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PERSfc.
parmi les plus notables habitants de la ville. Lorsqu'il arrive par hasard qu'on nomme un de ces officiers contre le désir des habitants du lieu , les réclamations continuelles l'obligent bientôt à donner sa démission , ou le gouvernement est contraint de le renvoyer. « Ces faits , dit Malcolm , sont importants à connaître ; car il n'existe pas de privilège plus essentiel pour un peuple que de choisir ses magistrats, ou du moins d'avoir une grande part d'influence dans leur nomination.
Quelquefois , il est vrai , ces hommes élus par leurs concitoyens sont obli-
§és de devenir leurs oppresseurs; mais e pareils exemples sont rares, et dans les circonstances ordinaires , les magistrats élus ménagent avec le plus grand soin les intérêts de leurs commettants. Dans les villes importantes, les marchands, les ouvriers, les cultivateurs , choisissent un chef chargé de défendre les intérêts du corps de métier auquel il appartient, et de traiter avec le gouverneur de la ville toutes les affaires qui concernent sa corporation. Ce chef est ensuite nommé par le roi.
« Quant à la police des artisans de Perse , dit Chardin , les métiers ont cliacun leur chef, pris du corps du métier , lequel est mis par le roi , et c'est là toute leur économie en police. Ils ne font pourtant point de corps, à
Eroprement parler, car ils ne s'assemlent jamais. Ils n'ont ni gardes, ni visiteurs ; mais ils ont seulement quelques coutumes que le chef du métier tait observer, comme celle-ci, qu'il y ait toujours une certaine distance entre les boutiques et les artisans du même métier, excepté dans les endroits qui sont particulièrement destinés à une sorte d'ouvrage. Quiconque veut lever boutique d'un métier, va au chef du métier, donne son nom et sa demeure , qu'on enregistre , et pave quelque petit droit. Le chef n'examine nullement ni. de quel pays est l'artisan, ni de quel maître il a appris son métier , ni s'il le sait bien.
« Les métiers aussi n'ont point de bornes marquées pour empêcher que
l'un n'anticipe sur l'autre. Un chaudronnier fait des bassins d'argent , si on lui en donne à faire. Chacun entreprend ce qu'il veut , et ne s'intente point de procès pour cela. Il n'y a aussi point d'engagement d'apprentissage, et on ne donne rien pour apprendre le métier ; au contraire , les garçons qu'on met en métier chez un maître ont des gages dès le premier jour. On fait marché entre le maître et l'apprenti , à tant par jour la première année, et ces gages s'augmentent avec le temps et selon que l'apprenti réussit. La chose est toujours comme ie dis , sans engagement réciproque a l'égard du temps , le maître étant toujours en liberté de mettre son apprenti dehors , et l'apprenti de sortir de chez son maître. C'est bien là qu'il faut dérober la science ; car le maître , songeant plus à tirer du service de son apprenti qu'à l'instruire, ne se peine pas beaucoup après lui , mais l'emploie seulement par rapport à l'utilité qu'il en peut retirer. Les métiers sont obligés aux corvées du roi, c'est-à-dire, à travailler pour le service de Sa Majesté , lorsqu on le leur commande; etjes métiers qu'on n'emploie pas à ces corvées , comme les cordonniers, les bonnetiers, les chaussetiers, pavent un droit à la place qu'on appelle khardj padcha, cest-à-dire, la dépense du roi. »
Il nous reste à parler de la police.
Scott Waring nous donne sur ce sujet quelques détails intéressants que nous allons mettre sous les yeux des lecteurs.
«La ville de Schiraz, dit ce voyageur, est divisée en quartiers placés chacun sous la surveillance d'un ketkhoda , qui exerce gratuitement ses fonctions. Cette dignité est en général conférée à l'homme du quartier qui
I'ouit de la meilleure réputation. Les tetkhodas ont un chef auquel ils font leurs rapports , et qui les communique au gouverneur. Anciennement , ils étaient obligés de rendre compte des moindres événements qui se passaient dans leurs quartiers, tels que les naissances , les mariages , les morts naturelles , etc. ; on s'est beaucoup relâché
L'UNIVERS
sur ce point à Schiraz. Un ketkhoda doit connaître les moyens d'existence de tous les habitants de son quartier.
« Le grand avantage qui résulte, et pour le gouvernement et pour la population , dé cette division d'une ville en Quartiers, est sensible à l'arrivée subite des corps considérables de troupes , et dans la répartition des contributions extraordinaires. Dans l'un et Fautre cas , les ketkhodas sont informés par le gouverneur du nombre d'hommes que leurs quartiers doivent loger , ou de la somme à payer. Ils sont responsables envers le. gouverneur ; c'est à eux de faire en sorte que les charges soient équitablement réparties. En général, le peuple s'en rap* porte à leur décision, car il serait inutile d'en appeler , et quelquefois dangereux 4e différer de se soumettre.
« On prévient la licence des troupes en tenant des logements prêts à les recevoir, et l'on se préserve d'un pillage général par le consentement aux demandes du vainqueur. Dans une monarchie despotique , la division des villes eu quartiers offre au tyran qui s'empare d'une place , la facilité d'un
Elan systématique de pillage, et les haitants souffrent infiniment moins en Sareil cas que les citoyens d'une ville 'Europe.
« Il y a une certaine considération attachée aux fonctions de ketkhoda. S'il arrive que ces magistrats aient trop à se plaindre de la rapacité ou de la tyrannie du gouverneur, ils dressent une pétition contenant l'exposé de leurs griefs , et le roi refuse rarement de faire droit à leur requête.
« Dans les différends peu graves entre voisins , le ketkhoda interpose son autorité pour les mettre d'accord , et y réussit souvent. S'il arrive qu'un mari et une femme vivent mal ensemble , il cherche à les réconcilier par des remontrances qu'il fait lui-même à l'homme , tandis qu'il en fait faire de semblables à la femme par une ketbanou , espèce de matrone. Enfln , son devoir est de mettre la paix partout , et de veiller au bien-être des familles placées sous sa protection.
« La charge de ketkhoda , dit toujours le même voyageur, me parait une institution admirable; et bien qu'on en abuse souvent , sans doute , je la crois avantageuse pour le peuple , car le ketkhoda ne saurait I opprimer impunément ; il s'exposerait à des plaintes continuelles , et les plaintes sont généralement accueillies en Perse avec un grand empressemeQt.Ce- , pendant ils peuvent devenir l'instrument de la. tyrannie; mais quelle est l'institution dont on peut ne pas abuser?
« La police de Schiraz est organisée sur un excellent pied. J'ose dire qu'il est impossible à qui que ce soit de rien tramer contre le gouvernement, sans que le gouverneur de la ville en ait connaissance avant l'exécution.
« Le daroga est chargé de régler les différends qui s'élèvent dans les bazars , d'entendre la plainte des gens qui s'y trouvent et d'y faire droit sans appel. Un marchand manque à sa parole ou refuse de remplir un engagement, on s'adresse au daroga, qui oblige le coupable à s'exécuter. Si un débiteur se déclare dans l'impossibilité de payer, il lui accorde un certain délai, qu'il détermine selon les circonstances. L'humanité de la loi musul- . mane laisse toujours au marchand les moyens de parer à un contre-temps inattendu. Cependant , si l'homme contre lequel on porte plainte est flétri dans I opinion publique , le daroga le condamne à une amende et lui inflige un châtiment corporel, ou bien il Te met en prison.
* Le daroga joint à la police des marchés la surveillance sur les moeurs du peuple. Lorsqu'il surprend quelqu'un a boire du vin ou dans des mauvais lieux , il lui fait acheter argent comptant la tolérance pour une faute morale sur laquelle il ferme alors les yeux.
« Le daroga doit avoir sous ses ordres une suite nombreuse de gens occupés à conserver le bon ordre dans les marchés, et à arrêter quiconque se trouve en contravention avec les règlements de police»
« On regarde sa charge comme ex*
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trémemeBft lucrative; car , outre les présente qu'il reçoit et les extorsions qu'il ee permet ordinairement , tous les marchands lui fournissent, pour obtenir sa protection et ses bonnes gréées, les denrées qu'il leur demande.
• Il y a encore un intendant de la police de nuit , dont les'fonctions ressemblent à celles du daroga, oelui-ci étant le chef suprême de la police pendant le jour , celui-là pendant la nuit. Cet intendant doit veiller à la tranquillité de la ville , arrêter les cens oui se trouvent hors de chez eux à une heure indue , et prévenir les vols autant qu'il le peut. Il entretient, comme le daroga, un certain nombre d'hommes qui font continuellement des patrouilles dans les rues, et se tiennent en faction à l'entrée des maisons sus* pectes. Tous les marchands des bazars payent une somme légère pour l'en* tretien de cette police. Si un maître de maison est volé, l'intendant ou chef du guet est responsable du vol , et doit restituer les effets dérobés ou en payer la valeur , sur la déposition du plaignant. Mais cela arrive assez rarement ; car l'intendant est toujours en relation avec les voleurs de la ville, qui montrent une obéissance aveugle a ses ordres. Ce n'est pas qu'ils exercent tout à fait leur métier sous sa protection ; mais ils lui remettent , dit-on , une certaine partie de leurs bénéfices , et ils sont liés par cet intérêt commun.
« Je crois le mohtésib sous 4es ordres du daroga. Ses fonctions sont de régler le prix de toutes les marchandises mises en vente dans chaque ba* zar, et de vérifier l'exactitude des poids et mesures. Il ne procède qu'une fois par semaine à cet examen. Lee marchands convaincus de fraude sont sévèrement punis. Plusieurs ont en* couru la peine de mort.
Ce que nous avons dit touchant l'administration de la justice n'est applicable qu'aux Persans qui habitent les villes et les villages et qui ont des demeures fixes. Les tribus errantes ont une jurisprudence toute particulière. Chaque tribu a son chef, sous
lequel se trouvent des Anciens, qui, pour l'ordinaire, appartiennent à la famille du chef de tribu. Ces hommes sont tout à la ibis les magistrats et les officiers militaires de la tribu. La dignité d'Ancien comme celle de chef sont héréditaires. Lorsque dans une tribu il y a une affaire importante à juger, les Anciens se réunissent en conseil. L'affaire est discutée, puis décidée à la majorité des suffrages. Le mollah de la tribu fait ordinairement partie du conseil des Anciens, et il expose, quand il en est requis, les dispositions du Coran ou des traditions.
Nous avons fait observer qu'en Perse le meurtrier est abandonnée l'héritier légal de la personne qu'il a assassinée. Le conseil des Anciens tâche toujours d'obtenir pour le crime de meurtre que les parties en viennent à un accommodement, car, lorsqu'il n'y a pas eu transaction , l'offensé exerce des représailles qui amènent des haines irréconciliables. Souvent la personne ehargée de venger le sanrç exige du meurtrier ou de sa famille des meubles ou des chevaux , et demande même quelquefois des femmes en mariage. L'homme qui reçoit ainsi une épouse ne paye rien à son beau-père, et n'est pas tenu d'assurer un douaire à sa femme.
Cependant les usages varient sur ce point de tribu à tribu, et il en est quelques-unes dont les membrescroient devoir se montrer implacables et exiger la peine du talion. Lorsqu'un homme appartenant à une tribu veut obtenir le pardon d'un meurtre, il prend une épée qu'il attache à son cou avee un cordon noir; il se présente ainsi en suppliant à l'héritier chargé de venger le sang, et il lui déclare qu'il vient pour subir son sort. Quoique dans ce cas l'usage ne permette guère la vengeance, on trouve rarement parmi ces barbares nomades un homme qui consente, même sur l'ordre de neê supérieurs, a sauver sa vie par une démarche regardée comme dégradante.
Si un homme pauvre a oommiB un meurtre, et qu après avoir été ©on* damné à payer le prix du sang, il ne puisse parvenir à se procurer la somme
qu'on exige de lui, il est obligé de porter à son cou un grand collier de fer et de demander l'aumône à tous les passants, jusqu'à ce qu'il ait réuni la somme nécessaire pour se libérer.
Ces sortes de gens , dit Malcolm , sont les plus importuns de tous les mendiants.
Le rapt et l'adultère sont très-rares chez les tribus errantes. Ces crimes sont presque toujours punis de mort, et ce .sont pour l'ordinaire les plus proches parents de la femme insultée qui se chargent de l'exécution du coupable. Si l'innocence de la femme n'est pas bien prouvée, son père, son mari ou son fils, la mettent en pièces.
Si un chef de tribu se rend coupable du crime de trahison , le roi , lorsqu'il peut saisir le coupable, lui fait arracher les yeux ou le condamne à mort.
Mais si un de ces chefs a mérité la peine capitale pour tout autre crime , l'affaire est renvoyée devant les tribunaux ordinaires, afin que son sang ne retombe pas sur la tête du monarque.
Quand un homme d'un rang inférieur, appartenant à une tribu , et au service du roi, a mérité la mort, il est renvoyé devant son chef de tribu, qui pour l'ordinaire le fait exécuter surle-champ.
L'autorité du roi sur les tribus est toujour&fort douteuse. Les Bakhtiaris et quelques autres encore n'ont jamais été complètement soumis. Ils fournissent un corps de jeunes soldats et payent un petit tribut; là se borne tout ce que le roi de Perse* peut tirer d'eux.
11 est d'usage que les principaux officiers de l'empire et les chefs de tribu laissent dans la capitale quelques membres de leurs familles. Ces otages sont toujours surveillés, et lorsque le roi soupçonne la personne dont ils garantissent la fidélité, ils sont gardés trèsétroitement; quelquefois même, en cas de révolte de cette personne, ils sont mis à mort; mais ces exemples sont rares.
L'officier qui rend la justice est en général chargé de percevoir les impôts.
Le revenu fixe de la Perse, qui au
commencement de ce siècle se montait à environ soixante et quinze millions de francs, se compose du produit des terres appartenant à la couronne, de l'impôt foncier, et des taxes sur les denrées de consommation et sur les marchandises. Autrefois, le clergé possédait beaucoup de terres; mais aujourd'hui , il est moins riche et reçoit un traitement en argent. On exerce dans chaque province une retenue sur les revenus publics pour le payement des juges, pour l'entretien des mosquées, des collèges et des autres établissements religieux.
Dans les provinces pauvres , l'impôt est perçu ordinairement en nature; mais quand les cultivateurs sont riches, ils aiment mfeux payer en argent, parce qu'ils évitent ainsi les tracasseries auxquelles les exposeraient la mauvaise foi et l'avidité des collecteurs. Pour se conformer à la règle , les contribuables devraient payer moitié en nature et moitié en argent. Les tribus errantes payent une taxe suivant la richesse et le nombre de leurs troupeaux.
Le gouvernement possède, dans les villes importantes de la Perse, un grand nombre de maisons qu'il loué aux habitants. Les maisons qui appartiennent à des particuliers payent vingt pour cent sur le revenu présumé.
A côté de ces impôts réguliers , il y a des taxes déguisées sous le nom de présents ordinaires et extraordinaires.
Les présents ordinaires sont ceux que?
font tous les ans au roi les gouverneurs#des villes et desr provinces , les •chefs de tribu, les ministres et tous les hauts fonctionnaires de l'État , à la fête du Nourouz. Ces dons se composent de tout ce que les provinces produisent de plus rare et de plus précieux , et quelquefois aussi d'argent ; et c'est toujours le présent le plus agréable qu'on puisse taire au roi. La valeur de ces dons monte , à ce qu'on suppose , aux deux cinquièmes des revenus fixes. Le produit des amendes est très-considérable , et forme , suivant Malcolm , un cinquième du revenu fixe. Le roi frappe le pays d'une contribution extraordinaire" lorsqu'il veut
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construire un aqueduc, faire bâtir un palais , ou bien quand un membre de la famille royale se marie. Cette sorte d'impôt n'étant pas assis d'après des règles bien fixes , devient quelquefois fort onéreux aux gens sans créait. La somme qui en provient est évaluée à deux cinquièmes du revenu fixe ; ce qui porte le total des revenus du royaume de Perse à environ cent cinquante millions de francs. Une partie seulement de cette somme est versée en argent dans le trésor royal ; car il faut d'abord en déduire les frais de perception ; et , comme nous l'avons déjà remarqué , les contribuables en payent une partie en nature. Les dépenses du gouvernement ne sont pas bien connues; mais, suivant Malcolm , elles sont fort audessous du chiffre des recettes.
LIBERTÉ INDIVIDUELLE. — FOWCTI01CFAIRM