‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 5)Chapitre 3 sur 57 · IV. b · texte numérisé non relu

IV. b

xvni INTRODUCTION.

cumpuer essem. Une attestation de ce genre a sous sa plume d'autant plus de force, qu'avec une sincérité bien remarquable il emploie, dans un petit nombre de ses poèmes, des formules dubitatives, et nous avertit qu'il ne se porte pas garant personnellement des faits, k Mais le plus souvent, remarque M. de Rossi, il raconte sans hésiter, ou, pourmieux dire, fait allusion à des événements de notoriété publique. Dans ses compositions, rien qui sente la légende; les Actes des martyrs écrits aux siècles suivants, dans leurs parties suspectes ou manifestement fausses, n'ont rien de commun avec les notices recueillies ou attestées par Damase. Si l'on compare, par exemple, son éloge de Nérée et Achillée avec leurs Actes apocryphes; l'éloge de Saturnin avec ce que racontent de ce martyr les Actes de saint Cyriaque et du pape IMarcel; l'éloge de ce dernier avec ses Actes; l'éloge du pape.Eusèhe avec les détails légendaires donnés sur lui au. Liber Pontifîcalis : on verra clairement que les poèmes épigraphiques de Damase sont absolument distincts des récits apocryphes qui eurent cours à Rome vers la fin du cinquième siècle et les premières années du sixième '1). »

Les épigraphes damasiennes et les autres inscriptions de même famille peuvent être comptées parmi

(I) UuUcltino di archcolofjUi crtsliaua, 1885, [». 18.

INTRODUCTION. xir

les documents archéologiques ; car si elles nous ont été transmises dans les nombreux sylloges épigraphiques compilés par les pèlerins, les voyageurs et les érudits du septième au quinzième siècle, elles ne sont pas connues, cependant, grâce aux seuls manuscrits : les originaux ou au moins d'importants fragments de beaucoup d'entre elles ont été découverts de nos jours soit dans les cryptes qu'elles ornaient primitivement, soit dans les églises où elles avaient été transportées après l'abandon des cimetières souterrains. Mais une autre classe de documents, qui n'appartient plus à l'archéologie monumentale, vient aussi nous renseigner sur les persécutions, en éclairant, complétant ou suppléant les Actes des martyrs, parfois en montrant la trame primitive sur laquelle leur légende a été brodée : ce sont les écrits en forme de catalogues, de chroniques et de calendriers.

Ils remontent jusqu'aux origines de l'Église, comme en témoignent par exemple, pour Rome, les listes épiscopales conservées par divers auteurs du second siècle (1). Dès la fin de ce même siècle ou le commencement du troisième, Tertullien fait, dans un fier langage, allusion aux « fastes » chrétiens, c'est-àdire aux catalogues de pontifes ou de martyrs établis

Cl) Voir Diicliesne, le Liber Poniificalis, t. I, p. i-ii.

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de manière à fournir des repères chronologiques (l). Personne n'ignore l'importance attachée par l'Église primitive à la célébration des anniversaires des martyrs : la trace s'en retrouve jusque dans la très ancienne relation des chrétiens de Smyrne sur . le martyre de saint Polycarpe. Une épître de saint Cyprien montre que le calendrier de son Église, tenu pour ainsi dire au jour le jour, existait depuis longtemps : parlant du lecteur Celerinus, qui s'illustra dans la persécution de Dèce, il rappelle que son aïeule Celerina, ses oncles Laurent et Ignace, sont déjà l'objet d'une commémoration publique au jour anniversaire de leur martyre. S'ils n'avaient été cités par saint Cyprien, ces noms de trois martyrs antérieurs à son temps seraient demeurés inconnus, car ils ne sont donnés par aucun document indépendant de sa lettre (!2). C'est donc un lambeau du primitif *^ martyrologe de Carthage que i'évêque du troisième siècle fait passer sous nos yeux. Mais une autre lettre le montre occupé lui-même de continuer ce martyrologe, en enregistrant, à leur date, les noms des membres de son Église qui mouraient de son temps pour le Christ. Écrivant, pendant la persécution de Dèce, auxdignitairesde son clergé, il leur recommande « de

(1) Tertullicn, De corona miliUs, 13.

(2) Saint Cyprien, Ep. 34.

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noter les jours où périssent les prisonniers chrétiens, afin que leur commémoration puisse être célébrée parmi les mémoires des martyrs ». Les laïques euxmêmes s'associaient, dans cette œuvre, à l'évêque et aux clercs : saint Cyprien nous apprend qu'un pieux fidèle l'informait, pendant son absence, de la date où mourait chacun des confesseurs détenus dans les prisons de Carthage (1).

A peu près vers le même temps où nous assistons, pour ainsi dire, à la rédaction des fastes martyrologiques, on voit naître en Occident une autre branche de la littérature chrétienne, qui poussera des rameaux jusqu'à une époque avancée da moyen âge, et deviendra une des formes, à la fois ambitieuse et naïve, de l'histoire, en attendant de fournir à Bossuet l'occasion d'un chef-d'œuvre. Dès la première moitié du troisième siècle, Jules Africain, dans une Clironiquc dont il subsiste à peine quelques fragments, tenta de tracer le tableau parallèle des annales sacrées et profanes du monde, en indiquant la date des principaux événements. A la même époque un autre docteur, célèbre par sa science, sa grande activité intellectuelle, peut-être ses erreurs de doctrine ou de conduite réparées par l'exil et par le martyre, entreprit aussi une vaste compilation d'histoire et de

(1) Ep. 37.

x\ii INTRODUCTION.

chronologie. Sur le siège de la statue de saint Hippolyte (aujourd'hui au musée de Latran) se lit, parmi les titres de ses compositions, celui d'une f> A /onique dont le texte a été en partie conservé, et qui se termine au règne d'Alexandre Sévère. La Chroni- (jue d'Hippolyte contenait une liste des papes, et fut continuée, pendant vingt ans, par de petites notices d'un auteur inconnu, qui donnent quelques renseignements précieux sur les persécutions du troisième siècle, et forment, de 23o à 2o4, comme un Liber Ponlificalis anticipé (1).

Après les premières années troublées du qua-

f trième siècle, une ère nouvelle s'ouvre, dans laquelle

letravail d'histoire chrétienne ainsi poursuivi avecune

héroïque ténacité sous le feu même de l'ennemi, va

recevoir, à la faveur de la paix, sa forme définitive.

Cependant, même à cette époque, la mise en œuvre des documents rassemblés par les contemporains des persécutions sera moins facile qu'on ne serait tenté de le croire. Comme on le verra dans les premiers chapitres de ce livre, celle de Dioclétien com-

(I) Duchesnc, le Liber Pond/icalis, t. I, ji. iv.

WTRODUCTION. xxiii

mença par une mesure que n'avaient pas connue les persécutions précédentes, c'est-à-dire la destruction des églises et la confiscation de leurs manuscrits. Non seulement beaucoup de relations authentiques delà Passion des anciens martyrs, mais encore beaucoup de listes et de calendriers durent périr dans l'incendie des édilices chrétiens ou dans les bûchers allumés pour les livres sur les places publiques. Quant aux pièces relatives aux victimes que firent bientôt les nouveaux édits, il fut probablement, dans bien des cas, difficile de les recueillir ou de les conserver, car la plupart des membres du clergé étaient en prison ou en fuite et les dépôts d'archivé? ecclésiastiques avaient été anéantis. Telle est certainement une des causes des lacunes que présentent, pour les persécutions antérieures et même pour la dernière persécution, les documents rédigés après la paix. Ces omissions, qu'une étude attentive permet de relever çà et là, doivent être beaucoup plus nombreuses qu'il n'est possible aujourd'hui de le constater : sans tomber dans aucune exagération, on peut évaluer à un chiffre considérable la foule anonyme des martyrs inconnus et oubliés. Sur ce point, les efforts des conseillers de Dioclétien ne demeurèrent pas vains : impuissant à arracher des apostasies, il ne réussit que trop bien à abolir des mémoires : pour plus d'une des victimes des persécutions

XXIV INTRODUCTION

on peut répéter avec le poète Prudence : famaet ipsa exlinguitur (1), ou plutôt redire la vieille formule inscrite sur les marbres et dans les calendriers : quorum nomina Deus scil.

Cependant la destruction desmonumentschrétiens ne fut pas partout poussée av^ec une égale rigueur : elle semble avoir été moins complète en Orient, où nous voyons à Césarée la bibliothèque fondée par Origène et accrue par Pamphile, à Jérusalem la bibliothèque instituée par l'évêque Alexandre, survivre à la persécution. Dans les villes mêmes où la police fut impitoyable, comme à Rome, quelques pièces purent certainement échapper au naufrage. Nulle part la pénurie d'Actes authentiques n'est aussi grande que dans cette capitale du monde chrétien, ce qui suppose, pour une Église d'une telle impor: tance et où les persécuteurs firent tant de victimes, l'anéantissement presque complet de ses collections anciennes, en même temps qu'une brusque interruption de sa vie régulière, empêchant de recueillir ou de classer de nouvelles relations. Cependant, dès que la paix fut revenue, l'autorité ecclésiastique put travailler avec succès à rassembler, en vue de la renaissance du culte public, les renseignements sur les martyrs romains tant de la dernière persécution que

(1) Péri Steph., ], 74.

INTRODUCTION. x.vv

des persécutions précédentes. De nombreux indices font reporter à l'épiscopat de Miltiade et à l'année 312, c'esl-à-dire au lendemain même de la persécution de Dioclétien, la composition d'un calendrier romain, aussi précis pour les indications topographiques que les deux tables des Depositiones episcoporum et martyrum publiées au milieu du quatrième siècle, mais beaucoup plus riche ennomsde martyrs : on reconnaît aisément les memhra disjccta de ce calendrier dans la vaste et confuse compilation du cinquième siècle connue sous le nom de martyrologe hiéronymien (1). Si bien enracinées pourtant que fussent à Rome les traditions locales, et si fortement lié que le souvenir des martyrs demeurât aux cimetières où reposaient leurs corps, le calendrier des premiers jours de la paix contient bien des lacunes. Plusieurs portent sur des noms que leur ill ustration eût dû, semble-t-il, sauver de l'oubli : par exemple Flavius Clemens, Acilius Glabrio,Liberalis, autre noble témoin du Christ, de date inconnue, factus de con^

(1) Duchesne, les Sources du martyrologe hiéronymien, dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'École française de Rome, 1882; liragc à part, p. 23-32. — En attendant l'édition critique du martyrologe hiéronymien. promise par M. de Rossi et M. l'abbé Duchesne, la meilleure est celle que les BoUandistes ont donnée d'après le ms. 2G9 de Berne, en tête du t. XIII des Av(a Sanctorum d'octobre, et reproduite à cent exemplaires dans le format in- 4° (47 pages, Bruxelles, 1881).

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suie martyr, selon l'expression employée par le pape Damase dans une des inscriptions poétiques qu'il lui a consacrées. A plus forte raison des oublis peuvent-ils être signalés pour l'Italie centrale, où l'épigraphie nous a révélé des noms omis par les fastes martyrologiques.

On doit attribuer à la période qui suivit immédiatement la fin des persécutions (mais en la plaçant dans des limites chronologiques moins précises et plus larges) la formation, à Cartilage, d'une liste de martyrs africains, qui se retrouve aussi dispersée dans le martyrologe hiéronymien, dont elle forme un des principaux affluents (1). Son rédacteur dut se trouver dans une situation relativement facile, car les archives de l'Église de Garthage, très riches en mémoires détaillés sur les martyrs du troisième siècle (12), avaient été, sous Dioclétien, sauvées par *^une habile manœuvre de l'évêque qui occupait alors le siège de saint Cyprien. Mais d'autres parties de l'Afrique proconsulaire et des provinces voisines avaient vu de grandes destructions, favorisées par la faiblesse d'évêques, de clercs et de laïques que l'iiis-

(1) Duchesne, /. c, p. 32-37. — 11 ne faut pas confondre ce document jtlus ancien avec un autre calendrier de l'Église de Carlhage, du coniinencenicnt du sixième siècle, publié par Mabillou (Analecla, t. III, p. 398) cl Ruinart ( Acta sincera mardjniin, IGS'J, p. G93).

(2) Ponlius, Vila Cypriani, t.

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toire a flétris du nom de « traditeurs ». Ainsi s'explique en partie, peut-être, le vague des indications topographiques conservées par le calendrier africain. Nous ajouterons que s'il fut, comme tout porte à le croire, compilé à Cartilage, les souvenirs ou les documents de localités d'Afrique éloignées de cette métropole durent souvent parvenir au rédacteur sous une forme confuse et incomplète : et telle est, apparemment, une autre cause des lacunes que nous constatons dans le calendrier en lisant, sur des marbres de Numidie ou de Mauritanie, des noms de martyrs inconnus.

Ces explications nécessairement très abrégées suffisent à montrer l'antiquité et la pureté des sources primitives qui sont venues se verser, comme autant d'affluents, dans les divers recueils martyrologiques des siècles suivants, et d'abord dans le martyrologe liiéronymien, où il est possible de distinguer chacune d'elles et de reconnaître, pour ainsi dire, la couleur de ses eaux. Pour l'Occident on y peut suivre, comme deux courants distincts, le calendrier romain formé sûrement au commencement du quatrième siècle, et le calendrier africain dont la composition paraît flotter entre le règne de Constantin et la première moitié du cinquième. Si la trace de fastes recueillis ou reconstitués dès le lendemain de la dernière persécution dans les autres contrées occi-

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