‹ La PerseChapitre 51 sur 51 · COUDITIOIT DIS FEMMES. — MARIAGE · texte numérisé non relu

COUDITIOIT DIS FEMMES. — MARIAGE

VlStTE AU HAREM DU EOl. CERÉltOVIEE

PRATIQUEES A tA H AIS&AltCE BEI EEVAETS. NOURRICES, DIVORCE.

Dans l'examen des mœurs et du caractère d'un peuple, dit Malcolm, il n'y a rien de plus important à considérer que les coutumes et les lois qut règlent les rapports des deux sexes.

De ce point, plus peut-être que d'aucun autre, dépendent l'état moral d'une nation et les progrès qu'elle a faits dans la civilisation. Plusieurs peuples qui ont laissé leurs femmes paraître en public sont restés, il est vrai, dans un état de barbarie; mais il n'y a point d'exemple qu'un pays où on les tient enfermées et où on ne soigne pas leur éducation, ait jamais obtenu un rang élevé dans l'histoire des peuples civilisés. L'influence des femmes, lorsqu'elles occupent dans la société la place qui leur est due, a In double avantage d'adoucir les moeurs et de porter l'homme aux actions nobles, hardies et généreuses. Les femmes bien élevées sont, en général, moins enthousiastes de la beauté que de la valeur, des talents et de la vertu; et l'espoir d'obtenir leurs suffrages est un des motifs les plus purs et les plus puissants qui conduisent à de bonnes

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et grandes actions. La religion mahométane sanctionne, si elle ne l'ordonne pas, l'usage de tenir les femmes dans un état de servitude. Les sectateurs de cette croyance restent donc étrangers au mobile le plus fort et le plus noble des actions humaines. En Perse, les classes inférieures mesurent l'importance des femmes d'après les services qu'elles peuvent leur rendre.

Dans un rang plus élevé, les hommes les regardent comme créées uniquement pour leurs plaisirs. Les femmes n'ont, dans une société ainsi organisée, aucune place qui leur convienne. Elles sont ce que leurs maris ou plutôt leurs maîtres veulent qu'elles soient. Une favorite, par le pouvoir de ses charmes ou de son esprit, peut exercer de l'influence sur son tyran ; elle peut aussi obtenir des égards particuliers à raison de sa haute naissance et de la crainte qu'aurait son mari de déplaire à la famille à laquelle elle appartient. D'autres causes encore peuvent produire des effets plus extraordinaires. Ainsi l'habitude et la tendresse peuvent porter un fils à montrer à sa mère un respect et une déférence qui étendront l'influence de celle-ci hors des murs du harem; mais ces exemples sont rares et ne sauraient balancer les tristes conséquences de la réclusion des femmes.

Les Persans peuvent, en vertu de la loi et de l'usage, épouser une femme, l'acheter ou la louer, pourvu qu'ils respectent les degrés de parenté qui interdisent le mariage. La loi civile reconnaît pour également légitimes, les enfants issus de ces différentes unions; et si un homme a de son esclave un fils, avant d'en avoir de son épouse, le fils de l'esclave jouit du droit d'aînesse, à l'exclusion de celui de la femme légitime.

La loi permet d'avoir autant d'esclaves qu'on en peut nourrir, et la police ne cherche point à savoir si ces femmes sont bien ou mal traitées, parce que le maître a un pouvoir souverain sur son esclave. Dès qu'une fille esclave est considérée comme épouse de son maître, celui-ci lui

donne un appartement séparé, de riches vêtements, des servantes, et lui fait une pension ; si elle a des enfants , elle n'est plus regardée comme esclave , mais comme la mère d'un légitime héritier de la maison. Quant aux femmes à louage, les Persans en prennent autant qu'ils veulent, moyennant un prix convenu. Cette sorte de mariage est un contrat purement civil gui se passe par-devant le juge , et qui , suivant eux , est licite et honnête , comme tous les autres mariages. Si les parties sont d'accord , elles le renouvellent au bout du terme. L'homme est libre de le rompre; mais alors il doit , en renvoyant la femme , lui donner toute la somme stipulée dans le contrat. Lorsqu'une femme à louage quitte un homme , elle ne peut contracter un autre engagement licite qu'après quarante jours. Le terme pour les veuves estde cent trente jours, après lesquels elles peuvent convoler en secondes noces. Il n'y a guère que les gens de moyenne classe qui contractent de ces unions temporaires.

Les gens du peuple ne pourraient pas prendre une femme qu'il faudrait payer en la quittant ; et les nobles n'en prennent pas non plus parce qu'ils rougiraient de renvoyer une femme qui leur a appartenu.

La religion mahométane permet de prendre quatre femmes légitimes ; toutefois les Persans n'en épousent guère 3u'une, parce que le mariage entraîne es dépenses si fortes , que bien des Sens y trouvent leur ruine, et que 'autres ne peuvent en faire les frais.

Le mariage se fait ordinairement par procuration , parce qu'il n'est pas permis à un homme de voir la femme qu'il, veut épouser.

Les parents des parties s'assemblent dans la maison de la fille. Son père , accompagné de quelques-uns d'entre eux, va recevoir le futur époux, l'embrasse, le conduit dans la pièce où la société est réunie, puis il se retire, car il ne doit point assister au contrat. Il faut, disent les Persans, laisser le futur en pleine liberté. Le contrat se dresse dans une chambre où il n'y a

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que le marié, les procureurs et un mollah , ou bien un cadi , suivant la qualité ou la richesse des familles. L'accordée , accompagnée de plusieurs femmes, se rend dans une chambre ou cabinet , dont la porte est à demi ouverte, mais de manière qu'on ne voie personne. Alors les procureurs des parties se lèvent, et celui de la femme , se rangeant contre la porte entrouverte, dit à haute voix, en étendant la main : Moi, N., procureur, autorisé de vous , N., je vous marie à N. ici présent Vous serez perpétuellement sa femme moyennant tant de douaire préfix , dont vous êtes convenus. — L'autre procureur répond aussi : Moi, N., procureur, autorisé de N., je prends en son nom, comme femme a perpétuité , N. qui lui a été donnée pour telle par N. son procureur ici présent, à condition de tant de douaire préfix , dont on est convenu.

Ensuite le cadi ou le mollah se lève , et dit à la femme : Ratifiez-vous la promesse que N. votre procureur vient de faire en votre nom ? ■— Elle répond : Oui.

Ensuite il demande la même chose à l'homme, et dresse le contrat, y appose son sceau et celui des différentes personnes qui assistent à la cérémonie, puis il remet le contrat au procureur de la femme.

Les gens du peuple ne prennent point de procureur: la femme entre voilée avec ses parentes dans la pièce où sont les hommes ; et tous étant assis , l'homme lui dit : Moi , N., procureur de moi-même, je prends vous N.

comme femme à perpétuité, moyennant tant de douaire préfix ; je vous prends pour telle sur mon âme.

Ce sont les femmes qui arrangent les mariages. Dès que les parties sont tombées d'accord sur les articles du contrat, l'époux assigne le douaire sur le plus liquide de son bien , et envoie l'alliance et les présents à sa future ; ces présents consistent en habits , bijoux et argent comptant. La femme , de son côte, envoie au futur différents ouvrages d'aiguille que souvent elle a faits elle-même.

La noce a lieu chez la future et dure dix jours. Le dixième, le marié envoie en plein jour le trousseau, qui se compose de hardes , de bijoux , de meubles , et même d'esclaves et d'eunuaues, selon la qualité et la richesse es conjoints ; c est sa dot , on ne lui donne pas autre chose en la marîant.Des chameaux ou d'autres bêtes de somme portent le trousseau au son des instruments. Les esclaves et les eunuques vont ordinairement à cheval ; il arrive souvent qu'on emprunte des meubles et qu'on envoie des coffres vides pour donner plus d'éclat à cette pompe. La nuit on conduit la mariée chez son époux ; elle est montée sur un chameau, ou bien on la mène à cheval ou même à pied. Des joueurs d'instruments ouvrent la marche ; des domestiques suivent , chacun une torche à la main ; les femmes viennent ensuite , portant aussi chacune une torche. La mariée est couverte par un long voile qui cache entièrement ses formes. Les Persans en usent ainsi pour empêcher, disent -ils, les envieux de jeter des sorts sur sa personne. Deux femmes la mènent par le bras , quand elle est à pied ; et, quand elle est à cheval , un eunuque tient la bride. Une heure après être arrivée chez son mari , les matrones la mènent à la chambre nuptiale, la déshabillent et la mettent au lit. Peu après, le marié est conduit, par des eunuques, ou des vieilles femmes , dans cette chambre où il n'y a point de lumière, de sorte que le mari ne voit sa femme qu'après la consommation du mariage.

Il arrive quelquefois , dans les mariages entre gens pauvres , que si l'homme a été obligé de promettre un douaire qui excède son bien pour obtenir le consentement des parents de la femme , il ferme la porte de la maison lorsqu'on lui amène son épouse, et dit qu'il ne veut pas la prendre pour un si haut prix. Il y a alorsun débat entre les parents des deux côtés, et ceux de la femme sont obligés de rabattre quelque chose de leurs prétentions pour la faire accepter, parce que ce serait le dernier déshonneur pour

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eux et pour elle de la ramener à son premier domicile»

Malgré ce que nous avons dit plus haut, les Persans savent toujours a quoi s'en tenir sur la beauté ou la lai* deur des femmes qu'ils épousent ; car les parentes , ou les autres personnes auxquelles on s'en rapporte pour le choit d'une femme, en font si bien le portrait, qu'on peut facilement juger si l'original plaira. D'ailleurs les filles ne sont enfermées, même celles des grands seigneurs, qu'à sept ou huit ans. Elles paraissent dans la maison jusqu'à cet âge. Ainsi , il arrive quel-

Î|uefois qu'un homme a vu enfant la emme qu'il épouse plus tard. On rencontre rarement dans les rues les femmes d'un certain rang ; et quand cela arrive , elles sont tellement enveloppées que l'on ne distingue pas leurs formes. Les femmes pauvres ne sont pas aussi strictement renfermées. A Bouschir elles vont par troupes chercher de l'eau au puits pour les besoins delà ville. « J'ai vu, dit Morier, les pluB âgées assises auprès du puits, nier du coton en faisant la conversation, tandis que les plus jeunes remplissaient l'outre où l'on met l'eau; elles portent ces outres sur le dos , et vont nu-pieds ; leur habillement consiste en une chemise très-ample , des pantalons fort larges, et un voile qui couvre toute leur personne. Ce costume n'est point beau ; j'ai néanmoins, à travers leurs habits crasseux, découvert de jolis visages. La couleur de leurs vêtements est brune;' quand ils deviennent trop sales on les envoie au teinturier , qui les nettoie en leur appliquant une teinte bleu foncé ou notre. »

Les femmes des Iliats, ou tribus nomades de la Perse , ne font aucune difficulté de se montrer sans voile devant des étrangers , et même de les servir.

Dans l'intérieur du harem (*) les

(*) Je dis harem peur me conformer à Pesage ; mais ce mot arabe , qui signifie lieu sacré, réserve, ue s'applique en Perse qu'aux appartements dans lesquels sont renfermées

Persanes portent en été une chemise de mousseline, de soie ou de gaie, et des caleçons de velours épais , dans lesquels leurs jambes sont emprisonnées comme dans des sacs. En hiver elles se couvrent de châles, de vêtements de soie ouatés et de fourrures.

Scott Waring nous apprend que de son temps il y avait à Schiraz un grand nombre de femmes aussi jolies qu'en Europe ; mais leur manière de vivre les empêche d'acquérir cette délicatesse et ce sentiment des convenances qui , parmi nous , donne tant de prix à la beauté. Les Persanes sont dans leurs discours de la dernière grossièreté ; leurs reproches, leurs injures sont exprimés en termes tellement forts , qu'un homme qui se respecte n'oserait souvent les répéter.

La curiosité des femmes qui habitaient la maison voisine de la sienne lui fournit de fréquentes occasions de les voir et de 8 entretenir avec elles.

« Une chose, dit-il, qui semblera surtout bien étrange après les récits qu'on nous a faits de la jalousie orientale , c'est que ces conversations se tenaient habituellement en présence des maris, qui me laissaient voir leurs femmes sans en témoigner la moindre répugnance. Peut-être cette faveur n'étaitr elle accordée qu'à ma qualité d'Européen. »

« La dépense à laquelle le Persan se laisse entraîner pour son harem , est rarement, dit Olivier, proportionnée à la fortune qu'il a, aux emplois qu'il exerce, au rang qu'il occupe. Qu'il ait une seule épouse ou plusieurs , le nombre des esclaves est toujours fort grand. On sait que , parmi ces esclaves, les unes sont destinées au service , ce sont les moins jeunes , les moins jolies ; les autres briguent toutes l'honneur d'être admises au lit du maître et de devenir mères , afin d'avoir elles-mêmes des esclaves pour les servir , et d'être en quelque sorte as-

les femmes du roi on des grands personnages. Dans les maisons des simples particuliers , le logement des femmes est appelé zénanak.

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similées aux épouses. La dépense qui se Kilt alors dans le harem est excessive. Si le maître est généreux ou faible , ses femmes ne mettent point de bornes à leurs désirs. Les habits les plus riches et les plus frais, les bijoux les plus précieux et les plus chers , les parfums les plus exquis et les plus rares , les mets les plus délicats et les plus recherchés , doivent leur être fournis avec une abondance , avec une profusion dont on n'a pas d'exemple en Europe. Il semble qu'une femme dans l'Orient, toujours étrangère à la famille de son mari ou de son maître, ne doive vivre que pour elle , et ne songe qu'à son bonheur particulier; il semble qu'elle doive chercher à se dédommager par la beauté, la rareté, le précieux de tout ce qu'elle peut se

Ï>rocurer , de la contrainte à laquelle es lois et les usages Font condamnée : uniquement occupée à fixer les regards de 1 homme qui la tient enfermée , et à obtenir la préférence sur ses rivales, ou à exciter l'envie des femmes qu'elle reçoit, elle passe une partie de la journée au bain et à sa toilette , et l'autre à étaler toutes les richesses qu'elle possède , devant des amies qui viennent la voir. »

Morier ayant prié un noble persan de lui faire connaître les principales occupations des femmes dans le harem , il lui répondit en ces termes :

« Elles filent, cousent, brodent, font leurs vêtements , et ma femme fait même les miens. Outre ces travaux , elles s'occupent des détails de l'intérieur de la maison ; elles tiennent le compte des dépenses , distribuent les provisions aux domestiques» payent leurs gages, apaisent leurs différends, exercent leur surveillance sur l'écurie, s'assurent que les chevaux sont bien nourris , en un mot , ont le soin de toutes les dépenses de la maison. La mère du roi avait plus d'affaires que ie ne puis vous dire : elle était chargée de la direction de tous les harems de son fils, qui renfermaient plus de mille femmes, et vous devez concevoir quels embarras ce soin lui causait. » « Lui ayant fait , dit Morier , quelques ob-

servations sur la difficulté que devait éprouver une femme à suffire à tant d'occupations , et lui ayant demandé comment elle pouvait conduire tant d'affaires sans communiquer avec les hommes qui sont à son service , il me répondit que , dans chaque maison en Perse, il y a* un officier désigné par le nom de nazir, avec lequel la maîtresse de la maison arrange chaque jour tout ce qui concerne les domestiques mâles à son service , à qui elle remet les gages qui leur sont dus. Pour se préparer aux obligations auxquelles elles seront soumises par la suite , les Persanes apprennent à lire et à écrire ; dans leur enfance, on les envoie à l'école avec les petits garçons , et quand leur âge ne leur permet plus de sortir sans voile , elles reçoivent chez elles des leçons de femmes instruites ; mais elles Rapprennent pas, comme en Europe, la musique et la danse. On n'enseigne ces arts d'agrément qu'aux esclaves , qui les exercent pour amuser leurs maîtres. Toutes les Persanes peuvent paraître sans voile devant le Souverain ; c'est une des prérogatives attachées à sa royauté. »

Nous allons donner d'après Morier la relation (Tune visite que lady Ouseley, femme d'un ambassadeur extraordinaire de S. M. B. à la cour de îerse, rendit à la reine dans le harem.

« L'ambassadrice fit une visite de cérémonie à la reine , première épouse du roi de Perse. Elle fut introduite dans un vaste salon. A l'un des angles était assise la reine , vêtue avec toute Ja splendeur persane : de grosses houppes dorées brillaient sur sa coiffure, dont la dimension était très-grande. Les autres parties de son vêtement, comme celui de Zobéïde, favorite du calife , dans les Mille et une nuits, étaient tellement chargées de pierreries , qu'elle pouvait à peine se remuer. Dans un autre angle était un des enfants du roi , couvert d'une telle quantité de brocarts, velours, fourrures et pierreries , qu'il semblait ne pouvoir faire un seul mouvement.

En dehors du salon étaient rangées

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en ordre un grand nombre de femmes couvertes de diamants ; elles parurent avoir déployé dans cette occasion toute leur magnificence, quoiqu'elles fussent loin cependant d'égaler ce que nous aurions pu nous imaginer, d'après ce que nous en avaient dit les Persans. L'ambassadrice présenta le portrait de la reine d'Angleterre , entouré de brillants de la plus belle eau, à la personne qui se trouvait placée devant elle ; mais celle-ci était incapable de juger de la beauté du travail.

Cependant elle apprit ensuite que Sa Majesté , qui se connaît fort bien à ces sortes d'objets , l'avait beaucoup admiré. Pendant que lady Ouseley était occupée à prendre des rafraîchissements , on vint chercher ses deux femmes de chambre pour en faire autant ; mais dès qu'elles se trouvèrent au milieu des domestiques, les Persanes se jetèrent sur elles comme autant de harpies pour examiner leurs vêtements , qui excitaient une curiosité sans pareille. Toutes avouèrent d'un commun accord que les habits des Européennes étaient de beaucoup

Sréférables aux leurs ; quant à ceux es hommes , elles ne furent pas du même avis. »

En Perse, quand une femme est enceinte de cinq mois , elle prépare la layette de son enfant futur. C'est alors que les femmes du roi envoient au grand trésorier la liste des objets gui leur sont nécessaires , et que celui-ci est obligé de fournir à l'instant , souvent à grands frais ; c'est ce qui l'engage à tenir dans sa maison un magasin fourni d'habillements convenables à tous les âges. Chaque année il est tenu de bâtir dans le harem royal de nouveaux appartements pour les femmes que le monarque peut avoir l'idée de réunir à celles qu'il a déjà , et dans chacun de ces appartements il faut

Su'il mette un réchaud , une lampe et es chandeliers , des bassins , des cuvettes, des plats, des assiettes, le tout d'argent. On conçoit que , pour subvenir à toutes ces demandes, il doit se permettre des exactions infinies.

Les Persans témoignèrent de la sur-

prise du peu de joie que cause la naissance d'un enfant aux Européens ; car chez eux , dès qu'une femme sent les premières douleurs , ils envoient promptement chercher la sage-femme, qui est ordinairement une vieille , et aussi tous leurs parents et leurs amis , qui demeurent autour du lit jusqu'au moment de la délivrance. Us

Prennent alors l'enfant, le lavent, l'haillent , et l'entourent d'un long bandage qui lui ceint le corps depuis le cou ; ils tiennent les bras collés le long du corps, de sorte qu'il ne peut, dans cet état , les remuer non plus que les jambes. Us le placent alors sous la même couverture que la mère , et la sage-femme prononce, dans l'oreille de l'enfant , la profession de foi suivante, conforme au symbole des schiîtes : Il n'y a pas d autre Dieu que Dieu ; Mahomet est le prophète de Dieu, et Ali le vicaire de Dieu. C'est cette femme qui admet ainsi le nouveau-né au nombre des vrais croyants. Immédiatement après, la sage-femme prend un sabre et trace, avec la pointe , une ligne sur les quatre murs de la chambre où est né l'enfant ; une des femmes qui se trouvent là lui demande • « Que faites-vous?— Je trace, répondelle, une tour pour Marie et pour son fils. » La tour que la sage-femme est supposée tracer pour Marie et son fils est destinée à leur servir de prison, dans la vue de s'opposer à l'influence que le christianisme pourrait exercer un jour sur le cœur du jeune schiite.

Les Persans n'ont aucune cérémonie qui réponde à notre baptême; mais, quand on veut donner un nom à un enfant, le père , s'il est riche, offre un grand repas à ses amis et à ses connaissances ; il requiert aussi plusieurs mollahs , et , lorsque l'assemblée est complète , on sert des confitures. On amène alors l'enfant, qui est placé auprès d'un des mollahs. Le père propose cinq noms, dont chacun est écrit séparément sur un petit morceau de papier. Ces cinq morceaux de papier sont placés ensuite dans un Coran ou sous un tapis. On lit le premier chapitre du Coran; le père tire au hasard

un des cinq papiers , et l'enfant reçoit le nom qui s'y trouve inscrit. Un mollah prend alors l'enfant , lui répète le nom dans l'oreille, et place le morceau de papier dans les langes. Les Persans observent encore certaines cérémonies quand ils rasent la tête de l'enfant, ce qui arrive pour l'ordinaire aussitôt après la naissance d'un fils. Si les parents sont dans le malheur, si le nouveau-né est malade, la mère fait vœu aue le rasoir ne passera pas sur la rate de son enfant, durant un certain temps, ou même durant sa vie entière. Si l'enfant recouvre la santé, ou que le vœu ne soit que temporaire, elle lui rase alors la tête , donne un petit repas, reçoit de ses parents et de ses amis de l'argent et des cadeaux qui sont envoyés comme offrandes à la mosquée de Kerbela pour y être déposés comme ex-voto. Les gens riches prennent une nourrice pour leurs enfants; si c'est un garçon , dès qu'il a atteint sa seconde année , le père choisit un homme sûr pour être son précepteur ; mais , si c'est une fille , on met auprès d'elle une femme dont lemploi répond à celui de précepteur.

On lit dans le voyage de Morier les détails suivants sur les nourrices persanes :

« Ce ne fut qu'avec une grande difficulté, dit cet auteur, qu'on parvint à trouver une nourrice pour la fille de l'ambassadeur anglais. Il se rencontrait des objections des deux côtés. D'abord le lait de toutes les femmes qui se présentèrent fut regardé comme trop vieux pour la nourriture de l'enfant ; il en vint une qui en allaitait encore un de trois ans. Les Persanes, et en général toutes les femmes de l'Orient, allaitent beaucoup plus longtemps leurs enfants que les Européennes ; circonstance qui servait d'argument à Mirza - Aboul - Hassan- Khan, pour prétendre que l'intelligence de nos enfants était beaucoup moins prompte à se développer que celle des enfants de son pays. Les Persans n'agissent pas de même à l'égard des garçons et des filles. Leur femme allaitera , je suppose , deux ans et deux mois son fils , tandis qu'elle se con-

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tentera de faire teter deux ans sa fille. Le jour où elles sèvrent un enfant elles le présentent à la mosquée , puis elles réunissent leurs parents et leurs amis à un repas auquel prend part l'enfant.

« Il se présentait aussi une autre difficulté, c'était l'horreur qu'éprouvaient quelques Persanes à allaiter l'enfant d'un chrétien. L'une d'elles vint , passa une nuit , et rien ne put l'engager à demeurer plus longtemps , malgré les grands avantages pécuniaires qu'on lui promit pour la retenir , parce que ses connaissances lui avaient dit que le malheur la poursuivrait, si elle continuait d'allaiter un enfant chrétien. Il n'est point étonnant qu'il existe de semblables préjugés parmi eux , lorsqu'on remarque 1 esprit de haine contre les infidèles qui domine dans tout le Coran , et forme une des doctrines les plus saillantes de la loi musulmane.

« Les nourrices persanes ne purent s'empêcher de témoigner leur surprise en voyant la manière dont on traitait l'enfant. Elles défont rarement les bandages qui lient le maillot , de sorte que l'enfant demeure dans l'ordure. Elles voulaient appliquer le surmeh aux yeux du nouveau-né, opération qu'elles ne manquent jamais de faire; elles teignent aussi avec le benneh leurs cheveux et leurs mains.

«Ce qu'elles cherchent surtout à faire éviter aux enfants, c'est le mauvais regard , qu'on redoute en Perse beaucoup plus que chez toutes les autres nations de l'Asie. Elles attachent au cou de l'enfant , ou à son bonnet , une turquoise dont la couleur est regardée comme servant à détruire les effets d'un regard funeste. Elles enferment aussi , dans de petits sachets , des passages du Coran , les attachent au bonnet de l'enfant, et les considèrent comme un préservatif contre les maladies. Si quelqu'un vient voir l'enfant, admire la beauté de ses yeux , et qu'en- • suite il vienne à tomber malade , la personne passe dès lors pour avoir un regard mauvais. Le remède contre cette influence consiste à prendre un morceau de son linge et a le brûler avec des graines de cresson , puis on

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passe le réchaud plusieurs fois autour qe l'enfant. Les Persanes tiennent u- ' jours h une grande distance les personnes jlont elles pensent que le regard peut être funeste.

La religion mahométane permet le divorce pour le sujet Je plus léger; il suffit qu un des conjoints soit dégoûté de l'autre, et veuille Ja séparation, pour que le divorce ait Heu. Les parties font devant le juge , ou devant un homme d'église, lacté de divorce; et dès que cet acte est fait, l'homme et la femme ont la liberté d'épouser qui bon leur semble. Le mari, à la dissolution dii mariage , est obligé de donner le douaire à sa femme , si c'est lui qui la répudie; mais si c'est la femme qui a demandé la séparation , elle ne peut rien exiger. Les Persans ont le droit de reprendre trois fois la femme qu'ils ont quittée ; mais si , après un triple divorce , l'homme et la femme veulent encore se remarier ensemble , ils ne peuvent le faire qu'après que la femme a épousé un autre mari, et que celui-ci Ta répudiée a son tour. « Les Persans, généralement parlant, dit Chardin , usent rarement de cette ample liberté qu'ils ont de se démarier.

La bourgeoisie s'en prévaut quelquefois; mais les gens de qualité aimeraient mieux mourir que de répudier leurs femmes, et ils leur ôteraient plutôt la vie que de leur accorder le divorce. Le menu peuple n'en vient presque jamais là non plus ; ils sont trop simples et trop grossiers pour se démarier, et il leur en coûterait trop, à cause du douaire qu'il faut rendre en répudiant. Il se fait quelquefois à ce sujet, parmi la populace, une injustice criante : c'est que se voulant défaire de leur femme , sans leur donner le douaire , ils la traitent si mal qu'elle est obligée de demander le divorce et de tout sacrifier à sa liberté. Au reste, la justice ne connaît que rarement des différends qui arrivent entre le mari et la femme . des mauvais tours qu'ils se peuvent taire , et des sujets qu'ils ont de se séparer. Le lieu ou les femmes sont renfermées est sacré, surtout'chez les gens de condition; c'est

un crime pour qui go* ce 90H de s'enquérir seulement de ce gui s'y passe.

Le mari y exerce une pleine puissance, sans la participation de personne. On assure qu'il s'y fait de cruelles exécutions et bien étranges, et que le poison y dépêche bien des personnes qu'on croirait être mortes naturellement. •

VSA4MS PA&TICULIlftg A. CKRT4IVIS TILUS. — KSCLAVtM. — t7*AG*S MJ Mnus. —

Les différentes villes de Perse ont des usages qui leur sont particuliers.

Les habitants de Gasbin , qui descendent presque tou6 de tribus turques 3ui faisaient paître leurs troupeaux ans les prairies qui environnent la ville, croient avoir le droit d'insurrection contre le gouvernement. Ils n'ont recours , il est vrai , à ce singulier privilège que lorsqu'ils y sont poussés par la violence ; mais alors le peuple, conduit par ses magistrats, déclare une guerre ouverte à l'autorité. Il y eut, en l'année de l'hégire 1136' (1723 de J. G.), un soulèvement contre les Afgans, qui perdirent deux mille hommes dans la ville, et furent obligés de l'évacuer. Il existe aussi beaucoup de rivalité entre les habitants des différents quartiers d'une même ville. Quelquefois il y a des luttes où plusieurs personnes perdent la vie; mais le gouvernement ne se met pas en peine d'étouffer des inimitiés qu'il regarde comme un moyen infaillible d'empêcher les révoltes que pourrait amener une union trop grande entre tous les habitants du pays.

Il y a peu d'esclaves en Perse , et ils y sont en général bien traités; ce sont pour l'ordinaire des Géorgiens ou des Africains , presque tous élevés dans la religion mahométane. Les femmes sont attachées au harem ou comme favorites du maître , ou comme servantes de ses femmes. Les hommes sont employés à différents services, et, lorsqu'ils ont atteint l'âge de puberté , ils épousent des esclaves et quelquefois même des femmes libres ; •leurs enfants sont élevés aux frais du

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mattrç. Dans presque toutes les grandes maisons il y a un esclave de confiance qui, assez ordinairement , y est né. Il est rare que ces gens trahissent leur maître ; et on remarque en général que, dans la position du maître relativement à son esclave , il y a confiance d'un côté et attachement de l'autre.

Ce que nous venons de dire touchant les mœurs et usages des Persans, doit s'appliquer surtout aux habitants des villes et des villages; les tribus errantes ont des habitudes un peu différentes, et qu'il convient d'étudier. Pendant la paix , les chefs de ces tribus résident ordinairement à la cour ou dans la capitale des provinces ; ils se contentent de visiter quelquefois leurs tribus qu'ils laissent sous la direction des anciens. Les tribus changent de résidence à chaque saison, et jouissent,

Cendant presaue toute l'année , d'un eau climat ; les tentes sont dressées , pour l'ordinaire , sur les bords d'une rivière ou d'un ruisseau ; les chevaux , les mulets et les moutons, paissent librement autour du camp. Les jeunes gens , lorsqu'ils ne vont pas à la chasse, passent leur temps assis en cercle et fiiment ou dorment. Les femmes s'occupent avec beaucoup d'activité des soins du ménage , ou bien elles veillent avec les petits garçons et les vieillards à la garde des troupeaux. Malcolm remarque qu'on trouve en Perse, et particulièrement dans l'Aderbldjan, de petits campements de Bohémiens; il trouva une grande ressemblance entre ces Bohémiens de Perse et ceux gu'il avait vus en Angleterre. Cette coïncidence n'a rien qui doive nous surprendre : il est bien prouvé aujourd'hui que les Bohémiens d'Europe, comme ceux d'Asie , sont tous originaires de l'Inde; et cette communauté de races explique suffisamment la conformité des mœurs , des habitudes et du langage.

Les tribus errantes ne tiennent pas aussi strictement que les habitants des villes aux préceptes de la religion, surtout en ce qui touche les aliments défendus. Us mangent tous du lièvre,

que les casuistes persans regardent comme une nourriture dont on doit s'abstenir, bien qu'elle ne soit pas légalement défendue; et ils ne se feraient pas scrupule de manger du porc si l'occasion s'en présentait. Malcolm parle d'un Curde qui disait un jour à un Anglais que la tribu à laquelle il appartenait avait beaucoup plus de rapport avee les Européens qu'avec les mahométans, car, aioutait-il, nous mangeons de fa chair de pore , nous ne jeûnons point et nous ne faisons point de prières. Les Persans qui appartiennent aux tribus ne s'oocupent §uère, comme nous venons de le dire, es préceptes de la religion. On voit cependant parmi eux des personnes qui font les ablutions et recitent les prières légales. Un auteur persan, cité par Malcolm, rapporte qu'étant jeune il récitait les prières légales devant un homme appartenant à une tribu puissante. Remarquant que cet homme ne priait pas comme lui, il lui demanda s'il ne s'adressait jamais à Dieu suivant les formes établies par le prophète. De temps en temps, répondit cet homme, je naisse la tête et puis je la relève, comme vous venez de faire; mais je ne récite point de prières ; et pour vous dire la vérité, je n'en ai jamais su aucune. Le même auteur rapporte qu'un habitant de la ville, hôte d'un homme appartenant à une tribu , commençait le matin , suivant l'usage , à lire tout haut un chapitre du Coran, lorsqu'il reçut un vigouroux coup de bâton qui lui fut appliqué par la femme de son hôte, laquelle, tout en colère, lui demanda si par hasard il était mort quelqu'un dans la maison, pour qu'il fût utile de lire dans ce livre. Le mari, tout en blâmant la violence de sa femme, dit à son ami qu'il avait eu tort en agissant comme il Pavait fait, et qu'une lecture qui n'était d'usage que pour les enterrements ne pouvait pas manquer d'attirer quelque malheur sur sa maison. Les nommes des tribus n'ont aucune espèce d'instruction religieuse; et si un mollah vient les appeler à la prière, ils l'écoutent avec impatience , et ne

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tiennent aucun compte de ses exhortations.

Tous les hommes des tribus errantes sont adonnés au pillage, et tirent vanité de certains exploits qui, dans un gouvernement régulier, seraient punis de mort. Leurs conversations trahissent ces habitudes de brigandage. Il leur arrive souvent de déplorer la tranquillité du pays, et de parler avec enthousiasme de ces temps où, suivant leur expression, tout homme qui a du cœur, un cheval et un cimeterre , peut vivre heureux et dans l'aisance. Sir John Malcolm faisait à un chef de tribu des questions sur des ruines çu'il voyait; les yeux du chef s'animèrent. « Il y a plus de vingt ans, dit-il, que j'ai accompagné mon oncle pour attaquer de nuit, piller et détruire ce village , qui n'a jamais été rebâti. Ses habitants , qui sont de méchantes gens , et nos ennemis, se sont cependant établis tout auprès, et sont redevenus riches; mais, ajouta-t-il, Dieu ne permettra pas que la tranquillité dure toujours, et si le temps passe revient , je leur jouerai encore un tour avant de mourir. » Une autre fois, Malcolm étant à la chasse, passa, accompagné d'un vieux Persan appartenant à une tribu errante, auprès d'un ravin profond. « Il y a environ vingt ans, dit cet homme , nous étions couchés dans ce ravin , moi et dix autres de ma tribu , en attendant une caravane; nous attaquâmes et tuâmes cinq ou six inutiles coquins de marchands et de muletiers ; le reste de la troupe s'enfuit, et nous fîmes une riche capture. J'ai vécu grandement pendant quelques années du produit des châles que je reçus pour ma part; mais tout mon argent est dépensé, et je me trouve aujourd'hui pauvre et vieux.

Cependant, après tout, il y a quelque consolation à penser qu'on a eu part dans sa vie aux bonnes choses de ce monde. » Ces hommes , dit Malcolm , comme on peut en juger par de semblables anecdotes, sont étrangers à tous les principes de civilisation , et insensibles au bon ordre où tendent toutes les nations policées. Le pouvoir

n'a de charmes pour eux qu'autant qu'ils peuvent en abuser. Le roi régnant (Feth-Ali-Schah) , à qui je tâchais d'expliquer la nature du gouvernement anglais, me dit, après m'avoir écouté avec beaucoup d'attention :

« Votre roi me paratt être le premier magistrat de l'État. Une autorité aussi bornée doit être stable, mais en revanche elle ne peut offrir aucune satisfaction à celui qui la possède. Mon pouvoir est tout différent, et procure une véritable jouissance. Je puis à mon gré élever ou abaisser tous les grands seigneurs que vous voyez autour de ma personne ; mais aussi , j'e l'avoue, il n'est pas certain que ma famille possède après moi le trône que j'occupe. » Tant que les idées ne changeront pas en Perse, l'autorité sera toujours le partage du plus fort. Si un prince ou un chef montre des dispositions équitables, il inspire le mépris à une grande partie de ses compatriotes.

Un homme appartenant à une tribu errante avait été chargé d'escorter deux Anglais qui voyageaient en Perse.

Cet homme , causant avec un de ses camarades, soutenait qu'un prince du sang au service duquel il se trouvait, avait plus de droits au trône qu'un de ses frères dont on s'accordait à louer l'humanité, la vertu et le jugement, et cela parce qu'il était infiniment plus redouté. » Voyez, disait-il, ce petit village qui est devant nous; si le prince que vous vantez était ici, les habitants courraient en foule au-devant de lui v et s'empresseraient de dresser ses tentes ; au lieu que si mon maître était avec nous, la terreur qu'il inspire est telle, que tous les villageois se seraient déjà enfuis jusque sur le sommet des montagnes. Maintenant, je vous le demande, ajouta-t-il d'un air triomphant, lequel des deux est plus propre a gouverner un pays comme la Perse? » Ce même homme , dit toujours Malcolm , questionnait ses compagnons de voyage sur l'Angleterre , et après avoir entendu ce qu'ils lui racontaient de la richesse et de la fertilité de ce pays, il s'écria : « Que de pillards vous devez avoir! » Et , comme les Anglais lui fai-

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salent remarquer que les lois défendaient le pillage : « Mais à quoi donc, dit-il, s'occupe une population aussi nombreuse? »

A toutes les époques, les habitants de la Perse ont exercé une hospitalité généreuse envers les étrangers ; mais les chefs des tribus remportent encore sur le reste de leurs compatriotes. Le khan d'une tribu qui résidait à Hamadan ayant reçu la visite de* Sir John Malcolm et de toute sa suite, fit préparer pour le recevoir une maison de campagne. Il y avait, indépendamment des Anglais, bon nombre de Persans. Tous furent traités avec la plus fande magnificence ; et en remontant cheval pour retourner à la ville, ils surent que pendant qu'ils étaient à table, une gelée subite étant survenue, tous les chevaux et mulets appartenant aux personnes invitées, et au nombre de près de deux cents , avaient été ferrés à glace , afin qu'il n'arrivât aucun accident aux hôtes du khan. Il n'y eut personne qui n'admirât cette délicate attention.

Les tribus de la Perse se piquent en général de protéger avec une fidélité inviolable les personnes qui se confient à quelqu'un de leurs membres.

Malcolm rapporte cependant un exemple de la trahison d'un chef de tribu qui massacra deux officiers anglais qui s'étaient confiés à lui. Ce chef, ajoutet-il , il faut le dire à la honte de la Perse , a échappé au châtiment qu'il méritait. Les tribus ont un grand respect pour la famille de leurs chefs , et ne consentent que rarement et avec beaucoup de peine à obéir à d'autres officiers. Il arrive souvent que l'on porte sur le champ de bataille un enfant dont la présence agit plus sur l'esprit des hommes de sa tribu que la voix d'un commandant expérimenté, que ces barbares ne regarderaient pas comme leur chef légitime. Les tribus entretiennent des relations suivies avec les villes et les villages. Les hommes y vont vendre des chevaux et des moutons qu'ils élèvent , et des tapis tissus par leurs femmes. Ils prennent en retour du grain , du drap, de l'ar-

gent et quelques objets de quincaillerie. Ceux des Persans qui exercent des professions paisibles sont appelés tadjics. Ce nom s'applique seulement aux habitants des villes. Plusieurs de ces tadjics sont attachés aux tribus errantes, et employés à la culture des champs et à la garde des troupeaux.

Les cérémonies qu'on observe dans les tribus pour la circoncision et les enterrements sont à peu près les mêmes que pour les habitants des villes. Mais aux funérailles d'un chef ou d'un guerrier illustre par son courage, le cheval de bataille du défunt, chargé de ses armes et de ses habits , accompagne le cortège. Les personnes qui veulent témoigner du respect pour la mémoire du mort envoient un cheval sans cavalier, et portant des armes sur la selle.

Les cérémonies du mariage diffèrent peu de celles qu'on observe dans les villes; mais le matin du jour où la mariée doit se rendre à la maison ou à la tente de son époux, les amis de sa famille, et, si elle est fille d'un chef ou d'un ancien, tous les cavaliers aux-

3uels son époux a droit de commaner, se réunissent pour former son escorte. Le cortège s'avance avec des danseurs et des musiciens, et quand il n'est plus qu'à une petite distance , le marié monte à cheval, accompagné de tous ses amis , et s'avance au-devant de la cavalcade. Il tient à la main une pomme ou une orange , et lors-

Su'il n'est plus qu'à peu de distance, la jette de toutes ses forces à la mariée. La vigueur qu'il déploie dans cette circonstance est regardée comme d'un heureux augure. Tous les assistants regardent en silence, et aussitôt que la pomme est jetée, il y a une mêlée générale. Le marié fait aussitôt tourner son cheval , et court à bride abattue vers sa demeure. Les cavaliers de la mariée lancent en même temps leurs chevaux , et tâchent de saisir répoux. Celui qui parvient à l'arrêter a de droit son cheval, sa selle et ses habits. Les pauvres qui ne pourraient pas faire un aussi riche présent donnent quelques pièces d'argent au cap-

teur. Toutefois, il arrive rarement que le marié soit pris; car, comme c'est pour lui un point d'honueur d'échapper aux cavaliers qui le poursuivent ,^ il monte le cheval le plus léger de Ja tribu , et ses amis font tous leurs efforts pour protéger sa retraite.

Les cérémonies du divorce sont les mêmes pour les habitants des villes que dans les tribus: mais il est rare chez les dernières. Les femmes , dans les tribus, sont plus utiles à leurs maris par les services qu'elles leur rendent, que dans les villes. Les hommes des familles pauvres des tribus trouvent difficilement le moyen de payer un douaire à la femme qu'ils veulent renvoyer. D'ailleurs, il est souvent dangereux d'offenser une femme qui appartient à une famille considérée.

Ses parents pourraient tirer de cette injure une vengeance éclatante. On lit dans un ouvrage persan sur les mœurs des tribus , et cité par Malcolm , que lorsque les hommes veulent donner une preuve de la résolution où ils sont de vaincre ou de périr, ils font avant leur départ un divorce conditionnel, à moins qu'ils ne reviennent vainqueurs. Autrefois , dit l'auteur de ce traité , on aurait regardé comme infâme un homme qui aurait survécu à cette cérémonie sans revenir victorieux. Mais aujourd'hui le divorce conditionnel n'est trop souvent qu'une vaine forfanterie. Il y a des gens qui n'ont pas honte de fuir après avoir prononcé un serment que leurs ancêtres n'auraient jamais consenti à violer. Dans les tribus, les hommes passent leur temps à se promener à cheval , à faire des exercices militaires et à chasser. Ils 6e nourrissent d'aliments grossiers et en usent sobrement. De temps en temps ils mangent un peu de viande; mais leur nourriture habituelle n'est que du pain noir et dur, du lait aigri et une sorte de gâteaux dans lesquels on met de la crème. Leur plus grand plaisir e6t de se réunir en troupes pour fumer leurs pipes , écouter des contes ou des chansons, s'amuser à regarder les tours et les facéties de ces bouffons appelés loutis, et qu'on

trouve presque partout en Perse. Un chef de tribu qui passa quelques jours avec la mission anglaise de Sir John Malcolm , dans le voisinage de Kirmanschah, avait avec lui un bouffon d'un grand talent. Cet homme , pendant une marche , s'adressa nt à Sir John Malcolm, lui dit : «Vous étés sans doute bien fier de la discipline que vous avez établie parmi vos serviteurs persans qui marchent là aussi régulièrement que vos propres soldats ? Combien vous a-t-il fallu de temps pour plier ainsi mes compatriotes à vos usages? — Environ six mois, lui répondit Malcolm. — ■ Eh bien , dit le bouffon, si vous le permettez , je vais détruire en moins de six minutes tout ce que vous avez fait en six mois.»

Ayant obtenu la permission qu'il sollicitait, le bouffon poussa son cheval auprès des cavaliers persans qui conduisaient les chevaux de parade, et auxquels on avait donné Tordre formel de ne pas quitter leurs rangs.

Le bouffon avait remarqué que ces hommes appartenaient presque tous à des tribus qui habitent les montagnes du Louristan, et il commença à chanter d'une voix forte et claire une chanson commençant par ces mots : « Écoutez-moi, enfants du Louristan ; je vais chanter les actions de vos ancêtres. »

Avant qu'il eût fini sa chanson, tous ces cavaliers étaient réunis autour de lui, et les chevaux qu'on avait confiés à leur garde, étant abandonnés, se battaient et jetaient la confusion dans toute la caravane. Le bouffon rit de bon cœur du 6uccès de sa malice, et s'adressant à Sir John Malcolm, il lui dit : a Ne soyez pas étonné de ce qui vient d'arriver, car, après la mort de Nadir-Schah, un chef, accompagné d'une troupe de musiciens et de chanteurs qui jouaient et chantaient l'air que je viens de vous faire entendre, réussit par ce seul moyen à réunir autour de sa personne environ cinq mille hommes, et à se faire appeler roi pendant plusieurs semaines. »

Les hommes des tribus aiment beaucoup à entendre raconter des histoires romanesques. Quelques-uns d'entre

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eux apprennent à déclamer et réeitent les vers des plus fameux poètes , et surtout des fragments du Schah-Nameh de Ferdousi. Ceux qui possèdent ce talent jouissent d'une grande considération parmi leurs eamarades.

Les femmes des tribus ne sont pas voilées comme celles des villes. Elles s'occupent, d'une manière très-active, de tous les soins de leur ménage, et paraissent assez contentes de leur sort.

Les étrangers qui visitent leurs tentes ou leurs maisons sont sûrs d'y recevoir l'accueil le plus obligeant. Mais, dit Malcolm, il ne faut pas s'y méprendre ; il n'y a dans leur air ni timidité ni hardiesse, mais seulement l'expression d'une bonne conscience et l'ignorance même de la honte. Quoiqu'elles soient en général brunes et hâlees par le soleil, elles ont quelquefois , étant ieunes , une grande beauté. Dans la classe pauvre, leurs charmes disparaissent bientôt par le rude travail auquel elles sont condamnées.

Un seigneur persan rapporte ainsi l'accueil que lui firent des femmes d'une tribu : « Lorsque j'arrivai , ditil , au village de Sennah , qui est habité par des tribus turques , je fus invité a prendre mon logement dans la maison d'un chef afschar, ou je fus accueilli avec la plus grande prévenance.

Les dames, qui, suivaut l'usage , n'étaient point voilées, se distinguèrent par leurs prévenances à mon égard.

La fille de mon hôte , âgée d'environ quinze ans, était plus belle que je ne puis l'exprimer; je dis que j'avais soif, elle courut aussitôt et m'apporta une coupe remplie d'eau fraîche. Cette eau fut pour moi comme une goutte de la fontaine de vie présentée par un ange; mais elle augmenta , au lieu de la calmer, la flamme que ses beaux yeux noirs avaient allumée dans mon sein. »

Après avoir parlé du chagrin qu'il éprouva à s'éloigner de cette habitation, sans oser témoigner, même par un regard, le sentiment très-pur qu'il ressentait pour cette jeune personne, il ajoute : « Un homme vain et accoutumé à mal juger les choses aurait pu se tromper sur les manières de cette

belle fille; mais je connaissais par expérience les dames des tribus , et je savais qu'il ne fallait voir dans leurs prévenances que le désir de bien traiter leur hôte. Je suis convaincu , ditil, que ces dames sont plus vertueuses que toutes les autres femmes de la Perse. » L'éducation des femmes des tribus est bien appropriée au genre de vie qu'elles mènent. Malcolm passant à cheval auprès d'un campement de quelques familles de la tribu d' Afschar, dit à un noble persan qui l'accompagnait, qu'il doutait beaucoup Î[ue ces femmes eussent la hardiesse et e courage qu'on se plaisait à leur accorder, et surtout de leur talent à monter à cheval. Aussitôt ce Persan appela une jeune fille de belle tournure, et lui demanda en turc si elle n'était

S oint la fille d'un soldat. «Oui,» réponit-etle; « Et vous espérez aussi devenir la mère de soldats? «Elle sourit. «Montez sur ce cheval, dit-il, en lui montrant un cheval bridé et sans selle , et faites voir à cet envoyé européen la différence qu'il y a entre une fille de tribu et une fille de la ville. » Aussitôt elle sauta sur le cheval, partit au grand galop, et ne s'arrêta que sur le son> met d'un roc, où elle agita sa main au-dessus de sa tête, et revint vers nous avec la même vitesse. Rien , dit Malcolm, n'était plus dangereux qu'une course à cheval sur le terrain qu'elle avait choisi ; mais elle ne témoigna pas la moindre crainte , et parut charmée de pouvoir nous donner une occasion de îuger favorablement les femmes des tribus.

La pauvreté et les usages des tribus errantes empêchent souvent les hommes de prendre un grand nombre d'épouses. Plusieurs n ont qu'une seule femme, et à moins qu'elle ne soit stérile ou vieille et incapable de travailler, ils n'en prennent pas d'autres. D'abord, ils se trouvent rarement dans une position qui leur permette de nourrir plus d'une femme; et puis leurs querelles pourraient avoir de graves inconvénients, et deviendraient une source dediscordes entre plusieurs familles. Les unions temporaires en

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usage dans les villes et les bourgs de la Perse sont en horreur aux femmes des tribus. Souvent il est arrivé que ces femmes ont frappé des mollahs qu'elles soupçonnaient d'avoir prêté leur ministère pour sanctionner ces mariages qu'elles regardent comme honteux pour leur sexe. S'il demeure prouvé, par ce qui précède, que les femmes des tribus jouissent de plus de H* berté que celles des villes, il ne s'ensuit pas, dit Malcolm , qu'elles occupent le même rang qu'en Europe. Elles travaillent tandis que leurs maris passent le temps à ne rien faire, ou dans de vains amusements; et, en définitive, elles sont bien plutôt leurs servantes que leurs compagnes. Si un homme des tribus n'a pas autant d'épouses et de concubines que le permet la religion mahométane, la cause en est à sa pauvreté, et aux usages de la société au milieu de laquelle H vit. Mais ce même homme , s'il vient à se fixer dans une ville, en adopte les mœurs, et sa femme doit souvent se résigner à avoir de jeunes et belles rivales. Dans les tribus, cependant, une mère conserve presque toujours pendant toute la vie une grande influence sur son fils. C'est elle ordinairement qui préside au choix de ses femmes, s'il en a plusieurs, et qui est chargée de la conduite intérieure de sa maison. L'espoir de jouir de cette autorité domestique fait désirer vivement aux Persanes d'avoir des enfants mâles. La naissance d'un fils est un sujet d'allégresse ; celle d'une fille est presque un chagrin*

Les observations qui précèdent ne s'appliquentqu'aux tribus d'origine persane ou turque. Les tribus arabes soumises à la Perse, et qui habitent les cotes du golfe Persique,ont conservé près- Î|ue toutes les habitudes et la langue de eurs ancêtres. Les hommes , au lieu du bonnet de peau d'agneau , portent un léger turban et un manteau. La nourriture de ces Arabes est plus frugale que celle de tous les autres habitants du royaume. Ils ne se nourrissent pour ainsi dire que de dattes; mais cet aliment leur paraît agréable. Il y a quelques années , dit Malcolm, une femme, appartenant à une famille arabe établie auprès de Bouschir, s'était embarquée pour l'Angleterre avec les enfants du résident anglais dans cette ville. A son retour, ses compatriotes la questionnèrent sur le pays lointain qu'elle avait visité. Cette femme parla avec enthousiasme des routes , des voitures , des chevaux, de la richesse et de l'opulence des villes et de la fertilité des campagnes. Ses auditeurs enviaient le sort des Anglais; mais lorsque cette femme eut ajouté : On ne trouve pas de palmiers en Angleterre ; ie n'ai cessé d'en chercher pendant que j y étais sans pouvoir en découvrir un seul. Aussitôt l'opinion des Arabes changea complètement, et l'envie fit place à la pitié qu'ils éprouvaient pour ces pauvres Anglais , condamnés à vivre dans un pays où il n'y a point de dattes.

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