LES MARTYRS DE LA SYRIE, DE LA PIIENICIE, ETC
roas (1), soit une autre Antiochc, entre la Syrie et l'Arabie, dont parle Etienne de lîyzauce (2). On dit «ju'après avoir reçu à Athènes les premiers principes de la philosophie, où la théurgie dominait alors (3), il étudia les arts occultes en Phrygie, foyer de religions impures et de pratiques superstitieuses (4), en Chaldée, terre classique des devins et des sorciers (5), et en Egypte, où nous avons va Dioclétien sévir contre les fauteurs de maléfices (6). Les pratiques attribuées à Cyprien sont analogues à celles que rapportent, en de très nombreux passages, les écrivains païens des quatre premiers siècles (7). Mais, ayant Vu toute sa mauvaise science impuissante contre un cœur de jeune fille, que soutenait la grâce divine, il confessa ses erreurs, et se convertit à la foi chrétienne. Pareil à un autre « mathématicien », que saint Augustin recevra à la pénitence (8), il apporta ses écritures
t. III, p. 337, etMaïquardt, Romische Staatsrerwaltunfj, t. I, p. 395.
(1) ^'aiôiàm^ion. Inscriptions d'Asie Mineure, W^ 1722; cf. Marquardt, t. I, p. 396.
(2) Antioche, siiiiioininée de Sémiramis. Etienne de Byzance, De Urbibus, 1678, p. 87.
(3) Sur l'afnuence des étrangers aux écoles d'Athènes pendant le quatrième siècle, voir Petit de Jullevillc, Histoire de la Grèce sous la domination romaine, p. 3i8.
(4) Sur la magie môlée au culte de Cybèie, voir Plutarque, De supcrst., 12; Dion Chrysostome, Orat. 1 ; cf. Marquardt, Rôm. Staatsv., t. m, p. 107, note 7.
(5) Voir les nombreux textes lithjraires et juridiques où il est question des sorciers chaldéens, dans Marquardt, t. III, p. 90-92.
'6) Voir plus haut, p. 93.
(7) Cf. Marquardt, t. III, p. 89-112.
(8) Saint .Augustin, Enarr. in psalm. LXL •
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magiques pour êtres brûlées (1). Bientôt il étonna les fidèles par ses austérités et sa ferveur. Après les avoiilongtemps édifiés, le pénitent fut admis aux ordres sacrés, devint prêtre, puis évêque. Quand la persécution eut éclaté, on l'arrêta dans sa ville d'Antioche, en même temps qu'on incarcérait à Damas la vierge Justine, qui avait été la cause de sa conversion. Amenés tous deux devant le vicaire du diocèse d'Orient (2), ils sortirent sains et saufs, comme naguère saint Jean, de l'épreuve de la chaudière ardente, et furent envoyés par leur juge à îSicomédie, devant Dioclétien lui-même, qui les fit décapiter le 26 septembre, ainsi qu'un autre chrétien nommé Théoctiste. Dioclétien était arrivé à Nicomédie vers la fin de l'été (3). Bien que toujours malade (i). il voulut, à la tin de sa vingtième année, c'est-à-dire après le
(1) Los hommes d'État et les jurisconsultes jmïens professaient la même horreur des livres de magie; nous avons vu (p. 93) Dioclétien les faire brûler en Égypt:- : Paul [Sentent., V, 21, § ^i se montre effrayé de leur lecture.
Ci]' Les Actes de M<^laphra5te. si mauvais qu'ils soient, contiennent une désignation digne d'être retenue : ils donnent à ce gouverneur le nom d'iiutohnius. comte d Orient ( cf. I\'otitia Difjnitatum, Oi., 104 : Code Theodosien, l, xiii; Code Justinien, I, wxvi et xlix; Orelli, Inscript.. 3162 ; Zozime, V. 2']). Si le titre de cornes Orientis ne fut peut-être point porté avant Constantin, la fonction de vicaire du diocèse d'Orient, qui lui équivaut, existait defuiis 297. Deux accusés peuvent avoir été arrêtés dans des provinces différentes, l'un à Antioche, qui paraît avoir été en Palestine, l'autre à Damas, ville de Phénicie, par l'ordre d'un magistrat dont l'autorité supérieure s'étendait depuis lArabie jusqu'à la Mésopotamie.
3) « -Eslale transacta... Kicomediam venit. » Lactance, De mort, pers., 17.
(/i) « Morbo jam gravi insurgente. » Ibid.
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17 septembre, dédier le cirque qu'il avait fait construire dans la métropole de la Bithynie (1). Une condamnation capitale peut avoir été, à cette date, prononcée par lui contre les martyrs. On dit que les corps de Cyprien et de Justine, laissés sans sépulture selon l'usage impie adopté presque partout dans la dernière persécution, furent secrètement recueillis par des matelots chrétiens qui. au moment de partir pour l'Italie, les chargèrent sur leur navire.
La persécution sévit cruellement en Egypte dès Tannée 30i. L'Egypte faisait alors partie du diocèse d'Orient, et comprenait plusieurs provinces, la Jovia et l'Herculia, au nord, la Thébaïde, au sud (2), ayant chacune un gouverneur particulier, subordonné au préfet d'Egypte (3). Ces magistrats mirent un zèle sanguinaire à l'exécution des édits. Nulle part peutêtre les chrétiens ne furent plus durement tourmentés.
Dans les provinces du Nord, « d'innombrables fidèles, dit Eusèbe, avec leurs femmes et leurs enfants, souffrirent pour la foi divers genres de mort : après les ongles de fer, le chevalet, la flagellation la plus
(1) « Quodcumque se premi viderel, prolatus est larnen ut ciicuiii <|uem fecerat dedicarel anno post vicennalia repleto. » Laclance. De tiwrî. 2)ers., 17.
(2) Mommsen, Mémoires sur les jjrovinces romaines, Irai. Picot, ji. 29. 31, 39.
(3) Le préfet d'Egypte, après avoir été lui-même pendant quelque temps sous les ordres du vicaire d'Orient, reçut plus tard des fonctions é()uivalentes à celles de vicaire du préfet de prétoire: voir Mommsen. /. c. p. 31, etMarquardt, Rôtn. Slaaisc, t. I, p. 356.
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cruelle, des tourments dont la «;eule description ferait horreur, les uns périssaient dans les flammes, d'autres étaient noyés dans la mer, ou tendaient joyeusement la tète au glaive du bourreau. Quelques-uns expiraient pendant la torture, ou succombaient à la faim. 11 y en eut de crucifiés, tantôt selon le mode habituellement suivi pour les malfaiteurs, tantôt d'une manière plus atroce, cloués la tète en bas : on les laissait vivants sur le gibet jusqu'à ce que la faim les eût tués (!').»
Avec quel soulagement, parmi tant d'horreurs, nous respirons comme une fleur anticipée de la chevalerie chrétienne dans cette touchante histoire de Didyme et de Théodora(2), qu'avait admirée le grand Corneille, mais (jue sa muse fatiguée fut impuissante à reproduire I
Une jeune fille d'Alexandrie, Théodora, est amenée devant le tribunal du préfet d'Egypte. « De quelle condition es-tu? » lui demande le juge. « Je suis chrétienne. — Es-tu libre ou esclave? — Je te l'ai déjà dit, je suis chrétienne : en venant sur la terre le Christ m'a rendue libre ; du reste, je suis née de parents nobles. » Le curateur de la cité, appelé par le juge, confirme les paroles de Théodora, et pro-
(1) Eusèbe, Hist. Eccl., VIII, 8.
(2) Acia SS. Didymiet Theodorx, dans Ruinarl. p. 427. Tilleinont (Mémoires, t. V, art. sur saint Didyme) porte de ces Acte» le jugement suivant : « Le commencement et la fin ( cest-à-dire les interrogatoires de Théodora et de Didyme) sont extraits mot à mot des registres publics, et le reste est écrit avec beaucoup d'esprit et de piété. »