‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 4)Chapitre 5 sur 50 · IMPERATORIS · texte numérisé non relu

IMPERATORIS

co N stantini.

Héron de Villefosse, Archives des missions scienti/lqxcs et H liera ires, 1875, p. 380; Corpus inscr. lat., t. VIK, 9356. — Aujourd'hui au musée d Alger.

(2) « Per Africam sacerdotium docretum est Flaviœ genti. » Aurelius Victor, De Cxsnribits, 40.

(3) Les panégyristes qui décrivent son entrée triomiihale à Rome parlent des S|)eclacles auxquels il assista, mais ne font mention ni de sacrifice, ni même de visite au Capitole. Cf. Baronius, Ann., ad ann. 312, ^58; TiWqwwwV, Hisloire (les Empereurs, t. IV, p. liO; A. de Broglie, l'Éylise et L'Empire romain, t. I, p. 235.

(4) Vne inscription, de quelques années postérieure, montre clairement la pensée de Constantin à ce sujet. Les habitants de Spello, dans l'Ombrie, lui demandèrent, vers 327, la permission d'élever un temple ii la gens Flavia , la famille impériale. Constantin accorda l'autorisation

hommages de ses sujets idolâtres, et se contentait, sur les monuments qu'ils lui élevaient , de formules ambiguës et d'aveux involontaires; mais, sur ceux qu'il élevait lui-même, il ne craignait pas de laisser voir ses vrais sentiments. Quand sa statue fut érigée au milieu d'un des forums, Constantin voulut qu'on lui mit dans la main une lance en forme de croix : le piédestal reçut, par son ordre, l'inscription suivante, qu'il est intéressant de comparer à celle que les pères conscrits gravèrent au fronton de l'arc de triomphe : « Par ce signe salutaire, emblème du vrai courage, j'ai délivré votre ville du joug du tyran. Au sénat et au peuple romain, rendus à la liberté, j'ai restitué leur première gloire et la splendeur due à leur noblesse (1). » Cette phrase n'avait

liai' un long roscrit dont l'original, gravé sur une table de marbre, est conservé au palais municipal de Spello. Muratori, puis Orelli, ont douté de son authenticité; celle-ci, défendue par Mominsen, Henzen, Wilmanns, est universellement admise aujourd'hui. Le temple que l'empereur permet d'ériger est, si l'on peut ainsi parler, un temple civil, quelque chose comme le Panthéon de Paris depuis qu'il a été profané, ou le temple de la Gloire qu'avait rêvé Napoléon et qui devint l'église de la Madeleine. Le ])rêlre qui devait le desservir avait l'unique fonction de faire célébier des jeux. Aucun acte religieux ne devait être accompli dans son enceinte. Le rescrit le dit expressément : aisdiîm

i-LWIAE HOC F.STNOSTRAf: GICiNTIS VT DESIUERiTIS M\G.\IIICO OPERE PElilICI VOLVMVS E\ OBSER\ ATIONE l'ICRSCRlPTA NE AEDIS NOSTUO iNO.MINE DEOICATA CVIVSQVAM CONTAGIOSE SVI'ERSTITIONIS FRAVniRVS POLLVATVK (HcnZen,

Suppl. OrelL, 5.'580). Dans ces mots : « Que le tem|)le dédié à notre nom ne soit souillé i)ar les fraudes d'aucune contagieuse superstition, » on reconnaîtra avec Henzen, "NVilnianns, de Rossi , Aube, l'interdiction formelle d y offrir des sacrifices, d'y faire acte de paganisme. L'interprétation contraire de M. Duruy [Revue arclicolof/ique, mars 1882; Histoire (les Romains, t. VII, p. 64) est insoutenable. (1) Eusèbe, Hist. Eccl., IX, «J, 10, 11; De vila Constaiiliiii, l, 40. —

rien de blessant pour les païens, mais elle rappelait des circonstances qu'ils eussent aimé à laisser dans l'ombre, et empêchait l'équivoque de se produire ou de se perpétuer (1).

Ces nuances diverses n'échappaient pas aux chrétiens de Rome. Rien, dans les relations écriles ou dans les monuments figurés, ne fait croire qu'ils se soient livrés aux éclats d'une joie bruyante, peu compatible avec les ménagements voulus dont l'empereur accompagnait encore la déclaration de ses croyances. Accoutumés à traduire leurs pensées par des symboles à la fois expressifs et discrets, c'est de cette même manière, exempte de toute ostentation, qu'ils voudront, au lendemain de la victoire, célébrer le royal converti. A partir de ce moment se répand l'usage d'inscrire dans tous leurs monuments, et jusque sur les moindres ustensiles, le monogramme triomphal que Constantin a mis sur ses étendards. Au fronton des églises ou sur l'humble loculus des catacombes, ce signe du Christ, et de l'empereur victorieux par le Christ, apparaît comme le symbole d'une ère nouvelle, en même temps que comme

II serait inléressant d'avoir Je texte latin de cette inscription; mais on n'en possède que la traduction grecque d'Eusèbe : Tovtco Ttji ffwrrip'.w- 0£i nr,\t.z'.(jù. tw à/,r,8tvâ> D.iyytçt ■zf,;, àvopst'a;, Tr,v TrôXtv Û(awv àTiôÇyvoù to'j Tupivvoy ôia(7wÔ£Ï(Tav Y)X£u6£pti)(7a • éti (xtiv v.cd ty-jV (yjyxXiQTOv xai tov ùrju-ov 'Pw[i.aîwv Trj ipyjx'.ct. èîtiçavEia xal t?) ),au,7ip&TriTi £),£u6£pa)(Ta; à;roxaT£(Txr)!ja.

(1) Voir dans le même sens V. Schultze, Untcrsuchung ziir Gcscliichle Koiistanlias dcr Grosse, dans Zfiischrift fur KirclK'tujcschichte, Vil, p. 343 et suiv.; cf. du même auteur, Gcscinc/ilc des Untcr- (jungs des (jriechisch-romischen Hcidcnlliuius, 1887, !. I, p. 34.

une perpétuelle allusion à Févénement extraordinaire qui en a marqué le début. Quelquefois cette allusion est rendue plus claire par la reproduction de la promesse maintenant accomplie : (( Sois victorieux, » « tu vaincras par ce signe, » « par ce signe tu seras toujours vainqueur (1). » D'autres fois, sur des bas-reliefs de sarcophages (2) ou des fresques des catacombes (3), le monogramme est représenté au milieu des airs, conduisant les Mages au berceau du Christ; ailleurs, il resplendit, comme un astre nouveau, sur un fond clair semé d'étoiles (V). Jusque dans les obscures profondeurs des cimetières souterrains, l'art chrétien du quatrième siècle semble illuminé par la croix de feu que vit Constantin.

(1) N (1K\)— IN HOC VINCES — IN HOC SIGNVMSEMPER VJNCES — IN HOC SIGNO T7«ces.Bosio, Borna sollerranea, p. 215; de Rossi, De tilnlis Cartliaginiemibus, dans Splcil., Solcs)n., t. IV, p. 516, 518; Bull, di arch. crist., 1872, p. 32; 1875, p. 80; Arniellini, Il cimilero di S. Agnesc, p. 215 et pi. X.

(2) Edmond Le Blant, Annales de philosophie chrétienne, février 1863, p. 88; Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. II, p. 26; les Sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 120; Roller, les Catacombes de Borne, t. II, p. 150 et pi. LXIX, fig. 2.

(3) Bull, di arch. crist., 1863, p. 76, 79.

(4) Niche absidale du mausolée constantinien de sainte Constance, sur la voie Nonienlane;Muntz, Bévue archéologique, juin 1878, p. 359, 361; Bullelt. di arch. crist., 1880, p. 62, 65; Arniellini, le Chiese di Borna, p. 674. — Arcosolium dans le cimetière de Calliste : grande étoile à huit rayons en forme de croix équilatérale combinée avec le X, dans un cercle, au milieu dune voùle semée d'étoiles plus petites; lioma sotterranea, t. 111, pi. XX.W, 2.

L'édit de Milan (313).

Parmi les adulations et les fêtes, Constantin n'oubliait pas la cause dont il était devenu le champion. Pendant qu'il luttait contre Maxence, les chrétiens n'avaient pas cessé de soufTrir en Orient : seule la diversion causée par la peste et par la malheureuse g'uerre d'Arménie avait apporté quelque ralentissement à la persécution : celle-ci durait cependant. D'accord avec son allié Licinius, Constantin résolut d'y mettre un terme. De ce ton de maître qu'il prenait volontiers maintenant, il écrivit à Maximin une lettre menaçante (1). Maximin n'osa résister : après avoir donné une dernière satisfaction à ses haines en faisant noyer secrètement quelques chrétiens (2) , l'incorrig-ihle païen adressa au préfet du prétoire Sabinus un rescrit aussi maussade , mais plus hypocrite que la circulaire dictée, l'année précédente, à ce magistrat.

Dans cette pièce (3), Maximin commence par rappeler que Dioctétien et Maximien Hercule avaient voulu ramener par les supplices au culte des dieux

(1) « Constanliiii lilteris detencUir. » Laclance, Dv mort, pcrs., 37.

('2) « Et latnen si quis inciderat, mari occullc inergebatur. » lOid.

(3) Eusèbe, Hisl. Ecd., L\, 9, 13. — Eusèhe semble placer le rescrit de Maximin après l'édit de Milan, te qui s'accorde mal avec la chronologie et avec la suite logique des événements.

« la presque totalité des hommes, qui s'en était éloiernée pour se donner à la secte des chrétiens. » Puis, racontant Thistoire à sa manière, il parle de la tolérance que lui-même montra au commencement de son règne, et grâce à laquelle il eut le bonheur de rendre à la religion officielle beaucoup de ceux qui lavaient quittée (1). Enfin il s'étend avec complaisance sur le voyage fait il y a un an dans toute l'Asie romaine, les pompes païennes déployées lors de son entrée à Nicomédie, les pétitions €pie toutes les villes lui adressèrent pour demander l'exil des chrétiens (2). Après ces longs préambules, il arrive à l'objet de sa lettre :

« Bien que souvent, dit-il à Sabinus, je t'aie, par écrit ou de vive voix, donné pour instructions d'empêcher les gouverneurs de poursuivre rigoureusement les provinciaux qui persévèrent dans la religion chrétienne, et de leur conseiller l'indulgence, cependant, de peur que les bénéficiaires (soldats de police) ou tous autres n'usent à leur égard d'injustice ou de concussion, j'ai voulu te rappeler que nos provinciaux devaient plutôt être ramenés aux dieux par la douceur et la persuasion. Si quelqu'un d'eux leur revient spontanément , on doit l'accueillir à bras ouverts. Que si d'autres préfèrent garder leur religion, il faut les laisser à leur libre arbitre. Telle est la règle que doit suivre ta dévotion : n'accorder à personne la permis-

(1) Voir phis haut, p. 30.

(2) Voir plus haut, p. 167.

sion d'opprimer les habitants des provinces; regagner par la douceur ceux-ci à notre culte. Pour que nos ordres soient connus de tous nos provinciaux, tu auras soin de les résumer dans un édit (1). »

Par cette pièce, qui ne promettait rien, ne rétractait rien, et, jusque dans sa modération affectée, respirait l'ardeur du prosélytisme, qui Maximin espéraitil tromper? ses sujets chrétiens, ou Constantin? Ni celui-ci, ni ceux-là ne crurent à d'aussi vagues assurances. Les premiers savaient leur maitre capable de toutes les palinodies : ils l'avaient déjà vu passer, sans scrupule, de la tolérance promise à la persécution déclarée, et n'ignoraient pas que, tout en se pliant aux circonstances, Maximin n'avait jamais abandonné l'intention de rétablir, par force ou par ruse, la complète domination du culte païen. Aussi j ne crurent-ils pas la persécution terminée; ceux qui s'étaient cachés demeurèrent dans leurs retraites; on ne se hâta pas de reprendre possession des édifices consacrés au culte et de recommencer les assemblées religieuses (2). Les chrétiens restèrent sur le quivive, et refusèrent de considérer comme une paix, ou même une trêve durable, ce qui était seulement,

(1) A'.7.Tày[;,aT'. Ottô coO TîpoTsfJs'vTi tô Xîyc),c0(7[j.£vov o-^z'ÙEic, ar,\(Jù'70n. — Le prélel du i)rétoire devait faire connailre au public le rescrit de l'empereur, soit par une reproduction intégrale, soit par un résumé, auquel on donnait le nom dédit, parce ([u'il était adressé à tous, a Posf cdiclum meum qito seciindum inandita tua hxlerias esse vêtuerain, » écrit Pline à Trajan, X, 97.

(•>) Eusèbe, Hist. EccL, IX, 9, 10, 11.

à leurs yeux, une courte suspension d'armes. Constantin ne prit qu'en apparence une autre attitude. Il venait de trouvei' à Rome des preuves écrites du traité conclu entre Maximin et Maxence : aussi savaitil à quoi s'en tenir sur les secrets desseins du tyran de l'Asie (1); mais il entrait dans sa politique de retarder un conflit que la divergence de leurs sentiments ferait éclater tôt ou tard. Il feignit de se contenter de la réponse indirecte donnée à sa lettre, puis, au commencement de l'année 313, après avoir reçu dans la ville éternelle les insignes de son troisième consulat (2\ il partit pour Milan, où l'attendait Licinius.

Le premier objet de leur réunion était la célébration des noces de Licinius avec la sœur de Constantin. Mais d'importantes délijjérations devaient se poursuivre au milieu des fêtes du mariage impérial ; aussi les deux Augustes jugèrent-ils convenable d'y convoquer le vieux Dioclétien, moins sans doute pour faire figurer dans le cortège nuptial ce doyen de la pourpre, que pour s'éclairer de ses conseils et donner par son autorité plus de force aux réformes qu'ils méditaient. C'est ainsi que , six ans plus tût , Galère avait considéré la présence de Dioclétien comme une sanction néces-

(1) « Uomain... susceplus imiieratorCoiislaiitinus Maxiniiiii perlidiain cognoscit, lilteras depreheiidit, statuas et imaf^iiies invenit. » Lactancc, De mort, pers., 44.

(2) Constantin, entré à Rome le 29 octobre 312, et y ayant pris le consulat le 1"" janvier 313, y demeura un peu plus de deux mois. n Quidquid mali sexennio toto dominatio feralis inflixerat, bimeslris fere cura sanavit, » dit le panégyriste Nazaire.

saire de l'élection de Licinius (1). Mais Dioclétien n'était plus le vétéran résigné à son sort , Termite heureux et consolé par la conleniplation de ses beaux jardins. Le désespoir qu'il avait ressenti naguère en apprenant que ses statues avaient été abattues en Gaule avec celles d'Hercule (2), venait de se raviver à la nouvelle du même aiTront subi à Rome par l'ordre de Constantin. Mari sans épouse, père privé de sa fille, empereur accablé d'humiliations, malade atTaibli par la souffrance, que viendrait-il faire aujourd'hui dans les fêtes des princes ou dans les congrès des souverains? Il s'excusa sur sa vieillesse et ses infirmités. Constantin, dont l'esprit s'ouvrait facilement au soupçon, lui répondit avec dureté, l'accusant d'avoir favorisé Maxence et même (ce qui est invraisemblable) d'être actuellement d'accord avec Maximin. Le malheureux empereur ne put supporter ces reproches, dans lesquels il crut voir le présage d'une condamnation future. Voulut-il, comme l'affirment quelques historiens, prévenir cette condamnation par le suicide (3)? Succomba-t-il , comme d'autres le pensent, à l'âge, à

(1) Voir plus haut, p. 88.

(2) Voir plus haut, p. 144.

(3) « Vixit annos sexaginla octo, ex quibus conimuni habilu prope novem egit. Morte coiiàuniptus est, ut satis patet, formidine voluntaria. Quippe cum a Constanlino atque Licinio vocatus ad festa nuptiaruin par scnectaui, quo minus interesse valeret, excusavisset, rescriptis minacibus acceptis, quibus increi)abatur Maxenlio favisse, et Maximino favere, suspectans necein dedecorosarn, venenum dicilur hausisse. » Aurelius Victor, t'piiome, 39, 8. — « Famé atque angore confcclus est. » Lactance, De mort, jyers., 42.

la maladie et au chagrin (1)? On sait seulement qu'il mourut vers le milieu de 313 (2), et sa mort, quel que soit le récit auquel on s'attache, laisse Timpression d'un de ces coups que la justice divine frappa successivement sur tous les persécuteurs du quatrième siècle (3). Peut-être son vrai châtiment fut-il de n'avoir pu mêler son nom à l'œuvre qui se poursuivit sans lui à Milan. Elle aurait plus valu pour honorer ou réhahiliter sa mémoire que les hommages posthumes qui lui furent prodigués, le titre de divus que lui décerna le sénat (4), et le superbe mausolée, couvert d'un voile de pourpre (5), dans lequel on enferma ses cendres.

Il ne s'agissait de rien moins que d'effacer les dernières traces de la persécution qui, par la faiblesse deDioclétien, depuis dix ans dévastait l'empire. Galère l'avait tenté; mais Fédit rédigé en 310 et promulgué au commencement de 311, n'était en vigueur que dans une partie du monde romain. Les

il) Mazpà y.al znù.'jno'i'CT, -:?; xoO <7oj(jLaTo; à/jbv.ii'X O'.epYotij'Jît;- Eusèbe, Hist.Eccl, VIIL ai>|)endicc, 3. — La Cf/roDique d'Alexandrie parle d'hyJiopisie.

1,2) Il résulte de Laclance, De mort, pcrs., 43, que Dioclélien mourut avant Maximiii. Or, la mort de ce dernier est du mois d'août 313 (voir la note de Baluze sur Laclance, De mort. per.s., 49, et Tillemont, Hist. des Emp., t. IV, p. 15G). Celle de Dioclélien eut donc lieu entre cette date et les premiers mois de 313, époque du mariage de Constantia, où il avait été invité. Cf. Tillcmont, Bist. des Emp., t. IV, p. 610, note XX sur Dioclélien.

(3) Saint Jérôme, la XIV Zdch.

(4) Eutrope, Jlrrv., \\, 28.

(5) Ammien Marcellin, XVI, 28.

provinces qu'avait possédées Maxeiicc ne le connaissaient point : bien que ce prince y eût rétabli depuis assez longtemps la paix religieuse, elle manquait pour ses anciens sujets d'un titre légal. L'édit n'avait encore force de loi ni en Italie ni en Afrique. A plus forte raison demeurait-il lettre morte en Orient. Promulgué du vivant de Galère dans tout le nord de l'Asie romaine, il y avait été abrogé de fait quand celte portion de ses États était tombée aux mains de iMaximin. On se rappelle que dans les États propres de celui-ci, c'est-à-dire en Syrie et en Egypte, il n'avait jamais été publié officiellement. La récente lettre à Sabinus, qui contenait seulement de vagues conseils de tolérance, ne faisait même aucune allusion à ledit. La Gaule, l'Espagne et la Belgique, domaine de Constantin, les pays situés entre l'Adriatique et le Bosphore, apanage de Licinius, considéraient seuls comme une loi de l'empire l'acte autrefois arraché par la maladie à l'impuissant repentir du vieux Galère. Le reste du monde romain ou ne l'avait pas reçu, ou ne le recevait plus. Une question se posait aux deux empereurs, devenus par leur étroite alliance et par la victoire de Constantin les maîtres incontestés : allaient-ils promulguer l'édit dans les provinces conquises sur Maxence, et contraindre par la menace ou par la force Maximin à faire la même promulgation en Asie et en Egypte? Cette conduite paraissait la plus simple ; mais elle ne répondait plus aux sentiments de Constantin. En ouvrant les yeux à la foi nouvelle, il s'était aperçu que certaines disposi-

tioDS, qui d'abord ne Favaient point choqué, marquaient de la part du législateur une défiance injurieuse à l'égard des chrétiens : telle était la condition « de ne rien faire contre la discipline, » dont la formule élastique pouvait se plier aux interprétations les plus diverses; telles étaient surtout les instructions particulièresljointes au texte (1), sortes « d'articles organiques » dont la teneur ne nous est point parvenue , mais qui apparemment restreignaient dans la pratique la liberté octroyée en Ihéorie. Une autre partie de ledit lui paraissait prêter à la critique : en autorisant les chrétiens à « rétablir leurs assemblées », Galère n'avait pas réglé la manière dont ils reprendraient possession des biens confisqués, en particulier les droits que leurs communautés pourraient faire valoir sur ceux des biens ecclésiastiques dont le fisc avait déjà disposé. Enfin, le langage employé par Galère, ce style outrageant, cette manière haineuse de donner la paix, contrastaient trop avec les pensées actuelles de Constantin pour qu'il en acceptât désormais la responsabilité. Ni pour le fond, ni pour la forme, ni en raison des circonstances mêmes qui l'avaient amené, l'acte de 311 ne lui paraissait la charte définitive de la liberté religieuse. Une nouvelle loi devait donc être rédigée, qui efi'acerait les conditions défavorables aux chrétiens, réglerait toutes les questions restées en litige, établirait la paix des consciences sur un fondement inébranlable, et la pro-

(1) Voir plus haut, p.'ljl.

L ËDIT DE MILAN (313). 241

clamerait en des termes dignes d'une telle cause.

Licinius n'avait rien à refuser au vainqueur de Maxence. Son scepticisme politique lui permettait de feindre des sentiments religieux conformes à ceux que professait sincèrement son impérial beau-frère. Il entra donc sans peine dans la pensée de Constantin et se mit d'accord avec lui pour adresser à tous les magistrats la constitution suivante, dont le texte officiel nous a été conservé par Lactance (1), à l'exception du préambule que nous connaissons seulement par la traduction grecque d'Eusèbe (2) :

« Depuis longtemps déjà nous avions reconnu que la liberté de religion ne doit pas être contrainte, mais qu'il faut permettre à chacun d'obéir, pour les choses divines, au mouvement de sa conscience. Aussi avionsnous permis à tous, y compris les chrétiens, de suivre la foi de leur religion et de leur culte. 3Iais parce que, dans le rescrit où leur fut concédée cette faculté, de nombreuses et diverses conditions avaient été énumérées (3), peut-être à cause de cela quelques-uns y re-

(1) Laclance, De mort, pers., 48.

(2) Eusèbe, Hisl. EccL, X, 5.

(3) no).).at xal ôtâçopoi alpêfTSt;. Eusèbe, Hist. EccL, X, 5, 2. — Celte phrase a donné lieu aune singulière nié|nise. On a traduit aloîcrei; par sectoo, et l'on a supposé qu'un premier édit, où il était question d'hérésies, avait été rendu par Constantin et Licinius. Valois, cité par Tilleinont {Mémoires, t. V, art. xlvi sur la persécution de Dioclétien). croit que dans ce premier édit « l'on avoit été choqué de ce que la religion chrétienne y avoit été tellement relevée, qu'il sembloitque toutes les autres y eussent été défendues : et encore de ce que les diverses .sectes sorties des chrétiens y étoient qualifi-^es du nom odieux d'hérésies. » M. de Broglie [l'iùjllse el l'Empire romain an quatrième

noncèrent après un certain temps (1). C'est pourquoi, quand moi, Constantin Auguste, et moi, Licinius Auguste, nous nous sommes rencontrés heureusement à Milan (2), pour y traiter de tous les intérêts qui impor-

siècle, t. I, p. 239) suppose au contraire que ce premier édit était « conçu dans des termes d'une généralité telle, qu'il semblait s'étendre à des sectes ennemies de toute morale et favoriser par là une licence périlleuse ". Cet édit postérieur à la défaite de Maxence, antérieur à ledit de Milan, et susceptible d'interprétations si diverses, n'est rapporté nulle part. Il a été cependant cité de confiance par un grand nombre d'historiens : aux noms que je viens d'indiquer on peut ajouter Beugnot [Histoire de ladesfnictioa du paganisme en Occident, 1. 1, p. 57), Aube {De Constantino impcratore pontifice maximo, p. 20), Boissier [l'Édit de Milan, dans la Revue des Deux Mondes, l^" août 1887, p. 520). M. de Champagny [Les Césars du troisième siècle, t. III, p. 454-455) ne l'admet qu'avec hésitation. Son existence paraît ne reposer que sur une mauvaise traduction de la phrase grecque d'Eusèbe. Ilo/lal xaiSiasopoi alpecret; ne veut pas dire « de nombreuses et diver.ses hérésies, » mais « de nombreuses et diverses conditions ». C'est ainsi que, plus loin, amotis omnino conditionibus, dans la partie du texte latin que nous a conservé Lactance, est traduit par Eusèbe : àçjatpsOEicrtrfv TtavxaÀw; twv aîoéffswv. Hxresis, dans le sens de conditio, se rencontre même en latin : au Code Théodosien, XVI, vi, 9, 10, navalem hxresim est mis \ioy\r navalem conditionem, la condition, la fonction héréditaire du marin. Voir Baluze, Notes sur le De mort, pers., 48; Mason, The persécution of Diocletian. p. 327-329; Asclepiades, Kaiser Licinius, Excursus III, p. 79-81 ;Zahn, Constantin der Gross und die Kirche, 187C; Gorres, Toléra nzedictc, dans Kraus, Real-Encykl. des chrislichen Alterlhiimer, t. II. p. 899.

(1) Ici se termine le préambule donné par Eusèbe seul.

(2) « Cum féliciter tain ego Conslanlinus Augustus quam eliain ego Licinius Augustus apud Mediolanensesconveni.ssemus... » — Comme je l'ai établi plus haut, la rencontre des deux empereurs eut lieu au commencement de 313; Constantin n'avait séjourné que deux mois à Rome après le 28 octobre 312, date de la bataille du Pont Milvius, et s'était rendu ensuite à Milan. Le congrès de Milan ne dura luimême que deux ou trois mois, puisque Licinius battra Maximin près d'Iléraclée le 30 avril 313. On peut placer vraisemblablement en mars de la même année l'envoi de ledit aux magistrats. M. Bois-

tent à la tranquillité publique, nous avons cru que l'affaire la plus considérable, et qui devait être rég-lée la première, était celle du respect dû à la Divinité, et qu'il fallait donner aux chrétiens et à tous les hommes la liberté de suivre chacun la religion de leur choix : puisse cette pensée plaire à la Divinité qui réside dans le ciel, et la rendre propice à nous et à tous ceux qui nous sont soumis (1)! Nous avons donc jugé salutaire et raisonnable de ne refuser à personne la permission de donner sa préférence au culte des chrétiens, afin que la Divinité suprême, dont nous suivons par un choix libre la religion, nous accorde en toutes choses

sier se trompe donc en disant [l'Éclit de Milan, dans la Rccitc des Deux-Mondes, 1«'' août 1887, p. 527) que « depuis la bataille du Pont Milvius il s'était écoulé plus d'un an. » Ledit de Milan ne lui est postérieur que d'environ cinq mois.

(1) « Quod quideni divinitas in sede ca,'lesti nobis atque omnibus qui sub potestate nostra sunt constiluti placaluni ac i)ropitiuni possit existera. » — On remarquera, dans ce passage et dans plusieurs autres endroits de l'édit, cette vague expression Divinitas, dont nous avons déjà parlé, et qui était commune à toutes les religions. On n'en saurait conclure que Constantin n'était pas alors sincèrement converti au ciirislianisine. Les chrétiens eux-mêmes se servirent ((uelquefois d'expressions plus vagues encore pour désigner Dieu : Quod Snminifas dédit, lisons-nous sur nn marbre funéraire du cimelière de Callisle {Huit, diurch. crist., 1865, p. 11). Dans une constitution qui ne comi)ortail aucune profession de foi spéciale et devait être lue par ses sujets de tous les cultes, on comprend que Constantin ait cmidoyé un mot universellement accepté et compris. On doit se souvenir aussi que ledit de Milan est |niblié en son nom et au nom de Licinius, et que ce dernier, bien qu'adhérant à la politique religieuse de son collègue, ne fit jamais un acte explicile de christianisme: il fallait trouver une expression qui ne dépassât point sa pensée. Ces considérations me paraissent rendre inutile 1 hypothèse ingénieuse qui attribue le choix du mot Divinitas à quelqu'un des rédacteurs iiaïens attachas à la chancellerie impériale.

sa faveur accoutumée et sa bienveillance. Sache donc Votre Excellence (1) qu'il nous a plu de supprimer toutes les conditions qui, dans les rescrits que vous avez précédemment reçus, étaient imposées au sujet des chrétiens (2); nous voulons simplement aujourd'hui que chacun de ceux qui ont la volonté de suivre la religion chrétienne le puisse faire sans crainte d'être aucunement molesté. Voilà ce que nous avons cru devoir sig-nifier à votre sollicitude, afin que vous compreniez que nous avons donné à ces chrétiens l'absolue liljcrté d'observer leur religion. Ce que nous leur accordons, Votre Excellence doit comprendre que nous l'accordons aussi aux autres, qui auront la liberté de choisir et de suivre le culte qu'ils préfèrent, comme il convient à la tranquillité de notre temps, afin que nul ne soit lésé dans son honneur ou dans sa religion. »

Telle est la première partie de la constitution des deux empereurs. Sans entrer encore dans aucun détail d'application, elle pose, en un langage grave et serein qui contraste singulièrement avec celui de Galère, le principe général de la liberté religieuse. Cela seul suffit à consacrer la victoire du christianisme. De religion persécutée ou seulement tolérée, il passe tout d'un coup au rang de « religion licite », selon l'expression du droit romain, c'est-à-dire devient aux veux de l'Etat

(1^ Dicatto tua.

(2) Allusion à ledit de Galère et aux iusliuctlons en forme de commentaires dont il était accompagné; voir plus haut, p. 151 et 2il, note 3.

l'égale des cultes païens. Le pouvoir civil, qui depuis trois siècles s'était armé pour l'anéantir, renonce même à le surveiller, puisque les mesures de police prévues dans redit de 311 sont formellement abrogées par celui de 313. Tel est le terrain gagné ou plutôt conquis depuis moins de deux ans. Le nouvel édit proclame, sans réserves, la liberté des consciences, mais pour assurer d'abord celle des consciences chrétiennes, la seule qui, dans la société romaine, ait jamais été menacée (1).

« De plus, au sujet des chrétiens, — continuent les deux empereurs, — nous avons décidé que si les lieux où ils avaient auparavant coutume de se réunir, et dont il a été déjà question dans les instructions envoyées à votre office (2), ont été auparavant aliénés soit par le fisc, soit par quelque particulier, ils soient restitués aux chrétiens sans indemnité, sans aucune répétition de prix, sans délai et sans procès. Ceux qui les ont reçus en don ou même qui les ont achetés seront obligés de les rendre aussi promptement que

(l)Jesuisici d'accord avec M. Boissier. « Il faudrait êtreavciisle, écrit le savant critique, pour ne pas voir que l'édit de Milan, pris dans son ensemble, est fait jtar un chrétien et dans l'intérêt des chrétiens. Si celui qui l'a promulgué appartenait à ces éclectiques qui ne faisaient pas de distinction entre les cultes, il s'y préoccuperait de tous également, et ils seraient tous mis sur la même ligne, ce qui n est pas. On voit bien qu'en réalité il ne songe qu'aux chréliens; ils sont les seuls qui soient expressément nommés, et même il est dit, en propres ternies, que la tolérance qu'obtiennent les autres religions n'est qu'une conséquence de celle qu'on veut accorder au christianisme. » L'L'dit de Milan, dans la licvtte des Deux-Mondes, I"' août 1887, p. 528.

{f.) Voir les notes, p. 241 et 2 14.

possible ; s'ils pensent avoir droit, en retour, à quel- (|ue marque de notre libéralité, qu'ils s'adressent au vicaire (du préfet de la province). Mais toutes ces choses devront èlre immédiatement remises au corps des chrétiens. Et comme ces mêmes chrétiens ne possédaient pas seulement des lieux d'assemblées, mais aussi d'autres propriétés appartenant à leur corporation, c'est-à-dire aux églises, non à des particuliers, vous ordonnerez, en vertu de la même loi, que sans aucune excuse ou discussion ces propriétés soient rendues ta leur corporation et à leurs communautés, en observant la règle ci-dessus posée, c'est-à-dire en faisant espérer une indemnité de notre bienveillance à ceux qui auront restitué sans répétition de prix. En toutes ces choses vous devrez prêter votre assistance à ce même corps des chrétiens, afin que notre ordre soit rapidement accompli, car il est favorable à la tranquillité publique. Veuille, comme il a été dit plus haut, la faveur divine, que nous avons déjà éprouvée en de si grandes choses, nous procurer toujours le succès, et en même temps assurer la félicité de tous ! Afin que cet acte de notre bienveillance ne demeure ignoré de personne, ayez soin de lui donner en tout lieu la publicité officielle (1). »

Cette seconde partie de l'édit ne proclame plus des principes applicables à tous les cultes : elle est faite, comme dit le texte, spécialement « pour les chrétiens » .

(1) « l'rolata progainiiiale tiio hœc scripla et ubique pioponere et ad omnium scientiain te perferrc convcniet. » — Voir plus haut p. 1, note 235.

C'est im acte de réparation. La propriété ecclésiastique, constituée par les communautés chrétiennes dès le temps de Septime Sévère, et comprenant à la fois les édifices nécessaires au culte et à l'enseig-nement, les terrains consacrés à la sépulture, déjiY peut-être quelques immeubles de rapport destinés à subvenir aux multiples dépenses d'une société organisée, avait, depuis son établissement, souffert diverses atteintes : mise des cimetières sous séquestre au milieu du troisième siècle (1), confiscation complète des églises et des cimetières au commencement du quatrième. Plusieurs fois déjà les empereurs, effaçant les effets d'une persécution précédente , avaient reconnu le droit de l'Église à être propriétaire ; sans parler des restitutions faites par Gallien en 2G0 (2), on vient de voir Galère, en 311, rendre aux chrétiens leurs lieux d'assemblées, Maxence, la même année, remettre aux diacres du pape Miltiade les propriétés de l'Église de Home. Mais on a vu aussi que ces mesures n'avaient encore reçu qu'une exécution incomplète, que dans une partie de l'Occident les Églises chrétiennes n'étaient pas rentrées régulièrement en possession de leurs biens, qu'en Orient la persécution de Maximin était venue troubler la reconstitution du domaine ecclésiastique. Là même où la restitution avait été faite, elle n'avait probablement compris que les biens restés entre les mains

(1) Les Dernières Persécutions du Iroisième siècle, p. 51.

(2) IbicL, p. vii-xii, 165-lGG.

du fisc : toute la partie du domaine ecclésiastique déjà sortie de ces mains n'avait pu être rétablie. L'Église n'avait pas encore recouvré ceux de ses immeubles que le fisc avait précédemment aliénés, qui avaient été l'objet de donations ou de ventes, sur lesquels des tiers avaient acquis des droits de diverse nature, et dont quelques-uns avaient pu même être déjà transmis par l'hérédité à une seconde génération de possesseurs. Une véritable loi d'expropriation devait intervenir, si l'on voulait faire rentrer cette catégorie de biens dans le patrimoine de l'ancien propriétaire. Un souverain assez fort pour faire passer avant toute autre considération ce qu'il estimait la justice pouvait seul prendre une telle mesure, analogue à ce qu'aurait été, au commencement de notre siècle, un acte de Napoléon enlevant à leurs nouveaux possesseurs et restituant à l'Église tous les biens confisqués pendant la période révolutionnaire et déjà entrés dans le mouvement économique. Ce que Napoléon n'aurait pas voulu, ce que Pie YII ne demanda pas, est précisément ce que fit Constantin; mais, pour rendre supportable un acte qui blessait tant d'intérêts, il essaya de tempérer la justice par l'équité, et de donner immédiatement confiance à ceux de ses sujets qui allaient se trouver atteints : de là cette promesse d'indemnité deux fois répétée dans l'édit.

Telles sont les dispositions de sa seconde partie : on en comprend aisément toute la portée. Dans la première, Constantin et Licinius ont solennellement reconnu aux individus la liberté de professer le

L'ÉDIT DE MILAN (313). 2 il)

christianisme; clans celle-ci, ils reconnaissent l'existence de la société chrétienne : tous les mots qui peuvent la désigner, corpus, convenliculum, ecclesia ; sont successivement employés : elle est distinguée avec soin des particuliers, ad jus corpuris eorum, ici est Ecclesiarum, non Iwminum singulorum, perlinentia; son domaine collectif est nettement mis à part do la propriété individuelle : son droit d'être et de posséder, antérieur aux persécutions et supérieur aux lois qui l'avaient contesté, est avoué par l'effet rétroactif donné aux mesures prises pour le rétablir; l'Église acquiert définitivement, vis-à-vis de l'État, cette personnalité morale et civile qu'elle essaya jadis d'abriter sous le couvert des lois relatives aux associations funéraires, et qu'un édit solennel lui permet aujourd'hui de prendre sans subterfuge, au grand soleil, à la face de tous. Désormais elle pourra, dans la sphère immense où Dieu l'appelle à se mouvoir, exercer utilement tous ses droits et remplir toute sa mission. Pendant que la religion païenne, à laquelle rien n'a encore été changé, demeure confondue avec l'État, la religion chrétienne apparaît vis-à-vis de lui, pouvoir distinct, non rival, vivant de sa vie propre, et munie de tous les organes extérieurs qui lui permettront de la manifester. Le pape au Latran, César au Palatin, telle est l'image de la situation nouvelle qui résulte de la conversion de Constantin et de l'édit de Milan.

La fin de Maximin.

En préparant l'édit de Milan, les deux empereurs s'étaient peut-être demandé avec inquiétude par quels moyens ils contraindraient Maximin à l'observer sincèrement. Celui-ci les tira d'embarras. Le cauteleux Barbare, profitant de l'éloignement de Licinius, jeta soudain le masque. Les fêtes du mariage n'étaient pas terminées (1), qu'en plein hiver il s'était rendu de Syrie en Bithynie, avait passé de là en Thrace, pris Byzance, et mis le siège devant Héraclée. Licinius courut défendre son empire. Ses troupes, rassemblées à la liàte, étaient inférieures en nombre à celles de Maximin : aussi se proposait-il de retarder les mouvements de l'ennemi et de secourir les villes investies plutôt que de combattre en rase campagne. Cependant, après la prise d'Héraclée, les deux armées se trouvèrent si proches, qu'un combat devint inévitable (-2).

Constantin était à ce moment sur les bords du Rhin, où une invasion de Francs l'avait appelé pendant que son beau-frère se rendait en Thrace (3) ; mais le souvenir de sa victoire sur Maxence animait les soldats

(1) « Maximinus ubi oos iiitellexit niiptiarum solemnibus occupalos... » Lactance, De mort, pers., 45.

[ï) Ibid. (3) Paneg. réf., G.; Zosime, IL

de Licinius : ils comptaient sur le secours du Dieu qui était si visiblement intervenu en sa faveur. On racontait dans leur camp que Maximin venait de promettre à Jupiter la complète extinction du nom chrétien si le succès restait à ses armes (1). La guerre, ainsi entendue, devenait une guerre religieuse. Soit conviction passagère, soit calcul habile, Licinius entra dans les dispositions où il voyait ses soldats. Par ses ordres une formule de prières qui, sans contenir une profession de foi nettement chrétienne, séparait cependant la cause pour laquelle on allait combattre de celle du polythéisme (2), fut lue devant les troupes le matin de la bataille. Officiers et soldats, ôtant leurs casques, posant à terre leurs boucliers, répétèrent trois fois : « Dieu souverain, nous te prions. Dieu saint, nous te prions. Nous te recommandons notre juste cause, nous te recommandons notre salut, nous te recommandons notre empire. Par toi nous vivons, par toi nous sommes heureux et vainqueurs. Dieu saint et souverain, nous te prions. Nous tendons vers toi nos bras. Exauce-nous, saint et souverain Dieu (3). » Puis, remettant leurs casques, ramassant leurs boucliers,

(1) « Tu lie Maximinus ejusmodi votuin Jovi vovit, ut si victoriam ce- I)lssel. chrislianorum nomen evslinguerelpenitusque deleret. » Lactance, De mort, jjers., 46.

(2) Lactance, loc. cit., dit qu'un ange montra cette formule à Licinius pendant son sommeil. On peut trouver suspect ce récit, qui ne repose pas, comme celui de la vision de Conslantin, sur des témoignages précis.

(3)nSumme Deus, te rogamus. Sanclc Deus, le rogamus. Omnem justiliam tibi commendamus, .-alutem noslram tibi commendamus, im-

ils attendirent le signal du combat. L'armée de Maximin, rangée à l'autre extrémité d'une vaste plaine, entendit les voix, vit le mouvement : une vague terreur la saisit. Peut-être ce sentiment ne futil pas étranger à la condescendance avec laquelle son chef se prêta à une entrevue; mais, dans le colloque rapide échangé avec Licinius, au milieu de la plaine, sous les regards des deux armées, il ne voulut entendre à aucune proposition de paix (1). Bientôt le clairon sonna, les étendards s'agitèrent : en un instant la mêlée devint terrible. La foi au Dieu qu'ils venaient d'invoquer doublait les forces des soldats de Licinius. La victoire se déclara promptement pour eux. Des meilleures troupes de Maximin une partie périt, une autre partie l'abandonna. Les gardes du corps eux-mêmes firent défection (2). Quand le malheureux souverain vit la bataille perdue, il quitta son manteau de pourpre, jeta sur ses épaules une misérable casaque d'esclave, et, fuyant à travers la plaine jonchée de cadavres, gagna le rivage, où il s'embarqua (3). Sa désertion fit déposer les armes à ceux qui lut-

peiiuin nostruin tibi commendanius. Per le viviinus, per te victores et felices existiinus. Summe saiicte Deiis, preces noslras exaudi. Brachia nostra ad te tendimus. Exaudi, summe Deus. » Lactance, loc. cit. On remarquera le rythme de cette prière, faite pour être répétée en chœur, phrase par phrase, comme une sorte de litanie. Elle ressemble beaucoup à celle que Constantin fit composer pour être récitée en commun, le dimanche, par ceux de ses soldais qui n'étaient pas encore chrétiens; Eusèbe, Be vita Constantini, IV, 19-20.

(1) Lactance, De mort, pers., IG.

(2) Eusèbe, Hist. EccL, IX, 10, 4.

(3) Eusèbe, loc. ci<. ; Laclance, De mort, pcrs., 47.

talent encore. Ce qui restait de l'armée de Maxiniin se soumit, et passa sous les drapeaux de Licinius. L'empereur fugitif arriva à Nicomédie le l'^^" mai , huitième anniversaire du jour où cette môme pourpre, qu'il venait d'abandonner honteusement, lui avait été remise par Dioclétien (1), De là, sans s'arrêter, il passa en Cappadoce, rassembla quelques troupes, et reprit le costume et les allures d'un empereur. Pendant ce temps Licinius traversait le Bosphore, et entrait à son tour dans la capitale de la Bithynie. Un de ses premiers soins fut la promulgation de l'édit de Milan (2). Le 13 juin, on put le lire sur les principales places de la ville, au lieu même où, dix ans et quatre mois plus tôt, avait été affiché le premier édit de Dioclétien, ordonnant la fermeture des églises. Licinius engageait maintenant les chrétiens à les rouvrir, à rebâtir celles qui avaient été abattues, à rentrer en possession de leurs biens confisqués. Non content de publier les articles de loi qui en réglaient minutieusement la restitution, il exhortait de vive voix les fidèles à reprendre leur vie de communauté , que la peur de Maximin avait suspendue : et déjà les ouvriers se mettaient à l'œuvre pour relever de ses ruines la cathédrale de Nicomédie, rasée par les prétoriens en 303 (3).

Alaximin s'était retiré en Gilicic, à l'abri du Taurus,

(1) Lactance remarque que Maxence avait de même été vaincu le jour anniversaire de son intronisation.

(2) Lactance, De mort, pers., 48.

(3) « His litteris propositis, etiam verbo horlatus est ut conventicula

25i LA BATAILLE DU PONT MILVIUS, ETC.

dont il avait fortifié les passages (1), Derrière cette ligne de montagnes, la résistance paraissait encore possible; mais, pour se défendre avec succès, il fallait n'avoir pas d'ennemis intérieurs, et pouvoir compter sur le dévouement de toute la population. Maximin s'aperçut enfin de la lourde faute commise en persécutant les chrétiens. Il les voyait défiants, indignés, tandis qu'au nord leurs Églises se reformaient joyeusement et bénissaient Licinius comme un sauveur. Sans doute, lexpérience lui avait montré que les chrétiens ne se révoltent pas contre les pouvoirs établis; comme tous les persécuteurs, il avait eu sous les yeux des exemples d'héroïque patience : cependant il craignait que les fidèles de ses dernières provinces ne jetassent des regards d'envie au delà du ïaurus, et ne fissent au moins des vœux secrets pour le succès de son adversaire. A ce sentiment tardif se joignait chez Maximin une sourde colère contre les conseillers auxquels il attribuait ses échecs. Qui lui avait inspiré tant d'ambition et d'audace, sinon les prêtres, les mages, les devins dont il remplissait naguère sa maison, et qui, en inspectant les victimes ou en faisant parler les oracles, l'avaient excité à prendre les armes? Maximin fit massacrer un grand nombre de ces malheureux (2) , dupes de leur fanatisme ou

iii statum pristiiuiin rcdderentur. Sic ab eversa Ecclcsia uscj ne ad reslitutain fuerunl anni deceni, menses plus minus quatuor. » Laclaiice. JJe mort, pers., 48.

(1) Lactance, Ibid., 49.

(2) Eusèbe, Hist. EccL, IX, 10, G.

flatteurs du sien; puis, s'imaginant peut-être avoir par ce sang apaisé les chrétiens, il rédigea en faveur de ces derniers nn édit dont les dispositions étaient calcpiées sur l'édit de Milan, mais dont le langage trahit à chaque ligne le mensonge et la peur (1).

(( L'empereur César Caius Valerius 3Iaximin, Germanique, Sarmatique, pieux, heureux, invincible, auguste. Toujours et de toutes les manières nous nous efforçons de procurer l'avantage des habitants de nos provinces, et de favoriser par nos bienfaits tout à la fois la prospérité de la République et le bien-être des particuliers : personne ne Fignore, et nous avons la confiance que chacun, interrogeant sa mémoire, en est persuadé. Aussi, ayant appris précédemment qu'en vertu de la loi rendue par nos divins parents Dioclétien et Maximien, pour ordonner la destruction des lieux où s'assemblaient les chrétiens, beaucoup d'excès et de violences avaient été commis par les officiers publics, et que le mal s'était chaque jour fait sentir davantage à nos sujets, dont les biens sont, sous ce prétexte, lourdement atteints, nous avons, l'année dernière (2), par des lettres adressées aux gouverneurs des provinces, déclaré que si quelqu'un voulait s'attacher à cette secte et observer cette religion, il lui serait permis de suivre sans empêchement son dessein, et personne n'oserait le lui interdire ; mais que

(1) Euseb., nist. EccL, IX, 10, 7-11.

(2) Tû irapsXôôvTi iviayTw. Ce mot fait bien voir que le rescrit à Sabinus, cité plus haut, est de 312, par conséquent antérieur à l'édit de Milan.

tous les chrétiens jouiraient d'une liberté complète, à labri de toute crainte et de tout soupçon. Cependant nous n'avons pu entièrement ignorer que certains de nos magistrats avaient mal compris nos ordres, et qu'à cause de cela nos sujets se défiaient de nos paroles et ne reprenaient qu'avec hésitation le culte de leur choix (1). C'est pourquoi, afin qu'à l'avenir toute inquiétude et toute équivoque soient dissipées, nous avons voulu publier cet édit, par le- (juel tous comprendront que ceux qui veulent suivre cette secte en ont pleine liberté, et que, par l'indulgence de notre majesté, chacun peut observer la religion qu'il préfère ou à laquelle il est accoutumé. On leur permet aussi de rétablir les maisons du Seigneur (2). Du reste, pour faire comprendre l'étendue de notre indulgence, nous avons voulu ordonner encore que si quelque maison ou quelque lieu appartenant auparavant aux chrétiens avaient été dévolus au fisc par l'ordre de nos divins parents, occupés par quelque ville (3), vendus ou donnés, ils revien-

(1) On ne peut confesser plus clairement le caractère illusoire du rescril à Sabinus, auquel les magistrats eux-mêmes ne s'étaient pas cru obligés dobéir.

(2) Ta xypiaxà O'XEïa. En latin, dominica. — acolito \ dominicv ci.e- ME>"Tis, « acohte de l'église de saint Clément; » Bull, di arclieolo- (jia cristiana, 1863, p. 25.

(3) 'H 07:0 -'.vo; 7.7i~t):r,z,'ir, îrô),£w;. — Il n'est pas question dans l'édit de Milan d'immeubles ciiréliens usurpés par les villes. Mais on a vu, par l'exemple de Tyr. que Maximin donnait aux municipalités de .ses États lechoix des récompenses qu'elles attendaient de lui en écbange de leur intolérance à l'égard des chrétiens (voir plus haut, p. 172); comme il ne put sans doute s'acquitter envers toutes par des remises

dront à leur ancienne condition juridique et à la propriété des chrétiens (1), alin que tous puissent reconnaître notre piété et notre sollicitude (2). »

« Telles sont, dit Eusèbe, les paroles du tyran. Voilà comment il s'exprime maintenant, lui qui, Tannée dernière, faisait graver sur l'airain ses édits contre les chrétiens. Récemment il nous traitait de profanes, d'impies, de gens nés pour la ruine du genre humain ; il déclarait que nous devions être exclus non seulement des cités, mais des campagnes et des déserts : et aujourd'hui il publie des constitutions et des lois en notre faveur! Ceux qui, en présence du tyran lui-même, périssaient par le feu, le fer, les dents des bêtes ou le bec des oiseaux, et souffraient tous les tourments et toutes les morts sous l'imputation d'impiété et d'athéisme, sont invités maintenant à pratiquer leur religion, engagés à rebâtir la maison du Seigneur : le tyran avoue et reconnaît leurs droits (3). »

d'impôts, il autorisa probablement quelques-unes à s'emparer du patrimoine confisqué des Églises eliréliennes.

(1) Etç TÔ àp-/'-'.îov ôixaiciv tôjv XptdTtavwv.

(2) M. Aube [De Conslantino iinpcralorc pnniilice maximo, p. 24) a émis des doutes sur l'aulhenlicité de ledit de Maximin. Sa j)rincipale objection est la similitude des dispositions de cet édit avec celles de l'édit de Milan. L'enchaînement des faits rend suf/isamment raison de cette similitude; on trouve d'ailleurs dans ledit de Maximin des détails topiques, comme l'allusion aux biens ecclésiastiques possédés par les villes, que nous avons expliquée dans une note précédente. Sur l'authenlicité des documents officiels du quatrième sii'cle cités par Eusèbe, on peut consulter une excellente page de M. Boissier {la Conversion de Constantin, dans la Revue des Deux Mondes, 1<^'' juillet 1886, p. 52).

(.3) Eusèbe, Ilist. EccL, IX, 10, 12.

258 LA BATAILLE DU PONT MILVIL'S, LTC.

Le souvenir de la persécution était trop récent , ses plaies encore trop saignantes, pour que les chrétiens éprouvassent, de la soudaine bienveillance de leur ennemi, d'autres sentiments que ceux que vient d'exprimer Eusèbe. Ils acceptaient avec reconnaissance les bienfaits de Constantin et même de Licinius, avec une dédaigneuse pitié les réparations intéressées de Maximin,

Celles-ci précédèrent de bien peu sa mort. Licinius venait de forcer les passes du Taurus : il s'avançait vers Tarse, où Maximin s'était retiré. Probablement sa flotte bloquait en cet endroit les côtes de Cilicie, car Lactance dit que toute retraite, par terre et par mer, se trouvait désormais fermée au tyran de l'Asie (1). Désespéré, Maximin s'empoisonna; mais, comme il venait de faire un copieux repas, son estomac fatigué rejeta une partie du breuvage vénéneux; ce qui resta n'agit que lentement, et termina sa vie dans de lentes et atroces souffrances. On dit qu'il perdit les yeux; les écrivains chrétiens ne manquent pas de rappeler qu'au temps de la persécution il avait fait crever ceux d'innombrables martyrs. Lui-même semble avoir reconnu la main qui le frappait : dans son délire, il s'imaginait voir le souverain Juge, entouré de ministres vêtus de blanc ; on l'entendait invoquer en pleurant la pitié du Christ. Enfin, consumé d'un feu intérieur qui semblait avoir dcssé-

(1) « Cum jam terra marique perterretur, nec ullum spcraret refugiuni. » Lactance, De mort, licrs. , 49.

ché ses membres, le malheureux rendit l'âme (1). Licinius n'imita pas la douceur que Constantin avait montrée à Rome après la défaite de Maxence. L'ancien ami de Galère se fit l'instrument d'une réaction impitoyable. Maximin fut déclaré ennemi public; ses statues renversées demeurèrent gisantes à terre, objet des continuelles insultes des passants : dans toutes les peintures où il figurait son visage fut noirci, afin de le rendre ridicule ou méconnaissable (2). Mais la colère du vainqueur ne se borna pas à ces objets inanimés. Licinius se rendit à Antioche, emmenant l'épouse de iMaximin, son fils et sa fille. La coupable impératrice fut noyée dans l'Oronte « où souvent par ses ordres avaient été jetées de chastes femmes, » c'est-à-dire probablement des chrétiennes (3). Les deux enfants furent massacrés (4). Avec eux périrent tous ceux cjui par le sang, par l'amitié, par une complicité quelconque, tenaient à Maximin. On cite parmi les condamnés Peucetius, qu'il avait trois fois élevé au consulat et dont il avait

(1) Lactance, De mort, pers., 49; Easkbe, Hist. Eccl., IX, 10, 6, li- 1(>. Les historiens païens inenlionneat simplement la défaite et la mort de Maximin. Aurelius Victor [Epitome, 40) dit que : « Apud Tarsum morte simplici occubuit. » — La simplcx mors a ici le sens de la mort parla maladie opposé à la mort parles supplices. Suétone {Julhis Cxsar, 74) et Prudence {Pcri Stephanôn, X, 'S??) emploient ce mot dans le sens, un peu différent, d'exécution capitale sans torture. C'est alors l'équivalent de hona mors dans Lactance, De mort, pcrs., 22.

(2) Eusèbe, Hist. Eccl., IX, 11, 2.

(3) « In Orontem prtnecipitata est. Ibi sœpe illa castas feminas mcrgi jusserat. » Lactance, IJe mor. pcrs., 50.

(4) Lactance, l. c. ; Eusèbe, Hist. Eccl., IS., U, 7,

260 LA BATAILLE DU PONT M[L\ lUS, ETC.

fait son ministre des finances (1); Ciilcianus, le sanguinaire gouverneur do FÉgypte (2). Un autre ennemi des chrétiens reçut alors le châtiment de ses crimes. Licinius venait de mettre à la torture les prêtres et les serviteurs du Dieu nouveau, Jupiter l'Ami, dont les réponses complaisantes avaient été l'un des moyens de règne de Maximin : ceux-ci révélèrent tous les artifices par lesquels on faisait parler Toracle : l'inventeur de la fraude, Théotecne, la J)aya de sa tète (3).

D'autres victimes plus touchantes, dont Lactance lui-même semhle avoir pitié, furent enveloppées dans ces terribles représailles. La fdle et la veuve de Dioclétien, Valérie et Prisca, ne trouvèrent point grâce auprès de Licinius. Celui-ci ayant fait mourir Candidien, bâtard de Galère, que Valérie avait adopté, les deux infortunées princesses durent reprendre leur vie errante, en cachant leur nom et leur rang. On les arrêta à Thessalonique. Une barbare sentence les envoya au supplice. Devant une foule émue d'une si grande infortune, ces deux vertueuses femmes furent décapitées, puis jetées à la mer (4). Contraintes naguère à l'apostasie par Dioclétien, persécutées par Maximin, poursuivies de nouveau par licinius, après avoir connu toutes les grandeurs elles avaient bu à tous les calices d'amertume ; mais Dieu, en les faisant

(1) Eusèbe, Utsl. Eccl., IX, 11, 4.

Ci) Ibid. —Voir plus haut, p. 102.

(3) Eusèbe, Hist. Eccl., LX, 11, 5, 6. (i) Lactance, De mort, pers., 50-51.

passer par d'aussi longues souffrances, leur réservait peut-être le temps et les moyens de se repentir : on aime à croire que, dans le douloureux mystère do leur destinée, brilla le rayon consolateur du pardon divin (1).

(1) Voir les notes de Cupert sur Lactancc, De mort, pers., 50; Le Beau, Histoire du Bas Empire, I. ii, g 53; J. de WiUe, du Christianisme de quelques impératrices romaines, dans Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, t. 111, p. 19i.

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