LES MARTYRS DE LA SYRIE, DE LA PHÉMCIE, ETC
fleuve se transforma et le démon disparut (1) Les paroles que la tradition prête à l'héroïque eune femme n ont pu être écrites qu'à une époque où 1 on n avait pas oublié les effets physiologiques du crucilement, aboli dès les premières années du règne de ^onstantm. Ce sommeil d'épuisement contre lequel uttent les crucifiés, ces visions de boissons douces et fraîches passant devant l'esprit de malheureux dévores par la soif ardente qui arracha à Notre-Seigneur ui-même un cri d'angoisse (2), sont, parait-il, des laits d expérience en ces pays de l'Orient où le supplice de la croix existe encore (3).
Dans cette universelle terreur, les fidèles, en bien des provinces, quittaient leurs maisons et se réfugiaient dans la solitude, comme nous l'avons vu faire des l'année précédente à ceux de Galatie* Le Pont est une des régions où cette fuite est signalée avec quelque détail. La persécution y était horrible. Les magistrats semblaient occupés à inventer tous les jours de nouveaux supplices. Uoseaux enfoncés sous les ongles, plomb liquide versé sur le dos, entrailles déchirées, tels étaient les tourments dans lesquels mouraient les chrétiens (i). Parmi ceux qui cherchèrent leur salut dans la fuite, furent le grand-père et la grand'-
(Ij Acta, 16, 17.
(2) AnJ/w, siiio. Saint Jean, Xl.\, 28.
(3) Voir Revue (jermanique, 1864, t. XXX, ,.. 358: J)uUonnaire des scœnces mecUcales, 1821, t. Ll, art. Soif; cit 's par Ed.nond Le Riant les Actes des martyrs, . p. 243-24 i. '
(4) Eust-be; Hist. Ec(;l., VI II, 12, 0.
mère paternels de saint Basile et de saint Grégoire de Nysse. Ces époux chrétiens (nous connaissons seulement le nom de la femme, Macrina") vivaient à Néocésarée, attentifs à recueillir les traditions laissées par lapùtre de la province, Grégoire le Thaumaturge (1). Quand ils se virent menacés , ils ahandonnèrent la ville, et, avec quelques serviteurs, s'enfoncèrent dans les bois épais qui couvrent les montagnes du Pont. Ils vécurent dans d'inaccessibles retraites pendant sept années, contiants en la Providence, qui, aux heures d'extrême détresse, faisait passer à portée de leurs flèches quelque cerf de la forêt, dont la chair les nourrissait (2).
D'autres fugitifs poussèrent plus loin , et ne se crurent en sûreté qu'après avoir franchi les limites de l'empire. La Perse, l'Arménie, les déserts de TAralne reçurent des chrétiens persécutés. Dans certains de ces pays . animés contre Rome de haines séculaires , le fait d'être proscrits par elle assurait un bon accueil aux émigrants. Les Barbares, ou les peuples de civilisation ditférente auxquels l'orgueil romain donnait ce nom, tinrent à honneur de les traiter généreusement et d'accorder à leur culte une entière liberté (3).
(1) Saint Rasiîe, Ep. 204, 6.
(2) Saint Grégoire de Nazianze, Oralio XX. (3; Eusèbe, De vita Consiantini, II, 53.