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lopper et de l'attaquer de toutes parts. Telle est du moins la conséquence naturelle du système politique fondé par Dioclétien. Mais, comme on le verra, par une disposition miséricordieuse de la Providence, cette conséquence ne se produisit pas tout entière. Bien que les édits de persécution fussent publiés au nom de la tétrarchie , les empereurs ne se montrèrent pas unanimes à les exécuter. Pendant que deux au moins dirigeaient la persécution avec le plus cruel fanatisme, un autre, tout en suivant leur exemple, laissait voir quelque lenteur ou quelque regret dans l'exécution, un quatrième enfin se tenait à l'écart, et, dans la mesure du possible, épargnait le sang de ses sujets chrétiens. Bientôt la tétrarchie elle-même tombe en ruines; l'abdication volontaire ou forcée des uns, l'avènement de nou- A^eaux souverains, les rivalités, les alliances et les guerres intestines, les tragédies domestiques, renversent l'édifice laborieusement élevé par Dioclétien. Tantôt six empereurs sont en présence, tantôt trois, ou deux seulement. Dès lors, la lutte contre l'Église échappe à toute direction. De générale, la persécution devient locale. Les fidèles sont en paix dans l'Occident, tandis que les souffrances de leurs frères se prolongent en Orient. Cependant, la fin de la crise s'annonce à des signes certains. Frappés par la maladie ou contraints par des nécessités poli-
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tiques, les persécuteurs signent de premiers édits de tolérance. Un acte de réparation plus solennel et plus complet marque la victoire de Constantin en Italie, et fait sentir ses effets jusqu'aux extrémités de l'Orient. Dès lors la guerre est finie : le christianisme l'emporte. L'édit de Milan devient la charte de ses libertés futures. Lorsque, quelques années après y avoir concouru, Licinius tentera de le déchirer, Constantin châtiera comme un rebelle ce dernier ennemi de l'Église, et promulguera un nouvel édit de tolérance , non plus en faveur de celleci, mais en faveur des païens vaincus. On ne pouvait proclamer plus clairement le triomphe du christianisme, ni mieux s'inspirer de son esprit.
Telle est, résumée dans ses grandes lignes, la période que j'entreprends de raconter. A travers ces indications générales, on aperçoit sans peine la multitude des détails. A aucune époque de l'empire romain, pas même à ce moment du troisième siècle auquel reste attaché le nom des « trente tyrans », les mouvements politiques ne furent aussi nombreux, aussi rapides, aussi fertiles en péripéties imprévues. J'ajoute qu'à aucune époque de la vie de l'Église primitive le contrecoup de ces mouvements ne se fit autant sentir. Ainsi s'expliquera la grande place qiie l'histoire politique va tenir dans
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nos récits. Elle n'y sera nulle part un hors-d'œuvre, jDarce que les incidents qui la composent ont sans cesse influé sur le sort des chrétiens, sur la vivacité ou le ralentissement de la dernière guerre entreprise contre eux. Plus encore qu'aux époques précédentes, l'histoire de l'Église se confond avec l'histoire de l'empire romain : elle en est inséparable pendant la lutte, et ne s'en distinguera plus après la victoire; car les rôles alors se trouveront renversés, et le souverain qui aura été si étroitement associé au triomphe du christianisme ne pourra plus être cju'un empereur chrétien.
Cette nécessité d'une allusion continuelle aux événements politiques fait comprendre l'étendue que j'ai dû donner à la dernière partie de mes études sur les persécutions. Tant que l'Église vécut à demi ignorée de l'État, comme aux deux premiers siècles, son histoire particulière, peu mêlée (en apparence) aux mouvements de l'histoire générale, a pu être racontée brièvement. Au troisième siècle, déjà, il n'eu est plus de même : sur la scène où s'agitent les destinées du monde, l'Église est passée au premier plan; la conduite à tenir vis-à-vis d'elle est devenue l'une des plus graves et des plus actives préoccupations des souverains, et chacun des incidents de la vie politique, si troublée à cette époque, a eu de l'influence sur les alternatives de paix et de perse-
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cution entre lesquelles ont été, ballottés les chrétiens. A plus forte raison en est-il ainsi dans la période où nous entrons. Pendant les premières années du quatrième siècle la question religieuse n'est pas seulement la plus importante, elle est presque la seule. Il semble que, sur la scène devenue vide de tous autres acteurs, il n'y ait plus en présence que l'empire païen et l'Église. L'empire a pris celle-ci corps à corps, comme dans un duel : dès lors aucun de ses mouvements n'est indifférent, chacun peut infliger une blessure ou révéler une faiblesse. Ainsi s'expliquera l'attention de l'historien à ne négliger aucun détail, à s'étendre longuement sur le caractère des princes, à noter les variations les plus fugitives de leur politique, et jusqu'aux accidents de leur santé : rien de tout cela, dans ce combat suprême, ne fut sans effet sur le sort des chrétiens.
3Iais je n'ai donné qu'une des raisons du développement qu'a dû recevoir cette étude, ou plutôt du défaut de proportion qu'elle offrira si l'on compare ces deux volumes, destinés à raconter à peine un demi-siècle, avec les trois volumes dans lesquels ont été déjà retracées les épreuves de l'Église chrétienne pendant deux siècles et demi. La principale cause —et sans doute la meilleure excuse — de ce péché contre le bon équilibre de la compo-
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sition historique est l'abondance des sources qui s'otTrent maintenant à nous.
On me permettra de parler de celles-ci avec quelque détail , et de faire de leur examen l'introduction de ce livre. Peut-être même l'indulgence du lecteur m'autorisera-t-elle à donner plus d'ampleur à ce travail préalable, en rappelant d'abord le nombre et la nature des documents qui aidèrent à retracer l'histoire des persécutions précédentes. Le rapide résumé de notions déjà en partie connues lui rendra plus aisé de comprendre, ensuite, le caractère propre et la richesse exceptionnelle des matériaux qui nous restent à mettre en œuvre. J'ai même l'illusion de penser que plusieurs de ceux qui ont bien voulu m'accepter jusqu'ici pour guide retrouveront avec quelque intérêt les principaux jalons qui marquèrent d'abord notre route et nous aidèrent à nous diriger, à travers une multitude de noms et au milieu de traditions souvent confuses, jusqu'à ce seuil de la dernière persécution, où nous sommes arrivés aujourd'hui.
Si l'on n'a pas tout à fait oublié le récit des persécutions qui sévirent aux deux premiers siècles, on
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se rappellera que les sources de leur histoire sont relativement peu nombreuses. En dehors des livres inspirés du Nouveau Testament, et de quelques écrits exceptionnels, comme la Didac/ié récemment découverte, ou le Pasteur, la littérature ecclésiastique était à peine née : l'effort de la pensée chrétienne se portait surtout vers l'enseignement oral, par la prédication ou la catéchèse; quand ses représentants les plus illustres prenaient la plume, c'était pour composer des ouvrages de circonstance, comme les épîtres de Clément, d'Ignace, de Polycarpe, ou les mémoires adressés aux empereurs par les apologistes. Ces derniers écrits ne prouvent pas seulement la persécution, contre laquelle ils élèvent une plainte éloquente : ils font plus, ils en donnent la vive image, l'impression douloureuse; leurs pages semblent parfois mouillées de sang. Mais (à part un passage de la seconde Apologie de saint Justin) ils ne s'arrêtent point aux incidents particuliers, et ne nomment aucun des héros chrétiens qui payèrent leur foi de leur vie. Cette discrétion des persécutés se retrouve plus grande encore , et pour des motifs assurément moins louables, chez les persécuteurs. Même dans les deux lettres célèbres échangées entre Pline et Trajan au sujet des chrétiens, et qui supposent l'existence de nombreux martyrs, aucun nom n'est relaté. Le reste de la littérature profane ne
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supplée pas au silence de ce document capital : un alinéa de Tacite, quelques mots obscurs de Dion Cassius et de Suétone, une allusion railleuse du satirique Lucien, laissent seuls voir que les grands écrivains de l'antiquité romaine ont entendu parler des souffrances des fidèles.
Si l'on veut obtenir sur ceux-ci des renseignements détaillés, il faut ouvrir les Actes ou Passions des martyrs. Mais, aux deux premiers siècles, ceux de ces documents qui paraissent authentiques et contemporains sont bien rares : à peine en pourrait-on compter cinq ou six. Pour le plus grand nombre des chrétiens dont les martvroloses ont enregistré les noms entre les règnes de Néron et de Commode, on est, semble-t-il, réduit aux renseignements tirés d'Actes de foi douteux dans les détails ou de rédaction vague dans l'ensemble. Heureusement ces sources troublées elles-mêmes charrient un peu d'or sous une multitude de scories. Les diverses sciences auxiliaires de l'histoire, et en particulier l'archéologie, servent de pierre de touche pour le reconnaître.
J'ai exposé dans l'introduction d'un des précédents volumes (1), à la suite de M. de Rossi et de
(1) Ilisloirc des persécutions pendant les deux premiers siècles,
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M. Le Blant, le parti très fécond et très sûr que l'on peut tirer de ces sciences dans le but soit de justifier des traditions contestées à tort, soit de dégager d'Actes suspects ou de documents mal compris les éléments anciens et les faits exacts. Pour ne rappeler qu'un petit nombre d'exemples , les données plus ou moins confuses relatives aux Flaviens chrétiens, au martyre de leurs serviteurs Nérée et Achillée, d'Hermès, d'Alexandre, de Quirinus, n'ontelles pas été vérifiées par la reconnaissance de leurs cimetières ou de leurs sépultures? l'histoire de sainte Symphorose n'est-elle pas appuyée par les monuments? celle de sainte Félicité et de ses fils, de sainte Cécile et de ses compagnons, ne sont-elles pas écrites en caractères visibles dans le sol romain? Si cette méthode avait encore besoin d'être justifiée, elle aurait reçu dans ces derniers temps une confirmation éclatante, par une découverte qui vient ajouter une nouvelle page à l'histoire des persécutions du premier siècle. En déblayant, dans la catacombe de Priscille, une crypte restée ensevelie, d'heureux coups de pioche ont mis en même temps en lumière le sens obscur de deux phrases de Dion Cassius et de Suétone, et révélé, avec une évidence presque complète, non seulement le christianisme d'une famille patricienne au temps de Domitien, mais le martyre de
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son chef, le célèbre consul Acilius Glabrio (1). On le voit, même pour cette période, la pauvreté des documents n'est que relative : l'expérience du passé permet de croire que les entrailles de la terre contiennent encore des trésors enfouis. Cependant, quand l'historien des persécutions, après avoir étudié les rapports de l'Église et de l'État pendant l'époque des Césars, des Flaviens et des Antonins, touche enfin au troisième siècle, son impression est, à bien des égards, semblable à celle du voyageur qui, d'une plaine déserte, arriverait presque sans transition aux portes d'une grande cité, pleine d'hommes et de monuments. C'est que maintenant la littérature chrétienne est née : elle a appris à parler latin; elle s'exprime, avec une égale aisance, dans la langue du peuple-roi et dans celle des Églises orientales. Ses écrits ne sont plus de courts opuscules composés pour des initiés, ou des mémoires apologétiques destinés aux seuls empereurs; mais des ouvrages étendus, dans lesquels se reflètent, avec la doctrine chrétienne, les idées et les événements du temps. Moins contemplative en Occident que dans les pays de civilisation grecque, cette littérature est toute pratique avec Tertullien et saint
(1) Voir le mémoire de M. de Rossi dans le Congres scientifique intrrnalinnal des ratliolif/uei, t. Il, p. 261-267, et dans le Bulletiino fli arclieologia crisdana, 1888-1889, p. 15-66.
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Cyprien, L'œuvre apologétique tient encore une grande place dans les travaux du premier, de même que les épîtres, pastorales ou autres, dans ceux du second; mais, sous la main du puissant polémiste, l'apologie a brisé son cadre étroit, et porte hardiment devant la foule les débats autrefois réservés aux oreilles des souverains, tandis que les lettres de saint Cyprien, si nombreuses, si variées, parlant de tant d'hommes et touchant à tant d'intérêts, semblent un miroir animé du temps où il a vécu. Les seuls écrits de ces deux docteurs latins sont, pour l'histoire des persécutions du troisième siècle en Occident, une source tellement abondante, qu'on pourrait presque écrire cette histoire sans l'aide d'autres documents. Les ouvrages des docteurs orientaux ne paraissent pas, à première vue, aussi mêlés aux affaires du monde, et se tiennent plus renfermés dans les hautes spéculations du sanctuaire et de l'école; cependant, la présence de la persécution se fait sentir aussi dans leurs pages sereines , comme l'ombre de hideux reptiles se dessine quelquefois sous le cristal d'une eau limpide. Il est question de la conduite à tenir pendant la persécution, des souffrances des chrétiens, de la destruction des églises, dans les Slromates de Clément d'Alexandrie, dans le livre d'Origène contre Celse, et jusque dans son traité des Principes : ce dernier docteur a même
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écrit, à propos de l'arrestation d'un de ses amis, une Exhortation aux martyrs. Tous les ouvrages de saint Denys d'Alexandrie ont péri, ou ne sont plus représentés que par des fragments; mais on sait qu'il avait composé^ lui aussi, un traité du Martyre; et les lettres de ce disciple d'Origène, conservées par Eusèbe avec tant de morceaux précieux du troisième siècle, donnent des épreuves des fidèles, pour l'Orient, une image presque aussi complète que les épîtres de saint Cyprien pour l'Afrique et l'Italie.
Ajoutons que l'histoire de ces grands hommes se confond avec celle des persécutions elles-mêmes. A peu d'exceptions près, nous ne connaissons guère des martyrs les plus incontestables du premier ou du second siècle que leur mort héroïque; au contraire, nous pouvons faire la biographie des principaux docteurs du troisième. Clément d'Alexandrie émigré pendant la persécution de Septime Sévère; fils et instituteur de martyrs, Origène souffre de la même persécution, assiste à celle de Maximin, et confesse la foi pendant celle de Dèce; Denys voit l'émeute dirigée contre les chrétiens d'Alexandrie sous Philippe, est arrêté une première fois sous Dèce, jugé et envoyé en exil sous Yalérien; Cyprien, du fond de sa retraite, gouverne son Église persécutée par Dèce, soutient le courage des fidèles de Carthage
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pendant la courte tempête qui éclate sous Galliis, est arrêté et condamné à l'exil en vertu du premier édit de Yalérien, arrêté de nouveau et mis à mort en vertu du second édit du même persécuteur. J'ai dit que les écrits des docteurs du troisième siècle suffiraient à faire connaître les persécutions de cette époque; mais la plupart de ces témoins furent aussi des acteurs, et leur biographie seule fournirait, si tout le reste avait péri, les traits essentiels du tableau.
D'autres renseignements encore viennent le compléter. Comme pour les deux premiers siècles, l'histoire profane est à peu près muette : je n'y vois guère à noter qu'une phrase de Spartien sur l'édit par lequel Sévère prohiba la propagande chrétienne. Mais, comme ces deux siècles encore, le troisième a quelques bons Actes de martyrs : on en peut citer de tout à fait sûrs pour l'Espagne, l'Asie et l'Afrique. Ce dernier pays, en particulier, en offre d'excellents. « L'Afrique n'ayant point eu d'écrivains ecclésiastiques au moyen âge, on n'y saurait rencontrer, dit un savant que nous aurons l'occasion de citer souvent dans cette étude préliminaire, ces élucubrations amplifiées, embellies, pour ne rien dire de plus, dont abonde, en nos pays, la littérature hagiographique. De plus, les usages de la liturgie, dans l'Église africaine, autorisaient la lecture publique
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des Actes des martyrs, le jour de leur fête, à la messe solennelle. Cette circonstance ne put manquer d'appeler l'attention des autorités ecclésiastiques sur des pièces auxquelles on attribuait dans la liturgie une place réservée ailleurs, à Rome par exemple, aux seuls livres de l'Écriture sainte. Placés ainsi sous un régime spécial de surveillance, défendus contre l'imagination et la rhétorique des amplificateurs du moyen âge, les x4ctes des martyrs africains nous sont parvenus en meilleur état que les autres (1). » Si peu nombreuses qu'elles soient, ces pièces excellentes forment comme le type duquel se rapprochent ou s'écartent des Actes moins bons, et qui aide, par la comparaison, à démêler en ceux-ci les qualités et les défauts, à séparer des éléments parasites les parties vraisemblables, à faire le départ entre la tradition et la légende.
D'ailleurs, pour le troisième siècle comme pour les deux premiers, les pièces les plus gâtées ont bien souvent sur quelque point l'appui des monuments, soit qu'ils subsistent encore, soit qu'ils aient été vus par les pèlerins qui visitèrent les catacombes alors que les tombeaux des martyrs étaient encore intacts. Les itinéraires rédigés à l'usage de ces pèle-
(I) Diiclïcsnc, Suinte Salsa, vierge et martijre à Tipasa, en Algérie, lecture faite le 2 avril 1890 à la réunion trimestrielle des cinq académies.
INTRODUCTION. xv
rins (1) et les recueils épigraphiques compilés par eux (2) ont été révélés au monde savant par les lumineux travaux de M. de Rossi : Rome, à partir du troisième siècle la plus dénuée d'Actes authentiques, nous apparaît cependant, grâce à ces documents, la ville la plus riche en saints tombeaux : selon l'expression du poète Prudence, qui, pour l'intelligence comme pour la date, mérite le premier rang parmi les visiteurs des antiques cimetières, on y voyait ces tombeaux partout sortir de terre , fleurs germées des ossements des martyrs :
Vix fama nota est, abclitis
Quani plena sanctis Roma sit,
Quam dives urbanum solurn
Sacris sepulcris floreat (3).
Beaucoup de ces tombes donnaient seulement à lire le nom de glorieux témoins du Christ : jusqu'à nous sont venues de courtes inscriptions, contemporaines de l'inhumation du martyr et lui attribuant ce titre, comme celles du pape Corneille, du pape Fabien, des saints Protus et Hyacinthe, CalocerusetPartenius. D'autres tombes portaient une épitapheplus dévelop-
(1) De Rossi, Roma solterranea , t. I, p. 128-166, 175-183.
(2) HG^oi&i, Inscripliones christianxurhis Romx, t. II (l'= partie]; Rome, 1888.
(3) PcriSlephanô)*., II, 541-544; cf. XI, 1-2.
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pée : aut nomen, aut epigramma aliquid, dit encore Prudence (1). On n'a presque pas d'exemples d'éloges funèbres rédigés au temps même de la persécution : cependant, après l'inscriplion en prose relative à des martyrs de Marseille certainement antérieurs au troisième siècle, gui vim ignis passi simt, on pourrait citer, pour cette dernière époque, le petit poème gravé sur le marbre sépulcral de la chrétienne Zosime, à Porto, œuvre émue d'un contemporain, peutêtre d'un témoin de son martyre (2). Toutes les autres epigrammata un peu détaillées (je parle seulement ici de celles qui ont trait aux martyrs) sont postérieures à la paix de l'Église. Les plus connues ont pour auteur saint Damase, né en 305, avant la fin de la dernière persécution, et qui, devenu pape, consacra ses efforts à honorer la mémoire des martyrs et des confesseurs romains, soit en recherchant leurs j tombes, soit en agrandissant les voies souterraines qui y menaient- soit en composant des vers à leur louange. Quelquefois ces vers ont pour sujet des personnages des deux premiers siècles, comme l'éloge des saints Nérée et Achillée : dans ce cas, Damase ne saurait être considéré comme l'écho d'une tradition orale et encore vivante, il a pu cependant
(1) Péri SIcphanon, XI, 8.
(•2J De Rossi, liiscriptioncs chrislianx urbis Romx , t. II, p. x-xii.
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recueillir des documents écrits que nous n'avons plus, ou s'inspirer de quelque ancien monument. Mais le plus souvent les martyrs célébrés par Damase appartiennent à une époque moins éloignée de son propre temps. Un grand nombre de ses compositions épigraphiques sont consacrées à des victimes de Dèce ou de Valérien, antérieures d'un demi-siècle seulement à la naissance du poète. On accordera qu'il a dû être ordinairement bien renseigné, si l'on se souvient du soin, quelquefois attesté dans ses vers mêmes, avec lequel il recueillait les traditions chrétiennes de Rome, et si l'on songe que les marbres sur lesquels un ciseau d'une rare élégance grava les poèmes un peu lourds de Damase ont souvent remplacé la décoration plus simple de tombeaux primitifs, au sujet desquels ni l'oubli n'avait eu le temps de se faire ni la légende n'avait eu le temps de naître.
La valeur historique des poèmes de Damase en l'honneur des martyrs augmente naturellement à mesure que ceux-ci se rapprochent du temps où il a vécu, et appartiennent à des persécutions dont il put dans son enfance connaître les survivants. On verra, à propos de deux martyrs du commencement du quatrième siècle, Damase mettre en vers le récit de leur supplice, tel qu'il le recueillit, enfant, de la bouche du bourrqau : pcrcussor retulil milii Damaso