‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 5)Chapitre 47 sur 57 · LI-:S MAIÎTVIIS D!î LAFIIIQIE ET DE L ESl'.U.M]. i i I · texte numérisé non relu

LI-:S MAIÎTVIIS D!î LAFIIIQIE ET DE L ESl'.U.M]. i i I

temps du poète on montrait encore une partie de son foie, arracliée par le Ijourreau avec des ongles de fer (1 ) . Une autre ville de la ïarraconaise, (( la petite Girone, » s'avance à son tour, offrant les reliques de saint Félix (-2), que les divers martyrologes disent victime de Datianus (3). Prudence montre encore, au nord, une cité dont l'importance n'a cessé de grandir à partir du second siècle, Barcino (Barcelone), se glorifiant du martyre de saint Cucufas (i); au centre, Complutus (Alcala), avec les sacrées dépouilles de Just et de Pastor, immolés par ordre de Datianus (5);

(1) Vidimus partom jecoris revulsain Uiigulis longe jacuisse prossi^, Mors liabet palleiis aliquid liioiuin

Te quoque viva.

l'cri Stephanôn, IV, 137-1 lO.

(2) Parva Felicis deciis cxhibebit Artiib.is sancli lociiples Girunda.

Ibid., 29-30.

L'exaclitude de Prudence est ici remarquable : rappelant l'épillièle donnée par le poète à «la petite Girone, » lliJi)ner {Corpus inscr. lut., t. II, p. 614) fait observer que la ville ne s'est pas agrandie de|)uis le quatrième siècle; les trois seules inscriptions de l'époque romaine trouvées sur son territoire [ibid., 46'20-4622) montrent combien [icu considérable elle était alors.

(3) Tillemont, Mc'iii., t. Y, art. xxii sur la pers.'culion de Dioclétien.

(i) Barchinon claro Cucufate fréta

Surget...

PeriSlcphanon, IV, 34-35.

(5) Sanguincm Justi, cui Pastor btcrct,

Ferculum duplex geminum([uc donuin Ferre Coinplutum greniio juvabit Membra duorum.

Ibid., 4l-i4.

442 LK QLATRIEME EDIT EX OCCIDENT SOi).

au sud, en Rétique, la riche Cordoue présentant Acisclus, Zoellus et « trois autres couronnes (1) », c'està-dire trois martyrs : Faust, Janvier et Martial, connus sous le nom des « très domini » (2) ; enfin en Lusitanie, 3Iérida portant les cendres de sainte Eulalie (3).

Si l'Espagne eut dans saint Vincent son Laurent, elle eut dans sainte Eulalie son Agnès. Les Actes de cette jeune sainte ont peu d'autorité : ce que nous possédons sur elle de meilleur est l'hymne troisième du Péri Stephanôn. Prudence vivait dans le pays et dans le siècle même où mourut Eulalie : les traditions qu'il recueillit doivent être exactes, au moins dans les grandes lignes.

Elle naquit et fut martyrisée dans la puissante et populeuse métropole de la Lusitanie, Mérida. Noble comme Agnès (i), Eulalie avait conmie elle douze ans au moment où sévissait le plus cruellement la per-

Les Actes des suints Jusl et Pasteur {Acla SS, août, t. II, p. 153) disent qu'ils étaient deux frères encore enfants, et furent martyrisés par ordre de Datianus. Le martyrologe romain attribue également à Datianus la condanmation de Cucufas.

(1) Corduba Acischim dabit et Zoelluni

Tresque coronas.

Péri Slcphtmôa, IV, 8-9.

(2) Voir BuUctlino di archeolof/ia cristianu, 1879, pp. 38, 41.

(3) Lusilanorum caput oppidorum l'rbs adorako clneres puellic Obviani Chrislo rapicns ad arain

Porriget ipsain.

Péri Slepltfinûn, IV, 41-44.

(4) GiTiiiine nobilis Eulalia.

Pcri Stephanôn, 111, 1,

LES MARTYRS DM L'AFRIQUE liï DE L'ESPAGNE. 4'i3

sédition (1). Toute enfant, elle avait laissé voir ce qu'elle serait un jour. Elle n'aimait ni le jeu ni la parure ; son visage austère, sa déuiarclie modeste, la sagesse précoce empreinte sur toute sa personne inspiraient déjà le respect (2), La vue des supplices soufferts par les chrétiens transporta d'indignation cette jeune âme : une sainte colère la saisit, et elle n'eut bientôt qu'une pensée, rendre elle-même témoignage de sa foi, combattre à son tour les combats du Seigneur (3). Cette ardeur prématurée fit trembler ses parents : ils l'emmenèrent à la campagne, afin d'écarter d'elle l'héroïque tentation. Mais l'enfant parvint à tromper leur surveillance, ouvrit pendant la nuit la porte de la maison, franchit la haie qui bordait le jardin, et seule, à travers les broussailles, parmi les ténèbres, s'achemina vers la ville : les anges, dit le poète, lui faisaient cortège (4). Un matin, on la vit paraître fièrement devant le tribunal, au milieu des faisceaux (5). Elle se déclara chrétienne : Prudence met maladroitement dans sa bouche un discours long et déclamatoire, qui gâte la simplicité de son action. Le juge essaya vainement de la persuader, lui parlant

(Ij Cuniciilis tribus al(|ue iiovcm

Tris liicmes qiiater alligerat.

J'cri Steplianôii, III, 11-12.

(-2) Ibid., lG-25.

(3) Ibîcl, 26-35.

(4) IbiiL, 36-50.

(5) Manc superba tribunal ailil, Fascibus adstat et ia incdiis.

Ibid., 6i-63.

iii LE QUATRIEME EDIT EN OCCIDENT (30i).

de sa jeunesse, de sa noble maison, du brillant avenir auquel elle renonçait, du présent terrible dont elle affrontait les menaces. < Que faut-il faire pour leur écliapper? prendre du bout des doigts un peu de sel, quelques grains d'encens. )> La martyre ne répondit rien : crachant au visage du mag-istrat stupéfait, elle renversa l'idole et foula aux pieds l'encens (1). Cet acte était de ceux qu'en principe TEglise réprouvait : il faut cependant remarquer que le concile d'illiberis (-2) refuse le titre de martyrs à ceux-là seulement qui ont été mis à mort pour avoir provoqué les païens en brisant des idoles, non à ceux qui ont brisé l'idole devant laquelle on voulait les contraindre à sacrifier. N'y a-t-il pas dans ce récit quelque exagération poétique? i< Je ne sçay, écrit Tillemont, si l'autorité de Prudence suffira pour faire croire cccy à tout le monde : et néanmoins l'esprit de Dieu inspire quelquefois à ses saints des mouvements qui sont an-dessus des règles communes, parce qu'il est le maistre absolu de toutes choses (3). » .l'ajoute que ce qui eût pu être zèle téméraire, excès blâmable chez un adulte, devenait facilement digne de louanges chez une enfant, emportée par un élan de générosité supérieur à son âge, et incapable de maîtriser les mouv^ements tumultueux de son ànie.

Dieu montra bientôt que l'acte d'Eulalic était mé-

(t) Perl Sl('pli(iiuin,\\], 00-130.

(2) Concil. Illiberis, canon 00.

(3) Tillemont, Mcmoircs, t. V, art. sur sainln Eulalic.

LES MARTYRS DE LAFRIQLK ET DE LESPACNE. 4i5

ritoire à ses yeux. L'iiilrépide enfant, décliirée par les ongles de fer, que maniaient deux bourreaux, comptait elle-même les blessures et chantait au milieu des supplices. On approcha d'elle des lampes ou des torches ardentes, dont la flamme fut promenée sur tout son corps, voltigeant sur son visage, courant sur la chevelure longue et parfumée qui l'avait enveloppée d'un voile pudic[ue (1) : puis on la fit monter sur le bûcher, dont la vierge buvait avidement la flamme (2). Bientôt, dit le poète, une colombe parut sortir de sa bouche et voler vers le ciel : c'était son âme, blanche et douce comme le lait, rapide, innocente. En même temps, le cou de la martyre s'inclina, le bûcher s'éteignit : elle était morte. Le bourreau, le licteur, témoins de ce prodige, s'enfuirent épou-

(1) l-lainma seil utuli(nu> lamiiadilms

lu lalora sloina(!iuiii(|iio liiril.

Flaiiima croiians volât in l'aciem Per(|ue comas vcgolala caput Occupât, exsuiiciMtque apicoin.

Péri Steplifinvii , 111, 153-lGl.

Sur un bas-ivlicf de la colonne Trajano, on voit des femmes Barbares brûler ainsi avec des lorcbes des soldais romains prisonniers : Tune apjuoclie la flainine des lianes d'un captif, l'autre renverse sa torcîie allumée sur ré|>aule d'un soldai, une troisième promène le feu sur la cbevelure de sa victime. M. Edmond Le Blant. qui publie ce bas-relief, ncrue fircIicolo(/i(/ue , 'y,\n\icr-{é\v\cv 188'J, p. l'iS, fait remarquer que dans les textes relalifs à ce supplice (cf. Virgile, [Enéide, IX, 535^ hunpadcs et faces sont synonymes.

[•i\ Virgo. ciUnn cupiens obitum,

Alipelit , et bibit ore rogum.

1 eri SIephonôn., III, 102-1C3.

'i4G LE QUATRIEME EDIT EN OCCIDENT (301).

vantés. Le corps d"Eulalio resta seul. Une neige épaisse tomba, couvrit tout le forum : elle enveloppa d'un blanc linceul les membres de la vierge. Les hommes ne pouvaient l'ensevelir : Dieu, dit le poète, se chargeait de rendre à la martyre les suprêmes honneurs (1).

Sur le tombeau d'Eulalie s'élevait, au temps de Prudence, une riche basilique, décorée de marbres, d'or, de mosaïques (-2). « Cueillez, s'écrie le poète, les violettes empourprées, moissonnez les rouges crocus : nos doux hivers ne sont pas sans fleurs, la glace chez nous fond vite, et permet aux champs d'en fournir encore des corbeilles (3). Jeunes fdles, jeunes garçons, offrez ces dons, entourés de feuillages : moi, au milieu du chœur, je suspendrai des guirlandes de dactyles, parures fanées, mais qui cependant auront un air de fête. Ainsi convient-il d'honorer les ossements sacrés et l'autel posé sur eux. Elle, couchée sous les pieds de Dieu, voit les hommages, et, rendue propice par nos chants, protège son peuple (i). »

Je ne sais si jamais plus touchante héroïne fut célébrée en des vers plus charmants.

(1) Péri Stephanon, llf, lGi-185.

(2) Ibid., 18f)-200.

(3) Sainle Eiilalio est honorée le 10 décembre.

(4) Perl Slcphonôn, III, 201-215. — De cette poéliquc péroraison je rap])rocherai celte note du martyrologe hiéronymien, au 14 des calendes de décembre, jour de la célébration à Cordoue de l'anniversaire d'.\cischis : lldc die rosx ibidem cnlletjunlur.

rages.

IxTuoDiCïiox. — I.es sources de riiistoirc des peisocutions i

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