LES MARTYRS DE L\ SYRIE, DE LA PHÉXICIE, ETC. 3:U
Les martyrs de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine, de l'Egypte, de la Thébaïde et du Pont.
J.a Syrie, la Pliénicie et la Palestine ne furent 2)as moins ag-itées que la Galatie par la persécution.
Antioclie vit périr pour le Christ Tyrannie, évèque de Tyr, et le prêtre médecin (1) Zenobius, originaire de Sidon : le premier noyé dans la mer, le second déchiré jusqu'à ce qu'il expirât (2). Dans Tyr, veuve de son évèque, des chrétiens d'origine égyptienne furent condamnés aux lîètcs. « J'assistais, dit Eusèbe, à leur combat. » Après avoir, selon l'usage, défilé sous les fouets des bestiaires, les martyrs furent exposés dans l'arène à l'attaque des animaux féroces. « J'ai vu alors, continue Thistorien, la puis-
(1) Sur l'union tïéqueiile, aux pieniieis siècles, du sacerdoce avec la profession médicale, voir de Rossi, Romu soltcrranea, t. 1, p. 342: et mon livre sur les Esclaves chrétiens, p. 233. — Épitaphe à Rome, dans le cimetière de Callisle, de « Denys, prêtre et médecin, » AIO- XriIOr L\TPOÏ nPEi:RÏTEPOr; Romusottcrraneu. t. L pi. \\\\,
(2} Tvpavviwv 6T;i<yxo7to; tr,; xaTa T-Jfov è7.y.),r;'j;a;, Trpeffê-Jxcpôi; t£ ir,;, •/aTà i'.Ofôva ZyivôSio;... twv ô'sx:' 'AvTioyîia; à[j.:pa) tov toO 0£oO Xôyo"' 5ia Tri;£U Ôiva'ov {JTto[xovr,; £Ôo2aaâTr,v, 6 [xàv ÔaÀaTTiot; TiapaSoOîl; pu- 6oï;, ô £7:Î!îy.o~o;, 6 Si îaTpwv âp'.aTO; ZrivôSio; xaï; xaià tmv T:/,£"jp(5v £7T',tc9£:'7ï'.; aÙTO) y.apTspù); âvaTCoOavwv paerâvo'.;. EusJbe, Ilist. F.ccl., VIII, 13, 3, 4.
340 LE QUATRIEME EDIT EN ORIENT (30i).
sance de Notre- Seigneur Jésus-Clirist se m<anifester en faveur de ceux qui lai rendaient témoignage. » Malgré les efforts des païens, malgré les gestes par lescpieis les condamnés eux-mêmes étaient contraints d'exciter la fureur des bêtes fauves, celles-ci refusaient de leur faire aucun mal. Par trois fois elles furent lâchées contre les martyrs, par trois fois elles les épargnèrent. <( Le courage des condamnés, la force d'àme qui éclatait jusque dans de faibles corps, faisaient l'admiration des spectateurs. Vous auriez vu un jeune boni oie de vingt ans à peine, qui, n'étant point lié, les mains étendues en croix, priait avec un calme intrépide, et, sans reculer, sans faire un mouvement, attendait Tours et le léopard : ceux-ci paraissaient d'abord ne respirer que mort et carnage : ils semJîlaient sur le point de dévorer le chrétien : puis ils s'en allaient, comme si une force inconnue leur eût fermé la gueule. Les choses se sont passées comme je le dis. Vous en auriez vu d'autres (car ils étaient cinq exposés à un taureau furieux : il avait déjà lancé en Fair plusieurs païens, qu'on avait dû emporter inanimés : mais, au moment de se jeter sur les saints martyrs, il ne pouvait plus avancer : il frappait la terre du pied, secouait ses cornes, excité encore par la chaleur de la flamme et les piqûres d'un fer rouge (1) : puis il se détournait,
(l) Aià Toùç àizb Tûv xauxr.pcjav £p£9i(7(ioy;. Eusèbe, Hist. EccL, VIII, 7, 5 ; cf. ibid., I, .tupi xal cioi^pw. Une inscription de Carianda, au musée du Louvre, parle de niOme d'un taureau excité, IpîOiîojxévo;, par le fer ou le feu; Le Bas et Waddinglon, Iiisc)iplion.s d'Asie Mineure,
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comme repoussé par la main divine. Après ces bètes, d'autres furent lancées, sans plus de succès. Enfin, sortis intacts de tant d'assauts, les martyrs furent décapités, et jetés ensuite à la mer (î). »
A Gaza, en Palestine, eut lieu aussi, dès 30i, la condamnation de plusieurs chrétiens. « Timothée, après avoir souffert d'innombrables tourments, fut enfin brûlé, mais lentement et à petit feu, sans que ni sa piété envers Dieu, ni sa constance dans la douleur, se démentissent un seul instant (2). » Avec lui avaient été jugés Agapius et Thecla, qui montrèrent, quand on les mit à la torture, un courage égal. L'un et l'autre furent condamnés aux bètes (3). Thecla périt dans l'amphithéâtre ; Agapius, après y avoir été exposé, en fut retiré pour être remis en prison, où il restera pendant deux ans encore avant de consommer son martyre (V).
A ces récits d'un témoin, si sincères et si vrais, on hésite à joindre un épisode venu d'une source beaucoup moins sûre. Cependant l'histoire de saint Cyprien d'Orient n'est pas seulement connue par des Actes où paraissent les amplifications habituelles
n° i2^;Frohne\', Inscriptions grecques du Louvre, n» 45; Remlier, les Courses de taureaux chez les Grecs et chez les Romains, dansi les Mémoires de la Société des antiquaires de France, 1887, p. 61-62, 80. Martial^ De spectaculis, 19, montre aussi le taureau « llaminis stimulatus ».
(1) Eusèbe, Hist. Eccl.,\m, 7, 1-6.
(2) Eusèbe, De martijribus Palestinx, 3.
(3) Ibid.
(4) Jbid., 6, .3. .
à Métaphraste (1) : elle nous a encore été transmise par des écrivains du quatrième siècle, tels que Prudence et saint Grégoire de Nazianze (2), et du cinquième, comme l'impératrice Eudoxie (3), qui peuvent avoir eu sous les yeux une sorte de confession ou d'autobiographie attribuée au martyr lui-même (4) . Celui-ci était un magicien célèbre, c{ui vivait, au commencement du règne de Dioclétien, dans Antioclie; non la grande métropole syrienne (5), mais soit une des villes de la Décapote, Antioche de l'Hippos(C)ou Gerasa. appelée aussi Aniioche de Chryso-
(1) Actu SS., se|ttembie. t. VU. p. 218; Surius, Vitx S.S., t. IX, p. 369; Métaplirasle, dans Mij^na, Patrol. grar., t. CXV, p. 847. Voir la ciilique de ces Actes dans Tilleniont , Mémoires, t. V, noie ii sur saint Cyprleii d'Orient.
(2; Prudence, Perl Sieplianôn, Xlll, 20-34; saint Grégoire de Nazianze, 0^«//oXVlII. Mais le poète, comme l'orateur sacré, confondent Cjprien d'Antioche avec son liomonytne de Carthage : le premier donne à celui-ci des traits qui appartiennent à l'oriental, auquel le second, au contraire, attribue l'érudition et les écrits de lévèque africain.
(3) Eudoxie, fil!e de Léonce, épousée eu 421 ]iar Théodore le Jeune: dans Photius, Uiblioth., t83-18i.
(4) Cijpriani Antiocheni confessio, dansFell,.S. Cypriani Opéra, Oxford. 1682, t. "N', p. 52. L'authenticité (Te <:e morceau est contestée par l'éditeur anglais; mais son antiquité est certaine, car il parait avoir été connu de saint Grégoire et d'Eudoxie: voir Tillemont, Mémoires, I. V, note III sur saint Cyprien d'Orient. C est probablement le même qui est mis au nombre des aiiocryphes par le décret gela^ien : « Liber qui appellatur pu-nitentiasancti Cypriani, apocryphus. >j Migne, Patrol. lut., t. LIX, p. 163.
(5) Antioche. capitale de la Syrie, doit être écartée, car les récits relatifs à Cyprien donnent pour évéque à la ville où il demeurait Antliime, puis Cyprien lui-même, qui ne ligurcnt pas sur la liste épiscopale de la grande Antioche.
1,6) Jo<,v[ihe, Be Jiello Judaico, I, 7, 7. Cf. Eckhel, Doc/r. numm. vet.,