‹ La PerseChapitre 46 sur 51 · PUBLICS. CARACTÈRE DU MILITAIRES · texte numérisé non relu

PUBLICS. CARACTÈRE DU MILITAIRES

PBRSAHS. ARMÉE.

Il n'y a pas de pays où les habitants jouissent de plus de liberté qu'en Perse, touchant le choix de leur résidence. Si l'on excepte les fonctionnaires publics et les esclaves qui sont peu nombreux , les habitants du royaume peuvent se fixer où bon leur semble, et même passer à l'étranger sans avoir besoin de passe-port. Cette facilité qu'ils ont de se soustraire à la tyrannie par la fuite est une des garanties les plus fortes qu'ils aient contre l'oppression de leurs chefs. Il arrive souvent aussi que les Persans en appellent au roi ; et tout homme qui emploie ce moyen est sûr d'être écouté; car, en supposant même que le roi ou ses ministres ne soient pas disposés à lui rendre justice, ils se ménagent, au moyen de ces plaintes , des sujets d'accusation qui leur fournissent des prétextes soit pour dépouiller l'accusé , soit pour le contraindre de partager avec eux les richesses qu'il a acquises par ses exactions. L'officier public le plus probe ne peut pas toujours se niettre à l'abri de* ces accusations intentées quelquefois par des ennemis qui veulent le perdre. On doit convenir, comme l'observe Malcolm , que si les officiers qui

occupent de grandes places sont portés a commettre des exactions , c'est le résultat de la nature même du système de gouvernement établi en Perse ; car il faut absolument qu'ils se procurent les moyens de satisfaire l'avarice de leurs supérieurs , et d'échapper eux-mêmes à la honte et aux punitions.

La situation des officiers publics est extrêmement précaire. Cependant il n'y a peut-être pas de pays où les emplois , malgré les inquiétudes et les dangers oui les entourent , soient plus recherchés qu'en Perse , parce qu'ils donnent toujours de l'importance et quelquefois oes richesses à celui qui en est revêtu. La position des magistrats inférieurs, placés entre des chefs avides et violents, qui exigent plus qu'il n'est dû , et une populace grossière qui refuse de payer ce qu'elle doit au fisc, est extrêmement pénible. 11 y a quelques années , dit Malcolm , le gouverneur général du Fars consultait les officiers ne sa* cour pour savoir quelle punition il devait infliger à un voleur qui venait d'être arrêté: Faites-le, dit un seigneur à qui son âge et la privation de la vue donnaient Je privilège de s'exprimer librement, faites- le directeur d'un district dans le Fars. Je ne puis, ajouta-t-ii , imaginer aucun crime pour lequel ces fonctions ne soient pas une punition suffisante.

Le système de vénalité et de despotisme qui a longtemps pesé sur la Perse, n'a pas, suivant Malcolm, flétri le courage des habitants de ce royaume.

«Les militaires persans, dit Scott Waring, vont toujours vantant leurs prouesses , quoiqu'ils n'aient peut-être pas vu un combat de toute leur vie.

Cependant , on ne peut pas leur refuser la bravoure , ou , du moins , une ardeur qui pousse jusqu'au dernier soldat dans de fréquentes querelles où il y a souvent du sang répandu, et qu'ils auraient pu éviter sans compromettre leur honneur. Cette humeur querelleuse est surtout particulière à ceux qui viennent de la partie septentrionale de l'empire. Pour le moindre mot, ils dégainent; les amis se mettent de

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la partie, et il arrive souvent que deux ou trots hommes restent sur la place avant la fin die la querelle. *

La Perse n'est pas aussi pauvre que Ton pourrait le supposer. Les haut* fonctionnaires et les nobles

(paraissent jouir d'une grande opuence. Les marchands et les habitants notables des villes possèdent des propriétés considérables. Dans les basses classes , on voit peu dé gens qui manquent totalement de ressources, ce qui tient , sans doute , à la fertilité du sol , et aussi , il faut le dire à la louante des Persans, à d'heureuses habitudes de travail et de frugalité* Mais , quoique le peuple ne soit pas dans la gène, il Se plaint de sa pauvreté: oesplaintes ont pour but d'éviter les exactions auxquelles sont exposées les personnes que Ton suppose riches.

L'armée se compose, en Perse, d'un corps considérable de cavalerie Irrégulière , fournie par les tribus dont les chefs commandent toujours ces troupes , et d'une milice à pied , aussi irrégulière , levée dans les villes gui doivent encore les entretenir; et enfin de quelques torns disciplinés à l'européenne.

La cavalerie irrégulière de la Perse moderne, dit Malcoim, ressemble à celle que les Parthe* opposèrent autrefois aux Romains ; les nommes qui ta composent ont conservé les habitudes et la manière de combattre de leurs ancêtres. Comme ils sont robustes et vaillants, et qu'ils ont des chevaux agiles et vigoureux, on ne saurait trouver une cavalerie plus Convenable pour faire une guerre de dévastation.

Les Persans, ajoute le même auteur, disent nue leur roi compte quatrevingt mille hommes de cette arme quf sont soumis au service militaire pour prix des terres et des pâturages dont on leur accorde la jouissance. Chaque Chef de tribu est obligé de fournir un contingent proportionné eu nombre d'hommes qu'il a souS ses ordres; chaque cavalier, lorsqu'il est au ser* vice du roi , reçoit des vivres pour lui, du fourrage et de l'orge pour son cheval , et une petite solde annuelle. Cette cavalerie irrégulière sert avec une ex-

trême répugnance toutes les foie qu'elle n'est pas stimulée par l'espoir du pillage. Les hommes ne doivent le service que pondant quelques mois de l'année seulement ; et , s'ils ne sont pas engagés dans quelque expédition , ils re* tournent chea eux à rapproche de l'hiver. Le roi de Perse a toujours au-

Rrès de sa personne un corps de càvatrie qu'on appelle les ge*iam-$chah, ou k$ etclavëê du roi. Les ils des

Kemiers nobles de la Perse tiennent à nneur d'entrer dans cette milice oui n'excède pas le nombre de trois à quatre mille hommes. Ges cavaliers sont parfaitement montés , armés et équipes aux frais de l'Etat t ils re-

Soivent une solde plus forte que «elle es autres troupes.

Presque toute la population de la perse est armée ; il y a , dans les différentes parties du royaume, une milice composée d'hommes appartenant aux tribus errantes, et d'habitants des filles et des villages.' Cette milice est instituée pour défendre les propriétés et prêter main-forte à la polioe; elle

S eut aussi être appelée à marcher loin e ses foyers lorsque le gouvernement l'exige. Mais alors elle reçoit une solde. Elle monte, suivant l'estimation la

Elus probable , à cent cinquante mille ouïmes. Ceux qui la composent doivent 6e pourvoir à leurs frais d'armes et de vêtements. Ils ne portent point d'uniforme, et sont habillés suivant la mode de leur province: ils sont ordinairement armés d'un fusil à mèche et d'un poignard. Cette milice, comme la cavalerie irrégulière, n'obéit qu'à des officiers tirés de son sein, et que les soldats regardent comme leurs cheft naturels.

«La milice de Bouschir, dit Morier, ne reçoit pas de paye et doit fournir ses armes , qui sont un mousquet , une épée, et un bouclier qui pend derrière le dos. Elle est composée d'ouvriers de différentes professions : nous reconnûmes le teinturier à ses mains noircies par la couleur, le chaudronnier à son visage, le tailleur aux brins de laine qui s'étaient attachés à ses vêtements. »

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Les terres de la couronne sont affermées aux cultivateurs à des conditions très-favorables. Quand le produit de la récolte a été mesuré par un officier public , on prélève la semence , si elle a été fournie par le gouvernement; on met de côté dix pour cent )our les moissonneurs et les batteurs ; e surplus est partagé également entre le roi et le fermier. Les terres qui appartiennent aux particuliers payent suivant qu'elles peuvent être plus ou moins facilement arrosées. Quand l'irrigation est assurée et provient d'un cours d'eau » les fermiers payent vingt pour cent du produit, déduction faite de la semence et de la part accordée aux moissonneurs et aux batteurs. Si l'eau vient de conduits souterrains, le fermier pave quinze pour cent , et si on la tire de puits ou de réservoirs , il ne pave que cinq.

« d'est, dit Olivier, dans son agriculture et surtout dans le soin qu'il met à se procurer de l'eau pour l'arrosement des terres, qu'on peut se former une idée de l'activité et de l'industrie du Persan. Il n'y a pas de pays habité qui soit plus sec et qui ait plus besoin d'eau que la Perse : il n'y en a pas non plus ou l'on se soit procuré autant de sources artificielles, où l'on ait creusé autant de puits, où l'on ait élevé autant de digues. Les eaux qui tombent des montagnes durant la fonte des neiges sont reçues dans des canaux et conduites dans les champs; elles sont soumises comme celles des ruisseaux et des rivières à l'inspection d'un officier public nommé mirab, emir-ab ou prince de l'eau, et distribuées entre les cultivateurs suivant leurs besoins et la rétribution qu'ils payent.

« Dans les gorges des montagnes et partout où la forme du terrain T'a permis, on a arrêté par des murs fort épais ces eaux de neiges ou celles qui proviennent des pluies; on les a obligées de s'amasser dans de vastes bas-

sins , afin de pouvoir les distribuer peu à peu dans la belle laiton aux champs qui sont mis en eulture; on a élevé eu Soutenu leur niveau afin de pouvoir leur ftire atteindre dès terrains qui en seraient privés sans cette précaution.

* Lorsque les eaux , à leur sortie des montagnes, ont été assez abondantes

Sour former des rivières, on a établi es chaussées où des digues sur leur lit pour faciliter les Saignées qu'on voulait faire. »

« On distingue en Perse , dit Chardin, de quatre sortes d'eaux, deux sur terre, qui sont celles de rivière et celles de source, et deux sous terre, sa voir, celle nés puits et celle des conduits souterrains, qu'ils appellent carizes. Ils creusent au pied des montagnes pour trouver de l'eau ; et lorsqu'ils en ont trouvé un filet, ils lé conduisent par des canaux souterrains huit à dix lieues loin, et quelquefois bien davantage, les tirant du pays haut en pays bas, afin que 1 eau coule mieux. Il n'y a pas de peuple au monde qui Sache si bien ménager l'eau que les Persans. Ces conduits ou canaux sont quelquefois creux de dix à quinze toises; j en ai vu d'aussi profonds. On les mesure aisément , parce qu'à distance de huit en huit toises , on y voit des soupiraux dont le diamètre est grand comme nos puits. On me contait aussi en Médie que depuis soixante ans seulement, le nombre des canaux souterrains dans la province était diminué de quatre cents. Il n'y a assurément point de nation au monde qui sache si bien miner et faire des chemins sous terre que les Persans.

Ces canaux souterrains sont 'd'ordinaire de huit à neuf pieds de profondeur et de deux à trois pieds de largeur.

« Outre l'eau des fleuves et des canaux, ils ont celle des puits presque partout le royaume. On en tire l'eau avec des bœufs, dans de gros seaux de cuir qui tiennent d'ordinaire le poids de deux cents à deux cent cinquante livres. Ce seau a une gorge en bas de deux à trois pieds de long et de demi-pied de diamètre, qu'une corde

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repliée vers le haut du puits tient toujours élevée, pour empêcher l'eau de sortir par le nout. Le bœuf tire ce seau par une grosse corde, qui tourne sur une roue planée de trois pieds de diamètre, attachée au haut du nuits comme une poulie, et l'amène a un bassin joignant, où il se vide par cette gorge, et d'où l'eau est distribuée ensuite dans les terres. Il faut observer qu'a fin que le bœuf tire plus aisément, on le fait tirer de haut en bas , le jardinier s'asseyant sur la corde; ce qui le soulage lui-même dans son travail , et soulage également le bœuf; de manière que cet art, tout rustique qu'il paraît, est commode et de peu de dépense, ne requérant qu'un homme seul pour en faire l'usage.

« Pour ce qui est de la distribution de Peau des rivières et des sources, on la fait, par semaines ou par mois, selon le besoin , en cette manière : on met sur le canal qui conduit l'eau dans le champ une tasse de cuivre, ronde , fort mince, percée d'un petit trou au centre, par où l'eau entre peu à peu; et lorsque la tasse va au fond , la mesure est pleine, et on recommence jusqu'à ce que la quantité d'eau convenue soit entrée dans le champ. La tasse est d'ordinaire entre deux à trois heures à s'enfoncer. Cette invention sert aussi à mesurer le temps en Orient. Les jardins payent tant par an pour avoir de l'eau tant de fois par mois; l'eau ne manque point d'être envoyée au jour nommé, et alors chacun ouvre le canal de son jardin pour y recevoir l'eau. Comme on arrose tout un canton à la fois , il n'y aurait rien de plus aisé que de faire entrer plus d'eau dans son jardin, et de la détourner du jardin d'un autre; mais c'est ce qui fait aussi que cette sorte de fraude est fort défendue, et que le crime de l'avoir commise est sévèrement puni. Pour mieux entendre cette distribution d'eau, il faut savoir que chaque province a un officier établi sur les eaux de la province, qu'on appelle mirab, c'està-dire prince de l eau, qui règle cette distribution partout avec grande exactitude, ayant toujours ses gens aux

courants des ruisseaux,' pour les faire aller de canton en canton et de champ en champ , selon ses ordres. C'est un un office fort lucratif. Lorsqu'on manque d'eau , il faut s'en aller plaindre à lui , et il répond d'ordinaire qu'il n'y a point d'eau dans le pays; mais dès qu'on lui fait un présent , chose qu'on ne manque pas de faire pour ne pas perdre les fruits et la moisson, on est sûr d'avoir de l'eau suffisamment. Le prix est différent de l'eau de rivière et de l'eau de source, celle-ci étant à meilleur marché que l'autre, parce qu'elle n'est pas si limoneuse ni si douce.

« Le labour se fait avec un soc tiré par des bœufs maigres (car les bœufs de Perse n'engraissent pas comme les nôtres) attachés, non par les cornes, mais avec un arceau et le poitrail.

Ce soc est fort petit, et le fourche ne fait qu'écorcher la terre, pour ainsi dire. A mesure que les sillons sont tirés, les laboureurs rompent les mottes avec de grosses maillottes de bois , et avec la herse qui est petite et a de petites dents; et puis avec la bêche ils unissent la terre et la mettent en carrés comme des parterres de jardins, y faisant des rebords hauts d'un pied, plus ou moins, selon qu'il lui faut donner de l'eau. La mesure d'eau qu'il faut donner aux carrés , c'est qu'il y en ait assez pour qu'un canard y puisse nager, et c'est de cette manière que l'on en donne aux jardins toutes les semaines.

« Outre l'irrigation , les Persans se servent de la stercoration , si estimée des Romains dans le labourage. C'est avec quoi on engraisse les terres en Perse, au lieu de fumier, qu'on emploie pour la litière des chevaux, comme je l'ai observé. Les villageois ramassent avec soin les immondices des villes, qu'ils chargent dans des sacs sur des bourriques , et s'en retournent chez eux; ce qui ne leur coule pas grand' chose , puisque sans cela ils s'en retourneraient à vide. Il n'y a point en Perse d'égouts publics; chaue maison a te sien d'ordinaire a côté le son logis, en un trou profond d'un

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pied. C'est là aussi communément qu'est le privé. Les passants ne s'en aperçoivent pas d'ordinaire, la sécheresse de l'air dissipant la mauvaise odeur. On voit les villageois, la bêche à la main , après avoir déchargé leurs ânes ou mules au marché, curer les égouts à mesure qu'ils passent pardevant et en charger leurs bêtes. Les maisons qui n'ont pas l'égout sur la rue sont comme rentées par des paysans affldés , qui font un présent de fruits par an pour avoir seuls l'entrée de la maison. Us sont assidus à y venir toutes les semaines, surtout aux grandes maisons, où ils aiment mieux se charger. Ils fument de fiente de pigeons et d'excréments d'hommes les melons et les concombres, à quoi il faut du fumier plus chaud; et les pavsans disent qu'il y a une notable différence aux fruits qui viennent sur les couches fumées aïe ce qu'on em* porte des privés des gens qui mangent beaucoup de chair et qui boivent du vin comme on fait en Europe. On ne met pas ce fumier sur la terre tel qu'on l'apporte à la campagne, il la brûlerait à force de chaleur. Les paysans le jettent dans une grande fosse dans leurs cours, tout le long de Tété, et quand la fosse est à demi pleine, ils achèvent de la remplir de terre; la pluie et la neige qui tombe dessus pétrit le tout, qu'ils laissent ainsi reposer deux ans durant , et au bout de ce temps-là , c'est le fumier dont ils se servent. Ils distinguent trois sortes de fumier, celui qu'on ramasse pêle-mêle, celui que les paysans enlèvent à la bêché dans les égouts et dans les privés, qui n'est point mêlé de terre, et celui de pigeon.

« Par le moyen de cette culture, la terre en Perse , soit sablonneuse , soit dure et argileuse, est capable de toutes sortes de semences, et il y en a qui donnent deux récoltes d'orge par an.

Proche les grandes villes, la terre n'est jamais en repos; dès qu'un fruit est cueilli, l'on en replante un autre. Il arrive au bout de deux à trois ans que la terre est fumée, elle se dessèche; mais on la refume aussitôt, on l'ar-

rose, et "elle reprend sa vigueur.

«Le sol de la Perse varie beaucoup ; mais presque partout il manque de l'eau qui seule pourrait le rendre fertile. La destruction de quelques canaux établis à grands frais peut changer une riche vallée en un triste désert. Les parties du pays qui sont bien cultivées donnent une haute idée de la prospérité que pourrait atteindre ce royaume sous un bon gouvernement.

« Les terres basses qui sont abandonnées pendant quelque temps, s'imprègnent peu à peu de sel marin et deviennent stériles : on n'y voit bientôt plus, dit Olivier, que des soudes , des Salicornes, des anabases.

« Le sel de cuisine est si abondant dans toute la Perse, qu'il est charrié par les eaux de pluie dans les basfonds ; ce qui fait que partout où Jes eaux séjournent l'hiver , le terrain devient salé. Tous les lacs de ce pays sont salés; tous les grands amas dv eau le deviennent de même au bout de quelques années. Les étangs qu'on a formés en divers endroits , dans les vallons ou dans les gorges des montagnes, deviendraient également salés si le besoin d'eau pour Parrosement des terres ne les faisait vider chaque année.

« Toute la Perse offre de grandes

f)laines, dont les eaux se sont emparées 'hiver, et dont le sol nu et salé devient brûlant Tété. Tel est le désert qui se trouve à l'orient de Kom, et qui a plus de soixante Jieues d'étendue : tels sont ceux du Kiruian , du Sedjestan , du Khorasan.

« Ces déserts, bien différents de ceux de la Libye, qui sont en général sablonneux et condamnés à une éternelle stérilité , seraient rendus à la culture si les terres , ordinairement argileuses et fortement imprégnées de sel marin , pouvaient être lavées par l'eau de la pluie, si on pouvait ensuite les arroser; car il faut noter que dans presque toute la Perse il n'y a aucune sorte de culture sans arrosement. Le blé est arrosé ; la vigne elle-même est arrosée ; les arbres fruitiers sont plan-

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tés dans les jardins soigneusement arrosés.»

Parmi les animaux domestiques de la Perse , le chameau , le mulet et le cheval sont à la fols les meilleurs et les plus utiles. Les bœufs , que l'on n'emploie qu'à labourer la terre, n'ont rien de remarquable quant à la taille et à la beauté. Dans les parties sablonneuses de la Perse on préfère le chameau pour le transport des fardeaux; mais, dans le reste du royaume, les mulets sont d'un usage général et d'une force extraordinaire.

« Le chameau, dit Chardin, est un animal fort estimé chez les Orientaux.

Ils l'appellent navire de terre ferme, en vue de la grande charge qu'il porte, qui est d'ordinaire de douze à treize cents pour les grands chameaux ; car il y en a de deux sortes, de septentrionaux et de méridionaux , comme les Persans les appellent. Ceux-ci, qui font les voyages du golfe Persique à Ispahan , sans passer plus outre , sont beaucoup plus petits que les autres, et Sis ne portent qu'environ sept cents ; majs ils ne laissent pas de rapporter autant et plus de profit à leurs maîtres , parce qu'ils ne coûtent presque rien à nourrir. On les mène , tout chargés qu'ils sont, paissant le long du chemin, sans licou ni chevestre. Le poil tombe tout à cet animal au printemps, et si entièrement , qu'il paraît tel qu'un cochon échaudé, et alors on le poisse partout pour le défendre de la piqûre des mouches. Le poil de chameau est la meilleure toison de tous les animaux domestiques ; on en fait des étoffes fort fines , et nous en faisons des chapeaux en Europe, le mêlant avec le castor. Les femelles portent onze à douze mois, et quand elles ont mis bas , on couche leurs petits sur le ventre , les quatre pieds plies dessous, et on les tient les auinze ou vingt premiers jours, nuit et jour dans cette posture , pour les accoutumer à s'y tenir. Ils ne se couchent jamais autrement. On ne leur donne aussi, alors, qu'un peu -de lait , pour leur

apprendre à vivre de peu de chose , à

quoi on les élève si bien , qu'ils sont des huit à dix jours sans noire ; et pour le manger , cet animal est nonseulement celui qui mange le moins de tous, à beaucoup près, mais encore il y a heu de s'étonner comment un si grand animal peut vivre de si peu de chose. Il y a grande abondance de ces animaux-là en Perse , et c'est un des bons négoces du pays avec la Turquie, qui en tire une grande quantité.

Ceux du pays n'ont qu'une bosse, mais ceux des Indes et d'Arabie en ont deux. On élève, dans les parties méridionales et orientales du pays, comme vers l'Arabie et vers la Tartarie, vers les Indes et vers le golfe Persique , une sorte de chameaux pour servir à la course. Ils vont au grand trot, et si vite , qu'un cheval ne les peut suivre qu'au galop. Dans les provinces situées vers le golfe Persique , on nourrit ces animaux de poisson sec et de dattes , et Ton en fait aussi manger aux ânes. On compte toutes les bêtes de charge en Orient, par nombre de sept, parce que, disent-ils, un palefrenier en peut panser autant.

Il y a encore une chose fort à remar-

Î[uer sur les chameaux, c'est qu'on eur apprend à marcher , et qu'on les mène a la voix , avec une manière de chant. Les animaux règlent leur pas à cette cadence , et vont lentement ou vite, suivant le ton de voix, et tout de même, quand on veut leur faire faire une traite extraordinaire,leurs maîtres savent le ton qu'ils aiment mieux entendre. » On a 8e bonnes mules en Perse qui vont fort bien l'amble , qui ne bronchent point, et qui ne se lassent guère.

« Après, ils ont l'âne, dont il y a de deux sortes en Perse: les ânes du pays, oui sont lents et pesants comme les ânes de nos pays, dont ils ne se servent qu'à porter des fardeaux, et une race d'ânes d'Arabie, qui sont de fort jolies bétes et les premiers ânes du monde. Us ont le pou poli , la tête haute , les pieds légers, les levant avec action en marchant. L'on ne s'en sert que pour monture; les selles qu'on feux met

sont comme des bâts ronds et plats par-dessus , faites de drap ou de tapisserie, avec les étriers et les harnais. On s'assied dessus, plus vers la croupe 1 que vers le cou. Ou met à plusieurs ! des harnais tout argent, tant le maître 1 est content de la légèreté et de la dou- 1 ceur de leur allure. On les panse 1 comme les chevaux. Les ecclésiastiques 1 qui ne sont pas encore dans les charges ou dans les grands bénéfices, affectent d'aller montés sur des ânes.

1 « On n'apprend autre chose à ces

t. bétes domestiques qu'à aller l'amble; et l'art de les v dresser est de leur attacher les jambes , celles de devant à celles de derrière , par deux cordes de coton qu'on fait de la mesure du pas d'un âne qui va l'amble, et qu'on sus-

Ïiend par une autre corde passée dans a sangle à l'endroit de rétrier. Des espèces d'écuyers les montent soir et matin , et les potassent et exercent tant, qu'ils apprennent à aller l'amble; ce eue ces betes font , étant poussées par Vécuyer et retenues en même temps

{>ar la corde, qui les empêche d'étendre es jambes plus qu'il ne faut pour le pas de l'amble. On fait aller souvent une bête dressée ou deux, à côté de celle qu'on dresse, afin de la dresser en moins de temps : ces bêtes vont si vite qu'il faut galoper pour les suivre. »

Il y a en Perse plusieurs races de chevaux. On trouve, dans les provinces qui bordent le golfe Persique , • le cheval arabe dans toute sa pureté; dans le Fars et dans l'Irak, on remarque une race mêlée de sang ar^be et ^ d'une taille plus élevée que celle-ci, mais encore petite si on la compare au cheval turcoman ou du K.horasan. Cette dernière race est la plus estimée pour le service militaire. Ces chevaux ont du sang arabe ; mais les juments étant plus grandes que celles d'Arabie, et fes pâturages du pays étant excellents, les chevaux atteignent une taille plus élevée et une force plus grande. 11 n'y a peut être pas de chevaux au monde capables de supporter plus de fatigue que ceux de race turcomane. Malcolm cite l'exemple d'un

courrier , qui , monté sur un de ces chevaux, parcourut en six jours le chemin de Schiraz à Téhéran, qui est ^'environ cent soixante-six lieues de eux mille toises.

« Les chevaux de Perse,dit Chardin, sont les plus beaux de l'Orient. Ils sont plus hauts que les chevaux de selle anglais , étroits de devant, la tête petite , les jambes fines et déliées ~à merveille , fort bien proportionnés , fort doux , de grand travail , et fort vifs et légers. Ils portent le nez au vent à la course , et c'est comme on les dresse. Mais , afin qu'ils ne don* nent pas de la tête dans l'estomac du cavalier , on leur met une espèce de caveçon, qui n'est que de cuir, et comme un licou , mais plus large et fort brodé et orné, qui leur bride le nez , et , passant entre les jambes, s'attache comme le poitrail , sous le ventre du cheval par sa sangle. Les chevaux portent la queue" longue , qu'on noue et relève quelquefois. Ils Sbnt fort doux et maniables , aisés à nourrir , et servent jusqu'à dix-huit et vingt ans. On ne sait ce que c'est que de hongres parmi ces chevaux persans, j'ai dit qu'ils sont les plus beaux de l'Orient ; mais pour cela ils ne sont pas les meilleurs ni les plu s recherchés. Ceux d'Arabie les passent, et sont fort estimés en Perse à cause de leur légèreté , car ils sont , quant à la forme, semblables à de vraies rosses, par leur taille sèche et décharnée. Les Persans disent que pour éprouver les chevaux qu'on vend pour arabes de la bonne race, qui est dans f Arabie Heureuse, il faut leur faire faire trente lieues d'une haleine et fort vite , les pousser ensuite dans l'eau jusqu'au poitrail , et puis leur donner l'orge; car s'ils la mangent avidement , ce sont de vrais chevaux arabes. Les Persans ont aussi beaucoup de chevaux tartares , qui sont plus bas que ceux de Perse, plus grossiers et plus laids, mais qui sont de plus de fatigue , plus animes et plus légers à la course. Les chevaux sont fort chers en Perse.

« On apprend aux chevaux à s^arrêter tout court sur le cul au milieu de la

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course. Les Persans s'entendent bien en chevaux , et ont de bons palefreniers. On donne aux chevaux pour litière leur propre fumier, desséché et mis en poudre , dont on fait un lit épais de deux à trois pouces, fort uni et fort mou. On met tous les matins la fiente de ces animaux sécher dans la cour, et sur le soir on la met en poudre, en la battant un peu. Comme elle est tout le jour à sécher au soleil, eHe y perd sa senteur, de sorte que les écuries ne sentent point mauvais. Ils usent encore d'un autre remède pour empêcher cette senteur, qui est de mêler du sel dans l'orge des chevaux, en ïa leur donnant à manger. Les étrilles du pays n'ont point de manches ; les bords sont dentelés et servent de grattoirs. On les frotte ensuite avec un feutre. 11 n'y a point de mangeoire non plus, de même qu'en nos pays. Les chevaux mangent leur paille et leur orge dans un sac de poil qu'on leur attache a la tête : les fers de cheval sont plats , sans talon ou crochet , et plus minces que les nôtres. Cependant, ils durent bien plus longtemps, ce qui vient de ce que les chevaux persans ont la corne beaucoup plus dure que les nôtres, et beaucoup meilleure, étant saine et se laissant clouer partout, ce qu'il faut imputer à la bonté deleurelimat. Ces fers, unis et légers, font que les chevaux sont plus vites à la course , à ce qu'on assure. On ne met pas aux chevaux, durant l'hiver et lorsqu'il gèle , de fers autrement faits qu'en été ; mais on les ferre avec des clous qui ont la tête plus grosse et plus pointue : les fers qu'on met aux autres animaux sont de même que ceux-là, hormis durant l'hiver, aux lieux où il gèle. Comme les villes- de Perse ne sont pas pavées, on ne craint point que les chevaux glissent. On a coutume aussi en hiver de teindre les chevaux de henna , ce fard jaune dont les hommes et les femmes se servent aussi. On leur en frotte les jambes et le corps tout du long .jusqu'au poitrail, et quelquefois la tête ; quoiqu'on dise que cela les défend contre

le froid, c'est pourtant plutôt par ornement qu'on les teint ainsi ; car on le fait en divers lieux , en toutes saisons. On fait à ceux du roi , par distinction , une dentelle de ce vernis à grandes dents et à fleurons, comme les fleurons des couronnes , et on ne le fait qu'à ceux du roi seulement.

« Il n'y a aussi que le roi qui puisse tenir des haras en Perse. Les gouverneurs et les intendants des provinces qui en ont à eux les tiennent sous son nom. Le roi a de très-grands baras partout, et particulièrement proche de l'ancienne Persépolis, où sont les plus beaux du royaume. Il a aussi des écuries dans toutes les provinces et dans la plupart des grandes villes.

C'est afin qu'il y ait toujours des chevaux prêts a distribuer aux cavaliers, aux artisans , et à tous ceux qui sont à la solde du roi , en quelque service que ce soit, et à tous les officiers ; car on n'en refuse pas à un de ces gens qui en demandent ; mais quand Ton en a une fois reçu un, l'on ne peut plus le rendre, il faut le garder et le nourrir. On envoie quelquefois une si grande quantité de chevaux au roi, soit de ces haras ou par présent , que ses écuries ne les -peuvent contenir , et alors on les distribue chez les particuliers aisés, un en chaque maison. Us sont obligés de les nourrir jusqu'à ce qu'on les retire ; mais ils peuvent aussi s'en servir tant qu'ils les ont en garde.

Tous les chevaux du roi sont marqués d'une grande tulipe ouverte à la cuisse du montoir, et il n'y a que les chevaux du roi qu'on marque de ce côté-là ; tous les autres qui sont marqués le sont de l'autre côté. Les gens a qui le roi donne des chevaux pour s'en servir ne les peuvent vendre, mais ils peuvent les troquer entre eux, et quand le cheval meurt entre leurs mains , il faut qu'ils coupent la pièce de la peau où est la marque avec un peu de chair dessous, qu'ils la portent au grand écuyer du roi qui est sur le lieu, et qu'ils se fassent décharge du cheval sur le registre; ce qu'on fait, après avoir pris leur serment qu'il est

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i mort naturellement et non pas faute i de soin ; et alors, s'ils en redemandent * un autre, on le leur donne. On assure j que les officiers des écuries du roi , en i mettant cette pièce de cheval dans b l'eau , jugent , au bout de quelques t heures , de quoi la béte est morte , si c'est de faim, si c'est de fatigue , ou t si on Fa tuée ; car , quelqueiois , un r cavalier quf ne peut plus nourrir son t cheval est bien aise qu'il crève pour en être quitte, ou celui qui en a un r mauvais , désire la même chose pour r en demander un meilleur. On observe, dans la vente des chevaux , les mêmes conditions qu'on garde chez nous , et i Ton a aussi trois jours pour les rendre. « Je ne dirai rien du harnais et des selles de Perse , c'est la même chose qu'en Turquie , si ce n'est peut-être que leurs selles sont encore plus légères. Cependant , leurs chevaux ne se blessent jamais ou très-rarement, ce qui vient de ce que le coussinet étant séparé de la selle , le palefrenier voit d'abord s'il blesse le cheval , et tous les matins il bat ce coussinet avec un caillou pour l'amortir. Ces coussinets sont richement brodés sur le derrière et un peu sur le devant. Les Persans montent aussi court et à la genette tout comme les Turcs; mais ils sont encore plus'magnifiques que les Turcs en leurs harnais.

« On fend le nez aux ânes , et quelquefois aux mules , afin qu'ils aient plus de vent et qu'ils respirent mieux en courant. On purge tous ces animaux-là au printemps, en leur donnant premièrement, quatre ou cinq jours durant, une herbe légère et pleine d'eau , qu'on appelle kasil, qui les purge fortement; et puis on leur donne de 1 orge en herbe cinq ou six autres jours,laquelleon mêle ensuite avec leur paille coupée, durant trois ou quatre semaines. On ne monte point les chevaux durant ces premiers quinze jours :

on leur fait garder l'écurie, et même durant les six premiers jours on ne leur fait point de litière.

« Ces animaux sont sujets à plusieurs maladies, qui, presque toutes , sont inconnues en nos pays. Par exemple,

37" Livraison. (Pebsb.)

en mangeant trop d'orge , les pieds de devant leur enflent*, ils deviennent faibles, et il leur vient au poitrail une espèce de goitre ou loupe , qu'on guérit ou en y appliquant le fer chaud , et en leur ôtant l'orge durant quelques jours , ou en perçant cette enflure, et en y passant une petite branche d'osier pour la faire suppurer. Il vient quelquefois au nez des chevaux deux cartilages , un de chaque côté, qui leur ôtent l'appétit et leur rendent le ventre enflé et dur comme un tambour, qui font que les chevaux veulent toujours être couchés; et , si l'on n'y prend garde , ils en meurent en deux fois vingt-quatre heures. On appelle cette maladie nachan. Comme on la connaît d'abord , en prenant la béte au nez , on leur y fait promptement une incision de chaque côté, tort longue, et l'on tire ces cartilages les plus entiers qu'on peut, et aussitôt ces pauvres animaux deviennent sains, et sont aussi bons qu'auparavant. Outre cela, il leur vient un autre cartilage à côté de l'œil , dans la chair , qui les met en danger de la vie, et qu'on tire • de même en faisant une incision dans la partie, après avoir couché le cheval à terre ; enfin , ces animaux perdent encore l'appétit par une enflure des lèvres, qu'on guérit en leur perçant une veine dans le palais avec une alêne.

Le remède à la plupart des autres maladies des chevaux qui leur viennent aux jambes , aux pieds , à la corne, c'est d'y appliquer le feu, ce qui les guérit sur-le-champ. Le feu, ainsi appliqué, est aussi un des meilleurs et Klus surs remèdes qu'on fasse aux ommes en Orient , comme je le dirai en son lieu. J'ai vu pratiquer en Perse, avec beaucoup de succès , un secret pour engraisser un cheval, qui était de lui donner de la peau de serpent, mêlée dans de la farine pétrie , dont on faisait des boules grosses comme des œufs qu'on lui faisait avaler. »

Il y a en Perse beaucoup de moutons; mais les tribus errantes qui possèdent les plus grands troupeaux n'apportent aucun soin à l'amélioration de l'espèce.

L'UNIVERS

« La Perte, dît Chardin , abonde en moutons et en chèvres. Il y a de ces moutons que nous appelons moutons de Barbarie, ou à grosse queue , dont la queue pèse plus de trente livres.

C'est un grand- fardeau que cette queue à ces pauvres animaux , d'autant plus qu'elle est étroite au haut, et large et pesante en bas, faite en cœur. Vous en voyez souvent qui ne la sauraient traîner , et à ceux-là on leur met, en quelques endroits, la queue sur une petite machine à deux roues, à laquelle on les attache par un harnais, afin qu'ils la tirent plus facilement. »

La chair du porc étaut défendue aux musulmans, cet animal est, pour ainsi dire, inconnu en Perse. « Ici (à Karakelissa en Arménie), dit Morier, pour la première fois depuis notre entrée en Perse, nous vîmes des cochons; de grands troupeaux de ces animaux paissent sur les hauteurs. Ceux des Persans qui ne sont jamais sortis de leur pays connaissent si peu cet animal, qu'un de nos domestiques , habitant de Tauris, en ayant aperçu un»

s'écria : « Voyez quelle singulière brebis on trouve dans ce pays! »

Les mahométans regardent les chiens comme impurs; cependant les précieuses qualités de ce fidèle animal i'ont emporté sur le préjugé. Peut- 4tre même les Persans ont-ils conservé pour lui une partie de l'affection de leurs ancêtres, qui suivaient la re- , ligion de Zoroastre. Quoi qu'il en soit, ' le chien est encore aujourd'hui, en Perse,admis dans la société de l'homme.

Les tribus errantes en entretiennent un nombre considérable qui veillent sur leurs troupeaux , gardent leurs tentes, et les suivent à la chasse.

Morier nous apprend qu'il y a en Perse un chien très-grand et très-méchant, appelé kaflcij à cause de sa vigilance et de sa fidélité quand il suit une caravane ou hafla. Chaque muletier a son chien; cet animal connaît si bien les mules de son maître qu'il découvre celles qui s'égarent, et les oblige à rejoindre les autres. Quand la caravane s arrête pour passer la nuit,

et que Ton sépare les mules, le chjen

ne souffre pas qu'une mule étrangère vienne se mêler à celles qu'il est chargé de surveiller. La force, le courage et la férocité de ce chien égalent son intelligence.

La Perse, comme tous les pays dont plusieurs parties sont désertes , abonde en animaux sauvages, au nombre desquels il faut mettre le lion , le loup, le chacal, le lièvre, l'argali (ou bélier sauvage), la chèvre de montagnes , diverses espèces du genre des antilopes, et l'âne sauvage, ou onagre.

«Cet animai, dit Olivier, habite, les montagnes et les endroits inhabités de la Perse. On le dit assez commun dans le Khouzistan , le Farsistan , le Kirman, le Sedjestan , et toute la partie méridionale de cet empire. Nous en avons vu plusieurs dans le palais du roi à Tenran, qu'on avait pris jeunes sur les montagnes qui se trouvent à l'occident de Caschan, et qu'on avait élevés avec assez de facilité. Ils avaient un air plus farouche, plus sauvage; un caractère plus dur, plus rétif; une taille plus élevée, et probablement plus de fbree que l'âne domestique. Leur poil était d un beau gris argenté; ils avaient une bande noire sur l'épine du dos , et une autre qui descendait sur les épaules.

Ils nous parurent , du reste, peu différer de 1 âne commun , et devoir se rapporter à l'onagre des anciens. »

On trouve en Perse presque tous les oiseaux communs aux contrées situées sous la même latitude.

BOOTBf ST GMUUHS.

Les Persans n'ont guère d'idée de ce que nous appelons des grandes routes ; la raison en est que ces voies de communication ne seraient pas fort utiles dans un pays où Ton ne fait pas usage des voitures à roues. Ils connaissent bien les avantages qu'ils pourraient retirer de quelques bonnes routes; mais ils ne sont pas disposés à accepter une amélioration qui pourrait faciliter les invasions de l'étranger. Il existe cependant une large chaussée

PERSE

pratiquée à grands frais sur Je Raflankoh , montagne élevée et déserte qui sépare l'Irak de l' Aderbidian ; mais on attribue ce travail aux Turcs qui , à une époque où ils étaient maîtres de l'Aderbidjan, voulaient avoir les moyens d'entrer facilement en Perse.

«Un léger travail sufûrait, dit Morier, pour faire en Perse des chemins excellents, excepté dans ies endroits où Ton passe d'une plaine à l'autre , parce qu alors le sol rocailleux des montagnes serait une grande difficulté à surmonter. C'est ce qui arrivait à l'époque où les voitures étaient en usage dans cet empire. Darius resta un effet sur son char tant qu'il fut dans Jes plaines; mais, arrive au passage des montagnes , il fut obligé ae monter à cheval. »

On trouve sur les routes, en Perse, des stations de rahdars , ou inspecteurs des chemins, chargés de lever une taxe sur les caravanes. La brutalité et l'avidité des rahdars les font détester des voyageurs. C'est à eux qu'est confiée la police des grands chemins ; s'il se eommet quelque vol , ils sont chargés de recouvrer les effets enlevés, ou bien on les force de prouver qu'il leur a été impossible de saisir les coupables; mais l'homme puissant peut seul espérer de recouvrer ce qui est une fois perdu. Ils contribuent d'ailleurs très-peu à la sûreté des routes , et les stations sont trop éloignées les unes des autres pour que les communications soient faciles ; du reste , ils connaissent parfaitement l'état du pays; ils servent probablement de complices aux brigands, et peuvent, s'ils le veulent, découvrir leurs retraites. L'insolence des rahdars envers les voya- Seurs passe toute croyance. La plupart 'entre eux n'ayant 'pour tout émolument que ce qu ils peuvent retirer au delà du prix dû par le voyageur, ils sont entièrement rapaces.

Les habitants des villes et ceux des bourgs ont fait des progrès assez grands dans les arts d'agrément et dans les arts utiles ; mais fis sont-stationnaires depuis plusieurs siècles.

SCIENCES ET ABTS.

ARTS HiCàMlQUIS.

Dans les arts mécaniques , les Persans ne sont pas supérieurs aux autres peuples de l'Orient ; ils travaillent bien l'acier. Leurs cimeterres, quoiqu'ils cassent avec une extrême facilité, sont d'une excellente trempe et d'un bon tranchant. Ils fabriquent aussi des armes à feu , et ont des fonderies de canons.Ils entendent parfaitement l'art du doreur et celui du graveur; ils savent parfaitement émailler sur or et sur ar» gent.

« Pour ce qui est des arts mécaniques , celui où ils excellent le plus , et où ils nous surpassent peut-être, dit Olivier, c'est la teinture. Ils donnent à leurs étoffes des couleurs plus vives,

flus solides qu'on ne fait en Europe.

Is impriment celles de coton et celles de soie avec une netteté et une ténacité surprenantes, soit qu'ils emploient des couleurs , soit qu'ils procèdent avec des feuil les d'or ou d'argent. « Chardin disait déjà : L'art des teinturiers paraît plus avancé en Perse qu'en Europe , puisque les couleurs y ont beaucoup plus de corps et d'éclat , et qu'elles ne passent pas sitôt; mais c'est moins à leur art qu'il en faut donner la gloire qu'à leur air et à leur climat, qui, étant sec et pur, produit cette variété de couleurs, comme aussi à la force des ingrédients de la teinture, qui s croissant la plupart dans le pays , sont employés tout frais et pleins de leur suc. Leurs couleurs de teinture et de peinture sont : le bol ou la terre rouge, le rounat, qui est l'opoponax , deux ingrédients

3ui sont abondants en Perse ; le bois e Brésil, qu'on leur apporte d'Europe; le bois de Japon, et l'indigo Su'ils tirent des Indes. Ils emploient e plus, pour la teinture, plusieurs herbes et plusieurs simples de leur terroir; des gommes et des écorces d'arbres et de fruits , comme de noix et de grenade, et le ius de citron. Le lapis-Tazuli se prend dans leur voisinage, au pays des Yusbecs; mais la Perse en est le magasin général. »

L'UNIVERS

« Leurs maroquins sont pour le moins aussi beaux et aussi bons que ceux de Turquie; ils apprêtent fort bien en vert la peau du cheval; ils font du chagriû avec celle de l'âne ; ils donnent à celles du veau et du chameau une force et une souplesse qui les rend propres à divers usages. Leurs cuirs sont fort bons , et surpassent de beaucoup ceux de Turquie; ils n'emploient pourtant , à ce qu'on nous a dit , que la chaux , le sel marin , et la noix de galle. »

« Le chagrin, dit Chardin, se fait de croupe d'âne et d'une graine qu'on appelle en Perse tokhm Casoini, ou graine de Casbin, laquelle est noire, dure , et plus grosse que la graine de moutarde , dont on se sert au défaut de cette graine de Casbin. Le nom de chagrin y que nous donnons à ces peaux grenetées , vient assurément du mot persan sagriy (roi veut dire croupe. Ils appellent ainsi Ja croupe de tout animal qui sert de monture; et ils donnent ce nom à cette sorte de cuir, parce qu'il se fait de croupe d'âne, comme je l'ai dit. Les tanneurs corroient le gros cuir, et le préparent avec la chaux. Ils n'ont point I usage du tan, au lieu duquel ils se servent de sel et de noix de galle ; et cela suffit , à cause de la sécheresse de l'air de leur

pays-

« Leur verre n est pas beau , mais leur poterie est excellente. Ils font, entre autres , une porcelaine qui ne. le cède pas à celle de la Chine : elle résiste fort bien au feu. »

«La vaisselle de faïence, dit Chardin, est particulièrement une de leurs plus belles manufactures. On en fait dans toute la Perse. La plus belle se fait à Schiraz, à Meschhed, à Yezd et à Kirman. La terre de cette faïence est d'émail pur, tant en dedans qu'en dehors, comme la porcelaine de la Chine ; elle a le grain tout aussi fin , et est aussi transparente ; ce qui fait que souvent on est si fort trompé à cette porcelaine, qu'on né saurait discerner celle de la Chine , tant le vernis en est beau et vif; ce que j'entends , non pas de la vieille porcelaine de la Chine;

quand le roi vit cette porcelaine , il se mit à rire , demandant avec mépris ce que c'était. On dit que les Hollandais mêlent cette porcelaine de Perse avec celle de la Chine, qu'ils transportent en Hollande. Il est certain que les Hollandais ont beaucoup appris, en Perse, à faire la faïence ; et ils y réussiraient encore mieux qu'ils ne» font, s'ils avaient là les eaux aussi pures et l'air aussi sec qu'il est en Perse et à la Chine. Les habiles artisans en cette vaisselle d'émail attribuent à l'eau la beauté de la couleur, comme je l'ai déjà observé , disant qu'il y a des eaux qui dissolvent la peinture et la font couler ; au lieu qu il y a des eaux qui la resserrent et la retiennent sans l'étendre. Les pièces à quoi les potiers persans réussissent le mieux , sont les carreaux d'émail , peints et taillés de mauresques. A la vérité , il ne se peut rien voir de plus vif et de plus éclatant en cette sorte d'ouvrage, ni d'un dessin plus égal et plus fin. La porcelaine de Perse résiste au feu , de sorte que non- seulement on fait bouillir 1 eau dedans , sans qu'elle casse , mais même on en fait des marmites. Elle est si dure encore qu'on en fait des mortiers à broyer des couleurs et d'autres matières, et des moules à balle. La matière de ce^bel émail est du verre et de fort petits cailloux de rivière broyés très-menu , avec un peu de terre mêlée ensemble, et le tout fort broyé et pilé. On fait un conte que les potiers de la ville de Yezd envoyèrent , un jour , aux potiers d'Ispahan, comme par défi, un vase de porcelaine, qui tenait douze livres d'eau, et ne pesait qu'un gros. Les potiers d'Ispanan leur renvoyèrent un vase de même grandeur et même fi&ure, qui ne tenait qu'un gros d'eau et pesait douze livres. II y a une sorte d artisans, en Perse, dont le métier est de raccommoder la porcelaine et le verre.

Ils en rejoignent les pièces , les cousent avec du ni de laiton très-fin , et passent sur la couture une sorte de craie ou de chaux fort déliée. Un vase, ainsi raccommodé, tient l'eau comme auparavant. On fabrique à Kom des pots qui ont

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ta propriété de rafraîchir l'eau, a Ce que la poterie blanche qu'on en transporte a de particulier, est qu'en été, l'eau s'y rafraîchit merveilleusement bien, et fort vite, par le moyen de la transpiration continuelle. Les gens qui veulent boire frais et délicieusement ne se servent d'un même pot que cinq ou six jours tout au plus. On l'humecte d'eau-rose la première fois , pour ôter la senteur de la terre , et puis on le pend à l'air, plein d'eau et un linge mouillé autour. Un quart de l'eau transpire en six heures de temps la première fois; puis moins de jour en jour, tant qu'à la fin les pores se bouchent par la matière crasse et épaisse qui est dans l'eau , et qui s'arrête dans ces pores. Dès que la transpiration est empêchée dans ces pots, l'eau s'y empuantit, et il en faut prendre de neufs. Il y a en cette ville quantité de profondes caves , où le peuple va puiser l'eau à boire. La plupart de ces caves ont quarante à cinquante marches de descente , et fort hautes. L'eau en est aussi fraîche , quand on la tire , que celle qui est à la glace. Elle sort par des fontaines qui se ferment au robinet. C'est un grand régal gue cette eau durant l'été, qui est furieusement chaud à Kom et aux environs.

« Ils travaillent avec assez de dextérité l'or et l'argent; et ils font avec le cuivre un grand nombre d'ustensiles de ménage.

« Les meubles ne sont ni aussi beaux, ni aussi compliqués qu'en Europe; cependant on voit d'assez jolis ouvrages de menuiserie, d'ébenisterie , de marqueterie.

« Les Persans n'ont pas de fort habiles ouvriers en charpenterie , ce qui vient du peu de bois qu'il y a en Perse, et du peu de charpente qu'on emploie d'ordinaire aux édifices. Ce n'est pas de même à l'égard des menuisiers ; ils en ont de très-habiles et très- industrieux dans la composition de toute sorte d'ouvrages de rapport et de mosaïque, dont ils font particulièrement des plafonds admirables. Ils travaillent leurs plafonds en bas, tout entiers; et, quand ils sont

achevés , ils les élèvent en haut , sur le comble de l'édifice et sur les colonnes qui le doivent supporter. J'en ai vu lever un tout entier, de vingtquatre pieds de diamètre, par le moyen de plusieurs machines. Les Persans font fort bien aussi les jalousies et les balustres. Les menuisiers travaillent assis à terre. Leurs rabots sont différents des nôtres, car ils jettent les copeaux par les côtés, et non par le milieu, ce qui parait faire plus de besogne. Leur bois ordinaire étant du bois blanc, qui est fort tendre et sans nœuds , est fort aisé à travailler. Us ont du bois admirable qui leur vient du Mazenderan, en grandes planches.»

Le même auteur fait les remarques suivantes sur les ouvriers persans : « L'observation que je veux faire ensuite sur la méthode des artisans de l'Orient, est qu'il leur faut peu d'outils pour travailler.

C'est assurément une chose incroyable en nos pays, que la facilité avec laquelle ces ouvriers s'établissent et travaillent. La plupart n'ont ni boutiques, ni établis. Ils vont travailler Sartout où on les mande. Ils se mettent ans un coin de chambre, à plate terre , ou sur un méchant tapis ; et , en un moment, vous voyez l'établi dressé, et l'ouvrier en travail, assis sur le cul , tenant sa besogne des pieds, et travaillant des mains. Les étameurs, par exemple, à qui il faut tant de choses en Europe pour travailler, vont , en Perse,1 travailler dans les maisons sans qu'il en coûte un double davantage. Le maître, avec son petit apprenti, apporte toute sa boutique, qui consiste en un sac de charbon, un soufflet ; un peu de soude , du sel ammoniac dans une corne de bœuf, et quelques, petites pièces d'étain dans sa poche. Quand il est arrivé , il dresse sa boutique partout où vous voulez , en un" coin de cour ou de jardin, ou de cuisine, sans avoir besoin de cheminée. Il fait son feu proche d'un mur, afin d'y appuyer sa vaisselle; quand il la fait chauffer, il met son soufflet à plate terre , et en couvre le canon d'un peu de terre , détrempée et

L'UNitÈRS.

accommodée en voûte ; et puis II travaille comme s'il était dans la plus grande et la plus commode boutique.

Les orfèvres en or et en argent, comme les autres, vont aussi travailler partout où on les mande, quoiqu'il semble que les outils qu'il leur faut soient moins aisés à remuer. Ils portent une forge de terre, faite presque comme an réchaud , mais un peu plus haute.

Le soufflet n'est qu'une simple peau de chevreau, avec deux petits morceaux de bois à un bout , pour former l'ouverture par où l'air entre; et, quand ils s'en veulent servir, ils attachent un petit canon à l'autre bout, qu'ils fourrent dans la forge , et soufflent de la main gauche ; ils tirent ce soufflet plié comme un sac , hors d'un sac de cuir qui leur sert de peau à limer, dans lequel ils serrent aussi une pincette, une lingotière, une filière, une enclume , un marteau , des limes, et d'autres petits outils. Le maître porte le sac , et l'apprenti la forge;, et on les voit aller en cet état partout d'où on les envoie quérir, et s'en revenir, le soir, avec leur boutique sous le bras. Quand l'ouvrier veut fondre , il fait ses creusets à mesure qu'il en a besoin ; et, quand il veut travailler, il attache sa peau à sa forçje , et met son enclume en terre, proche de lui, et travaille sur ses genoux. La raison pour laquelle on fait travailler les ouvriers chez soi , c'est parce qu'on ne se fie pas à eux, et afin de voir soimême s'ils font les choses comme on l'entend.

« Ils taillent assez bien les pierres précieuses , et les montent avec assez de goût.

« Ils excellent dans la fabrication des étoffes de soie pure , de soie et coton , de soie et or ou argent , de coton pur, de coton et laine. A Yezd, à Casehan, à Ispahan, on travaille, avec autant de goût que de propreté, les brocarts, les velours , les taffetas , les satins , et presque toutes les étoffes de soie que nous connaissons.

« Quoique les manufactures royales aient cessé de travailler à ces beaux tapis de sole et de laine où il entrait

de Tor et de l'argent, l'art n'est pas perdu; il reparaîtra lorsque la tranquillité sera parfaitement rétablie, et que le commerce reprendra toutes ses opérations.

« On fait avec la laine de chameau , à Yezd et à Kirman , des châles inférieurs à ceux de Cachemire, mais pourtant assez fins pour être recherchés par les personnes riches.

« On fait aussi , avec le poil de chèvre , des étoffes qui résistent plus que les autres à la pluie ; elles sont quelquefois aussi fines que nos meilleurs camelots , quoiqu'elles approchent de nos bouracans pour la rudesse : on les nomme h abbé, habba; elles ne diffèrent pas de celles de même nom qu'on fabrique en Syrie , et dont nous avons parlé ailleurs.

« Ni les mousselines, ni les perses, ni ces toiles très-fines de coton , que nous avons longtemps tirées d'Ispanan , ne sont fabriquées en Perse; elles y étaient apportées de l'Inde. Le coton de la Perse, le même que celui qui nous vient de la Turquie, n'est pas assez fin, n'a pas non plus assez de consistance pour permettre qu'on lui donne , en le filant , cette ténuité

Su'exigent les toiles dont nous venons e parler. Toutes les toiles de coton , faites en Perse , sont assez grossières ou assez communes pour être à la portée de tout le monde ; elles y sont à très-bas prix : celles même de l'Inde , dont les riches font usage , n'y sont pas non plus bien chères; elles n'y valent jamais la moitié de ce que nors les payons en France en temps de paix. »

CMMIK KT ALCKMIK.

La chimie , telle que nous la concevons aujourd'hui en Europe, est totalement inconnue en Perse ; mais l'alchimie et les sciences occultes forment toujours l'occupation favorite des hommes les plus savants de ce pays. Les alchimistes de la Perse, comme autrefois les nôtres, s'occupent de la recherche de la pierre pnilosophale. Ils font leurs expériences dans le plus grand secret, afin que personne ne

PEftSE.

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puisse avoir part à leurs découvertes.

Le mystère dont ils enveloppent, tout en leur donnant de l'importance aux yeux du vulgaire, fournit à quelques imposteurs le moyen de dépouiller des hommes riches et crédules qui se laissent prendre à leurs belles promesses.

La montagne d'Alvend , près de Hamadan, produit, suivant les Persans, Quelques plantes indispensables pour découvrir la pierre philosophale. C'est

Eour cette raison que plusieurs des abitants des environs. passent leur vie à la chercher. On lit dans V Histoire de Perse de Malcolm , qu'un riche marchand se laissa persuader car un pauvre homme que celui-ci avait enûh trouvé la manière de faire de l'or.

Mais, ajouta-t-il, si moi, qui suis connu pour être pauvre, j'allais tout à coup faire montre de mes richesses , on devinerait sans peine par quel moyen je me les suis procurées, l'on m'arrêterait, et l'on me mettrait àja torture , jusqu'à ce qu'on eût obtenu de moi des révélations. Mais, si vous possédiez mon secret, vous pourriez en tirer parti sans le moindre danger; je vous offre donc de vous le faire connaître. Si , après des expériences réitérées , vous demeurez convaincu que je ne cherche point à vous tromper, vous me donnerez une petite partie des richesses que vous aurez acquises, et j'irai finir mes jours auprès du tombeau du bienheureux Ali. Comme ce tombeau est dans un pays qui appartient aux Turcs, je n'aurai pas à craindre les dangers que ma découverte me fait redouter dans ma patrie. Le riche bourgeois ajouta foi aux paroles de l'imposteur, qui lui fit connaître toutes les matières qu'il devait mettre dans le creuset, excepté cependant une certaine terre appelée terre de Badious, qui , suivant l'alchimiste , se trouvait partout. Le bourgeois en fit demander, et ses domestiques lui en rapportèrent sur-le-champ une petite quantité qu'ils avaient achetée à un prix raisonnable.

L'alchimiste mit aussitôt ses creusets sur le feu , et obtint de l'or. Le marchand voulut faire lui - même l'expé-

rience, et il obtint un résultat trèssatisfaisant. Il paya aussitôt deux mille tomans à l'alchimiste, qui partit immédiatement pour la Turquie. Après son départ, le marchand voulut recommencer ses expériences; mais il apprit avec surprise que l'homme chez lequel il avait acheté cette terre de Badious était en fuite. Il en fit demander vainement dans toutes les parties de la Perse. Personne n'avait jamais entendu prononcer ce nom. La rage du marchand fit bientôt découvrir la fraude dont il avait été victime. Le fripon, qui l'avait pris pour dupe, avait glissé dans quelques paniers de terre trente ou quarante pièces d'or ; et il avait donne ensuite cette terre à vendre à des compères. Quand le marchand s'aperçut de la supercherie , l'alchimiste était déjà hors d'atteinte ; et il eut à supporter, outre la perte de son argent, les sarcasmes,et les moqueries de ses concitoyens.

médigoti it carmunaiE,

Les Persans ne connaissent ni l'a* natomie ni la circulation du sang ; aussi leur adresse et leur intelligence comme chirurgiens est -elle égale à leur science en médecine. Ils partagent les maladies et les remèdes en quatre divisions , chaud , froid , humide et sec. Si, par exemple, une maladie a été causée par l'humidité, il faut administrer des remèdes secs; les maladies chaudes doivent être traitées par des remèdes rafraîchissants. Cette classification des maladies paraît fort arbitraire; mais les Persans sont tellement esclaves de l'habitude , que , bien que disposés à avoir confiance dans les médecins européens, Ils refusent de se conformer à leurs ordonnances quand elles se trouvent en opposition avec leur système.

« En Perse, dit Olivier, la médecine est plus honorée qu'en Turquie , et cela vient sans doute de ce que les Persans sont bien plus civilisés, bien plus instruits que les Turcs. Cette science n'y est pourtant pas enseignée, comme en Europe . dans des écoles publiques : ce sont les médecins eux-

L'UNIVERS

mêmes qui ont 'chez eux un certain nombre d'élèves, à qui ils donnent régulièrement des leçons , et qu'ils instruisent le mieux qu'ils peuvent. Ces leçons consistent à donner quelques idées peu détaillées , peu étendues de la structure du corps humain , à faire rénumération de toutes les maladies qui nous affligent , à parler succinctement des symptômes qui les accompagnent, et a remonter aux causes oui les produisent; mais, ce que le médecin a le plus en vue dans ses leçons , c'est d'apprendre à son élève à distinguer les médicaments les uns des autres, à connaître leurs propriétés, à composer des opiats , des électuaires, des sirops ; à donner , en un mot , aux remèdes qu'il veut employer, toutes les formes dont ils sont susceptibles.

a La médecine des Persans n'étant fondée aujourd'hui ni sur l'anatomie, ni sur la physique, on peut la regarder comme une science purement conjecturale et routinière , peu propre à obtenir des résultats certains.

« On connaît bien encore dans ce pays les ouvrages de Galien et d'Avicenne;mais leur doctrine n'est plus suivie, ou elle est considérablement altérée.

« Toute la science du médecin persan se borné à reconnaître la cause prétendue d'une maladie, et à la combattre par son contraire. Par exemple , s'il n'aperçoit au malade, ni forte chaleur sur la peau , ni fièvre bien caractérisée, il fait dépendre le mal du froid, et il ordonne alors les médicaments les plus acres, les plus piquants, les substances les plus aromatiques. Si le malade au contraire a une forte fièvre, une chaleur ardente , c'est du chaud qu'il la fait dériver : il fait prendre, dans ce cas , les sucs les plus rafraîchissants, les fruits les plus acides ; il donne la glace pour boisson ; il l'applique sur l'estomac, sur la tête, sur le bas-ventre. Si avec une forte fièvre, une chaleur interne, brûlante , la peau est sèche, la langue gercée, c'est le sec gui domine : il a promptement recours à des boissons abondantes, aux fruits les plus doux , les plus aqueux , aux

bains, aux fomentations. Si la maladie provient de l'humide, comme dans les nvdropisies et -autres affections semblables, il emploie des opiats ou des électuaires , faits avec les racines les plus amères, les fleurs les plus aromatiques, les résines les plus chaudes.

Pour les vents intérieurs, il fait usage de poudres carminatives , des bezoards, des perles, etc. Pour les mauvaises digestions et pour la faiblesse des organes de la génération , il fait

{>rendre le salep, le bézoard, le musc, 'ambre, la myrrhe , l'aloës. Les médecins ont, à cet effet, un grand nombre de conserves stomachiques, d'électuaires aphrodisiaques, d'opiats irritants.

• « Dans la plupart des maladies chroniques, et dans presque toutes celles qui dépendent de la lésion d'un viscère, le hasard conduit leur main , ou s'ils procèdent en se rendant raison de ce qu'ils font , le diagnostic se trouvant erroné faute de connaissances anatomiques, le traitement auquel ils ont recours ne peut qu'être vicieux.

Par une longue habitude de traiter des malades, les plus judicieux d'entre eux distinguent bien, au premier coup d'œil, une maladie d'une autre; ils jugent, par les symptômes qu'elle présente, si elle menace la vie du malade; mais, comme ils sont presque toujours dans l'erreur sur les causes qui la produisent, ils ressemblent assez souvent à ce médecin de la fable, qui, marchant au milieu des ténèbres, frappe à droite ou à gauche indistinctement : s'il attrape le malade , il meurt; si c'est la maladie, il est sauvé.

« Quant à la chirurgie, elle se borne à saigner, à appliquer des emplâtres sur les plaies, a mettre des ventouses ou le moxa sur les parties douloureuses , à faire des cautères , à réduire une luxation , à ouvrir un abcès extérieur, et c'est tout ce qu'on peut en attendre. Que serait -elle parmi nous si elle n'était éclairée du flambeau de l'anatomie ?

« La médecine est exercée dans les campagnes par des hommes qui se transportent d'un village à l'autre, et

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qui ne manquent jamais de m faire payer d'avance les remèdes qu'ils administrent. Quoiqu'ils n'aient en général sur leur art que des notions très»

superficielles, ils ont une jactance, un ton d'assurance , qui en imposent aux

gens du peuple. Jamais ils ne sont emarrassés; jamais ils ne sont pris an dépourvu. Munis d'un petit sac, dans lequel se trouvent quelques plantes, quelques drogues, et quelques instruments, ils donnent, à l'instant qu'on les consulte, un breuvage ou un opiat; ils appliquent des ventouses ou le moxa, font des cautères, tirent du sang, envoient leur malade au bain ou au gymnase, le tout sans discernement et sans se rendre raison de ce qu'ils font.

« On voit paraître aussi dans les campagnes, et même dans les villes , une autre classe de charlatans non moins adroits ; je veux parler des derviches, imans , mollahs et autres religieux :

ceux-ci n'ont jamais recours qu'à des pratiques superstitieuses, pour lesquelles ils exigent, comme les autres, leur payement d'avance. Nous rapporterons, à ce sujet, ce dont nous avons été les témoins à Tegrich.

« En revenant un lour de la promenade, vers les huit heures du matin, nous vîmes accroupi sur un tapis, devant la porte de notre maison , un derviche d'un âge avancé : il était entouré d'un grand nombre de femmes ; il avait une très-belle figure; il portait une barbe très-longue et très-touffue : on voyait à sa ceinture une large écritoire : il tenait une plume d'une main, et il distribuait de rautre des morceaux de papier écrit. Nous nous arrêtâmes un seul instant , et seulement pour donner le temps à ce derviche de nous faire place.

« Nous étant informés , en entrant chez nous , de ce que cet homme faisait au milieu de ces femmes, on nous dit qu'il donnait à chacune d'elles un verset du Coran , au moyen duquel il les guérissait , non - seulement des maux dont elles étaient affligées, mais il prévenait même, pour quelque temps, tous les maux à venir; il recevait de

chaque morceau de papier six pouls 0e pou! vaut un peu plus d'un sou).

« Ce manège dura plus d'une heure.

Le derviche était étranger : il devait quitter Tegrich le Jour même; il fallait se hâter de profiter d'une occasion qu'on pouvait ne pas avoir de longtemps. La récolte fut bonne : il y eut plus de cinquante versets distribués.

Quand la foule se fut dissipée, et aue le derviche jugea qu'il n'y avait plus rien à gagner, il entra chez nous , salua fort gracieusement, s'assit sur un tapis , salua de nouveau , et nous dit qu'il venait de bien loin pour nous voir. Il savait que nous étions des médecins européens ; il s'adressait à nous pour trouver du soulagement à un mal cruel , qui le faisait souffrir depuis plus de quinze ans; il avait une hernie inguinale. Nous répondîmes au derviche que nous étions surpris de nous voir consultés par un nomme aussi savant que lui. Vous êtes un médecin bien plus habile que nous , lui dîmes-nous : les remèdes que vous donnez ne vous coûtent rien et vous rapportent de l'argent ; les nôtres nous coûtent cher et ne nous sont pas payés : d'un mot vous guérissez ; nous parlons beaucoup , et bien souvent nous ne guérissons pas.

« Le derviche avait de l'esprit ; il était gai; il répondit fort bien a nos plaisanteries, puis il nous raconta fort au long , avec une ingénuité apparente, les cures merveilleuses qu'il avait faites : c'étaient des personnes qui étaient sur le point de perdre la vue, qui l'avaient recouvrée au bout de quelques jours; des estropiés qui avaient repris presque subitement l'usage de leurs meraores : c'étaient des agonisants qu'il avait arrachés des bras de la mort. Il nous cita un grand nombre de femmes stériles qui avaient eu, avant la fin de l'année , la satisfaction d'être mères.

« Il entremêlait à tout cela des réflexions fort pieuses sur la toute-puissance de Dieu, de Mahomet et d Ali; il parlait de lui avec toute l'humilité possible; mais on voyait bien qu'il avait l'orgueil de se croire un être un-

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portant, un être plus favorisé du ciel que le reste des hommes. Citait l'humble serviteur de Dieu , qui , s'il avait pu, aurait été le plus redoutable tyran des hommes.

« Tout cela ne tendait pas à nous en imposer i le derviche nous jugeait plus favorablement. Son dessein était de détruire , auprès du chef des villages et de quelques habitants qui se trouvaient avec nous, la mauvaise impression que nos plaisanteries avaient pu produire sur eux. Quand il eut fini, nous demandâmes une écritoire et du papier pour lui donner un remède analogue à ceux qu'il venait de débiter. Il comprit notre intention : il eut recours alors à un apologue dont le sens é(ait, que tous les animaux ne pouvaient s accommoder de la même nourriture. Il faut au plus grand nombre des aliments grossiers, des substances ligneuses , des végétaux communs :

fort peu se nourrissent du suc mielleux qui se trouve dans les fleurs : « Je donne aux autres la nourriture grossière qui leur convient ; je viens recueillir auprès de vous le miel dont j'ai besoin. *

« Nous ne voulûmes pas pousser plus loin nos plaisanteries , quoiqu'il eût peut-être été utile de démasquer l'imposteur ; nous conseillâmes au derviche de faire usage d'un bandage, dont nous lui fîmes aisément comprendre la forme et le mécanisme. Il promit de l'exécuter lui - même et d en faire usage : il promit aussi de venir nous voir dans quelque temps; mais nous ne l'avons pas revu, sans doute parce que nous avons quitté Tegrich plus tôt qu'il n'avait cru.»

Chardin parle en ces termes d'une maladie qu'il eut en Perse, et du traitement auquel il fut soumis :

« Le 28 , au soir, je montai à cheval, faible et étourdi que j'étais , comme un homme prêt à tomber malade. Je fis ma traite, et arrivai à Tanguedelan; mais je n'y eus pas été une heure, que je me trouvai attaqué d'une grosse fièvre, et le sang dans un furieux mouvement. Je tombai incontinent en délire, et puis après, dans un

long évanouissement dont on eut assez de peine à me faire revenir. Il y avait avec nous, par bonheur, un chirurgien français, assez habile en sa profession , qui me secourut de son mieux , et ce fut le seul homme dont je fus secouru; car il n'y avait âme vivante à Tanguedelan , et tous mes serviteurs étaient fort malades. Cè- . pendant Dieu , en ses grandes miséricordes, me fit trouver ce qui m'était le plus nécessaire , savoir , de m'em-

Sorter promptement de ces lieux abanonnés, et d'un si méchant air. On alla chercher des hommes pour cela aux villages voisins; il en vint huit, qui avaient plusieurs fois porté des malades en brancard, et qui m'en firent un avec des cannes et des branches d'arbre, sur lequel ils entreprirent de me porter jusqu'à la ville de Lar. Je ne fatiguerai point le lecteur du détail de ce que je souffris durant le chemin : je dirai seulement que lès deux premiers jours, la fièvre continue dont j'étais accablé était accompagnée de défaillances que chacun prenait pour 1 agonie, mais qu'au troisième jour Je fus délivré de ce dangereux symptôme par une crise que l'on trouva fort heu* reuse.

« Le 27, j'arrivai à Lar, ai* point du jour, car on ne me portait que de nuit, à cause de la chaleur; et aussitôt j'envoyai quérir le médecin du gouverneur. Il était au palais, et ayant su que j'étais marchand du roi, il me vint voir sur-le-champ. J'eus peine à lui dire un mot , tant je souffrais de mal et étais épuisé; mais il connut promptement ma maladie. Je la croyais mortelle, et le chirurgien français; mais lui, au contraire, la traita de peu de chose. « Vous avez le mal du Bander , me dit-il gravement et d'un air froid ; cela n'est rien, n'en soyez point inquiet; car, Dieu aidant, je vous ôterai la fièvre aujourd'hui même , et dans peu d'heures. » Ces paroles firent une impression dans mon esprit, comme aurait fait quelque apparition céleste. Un subit tressaillement nie prit, et je me mis à rire, de mourant et gémissant que j'étais. Je pris la main

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du médecin , et la lui serrai en le regardant comme un ange. Lui , sans me faire aucune question sur le temps ni sur le cours de ma "maladie , se mit à écrire l'ordonnance. 11 la fit sur troid papiers distincts , et les donna à un garçon de son apothicaire , qu'il avait amené avec lui , prescrivant de auelle manière il me traiterait, et le régime que j'aurais à garder. Comme il allait sortir, ie lui criai: Monsieur, j'étouffe de chaleur. « Je le sais bien, me répondit-il; mais dans un moment vous serez rafraîchi. »Et il s'en alla, et son garçon apothicaire aussi.

« C'est la coutume en Perse que les médecins ont chacun leur apothicaire propre, qui prépare toutes leurs ordonnances, et qui, d'ordinaire, a sa boutique joignant leur maison; même dans les grandes villes, toutes les boutiques d'apothicaire appartiennent aux médecins, ou toutes entières, en telle sorte qu'un apothicaire n'est qu'un homme à gages, ou en partie , c'est-àdire, que le médecin et l'apothicaire sont en société. Les Persans prétendent que c'est là la contume ancienne, et ce qui se pratiquait du temps de Galien , ajoutant que c'est une excellente précaution, tant contre les méprises des apothicaires , que contre le peu de bonne foi que plusieurs apportent dans la préparation des remèdes.

Sur les neuf heures, le çarçon apothicaire revint avec un plein panier de drogues. Elles consistaient en deux verres d'émulsion, une tasse de confection rafraîchissante , où il y avait de toutes sortes de coutre-poisons ; une médecine de deux pintes au moins, la plus amère et la plus dégoûtante du monde; quatre bouteilles d'eau de saule, et une cruche de tisane. Je fus fort surpris à la vue de tant de remèdes , et je m'imaginai qu'il y en avait pour mes cens comme pour moi ; je demandai a ce garçon pour qui était tout cela. « Pour vous, monsieur, me répondit-il; c'est ce que le médecin vous a ordonné de prendre ce matin ; il faut le boire le plus vite que voua

f>ourrez. * Si je n'eusse pas été si maade, je me serais opposé à une si ex*

traordinaire façon detràitef le monde, mais je fis sans réplique ce cju'on mcf disait. Je bus l'émulsion , je prty dé suite la moitié de la confection; mais,

Îuand ce fut à la médecine , je n'éti us venir à bout , tant le cœur mé soulevait contre. Je dis à l'apothicaire qu'il m'était impossible de la boire en1 un coup. Cela ne fait rien, me répondit-il, buvez-la à reprises. Je le fis donc, animé par là passion de guérir':

et ensuite je pris encore le reste de la confection, sans quoi j'aurais sûrement tout rejeté. Sur les dix heures, l'apothicaire me dit que j'allais avoir la; plus ardente soif du monde, et qu'il durait bien voulu me pouvoir donner à boire à la neige, mais qu'il n'y avait que le gouverneur qdi en eût. Je lut proposai d'en tirer, pour de l'argent , de I officier qui l'avait en garde; il me répondit que cette voie rie réussirait point, parce que , comme il y en avait fort peu , on mettait le scellé sur lé lieu où on là gardait. J'appris dans la suite que la neige qu'on a à Lar vient de neuf journées de chemin, et que,

Quelque précaution que l'on prenne en apportant , la chaleur est si grande, que ce qu'on apporte dans la ville n'est que la huitième partie de ce que l'on à chargé sur le lieu , le reste se fondant en chemin. Comme dans l'extrême ardeur de ma fièvre, ie me figurais les plus grandes délices a boire à la neige, j'en envoyai demander au gouverneur, qui m'en envoya sur les onze heures j et, comme j'étais alors dans la plus forte altération qu'on puisse ressentir, je bus aussi avec le plus grand plaisir

2u'on ait jamais bu. Mon apothicaire tait toujours près de moi ; le médecin lui avait ordonné, à ce qu'il disait, de ne me pas quitter, et c'était lui qui me donnait à boire. II remplissait d'eau de saule une grande porcelaine; il mettait un bon morceau de neige dedans , et quand il le voyait à demi fondu, 11 me la mettait à la main , eh me disant de boire tant que je voudrais. Le plaisir que je prenais à boire, était d'autant plus grand , que la liqueur était fort agréable , et que jô buvais par ordonnance du médecin.

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J'étais dans une salle basse assez fraîche, où mon lit était étendu à terre; on l'arrosait d'heure en heure , tellement qu'on pouvait dire que ma chambre était toute en eau; cependant rien ne pouvait tempérer l'ardeur de ma fièvre maligne, qui s'irritait par tant de remèdes rafraîchissants, au lieu de diminuer.

«L'apothicaire se mit là -dessus à faire ôter mon lit , disant qu'il m'échauffai t, et fit étendre une fine natte à la place, sur laquelle il me fit coucher tout nu en chemise , sans mettre autre chose dessus que deux oreillers au chevet, et sans me faire couvrir, pas même d'un drap, et puis il fit venir deux hommes pour m'éventer. Mats comme tout cela ne servait encore de rien et que j'étouffais toujours de chaud , mon apothicaire , qui ne se lassait point de m'aider , fit apporter deux seaux d'eau fraîche ; et, m ayant fait mettre sur une chaise où deux hommes me tenaient , il me les versa sur le corps, des hanches en bas , peu à peu, et ensuite prit une grande bouteille d'eau rose, et m'en baigna de la même sorte la tête , le visage , les bras et la poitrine. Je bénissais en mon cœur la médecine persane, qui traitait les malades si voluptueusement; mais notre chirurgien français , qui était toujours à mon chevet, ne put retenir son indignation. « Cet homme- là vous tue, monsieur, me dit-il pitoyablement. Quoi ! vous baigner d'eau fraîche, dans l'ardeur d'une fièvre maligne, avec une pinte d'émulsion, deux pintes de médecine, et une livre de confection de mithridate dans le corps, avec je ne sais combien de boissons à la glace; faites votre compte, ajoutat-il, qu'au lieu d'être tantôt sans fièvre comme il vous l'a promis vous serez mort. — Je ne sais ce qui en arrivera, répondis-je ; toutefois if ne me semble pas que je sois à mon dernier jour, comme vous le dites. » En effet , je sentais diminuer le feu de mes entrailles , et l'esprit me revenir ; sur quoi mon apothicaire m'ayant pris le pouls, me dit : « Votre fièvre est sur son déclin. »

« Elle se passa si vite ensuite , qu'à une heure après midi je n'en avais plus du tout, au jugement même du chirurgien français ; il en était tout interdit, et moi j'en étais transporté de joie. Après avoir élevé mon cœur à Dieu , comme à la première cause , je dis à mon apothicaire que pour comble de joie je demandais à voir le médecin : II reviendra tantôt, me répondit-il , quand les médecines auront opéré. Je les avais prises à neuf heures, comme je l'ai dit, et je n'en avais senti depuis que le poids, qui m'avait fort enflé, mais sans me causer de tranchées; de sorte que je m'imaginais qu'elles ne me feraient rien, et que la vertu s'en était exhalée dans les sueurs continuelles. Mais, au bout d'un quart d'heure, l'opération commença et dura deux heures entières, sans aucune douleur, ni même beaucoup d'altération. Le soir, le médecin me vint voir, que je regardai comme un prophète, ou comme Esculape : il se fit dire par l'apothicaire comment j'avais passé la journée, et il m'ordonna un potage de riz cuit à l'eau , avec de la cannelle et de l'écorce de grenade sèche , pilées ensemble. Il y avait cinq jours que je n'avais pris aucune nourriture que ce soit.

a Le 28, à mon réveil, je me trouvai un peu de fièvre, sur quoi le médecin m'étant venu voir, m'ordonna une émulsion de semences froides et une prise de confection , comme le jour précédent , en recommandant qu'on me fît manger des concombres crus.

On me donna ces remèdes à neuf heures, et tout le jour je ne fis que boire fort délicieusement a la neige de l'eau de saule dans de l'eau d'orge, manger des concombres crus, des melons d'eau, et sucer des poires. On mit aussi du verjus en quantité dans le potage que l'on me fit prendre à raidi et au soir, pour lui donner bon goût, ce qui adoucissait merveilleusement l'altération qui me restait.

a Le lendemain, le médecin m'ayant trouvé encore un peu de fièvre , m'ordonna des remèdes pareils à ceux que j'avais pris le 27. La médecine me

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purgea avec tant de violence durant tout le jour, que je pensai succomber sous son effet. La nuit me fut encore plus rude que le jour , l'ayant passée dans de grandes douleurs , avec un violent accès de fièvre , de sorte <jue je me trouvai le matin aussi mal qu on pouvait être. Mon médecin me trouva en cet état, et, à l'ordinaire, me remplit de consolation; car, après m'avoir bien tâté le pouls, il me dit qu'il m'ai* lait faire donner des breuvages qui emporteraient tout ce qui me restait de lièvre, et m'en délivreraient tout à fait. Il n'y raanqna point, mais je ne puis dire de quels moyens il se servit pour cela. Je sais seulement qu'on me fit

ftrendre deux pintes d'émulsion , sur es neuf heures, avec une grande prise de confection, comme les jours précédents, et une demi-heure après un julep; sur quoi, m'étant endormi, je me réveillai après midi sans fièvre, le cœur tranquille, le cerveau dégagé, et, à ce qui me semblait, parfaitement bien remis. J'étais pénétré de tant de joie, que je ne la pouvais exprimer, m'assurant, sur la parole de mon médecin, que je croyais un oracle, que la fièvre ne me reviendrait plus.

« Il me le confirma le 31 au matin, et il m'ordonna de vivre , dix jours durant, de poulet et de riz, sans autre 1 chose , et qu'au bout de ce temps je pourrais me mettre à vivre à mon ordinaire. Je lui demandai'dans combien de jours je pourrais me mettre en chemin; | il me répondit que deux autres jours de repos me suffisaient , et qu'après je pourrais partir et me trouverais assez de force pour monter à cheval. Il m'ordonna encore une grande prise 1 d'émulsion , et une autre prise de cor- 1 diaux comme les jours précédents. 1 « Le 1" juin, il vint me voir et me

' dit que c'était pour la dernière fois , et que je n'avais plus besoin de ses vi- > sites ; qu'il avait ordonné à l'apothi- I caire de m'apporter de quoi faire dix émulsions, et d'enseigner à mes gens ' à les préparer, et une boîte de confrct tion de gemme et de mithridate rai fraîchissante , du poids de trente-cinq i drachmes, dont, pendant autant de

jours, je prendrais une drachme à mon réveil , et boirais dessus un grand verre d'eau. Il me dit que c'était pour me réchauffer et me fortifier l'estomac , que tant d'émulsions et de se* mences froides avaient beaucoup affaibli. »

Un médecin anglais, M. Jukes, se trouvait à Ispahan en 1804 , pendant qu'il y avait un grand nombre de maux de gorge ulcéreux. Un grand nombre de malades moururent parce que les médecins avaient décidé que c'était une maladie chaude, et qu'elle devait en conséquence être traitée par des saignées et des remèdes rafraîchissants. Le même médecin parle encore de divers cas de dyssenterie, dans lesquels il avait recommandé l'usage du mercure, sans pouvoir obtenir qu'on essayât l'emploi de ce spécifique. Le mercure , disaient les médecins persans , est un remède chaud , et ne

S eut , d'après cela , être administré ans une maladie chaude. Ils eurent recours à la glace et à des boissons rafraîchissantes. M. Juks vit périr un grand nombre de malades, qui, suivant lui, auraient échappé à la mort , s'ils avaient été convenablement traités.

La petite vérole exerce de grands ravages en Perse. Les médecins du pays connaissant l'inoculation, mais fis n'en font guère usage, et les préjugés se sont toujours opposés, jusqu'à présent, à l'introduction de la vaccine.

Tout ce que nous venons de dire sur la médecine des Persans s'applique aux habitants des villes. Les tribus errantes n'ont guère de médecins dans leurs camps; mais comme la nourriture des gens qui composent ces tribus est frugale et saine , et que d'ailleurs ils font toujours beaucoup d'exercice, ils ne sont sujets qu'à fort peu de maladies , pour lesquelles les vieillards et les vieilles femmes de la tribu possèdent toujours quelque spécifique.

« A mon retour en Perse, en 1800, dit Malcolro , presque toutes les personnes composant la mission furent attaquées de cécité. Cette maladie était produite par la blancheur

Matante de la neige qui couvrait le pays. Je devins aveugle moi-même, et je reçus un message de |a part de la femme du chef chez lequel i étais logé. Cette femme me faisait dire qu'elle connaissait pour mon mal un remède qui me rétablirait promptement, 6Î je voulais consentir a me le laisser appliquer par ses domestiques ; j'y consentis sans peine. Aussitôt on apporta devant moi un grand vase plein de neige, et Ton m'engagea à en approcher mon visage. On jeta une pierre rougie au feu dans cette neige qui fondit a l'instant , et la vapeur me procura une transpiration que Ton augmenta encore en me ietant un drap sur la tête. Je subis deux fois cette opération fort désagréable , et je me trouvai ensuite complètement guéri.

|l eet à remarquer , du reste , que les Persans extrêmement superstitieux ont beaucoup plus de foi aux amulettes et aux talismans qu'aux médecins.

Peut-être n'ont-ils pas tort, vu l'ignorance de leurs médecins. »

Quelques personnes prétendent posséder* j ar droit héréditaire, la vertu de guérir certaines maladies. Les chefs des tribus qui habitent les montagnes qui aéparent la Perse du pachalik de Bagdad, prétendent avoir le don de guérir «ne certaine fièvre intermittente trèsfomraune dans le pays , en* donnant force coups de bâton au malade. Un .de ce$ chefs ayant remarqué une personne attachée à l'ambassade du général Malcolm, qui était couchée dans une tente avec une fièvre très- forte, demanda avec instance la permission 4e le guérir; et quand on lui demanda quel remède il emploierait pour cela, u répondit qu'il le frapperait à coups de bâton jusqu'à ce qu'il eût recouvré la santé. Le malade refusa de la manière la plus formelle de se soumettre è ee traitement. Le chef, très-offensé, appela un grand nombre de ses gens, et leur fit jurer qu'ils avaient été guéris par les coups qu'il leur avait donnés. Quelque temps après il repassa dans le même pays , et Malcolm demanda à son fils' aîné , qui lui avait euecédé, s'il employait toujours son

remède contre la fièvre. Ce jeune homme répondit que oui, et qu'il était toujours content du succès. L'ambassadeur anglais lui fit encore queloues questions sur la manière dont il s'y prenait pour appliquer son traitement.

« J'attache, dit-il, les hommes par les pieds et je les frappe vigoureusement a coups de bâton , en leur disant en méiqe temps des injures de manière à remplacer le frisson par la colère et la crainte. — Réussissez- vous toujours ?

demanda Malcolm. — Toujours , répondit-il.— Avez vous quelques malades autres que les hommes de votre tribu?— Quelques-uns; ceux du voisinage, qui ont du bon sens, viennent me trouver lorsqu'ils ont la fièvre. — Vos frères , lui demanda alors Malcolm , ont-ils comme vous le don de guérir cette maladie? —Non, réponit-il aussitôt ; c'est un privilège qui n'appartient qu'au chef de la famille. »

MATEiMATXQUKS, ASTEOVOMU, AmOUMHB, oîoa&APBfK.

Les Persans n'ont fait aucun progrès dans les sciences exactes. Leurs connaissances en mathématiques sont .assez bornées; et ils n'étudient guère l'astronomie que pour devenir habiles dans l'astrologie judiciaire, science à laquelle toute la nation , depuis le roi jusqu'au dernier paysan, a la plus grande confiance.

« Pour mieux concevoir quelle confiance les Persans ont dans l'astrologie, dit Chardin , on n'a qu'à considérer le nombre d'astrologues qu'il y a parmi eux, le rang qu'ils y tiennent, et les grosses pensions que le roi leur fait.

On peut dire qu'ils se sont multipliés à Ispahan , ta ville capitale de la Perse, comme les étoiles du ciel, selon le langage sacré. Tous les astrologues de Perse, au moins les plus célèbres, sont natifs de la province de Khorasan, et d'une famille illustre pour être féconde en célèbres astronomes. Tous ceux qui ont quelque nom dans cette science depuis six a sept cents ans sont de ce pays-là, et le roi de Perse ne prend point d'astrologue qui ne soit né dans cette province ou qui n'y ait été

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élevé. On assure qu'il y a une excellente école d'astronomie et d'astrologie, où les professeurs même dans cette science envoient étudier leurs enfants de tous les endroits de la Perse. On dit aussi que ce qui fait que la science d'astronomie a été plus cultivée et avancée dans cette province de Khorasan, c'est que l'air y étant trèssec et très-pur, Ton a plus de moyen d'observer continuellement les mouvements des astres.

« J'ai ouï assurer que les astrologues du roi lui coûtent plus de quatre millions par an; sur quoi l'on raconte qu'en 1660, un d'eux, qui avait cinf quante mille livres d'appointements, ayant présenté requête au roi Abbas, alors régnant , pour avoir une augmentation , le roi en fut indigné, et commanda qu'on lui apportât un extrait des appointements des astrologues.

Cet orare jeta tout le corps dans la consternation; ils employèrent tout leur crédit pour faire faire ce rôle le plus bas qu il se pourrait; et comme ils ont beaucoup d'amis, le rôle ne montait qu'à douze cent mille livres; mais j'ai oui assurer que leurs appointements montent au doublent comme c'est en terres, qui rendent trois fois au-dessus du prix pour lequel elles sont assignées, on pourrait compter leurs gages seuls à quatre millions.

Les présents que le roi leur fait en certaines occasions, qui reviennent assez souvent, sont encore évalués à deux millions l'année. La charge de chef des astrologues a cent mille livres d'appointements. Celui qui la remplisr sait de mon temps s'appelait Mirza Chefy, vieillard fort grave et fort docte, de même que son frère aîné, qui avait la charge avant lui , et le fils de ce frère, qui est à présent second astrologue avec cinquante mille livres d'appointements. Cet aîné fut privé de la charge, ayant été privé de la vue par ordre du roi; c'était sous le règne de Séfi, aïeul du roi d'à présent. Il arriva un jour d'assemblée publique, à laquelle tous les grands s'étaient trouvés selon la coutume, et le chef des astrologues comme les autres, que

le roi fit justice de cinq ou six grands seigneurs qu'il fit mettre en pièces en sa présence. Le roi regardait attentivement l'assemblée durant cette sévère exécution , observant la contenance des gens; il aperçut le chef des astrologues qui clignait a chaque coup de sabre , comme ne pouvant regarder un si horrible carnage. Le roi, qui en fut indigné, cria à un gouverneur de province qui était assis près de lui : Enlevez teg yeux de ce chien qui est 4 votre main gauche; ils lui font mal; il ne saurait s'en servir. Ce qui fut exécuté à l'instant. Abbas II étant Venu à la couronne, prit cet astrologue en ses bonnes

Î ;râces, et lui donna cinquante mille rancs d'appointements. Son fils a un train de gouverneur de province , étant toujours suivi de huit ou dix cavaliers fort lestes. Au reste, tous les astrologues du roi ne sont pas également sa?

vants ; il y en a même qui ne le sont que fort superficiellement; cependant ils ne laissent pas d'entrer au service du roi par le grand crédit de leurs parents.

« Les astrologues sont toujours pleins de jalousie. contre les médecins, comme également puissants , riches et recherchés; e'est à qui aura la faveur, les médecins voulant agir selon les

I phénomènes des maladies et donner à-dessus les remèdes de l'art; les astrologues s'y opposent, et disent qu'il faut consulter les phénomènes célestes, pour savoir s'il est bon de prendre médecine lorsqu'on en veut donner, et si l'Opération en sera heureuse. Je me souviens d'avoir ouï dire à un astro- . Ipgue à ce sujet s « Notre condition e$t bien différente de celle des médecins dans l'exercice de notre profession; car si un astrologue fait une faute, le ciel la découvre; mais si un médecin en fait une, quelque peu de terre la couvre. »

Dès qu'un homme de lettres possède quelque légère teinture de l'astronomie, il s'occupe immédiatement de l'astrologie judiciaire. Pour peu qu'il sache manier un astrolabe, qu'il connaisse le nom eHa position des planètes, qu'il sache par cœur quelques

L'UNIVERS

mots du jargon du métier, et qu'il joigne à ces connaissances l'intelligence des almanachs astrologiques qui Ne publient tous les ans, il se croit en droit d'offrir ses services à tous ceux qui ont le moyen de le payer. Un nomme distingué par son rang ou par sa fortune ne fait rien sans consulter les étoiles. Faut-il se mettre en voyage ou prendre un habit neuf, on consulte l'astrologue et l'almanach pour connaître exactement le moment convenable. Quand un homme veut entrefnrendre un voyage % il se garde bien de aisser passer le jour heureux lors même qu'il ne serait pas prêt à partir. Mais il sort de sa maison à l'instant propice, et il habite, jusqu'à ce qu'il puisse se mettre en route, quelque mauvais logement du voisinage, bien persuadé qu'en quittant sa maison il s'est assuré l'influence d'une bonne étoile.

En 1806, un ambassadeur persan qui se rendait dans l'Inde fut informé par son astrologue qu'il devait profiter d'une heureuse conjonction d'étoiles qui ne se représenterait pas avant quelques mois. Quoique le' vaisseau sur lequel il devait s'embarquer ne fût pas prêt, il se décida à quitter la maison où il logeait à Bouscnir pour aller habiter sous des tentes qu'il fit dresser à cinq milles de cette ville. Mais l'astrologue ayant remarqué qu'il ne pouvait pas sortir par la porte de sa maison ni par celle du fort, parce qu'une constellation dangereuse exerçait son influence dans cette direction , il fallut

Fercer cinq ou six gros murs pour que ambassadeur et sa Suite pussent arriver dans la rue d'un autre côté. lis se rendirent alors sur la côte, ou ils devaient s'embarquer dans un bateau et faire deux milles par mer le dos tourné à cette terrible constellation.

Mais la mer était fort grosse, et l'ambassadeur et sa suite craignirent d'affronter ce danger réel. Dans cette perplexité, on s'adressa au gouverneur pour demander l'autorisation d'abattre un pan des murailles de la ville, afin

Su'une mission doitt on attendait tant e succès ne fût pas exposée à quelque

malheur. Cette bizarre requête fut accueillie par le gouverneur, et l'ambassadeur avec sa suite passa par la brèche pour se rendre aux tentes.

L'astrologue se tenait à cheval à côté de l'ambassadeur, afin de pouvoir lui indiquer la position dans laquelle il devait tenir sa tête. Lorsque sir John Malcolm arriva à Tehran en 1800, un de ses secrétaires persans qui avait consulté un astrologue tenait une montre à la main, et rengageait à aller tantôt vite, tantôt doucement. Enfin le cheval de sir John Malcolm franchit la porte de la ville à l'instant qui avait été indiqué. Cette circonstance inspira une grande joie à tous les Persans qui étaient bien disposés pour les Anglais.

« Et, dit Malcolm , tous les soins que j'aurais pu me donner n'auraient pas inspiré une aussi grande confiance dans la réussite de mon ambassade que mon attention à suivre les conseils de l'astrologue. » Toutefois, les Persans sont convaincus qu'il est des moyens d'é- , viter les malheurs annoncés par les !

astres. Malcolm rapporte à ce sujet l'anecdote suivante : « En revenant de Tehran en 1810, j'eus occasion de me trouver avec un astrologue qui voulut absolument tirer mon horoscope. À près avoir terminé tous ses calculs, il m'apprit qu'à mon retour dans l'Inde , : j'éprouverais une violente tempête à ' laquelle j'échapperais pour être réduit en esclavage. Je lui fis remarquer qu'il était fort neureux que je n'eusse pas confiance en son talent, car autrement je me trouverais fort à plaindre en pensant aux malheurs que j'étais destiné à éprouver sans pouvoir les fuir. Il me dit que j'étais dans l'erreur, et il me cita à l'appui de son opinion l'historiette suivante : « Jésus, dtt-il, étant assis à la porte de Jérusalem , vit un bûcheron qui sortait de la ville en chantant. « Combien l'homme connaît peu sa destinée ! dit alors Jésus à ses disciples. Ce pauvre homme qui

Saratt si neureux périra aujourd'hui ans la forêt où il va chercher du bois. » Cependant le soir étant venu , le bûcheron revint en chantant; les disciples se regardaient les uns les au-

PERSE

très avec étonnement. Mais Jésus pénétrant leur pensée, leur dit : « Hommes de peu de foi , vous doutez de ma pénétration; mais sachez que ce bûcheron n'avait porté avec lui pour son dîner qu'un seul petit pain. Un malheureux lui a demandé l'aumône, et il lui a donné la moitié de son pain.

Dieu , satisfait de cette action , a épargné ses jours. Mais allez, ajouta le prophète, examiner le fagot qu'il apporte , et vous y trouverez le serpent destiné à lui donner la mort. » Les disciples obéirent, et ils virent avec étonnement le reptile dont leur maître avait parlé. Vous voyez , dit l'astrologue en s'adressant a Malcolm, comment on peut détourner les malheurs annoncés par les étoiles. » Au reste, il est plus que probable que la majeure partie des astrologues ne sont pas dupes de leur science; ils n'ont d'autre but que de gagner de l'argent aux dépens de la crédulité de leurs compatriotes.

Les Persans ne connaissent pas d'au* tre système du monde que celui de Ptolémée. Ils possèdent dans leur langue un exposé du système de Copernic; mais rien, jusqu'à présent , n'a pu rectifier leurs idées sur ce point , et ils en sont tout juste là ou en étaient leurs ancêtres. Nous allons joindre ici une explication théologique du système du monde d'après Tabari. Les idées qu'il renferme sont celles que professe encore la masse de la nation.

Nous reproduisons textuellement la traduction que nous avons donnée ailleurs de ce passage (*) :

« On demanda au prophète (que là bénédiction et la paix soient sur lui ! ) : O apôtre de Dieu, fais-nous connaître les qualités du soleil et de la lune, la manière dont ils décrivent leur révolution, et ce qu'ils deviendront à la fin des temps. L apôtre de Dieu, prenant la parole, dit : Lorsque le Dieu trèshaut créa toutes choses, il créa également le soleil et la lune, et ces deux astres avaient une lumière égale. Ce

(*) "Voyez ma traduction de la chronique d'Abou - Djafar - Mohammed - Tabari , 1. 1 , p. a 3 et suivantes.

28e Livraison. (Perse.)

que Dieu voulait dans sa prescience, était que la lumière de la lune ne fût point obscurcie pendant qu'il créait ce monde entre l'orient et 1 occident. La lune ne paraît si petite aux yeux des hommes qu'en raison de l'éloignement et de la hauteur où elle se trouve.

Dieu donna ordre ensuite à Gabriel de frotter son aile sur la face de la lune, afin que son éclat disparût; et il ne resta pas de lumière en elle, comme il Ta dit : « Nous avons effacé le signe de la nuit. »

« Le Dieu béni et très-haut a créé pour le soleil un char; il a donné à ce char trois cent soixante anses, et il lui a préposé trois cent soixante anges, afin que chacun d'eux fût attaché à une de ces anses et tirât le char. Ce que nous venons de dire du soleil s'applique également à la lune. Dieu a créé pour ees deux astres des orients et des occidents dans le sein de la terre, et il a créé de chaque côté , à l'orient et à l'occident, des fontaines qui sortent d'un endroit plein de vase noire. Cent quatre-vingts de ces fontaines sont à l'orient et cent quatre-vingts à l'occident. L'eau des fontaines et la vase noire bouillent comme une mar« mite qui est fortement en ébullition.

Chaque jour le soleil se lève d'une fontaine nouvelle à l'orient. Il sort deux fois de la même fontaine dans l'espace d'une année. Chaque jour il passe à une autre fontaine, et quand il se couche, il fait la même chose à l'occident, jusqu'à ce qu'il ait parcouru toutes ces fontaines de l'orient et de l'occident. II recommence deux fois chaque année, et toutes les fois qu'il recommence, les jours sont plus courts et ensuite plus longs. A ses premiers levers et couchers, le jour est plus long pendant l'été ; à ses seconds levers et couchers, le jour est plus court pendant l'hiver. C est à cela que fait allusion ce verset : « Il est le Seigneur des « orients et le Seigneur des occidents. » Toutes ces choses sont exposées dans un passage du Coran où il est dit : « Il « est le Seigneur de l'orient et de l'oc- « cident. » Dieu a ainsi fait mention de toutes ces fontaines.

4U L'irrfrv£às.

« te I)ïéu Ééni et très-haut a créé au-dessous des deux une mer semblable à un cheveu et fixée en l'air. Par l'ordre du Dieu très-haut, il ne tombe jamais une seule goutte de l'eau de cette mer sur la terre. Toutes les mers sont fixées à leurs places, et celle-ci' est comme une flèche qui part de Tare avec effort. On dirait d'une corde tendue entre l'orient et l'occident. Plusieurs personnes nomment cette mer le chemin des porteurs de vaille; mais on ne porte point de paille dans ce lieu-là. Le soleil, la lune et ces cinq étoiles auxquelles on a donné le nom de planètes , marchent et nagent au milieu de l'eau.

« Or, sache que la révolution de là sphère céleste vient du char qui est au milieu de là mer. Si le soleil ne passait pas au milieu de la mer dont nous avons parlé, et s'il sortait de la mer, il ne passerait sur aucune chose et sur aucune créature dé celles qui paissent, qui rampent» qui volent ou qui marchent» sur aucun arbre, sur aucune pierre, et autres choses semblables qui sont dans ce monde, sans les brûler toutes. Si les hommes de la terre voyaient réellement le soleil et la lune hors de cette mer, tous deviendraient infidèies à Dieu à cause de la beauté de ces astres. Le Dieu très-haut les ayant créés beaux, il était à craindre que les hommes n'adorassent ces astres au préjudice du Dieu puissant et incomparable, excepté ceux que le Sei-

Sneur, dont la gloire est infinie, prenrait sous sa garde.

« Le prince des croyants, Ali, fils d' Abou-Taleb (que la paix soit sur lui l), dit ensuite : 0 apôtre de Dieu, quelles sont les étoiles au sujet desquelles Pieu a dit : « Je ne iure pas par les « planètes » ? Le prophète (que la paix soit sur lui I ) répondit : O Ali, ce sont cinq étoiles qui marchent comme le soleil et la lune; on les nomme pianètes. Ce sont: Saturne, Jupiter, Mars, Mercure et Vénus; elles marchent dans ce ciel que nous voyons; chacune d'elles a un char semblable au char du soleil dont nous avons précédemment donné la description.

« Les aùlre$ étoiles' s'ont Suspendues comme des lampes. Elles tremblent toutes pour elles-mêmes, par la crainte du Dieu très-haut, dont la gloire est infinie, et par la terreur du îour du jugement. Qr, chaque jour les anges conduisent le soleil, là lune et les cinq planètes à Tune de ces fontaines ; ils traînent le char à tf avers la mer. Lorsque le Dieu très-haut voudra faire voir à ses serviteurs un signe ou un miracle, il' donnera l'ordreà un de ces astres de s'enfoncer un peu du milieu de son chai1 au milieu dé là mer, et de sortir du char. S'il arrivait que le soleil sortît entièrement' de son char, le monde serait tout à coup dans lès ténèbres, et cela ferait' une éclipse totale de soleil. Sache que cette obscurité que tu vois sur la lace du soleil vient de l'eau de la mer.

« Le lieu de repos du soleil est sous le trône du Dieu béni et très-haut. Le soleil y est en adoration avec les chérubins. Lorsqu'il se couche dans une des fontaines dont nous avons parlé, les anges le tirent verç le ciel jusqu'au septième ciel et le tiennent sous le trône de Dieu, afin qu'il soit eh adoration, comme nous l'avons déjà dit plus haut. On lit dans le Coran : a Le « soleil court vers son lieu de repos, « telle est la disposition de celui qui « est puissant et qui sait. »

« Le Dieu béni et très-haut a créé du côté de l'orient et sous lé septième ciel un voile de ténèbres, et il a préposé à ces ténèbres un ange pour chaque nuit jusqu'à l'époque où elles seront épuisées. Lorsque le soleil est sur le point de se coucher, l'ange qui est de garde enfonce la main et prend une poignée de ces ténèbres. Il ouvre la main, se tourne vers l'occident et fait passer une partie dé ces ténèbres par les interstices de ses doigts, afin qù elles se dispersent dans le monde. Ensuite, lorsque le crépuscule' est descendu, l'ange ouvre la main pour que toutes les ténèbres en sortent. Ensuite il étend son aile ; or, ses ailes s'étendent du ciel à la terre, et il chasse les ténèbres jusqu'à l'occident ; lorsqu'il est arrivé à l'occident le point

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du joui; reparu. L ange étend, son aile, prend,. les ténèbres au milieu dp son aile, les passe ensuite dans sa main et les place a r occident, «au-dessous de la septième mer, .C'est du lieu dont nous avons. parlé que viennent tes ténèbres de la nuit. .Lorsque le, voilé de ténèbres qui est à l'orient sera à l'occident, pq sonnera de la trompette et le jour àju jugement paraîtra. ...i

« Le .spfeilest toute la nuit en adoration spus le trône du ;Dieu très-haut, et, Jojrscjue le moment du point du jour est arrivé., le Dieu puissant e,t incomparable juj donne l'ordre de recommencer sa révolution et de se lever du côtç de l'orient; et cela .sera ainsi jusqu'au temps où , le Dieu béni et très-haut fermera la porte du repentir pour ses serviteurs, qù il n'acceptera .plus le repentû* de personne, pu fes mauvaises actions seront mises en évidence et où les nonnes paraîtront. Or, une nuit où le soleil, sera sous le trône du JDieu fcéni, et très-haut , ou Je retiendra , et bieu^qu'il depiande la permission de recommencer sa révolution, il n'obh tiendra pas cette permission ; il en est 4e même de la lupe. Le monde demeurera, ensuite trois jours .dans les térièttres, et personne ne connaîtra, la Jonr guèur de cette nuit, excepté {es* adoraiteurs et .les serviteurs de^D^'eu, e$ lep gens pie/ixr quj prient, pendant la nuit, disent le chapelet,, louent' Dieu et (ont d'autre* choses semblables qui tiennent au service et au culte du Dieu puissant et incomparable. Lorsque troisjours complets .se seront écoulés, Dieu dira au soleil et $ la ,lune ;. A)lez et levez-vou£ à l'occident. Ces deux astres auront perdu leur lumière et leur éclat, ils pleureront, et leurs pleurs seront accompagnés de gémissements de telle sorte que toutes les créatures du ciel et de la terre les entendront pleurer. Ensuite.' ces deux astres se lèveront ,à l'occident, ayant perdu leur lumière; ils s'avanceront jusqu'au milieu dû ciel* ils retourneront ensuite sur leurs pas et se coucheront. La porte du repentir aura été fermée, alors.

« Ali , fils d'Abou-Ta!eb(que Dieu se complaise en lui !), dit : Qu'est-ce que

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