C-/™/ ./.'Kiït/nrr
PERSE
que la main de Dieu se soit appesantie sur quelques-uns de ses quartiers comme sur Babylone; maisons, bazars, mosquées, palais , tout est abandonné. On peut faire plusieurs milles à travers les ruines sans rencontrer un être vivant , si ce n'est peut-être un chacal dressant sa tête au-dessus d'un mur, ou un renard regagnant sa tanière. Au milieu de vastes amas de décombres, s'élèvent de loin en loin
Quelques maisons. On ne saurait se gurer, disent les voyageurs , h moins de l'avoir éprouve soi-même, le sentiment de mélancolie qu'inspirent les ruines de cette grande ville.
Mais si, considérées en détail, ces ruines ont quelque chose d'affligeant, vues dans le lointain et formant des masses qu'on ne distingue pas des maisons habitées, elles donnent encore à la ville l'apparence de splendeur qui faisait dire aux Persans : l&fahan netfi djihan, Ispahan est la moitié du monde.
Le voyageur qui s'attendrait à trouver dans Ispahan de grandes et vastes rues bien percées et bien alignées comme dans nos capitales d'Europe, serait fort désappointé. Les rues étroites et tortueuses ne sont point pavées pour la plupart, ce qui y cause une poussière insupportable dans les temps secs , et les rend horriblement boueuses dès qu'il pleut. Les maisons , comme dans toutes les autres villes de la Perse, sont dans l'intérieur beaucoup plus élégantes que l'extérieur ne pourrait le faire supposer. On aperçoit rarement du coté de la rue autre chose qu'un mauvais mur. Cette suite de murs non interrompue et qu'aucune fenêtre n'égayé, donne aux maisons un air mystérieux, qu'augmente encore la vue de femmes qui par d'étroites ouvertures jettent de temps à autre un coup d'œil furtif sur les passants.
L'entrée des maisons est petite et basse, et n'a guère plus de trois pieds de haut. Les maisons des grands se distinguent par l'élévation des portes , qui augmente en raison de la puissance ou de la vanité des propriétaires. Une porte très-haute est la marque de la
T Livraison. (Pusb.)
royauté. Les maisons n'ont qu'un étage, et couvrent par conséquent une étendue considérable de terrain; on n'emploie pour les construire que des briques cuites au soleil où au four.
Ces maisons , presque toutes peintes en jaune, présenteraient un aspect fort monotone sans les mosquées qui rompent l'uniformité avec leurs dômes couverts en tuiles vernies , vertes ou bleues , et ornées de dessins jaunes , bleus et rouges , qui produisent un effet assez agréable lorsque le soleil donne dessus. Au sommet du dôme il y a une sphère surmontée d'un croissant.
Les bazars sont très-vastes; on y peut faire deux ou trois milles à couvert. Les marchands y sont placés par corps de métiers : disposition iort commode pour les acheteurs.Les bazars sont en Perse plus gais et plus ornés
Su'en Turquie; on y voit des portraits e héros, des représentations de combats et des figures de toute espèce ; l'affluenee y est considérable, et ce sont les endroits de la ville les plus agréables pour les étrangers. On y assiste en réalité à quelques-unes de ces scènes si souvent dépeintes dans les Mille et une Nuits: le jeune marchand chrétien, la dame de condition suivie de son esclave, le médecin juif, le déliai ou courtier qui montre les marchandises, le barbier qui s'était acquis le titre glorieux de Silencieux. Tous les portraits peints dans ces contes si justement célèbres s'y trouvent au naturel.
Les bains publics sont vastes et beaux ; quelques-uns même sont pavés de marbre.
Ce qu'il y a de plus beau peut-être à Ispahan, c'est le Tscharoag (les quatre jardins), avenue de platanes que Schah-Abbas fit planter et qui parait bien supérieure a nos plus beaux jardins. LeTscharbag est situé à l'ouest de la ville , et se prolonge du côté du midi au delà du Zendehroud. Cette promenade a trois mille deux cents pas de long , et cent dix de large ; elle est formée par quatre rangées d'arbres extrêmement gros, très-touffus et d'un
ifi
L'USIVERS.
vert très-agréable. Les deux allées de côté , un peu plus hautes que celles du milieu, ressemblent à celles de nos boulevards; mais celle du milieu, beaucoup plus large que les nôtres , est couverte de verdure et de fleurs de toute espèce. On a pratiqué dans toute sa longueur des canaux et des bassins de forme et de grandeur différentes , destinés à recevoir sans cesse les eaux du Zendenroud, et à les répandre au besoin sur le gazon et les parterres, afin d'y entretenir la vie et la fraîcheur. De chaque côté du Tsçharbag sont les huit jardins que les Persans appellent Hescht bihischt ou les Huit paradis.
Chacun de ces jardins renferme aussi une maison de plaisance. Celle qui se trouve à Une extrémité des allées avait été construite par Schah-Abbas dans rintention d'y laîre jouir ses femmes du coup d'oeil des Spectacles qui se donnaient chaque Jour sur le Tsçharbag.
A. l'autre extrémité, l'avenue allait se perdre dans le beau jardin royal connu sous le nom de Hêzardjérib ou Mille àrp'enU* Cette partie de l'avenue est détruite; mais le reste subsiste dans toute sa beauté.
Vers le centre de cette promenade est te collège appelé Medreseh schak soultan Hoseîn. L'entrée en est fort belle ; c'est un portique élevé , orné de colonnes d'une forme bizarre et où sont incrustés des morceaux de marbre de Tauris. Les portes sont de bronze avec des garnitures d'argent. On a délicatement ciselé sur leur surface des fleurs et des versets du Coran.
' Dans la cour du collège à droite est placée fa mosquée, bel édifice surmonté a'uae coupole et dont la façade est ornée de deux minarets. La 'coupole tombe en ruine. Lés autres côtés sont Qccupés par un beau portique très-élevé, et par des chambres pour les étudiants. La situation de ce collège au milieu d'arbres touffus et d'eaux jaillissantes , gans un lieu riant et tranquille, en fait un Véritable sanctuaire de l'étude. , Du temps de Kaempfer et de Chardin , dans la seconde moitié dtl dix-septième siècle, il y avait près de l'avenue de Tsçharbag un beau pavillon que Ton
appelait ïmaraH bihischt ou salie dû paradis (voy. pi. 43). Chardin en donne la description suivante : * Ce salon , qui a près de soixante pas de diamètre , a été construit dé figure irrégulière , à sept angles ou faces , dont celle du fond est beaucoup plus large que les autres. Le milieu est en dôme écrasé, élevé de seize à dix-huit toises, soutenu sur des pilastres , faits en arcades , et en pareil nombre qu'il y a cPangies. Le tout est couvert d'un plafond de mosaïque , d'un fort bel ouvrage. Les pilastres sont percés tout à l 'entoura deux étages, en sorte que les galeries vont tout autour ; et là on à pratiqué et ménagé cent petits endroits les plus délicieux du monde, qui n'ont tous qu'un faux jour, mars clair autant qu'il est nécessaire. 11 n'y en a pas un qui ressemble à l'autre, soit pour la figure , soit pour l'architecture , où pour les ornements et lés dimensions. Partout c'est quelque chose de divers et de nouveau : aux uns il y a des cheminées , à d'autres des bassins avec des jets d'eau , qu'on fait monter là par des tuyaux enfermés dans les pilastres. C'est un vrai labyrinthe que ce merveilleux salon , car on se perd en haut presque partout, et les degrés sont si cachés du'on ne les reconnaît pas aisément.
Le bas , jusqu'à dix pieds de hauteur, est revêtu de jaspe tout à Pentour; les balustres sont de bois doré ; les châssis sont d'argent ; et les carreaux de cristal , ou de verre fin de toutes couleurs. Pour ce qui est des ornements, on ne peut rien faire où il y ait plus de magnificence et degalantene mêlées ensemble. Ce n'est partout qu'ar et azur.
Les peintures de cet édifice sont toutes d'une beauté et d'une gaieté surprenantes, avec des miroirs de cristal deçà et delà. Il y a de petits cabinets qui sont tout miroirs , aux murs et à la voûte. Les meubles de chaque endroit sont les plus magnifiques du monde.
Il y a des réduits qui ne sont qu'un lit entier. On sait que les lits des Orientaux se mettent a terre, et sont sans rideaux. J'en vis un avec admiration , dont la couverture seule coûtait deux
PERSE
* mille écus. Elle était de martre, et c'est pour être couvert chaudement et légèrement. On m'a dit que le roi a des matelas qui en sont aussi. Je ferais un livre des ornements de ce grand salon , des petits portraits qui y sont, des miniatures, des vases, des iusv criptions. Les unes expriment des pensées -tendres, d'autres des pièces de morale. »
Le plus beau de tous les édiûces qui existent actuellement à Ispahan est le palais des anciens rois, renfermé dans une enceinte de murs qui a environ trois milles ; ce palais , qui porte le nom de Tschéhel soutoun ou Quarante colonnes, s'élève au milieu d une cour immense, entrecoupée de canaux et plantée d'arbres. Devant la façade est un grand bassin de forme carrée , de l'extrémité duquel le palais a un aspect si beau que la plume ou le crayon tenteraient en vain d'en donner une idée.
Le premier salon donne sur le jardin, et a une voûte soutenue par dix-huit colonnes couvertes de glaces. Chaque colonne a une base de marbre sculptée, représentant quatre lions qui soutiennent le fut de la colonne sur leurs croupes réunies. Les murs sont couverts de glaces, aussi bien que les colonnes. Sur le plafond sont peintes des fleurs d'or qui ont encore tout leur éclat. De grands rideaux qu'on peut fermer à volonté offrent un abri contre l'ardeur du soleil. Une pièce cintrée , garnie de glaces et ornée des portraits de quelques favoris, conduit de ce salon dans une salle spacieuse et magnifique. Des dômes de formes variées , peints et dorés avec un goût et une élégance dignes des nations les plus civilisées , en forment le plafond. Les murs sont couverts de grands tableaux dont les personnages ne manquent pas d'un certain naturel et d'une certaine vivacité, mais où Ton ne trouve, il faut l'avouer, aucune idée de la perspective, ni aucune connaissance du destin. Un chemin tortueux, qui passe sous une tour octogone , conduit du
Clin de Tschéhel soutoun dans le em. Au bout du chemin se trouve un earré oblong divisé en parterres de
fleurs, en allées droites, en bassins remplis d'eau , et entouré de l'édifice destiné aux femmes d'un rang inférieur. Une porte à gauche conduit dans le JS avançais tan ou orangerie. De là, il n'y a qu'un pas à faire pour arriver à la cour où sont situés les grands appartements du roi. La salle de la façade est ornée de portraits de Feth Ali-Scbah et de plusieurs autres princes. On a peint sur les murs des fleurs, des oiseaux et différents animaux.
Derrière cette salle s'en trouve une autre également bien peinte. La partie supérieure des fenêtres y est faite en plâtre, et découpée comme de la dentelle. Là aussi se trouvent des portraits; un entre autres , appelé Scnahr.
Zadeh Frenq7 ou le Prince européen, représente un homme vêtu à la mode du seizième siècle. Beaucoup d'autres appartements sont décorés de la même manière ; et, dans plusieurs, on retrouve le portrait du roi , dont les Persans ne s'approchent jamais sans s'incliner.
Au-dessous des grands appartements , il y en a de souterrains qui doivent être délicieux en été ; les murs et le pavé en sont revêtus de marbre ; l'eau y est introduite par des cascades qui tombent du rez-de-chaussée, et répandent une fraîcheur délicieuse. Un corridor mène à la salle de bain qui est petite , mais élégante. De l'intérieur du palais, on monte à la porte appelée Ali capi, dont le seuil , du temps des Sophis, était regardé comme sacré ; Chardin en a décrit les beautés dans le plus grand détail. Aujourd'hui cette porte est encore fort belle. Les marbres n'ont point été endommagés; le dôme se montre encore dans toute sa grandeur et toute son élévation Un portier à l'aspect misérable conduit les visiteurs de là , par une petite porte à droite, au pavillon d'oùSchah- Abbas avait coutume de contempler les jeux auxquels se livrait le peuple sur Je meïdan schahi, et les manœuvres de ses troupes.
h» Il y avait autrefois dans le palais du roi , a Ispahan , des pièces particulières disposées avec une grande magnificence, et qui servaient de magasin où
L'UNIVERS
de dépôt pour les objet» de tout genre qui se trouvaient dans le palais. Ces magasins portaient le nom de maison des coffres, des pipes, du café, des flambeauxz5u\vanth destination qu'on leur donnait. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans Chardin : « Tout proche est le magasin des coffres, et celui qu'on appelle la petite garde-robe, où Ton ne travaille que pour la personne du roi ; ensuite, on trouve le magasin du café, le magasin des pipes, celui des flambeaux, qu'on appelle la maison du suif, parce que la plus commune lumière dont les Persans se servent dans leurs maisons est faite avec des lampes nourries de suif raffiné, lequel est blanc et ferme comme la cire vierge ; et puis suit le magasin du vin. Comme les magasins sont presque tous faits d'une même symétrie, je ferai la description de celui-ci , pour donner une idée de tous les autres (voyez la planche 41 de cet ouvrage). C'est une manière de salon haut de six à sept toises , élevé de deux pieds sur le rez-de-chaussée, construit au milieu d'un jardin, dont l'entrée est étroite, et cachée par un petit mur bâti au-devant, à deux pas de distance, afin qu'on ne puisse
Sis voir ce qui se fait au dedans, uand on y est entré, on trouve à la gauche du salon des offices ou magasins, et à droite une grande salle. Le salon qui est couvert en voûte a la forme d'un carré long ou d'une croix grecque, au moyen de deux portiques ou arcades, profondes de seize pieds, qui sont aux côtés. Le milieu de la salle est orné d'un grand bassin d'eau , à bonis de porphyre. Les murailles sont revêtues de tables de jaspe tout à l'entour, à huit pieds de hauteur; et au-dessus , jusqu'au centre de la voûte , on ne voit de toutes parts que niches de mille sortes de figures, qui sont remplies de vases, de coupes, de bouteilles de toutes sortes de formes, de façons et de matières, comme de cristaf , de cornaline , d'agate , d'onyx , de jaspe, d'ambre, de corail, de porcelaine, de pierres fines, d'or, d'argent, d'émail, etc., mêles l'un parmi autre, qui semblent incrustés le long
des murs , et qui tiennent si peu , qu'on dirait ou'ils vont tomber de la voûte.
Les offices ou magasins, qu'il y a à côté de cette magnifique salle, sont remplis de caisses de vin, hautes de quatre pieds et larges de deux. Le vin y est la plupart ? ou en gros flacons de
Suinze à seize~pintes, ou en bouteilles e deux à trois pintes, à long cou, ainsi que vous le voyez dans le plan (planche 41), au sommet de la voûte.
Ces bouteilles sont de cristal de Venise, de diverses façons, à pointe de diamant, à godrons, à réseau. Comme les bons vins de l'Asie sont de la plus vive couleur, on aime à les voir dans la bouteille. Ces vins sont, les uns de Géorgie, les autres de Carmanie, et les autres de Schiraz. Les bouteilles sont bouchées de cire, avec un taffetas rouge par-dessus, cachetées sur un cordon de soie du cachet du gouverneur du lieu, en sorte qu'on ne les présente jamais que cachetées. Entre les sentences appliquées çà et là sur les diverses faces du salon, je remarquai celle-ci :
La vie est une irresse successive : le plaisir passe» le mal de télé demeure.
Le meïdan schahi, ou place royale, n'a plus l'aspect animé d'autrefois.
Les arbres qui l'entouraient ont disparu ; les canaux qui l'arrosaient sont desséchés. Les maisons sont vides d'habitants et les portes condamnées; de sorte qu'on ne voit autour de la place qu'une rangée d'arcades solitaires. Le grand marché, dont les tentes couvraient autrefois la place entière, est maintenant relégué dans un coin. Tout le reste du meïdan est désert, et c'est à peine si de temps à autre on y aperçoit un passant. Il n'existe plus de traces du pavillon où était placée l'horloge, qui , au rapport de Chardin, amusait le peuple par le mouvement qu'un mécanisme ingénieux donnait à plusieurs figures.
On voyait aussi à Ispahan une tour haute d'environ soixante pieds , et déjà vieille du temps de Kœmpfer et de Chardin. Cet édifice , en forme de cône , et composé d'une masse solide et compacte de briquer séchées au soleil , était
PERSE
appelé la loir des Carnes, parée que l'extérieur en était revêtu de crânes de différentes bétes faims avec leurs cornes. Aux trois quarte de la tour, il y avait une espèce de chapiteau formé par des bois de cerfs extrêmement longs. Dès l'époque de Kaempfer, cette tour avait beaucoup souffert, et plusieurs crânes s'en étaient détachés.
Voici, dit-on, ce qui fut cause de la construction de ce singulier monument. Un roi de Perse, la tradition ne dit pas positivement lequel , ayant tué à la chasse une grande Quantité d'animaux, dont on avait jeté les têtes dans un lieu près du palais, dit en riant qu'il aurait bien voulu conserver ces dépouilles et Jes léguer comme un monument à la postérité. L'architecte du palais, qui était présent, dit alors:
« Si vous l'ordonnez, prince, j'élèverai une tour dans la construction de laquelle je ferai entrer ces têtes d'animaux, et de telle façon qu'on les voie toutes. * Gomme on demandait combien de temps et d'argent il faudrait pour construire cet édifice , l'architecte répondit que le monument serait fait, sans qu'il en coûtât rien, et avant que le roi eût achevé son repas. Le roi , frappé des paroles de l'architecte , lui dit : « Exécute ce que tu viens de Rengager à faire. » Et il alla prendre son repas. L'architecte avait dans le voisinage une grande quantité de terre glaise préparée pour en faire des briques. Il avait aussi tous ses ouvriers sous la main; il leur expliqua de quoi il s'agissait; et, les avant fait mettre à Fouvraee en toute bâte, la tour se trouva achevée en quelques heures. Le roi étant retourne à l'endroit où il avait laissé, peu de temps auparavant, une place vide et nue, fut surpris de voir une tour qui s'y était élevée comme par enchantement, et se tournant vers un de ses officiers, il lui dit : « Que penses-tu de mon architecte? »
L'officier, qui en voulait à l'architecte, ayant répondu que ce travail laissait à désirer, et qu'il y manquait certainement quelque chose, le roi furieux s'écria : « Oui , il y manque la tête d'une grosse bête. Je veux qu'on y place la
tienne. * Et l'ayant fait décapiter, 0 donna ordre de mettre son crâne sur cette tour. D'autres voyageurs du siècle de Kaenipfer racontent un peu différemment la fin de cette anecdote.
Ispnhan renferme encore des manu* factures bien déchues de ce qu'elle!
étaient autrefois. Le produit le plus important de ces manufactures est U brocart, qui a une belle apparence, mais qui est cependant loin d'égaler les étoffes d'or de France. Les riches particuliers portent, les jours de fête, des robes de brocart, et c'est de cette étoffe que sont faites les khilaU ou robes d'honneur que le roi et les princes confèrent aux grands à titre de récompense. Il y a aussi à Ispaban des manufactures de satin de taffetas (*) et d'autres étoffes de soie. Les rouets sont construits sur le modèle de ceux d'Europe, Morier visita une maison où on filait tous les jours cinquante écheveaux de soie; on lui fit voir sept métiers appartenant au même manufacturier, et destinés à fabriquer de longs mouchoirs de soie bleue que les femmes portent autour de la tête comme des turbans; ces sept métiers employaient trente ouvriers payés à la pièce et non à la journée.
Les manufactures de toile de coton de différentes qualités sont en assez grand nombre. La matière première se récolte dans les environs ; on en consomme les neuf dixièmes à Ispahan; le reste s'exporte. La meilleure de ces étoffes de coton est le kadeh, toile excellente et très-forte qui ressemble au nankin , et sert à l'habillement de toutes les classes de la société, depuis le roi jusqu'au paysan; la Russie en importe une assez grande quantité au elle reçoit par la voie de la mer Caspienne. Le kerbas est une autre toile de coton dont le bas peuple fait des chemises et des caleçons; la plus forte qualité s'emploie pour couvrir
(*) Le mot taffetas est persan. U y a têt* Heu de croire que nous le tenons, comme baffetat et quelques autres, des Portugais qui apportèreut ces étoffes de l'Inde et des îles du golfe Persique en Europe, . -
L'UmVÉflS.
ie§ tentes; lorsque ces toiles Sont imprimées, elles prennent le nom de Uchitl*). On va les laver sur les bords du Zendehroud , on les bat sur une pierre , puis on les étend sur le sable pour les faire sécher. Les manufactures dispahan fournissent encore au commerce du papier, de la poudre à tirer, des lames de sabre et de la poterie, mais, en petite quantité.
On ne trouve pas h Ispahan , comme & Constantinople, de bazar affecté aux libraires; mais les déliais ou courtiers procurent aux étrangers des manuscrits et des dessins. La superstition ne va pas cbez les Persans, comme chez les Turcs, jusqu'à supposer que l'attouchement d'un infidèle souille le Coran; ils ne demandent pas mieux que de vendre des copies de ce livre , pour lequel ils ont cependant une grande vénération. Un mollah ayant apporté un jour chez M. Morier quel-
Î[ues livres dont il voulait se défaire, es étala sur le plancher devant les assistants. Quelqu'un ayant, par mégarde, pose le pied sur un manuscrit en caractères coufiques renfermant des sentences tirées du Coran, fut repris de son irrévérence par le mellah, qui lui dit : « Prenez garde, c'est la parole de Dieu. »
Le fameux faubourg de Djoulfa , qui s'étend au sud du Zendehroud, est peut-être la partie de la ville qui a le plus souffert. Ce faubourg comptait trente mille âmes à la fin du dix - septième siècle , lorsque Kaempfer le visita. On n'y voit plus qu'environ trois cents misérables familles , et le nombre des habitants diminue encore tous les jours. On se rend à Djoulfa par l'avenue du Tscharbag et par le pont d'Allahverdi - Khan , qu'on appelle aussi quelquefois , à cause de sa position , pont de Tscharbag. Les premières maisons de Dioulfa sont à trois cents pas environ du pont , et le faubourg s'étend sur une longueur de près d'un fnHIe du nord au sud , et une largeur d'un demi-mille de l'est à l'ouest. Les
(*) En français nous disons chité; c'est la forme portugaise chita*
rues de Djoiilfa sont larges , et lès maisons élégantes et commodes; ce faubourg a beaucoup plus souffert dans sa population et dans la fortune de ses habitants que dans ses bâtiments mêmes , quoiqu'il ait été cruellement saccagé par les Afeans en 1722. Le commerce de Dioulfa avec la Turquie, la Russie , l'Indoustan , et toutes les contrées de l'Asie , jadis immense , est actuellement réduit à très -peu de chose.
Le jardin déHézardjérib, où aboutit l'avenue de Tscharbag, est à Test de Djoulfa ; il a environ un mille d'étendue ; le terrain , un peu en pente , y est contenu par des murs de pierre ; c'est là que , depuis plusieurs siècles , on cultive les plus beaux fruits de la Perse. On y voit douze terrasses toutes plantées d arbres fruitiers. De beaux escaliers ou des talus fort aisés à monter conduisent de l'une à l'autre. De tous côtés, ce jardin est couvert de canaux , de bassins , de jets d'eau , aujourd'hui assez endommagés. On y voyait autrefois plusieurs pavillons d'une grande beauté ; il n'en existe plus s qu'un en assez mauvais état.
Presquetoutes les maisons de Djoulfa ont de très -beaux jardins arrosés, comme ceux de la ville , par les eaux du Zendehroud. Cette rivière, dont nous avons déjà parlé plus haut, prend sa source à trois journées d'Ispahan.
Le Zendehroud n'était qu'une petite rivière qu'Abbas le Grand parvint à grossir d'une autre plus forte qu'il fît venir de trente lieues, en perçant à grands frais une montagne; maintenant le Zendehroud est aussi larçe au printemps, après 2a fonte des neiges, que la Seine l'est à Paris en hiver.
An sud de la ville", s'étend une plaine déserte et stérile , appelée Hêzardereh ou les mille rallies, dont le sol abonde en ardoises et que traverse le chemin qui conduit de Schiraz à Ispahan; c'est là, disent les Persans, que Roustam, le principal héros de leurs vieilles légendes, combattit un dragon redoutable , et c'est le souffle empoisonné du monstre qui a rendu le sol stérile.
Sur une émanent* d'où l'on peut
embrasser toute la ville d'uu coup (l'œil , se trouve une petite tour ronde surmontée d'une coupole , autour de laquelle on lit upe inscription en caractère^ coufiques. Chardin rappelle Mil sçhatir ou la tour du Coureur, et ajoute que ceux qui désiraient entrer au pervjce du rot pomme valets de pied étaient obligés, pour donner une preuve 4e leur agilité et de leurs forces , de courir de la porte du palais à cette, tour, et d'en arracher successivement dou?e floches , une à chaque course, Tout cela devait être fait entre le lever et le coucher du soleil. Chardin évalue à une lieue et demie la djstance du palais k cette tour. Voici une histoire racontée par les Persans à Morier , au Sujet du niênie édifice : Un roi de Perse, qui vivait à une époque trèsreculée, promit sa fille en piariage à celui qui pourrait courir devant son cheval depuis Schiraz jusqu'à Ispahan ; pn des scnatirs ou coureurs avait près*
3ue fourni la carrière 1 et était près 'atteindre Téminençe où se trouve aujourd'hui la tour, lorsque le prince « craignant d'être obligé de, tenir sa professe, laissa tomber son fouet; le sçhatir s'était tellement serré qu'il vit bien que sa mort était certaine s'il s'arrêtait au pied de cette éminence pour ramasser le fouet; il lut donc forcé de le saisir avec son pied ; puis , Tayaut porté à sa main , il le présenta, eu roi ; celui-ci vit que sa ruse n'avait pas réussi , et laissa tomber son anpeau; le schatir s'écria : Prince f vous manquez à votre parole; niais je vous prouverai mon obéissance jusqu'au dernier moment; il s'arrêta, ramassa l'anneau et mourut ; on l'enterra dans ce lieu; et, en mémoire de cet événement, on éleva la tour qui porte aujourd'hui le npw de tombeau du ScJiatir*
Du cdté de l'est sont les ruines immenses du bourg de Scheheristan , autrefois résidence de tous les grands seigneurs d'Ispaban. Il n'en subsiste, plus qu'un petit nombre de maisons qu'il est difficile de distinguer au milieu des ruinée qui les entourent. Qn
y voit aussi les restes d'un mausolée t bâti en briques , d'une excellente maçonnerie , et couronné d'une coupole très-élégante ; on y a joint un minaref gui s'élhe à une très-grande hauteur; mais l'escalier pratique dans l'intérieur est si délabré qu'on ne peut plus le gravir jusqu au sommet. Ce bourg possède un pont sur le Zendehroud.
Bans les campagnes de l'ouest s'élèvent les Colonnes tremblantes, regardées par les persans comme deq objets tres-curieux. Pour arriver à cesj colonnes, on passe par des chemins étroits qm| traversent des vergerg touffus et les campagnes les mieux cultivées qui soient dans les environs d'Ispahan. Les colonnes tremblantes çont deux minarets qui flanquent uq édifice en cintre % élevé sur le tombeau d'un personnage réputé saint ; on fait monter au sommet de chaque colonne des enfants oui emploient toutes leurs forces et ébranlent l'édifice f comme pourrait le faire un tremblement de terre. Les Persans attribuent cet effet singulier à la puissance du prétendu saint Qu> repose sous le monument. Ils parlent aussi d'une lumière miraculeuse qui se fait voir fréquemment dans le voisinqge du tombeau ; d'upé jaquette nop moins merveilleuse que l'on conserve à quelque distance , et qui , quoique en lambeaux , pèse encore plusieurs mans (*)$ et enfin d'une queue de bélier suspendue dans le même endroit, et de la* quelle découlent de temps à autre trois gouttes d'huile.
A deux milles dep Colonnes tremblantes se trouve une éminence triangulaire appelée Y Ateschgahou Endroit du feu , et que Ton aperçoit d'assez loin. Cette éminence est composée de plusieurs couches de rochers ; la montée la plus facile est un sentier à l'est] au sommet se trouvent plusieurs édifices bâtis en terre ou en Briques cuites au soleil; ces dernières sont d'une
;*) H y a plusieurs sortes de mins. Le min ou balman de Tauris vaut huit litres poids de marc. Le man royal (mani schahi) yapt çeize livres poids de marc.
L'UNIVERS
très -grande dimension; entre chaque couche de briques il y en a une de roseaux sans apparence de ciment; les Persans attribuent ces ouvrages aux anciens habitants du pays qui étaient ignicoles.
A une demi-lieue de Djoulfa sont les ruines de Farahabad , superbe mai* son royale qui fut bâtie par Schah-Hofceïn ; le palais est détruit ; et même la plus grande partie des matériaux ont été enlevés. Cependant on retrouve encore les traces des divisions principales des édifices , qui paraissent avoir été considérables. Les jardins étaient fort étendus; et l'eau, amenée à grands frais, était très - abondante ; quelques restes de canaux subsistent , mais sans une goutte d'eau. On n'y voit pas non plus un seul arbre , et cependant ce lieu était autrefois un des plus délicieux de la contrée. Dans un pavillon tout en ruine se trouve encore un petit escalier qui conduit à une chambre dont les murs bien blanchis sont ornés de peintures de couleur bleue , qui représentent tous les quadrupèdes que connaissent les Persans , depuis le lion jusqu'au rat. Les animaux sont rangés deux par deux ; et cette procession , qui recommence plusieurs fois dans le même ordre , est toujours terminée par deux capucins coiffés de leur capuchon, portant la tête inclinée et ayant les deux mains croisées sur la poitrine. Toutes ces fleures sont peu proportionnées entre elles , et assez médiocrement peintes ; les plus grandes n'excèdent pas quatre ou cinq pouces. Lorsque Mahmoud, à la tête de vingt-cinq mille Afgans, alla, en 1722, sous le règne deSchah- Hoseïn , assiéger Ispahan , son armée campa à Farahabad, et lui-même habita le palais pendant les sept mois que dura le siège.
La montagne de Sofia ou SoBssar , qui s'élève derrière Farahabad, est trèsescarpée. Au tiers de sa hauteur gisent les ruines d'un pavillon construit jadis par un derviche nommé Uaïder, et embelli par Schah-Souleîman , père de Schah-Hoseïn , qui changea la retraite du solitaire en un lieu de plaisir. La
position de ce pavillon au nord , les rochers qui le dominent et interceptent jusqu'au moindre rayon de soleil, -les beaux platanes qui l'entourent , et la vue d'Ispahan qu\>n découvre de cette hauteur, tout semblait concourir pour en faire un séjour délicieux pendant Pété.
En général , les environs d'Ispahan sont beaux. On n'y voit plus , il est vrai , ces nombreux villages qui , du temps de Chardin, couvraient les
1>laines voisines dans un espace de dix ieues à la ronde. Avec les villages ont disparu les palais magnifiques, les maisons de plaisance, les vastes jardins qui Tendaient toute cette campagne si belle et si pittoresque. Cependant les environs d Ispahan produisent encore assez pour fournir aux besoins des habitants de la ville. Les eaux que Ton se procure en creusant la terre à peu de profondeur, celles du Zendehroud et de quelques sources qui descendent des montagnes voisines , suffisent pour l'arrosement des campagnes. La plaine d'Ispahan abonde en riz , froment , orge, maïs, millet, et en toutes sortes de fruits et de légumes; on y récolte aussi du tabac, du coton, du ricin , du sésame , de la garance et du safran. La vigne n'y vient pas aussi bien qu'à Schiraz , et le marier n'y est pas très-multiplié.
Le climat est tempéré et passe pour très-sain ; cependant , vers le commencement de l'automne , les fièvres y sont fréquentes.
Caschàn. La ville de Cascban est située à l'extrémité d'une plaine et au pied d'une haute montagne opposée au midi , dont la réverbération rend l'air qu'on y respire tellement chaud dans rété que les habitants passent une partie de cette saison dans des caves.
C'est peut-être à cette chaleur qu'il faut attribuer le grand nombre de scorpions qui affligent la contrée. On prétend que les astrologues d'Abbas le Grand Grent un talisman pour en dé* livrer la ville , qui, depuis ce temps-là, en a moins qu'auparavant. Les Persans disent que ces scorpions n'attaquent point les étrangers » lorsque
PERSE
ceux-ci ont soin de dire en entrant dans les maisons : Scorpions, je suis étranger : ne me touchez point. La blessure de ees insectes passe pour dangereuse , et donne lieu à une imprécation fort ordinaire dans la bouehe des Persans ! Que le scorpion de Caschan te pique la main. Les habitants de Caschan tiennent toujours en réserve plusieurs remèdes contre la piqûre des scorpions et de certaines grosses araignées non moins dangereuses.
On ignore le nom de la ville de l'antiquité à laquelle Caschan a succédé.
Il est probable, toutefois, que remplacement de la ville actuelle dans une contrée favorisée par la nature , et sur le chemin qui conduisait de Persépolis au nord de la Perse, a toujours dû être occupé par une population considérable. Caschan a été fondée , vers la fin du deuxième siècle de l'hégire ,
gir l'illustre Zobéïde, femme du calife aroun-Raschid, et dont les Mille et une Nuits ont rendu le nom si populaire parmi nous. C'est à Abbas Ier, roi de Perse , crue cette ville doit ses
frius beaux édifices, et, entre autres, e caravansérai royal , au-dessus de la porte duquel ce grand prince avait fait écrire un distique persan, dont le sens est : Ce monde est un caravansérai , et nous sommes une caravane* N'élevez point de caravansérai dans un autre caravansérai.
Caschan a une lieue de longueur de l'est à l'ouest, et plus d'une demilieue du nord au sud. Cette ville reçoit de l'eau en abondance des montagnes qui se trouvent à deux lieues au sudouest. Sa population, sous les Sophis , devait être de cent cinquante mille habitants au moins : aujourd'hui elle monte tout au plus à trente mille. On fabrique, à Cascnan, beaucoup d'étoffes de soie et de coton , ainsi que des ustensiles de cuivre et de fer ; et on y travaille très-bien l'or, l'argent et l'acier. Le territoire des environs produit en abondance du riz , du coton , du tabac , du sésame, du froment , de l'orge , des fruits et des légumes de toute espèce. On y cultive le ricin , dont
on extrait de Thuf le à brûler. La vigne y est assez commune. Le raisiné et les abricots secs y sont une branche de commerce assez considérable.
Kom. En approchant de cette ville»
on voit un grand nombre de ruines qui prouvent qu'elle a été autrefois extrêmement peuplée. Parmi ces ruines, on remarque plusieurs tombeaux d'imamzadeh v ou descendants (Tintant.
Kom est remarquable par le grand nombre de mollans qu'on y voit , par son dôme doré et par ses ruines. La plus grande partie des habitants sont des seîdes ou descendants d'Ali , les-
Îuels forment un corps très-puissant en erse. Le grand mausolée qui se trouve à Kom est un sanctuaire des plus ce* lèbres du royaume. Ce monument renferme , dit-on , les cendres de Fatima , fille de Mousa , fils de Djafar- Sadik , le septième des douze imans des Persans , empoisonné par ordre du calife Haroun - Raschid. On voit souvent arriver, à Kom , un grand nombre de femmes montées sur des ânes , et escortées par des hommes à pied , qui viennent des villages environnants, par troupes de dix à quinze personnes, pour visiter le tombeau dont nous parlons. Ces sortes de pèlerinages sont fort en usage parmi les paysans de la Perse, qui les considèrent plutôt comme des parties de plaisir que comme des actes qe dévotion. On voit aussi, à Kom, les tombeaux des rois Sèfi 1er et Abbas II. Suivant le Schak-Namèk ou Livre des Rois, Kom fut fondée par le roi Caïkobad. D'Anville suppose que c'est la Choana de Ptolémée. Un historien musulman, cité par d'Herbelot , n'en place la fondation qu'au neuvième siècle de notre ère. Feth-Ali- Schah , avant d'être roi , fit vœu , s'il montait jamais sur le trône , de rendre à cette ville son ancienne splendeur , et d'exempter ses habitants du tribut qu'ils payaient au trésor. Ce fut pour accomplir ce vœu qu'il fit bâtir le magnifique collège qui tient à la grande mosquée. Quand Chardin visita cette ville, il y a un siècle et demi, elle contenait quinze mille maisons. Kom est située sur le bord d'une rivière
L'uwiypfis.
qui, en été, n'a presque point d'eau,
mais gui , à l'époque de là fonte des neiges , est aussi large que la Seine à Pans; et qui, quelquefois inonde la yj||e, Qn appelle communément cette rivière , rivière de Kom ; mais son véritable nom est Djoubadgan. Kom est en été l'endroit le plus chaud de la £erse. On y faisait autrefois un grand commerce de fruits, de soie, de savpn, de lames de sabre, et de poteries. Toutes les manufactures ont disparu , et les bazars contiennent à peine aujourd'hui quelques boutiques. Les habitants, eu petit nombre, ne font plus de commerce, et se bornent a cultiver ce (ju/il faut de blé et de riz ppur fournir à leur subsistance. La réputation de sainteté dont jouit la ville dé Kom engage plusieurs personnes pieuses à s y faire enterrer; et Sir Robert &er Porter rencontra des mules qui y transportaient des corps. Les habitants de cette ville sainte, saps excepter les mollahs euxmêmes , ont un grand goilt pour {es liqueurs fortes, dont ils font usage malgré la défense expresse du Coran; parce que, disent -ils, les spiritueux sont un remède excellent contre les morsures des scorpions. Les habitants de Caschan sont entachés du même vice, et tâchent de le faire excuser par le même prétexte.
IUmadan, l'ancienne Ecbatane, renfermait, en 1818, environ neuf mille maisons , et quarapte à cinquante mille habitants, parmi lesquels il y avait six cents familles juives et autant de familles arméniennes. Les maisons sont actuellement entourées d'un grand nombre d'arbres , qui donnent à la ville un aspect agréable, et cachent pne partie des ruines. L'édifice le plus remarquable d'Hamadan est la grande mosquée , actuellement fort délabrée , et devant laquelle est le Meïdan ou place qui sert de marché. Près de cette mosquée se trouve le monument appelé tombeau d'Estiier et de Maraochée; mais cet édifice n'est certainement pas d'une époque antérieure à l'islamisme. Une inscription en héreu, gravée d'une manière assez gros-
sière sur une pierre placée dans Tintérieur, porte que ce monument fut élevé sur le sépulcre de Mardochée et d'Esther par deux pieux juifs de Caschan , Tan du monde 4474. Les juifs vont en pèlerinage visiter ce lieu pour lequel lis ont une grande vénération.
On trouve à Hamadan une grande quantité de ruines mâhomêtanes , telles que pierres funéraires, minarets, mosquées et bazars , sur lesquels se lisent des inscriptions coufîques. C'est dans cette ville que fut enterré le fameux Avjeenne. On a découvert , à Hamadan, beaucoup de médailles des rois arsacides et sassanjdes, et d'autre? objets précieux du même genre. Il jr a, à Hamadan, des fabriques de tapis et d'étoffes, et plusieurs tanneries.
Casbin, plus grande que Tehran, contient une population qui s'élève tout au plus à soixante mille habitants. La ville est entourée d'un mur de terre flanqué de tours , mais sans fossé. Les environs sont couverts de vergers et de vignobles qui produisent le plus excellent raisin de foute la Perse. L'eau est rare à Casbin et dans les campagnes d'alentour ; on l'y amène au moyen de ces conduits souterrains que les Persans appellent carizes. Le palais des rois de la dynastie des Sophis existe encore . mais dans un état de décadence.
La plus grande partie des beaux édifices de Casbin sont aujourd'hui détruits.
Zendjan. Cette ville, à distance, parait une cité florissante, située au milieu de beaux jardins et d'arbres de différentes espèces. Mais quand une fois on y est entré, il faut marcher au moins pendant un mille au milieu des ruines avant d'arriver à la partie habitée. Un vaste cimetière, dont le sol est jonché de pierres funéraires', prouve que la population de Zendjan était autrefois très-considérable. Les habitants sont encore au nombre de dix à onze mille. Le village d'Armagarieh , situé au delà et à vingt milles environ de Zendjan , forme de ce côté les limites de la langue persane. Le turc , que les habitants commencent à parler plus pu mojns en deçà de Casbin , est la
PERSE
•eulc langue comprise perlée grossier!
habitants d'Armaganen.
Soitltànieh. Cette ville, autrefois considérable , n'offre plus guère que des monceaux de ruines. Les deux mosquées bâties par Aldjaïtou, surnommé Khodabendeh , 6ont les seuls édifices qui subsistent encore. Ces monuments , les plus beaux qui existent en Perse , ont &é grièvement endommagés au commencement de ce siècle par un tremblement de terre. L'une ne présente plus guère que des ruines.
La seconde est encore bien conservée, et excite l'admiration de tous les voyageurs. Préaux, habile artiste, que M. Lajard conduisit en Perse, a laissé plusieurs dessins qui reproduisent trèsexactement cette belle mosquée. Ce sont les planches 30, 31 , 82 et 33 de cet ouvrage. La mosquée de Soultanieh est construite de briques , et surmontée d'une coupole haute d'environ cent vingt pieds sur cinquante de diamètre, et soutenue sur huit grands arceaux. La mosquée a quatre minarets et deux portes. Le dôme est , à l'extérieur, de briques couvertes d'un vernis blanc et bleu pâle. L'intérieur est de faïence dorée. Les planches 29 et 34 de cet ouvrage offrent deux vues de Soultanieh et d'un camp dans la plaine de ce nom , prises l'une et l'autre par Préaux.
TABÀBISTÀN.
DAMAVETfD s'élève sur les bords d'une rivière, dans une vallée dont la longueur est d'environ trois milles et la largeur de deux. Cette vallée descend par une pente graduelle du nord au sud. Outre la ville de Damavend, située presque à son extrémité la plus basse, cette vallée florissante contient encore dix villages. Deux courants d'eau l'arrosent: l'un, très-faible, vient de l'ouest; l'autre vient du nord. Ces deux courants se rencontrent à Damavend , et leurs eaux réunies traversent la ville. Les bords de ces cours d'eau sont plantés de saules, de peupliers et de noyers, dont le feuillage verdoyant ajouté beaucoup aux charmes du paysage. On trouve encore dans l'in-
térieur éé la ville quelques arbres, dont l'ombrage épais contribue à entretenir une agréable fraîcheur durant même la partie du jour la plus chaude. La ville s'étend sur une colline; la principale rue descend dans la vallée, a l'endroit que baigne la rivière. Damavend se compose de cinq cents roai^ sons , dont trois cents habitées par des indigènes, le reste par des familles du Kirman, transplantées par Aga-Mo* hamnied-Khan. Le pic de Damavend, qu'on aperçoit de très-loin, est invisible dans la ville de ce nom. Les habitants du lieu prétendent qu'il jette quelquefois de la fumée, et le soufra qu'on trouve dans les petits cratères qui sont à sa base pourrait faire conclure que le cône renferme le cratère d'un volcan. On sent quelquefois de violents tremblements de terre à Damavend; et, au commencement de ce siècle, tes secousses devinrent si violentes, que plusieurs villages du Mazenderan lurent renversés de fond en comble.
La neige couvre le pic d*e Damavend tdute l'année, mais seulement par places, car quelques parties du sommet en sont entièrement libres. On prétend que ce pic n'est pas aussi élevé que le mont Ararat, quoique le cône qui le couronne soit beaucoup plus abrupte, et que sa base ne soit pas aussi étendue. Aucun des habitants de Damavend n'est monté jusqu'au sommet du pic, et tous prétendent qu'on essayerait vainement de le faire. Cependant quelques personnes soutiennent qu'on peut y monter même à cheval. Un habitant du Mazenderan dit au voyageur Morier qu'il connaissait plusieurs individus
3ui étaient arrivés au sommet du pie e Damavend, et que des derviches de l'Inde , guidés par les instructions qu'ils trouvaient dans leurs livres, y allaient pour cueillir une certaine plante qui se convertissait en or, et donnait une teinte dorée aux dents des moutons qui paissaient sur la montagne.
On prétend que la ville de Damavend, qui est une des plus anciennes de la Perse, fut fondée par Sivamec, et devint plus tard le siège de I empire de Zohac ou Dhohac. Le climat de
L'UNIVERS
Damavend est, sans contredit, un des plus agréables de la Perse. Jamais on n'y est incommodé des couds de vents violents ni de la chaleur suffocante de l'atmosphère, si communs à Tehran et dans les environs.
Le SI août a lieu , à Damavend , une fête particulière à la ville. Cette fête n'a aucun rapport avec la religion musulmane. On la célèbre en commémoration de la mort de Zohac. Il y a ce tour-là des réjouissances générales pour lesquelles se réunissent tous les habitants de la ville et du district de Damavend. Ils courent dans les plaines environnantes montés sur des chevaux ou des mulets, en poussant des cris effroyables. Le soir, ils illuminent leurs maisons, et toutes les parties de la ville sont éclairées.
La tradition rapporte que Zohac avait sûr les épaules deux dragons qu'il nourrissait de cervelles humaines, et tous les matins on égorgeait deux hommes de Damavend pour le repas de ces horribles monstres. Un jeune homme résolut de délivrer son pays de ce tribut cruel, en tuant le tyran. Il annonçai ses compatriotes que s'il parvenait à les défaire de Zohac, il allumerait un feu sur le sommet de la montagne voisine, comme le signal de son triomphe. Le tyran demeurait auprès du pic de Damavend; le jeune homme se rendit à son palais et le tua. Les illuminations que Ton fait actuellement sont destinées à rappeler le feu qu'il alluma le jour de sa victoire. Tel est le conte qui a cours parmi les paysans; mais les historiens persans rapportent la mort de Zohac d'une manière différente.
A cinq milles de la ville de Damavend se trouve un lac formé sans doute par la fonte des neiges. Ce lac, placé à une hauteur considérable au-dessus de Damavend , n'a aucune décharge naturelle; une marque faite par les eaux indique le maximum de leur élévation à l'époque de la fonte entière des neiges , qui arrive au printemps. On assure que toutes les fois que les eaux descendent au-dessous de leur niveau ordinaire, plusieurs sources tarissent
dans les environs de la ville. Ce lac ou bassin, dont l'eau est extrêmement fraîche, peut avoir un mille et demi de circonférence. Il est extrêmement profond, et dans l'hiver sa surface
fêle. S'il était possible de le faire servir l'irrigation des campagnes environnantes,*il deviendrait un trésor inestimable; car actuellement le pays d'alentour est un désert aride, et on n'aperçoit pas d'habitations sur une étendue de plusieurs milles. Du côté du nord, le lac est entouré par une chaîne de montagnes à pic, dont les neiges fournissent une grande quantité d'eau. Quand la fonte des neiges cesse, l'accroissement des eaux cesse aussi; car les pluies ne sont pas suffisantes pour compenser l'évanoration. Pour parvenir à ce lac, il faut faire douze ou quinze milles dans une direction circulaire, par des hauteurs escarpées, et sur la pente des montagnes, où un faux pas pourrait coûter la vie.
MAZEUDBRAN.
Le Mazenderan a souvent été confondu avec le Tabaristan.
Sari. Quelques auteurs ont cru reconnaître dans Sari Zadracarta, qui, suivant Arrien, était la ville la plus importante de l'Hyrcanie. Cette assertion est inexacte , comme le prouve Sir William Ouseley dans son Voyage en Perse. Sari est aujourd'hui peu considérable, quoique le gouverneur de la province y ait uxé sa résidence. On y trouve un bazar abondamment fourni de toutes espèces de denrées. Les rues de la ville sont quelquefois tellement fangeuses, qu'il est difficile de les parcourir même à cheval.
Amol, sur la rive gauche du fleuve Harhaz, qui a son embouchure-dans la mer Caspienne, contient environ trois mille niaisonà éparses sur une vaste étendue de terrain. On exploite des mines de fer dans les environs qui sont couverts de bois. Amol , autrefois trèsconsidérable, est la patrie du fameux historien Abou-Djafar-Mohammed , fils de Djarir, fils d'Yézid* surnommé Tabari, c'est-à-dire naturel du Tabaris-
PERSE
tan, né l'an 324 de l'hégire (838-39 de J. C).
Sir William Ouseley lut dans une maison d'Amol une inscription en français tracée sur un mur, et par laquelle fauteur envoyait tous les habitants (SAmxÀ au grand diable d'enfer.
Cette inscription, dit le même voyageur, portait la date de 1808 et était signée d'un J majuscule.
Fajkahabàd a un port fréquenté par les Russes.
Aschbaf, demeure favorite d'Abbas le Grand , et embellie par ce prince , oui y avait élevé des palais et des jardins; a été détruite en grande partie dans les guerres qui ont suivi la mort de Nadir-Schah.
Babfobousch, que Ton appelle communément Balforousch. Les environs de cette ville sont marécageux et couverts de rizières. Le palais qu'y avait élevé Schah-Abbas est en ruine* Feth-AJi-Schah et plusieurs seigneurs y ont fait construire de beaux collèges pour l'instruction de la jeunesse. La population de cette ville assez commerçante s'élève, suivant plusieurs géographes, à cent mille habitants; mais cette estimation paraît fort exagérée.
Astebàbaj). On peut regarder Asterabad comme la capitale au Mazenderan. C'est une grande ville commerçante 6ituée sur une baie que forme la mer Caspienne. Les campagnes qui l'entourent, quoique généralement arides, produisent cependant d'excellente garance. La ville est entourée d'un mur flanqué de tours, et possède des manufactures de tissus de soie et de coton. On y admire un beau palais bâti par Aga-Mohammed-Khan. Population, environ trente mille habitants.
GUILAW.
Rbscht, capitale du Guilan , à deux lieues de la mer Caspienne, arrosée par deux rivières, et environnée de marécages qui en rendent l'air malsain.
Cette ville comprend environ trois mille maisons. On y fabrique beaucoup d'étoffes de soie.
Enzai, petit port qui sert d'en*
trepot à un commerce de cabotage avec la Russie.
ADBBBIDJAN.
Tàubis, Tbbbiz ou Tabriz, capitale de l'Aderbidjan, avait, du temps de Chardin, cinq cent cinquante mille habitants, quinze mille maisons, trois cents caravartsérais, et deux cent cinquante mosquées. C'est tout au plus si aujourd'hui Tauris occupe la dixième partie de son étendue d alors, et la population n'excède pas cinquante mille âmes. Cette ville est exposée à de fréquents tremblements de terre. Pour éviter d'être écrasés par la chute de leurs maisons, les habitants fuient dans la campagne ; mais là encore ils ont à craindre d'être abîmés dans la terre
2ui s'entr'ouvre, ou brûlés par l'eau ouillante qui jaillit du sol avec violence. Le château qu'habitait le prince . Abbas-Mirza est en grande partie construit en bois, et cette précaution l'a sauvé jusqu'à présent. La ville moderne est située tout à fait au centre de l'ancienne ; à l'entour, jusqu'à une distance considérable, on aperçoit des ruines. Tauris a aujourd'hui trois milles et demi de circonférence; une muraille de briques séchées au soleil, et flanquée à des intervalles irréguliers de tours de briques cuites au four, l'entoure de tous côtés. On a cherché à donner à quelques-unes de ces tours la forme de bastions. Toutefois, ces fortiûcations , au dire des hommes de l'art, ne pourraient pas tenir contre une attaque régulière. Les murailles ont sept portes , chacune avec un corps de garde; on doit les fermer, une heure ou deux après le coucher du soleil, pour ne les ouvrir que le matin avant le jour. Mais ces règlements ne sont pas toujours observés avec la même exactitude que dans nos places de guerre. Il n'existe actuellement à Tauris que peu d'édifices remarquables, et c'est a peine si l'on aperçoit quelques vestiges de ceux dont parlent les anciens voyageurs. On reconnaît encore le jgrand meïdan ou place publique qui pouvait, dit-on, contenir trente mille bompaes rangés en bataille.
L'UNITERS.
Le bazar appelé Kaïsarieh, qui passait pour le plus beau de la Perse, subsiste toujours, mais recouvert par une toiture de bois. La citadelle d'Ali-Schah est le monument le plus remarquable de Tauris. Le prince - Abbas-Mirza avait d'abord voulu en faire sa résidence, mais il préféra ensuite la convertir en un arsenal , où Ton voyait en Eleine activité plusieurs ateliers semlables à ceux d Europe. Quand Morier visita cet établissement, il y avait dans la première cour des canons et des affûts , en un mot , tout ce qui est nécessaire à l'arme de l'artillerie; des corps nombreux de charpentiers et de charrons, dirigés par un Européen, travaillaient avec des outils faits sur le modèle des nôtres. Plus loin , on voyait une forge où , à défaut de charbon de terre, on employait le charbon de bois; dans une autre cour, il y avait des piles de boulets. ÀbbasMirza allait souvent visiter cet arsenal, et prenait beaucoup de plaisir à examiner tous les ouvrages , et h se faire expliquer l'usage de chaque chose. L'ensemble de la ville n'a rien d'agréable, à cause du peu de largeur et de la malpropreté des rues. Les faubourgs, qui prennent tous les jours de l'accroissement, paraissent destinés à couvrir les ruines de l'ancienne ville. Une grande partie de la population s'y porte. Le climat de Tauris est très-rigoureux en hiver, et il arrive quelquefois dans cette saison que des personnes arrivées trop tard pour se faire ouvrir les portes de la ville, et obligées de passer la nuit exposées aux injures du temps , meurent de froid. Du reste, l'air est très-pur et très- Sain à Tauris, comme le prouve le nom même de la ville , qui , prononcé tabriz ou teb-riz, à la manière des Persans, veut dire, suivant quelques étymologistes , qui chasse la fièvre.
Entre Tauris et Mianeh, près du village de Tigmetasch, se trouve le caravansérai Guilek, dont parient plusieurs voyageurs. Notre planche 26 en donne une vue dessinée par Préaux.
Oudjan , petite ville qui passe pour Uû des endroits les plus frais de la Perse. lie schab y a un palais d'été.
Meràgà. On voit encore, dans cette ville , des ruines du magnifique observatoire qu'y fit élever Houlagou.
Population , quinze mille habitants.
Ardebil , que les Persans nomment Âbadanifirouz j c'est-à-dire, séjour de la félicité, est située sur la rive droite du Balouktschaï. On y voit le tombeau du scheïkh Sefi, fondateur de la dynastie des Séfi , ou , comme on dit improprement , des Sophis ou Sofis. Le voyageur Pietro délia Valle comparait Ardebil à Venise, pour les canaux dont cette ville est entrecoupée. Il y avait, à Ardebil , une bibliothèque qui passait pour une des plus riches et des plus belles des pays musulmans. Aujourd'hui cette bifilio- , thèque n'existe plus; tous les manuscrits qui pouvaient avoir quelque valeur en ont été enlevés , et font partie de la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg.
Kaoï , situé au milieu d'une plaine fertile sur les bords de la Cotourah , qu'on traverse sur un pont de sept arches , est assez bien fortifié à l'européenne; on y compte vingt mille habitants , la plupart arméniens. .
SELMAS,sur les bords du lac d'Ourmia , compte environ deux mille habitants , en partie nestoriens.
Mianeh. JN'ous ne pouvons quitter l'Aderbidjan sans parier de Mianeh, où mourut, par suite de grandes fatigues , et à l'âge de trente-quatre ans seulement, le 28 novembre 1667, le célèbre voyageur Jean de Thévenot.
Mianeh , assez considérable autrefois , n'a plus guère que deux mille habitants. Peut-être faut-il attribuer cette décadence à l'air assez malsain qu'on respire aux environs, et à deux fléaux qui tourmentent cette ville : les moucherons et des punaises d'une espèce particulière , et dont la piqûre peut devenir mortelle. Mianeh est située dans une plaine fertile , sur un affluent du Kizilouzen , au'on appelle du nom de la ville , rivière de Mianeh. On passe le Kizilouzen sur un beau pont trèsétroit, de vingt-trois arches, dont on peut voir le dessin planche 27,
PIK6Ê.
Si
fetJBDl8TiJV PSA&A9'
f Kibmakschah , à peu de distant de la rive droite du Kerkbah, contient environ dix mille habitants, sans compter la garnison, qui est considérable. Les rues de KJrraanscbah sont étroites et fort sales. Les caravansérais , les bazars , les mosquées sont en petit nombre, et d'une architecture peu élégante. En cela Kirmanscbah diffère des autres Tilles de la Perse , qui comptent presque toutes quelques beaux édifices. Le territoire des campagnes environnantes est très-fertile.
L'eau descend de toutes J>arts des montagnes voisines, et répand sur le sol la fraîcheur et l'abondance.
A une lieue environ au nord de Kirmanschah, et sur la gauche de la route de Bagdad à Hamadan , se trouve un rocher très-escarpé et extrêmement haut, dont le sommet est sduvent en* eore couvert de neige au commencement de mai. Ce rocher, nommé Bisoutouà (*), s'élève à quinse cents
Ceds de hauteur perpendiculaire (**).
i partie inférieure de ce roc est taillée en plate-forme , et on y avait élevé autrefois un édifice. Sur le flanc du rocher sont sculptées des figures colossales. 11 faudrait deux mois, dit Ker Porter, pour copier toutes les figures et les inscriptions qui couvrent le rocher de fiisoutoun ; et on courrait de grands risques en faisant cette opération, car it faudrait se faire hisser au haut du rocher. Ce voyageur a copié les bas-reliefs les plus intéressants.
Un de ces groupes représente un roi dans une attitude tranquille , et regar- . dant des ennemis vaincus (voy. pL 21).
Il tient à la main un arc , et foule aux pieds un homme dont on aperçoit la tête. Sa taille est plus élevée que celle des autres personnages. Le Férouher est placé en avant et au-dessus de sa tête. Le roi a la coiffure et le costume x des Mettes, que portent également deux gardes du corps placés derrière lui , et
(*) Cfet-à-dire , qui n'a pas de colonnes*
(*•) Root donnons ces Mesures d'après
1er Porter; il s'agit donc de pieds anglais*
dont l'un tient un arc, l'autre une; lance. Plusieurs captifs sont devant le. roi : leur maintien humble et soumis, leurs mains attachées sur le dos , et les cordes passées autour de leur cou j ne peuvent laisser aucun doute sur leur condition. Tous ont la tête découverte , à l'exception du dernier, qui porte un bonnet pointu en forme de pain de sucre. On voit sur l'habit du troisième une inscription en caractères cunéiformes ; et presque toutes les figures, comme nous rapprend Ker Porter, ont , au-dessus de la tête , une inscription semblable. Le roi a la main droite levée, et semble promettre à ces captifs de leur faire grâce. 11 n'est pas orné de la tiare ; la chevelure de sa tête est bouclée ; mais sa barbe est enveloppée dans une bourse. Tout, en un mot, indique que le roi n'est pas en costume de cour, mais en habit de guerre. Parmi (es captifs, celui qui précède est toujours un peu moins graqd que celui qui suit; et le dernier du groupe est le plus grand de tous.
L'extrémité occidentale du rocher de Bisoutoun porte le nom de Takibostan, c'est-à-dire, la voûte du jardin (*). Ce rocher est très-fameux par les monuments sculptés qui s'y trouvent. On y remarqué deux salles taillées dans le roc vit , au bas de la mon* tagne. On pénètre dans ces salles par de grandes ouvertures qui ont la forme de portiques. La plus grande de ces; entrées a environ vingt-cinq pieds de largeur et vingt de profondeur. Dans le fond de la salle sont sculptées quatre . figures, dont la plus considérable est au niveau du sol. L'est une statue équestre colossale, eu relief de trois quarts ( voy « pL 22 ). Le cavalier a la tête couverte, et porte une cotte de mailles parfaitement sculptée, qui paraît aller se réunir au casque , et tombe sur ses genou x. De dessous cette cotte de mailles sortent de riches vêtements. De la main droite, le cavalier tient une lance ; de
(*) Quelmics auteurs l'appellent kaproe prennent TakJitibostan, c'est-à-dire le Tréné Jujardin.
I/UNIVEES.
l'autre , un petit bouclier. Le cheval , extrêmement endommagé , est couvert d'un chanfrein et des autres pièces de harnachement du cheval de guerre.
Les gens du pays disent que le cavalier représente Koustam , 1 Hercule des Persans. Cette figure est placée entre deux colonnes cannelées , d'ordre corinthien. On voit, sur les côtés, une inscription en grec , et une autre en pehlvi, tellement frustes que Ker Porter ne put distinguer qu'une ou deux lettres de chaque inscription.
Au-dessus de cette statue règne une espèce de corniche qui la sépare d'un croupe de trois figures. Celle de ces figures qui est à gauche représente une femme avec le manteau et le collier royaux. Cette femme porte le diadème particulier à la dynastie des Sassanides, et ses cheveux pendent en longues tresses sur ses épaules. La draperie qui entoure son corps tombe plus -bas que ses pieds. Elle tient d'une main la cydaris ou bandeau royal , et de l'autre , un vase avec lequel elle verse de l'eau. Le personnage qui occupe le milieu du groupe est évidemment un roi. Sur sa tête il porte un diadème, de chaque côté duquel sortent une paire de petites ailes placées autour des cornes d'un croissant qui surmonte le diadème, et dans lequel se trouve un globe. La figure de droite porte aussi une couronne , mais sans ailes , ni croissant ni globe , et semblable à celle de la femme dont nous avons parlé. Cette figure a une longue barbe, et autour de son cou est un collier de perles.
Les côtes de la salle sont couverts de représentations de scènes champêtres , telles que chasse au cerf et au sanglier, etc. ( voy. pi. 53). Les chasseurs sont montés, les uns sur des che- Taux, les autres sur des éléphants; d'autres enfin sont dans des bateaux.
La scène paraît se passer dans un lieu coupé par des étangs et des marais , que sillonnent des barques d'où les chasseurs lancent leurs flèches. Deux barques sont remplies de femmes qui jouent d'une espèce de harpe faite en forme d'équerre, et garnie de* dix cor*
des ; et , dans une troisième barque , se trouvent des hommes qui jouent de la flûte et d'autres instruments. Une barque très-grande occupe le centre du bas-relief. On y remarque un personnage d'une taille beaucoup plus élevée que celle des autres figures. 11 est re-
Srésenté au moment de lancer une èche contre des sangliers. Un peu plus bas se trouve encore un bateau , dans lequel est un personnage d'une stature moins élevée que celui-ci. Un serviteur lui présente une flèche,. et une femme assise joue de la harpe à côté de lui.
La surface du rocher a été lissée , à une grande distance autour des portiques. Sur cette surface polie , au-dessus du cintre de la grande salle, se trouvent deux figures de taille gigantesque , qui portent des ailes semblables à celles que, parmi nous, les peintres donnent aux anges. Les têtes de ces figures ont un caractère remar*
Îuable , et sont coiffées , suivant Ker 'orter, comme les bustes de l'impératrice Faustine. Il est évident , dit le même voyageur, que ces figures représentent des génies femelles, l'artiste ayant eu soin de développer la gorge de manière à ne laisser aucun doute à ce sujet. La disposition des draperies et la partie inférieure des figures rappellent tout à fait les Renommées et les Victoires <jue l'on représentait sur les arcs de triomphe de Rome ; ce qui fait penser à Ker Porter que ces basreliefs sont l'ouvrage d'un artiste de l'empire d'Orient.
La seconde salle, plus petite que la première, n'a que dix-neuf pieds de profondeur sur douze de largeur. Elle contient deux figures de grandeur naturelle , et de demi-relief
A côté de cette dernière salle et sur le rocher, au-dessus d'une des sources qui en sortent, on voit un bas -relief composé de quatre figures de grandeur ordinaire , que les naturels nomment les quatre calenders. Ce bas-relief re-
Iirésente quatre figures : trois debout, 'autre étendue par terre. L'une des figures qui sont debout marche sur la tête du personnage étendu à ses pieds.
PERSE
- — *<*t ' Srtrr- d**/ ùnn*** à* ^jCf/utrtitsnt-''-
PERSE