddin-Attar.
Cette ville ne compte guère que deux mille maisons. Ses environs sont bien cultivés, et habités par une population nombreuse.
Cabouschan, petite ville dans laquelle réside un chef puissant, qu'on regarde comme tout à fait indépendant du roi de Perse.