MARTYRS DE LA MACÉDOINE ET DE LA PANNONIE
ta jeunesse, sacrifie. — Je pense à mon éternité, et je ne sacrifie pas , » répondit le martyr. Probus le fit conduire dans la prison, où chaque jour on tenta sa constance par de nouveaux tourments (1).
Pendant une nuit, Probus le fit appeler de nouveau : K Irénée, sacrifie, afin d'éviter la souffrance.
— Fais ce qui t'est ordonné, mais n'attends pas de moi cette faiblesse. » Le gouverneur commanda de le frapper. « J'ai appris à adorer mon Dieu depuis l'enfance, dit l'évèque, je l'adore, il me soutient dans mes épreuves, c'est à lui que je sacrifie : je ne puis adorer vos dieux faits de main d'homme. — Évite la mort, qu'il te suffise des tourments déjà soufferts.
— La mort m'est un gain , puisque par les souffrances que tu crois m'infliger, et que je ne sens pas, j'obtiens de Dieu la vie éternelle. — As-tu une épouse? — Je n'en ai pas. — As-tu des fils? — Je n'en ai pas. — As-tu des parents? — Je .n'en ai pas.
— Et qui sont donc ceux qui pleuraient devant toi à une précédente audience? — Mon Seigneur Jésus- Christ a dit : « Celui qui aime son père, ou sa mère, « ou son épouse, ou ses fils, ou ses frères, plus que « moi, n'est pas digne de moi. » — Sacrifie cependant à cause d'eux, — Mes fils ont le même Dieu que moi, il peut les sauver. Mais toi, fais ce qui t'est commandé. — Réfléchis, jeune homme. Sacrifie, afiu que je ne te livre pas aux supplices. — Fais ce que tu voudras. Tu vas voir quelle force Notre-Seigneur Jésus-
(1) l'assio, 1.
Christ me donnera contre tes embûches. — Je vais prononcer ta sentence. — Je m'en réjouirai. » Probus rendit le jugement suivant : « J'ordonne qu'Irénée, qui a désobéi aux ordres royaux, soit jeté dans le fleuve. » Irénée répondit : (( Je m'attendais qu'après tant de menaces tu multiplierais sur moi les tourments, afin de me frapper ensuite du glaive; mais tu n'en as rien fait. Je te conjure de changer de résolution ; tu apprendras comment les chrétiens, par la foi qu'ils ont en leur Dieu, savent affronter la mort (1). »
Par cette ardeur à souffrir, l'évèque songeait probablement moins à provoquer la colère du juge qu'à donner à ses ouailles l'occasion de contempler un exemple de constance propre à raffermir leur courage, dont la faiblesse de sa propre famille avait montré la fragilité. Son vœu fut exaucé : le gouverneur, par une nouvelle sentence, le condamna à être décapité. L'exécution dut être précédée , selon un usage constant, de la flagellation ou de la bastonnade (2) ; ainsi s'expliquent les paroles prononcées par le martyr entendant sa seconde condamnation : (c Je te rends grâces. Seigneur Jésus-Christ, qui parmi des peines et des tourments divers me donnes la force de les supporter, et daignes me rendre participant de la gloire éternelle. »
(1) Passio, 4.
(2) Voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, p. 81.
MARTYRS DE LA MACÉDOINE Lï DE LA PANNONIE. 281»
On conduisit Irénée sur un pont dominant la Save. Il se dépouilla lui-même de ses vêtements, et, les mains étendues vers le ciel, fit cette prière : « Seigneur Jésus-Christ, qui as daigné souffrir pour le salut du monde, puissent les cieux s'ouvrir, et tes anges recevoir l'unie de ton serviteur Irénée [l], qui soutire aujourd'hui pour ton nom et pour le peuple de ton Église catholique de Sirmium. Jimplore ta miséricorde, afin que tu daignes m'accueillir, et confirmer ceux-ci dans fa foi. » Le bourreau lui trancha la tête, et jeta son corps dans le fleuve. C'était le 0 avril ^2).
Le gouverneur faisant, quelques jours plus tard, une tournée administrative, arriva dans la ville de Cibalis. dont l'évêque. Eusèbe, avait été mis à mort dans une des persécutions précédentes (3) : là, précisément au jour anniversaire du martyre d'Eusèbe, un clerc connu par son zèle évangélique lui fut dénoncé comme coupable de blasphémer les dieux et les empereurs. Probus le fit comparaître : « Comment te nornmes-tu? — PoUion. — Es-tu chrétien? — Je suis
,1 « SuscipiantAngeli spiritum servi tui Irenaei. » Passio, 5. Cf., dans les inscriptions, la formule déjà citée : in pacem te svscipiant ommvji ispiiUTA SASCTORVM (Bull. (H archcologia cristiana, 1875. p. 19;; et celte autre : arcessitvs ab angeus (Inscriptiones chrislifitix urbis Romx, t. I, p. .31}.
(2) Passio, 5, 6.
'3) « Superiori persecutione Eusebius ejusdern ecclesiae veuerandus autistes moriendo pro Christi nomine de morte et de diabolo noscitur triurnphasse. » Passio S. PolUonis, 1, dans Ruinart, p. 435. Il s'agit inobablement ici de la persécution d'Aurélien.