‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 4)Chapitre 4 sur 50 · LA BATAILLE DL' PONT MILVILS ET LEDIT DE MILAN · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DL' PONT MILVILS ET LEDIT DE MILAN

Sommaire. — I. La fiataille dc pont Mii.vrus. — Knpiiorts rie Maxencc avec les clircliens d'Afrique. — Les propriétés de l'Église romaine sont restituées au i)a|)e Miltiade. — Le corps du pape Euscbe est rapporté de l'exil. — Sa crypte au cimetière de Callisle. — Autre martyr transporté dans ce cimetière. — Cependant des chrétiens souffrent des grossières passions de .^laxence. — Mort héroïque de Sophronie. — Maxeuce jaloux de sou beau-frére Constantin. — Il lui déclare la guerre, sous prétexte de venger Hercule. — Constantin s'allie à Licinius. — Superstitieuses terreurs de ses soldats au moment de marcher contre Rome. — Idées religieuses de Constantin. — Kèllexions plus |)rorondes. — Prière au vrai Dieu. — Sincérité du récit d'Eusèbe. —Vision de Constantin. — Version païenne de cet événement, qui en conllrme la réalité. — Le labarum. — Cet étendard peut être accepté de tous. — Campagne de Constantin en Italie. — .Mauvaise manœuvre de Maxence. — Bataille du pont Milvius. — Défaite et mort de Maxence. — Entrée triompliale do Constantin dans Rome. — .Modération de sa conduite. — Faveur montrée aux chrétiens. — Réjouissances ofliciclles. — L'arc de triomphe et son inscription.— Enthousiasme des particuliers et des |)rovinces. — Joie des Africains. — Constantin se fait représenter tenant la croix. — Hommages discrets des chrétiens de Rome. — Le monogramme constantinien dans les catacombes. — II. L'ÉorT de Milax. — Constantin oblige Maximin à cesser la persécution. — Maussade rescrit de Maximin. — Il ne trompe ni les chrétiens ni Constantin. — Rencontre de Constantin et de Licinius à Milan. — Mariage de la sœur de Constantin avec Licinius. — Dioclclien refuse d'y assister. — Lettre menaçante de Constantin. — Mort de Diocléticn. — Constantin et Licinius s'occupent il'établir la paix religieuse. — Raisons de substituer un nouvel édit à celui de Galère. — La l>remière partie de l'édit de Milan. — Liberté de conscience accordée à tous, mais proiitable surtout aux chrétiens. — La seconde partie de l'édi de Milan. — Restitution des biens ecclésiastiques, môme aliénés.— L'Église reconnue par l'État comme société indépendante. — III. La fin de Maximin. — Maximin menace les États de Licinius. — Il se fait le chaml»ion du jiolyth.'isme. — Prière monothéiste dictée par Licinius à ses soldats. — Défaite de Maximin prés d'Héraclès. — Licinius affiche à Nicomédie l'édit de Milan. — >Iaximin, réfugié en Cilicic, se décide à faire un édit en faveur des chrétiens. — Texte de l'édit. — Marche de Licinius vers Tarse. — Maximin s'empoisonne. — Cruelles représailles de ■ Licinius. — Exécution do la femme, des enfants, des principaux officiers de .Maximin. — Supplice immérité de Valérie et de Prisca.

La bataille du pont Milvius (312 'i.

Entre Constantin et Licinius, qui observaient scrupuleusement l'édit de Galère, et Maximin, qui l'avait sournoisement, puis ouvertement enfreint, Maxence, maître de Tltalie et de l'Afrique, tenait une situation intermédiaire. Il avait rendu la paix à l'Eg-lise, mais exilé deux papes. Ayant reconquis l'Afrique sur le tyran Alexandre, il semble avoir confondu les chrétiens de ce pays avec les rebelles. On le voit réclamer à Mensurius, évèque de Carthage (le même dont nous avons dit la sage conduite au commencement de la persécution), im diacre accusé d'avoir écrit un libelle dififamatoire, puis, sur le courageux refus du prélat, mander celui-ci à sa cour. Mensurius, qui connaissait l'humeur sanguinaire de Maxence, et avait assisté aux horribles représailles exercées par lui contre les Africains, pensa ne revoir jamais son siège : il fit, avant de le quitter, ses dernières dispositions, et confia à des mains sûres ce qui restait des biens de l'Église ; puis il partit pour l'Italie. Contre son attente, il parvint à se justifier , et reçut la permission de rentrer à Carthage; mais il mourut en chemin. C'est seulement après sa mort, dit saint Optât, que la tempête cessa tout à fait, et que Maxence laissa en repos les chrétiens d'Afrique (1).

(1) Saint Oplat, Ve schism. douât., \.

A Rome , la tolérance de fait dont l'Église jouissait depuis quelques années reçut enfin, en 311, une sorte de consécration , par un acie de Maxencc dont les motifs nous échappent, et qui ne parait pas avoir été étendu hors des limites de la ville éternelle. Le pape nouvellement élu, Miltiade, fut autorisé à reprendre possession des propriétés ecclésiastiques, demeurées depuis 303 sous la main du fisc. Celle-ci s'était peutêtre déjà relâchée, car on a rencontré dans le cimetière de Calhste, au pied de l'escalier de l'arénaire d'Hippolyie, une épitaphe portant la date de 307 (1); mais si l'autorité romaine fermait plus ou moins complètement les yeux sur la fréquentation des catacombes par les fidèles, la possession ne leur en avait cependant pas été régulièrement rendue. Maxence accorda au pape un rescrit, l'autorisant à réclamer au préfet urbain la remise des loca ecdesiastica. Une lettre adressée au même magistrat par le préfet du prétoire accréditait près de lui le chef de TÉglise. Munis de ces pièces, les diacres envoyés par Miltiade reçurent du préfet urbain « tous les lieux qui avaient été confisqués aux chrétiens pendant la persécution (2). » Cet acte de Maxence équivalait à une re-

(I) C'est-à-dire la formule (expliquée plus haut) joost sexlum consulatum : voir de Rossi, lioma sotlerranea, t. III, p. 225 et pi. XXX, n° 209.

(8) Ce fait résulte d'un document produit un siècle plus tard par les donatistes dans la conférence de 411, et résumé ainsi par saint Augustin : « Gesla alia recitarunt, in quibus legebatur Melchiades misisse diaconos cuni litteris Maxentii iinperatoris et litteris prœfecti prœtorio ad prœfcctum urbis, ut ea reciperenl quae tempore persecutionis ablata

connaissance régulière de Miltiade comme chef de la communauté chrétienne de Rome, et à une reprise des relations qui avaient existé pendant une partie du troisième siècle entre l'autorité ecclésiastique et l'autorité civile : aussi le nom de Miltiade semble-t-il avoir été inscrit à ce moment sur les registres de la préfecture urbaine, où depuis 30V n'avaient point figuré ses prédécesseurs (1).

Rentré en possession du cimetière officiel de l'Église romaine, le premier soin de Miltiade fut d'y déposer les restes du pape Eusèbe, mort en Sicile. L'autre pontife exilé, Marcel, avait pu recevoir facilement les honneurs de la sépulture, car, à l'exemple de Marcelhn, il avait choisi son tombeau sur la voie Salaria, où les cimetières, demeurés de droit privé, ne furent point confisqués (2). Mais Eusèbe n'ayant point fait un tel choix, et la restitution des biens ecclésiastiques ayant suivi d'assez près sa mort, il était convenable de lui préparer une sépulture dans la nécropole de la voie Appienne où reposaient les papes du troisième siècle. L'enterrer dans leur caveau même paraissait encore dangereux ; la paix était trop récente, trop dépendante des caprices d'un tyran, pour qu'on

mciiiofatus imperator clirislianis jusserat rcdtli. » Saint Augustin, Brevicuhis colJationis cumdonatisfis, III, 34. — « Stratouem iliaconura, quein cuiii aiiis Melchiades ad reciplenda loca ecclesiastica miserai. « Ibid.

(1) De Rossi, Homa sotterraiica, t. 11, p. vu.

(2) Marcel avait créé le cimeliiMe de Novella. près de celui de Priscille. Il fut enterré in cimitcrio Pr\scillx,via Salaria, dit sa notice au Liber Poiitificulis (Duchesne, t. I, p. 164). Cf. de Rossi, Roma sotterrancn, t. I,p. iTfi, et Bull, di arch.crist., 1880, p. 25, 4G.

osât enlever des galeries environnantes l'amas de sable qui avait pendant sept ans mis les tombes papales liors de l'atteinte des persécuteurs (1). 3Iais il était facile de trouver un lieu digne de recevoir les restes d'Eusèbe dans une autre partie de la catacombe de Calliste, où des galeries et des chambres avaient été creusées pendant les années tranquilles qui précédèrent la dernière persécution (2). Le corps du pontife, — ramené peut-être de Sicile aussi solennellement que l'avait été, au milieu du troisième siècle, celui de Pontien (3), — fut déposé dans une crypte du second étage du cimetière, distincte et assez éloignée du caveau papal ('i-). Sous la direction de Miltiade, la chambre qu'on lui consacra reçut une riche et gracieuse parure. Marbres, mosaïques, image du Bon Pasteur, voûte à caissons ornée de canthares, d'oiseaux, de génies, cette décoration des premières heures de la paix garde quelque chose de la simplicité classique, et n'annonce pas encore le midi splendide et lourd qui, dans l'art, va succéder à cette fraîche aurore (5).

(1) Voir l. I, [). 188.

('2) Area III du cimelière de Calliste, inarquée VI sur les plans de la Borna solterranea et sur ceux de la Rome souterraine-

(3) « Queni beatusFabianus adduxit cura clcro i)er naviin. n Liber Ponlificalis, Fahlanu?,: voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, ]>. '238.

(4) Un des nis. du Liber Ponti/icalis dit qu'EusMje fut enterré in cimiterio Callisli in crijpfa ; formule employée pour les papes qui, comme Corneille et ]tlus lard Miltiade, reposèrent dans une partie du cimetière distincte du caveau papal (Ducliesne, le Liber Ponti/icalis, t. I, p. 167, note 5).

(5) Voir de Rcssi, Roma solterranea, t. II, p. 209 et pi. VIII. Cf. Rome souterraine, p. 248.

Y a-t-il, dans une autre région de la catacombe, dont la construction remonte aussi au commencement du règne de Dioclétien, trace de la translation d'un martyr, opérée comme celle d'Eusèbe après la restitution des loca ecclesiaslica? Dans l'aire qui joint le cimetière proprement dit de Calliste à celui de Sotère, et où se trouve la crypte célèbre de Severus, diacre du pape Marcellin (1), un fragment d'inscription s'est rencontré, qui contient le mot PASSVS. Ce mot ne peut guère faire allusion à autre chose cju'aux souffrances d'un martyr (2) : sans émettre une hypothèse trop hasardeuse , on peut supposer que le petit morceau de marbre où il a été lu appartenait àl'épitaphe d'un des chrétiens qui versèrent à Rome leur sang pour la foi pendant la dernière persécution, héros inconnu déposé avec honneur dans le cimetière quand l'Égiise en eut repris possession (3).

Cependant, au moment même où se reconstituait à Rome le domaine ecclésiastique, des chrétiens souffraient du despotisme et des grossières passions de l'empereur. Il ne régnait qu'avec l'appui des préto-

(1) Cette area est marquée VII sur lesitlaiis. Voir t. I, p. 65.

(2) « Ce mot, dans une épitaplie de catacombe, n'appartient point au romput d'une distance mesurée par pas, mais est la formule ordinaire pour indiquer le martyre. » De Rossi, Roma sotterranea, t. JII, p. 68. — Cf. QVI Vi:SI igni S PASSI SVNT (Edmond Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, 1. 11, p. 305, n° 548 A; de Rossi, Inscr. christ. iirbisBoma', t. II, p. x-xi); QVI PASSI SVJNT IN FLVMEN TIBERE (Roma sotterranea, t. III, p. 6i7).

(3) Malheureusement le précieux fragment fut volé avant que M. de Rossi ait pu l'étudier et tenter de le rapprocher d'autres morceaux.

riens, et leur livrait tout en proie. Ceux-ci, pour venger un des leurs tué dans une émeute, avaient massacré des milliers de citoyens (1). Pendant que les soldats donnaient ainsi licence à leurs caprices, Maxence ne souffrait aux siens aucun frein. Tous les jours, sur de fausses accusations, efces sénateurs, des consulaires, étaient jetés en prison ou mis à mort, afin d'avoir un prétexte de confisquer leurs biens (2). Mais surtout les femmes, dès qu'elles étaient belles et de haut rang", devaient tout craindre du brutal souverain, 3Iaxence n'était pas moins débauché que Maximin (3). Souvent, pour arracher une épouse à son mari, il la contraignait au divorce; puis la renvoyait déshonorée dans sa maison (4). Mais, s'attaquant à des chrétiennes, il rencontra de courageuses résistances. On en vit préférer la mort à ses caresses (5). Une anecdote rapportée par Eusèbe montre l'intrépidité d'une de ces généreuses fdles de l'Évangile, en même temps que la peur et la servilité auxquelles cédaient, en ce temps, les plus hauts magistrats. La chrétienne Sophronie (G) était l'épouse du préfet de Rome, de

(1) Eusèbe, Hist. EccL, VIII, 14, 3; De vita Consiantini , I, 35; Aureliiis Victor, De Cxsaribus ; Zosime, II.

(2) Eusèbe, //w/. iYc/., VIII, 14, 4; De vita Const., I, 35; Paneg. vet., 6, 7; Eutrope, Brev. ; Prudence, Contra Symnu, I, 470-471.

(3) Tûpavvoî Mà^evxto; xà oaoïa MaEijiivw opoôv. Eusèbe, Bist. Lccl., VIII, 14, 16.

(4) Ibid.,\N\l\, 14, 2; De vita Const., I, 33; Prudence, Contra Symm.,l, 471-480.

(5) De vita Const., I, 33'.

(6) Eusèbe ne cite pas son nom, qui est donné par Rulin.

celui-là même, peut-être, qui eu 311 remit les biens de l'Église aux diacres de Miltiadc. Un jour, les pourvoyeurs des honteux plaisirs du prince entrèrent dans la maison du préfet. Tout de suite le mari et la femme comprirent ce que signifiait cette visite. Le préfet, tremblant, n'osa protester, et permit d'emmener sa femme. Mais elle, imitant la ruse qui, à Antioche, avait sauvé la vertu de Pélagie (1), demanda un délai pour passer dans sa chambre et se parer. Laissée seule, elle saisit une épée, et, Lucrèce chrétienne, se l'enfonça dans la poitrine. Quand on vint la chercher, on ne trouva qu'un cadavre (2).

Malgré ses cruautés, ses vices, une nonchalance extrême (3), Maxence était ambitieux. Il ne pouvait souffrir la supériorité de son beau-frère Constantin, dont le gouvernement sage et modéré lui était un perpétuel reproche. Faire la guerre au souverain des Gaules, l'abattre, et s'emparer de tout l'Occident, devint son idée fixe. Les sorciers qu'il consultait sans cesse lui an]ionçaient la victoire; les démons évoqués devant lui répondaient favorablement à ses vœux; il lisait dans les entrailles de lions égorgés ses triomphes futurs ; des sacrifices plus cruels encore, le sang de femmes et d'enfants, lui promettaient un avenir heureux (4). Il n'avait point négligé, pour se l'assu-

(1) Saint Jean Chrysostoine, Jlomilia XL. Voir plus haut, p. 7(j.

(2) Eusèbe, Hist.EccL. VIU, 14, 17; De vita C'onsktntini,i, 3i.

(3) Aurelius Victor, De Cxsaribus ; Paneg. veL, 6, 7; Laclance, De mort, pers., 18. ;

(4) Eusèbe, Hist. Ecoles., Vlll, 14, 5; De vita Const., I, 36.

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rer, les combinaisons de la politique. Un rapprochement fut négocié entre lui et Maximin. Ces deux vilains hommes, si bien faits pour s'entendre, s'unirent par un traité secret (1). Une très nombreuse armée fut rassemblée en Italie : aux légions qui y campaient à demeure, Maxence joignit de nouvelles troupes, recrutées de gré ou de force dans la péninsule, ou levées en Mauritanie (2). Ceci fait, il trouva aisément un prétexte à déclarer la guerre : ce mauvais fils, qui n'avait pu régner à Rome avec Hercule, envoya demander raison à Constantin de la mort violente du vieil Auguste, et, pour bien marquer la rupture, abattit dans tous ses États les statues de son beau-frère (3). Constantin n'avait pas attendu cet outrage pour se préparer à une rencontre inévitable. Une alliance avait été contractée entre lui et Licinius, et comme, dans ces familles impériales renouvelées par les divorces et les seconds mariages, il y avait toujours de jeunes princesses prêtes à devenir le prix ou l'enjeu des combinaisons politiques, la sœur consanguine du maître de l'Occident, Constantia, fut fiancée au souverain de l'Europe orientale (i). L'équilibre des forces se trouvait de la sorte assuré. Licinius, placé entre Maxence et Maximin, pouvait contenir ce dernier, s'il essayait de se mêler à la lutte, ou, s'il demeurait inactif, se porter lui-même en Italie. Constantin, dans tous

(1) Lactance, De mort, pers., i3.

(2) Lactance, De mort. ]]crs., 4i; Zosiine, IL 15.

(3) Lactance, De mort. pers., i3.

(4) Lactance, De mort, pers., 43.

les cas, n'aurait affaire qu'au seul Maxence. Ainsi paraissait réparée, en une certaine mesure, la faiblesse de son armée; car, obligé de laisser garnis les postes du Rhin, il ne pouvait opposer aux légions de son adversaire que des troupes numériquement très inférieures (1).

Cette infériorité, bien que compensée par l'habile politique de Constantin , et surtout par sa supériorité personnelle, ne laissait pas que de rendre hasardeuse l'issue de la lutte. Le souverain des Gaules n'était pas homme à se tenir sur la défensive. Il avait l'habitude de marcher en avant et de frapper de g'rands coups. Dirigée par lui, la guerre ne serait pas une série d'escarmouches entre les postes établis de chaque côté des Alpes, mais les Alpes franchies, l'Italie choisie comme champ de lîataille, et un choc décisif sous les murs de Rome. Rome, cependant, formait la principale force de Maxence. La possession de la ville éternelle doublait, en quelque sorte, les troupes de ce tyran, tant paraissait grand encore le prestige des sept collines, si découronnées qu'elles fussent depuis l'établissement de la tétrarchie. Il semblait que le génie de l'empire veillât toujours sur le Capitole, pour foudroyer les audacieux qui tenteraient d'en approcher. Deux fois l'expérience venait d'être faite : la

(1) Pancrj. vct., 0; Zosime, II, 15. — Zosiinc évalue l'armée de Maxence à cent soixanle-dix mille fantassins et dix-huit mille cavaliers : celle de Constantin n'atteignait pas cent mille hommes, dont vingtcinq à trente mille seulement de troupes régulières. Voir Tillemont, Histoire (les Empereurs, t. IV, p. 124.

mort de Sévère, la fuite précipitée de Galère, prenaient aux yeux des soldats et des chefs je ne sais quoi de surnaturel. Nul, autour de Constantin, ne songeait à se défendre de cette impression. L'allégresse que ressentirent tant de fois les armées du Nord au moment de descendre vers les pays du soleil était remplacée dans celle-ci par une crainte vague, qui glaçait tous les courages. Les généraux eux-mêmes, accoutumés à lutter contre des Bretons ou des Francs, murmuraient à la pensée de combattre les prétoriens de Maxence (1). Constantin n'eût pas été de son temps, s'il était demeuré insensil)le aux communes préoccupations. Trop brave pour y subordonner ses desseins militaires ou politiques, il avait donné sans hésitation l'ordre de passer les Alpes; mais il partageait dans une certaine mesure les inquiétudes de ses soldats, pensait que la guerre dans laquelle on s'engageait n'était pas une guerre ordinaire, que l'habileté du commandement ou la valeur des bataillons n'y déciderait pas seule de la victoire.

Pour comprendre les réflexions qui se présentèrent à son esprit, le tour que prirent ses méditations, la crise morale par laquelle il passa, la solution qui finit par s'imposer avec la clarté de l'évidence, il faut se rendre compte des idées religieuses professées par Constantin à cette époque de sa vie. Elles étaient moins le résultat d'une étude personnelle que des sympathies et des antipathies entre lesquelles s'était

;i) Pane(j. cet., (î.

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partagée sa jeunesse. A son père Constance Chlore, dont l'influence semble avoir été d'autant plus grande sur la direction de son esprit qu'il avait plus souffert dans sa tendresse et dans son orgueil d'en être séparé, Constantin devait la croyance en un Dieu suprême, réglant par sa providence les destinées des empires (1); mais, pas plus qu'à Constance, les travaux de la souveraineté ou les soucis de l'ambition ne lui avaient laissé le loisir de réfléchir sur la nature de ce Dieu, le culte qu'il exige et les vertus qu'il commande. Le monothéisme de Constantin était surtout fait d'aversion pour les ridicules ou dégradantes cérémonies du polythéisme, auxquelles il avait dû prendre part pendant la demi-captivité où Dioctétien, puis Galère l'avaient retenu, et qui se confondaient avec les souvenirs les plus amers de sa vie. Jamais, cependant, il n'avait songé à répudier les formes extérieures de la religion officielle, que le syncrétisme commode de ce temps permettait de concilier, par une sorte de réserve mentale, avec des croyances plus simples et plus épurées : on l'avait vu, comme tous les empereurs, dédier des temples et offrir des sacrifices (2). Entre lui et les chrétiens aucune intimité n'existait encore. La tolérance qu'il leur marqua dès la première heure de son règne était héritée de son père, et fortifiée par l'indignation que les excès jadis commis sous ses yeux avaient fait naître dans un esprit naturellement hu-

(1) Eusèbe, Devila Conslanlini, I, 13, 17. ('2) Paneg. vet., 9.

LA lUTAILLE DU PONT MILVIUS (31?). 211

main, que la suite des événements montrera capable de soudaines colères, mais incapable de cruautés réfléchies et prolongées. Si les disciples de l'Évangile lui inspiraient déjà quelque sympathie, celle-ci provenait moins d'un penchant pour leurs doctrines que d'une affinité naturelle avec leurs mœurs , de cette chasteté louée parles contemporains (1) et formant un si frappant contraste avec les débauches furieuses des Augustes qui régnaient en ce moment même à Nicomédie et à Rome. Mais rien, dans le passé de Constantin ou dans ses dispositions présentes, ne faisaitprévoi r qu'il dût siiivre, en religion, une voie plus nettement tracée que celle de Constance, et sortir d'un vague déisme pour devenir le champion d'une Église aux dogmes arrêtés, aux commandements impérieux, aux cadres invariables. Il était religieux, vertueux et tolérant à la façon de son père ; aucun signe d'une recherche plus ardente ou d'une inquiétude plus profonde n'avait trahi dans son àme le travail intérieur de la conversion.

La conversion par laquelle les destinées du monde vont être changées ne ressemble, en effet, à aucune de celles qui l'ont précédée ou qui la suivront. Ni Paul, frappé par l'aiguillon divin et tombant terrassé sur le chemin de Damas; ni Justin, ayant traversé tontes les philosophies pour rencontrer enfin la doctrine qu'il cherchait sans la connaître ; ni Augustin , ballotté par tous les orages de la pensée, du cœur et des sens avant de se reposer à jamais en Dieu;

(l) Pancg. vet., 5, G, 7;Eusèbe, D^' rila Cous/., I, U».

ni aucun des innombrables convertis que des voies diverses ont conduits ou ramenés vers la foi chrétienne, n'a suivi des motifs semblables à ceux qui persuadèrent Constantin. C'est à cheval, à la tête de ses troupes, sur quelque route gauloise ou quelque col escarpé des Alpes, qu'il fit les réflexions dont Eusèbe a reçu la confidence. Le petit nombre de ses soldats frappait ses regards; il était témoin du découragement des chefs; en même temps il se rappelait, avec une terreur superstitieuse, les opérations magiques auxquelles recourait iMaxence. La nécessité de s'appuyer sur un secours plus haut lui apparut avec une force irrésistible : il comprit qu'il ue pourrait rien, s'il n'avait Dieu pour lui. La plupart de ceux qui gouvernèrent l'empire romain s'étaient fiés à la multitude des dieux, avaient cru aux mensonges des oracles, et à la fin avaient péri misérablement, sans que nulle des divinités adorées par eux ne leur prêtât d'assistance. Leurs enfants avaient aussi disparu, et de leur race ou de leur mémoire nul souvenir ne demeurait. Ceux mêmes qui récemment tentèrent l'entreprise qu'il poursuivait aujourd'hui et s'attaquèrent à Maxence avaient tragiquement ou honteusement échoué. Un seul, dans ces derniers temps, suivit sans obstacle une glorieuse carrière et mourut avec la consolation de se survivre à lui-même : c'était celui qui avait refusé sa foi à l'idolâtrie et n'avait reconnu qu'un Être suprême, conservateur de son empire et auteur de tout bien ; c'était le monothéiste Constance. Ces réflexions achevèrent de convaincre

Constantin de la folie qu'il y avait à honorer des dieux qui n'existent pas et de la nécessité de rendre un culte au seul Dieu que reconnaissait son père (1). Cependant cet examen ne lui apportait rien de nouveau. Il venait de faire, en quelque sorte, le tour de ses idées, l'inventaire de ses espérances, et se confirmait dans ses propres sentiments. Le pas décisif n'était pas accompli. Il le fit presque à son insu, par le mouvement logique de sa pensée. Le Dieu de son père, le Dieu unique, qui était-ce? comment le reconnaître? comment s'assurer sa protection? Pour la première fois des questions aussi précises se posaient devant l'esprit de Constantin, rendu plus attentif par le péril extrême où il se voyait. « L'empereur se mit alors, dit Eusèbe, à implorer le secours de ce Dieu, le priant, le suppliant de se faire connaître à lui, et, dans la crise présente, de lui tendre une main favorable (2). » Ce souci de savoir qui est le vrai Dieu, ce désir de connaître la vérité, cet appel à la grâce, voilà ce qui distingue dès lors Constantin des simples déistes, de Constance lui-même , adorateurs silencieux dune divinité presque impersonnelle, avec laquelle l'homme n'entre point en relation. Si intéressée, au contraire, que soit la prière de Constantin, c'est une vraie prière, c'est-à-dire un humble aveu de misère et de faiblesse. Si mêlé d'ambition que soit son désir de la vérité, ce désir existe. Si égoïste

(1) Eusèbe, De vila Conslanlinl, I, 27.

qu'en paraisse le mobile, sa conversion est sincère. C'est vers le Dieu vivant et personnel qu'il se tourne , c'est à ce Dieu qu'il demande de sortir du nuage, de se montrer, de combattre pour lui.

Ge récit d'Eusèbc sera difficilement taxé d'inexactitude, car il ne flatte pas l'empereur, lui prête des motifs assez terre à terre, et le montre conduit surtout par l'intérêt et la crainte au culte quïl pratiquera désormais. Constantin a fait le calcul des chances, la balance des forces, et s'est tourné vers la religion qui peut donner la victoire. Cette religion même n'est pas encore désignée clairement : si le Christ paraît sous-entendu, il n'est pas nommé : le royal néophyte semble attendre qu'il se manifeste, et mettre son adhésion au prix du secours imploré. On sent que le travail intérieur si naïvement décrit ne se passe point dans les plus hautes régions de l'âme, qu'une conversion due à de tels motifs ne renouvellera pas tout l'homme , qu'après comme avant Constantin demeurera avec ses passions et ses faiblesses; mais la grossièreté même des pensées que lui prête le narrateur, leur accord avec ce que l'histoire nous apprendra du premier empereur chrétien, garantit la vérité du récit : il contiendrait plus d'idéal, s'il était inventé.

L'incontestable bonne foi d'Eusèbe dans cette partie de sa narration devrait, ce semble, en faire accepter la suite. Constantin n'était pas de ces âmes à qui suffit la touche délicate et â demi voilée de la grâce, qui « croient sans voir, » et qui entendent sans parole la réponse de Dieu. Pour faire d'un con-

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verti tel que lui rinstriiment providentiel d'une grande révolution, il fallait qu'un signe matériel vint lui apporter la certitude. « Pendant que l'empereur, continue Eusèbe, priait avec supplication, un signe merveilleux lui fut envoyé de Dieu. Si quelque autre le rapportait, ses auditeurs le croiraient difficilement. Mais comme longtemps après le victorieux Auguste me le raconta à moi-même, quand je fus parvenu à son intimité, et me le confirma par serment, qui pourrait le mettre en doute? Il déclare avoir vu de ses yeux, après midi, quand déjà le soleil s'inclinait à l'horizon, une croix (1) lumineuse paraître dans les cieux au-dessus du soleil, avec cette inscription : Sois vainqueur par ceci (2). Cette apparition le frappa de stupeur, ainsi que les soldats qui le suivaient .et qui en furent témoins. Il se demanda, m'a-t-il dit, ce que signifiait ce phénomène. Il y pensa longtemps; puis la nuit vint, et pendant son sommeil le Christ lui apparut, avec le signe qui avait été vu dans le ciel, et lui commanda de faire une enseigne militaire sur le modèle de l'apparition, pour s'en servir comme d'une salutaire protection dans les combats (3). »

(1) iTaupo'j tpÔTiatov.

(2) Tomtù vîxa. Eusèbe rapporte naliirellemenl cette phrase en grec; mais en quelle langue Constantin la vit-il écrite? En latin, disent Philostorge, Nicéphore cl Zonare. Les mots peuvent avoir été Ilor iHiice ou vinces, formule qui se déveloi)pa et devint, sur les monnaies de Votranion, Magnence et Constance Jeune : Hoc si g no Victor cris. Constantin et ses soldats parlaient latin.

(3) Eusèbe, De viln Constanlini, 1, '28.

Ce songe était connu du seul Constantin (1) : mais Tapparition lumineuse, le « signe céleste (2) » avait eu de nombreux témoins. La première « stupeur » fit bientôt place à des sentiments divers. Pendant que les chrétiens s'entretenaient avec admiration de ce qu'ils avaient vu, les païens le commentaient avec effroi. Les aruspices qui accompagnaient l'armée, et pour qui la croix était un objet de funeste augure, parlèrent de présage mauvais [adversum omen) (3) et dissuadèrent de continuer l'expédition. Mais la ferme réponse de l'empereur leur imposa silence (i). Peu à peu, chez les tenants mêmes de l'ancien culte, l'impression favorable prit ledessus. Unrécit eut cours, dans lequel on reconnaîtra soit une version altérée des faits, soit au moins un indice de la croyance de tous dans une intervention surnaturelle en faveur de Constantin. Toute la Gaule, dira quelques années plus tard un rhéteur païen, s'entretint d'une troupe céleste qui avait été vue planant au-dessus des légions en marche : malgré la grossièreté des regards humains, on avait pu, pendant un rapide instant.

(1) 11 y esl peut-être fait allusion dès 313 dans ce passage d'un panégyrique : « Ilabes profecto aliquod cum illa mente divina, Constantine, sccrelum, quœ, delegata nostri diis minoribus cura, uni se tibi dignetur ostendere. » Panerj. vel., 6.

(2) " Cœlestc signum. » Expression de Lactance, De mort, po's., 44 ; de Por/irius Oplatianus, Pancfjyricus (année 321).

(3) Panerj. vet., G.

(4) « Contra aruspicum monita. » Ibid. — Cf. Baronius, ^n»., ad ann. 312, § 11; Tillemont, Hist. des Empereurs, t. IV, p. G32; Newman, Essay on ecclesiaslical miracles.

apercevoir ses armes lumineuses, ses boucliers qui jetaient de terribles éclairs ; des voix avaient été entendues dans les airs, criant : « Nous cherchons Constantin . nous allons au secours de Constantin (1). » Cette promesse de victoire n'est-elle pas une allusion détournée aux paroles lues par Tempereur autour du signe du Christ? et ce signe lui-môme, la croix superposée au soleil, dont les païens auraient rougi de confesser l'apparition triomphale, n'a-t-il pas été déguisé par eux sous l'allégorie classique des guerriers célestes, à l'épée rayonnante et au bouclier defeu (2)? L'empereur, du reste , coupa court à tout commentaire en faisant fabriquer l'étendard dont l'image lui avait été montrée (3). Eusèbe le décrit en ces termes :

(1) « In ore denique est omnium Galliarum exercitus visos qui se divinitus misses prœ se ferebant. El quamvis ctleslia sub oculis bominum venire non soleant, quod ciassam et caligatam aciem simplex et inconcrela substantia naturse tennis éludât, illi tamen auxiliatores tui aspici audiiique patientes, ubi nieritum tuuin testificati sunt raortalis visas contagium refugerunt. Qufenam illa fuisse dicitur species!... Flagraijant veiendum nescio quid umbone corusci et cœ'.estiuui armorum lux teiribilis ardebat... Hœc, ipsornm sermocinatio, hoc inter audienles ferebant : Constantinum petimns, Constantino imus auxilio. Illi cœlo lapsi, illi divinitus niissi gloriabantur qiiod tibi militabant. » Nazaiie, dans, Pan erj. vct., 7.

(2y Outre les auteurs contemporains que j'ai cités dans le texte ou en note, la vision de Constanlin est rapportée par des écrivains postérieurs : saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV contra Juliamim ; Sozomène, Hisl. Eccl., I, 3: Philoslorge, I, 6; Socrate, T, 2; Nicéjihore, VllI, 3; Cedrenus; Zonare, XllL. 1; Suidas, voMaxence; la Chronique d'Alexandrie; les Acta S. Artcmii, dans Surius^ Vitx SS., t. X, p. 310.

(3) Comme le dit M. le duc de Broglie, si l'on trouve quelques difficultés dans le récit du prodige, « on en trouve bien plus encore à ex-

(( C'était une liaste allongée revêtue d'or et munie d'une antenne transversale en forme de croix. Le sommet portait une couronne d'or et de pierreries. Au centre de la couronne paraissait le signe du nom salutaire ( de Jésus-Christ ) , c'est-à-dire un monogramme désignant ce nom sacré par ses deux premières lettres (grecques) groupées, le P au milieu du X. A l'antenne oblique traversée par la haste pendait un voile de pourpre, enrichi de pierres précieuses artistement combinées entre elles, qui éblouissaient les yeux par leur éclat, et de broderies d'or d'une beauté indescriptible. Ce voile fixé à l'antenne était aussi large que long, et avait à sa partie supérieure les bustes de l'empereur chéri de Dieu et de ses enfants» brodés en or (1). Constantin se servit toujours dans la suite de cet étendard salutaire, et en fit faire un semblable pour chacune de ses armées (2), » Telle est l'enseigne connue plus tard sous le nom de laharum (3) et dont la copie se retrouve , avec quel-

|)liqucr l'apparition du fameux labarum sur la plupart des monnaies, des inscriptions et des insignes impériaux à partir de celte époque. » Deux Portraits de Constantin, dans le Correspondant , 25 octobre 1888, p. 594, et dans Histoire et Diplomatie, 1889, p. 217.

(1) Les bustes ne furent brodés que jilus tard, car en 311 Constantin n'avait encore d'aulrc lils que Crispus, né de son premier mariage.

(2) Eusèbe, Devita Constantini, I, 31. Cf. Prudence, Co)i</-« Synimacliuni, I, 4G4-466, 487-489.

(3) L'origine de ce mot est inconnue. M. Duruy le fait venir du chaldéen laixir, qui dans la langue assyrienne avait le sens do durée, d'éternité (Histoire des Romains, t. Yll, p. 42i. Celte étymologie n'est jias l>lus évidente qu'un grand nombre d'autres, tirées du latin, du grec, du celte, elc, dont on trouvera l'indication dans le Dictionary of diristian antiquities, art. Labarum, p. 909. Prudence, à la fin du quatrième

ques variantes, sur de nombreux monuments (1). Le Houvel étendard put être porté en tête de l'armée sans exciter les protestations des soldats païens. Par sa forme il diilerait peu de l'enseigne ordinaire de la cavalerie, pique coupée d'une barre transversale, à laquelle pendait un voile de couleur éclatante. La seule différence était que les bustes impériaux remplaçaient, sur l'étoile, le numéro de l'escadron ou de la cohorte, et qu'au sommet de la pique rayonnait, dans un cercle d'or, le monogramme formé du chi et du rhô entrelacés. La croix proprement dite était encore dissimulée, ou plutôt elle résultait seulement du croisement de la haste avec l'antenne, qui, dès le temps deTertuUien, en avait offert aux soldats chrétiens la secrète image (2). Mais, surmontée désormais des lettres sacrées, cette image prenait à leurs yeux

siècle, et Sozoiiiène,au cinquième, donnent les premiers à l'étendard que nous avons décrit le nom de labarum; qui ne se trouve dans aucun auteur contemporain de Constantin.

(1) L'élendard constantinien est représenté (mais sans le voilée sur un sarcophage du quatrième siècle, au musée de Lalran; deux soldats sont assisprèsde lui et semblent \c g.M'der{Roi)ie soitterrfiinf',\).iii, (ii;.45). On le rencontre soit dans la main de l'empereur, soit gardé par deu\ soldats, sur un grand nombre de médailles de Constantin et de ses successeurs; mais souvent la forme est sim()lifiée, et le monogramme, au lieu d'occuper le sommet de la haste, est dessiné sur le voile qui y est suspendu. — Un cercle de bronze en lermant le monogramme, conservé au musée chrétien de la bibliothèque Vaticane, parait avoir formé la cime d'un labarum. De Uossi, Roiiia sottcrranea, t. 111, p. 341, n° 2; Jiullcltino di arc/icolotjia cristianu, 1877, p. 56, 68.

(2) « In tropteis cruces intestina sunt Iropaiorum... Omnes illi imaginum suggestus insignes, monilia crucum sunt : siphara ilia vexillorum et cantabrorumstola; crucum sunt. » Terlullien, .l|3o/.,16; cf. Miuucius Félix, Ocfaclus, 29.

toute sa signification : elle dsjvenait le signe de la victoire promise, on plntùt le symbole de la victoire déjà gagnée, le gage de la conversion de l'empereur et de l'empire.

Les Alpes franchies, Constantin se rendit maître, en quelques mois, du nord de l'Italie. Suse, Turin, Milan, Brescia, Vérone, Aquilée, Modèue, tombèrent successivement dans ses mains (1). Un échec éprouvé en approchant de Rome ne ralentit pas son ardeur (2). Résolu à vaincre ou à périr, Constantin rallia ses troupes, et, traversant rapidement TÉtrurie, se porta vers la ville éternelle à marches forcées. Maxence, cependant, ne remuait pas. Pendant que ses généraux combattaient , il continuait sa vie de plaisirs , et préparait tranquillement les fêtes qui allaient, dans quelques jours , célébrer l'accomplissement de sa sixième année de règne. Sa foi dans les oracles et les devins lui avait inspiré une telle sécurité, qu'au lieu de se couvrir du Tibre pour en disputer le passage à son adversaire , il envoya ses soldats au-devant de Constantin par la voie Flaminienne, avec ordre de passer le fleuve et d'appuyer leur arrière garde à la rive droite, sans autre ligne de retraite que le pont Milvius, flanqué à la hâte d'un pont de bateaux (3). Eusèbe attribue cette absurde manœuvre à une sorte d'aveuglement providentiel : Dieu, dit-il, voulait perdre

(1) Paneg. vct., 6, 7.

(2) Laclance, De mort, pcrs., h'i.

(3) Paneg. vel., G, 7; Zosiine, II, 15; Laclance, De mort, pers.^ 4i.

Maxence hors do Rome, afin d'épargner anx habitants les souffrances d'nn siège (1). Rencontrant Favantgarde ennemie à deux heures de marche environ en deçà du Tibre, vers les Roches Rouges, près de l'ancienne villa de Livie (2), Constantin se réjouit d'une faute qui mettait toute l'armée de Maxence à la merci d'une première attaque (3). Cependant il n'oublia pas d'élever encore une fois son àme vers le Dieu qui lui avait promis la victoire. Si l'on en croit Lactance, un songe lui montra de nouveau le Christ, donnant l'ordre de graver sur les boucliers des soldats le monogramme qui brillait déjà sur leurs drapeaux (4).

Le lendemain, 28 octobre, jour anniversaire de l'avènement de Maxence, Constantin marcha vers le

(1) Eiis;'be, Hist. EccL, l\, 9, 4; De vUa Consl., I, 38.

(2) BuUettino di arch. crist., 18C3, p. 40.

(3) Aurelius Victor, De Cxsariàus, 40.

(4) « Commonitus est in quicle Constantinus ut cœlesle sigmim Dei notarelin sentis, atque ita pr;pliiim committeret. Fecitut jiissiisest, et, Iransversa X littera summo capite eircumflexo, Chrislum in sculis notât. » Lactance, De mort, pcrs., 44. S'il n'y a pas confusion dans ce récit, le songe que raconte Lactance est difléreut de celui qui suivit l'apparition de la croix dans le ciel. L'ordre donné par le Christ n'est pas le niéine, |)uisqu'il n'a plus traita l'étendard, mais à l'inscription du monoeramme sur les boucliers. Y est-il fait allusion dans une médaille d'Eudoxie, qui représente la Victoire, assise, gravant sur un bouclier le monogramme constanlinien? Une allusion plus ancienne et plus précise est dans les vers de Prudence, qui montre, lors de l'entrée de Constantin à Rome, le chiffre du Christ brillant au sommet et sur le voile du labarum, et en même temps inscrit sur le bouclier des soldats :

Christus purpureum gemmanli textus in auro Signabat labarum, clypeorum insignia Christus Scripserat, ardehal sunuiiis erux addila crislis.

Confia Symmachum, I, 48G-i88.

fleuve. Pendant que « sur les sommets des sept collines chargées de temples, de palais , de souvenirs et d'années, tous les dieux du monde antique semblaient se dresser pour découvrir dans le lointain des airs l'étendard de la croix (1), » iMaxence, sûr du succès, et comme indifférent au péril que couraient ses soldats , contemplait de la loge impériale les jeux célébrés dans le cirque en son honneur. Les huées du peuple indigné, qui acclamait d'avance la victoire de Constantin, finirent par l'en chasser (2). Passant bientôt de la sécurité à la terreur, il envoya en toute hâte consulter les livres sibyllins; mais leur réponse le rassura : les quindécemvirs avaient lu que l'ennemi de Rome périrait sûrement (3), et l'ennemi de Rome ne pouvait être que celui de Maxence! Il se décida enfin à joindre l'armée , et , par le pont de bateaux, qui, peu solide, se rompit après son passage (i), il arriva dans la plaine au plus fort de Faction. A sa vue^ la mêlée devint furieuse (5) ; mais les prétoriens eux-mêmes, poussés par l'élan irrésistible des soldats de Constantin, se trouvèrent acculés au fleuve : la retraite, ou plutôt la fuite, commença dans le plus

(1) A. (le Broglie, l'ÉrjHse el l'Empire romain, t. I, p. 229.

(2) Lactance, JJe mort, pers., 4'i.

(3) « lllodie hoslem Roinanoruin esse periturun). » Ibid. — Sur les consiiltalions des livres .sibyllins, voir les Dernières Persèculions du troisième siècle,^. 21.5-217.

(''jj « Quo responso in spem Victoria} inductus proce4it, in acieni venit. Pons alergo cjus scinditur. » Lactance, l. c. Eusèbe et Zosime disent que le pont avait été à dessein formé de bateaux mal attachés, afin de s'ouvrir sous l'armée de Constantin; cela est peu vraisemblable.

(5; « Eo viso pugna crudescit. » Lactance, /. c.

\A BATAILLE DU PONT MILVIUS (:S12). 2.i:5

grand désordre : des milliers d'hommes s'écrasèrent sur l'étroite chaussée du pont Milvius, ou disparurent par les fentes du pont de hateaux. Une partie de l'armée de 3Iaxence fut ainsi cul])utée dans le Tibre. Maxence, avec les gardes du corps qui essayaient de le protéger, céda à l'effroyable poussée : on le vit tomber dans le fleuve, où sa lourde cuirasse le fit enfoncer comme une masse de plomb (1). « Chantons au Seigneur, s'écrie Eusèbe après 3Ioïse : il vient de glorifier sa puissance! 11 a jeté à l'eau le cheval et le cavalier. Il s'est montré notre protecteur et notre sauveur... Qui est semblable à vous parmi les dieux, Seigneur, qui est semblable à vous, grand en sainteté, terrible, digne de toute louange, et opérant des merveilles (2) ? » L'entrée de Constantin à Rome fut un vrai triomphe : la foule se pressait autour de lui, non avec cette curiosité banale qui la porte vers tous les vainqueurs, mais avec le sentiment d'une vraie délivrance. Les sénateurs, les uns tirés de prison , les autres affranchis de la terreur qui avait pesé sur leur ordre, applaudissaient l'étendard libérateur, et oubliaient leurs vieux préjugés païens pour s'incliner devant les boucliers marqués du signe du Christ (3). Non seulement

(1) Lactance, De viort. pers.y 41; Eusèbe, De vila Consfanlini, 1, 38 ; Zosime, If, 15; Aurelius Victor, Epilome ; Panerj. vct., (i.

(2) Eusèbe, Hist. EccL, IX, 9, 8 ; De cita Constantini, I, 38. — Exode, XV, 2, 11.

(3) Eusèbe, De vila Constantini, I, 39. Cf. Prudence, Contra Sijmmachitm, I, 493-495 :

Tune illc scnalus

îliliti:v ullricis titulum Clirislique verciuhim Nomen adoravit, quod conluccbat in arinis.

22i LA BATAILLE DU PONT MILVIUS, ETC.

les grands, mais les humbles, femmes, enfants, esclaves , saluaient d'une immense acclamation le protégé du ciel (1). Le peuple le suivit jusqu'au Palatin ; longtemps ses flots bruyants jjattirent les murailles de la colline impériale ; peu s'en fallut qu'ils ne fissent irruption jusque dans le palais, et qu'une émeute d'amour et de reconnaissance n'en franchit « le seuil sacré (2) ».

Dans ce premier séjour à Rome, Constantin se montra digne de la religion au nom de laquelle il venait de vaincre. 11 n'exerça point de représailles, réprima les délateurs (3), et sut résister aux désirs du peuple altéré de vengeance (4). Le fils de Maxence et les plus intimes agents de sa tyrannie furent seuls conduits au supplice (5), En même temps, la milice prétorienne fut cassée, son camp démantelé, les autres milices urbaines diminuées en nombre (6). Rome, délivrée de l'oppression militaire, redevint une ville libre, la capitale d'un grand empire. Les bienfaits du régime nouveau s'étendirent sans délai au reste de l'Italie, à l'Afrique, et à tout l'ancien domaine de Maxence ; les prisons s'ouvrirent partout pour ses victimes, les biens injustement saisis furent restitués, les exilés revirent

(1) Eusèbe, Hist. Eccl., IX, 9, 9; Devila Const., l. c.

(2) « Queri tam citoaccessissePalalium... itœne eliam sacriun llinen inumpere... eiini a quo obsidione liberali fuerant, obsidere. » Paiieg. Vi't., 6.

(3) Code Théodosien, IX, x, 1 ; cf. 2, 3. (■i) Paneg. vet, 6.

(5) Paneg. vet., 7 ; Zosiine, II, 17.

(6) Paneg. ve(.,6; Zosiine, H, 17 ; Aurcliiïs Victor, De Cxsaribus, 40.

leur patrie (1) : d'intelligentes distributions d'argent, de vivres, de vêtements, des secours discrètement donnés aux veuves et aux orphelines, vinrent atténuer la misère publique (2). Les chrétiens ne furent pas ouJjliés dans ces largesses : le Palatin étonné vit des hommes pauvrement vêtus, d'humbles ministres de rÉvangile s'asseoir à la table du prince et se mêler à ses conseils (3); le trésor public reçut pour la première fois l'ordre de contribuer à la construction des éghses (4); le vieux palais des Laterani, qui venait de prendre le nom de l'impératrice Fausta, fut donné au pape Miltiade pour devenir sa demeure, le siège de l'administration ecclésiastique et la première cathédrale de la chrétienté (5).

Cette faveur sitôt montrée au clergé catholique ne suscita de la part des païens aucun mouvement de jalousie : le sentiment de la délivrance était trop vif encore pour ne pas dominer toute autre impression. Les sectateurs des deux cultes paraissent, dans ces premiers temps, n'avoir rivalisé que d'hommages en-

(1) Eusèbe, De vitu Const., l, il.

(2) Ibid, 43.

(3) Ibid., 44.

(4) Ibid.

(5) Nous venons en 313 le pape Miltiade présider in domo Faiistœ in Lalcruno un concile de dix-huit évêques (saint Optât., De schnm. ilonat., I, 33). L'Église de Rome étant en possession de tous ses fKuli, le choix de ce lieu de réunion ne s'expliquerait pas si le Latran ne lui avait dès lors appartenu-, Baronius, Ann., ad ann. 312, § 82; de Rossi, tinll. di arcli.crist., 1863, p. 52; Stevenson, Scopcrte d'anlichi edi-

fizi al Laterano. dans Ann. dcU' Insi. di corr.arc/i., 1877, p. 232; Duchesne, le Liber Ponlif.. t. I, p. 191, note 28.

vers l'empereur. Le sénat célébra par la fondation de, jeux annuels « la défaite dn tyran et l'avènement de Constantin (1) » ; se trompant peut-être aux égards dont celui-ci se montrait prodigue envers les pères conscrits (2), il se crut appelé à régler les préséances dans le collège impérial ; aussi pensa-t-il honorer le vainqueur en lui décernant par une délibération solennelle le titre de « premier des Augustes (3) ». La haute assemblée ne ])orna point à ce vote les marques de sa reconnaissance : le petit temple rond bâti par Maxence sur la voie Sacrée en l'honneur de son fils Romulus fut dédié à Constantin (4) ; et l'on commença, aux dépens d'autres édifices dépouillés pour lui de leurs bas-reliefs, la construction de l'arc triomphal qui s'élève entre le Palatin et le Colisée (5). Sur ce monument, où la décadence artistique, sensible dans les détails, n'a point encore altéré l'harmonie des proportions et la grâce robuste de l'ensemble , fut mise la célèbre inscription dans laquelle le sénat en majorité païen et le peuple partagé entre les deux cultes attribuent au secours d'en haut la vic-

(1) Evktio lijrunai, advcntus Constanfini. Calendrier philocalien, aux 28 et 29 octobre; Corp. inscr. lat., t. I, p. 405.

(2) Paneg. vet., 6.

(3) Laclance, De mort, pers., 44.

(4) Ce petit temple servit ensuite de vestibule à l'église des saints Côme et Damien, construite elle-même par l'adaptation au culte chrétien d'une aula consacrée aux archives cadastrales de Rome ; voir de Rossi, Biillettino dl aich. crist., 1867, p. Gl-71; Lanciani, Bull, délia comm. arch. comunale di Roma, 188'j, p. 29-54.

(5) Dédié en 315.

toire remportée sur l'ennemi de Rome : « A. l'empereiir César Flavius Constantin, très grand, pieux, heureux, auguste, le sénat et le peuple romain ont dédié cet arc de triomphe, parce que, grâce à Vimpiration divine et à la grandeur de son génie, il a, avec son armée, vengé dans une guerre juste la République du tyran et de toute sa faction (1). » l^'examen des lettres et des blocs sur lesquels elles sont gravées a montré que les mots instinct v nivi- MTATis ne forment pas, comme on l'avait supposé, une addition postérieure et appartiennent au texte primitif (2) : la valeur singulière qui s'y attache résulte, non de l'expression employée par le sénat, qui était au quatrième siècle entrée dans la langue courante (3), mais de l'allusion qu'il est difficile d'y méconnaître : cet aveu, si voilé qu'il soit, peut être mis à côté d'un passage déjà cité d'un panégyrique, comme indice de l'état de l'opinion païenne au sujet

(1) IMP. CAES. KL. CO.XSTANTINO MAXIMO

P. P. AVGVSTO S. P. Q. R.

OVOD mSTlNCTV DIVINITATIS MIÎNTIS

MAGMÏVDINl-; CVM EXERCITV SVO

TAM DE ÏVRANNO OVAM DE OMNI EIVS

1 Ar:TIONE VNO TEMPORE IVSTIS

REMPVBLICAM VLTUS EST ARMIS

ARCVM TUIVMPIIIS INSIGNEM DICAVIT.

Sous l'arche centrale, d'un côlé : liberatori vrbis; de l'autre :

FVNDATORI QVIETIS.

Corp. inscr. lut., t. VI, 1039.

(2) Bullellino di archcologia cristiana, 1803, p. 49, 57-60,80.

(3) De Champagny, les Anlonins,i. I, p. 380, 395,410; dellossi, Bull. (Il urch. crist., 18G3, p. 59; Duruy, Histoire des Romains, t. VII, p. 57.

des circonstances qui préparèrent ou accompagnèrent le succès de Constantin.

A l'exemple du sénat, les particuliers, les villes, les provinces , voulurent honorer par des monuments et des fêtes « le libérateur de Rome, le fondateur du repos public ». Pendant que l'on travaillait encore à l'arc de triomphe, commençait à s'élever presque en reg'ard, au sommet de TEsqulHu, une basilique (1) construite aux frais d'un consul (2), qui rappellera par ses décorations de marbres découpés, incrustées de nacre, la défaite de Maxence, la tète du tyran portée par les soldats, les courses et les spectacles par lesquels fut célébrée la victoire (3). Mais nulle part l'enthousiasme ne parut aussi grand qu'en Afrique, où la cruauté de Maxence s'était fait phis durement sentir. La tète du vaincu, montrée d'abord au peuple de Rome, avait été envoyée à la malheureuse province comme signe sensiljle de sa délivrance. La joie éclata de toutes parts. Cirta, presque entièrement ruinée lors de la guerre contre Alexandre , se hâta de prendre le nom de Constantine (V). Les manifestations populaires et les hommages officiels se produisirent à l'envi. On promenait processionnellement dans les villes des tableaux représentant la bataille du pont

(1) Devenue l'église de Saint-Aiidré. aujourd'hui détruite; voir Duchesne, le Liber Pont., t. I, p. 250, note 2; Arniellini, le Chicsc tli Borna, p. 115-118.

(2) Junius Bassus, consul ordinaire en 317.

(3) Jiiill. (li arcli. cris/., 1871, pi. I-IV et p. 53.

(4) Aurelius Victor, de dvxaribm, 40.

Milvius (1); les autorités provinciales instituaient un collège de prêtres pour célébrer, au nom de l'Afrique, le culte civil de la famille Flavia, c'est-cà-dire présider à des jeux périodiques en son honneur (2).

En acceptant la dédicace de ces temples sans idoles, en autorisant l'institution de ces sacerdoces sans sacrifices, Constantin, qui parait s'être abstenu personnellement à Rome de toute cérémonie païenne (3), ne se montrait point infidèle au culte nouveau qu'il avait embrassé (ï). Il recevait de bonne erâce les

(1) Table do marbre Irouvée en Algérie, haute de O"",'»', large de 0'",3(), malheureusement incomplète. A la partie gauche, seule subsistante, sont peints trois hommes en toge, la tête laurée, se dirigeant vers la droite; l'un deux lient un rameau d'olivier. Derrière eux marchent <iuatre hommes en tunique, portant sur leurs épaules un tableau, où se reconnaît un |)ont de pierre chargé de chevaux et de chars, au bas duquel est amarrée une barque (allusion vraisemblable au pont de bateaux). Le sujet du tableau est indiqué par l'inscription :

PONS MVLVI

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