CHAPITRE TROISIÈME
SOMMAIRE. — 1. La promulgation de l'^dit et les événements de Nicomédic.
— Galère à Nicomédie. — Ses efforts pour décider Dioclétien à la persécution. — Conseil privé. — Consultation de Toracle de Milet. — Dioclétien se résout à persécuter. — Destruction de l'église de Nicomédie.
— Affichage de redit de persécution. -- Articles de l'édit ordonnant la destruction des églises et des livres saints, interdisant les assemblées, dégradant ou privant de liberté les chrétiens. — Exemplaire de l'édit déchiré par un fidèle. — Supplice de celui-ci. — Premier inceodie du palais impérial. — Galère en accuse les chrétiens. — Second incendie, probablement imputable à Galère. — Peur et colère de Dioclétien. — Chrétiens de Nicomédie mis en demeure de sacrifier. ~ Apostasie des impératrices. — Martyre d'eunuques et de chambellans. ~ Exécution de révéque Anthime et de membres du clergé. ~ Laïques mis à mort. — Sacrifice préalable exigé des plaideurs. — II. L'exécution de l'édit. — Date de ea mise en vigueur dans les provinces orientales. — Cyrille, évèque d'Aotioche, envoyé aux mines.— Défections parmi les chrétiens de cette ville»— Héroïsme du diacre Romain. — Églises abattues en Asie. — Leur destruction retardée en Galatie et en Thrace. — Bassus, gouverneur de Thrace, favorable aux chrétiens. — Des femmes, à Thessalonique, cachent les Écritures. — Martyre d'Agathopode et de Tbéodule.
— La persécution en Occident. — Constance Chlore fait abattre quelques églises. —Il n'inquiète pas autrement les chrétiens. — Piquante leçon donnée ù ses courtisans. — Maximien Hercule exécute rigoureusement redit. — Destruction des livres sacrés en Espagne. — Destruction, à Rome, de la bibliothèque et des archives pontificales. — Confiscation des biens de l'Église romaine. — Efforts des chrétiens pour sauver de la profanation les tombes des martyrs. — Parties de catacombes enterrées. — Destruction d'édifices au-dessus des cimetières. — III. Les TRADrrEURs.
— Violence de la persécution en Afrique. — Profanation des arem sépulcrales. — Les Écritures livrées par de nombreux traditeurs. — Procèsverbal de la perquisition faite dans l'église de Cirta. — Faiblesse du clergé de Cirta, mêlée de quelque courage. — Stratagème de Mensurius, évèque de Carthage, pour sauver la bibliothèque et les archives de son église. — Blâme dirigé par lui contre les exagérés qui provoquaient inutilement les persécuteurs. — Héroïsme douteux de Secundus de Tigisis.
— Sage prudence de Félix d'Aptonge. — Martyre de Félix de Til)iuca. — Laïques martyrisés en Numidie. — Conversion du rhéteur Amobe.
La promulgation de l'ôdit et les événements de Nicomédie.
Galère passa les derniers mois de 302 et les premiers de 303 à Nicomédie, près de son beau-père Dioclétien (1). Excité lui-même par les conseils de sa mère, cette fanatique paysanne qui haïssait les chrétiens, il ne cessait, à son tour, de les dénoncer au vieil Auguste (2). Des colloques à leur sujet avaient lieu quotidiennement entre les deux empereurs, dans le vaste palais de Nicomédie encore tout peuplé de fidèles.
Pour échapper à la surveillance incessante que les courtisans et les serviteurs exercent sur les souverains, TAuguste et le César se rencontraient dans Tombre, comme des conspirateurs. Personne n'était admis à leurs entretiens (3). On les croyait occupés des grands intérêts de l'État, de la préparation des lois, de la marche des armées (4). Si quelqu'un, cependant, avait
(1) Lactance, De mortibus persecutorum, 10.
(2) Ibid.^ 11. -* M*' Duchesne fait ici une intéressante hypothèse : a Lactance ne dit pas, mais laisse supposer qu'il y eut ici on conflit d'influences féminines. Les princesses de Nicomédie (la femme et la fille de Dioc létien) étaient chrétiennes ou farorables aux chrétiens ; c'en était assez pour que le gynécée rival voulût mal de mort aux chrétiens. » Histoire ancienne de l'Église, t. II, 1907, p. 11, note.
(3) « Cum nemo admitteretur. » Ibid,
(4) « Et omnes de summo statu reipublic» tractari arbitrarentur. » Jbid,
pu surprendre leurs paroles à travers les portes soigneusement fermées, il eût éprouvé pour l'un des deux interlocuteurs cette sorte de sympathie dans laquelle il entre un peu d'estime et beaucoup de pitié. A Galère méprisant et impérieux Dioclétien répondait lentement, en vieillard qui défend pied à pied sa politique, son œuvre, sa fortune contre un héritier impatient de tout bouleverser (1). Il montrait les païens et les chrétiens unis dans une commune obéissance aux lois, le monde jouissant partout de la paix religieuse, et suppliait le furieux César de ne pas détruire un si bel ordre, fruit de dix-huit ans de sagesse. Rendu humain par les années et par le long exercice du pouvoir, il parlait de sa répugnance à verser le sang, de la facilité avec laquelle les chrétiens affrontaient la mort, de l'affreux carnage qu'entraînerait une déclaration de guerre à l'Église (2). Mais aucune considération d'humanité ou de politique ne pouvait arrêter Galère. En vain Dioclétien lui offrait une sorte de transaction : on continuerait à chasser les chrétiens de Tarmée, on exclurait même du palais les courtisans, les employés et les serviteurs qui professaient leur foi; à ce prix, la masse de la population chrétienne ne serait pas inquiétée (3). Galère ne voulut
(1) « Diu senex furori ejas repugnavit. » De mort, pers.^ 11.
(2) a Ostendens quaro perniciosum esset inquietari orbem lerr», fandi sanguinem multorum, etilloa lîbenter mori solere. j» Ibid,
(3) « Salis esse si palatinos tantum ac milites ab ea religione prohi' béret. » De morte pers,, 11.
rien entendre, et ne se contentait pas à moins d'une proscription universelle (1).
Las de résister, Dioclétien demanda que la responsabilité d'une décision fût partagée (2). il aimait à garder pour lui le mérite de ses bonnes actions; mais^ se voyant acculé à la nécessité de Caire mal, il ne s'y résignait qu'à la condition d'y paraître contraint par un semblant d opinion publique (3). Sur ces bases,, l'entente se fit aisément : d'un commun accord on décida de mettre fin au secret dont avaient été jusque-là enveloppées les délibérations des deux empereurs. Quelques fonctionnaires civils et militaires furent convoqués en conseil privé, afin de statuer sur le sort des chrétiens (4).
Le résultat fut ce qu'on pouvait attendre. Chacun parla à son tour, d'après son rang et son grade (5). Plusieurs de ces conseillers partageaient les haines ou les préjugés de Galère. Il y avait parmi eux des magistrats civils, imbus des principes néoplatoniciens, et voyant dans le christianisme une secte rivale de leur philosophie. Lactance cite le plus iofluent et le plus passionné, cet Hiéroclès dont nous avons parlé
(1) a Nec UineD deflectere poluit prœcipilis hominU insaniam. » Ibid,
(2) « Placuit ergo amiconim sententiam experiri. » Ibid.
(3) a Nam erat hujus malitiœ. Gum bonutn quid facere decrevisset, sine conûlio faciebat, ut ipse laudarelur. Cnm autem malum, quoniam id reprehendeDdum sciebat, in consîlium muUos advocabat, ut aliorum culpœ ascriberetur quidquid ipsedeliquerat. » Ibid.
(4) « Admissi ergo judices pauci et pauci militares. » Ibid,
(5) a Ut dignitate antecedebant, interrogabantur. » Ibid.
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déjà, et dont le nom se retrouvera encore dans Thistoire de la persécution (1). Peut-être la rivalité philosophique n'animait-elle pas seule de tels hommes, qui avaient souffert avec indignation la concurrence de collègues chrétiens dans le gouvernement des provinces, la direction des finances ou l'administration des cités, et saisissaient avec joie l'occasion de leur fermer l'accès des carrières publiques. On peut croire que les militaires appelés au conseil y portaient des sentiments moins complexes. C'étaient probablement des camarades et des admirateurs du vainqueur de la Perse, unissant comme lui à la vaillance guerrière une complète ignorance ou un grossier dédain des choses de l'âme. Ceux-ci votèrent de bonne foi l'extermination des ennemis des dieux, des adversaires de la religion nationale (2). D'autres conseillers, qui ne pen-
(1) « Uieroclem ex vicario praosidem, qui aactor et consiliarius ad iaciendam persecutionem fuit. » De mort, pers,, 16. — L'expression a ex Ticario prsBsidem » a souvent embarrassé les historiens. Elle signifie qu'avant d'entrer dans les charges publiques, telles que celle de président d'une province, Hiéroclès avait passé par les emplois de cour, et débuté par être picarius a^onsiliis sacris, fonction instituée par Dioclétien après la réorganisation du consilium principis. Le cursus honorum de G. Cœlius Saturninus, publié dans le Corpus inscr, lat., VI, 1704, montre de même ce magistrat occupant successivement diverses fondions du palais, devenant enfin vicarius a eonsiliis sacris avant d'arriver aux grandes charges financières et politiques. Voir Edouard Guq, le Conseil des empereurs, d'Auguste à Dioclétien, dans les Mémoires présentés par divers savants à V Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 1884, p. 466-476.
(2) « Quidam proprio adversus christianos odio inimicos deorum et hostes religlonum publicarum tollendos esse censuerunt. » De mort, pers., il.
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saient ni comme les amis d*Hiéroclès, ni comme les compagnons d'armes de Galère, se prononcèrent dans le même sens. Habitués à lire dans la pensée impériale, ces habiles gens avaient compris que le débat s'agitait entre une volonté inflexible et une volonté défaillante, et que la première triompherait de tous les obstacles : soit par crainte de déplaire, soit par désir de flatter, ils sacrifièrent les chrétiens sans hésitation, sinon sans remords (1). La race des Pilate n'était pas éteinte après trois siècles : ses imitateurs tremblaient, comme lui, de ne pas paraître assez « amis de César. »
Le malheureux Auguste, cependant, ne céda pas encore tout à fait. Il cherchait à retarder lacté impolitique et cruel qu'on exigeait de sa faiblesse. Il résolut ou plus probablement on lui suggéra une démarche dont l'issue ne pouvait être douteuse. Un haruspice (peut-être un de ceux-là mêmes qui naguère l'avaient décidé à expulser les soldats chrétiens) fut envoyé par lui à Miiet pour consulter l'oracle d'Apollon Didyméen (2). Celui-ci « répondit en ennemi de notre divine religion, » nous apprend simplement Lactance (3). Constantin, qui vivait alors près de Dioclétien, donne des détails plus précis. L'oracle
(0 « Qui aliter senliebant, intellecU hominis voluntate, Tel Umentes vel gratificari volantes in eamdem sententiam congruerunt« » De mortpers», II.
(2) a Nec sic quidem flexns est imperator ut accommodaret assensunif sed deos potissimum consulere statuit, misitque aruspicem ad ApoUinem Milesium. » Ibid,
(3) aRespondit ille ut divinaB religionis inimicus. » Ibid.
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caché au fond de rimmense et magnifiqae temple (1) se plaignit d'être réduit à Fimpuissance. Des justes répandus sur la terre lempéchaient d'annoncer Tavenir : du trépied sacré ne tombaient plus que des avis trompeurs. Se lamentant de sa déchéance, le prêtre d'Apollon agitait ses cheveux hérissés, comme en proie à l'esprit du dieu (2). Cette parole ambiguë, cette plainte étrange fut rapportée à Dioclétien. Son esprit naturellement superstitieux en resta plus frappé que d'une réponse directe. Il interrogea, dans son trouble, les personnes qui l'entouraient, officiers du palais ou prêtres païens. On fut unanime à reconnaître les chrétiens dans les justes dénoncés par Apollon (3). Sans prendre garde à l'hommage involontaire rendu à la vertu de ceux qu'on lui demandait de proscrire, Dioclétien sentit ses hésitations dissipées. Il avala ces paroles comme du miel, dit Constantin (4). Désormais la lutte pénible qu'il soutenait avec les autres et avec lui-même était terminée. Ne pouvant résister à ses amis, à César et à Apollon ligués ensemble, il se rendit (5). En échange de sa défaite, il obtint à son tour
(1) MiYtffTov vaâ>v xûv icdvTtov. Strabon. Geogr,, XIV, i, 5.
(2) Bnsèbe, De vita Conslantini, II, 50.
(3) Ibid., 61.
(4) mu.
(5) « Quooiam nec amicis, nec Cœsari, nec Apollioi poterat reluc- Uri. «De mari, pers.y 11. — Théophane ajoute que Galère fut excité à la persécatioQ par un « magicien, n nommé Théotecne, qui arait rendu « dans un antre » un oracle contre les chrétiens (Chronographia, a. m. 5794). 11 n'est pas probable que ce Théotecne soit le même que celui dont il est parlé p. 73, qui devint gouverneur de Galatie. Mais on peut admettre que « l'antre » dont il est question est un
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une concession. Le fanatique Galère avait demandé que tous les chrétiens fussent mis en demeure de sacrifier aux dieux, et ceux qui refuseraient brûlés vifs; Dioctétien essaya de rester modéré dans Tinjustice, et voulut que la persécution enfin décidée n'entraînât pas d'effusion de sang (1). Galère Taccorda : il savait bien qu'il ne dépendrait que de lui de faire naître ensuite quelque incident, par où les intentions de l'empereur seraient encore une fois changées.
On se hâta d'engager celui-ci dans la voie de la violence. Avant même que l'édit de persécution fût lancé, un premier acte d'hostilité eut lieu à Nicomédie, par Tordre et sous les yeux de l'Auguste et du César. Le jour fut choisi avec ce mélange de superstition et de subtilité qui caractérise une époque de décadence. Le sept de calendes de mars (23 février) était la fête des TermincUia, destinée à célébrer les limites des champs, et. marquée par des sacrifices à Jupiter Terminus (2). Il parut que cette date conviendrait à une solennelle démonstration contre le chi»istianisme, arrivé, dans la pensée des empereurs, à la
spelaeum miUirique, et que Théotecae était un prêtre de Mithra. Galère, comme Dioclétien, était dévot À Mithra {Corps, inscr. lat., t. III, 4413). Voir F. Cnmont, Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, t. II, 1896, p. 51. Les Actes de sainte Bassa (dont M. Gumont publie un fragment inédit (ibid.y p. 462) semblent attribuer aussi aux conseils d'un prêtre de Mithra (mais appelé MarcelHnus) la persécution de Galère.
(1) « Hanc moderationem tenere conatus est, ut eam rem sine sanguine transigi juberet, cum Cœsar Yiros cremari ?ellet qui sacrlficio répugnassent. » Ibid.
(2) Marquardt, Mmische Staatsverwaltung, t. III, 1878, p. 196.
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limite extrême, au terme définitif de son existence (1). Dès le point du joar, à la lumière encore douteuse du crépuscule, une troupe armée se mit en marche : le préfet du prétoire la commandait, acompagné de chefs supérieurs et de tribuns, comme pour une expédition militaire; des. agents du fisc suivaient, car il s'agissait aussi d'un acte de confiscation et de pillage régulier (2). On arrive à la principale église. Les portes sont arrachées (3) : les soldats se répandent dans le saint lieu, cherchant, disent-ils, la statue du dieu des chrétiens (4). Cette vaine recherche les conduisit à la tribime absidale, sur laquelle s'ouvraient les armoires ou chambres destinées à contenir d'un côté les vases sacrés, de Tautre les saintes Écritures, les livres liturgiques, les ouvrages composant la bibliothèque de l'église (5). Ils jetèrent aufeu tous les manuscrits, etse partagèrent les objets précieux (6). La basilique était remplie de soldats et d'employés, pillant, s'agitant, courant çà et là (7). Durant cette scène de désordre, les deux empereurs se tenaient à une fenêtre du palais, d'où ils aperce-
(1) « ut quasi terminus imponeretur huic religioni. » De mortihus persecutorum, 12.
(2) « Qui dies cum illuxisset,... repente adhuc dnbia luce ad ecclesiam prœfectus cum dncibus et tribunis et rationalibus venit. » Ibid,
(3) « ReTuUis foris. » Demortiàus persecutorum, 12.
(4) Simalacram dei quœritnr. » Ibid.
(5) De Rossi, De origine, historia, indicibus scrinii et bibliothecx sedis apostolicx, p. xth.
(6) « Scripturœ repertœ incenduntar, datur omnibus prœda. » De mort.pers., 12.
(7) A Rapitur, trepidatur, discurritur. n Ibid.
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vaient l'édifice chrétien, construit sur une hauteur. Longtemps ils délibérèrent sur son sort. Galère, toujours porté aux mesures extrêmes, voulait qu'on le brûlât (1). Dioclétien résistait, craignant que de l'église l'incendie se communiquât aux maisons contigués, et que tout un quartier de Nicomédie, plein de grands et beaux monuments (2), périt avec elle (3). Enfin son avis prévalut : on se contenta d'envoyer une escouade de prétoriens chargés de la démolir. Us s'avancèrent en ordre de bataille, la hache et les outils à la main, investirent l'église, et, avec l'adresse des soldats romains exercés à tous les travaux (4), commencèrent à renverser les murailles. En peu d'heures la haute cathédrale fut rasée (5).
(1) a Ipsi vero in speculis (in alto enim constituta ecciesia ex palalio ▼idebatur) diu inter se concertabant, utrum ignem potius suppoai oporteret. » De morte pers,
(2) Sur la beauté de Nicomédie à cette époque, voir Ammien Marcellin, XXII, 9 : « ita magnia rétro principum aropUficatam impenais, ut œdium multitudine privatarum et publicamm recte noscentibus regîo qnaedam Urbis œstimaretur œtemœ. »
(3) (( Vicit sententia Diocletianus, caTcns ne magno incendio facto pars aliqua civitatis arderet. Nam rouit» ac magnœ domus ab omni parte cingebant. » De mort, pers., 12.
(4) Sur les constructions d'édifices, de ponts, de canaux, de tunnels, de routes, exécutées dans les proTinces par les légions, voir Lacour- Gayet, Antonin le Pieux, 1888, p. 165-171. — « La paix araitdestraraux plus rudes que la guerre pour ces armées intelligentes. Par elles, la terre de la patrie était couverte de monuments ou sillonnée de larges routes et le ciment romain des aqueducs était pétri, ainsi que Rome elle-même, des mains qui la défendaient. » A. de Vigny, Servitude et Grandeur militaires.
(5) « Veniebant igitur et praetoriani, acie structa, cum securibus et aliis ferramentis ; et immissi undiqne, tamen illud editissimum (aedificium ou fanum?; paucis boris solo adœquarunt. > De mort» pers, ^ 12.
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PROMULGATION DE L'ÉOIT. 155
Le lendemain y païens et chrétiens pouvaient lire sur les murs de Nicomédie Tédit de persécution. Il contenait quatre articles principaux. Les assemblées chrétiennes étaient absolument interdites (1). Les églises devaient être abattues (2). Les livres sacrés qu'elles contenaient ou que possédaient les clercs et les fidèles devaient être jetés au feu (3). Les chrétiens de rang élevé perdaient tous leurs privilèges, et tombaient à la condition de personnes infâmes; en conséquence ils pourront être mis à la torture, devenir l'objet de toutes les poursuites, et n'auront le droit d'intenter aucune action devant un tribunal, même pour injure, adultère, ou vol (4). Quant aux fidèles n'appartenant point à l'aristocratie ou au monde officiel, ils perdaient la liberté, s'ils persistaient à se dire chrétiens (5). Ceux qui étaient déjà esclaves ne pourront jamais être aflfranchis (6).
(1) Tô; (TUv6douc Tcôv xP^<rTifltvà>v IÇiQp^cjOai. Easèbe, HisL EccL, IX, 10, 8.
(2) Tàç |ièv èxxXridCa; tXç cdofoc 9tptiv. Ibid., VUI, 2, 4. — « Ut orones obique ecclesiœ cum sais altaribus œqaarentar solo. » Passio S. ThéodoH Àncyrani, 4, dans Rainart, p. 355.
(8) Tàc dèTpa?à< à^ovetc icupl ytvia^ai . Eosèbo, HisL Eccl.^ VIII, 2,4.
(4) Toi»;(iiv Tt(&fl; èmaY)(&|Uvou( âtii&ouc. Eusèbe, HUU BccL, VIII, 2, 4. — « Ut religionis illius carerent omni honore ac dignitale, tormenUs subjecti essent qaocamque ordlne aut gradu yenirent, adversus eos omnlsaclio caleret, ipsi non de injuria, non de adnlterio, non de reboi ablatis agere possent. » Lactance, De morLpers., 13. — Cf. Digeste, XL VIII, II, 4, 8; V, 2.
(5) Toù; Si sv olxtxlonÇf il 2ici(iivoiev t^ toO xpi<mavia|&oO icpoOt<rct, i)ituOip(ac oTtpctaOai. Eusèbe, Hist. Eccl., VUI, 2, 4. — a Libertatem deniqne ac vocem non haberent. » Lactance, De mort, pers.^ 13.
(6) « Si quis servorum permansisset christianus, libertatem consequi non posset. » Aufin, Hist. Eccl, VIII, 2.
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Par quelques dispositions cet édit rappelle celui que Valérien promulgua en 258. Comme alors, les chrétiens illustres par la naissance ou les fonctions sont dégradés (1). Mais sur divers points la législation de Valérien est aggravée. Les édifices ecclésiastiques ne seront pas seulement séquestrés, mais détruits. Une clause spéciale ordonne la suppression des livres, dont Valérien n'avait pas parlé. Enfin, sous cet empereur, seuls les chrétiens de la maison de César devenaient esclaves du fisc (2) ; maintenant tous les gens du peuple (3) qui persisteront dans la croyance prohibée pourront être revendiqués par lui, et tous les esclaves chrétiens seront à jamais rivés à la servitude (4).
(1) Voir les Dernières Persécutions du troisième siècle, 3* éd., p. 82.
(2) Les Dernières Persécutions du troisième Hècle, 3* éd., p. 82-
(3) Toù{ èv olxerCai;. Je ne saurais voir dans cette expression Téqul- ▼aient de 8oOXouc, et je la traduis : « Les gens de condition commune, les gens qui mènent la vie domestique, » par opposition à ceux qui suivent les carrières publiques et la Toie des honneurs. Zonare, au douzième siècle, interprète comme je le fais toOc 2v olxertatc, et rend ces mots par l'équivalent xoCic 8è t^x^c ISkotCSoc Svto;, les gens de condition privée, les simples particuliers, qui, dit-il, deviendront esclaves, dovXovdOai (Ann., XII, 32). Parmi les modernes, le même sens est adopté par Valois (Adnot. ad Euseb,, VIII, 4), Mason (tke Persécution of Diocletian, 1876, p. 344-845), Gdrres (Christenverfolgungen, dans Kraus, Real-EncykL der christL Alterth,, t I, 1884, p. 245), Ghampagny (les Césars du troisième siècle, 1870, t. III, p. 335), Dnruy {Histoire des Romains, t. VI, p. 602).
(4) La phrase de Rufin : « Si quis servorum permansisset cbristianus libertatem consequi non potest, » que Nicéphore Calliste, au qua torzièroe siècle, rend par toO; oIx^toiç i(o(ivuYP^vc IXevOeptqL ti(&av {Hist, EccL, VII, 43), ne doit pas être prise (comme l'ont fait Baluze, Tillemont, Mosheim, Neander, Unidker)pour une traduction exacte du
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Sur d'autres points, au contraire, Dioclétien se montre moins rigoureux que Valérien : son édit ne fait pas mention du clergé, que cet empereur en 257 punissait de Texil (1), en 258 de la mort (2); il nluflige pas non plus ce dernier ch&timent aux chrétiens de haut rang qui, après leur dégradation, refuseraient d'abjurer (3). La peine de mort n'est eucore prononcée nulle part : c'était, ou s'en souvient, la concession que Dioclétien avait obtenue de Galère.
La lecture de l'édit impérial dut exciter dans la population chrétienne des sentiments divers : chez les faibles, la consternation et la stupeur; chez les saints, une ferme résolution et même une pieuse allégresse ; chez les jeuues^ les ardents, une indignation généreuse. Les historiens rapportent d'un de ceux-ci un acte incorrect, sans doute, selon la rigueur de la règle, mais trop courageux pour qu'on lui puisse refuser l'admiration (i). Un chrétien distingué par sa naissance et ses emplois (5) ne put lire avec calme la pièce hypocrite par laquelle il voyait une partie des
pas»age d'Easèbe discuté dans la note précédente, mais aa contraire comme IMnsertion dans le texte de celui-ci, par son très libre interprète, d'une clause de l'édit omise par Busèbe aussi bien que par Lactance. Telle est la solution indiquée par Gôrres, et adoptée implicitement par Champagny et Duruy.
(1) Les Dernières PerséaUions du troisième siècle, 3* éd., p. 56.
(2) Ibid., p. 81.
(3) Les Dernières Persécutions du troisième siècle, p. 82.
(4) « £tsi non recte, magno tamen animo. » Lactance, De mort pers., 13. Eusèbe dit, avec un senUment d'approbation sans réserves : ÇViXcp T(^ xatà ee6v. ffist, EccL, VIII, 5.
(5) T(Ôv ovx à9i^|ifa>v tiç dXXà xal à'^ay xaioc ràç év xip p(fa> vevo(U9(&éva; Oiccpox^ Ttç 2v8oÇoTaTfa>v. Ibid.
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fidèles atteinte dans ses privilèges, une autre partie menacée dans sa liberté. En public, sur le forum (1), il arracha la copie de Tédit et la mit en pièces (2), s' écriant : « Voilà donc, ô empereurs, vos victoires sur les Goths et les Sarmates (3) ! » L'acte était outrageant pour la majesté impériale; peut-être le reproche politique contenu dans ces mots, allusion railleuse aux titres de Gothique et de Sarmatique pris par les empereurs, mais surtout blétme contre des souverains assez mal inspirés pour employer contre leurs sujets les plus soumis une énergie mieux faite pour combattre les Barbares, toucha-t-il davantage Dioclétien. L'intrépide chrétien fut arrêté sous Tinculpation de lèse-majesté commise à la fois par les actions et par les paroles (4). On le mit tout de suite à la torture (5), non pas tant par application de Fédit qu'en vertu du droit commun : dès qu'un crime de cette sorte était découvert, le coupable, sans égard au rang ou à la naissance, devait être torturé sur-lechamp, afin de rechercher quels étaient ses complices, de quelle faction il se faisait l'instrument (5) ;
(1) '£v Tcpoçavet xal $Y)(io<rî{p. Ibid.
(2) n Edictum... deripuit et concidit. )> De morL pers., 13. — 'AveXâov aicapàrcei. Eusèbe, l. c.
(3) Cum irridens dicerct Tictorias Gothorum et Sarroatorum prœpositas. » De mort, pers,^ 13.
(4) « Quod crimen non solum facto, sed et rerbis impiis et maiedictis maxime exacerbatur. » Paul, Sentent ^ V, 29, ^ 1.
(4) d Statim quoque productus, non modo extorlus... » De mort, pers., 13.
(5) tt In reum majeslalis inquiri prius conrenit quibus opibus, qua
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les ennemis du christianisme ne laissèrent pas échapper ime aussi excellente occasion de mettre en suspicion tous les fidèles pour le fait d'un seul. Puis on condamna le coupable au feu, selon la loi, dit Lactance (1). La loi punissait le crime de lèse-majesté de peines différentes, suivant la condition des personnes : les humbles, humiliores, étaient livrés aux bêtes ou brûlés viCs; les gens distingués, honestiores, étaient décapités (2). Déchu de son ancienne dignité en vertu d'une des dispositions de Tédit, le chrétien, noble encore la veille, n'était plus maintenant qu'un humilior : comme tel il fut conduit au bûcher. Sa joie et sa tranquillité persistèrent jusqu'au dernier soupir (3).
Le procès terminé par cette exécution n'avait amené aucune charge contre les fidèles. L'acte illégal si cruellement expié par l'un d'eux émanait certainement de lui seul. Galère dut chercher ailleurs le moyen de compromettre la population chrétienne (4). Tout à coup le feu éclata dans le palais que l'Auguste et le César habitaient ensemble à Nicomédie (5). L'in-
ficUone, quibus hoc aactoribas fecerit... Cam de eo quœritur, nulla digniUs a torraentis excipitur. » Paul, Sentent., V, 29, § 2.
(1) « ... Sed etiam légitime coctus. » De mort, pers,, 13.
(2) « Humiliores bestiis objiciuntur Tel vivi exuruntur; bonestiores capite puniuntur. » Paul, Sentent,, V, 29, § 1.
(3) T& o^vicov xal àTapotxov lU aOnfjv TiXeuTaCav dtexi^piiaev àvaicvoi^v. Basèbe, Hitt. Bccl,, VllI, 5. — « Cum admirabiii patientia postremo exnstos est. » De mort, pers,, 13.
(4) « Sed Gœsar noa conlentus est edicti legibus : alitçr Diocletianom aggredi parât. » Ibid,
(5) Le palais impérial de Nicomédie était probablement composé de
cendie s'alluma si soudainement, que plusieurs Tattribuèrent à la foudre : telle était encore, bien des années plus tard, l'opinion de Constantin (1). Eusèbe parle d'un cas fortuit, sans marquer lequel (2). Lactance n'hésite pas à dénoncer Galère (3) : soit que ses affidés aient mis directement le feu, soit qu'ils aient entretenu Tincendie accidentel que la foudre ou quelque autre hasard avait produit. Quand même la passion aurait ici égaré l'historien, il ne se trompe pas en nous montrant le haineux et perfide César profitant avec habileté d'un événement qui avait porté la terreur jusqu'au fond de Tàme de son timide collègue. Si Galère n'alluma pas le feu, il le fit si bien
plasieari palais à la fois distiDCts et coDtigas, où cbaqae souTertia et inèifie chaque sooTeraiae pouvait tenir sa cour à part Lactance parle ailleurs {De mort. per$., 7) des maisous que Dioclétieo avait bâties pour sa femme et pour sa fille (bic uxori domns, bic filiœ), au détrimeut de nombreux édifices privés. L'ensemble de ces constructions diverses devait offrir à peu près l'aspect du groupe de palais qui couvrait à Home le mont Palatin ; mais à Rome chaque siècle ou même chaque règne avait apporté son œuvre difiërente : à Nicomédie, tout avait été improvisé.
(1) 'AXOct Nixo{jii^eta, où <noicc5<n 2à xal ol lorop^Q^avrcç <i^v xal avrèc uv •çMrçfàstA' é5Y;ovTO |iivTot xà PooiXctaxal 6 oTxoc ocOroO èirtv8(M>(iivox» 9XT11CT0V ve|&o|&évT)c Te oOp«vtac ^Xoyoc. Constantin, Oratio ad sancto^ rum cœium, 25, 2. — H. Heikel {Busebius Werke, 1. 1, Leipzig, 1902) conteste Tauthenlicilé de VOratio Constantini ad sanctorum cœtum : il refuse d'y voir l'œuvre de Constantin, et même l'œuvre d'Eusèbe, et fait descendre la composition de ce morceau jusqu'à la première moitié du cinquième siècle. Voir sur cette opinion les réserves des Analecta BoUandiana, t. XXI, 1902, p. 425.
(2) Ovx ol5* 5ic(i>{ èv toT;. xaxà t^v Ntxo(i.iQ8etav ^oiXeioi^ TTupxotâç iv aôraï; 8i^j ratç ifjiiépai; ipOeiaric fjv. Eusèbe, HiU. EccL, VI, 6.
(3) « Nam ut illum (Diocletianum) ad propositum crudelissim» persecutionis impelleret, occultis ministris palatio subjecit incendinm. » De mort, pers., 14.
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PROMULGATION DK LEDIT. 161
servir à ses vues, qu'on serait excusable de Tavoir soupçonné. « Le palais, s*écriait-il devant les murailles embrasées, le palais est rempli ' d'eunuques chrétiens; ils ont voulu payer par le crime la confiance aveugle que leur montrait Dioclétien : un complot a été formé entre eux et leurs coreligionnaires du dehors; grâce à cet accord scélérat, deux empereurs ont failli périr dans les flammes! Les chrétiens ont enfin paru ce qu'ils sont en efiet : des ennemis publics (1) ! » Dioclétien, malgré sa finesse de vieux politique, ne devina pas la ruse, peut-être le crime de Galère (2). La fureur obscurcit son habituelle pénétration. 11 fit mettre tous ses gens à la torture (3). Lui-même siégeait au milieu des bourreaux et voyait d*un œil sec les membres des accusés se tordre sous l'action des flammes (&). Tous les magistrats présents à la cour avaient été requis, et chacun, de son côté, administrait la question. C'était à qui découvrirait les coupables (5). Galère était présent, entretenant la
(1) « ChristUni arguebanlur velut hostes publici, et cum ingenti iQTidia simnl cum palatio chrisUanorum nomen ardebat. Ulos consilio cam ennuchis habilo de exstingaendU principibus cogitasse, dttos imperatores domi sa» pêne tîtos esse combustos. » Lactance, De mortibus pertecutorum, 14.
(2) « Diocietianns vero, qui semper se Tolebat videri astutnm et intelligentem, nihil potuit suspicari. » Ibid*
(3) « Sed ira iunammatus excarnificari omnes snos protinus prœcepit. » Ibid.
(4) a Sedebat ipse, atque innocentes igné torquebat. » Ibid.
(5) c Itemjudices universi, omnes denique qui erant iu palatio magistri, data potestate, torqnebant. Erant certantes qui prior allquid inveniret. » Ibid.
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colère de son collègue, ne lui laissant pas le loisir de réfléchir ou de se calmer (1). Mais il avait eu soin de dérober à Tenquète et à la torture ses propres serviteurs : c'est pour ce motif, dit malicieusement Lactance, qu'on ne put rien découvrir (2). Les poursuites allaient-elles être abandonoées? Le César n'était pas homme à subir un tel échec. 11 fallait à tout prix le conjurer. Quinze jours après le premier incendie, un second éclata (3). Galère, qui depuis le milieu de Thiver avait fait en secret ses préparatifs de départ, quitta le jour même Nicomédie, déclarant qu'il fuyait de peur d'être brûlé vif (4).
Malgré les plus promptes recherches, le coupable fut encore introuvable (5). Lactance persiste à désigner Galère. Si la participation du César au premier incendie reste douteuse, il semble difficile de le disculper du second. Galère n'était pas homme à reculer devant un aussi lâche moyen de compromettre ses ennemis : on ne saurait prétendre que des considérations d'humanité ou de prudence l'eussent arrêté, lui qui, naguère, avait voulu brûler l'église de Nicomédie au risque de détruire un quartier de la
(1) « Aderat ipse et instabat, nec patiebatur iram inconsiderati senis dehagrate. » Lactance, De mort, pers., 14.
(2) <t Nihll usqaam reperiebatur, quippe cum familiam Cœsaris nemo torqueret. » Ibid,
(3) « Sed quindecim diebus interjectis, aliad rursum incendiam molitas est. » Ibid»
(4} « Tanc CaBsar, medio hieme profectione parata, prorupit eodem die contes tan s Aigere se ne vivus arderet. » Ihid, (5) « Sed celerins animadTersom, nec tamen auclor apparuit. » Ibid,
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ville. Sa fuite même, par laquelle il accusait avec ostentation les chrétiens, parait suspecte : emmenant ses officiers et ses serviteurs, il les mettait à Tabri d'une nouvelle enquête qui eût pu tourner contre lui si Dioclétien s'était avisé de faire, cette fois, interroger sans distinction tous les hôtes du palais. La précaution, cependant, était superfiue : Dioclétien n'éprouvait plus d'hésitation. La peur avait eu raison de sa sagesse. 11 était maintenant crédule à toutes les calomnies. Il jugeait sa vie menacée : et par qui Teûtelle été, sinon par ces chrétiens (1) que Galère lui avait dénoncés comme des ennemis publics, et dans lesquels son imagination troublée voyait désormais! les secrets alliés des Goths et des Sarmates? Le vieux souverain se figurait être enveloppé dans les filets d'une vaste conjuration : le clergé de Nicomédie en était l'Ame, et les serviteurs baptisés de tout état et de tout rang qui remplissaient la demeure impériale y prêtaient leurs bras! Ses défiances montaient plus haut encore : il se demandait si sa femme Prisca, si sa fille Valeria, l'épouse délaissée que Galère n'avait pas songé à emmener dans sa fuite, ne faisaient pas partie, elles aussi, du complot. En un mot, tous les chrétiens de son entourage et de sa capitale, même les plus illustres, même les plus chers, lui parais* saient conjurés contre lui. Aussi résolut-il de changer la procédure suivie lors du premier incendie. Au
(1) KaO' vic6votav 4«v8ii npèc tâv i7)(UT<pttv linxtipT)(H)vat X6yo\j StodoeévToç. Eusèbe, Hist. Ecel., VIII, 6, 6.
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lieu de faire porter Tenquéte sur le fait lui-même, il la mit sur la religion. Ceux qui nieront le Christ démontreront par là leur innocence; ceux qui le confesseront s'avoueront coupables de conspiration contre la personne sacrée des empereurs et seront punis comme incendiaires. On revenait aux jours de Néron : la dernière des persécutions débutait comme avait fait la première.
Les souffrances des chrétiens furent à Nicomédie presque aussi cruelles qu'elles l'avaient été après Tincendie de Rome : non que Dioclétien se complût aux horribles mascarades inventées alors par l'histrion couronné du premier siècle ; mais il était trop romain pour hésiter à verser le sang, et, comme il arrive souvent aux gens qui ont eu peur, il était devenu d'autant plus impitoyable qu'il avait été plus effrayé. Ou sacrifier, ou mourir : tous les suspects, c'està-dire tous les chrétiens de la cour et de la ville, durent choisir entre ces deux termes. Les défaillances paraissent avoir été peu nombreuses, du moins l'histoire n'en a retenu qu'une, celle des deux impératrices (1). La nombreuse domesticité chrétienne montra un grand courage. Les . plus puissants des eunuques, u sur lesquels reposait tout le palais, » qui avaient possédé la confiance du maître et été aimés de lui comme des fils, se laissèrent tuer plutôt que de trahir leur foi (2). Eusèbe a décrit le
(1) « Primam omnium filiam Valeriam coDJugemque Priscam sacriflcio pollui coegit. » Lactance, De mort, pers,, 15.
(2) Potentisftimi quondam eonachi necati, per quos palatium et
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supplice du chambellan Pierre. Après son refus de sacrifier, on Féleva sur le chevalet, et on lui déchira tout le corps avec des fouets. Quand ses os parurent à nu, du sel et du vinaigre furent mis dans les plaies. Puis on rétendit sur un gril, pour consumer à petit feu ce qui lui restait de chair (1). Il mourut ainsi, « inébranlable comme son nom (2) » . Dorothée, chef des chambellans. Gorgone et beaucoup d'autres cubiculaires furent étranglés après de longues tortures (3). L'empereur assistait en personne à Texécution de ses serviteurs (4), Il ne s'opposa point d'abord à ce qu'une sépulture convenable leur fût donnée. Mais bientôt il changea d'avis : craignant, dit Eusèbe, que la dévotion populaire ne s'attachât à leurs tombes, et qu'on ne les honorât comme des dieux, il commanda de déterrer et de jeter à la mer les restes des martyrs (5). Lactance, avec son éloquence venge-
ipse confttabat. » Ibid, — ... Oî xal tfic &v«f>xàT«o icopà tolc 8eaic6Tatc ^&iO|iivot Ti|i5i<, yvr^ta^ te avrotc otaOéfftt téxvMv oO XtiKO|Livoi... Baftèbe, Hist. Eccl., VIII, 6.
(1) Eosèbe, HUt. Sccl, VIII, 6, 2.
(2) *A|iov &; 6^tù^ xal Tfjc KpooTTYOpiac* Hérpo^ yhp ItmùaXxo, Sasèbt, HUU Seel,, VIII, 6, 4.
(3) Ibid., 6, 5.
(4) 'Ef* «Sv Ss8v)Xttxoquv àpx^*'^* ^^i^-i 6, 2. — Euaèbe fle trompe en nommant ici « les empereurs »; Galère avait quitté Nicomédie, an témoignage formel de Lactance : Dioclétien put donc seul assister an supplice.
(5) Tovç Bi Yt paotXixoO; jircà Oàvatov naltoQ, yS H^«f à xf^ «pofftjxov- OTK yafitiaç icopodottévroïc, a^Ot; il Ono^jx^ic àvopvfavTCç ivaicopp^^i OoXAaoig xal aûtoùc ^ovto StTv ol vevo(it9(iivot Seon^tat, <S>c &v (ii^ Iv (ivvitiaaiv &9cox8titsvovc KpooxuvoKv Ttvtc, Ocovc ti^ avTo{;c, âc y* <^ovto, >0YiCâ|Uvot. ibid,, 6, 7. — Cependant la colline où, selon la tradition locale, ila avaient été misa mort continua d'être honorée; on y enterrait par
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resse, compare Dioclétien à la bète féroce qui fouille les tombeaux et s'acharne sur les cadavres. « Qu'importe? s'écrie le vigoureux polémiste. Est-ce qu'on s'imagine que ceux qui souffrent la mort pour le nom de Dieu se mettent fort en peine que Ton vienne à leurs sépulcres? S'ils veulent mourir, c'est pour aller eux-mêmes à Dieu (1). »
Pendant que Dioclétien immolait dans le palais ses anciens amis, la terreur pesait sur la ville. Des juges se tenaient dans les principaux temples, obligeant tous les suspects à sacrifier (2), condamnant à mort ceux qui refusaient. Ni le sexe ni Tàge n'exemptaient de cette épreuve (3). Cependant, un certain ordre semble avoir été suivi. On commença par le clergé. L'évèque Anthime, ses prêtres, tous les ministres des autels, furent jugés sommairement et exécutés, les uns par le glaive, d'autres par des supplices divers (4). Avec eux périrent toutes les personnes de
dévotion. Da règne de Constantin ou de ses premiers successears date probablement ane curieuse inscription, en grec et en latin, trouvée en ce Ueu, et dont voici le texte latin : FLAVIVS MAXIMINVS, SCV. TARIVS, SENATOR, LBVAVI STATVAM HLIO MEC OCTBMO. VIVO- SIT ANNOS II, DIES XII. PRECISVS A MEDICO, mCPOSITVS EST AD MARTYRES. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1895, p. 225-227. Senator me paraît signifier ici senator nUlitum (cf. plus baut, p. 28, note 3) plutôt que membre d'un sénat.
(1) Lactance, Div, Inst*, V. 11.
(2) « indices per omnia templa dispersi, universos ad sacrificia cogebant. » De mort, pers., 15.
(8) « Omnis sexus et aetatis bomines... » Ihid.
(4) « Comprebeusi presbyteri ac ministri, et sine uUa prol>atione ad confessionem damnati... » Ibid, — 'Ev xotStc^ t^; xaxà Ntxo|j.i^tav IxxXT)9leec 6 tKjvixaurx itpoeaTw; "AvOtpioç ôià ti^v elç Xpioriv (lopTupiav t^v
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leur maison, parents ou domestiques, les femmes mêmes et les enfants, massacrés en masse (1) : tantôt on les mettait dans des barques et on les jetait en pleine mer, une pierre au cou; tantôt on les entou* rait de bois enflammé et on les brûlait par troupes (2). Un saint enthousiasme saisissait quelquefois les condamnés : on vit des hommes et des femmes sauter d'eux-mêmes dans le feu (3).
Pendant ce temps les prisons ne cessaient de s*emplir {k). Après les clercs et leurs familles, les laïques passèrent à leur tour en jugement (5). Des supplices inouïs furent inventés (6). On ne sait si ce tragique épisode se termina par la complète extermination de la population chrétienne de Nicomédie, ou par la lassitude de Tempereur et des bourreaux* J'incline à
xcfaX^iv dbcoT<|ivTat. Easèbe, ffist, Eccl,, VI, 6, 6. — Une inscription récemment découverte témoigne de la yénération dont a ioui saint Antilime aax siècles snirants ; elle a trait à son église de Pompeiopolis, en Cilicie,à laquelle les empereurs chrétiens accordèrent le droit d'asile : *Opoi àouXot tou &y(^ ^^^ è-j86Çov t&tYaXotJ^l(>Tupoc 'AvOî|j.ou. Bvll. de corresp. hellénique, t. XIII, 1889, p. 293.
(1) « Cum omnibus suis deducebantur. » Lactance, De mortibus persecutorum, 15.
(2) < Nec singnli, quoniam tanta erat multitudo, et gregatim circumdato igné ambiebantur domestici, alligatis ad collnm molaribus mari mergebantur. » Ibid. — HaYYivfi 9tt>pv)$àv paotXixâ V8V(miti tûv T^ O£0^6ûv ol |tèv (Cçei xatecrçàTTOvto, o( 8à 8tà nupbç èTiXeioûvto... d^crovTe^ 8à ot Brfi\i.ioi SXXo xi nXv)Oo; èicl oxàçatç xoCç OaXaTTioiç Ivaicép* pticTov puOotc. Eusèbe, Hisl, Bccl., VllI, 0, 6.
(3) 'O Te Xéyoç Ix*' i^poOvuCqc Ttvl àppi^tcp db^Spoc; fijia -yvvaiÇlv iiîi rriv mipàv icaOaXXt(70ai. Ibid.
(4) « Pleni carceres erant. » De mort, pers., 15.
(5) « Nec minus in ceterum populum persecutio violenter incubuit. » Ibid.
(6) «( Tormentorum gênera inaudita excogitabantur. » Ibid.
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cette dernière opinion. Lactance rapporte, en effet, que des autels furent placés dans les prétoires, afin que les juges pussent s'assurer de la religion des plaideurs (1). Cette mesure, si tyrannique qu'elle soit, montre qu'on revint après quelque temps à l'application régulière de Tédit, qui frappait les chrétiens de mort civile et non de mort sanglante : quand un plaideur, avant d'exposer son procès, refusait de brûler de l'encens, le juge le renvoyait de l'audience en vertu de la clause qui retirait aux chrétiens le droit d'ester en justice. Il restait donc encore de ceux-ci à Nicomédie, après les affreux massacres auxquels le second incendie du palais servit de prétexte.
(1) « Et ne cui temere jus diceretur, arœ in secretariis ac pro tribonali posJlœ, ut litigatores prius sacrificarent, atque ita causas suas dieerent : sic ergo ad jndices tanqnam ad deos adiretar. » Ibid. Bien que cette phrase soit reliée par la conjonction et à celle qui est citée dans la note précédente, il me parait certain qu'elle se rapporte à un ordre de choses tout différent de la persécution sanglante, dans laquelle il s'agissait, non de refuser aux chrétiens le droit de plaider leurs causes cifiles, mais de les mettre à mort sur simple refus de sacrifier.
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L'exécution de l'édit.
L'édit avait été rendu au nom des deux Augustes et des deux Césars : mais il était Tœuvre des seuls Dioclétien et Galère : leurs collègues n'avaient pas été consultés, et n'apprirent un acte aussi considérable que par un message qui leur fut envoyé de Nicomédie (!)• Sa publication fut donc assez tardive en Occident. Même dans les provinces orientales, elle n'eut pas lieu partout à la même époque. En Palestine, redit ne fut connu qu'aux approches de la Passion du Sauveur (2), vers la fin de mars ou le commencement d'avril (3); à Ântioche, il fut exécuté, par la fermeture des églises, le jour même de la Passion {k), qui se trouvait, en 303, le 16 avril (5).
(1) < Et jam litterœad Maximiaoum atque Constantiam commeare* rnni ut eadem ûicereot. Eorom aententia in tantis rébus expectata non eraL » De mori. persec^ 15.
(2) TiSc Tov acdtT)p(ou icdOov; ioprfic ImXocuvouvric. Eusèbe, HisL EccL, VUI, 2, 4.
(3) Dans l'Histoire ecclési<utique, au chapitre 2 da Uire VIII, Ensèbe nomme le mois de Dystrus, correspondant an mois de mars dans le calendrier syro-macédonien; dans le prologue du livre sur les martyrs de la Palestine, il nomme le mois de Xanthicus, correspondant an mois d'avril selon le même calendrier.
(4) Théodoret, ffUt. EccL, V, 38.
(^) Tillemont, Mémoires, t. V, art. x sur la persécution de Diocl^ tien*
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Près de deux mois s'étaient écoulés depuis la destruction de Téglise de Nîcomédie.
Si Ton se rappelle les détails donnés par tlusèbe sur le relâchement où étaient tombés, à la faveur de la paix, beaucoup des fidèles des Églises orientales (1), on comprendra que la connaissance de Tordre impérial ait produit parmi eux de nombreuses défections. Autant les chrétiens de Nicomédie, animés par l'exemple de leur évèque, s'étaient montrés héroïques, autant ceux d'Antioche, privés de leur pasteur Cyrille (2), qui venait d'être déporté aux mines de Pannonie, marquèrent de faiblesse. Bien qu'un traitement moins cruel les menaç&t, puisque la peine
(1) Voir plo8 haut, p. 68.
(2) Sans doute par application de l'article de l'édit qui permettait de traiter toute une classe des chrétiens en esclaves dn fisc. Sur saint Cyrille, évoque d'Antioche, Toir Eusèbe, ffist. EccL^ VII, 32; Chron, ad ann. 44 Probi. La Passio SS, Qtiatuor Coronatorum dit qu'il passa trois ans dans les carrières impériales de marbre de la Pannonie : a in custodia relegatus pro nomine Christi vinctus, qui jam mnltis rerberibus fuerat maceratus per annos très. » Or l'élection de son successeur Tyrannus au siège d'Antioche est fixée par Eusèbe à Tan 305. Du commencement de 303 aux derniers mois de 305, il y a près de trois ans; la date de Télection de Tyrannns oblige à placer la condamnation de Cyrille dès le début de la persécution. Voir BuU. di archeologia cristiana, 1879, p. 53, 61-62, 71. Cependant cette indication de la Passio SS, Quatuor Coronatorum a paru suspecte à M*' Duchesne. Il fait remarquer qu'Eusèbe, qui parle à deux reprises de Cyrille, ne fait aucune allusion à son séjour en Pannonie, et dit au contraire {ffist, Eccl., 1. c.) que la persécution éclata sous son successeur Tyrannus, ce qui semble exclure que Cyrille en ait été Tictime. a Un fait aussi grave que la confession et Texil du premier évèque d'Orient n'aurait pu échapper à Eusèbe, et il n'avait aucune raison de le dissimuler. » Histoire aricienne de VÉglise, t. II, p. 49, note 2.
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de mort, appliquée à Nicomédie à la suite de circonstances exceptionnelles, ne devait pas l'être ailleurs, on les vit déserter en foule les autels du vrai Dieu et offrir des sacrifices aux idoles (1).
Peut-être cette honteuse déroute eut-elle, sinon pour excuse, au moins pour cause la terreur inspirée par la présence de Galère, qui, après sa fuite retentissante, s'était rendu à Antioche. Cependant ce troupeau sans chef finit par rencontrer un homme capable de le rassembler et de le conduire. Romain, diacre de Gésarée^ se trouvait à ce moment dans la capitale de la Syrie. Ému du triste spectacle qui s'offrait à ses regards, il résolut de ranimer la foi défaillante des chrétiens. Il y travailla avec succès par ses exhortations publiqueâ, par des discours prononcés jusque sur les marches des temples, d'où il écartait les hésitants, où il allait chercher les apostats pour les ramener au devoir. Mais l'intervention généreuse de cet étranger parut aux autorités publiques un acte de rébellion (2). Romain, arrêté, fut condamné au
(1) Busèbe, De martyribus Palestinœ, 2.
(2) Basèbe, l, c.,et De resurrectione, II (daas Migne, Patr, Oraec, t. XXrV, ool. 1099). — Pnideacc sait uae autre Tersion, d'après laquelle, au moment où le gouverneur de la province entra, accompagné de soldats, dans la principale église pour la profaner, il y trouva la population chrétienne de la ville rassemblée par Romain et prête à mourir plutôt que de renier sa foi; Péri Stephanân, X, 41-65. Ce récit est en contradiction avec celui d'Eusèbe, qui déplore au contraire la Ucheté des chrétiens d'Antioche Le témoignage de l'historien, contemporain des faits, ayant vécu près d'Antioche, et certainement renseigné sur des événements qui intéressaient son Église de Césarée, doit être préféré à celui du poète, qui n'a jamais visité l'Orient, et écrivit près d'un siècle après le commencement de la persécution.
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feu (1). Le cruel Galère, pour qui la mort d'un chrétien était une fête, voulut assister à Texécution. Déjà le martyr, attaché à un poteau, était environné de flammes, quand une pluie soudaine éteignit le bûcher. « Où donc est le feu? » demanda Romain en riant (2). La raillerie déplut à Tempereur, qui commanda de couper la langue de l'intrépide diacre ^3). Un médecin renégat fut obligé de faire l'opération. Contrairement à toutes les prévisions, Romain n'en mourut pas; conduit en prison, il parlait clairement. Le médecin, soupçonné de complaisance, se justifia en montrant la langue du martyr, qu'il avait conservée comme une relique : un condamné, sur qui l'on
(1) Pradence, Péri Stephanôn, X, 41, donne au magistrat le nom d'Asclépiade.
(2) Eusèbe, De martyribus Palestine, 2.
(3) Le miracle de la langue coupée n'est pas raconté dans le De mart. Pal. d'Eusèbe, mais dans le De resurrectione, qui lui est plus ou moins exactement attribué. Ce fait extraordinaire doit-il être rangé parmi les légendes? Un événement analogue est rapporté de la persécution des Vandales en Afrique, sous Genséric, et parait sérieusement attesté. Des chrétiens eurent « la langue coupée jusqu'à la racine, » et continuèrent néanmoins à parler. « Si quelqu'un ne rent pas nous croire,
écrit Victor de Vite {De persec. Fondai, V, 6), qu'il aille maintenant à ConslanUnople,et il y trouvera Tun d'eux, le sous-diacre Reparatus, qui parle parfaitement bien, sans aucune altération. 11 est tenu en grande Ténération dans le palais de l'empereur Zenon, et l'impératrice, plus que tout autre, le vénère avec un profond respect. » Un chroni* queur contemporain, le comte Marcellin, affirme avoir vu lui-même à Byzance quelques-uns de ces saints hommes qui avaient la main droite amputée et la langue coupée, et qui parlaient clairement (Ckron., ad ann. 484; ifott. German. hist, AucL antiq., U XI, p. 93). L'empereur Justinien écrit dans un document officiel : « Nous avons vu des hommes vénérables, à qui on avait coupé la langue jusqu'à la racine, et qui, chose merveilleuse, avaient conservé la parole. » Code Justin., I» xxvn, t.
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LEXÉCUTIOiX DE L'ÊDIT. 173
expérimenta le même supplice, moarut aussitôt. Romain, que Dieu venait de glorifier par un si éclatant miracle, fut gardé pendant de longs mois en pri* son (1) : nous le verrons plus tard y consommer son martyre*
Cet épisode méritait d'être recueilli, car les renseignements sont rares sur les effets du premier édit dans les États de Dioclétien. Ils se laissent surtout deviner, gr&ce à des témoignages indirects. On reconnaît que beaucoup d'églises furent abattues en Asie, au soin avec lequel, dés le lendemain de la paix, les évêques les rebâtirent de toutes parts (2)« Ce sont surtout les constructions neuves de Tàge postérieur qui racontent les ruines de 303. Si nous possédions les discours prononcés pour riuaugura* tion des nouveaux sanctuaires, nous apprendrions sans doute, au sujet de ceux qu'ils remplaçaient, ce que raconte le « panégyrique » par lequel on célébra la dédicace de la seconde cathédrale de Tyr : l'ancien édifice, déjà magnifique dans son état primitif, avait été entièrement ravagé après l'édit de Dioclétien; on avait vu ses portes abattues à coups
(1) A ces faits Pradence relie {Péri Sieph., X, 646-845) le toachtnt épisode d'ua enfant martyr, raconté aussi par saint Jean Cbrysostome, Homilia XLVIII, mais dont Easèl>e ne parle nnlle part. Les martyrologes lai donnent le nom de Barulas. Les maKyres d'enfants ne sont pas sans exemple dans l'histoire des premiers siècles (voir les Dernières Persécutions du troisième siècle, 3« éd., p. 153); mais celui-ci me paraît devoir être rapporté à un autre moment de la persécution de Dioclétien, quand elle prit le caractère d'une guerre d'extermination.
(2) Busèbe, Hist. BccL, X, 2.
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de hache, ses livres détruits, ses murailles incendiées; sur ses décombres s'était établi un dépât d'immondices (1).
Il faudrait, cependant, mal connaître Tadministra* tion romaine pour s'imaginer que la démolition des églises chrétiennes eut lieu partout en même temps, et fut aussi complète dans toutes les provinces. Les gouverneurs ne ressemblaient que de loin à nos pré* fets. Une latitude beaucoup, plus grande leur était laissée dans Texécution des lois. Ils les appliquaient plus ou moins complètement, selon les lieux, et en considérant soit leurs dispositions personnelles, soit celles des peuples qu'ils administraient. Servie par des moyens de communication moins rapides, la centralisation impériale n'avait pas les exigences de celle de nos jours : l'unité de Faction générale, non l'uniformité presque mécanique des mouvements particuliers, était demandée à ses agents. Aussi voyons-nous, pendant plusieurs mois, pour des causes diverses, des églises rester debout en certaines contrées, malgré redit qui commandait leur destruction. Peu nom*breuses apparemment sont celles qui échappèrent tout à fait à la ruine, comme l'église bâtie au siècle précédent par saint Grégoire le Thaumaturge à Néocésarée du Pont (2) ; mais, en d'autres contrées, cette ruine parait avoir été retai^dée : il en fut ainsi même
(1) Easèbe, HisL EccL, X, 4, 26, 33.
(2) *0 fUypi ToO irapovtoc ôetxvu|ievo;, écrit saint Grégoire de Nysse, Vita 5. Gregorii Thaumaturgi, 3.
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dans des provinces assez voisines de la résidence impériale.
En Galatie, par exemple, on nous dit qu'il y avait encore, un an après Tédit, à quinze lieues il est vrai de la capitale, une église de campagne non seulement debout, mais ouverte (1); à Ancyre même, vers la même date, les églises étaient fermées, mais non rasées, comme portait cependant Tordonnance impériale (2). Cela parait, à première vue, d'autant plus surprenant qu'au gouvernement de cette province fut appelé le renégat (3) Théotecne, qui s'était fait fort de ramener au culte des dieux tous les chrétiens qui l'habitaient (4). Hais sa nomination ne suivit peut-être pas immédiatement Tédit. Qui sait s'il ne remplaça point un gouverneur soit chrétien, soit au moins favorable aux chrétiens? La présence d'un administrateur animé de tels sentiments parait avoir été la cause du retard que subit, en Thrace (5), la per-
(1) Pa$»io s, TheodoU Ancyrani et septem virginum, 10-12,32; dans Ruinart, p. 358-359, 369.
(2) Ibid., 16, p. 361. -« Les églises auxquelles fait allusion [ce passage de la Passion portaient les noms d'église des Patriarches (con-^ fessio Pairiarcharum) et d'église des Pères (confessio Patrum). Le premier [au moins de ces édifices religieux était reconnaissable à sa disposition architecturale, car il avait une abside, concha, près de laquelle saint Théodote, ne pouvant entrer, se mit en prières. Sur ce mot, voir Martigny, Diet, des antiquités chrétiennes, 1877, art. Abside, p. 9, et Basiliques, p. 90 ; Kraus, Jteal-Encykt. der christlich, AUerthUmer, 1. 1, art. Apsis, p. 70, et Concha, p. 817.
(3) « Desertor pietatls. » Passio S. Theodoti Ancyrani, 4, p. 355.
(4) Ibid, Sur ce passage de la Passion de Théodote, voir les obser- Tations de M. P. Franchi de' Cayalieri, dans Nuovo Bull, di arch, crist,, 1904, p. 31-33.
(5} Ou plutôt dans la partie du diocèse de Thrace qui depuis Dio-
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sécution. Nous verrons que la principale église d'Héraclée ne fut fermée qu*au commencement de 304 (1). Une aussi longue patience serait inexplicable sans ce que l'on sait du gouverneur Bassus (2). Une pièce ancienne semble dire qu'il « connaissait Dieu (3). » Au moins sa femme était-elle chrétienne (4). Lui-même descendait peut-être de ce lallius Bassus qui fut en 164 gouverneur de la Mésie Inférieure (5) et dont la. fille était enterrée dans le cimetière de Galliste (6) : les sympathies pour le christianisme ne cessèrent probablement jamais dans cette famille et les Bassi du quatrième siècle sont célèbres par leur piété (7).
détiea formait une proTince séparée sous le nom d'Europe, et dont Héraclée était une des métropoles; Marqnardt, Rôm, Staaisverwaliung, t. I, p. 316; Mommseu» Mémoire sur les provinces romaines, trad. Picot, p. 42.
(1) PassioS. PhHippi,2; dans Rninart, p, 443.
(2) U peut avoir été parent du consul ordinaire de 239,M.Magrius Bassus.
(3) Passio S, Philippi, 8, p. 448.
(4) « Mitior enim fuerat Bassus..., eo qnod uxor ejus Deo allquanto jam tempore serviebat. » Ibid,
(5) Léon Renier, Inscriptions de TroesnUs, extrait des Comptes rendus de l'Acad. des inscriptions, 1865, p. 25; De Rossi, Bull, di archeologia cristianat 1865, p. 77-79.
(6) lALLlAB lALLII Bkss I ET CATIAE CLRme
NTUfAE FILf AE Fllssim A£ MATRI CLEMtffi
TINAE IN PAGE AEL. CLEMENS fi LIVS De Rossi, Bull, di arch, cm^,i865, p. 78, et Roma sotterranea, t. I, p. 309 et pi. XXXI, n« 12.
(7) Prudence, Contra Symmachum, I, 548 ; De Rossi, Inser, christ, urbis Romœ, t. I, n° 141, p. 80.
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L'EXËCUnON DE LEDIT. 177
Si, en dehors dès événements de Nicomédie, Ton a peu de détails sur les débuts de la persécution dans les États de Dioclétien, les renseignements sont moins nombreux encore sur ses commencements dans les provinces gouvernées par Galère. Gomme le Gésar demeura quelque temps en Asie avant de retourner dans son apanage (1), peut-être faut-il attribuer à son absence la langueur avec laquelle s'engagèrent les poursuites. Il parait cependant qu'à Thessalonique, capitale de la Macédoine, la recherche des Écritures saintes et de tous les livres composant la bibliothèque des églises fut faite rigoureusement. G'est alors qu'une chrétienne dévouée, Irène, avant de s^enfuir dans les montagnes, cacha dans sa maison, avec l'aide de ses sœurs, un grand nombre de manuscrits (2) ; nous retrouverons ces saintes femmes dans la suite de cette histoire. On rapporte aus^i au commencement de la persécution (mais peut-être la date n'est-elie pas bien assurée) le martyre, à Thessalonique, du diacre Agathopode et du lecteur Théodule ; arrêtés parce qu'au lieu de s'enfuir comme les autres ils restaient dans l'église et prêchaient hardiment, les deux clercs furent conduits en prison, pressés de sacrifier, de manger des viandes immolées et de livrer les Ecritures : sur leur refus, le juge les fit mettre dans une barque, une pierre au cou, et jeter dans la
(1) Voir plas baot, p. 171.
(2) « Tôt membranas, Ubros, tabellas, codicillos et paginas Scripturaram. » Acta SS. Agapes, Chionise, Irenes, 5 ; dans Ruinart, p. 423.
PEESÉCUTIONS. — IT. 12
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mer (1). Bien qu'aux termes de Tédit la qualité de chrétien ne fit pas encore encourir la mort, la peine capitale était quelquefois prononcée contre des chrétiens plus hardis qui encourageaient les autres à la résistance, ou contre ceux qui, mis en demeure de livrer les ouvrages proscrits, refusaient de le faire. Dans ces derniers étaient naturellement Agathopode, chargé comme diacre du temporel de Téglise, et Théodule, investi spécialement du soin des livres.
Si de rOrient, où la persécution prit naissance, nous passons à FOccident, où ses effets se firent bientôt sentir, nous verrons que ceux-ci ne furent pas les mêmes dans les États des deux souverains qui se partageaient cette moitié de TEmpire.
Les sujets chrétiens de Constance réprouvèrent assez pour s'apercevoir qu'elle avait été déclarée, à peine assez pour en souffrir. Le César ne pouvait sans doute refuser toute obéissance aux commandements de ses supérieurs, les Augustes, ou toute attention à un édit en tète duquel son nom se lisait avec ceux de ses trois collègues. Mais il en adoucit l'exécution au point de la rendre presque insensible.
Eût-il partagé la haine des autres empereurs pour le christianisme, la politique aurait suffi à le détour-
(1) Acta SS., avril, 1. 1, p. 42 et suiv. ^ Sur les difficultés de ces Actes quant à la date et à diverses circonstances peu croyables, voir Tillemont, Mémoires, t. V, notes xu et xui sur la persécution de Dioclétien. Nous avons extrait de cette pièce, écrite en forme oratoire et postérieure à la paix de l'Église, la substance seule du récit, qui, ramené à ces termes, devient vraisemblable.
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ner d'y donner cours. Moins puissante et moins répandue en Bretagne et même en Gaule qu'en Orient, r Église ne prêtait dans ces contrées aucun prétexte aux craintes imaginaires que les souverains avaient manifestées ailleurs. Jamais un acte quelconque d'opposition, un refus de service militaire, par exemple, ne s'était produit parmi les paisibles chrétientés bretonnes ou gallo-romaines. Les souvenirs mêmes de la tyrannie de Maximien Hercule n'y avaient point laissé de ressentiment dans les &mes, facilement réconciliées avec l'Empire par la bienfaisante administration de Constance. La prudence conseillait à celui-ci de ne pas éveiller les passions par une persécution nouvelle, qui, pour être d'abord moins meurtrière que le court orage de 287, serait pourtant plus insupportable, parce qu'au lieu de frapper quelques chrétientés seulement elle les atteindrait toutes. Le César se sentait aimé et vénéré de tous ses sujets, sans distinction de culte : cette popularité, contrastant avec les haines qu'avaient attirées sur Dioclétien et sur Hercule les exactions fiscales du premier, les cruautés et les débauches du second, lui était chère, et il ne voulut pas la perdre. Par inclination autant que par politique, il résolut de préserver ses provinces des maux qui désolaient déjà l'Orient et allaient fondre sur une partie de l'Occident (1).
(1) a Vir egregius et prœstantissîmae civilitatis... hic non modo amabilis Gallis fait, prœcipae quod Diocletiani suspectant pnidentiam et Maximiani sanguinariam temeritatem imperio ejus eyaserant. » Eu-
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Ne voulant pas, cependant, rompre ouvertement avec ses collègues, Constance leur donna un témoignage matériel de soumission par la destruction de quelques églises. Mais, au prix de quelques murailles, qu'il sera facile de relever, il se dispensa d'attenter au vrai temple de Dieu, qui est dans le cœur des hommes (i); il ne demanda pas aux membres du clergé de livrer les Écritures sacrées (2) ; en un mot, il laissa voir clairement sa résolution de respecter autour de lui la liberté des consciences. Si, alors ou plus tard, des excès furent commis dans ses États contre les chrétiens, cela eut lieu à son insu, par la tyrannie locale d'un petit nombre de gouverneurs (3) ; mais la direc-
trope, Brev.,Xt 1. Ce Jugement d'un païen concorde ayec celui d'Eusèbe, De viiaCon8L,U, 49.
(1) c Nam ConstanUus, ne ditaenlire a majorum preceptis yideretur, conTenticula, id est parietes, qui resUtui poterant, dirai passus est, verain autem Dei teroplum, quod est in hominibus, incolnme servavit. » Lactance, De mort pers., 15. — Sur la destraction des églises en Bretagne, Toir Bède, HisLEccL, II, 8.
(2) C'est ce que diront, plus tard, les donatistes, demandant à Constantin de leur donner pour juges des éTèques de la Gaule, parce que parmi ceux-ci il ne pourait y avoir eu de traditeurs : « De génère Justo es, cujus pater inter ceteros imperatores persecutionem non exercuit, et ab hoc facinore immunis est Gallia. » Saint Optât, De scMsm, donat., I, 22.
(S) Ainsi périrent saint Ferréol, à Vienne, et saint Julien, à Brioude, si leur martyre eut lieu dans la dernière persécution ; mais cette date n'est nullement assurée. Voir Tillemont, Mémoires, t. V, note in sur saint Ferréol. Quant à saint Mitre, patron d'Aix en ProTence, dont on fait un martyr de la persécution de Dioclétien, le plus ancien texte de sa Vie, publié par les Bollandlstes au tome VIII (1889) de leurs Analecta, montre que ce généreux esclave d'un païen fut victime d'une longue persécution domestique, mais survécut à son maître : son histoire, que l'on peut placer avec vraisemblance à la fin du troisième
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L'EXÉCUTION DE L'ËDIT. 181
tion générale donnée par Constance à sa politique religieuse fut toute dans le sens de la tolérance. Alors que les palais de ses collègues ne contenaient plus un seul officier ou serviteur chrétien, le sien, qui en était rempli, continua de ressembler à une église, dit Eusèbe (1), répétant une expression naguère employée par saint Denys d'Alexandrie à propos d'un autre empereur favorable au christianisme (2). Si l'on en croit l'historien, Constance donna même une noble et spiritueUe leçon aux courtisans qui croient faire preuve de fidélité aux princes en réglant leur conscience sur les ordres de ceux-ci. Il feignit d'imiter Dioclétien, et d'exiger comme lui de tous ceux qui Tentouraient une adhésion au paganisme. « Employés du palais, magistrats, gouverneurs, les chrétiens qui obéirpnt, dit-il, continueront de jouir de leurs honneurs et privilèges, mais ceux qui refuseront perdront leurs charges. » Les uns se montrèrent disposés à l'obéissance ; d'autres refusèrent de renier le Christ. Quand le prince eut ainsi pénétré le caractère de chacun, il blÀma les premiers de leur faiblesse et se plaignit de ne pouvoir compter pour lui-même sur la fidélité d'hommes capables de renier leur Dieu. Ceux-ci furent, en conséquence, exclus de la cour, tandis que
siècle ou au commencement du quatrième, fait comprendre les vexalions auxquelles étaient exposés les esclaves chrétiens, mais n'a rien à Toir avec la persécution oflSeielle.
(1) Eusèbe, De vita Contt,, 1, 17.
(2) Eusèbe, Hi$U EceL, Vil, 10, 3; cf. les Dernières Persécutionê du troisième siècle, 3« éd., p. ^7.
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les chrétiens courageux qui s^étaieut, par devoir, exposés à déplaire restèrent en possession de la faveur du loyal César (1).
Maximien Hercule différait trop de Constance pour ne pas accueillir avec joie la persécution (2). Aussi, tandis qu'en Bretagne et en Gaule la paix religieuse était à peine troublée, Tédit fut rigoureusement appliqué dans les États du second Auguste, c'est-à-dire en Italie, en Afrique et en Espagne.
Pour ce dernier pays, nous avons le témoignage du poète Prudence, qui montre les soldats pillant les livres sacrés, et attribue à la destruction de documents qui eut lieu alors Toubli où tomba la mémoire des anciens martyrs (3).
La guerre aux manuscrits ne fut certes pas moindre à Kome. Mais nous manquons de détails sur ce qui s'y passa. Les seuls qui nous soient parvenus découlent d'une source suspecte. Il y aurait eu dans cette capitale du monde chrétien de nombreux « traditeurs, » si Ton en croit des procès-verbaux allégués un siècle plus tard par les donatistes (&.). Cependant, deux seulement y sont désignés par leurs noms, Stra-
(1) Euftèbe, De vita Consl., I, 16.
(2) « Et quidein senex Maximianus libens paruit per Italiam, homo nonadeo clenena. « Lactance, DemorL pers.,lB,
(3) Pradence, PeriSleph., I, 78-78.
(I) Saint AugusUn, Breviculus collalionis cum donatistis, 111, 34. Même si ces procès*yerl>tux étaient autlientiques, rien ne prouTerait qu'ils fussent relaUfo à des clirétiens de Rome; car, dit saint Augustin, ni le magistrat, ni le lieu n'étaient nommés : «c nec prœfectus ipse.... nec locus legebatur. »
ton et Gassien (i). Les donatistes accusent, il est vrai, le pape Marcellin, ses prêtres Miltiade, Marcel, Silvestre; d'avoir livré les Écritures; mais aucune pièce n'est apportée à Tappui de cette assertion (2). Saint Augustin la repousse comme dénuée de preuves (3). Nous verrons tout à l'heure les habiles et laborieux efforts de MarceUin pour dérober aux profanateurs les sépultures les plus vénérées des catacombes. Apparemment, si la police romaine avait dû recourir à la trahison ou à la faiblesse pour se faire livrer les manuscrits, ce n'aurait été que dans quelques-unes des églises paroissiales ou tituli, situées pour la plupart dans les quartiers excentriques de la ville : les plus anciennes, n'étant point distinguées par leur architecture comme les somptueuses basiliques de rOrient, pouvaient être jusque-là demeurées inconnues de l'autorité civile (4). Mais celle-ci avait entretenu des rapports officiels avec le chef de la communauté chrétienne : elle connaissait certainement l'existence des archives et de la bibliothèque pontificales, situées dans un des lieux les plus fréquentés de
(1) Ibid., 34-86.
(2) La plus ancieane mention qui nous en soit ptryenue est dans le Liber Genealogus, ouTrage composé par un donatiste, en Afrique, entre 405 et 427; à l'article sur la persécution de Dioclétien, on lit : « ICarcellinus Urbis (episcopus), Straton et Cassianus diaconns Urbis publiée in Capitolio erangelia concremarunt. » Voir Mommsen, Chroniea minora saectUorum IV, V, VI, VII; et BulletHno di areheologia crisUana, 1894, p. 52.
(3) Saint Augustin, Contra liU. Petil,, II, 202; Deunico haptismo, 16; Brev, eolL eumdonat, III, 34-36; Ad donaLpost coll., 17.
(4) Voir plus haut, p. 62.
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la ville, près du théâtre de Pompée et des écuries de la faction Verte des jeux du cirque (1). Sans doute elle n'eut besoin d'aucun délateur pour s'emparer d'un dépôt déjà considérable à cette époque (2), et que sa richesse même n'avait pas dû permettre de déménager furtivement. Le petit nombre des Actes, des documents, des écrits antérieurs au quatrième siècle qui nous soient restés d'un siège mêlé comme celui de Rome aux affaires de la chrétienté universelle, prouve que cette saisie eut lieu, et montre que nulle part peut-être la destruction ne fut plus complète et plus systématique (3).
Mais à Rome, pas plus qu'ailleurs, on ne se contenta de détruire des livres ou de disperser des archives. L'autorité publique démolit les sanctuaires chrétiens, et confisqua les vastes propriétés que l'Église possédait en vertu des donations des fidèles, et qu'elle faisait servir pour la plupart à la sépulture de ses membres. Si nous avions soit les Actes auxquels se référèrent plusieurs fois les donatistes dans les controverses postérieures, soit les lettres officielles données après la persécution pour permettre de recouvrer les loca ecclesiastica, nous pourrions nous rendre compte de la nature et de l'étendue des biens ravis aux chrétiens. Malheureusement ces documents
(1) De Rossi, De origine, historia, indicihus scHnii et bibliolh. sedis apost.y 1886, p. xxxTii;La hiblioteca délia sede apostolica, dans Studi e Documenti diSloria e Diritlo, 1884, p. 334.
(2) De origine, etc., p. xi-xxvii.
(3) De origine, etc., p. xviii ; La hiblioteca, etc., p. 336.
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ne sont connus que par quelques allusions (1), et n'ont été nulle part reproduits intégralement ou même cités avec détail. Bien rares sont les renseignements que l'on peut glaner ailleurs : comme ces passages du Livre Pontifical où il est question de la confiscation du cimetière de Cyriaque, sur la voie Tiburtine (2), et de celle d'un domaine de la Sabine « appartenant au nom des chrétiens » et devenu ensuite « propriété d'Auguste (3). » Si l'on veut comprendre et, pour ainsi dire, toucher du doigt la crise violente alors subie par le patrimoine ecclésiastique, il faut descendre aux catacombes.
Quand fut connu l'édit, les chrétiens voulurent soustraire aux profanations les tombes (fort rares à Rome) qui se trouvaient à la surface du sol, au-dessus des cimetières souterrains. Telle fut probablement la pensée d'Aelius Saturninus, époux de la clarissime Gassin Feretria, car une épitaphe de celle-ci a été trouvée à fleur de terre, dans l'aire extérieure du cimetière de Calliste, et une seconde épitaphe toute semblable ferma un humble loculus, dans une des galeries souterraines antérieures à la paix de l'Église : sans doute les restes de la noble femme y furent transportés hâtivement, à la première nouvelle
(1) Brev, colL cum doncU,, Ul, 34-36.
(2) « Posseasio cujasdam Cyriacœ religioMB femÎDœ, quod fiscus occopiTerat tempore persecotionis. » Lib. PonL, SilTester, 25; Duchesne, t. I, p. 182.
(3) c Possessio AugosU, territorio Sabineose» prœst. nomÎDi christianorom. » Ibid, — Sur la yaleur de ces expressions, Toir Duchesne,
t. I, p. CL.
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de la persécution (1). Cependant un tel abri n'offrait encore qu'une sécurité relative. S'il pouvait protéger dans une certaine mesure les tombes des simples fidèles, il ne devait point garantir les sépulcres déjà célèbres des martyrs et des saints contre les insultes des persécuteurs, jaloux d'en abolir la mémoire. On avait probablement appris déjà à Rome les outrages subis par les restes des martyrs de Nicomédie, que Dioclétien, après les avoir laissé d'abord ensevelir honorablement, fit ensuite déterrer et jeter à la mer (2). Aussi l'autorité ecclésiastique, en vue du moment prochain où la confiscation ordonnée par l'édit allait être appliquée aux cimetières, s'empressa-t-elle d'y mettre, partout où elle le put, les tombes saintes hors de la portée des païens : elle y réussit parfois si bien que, la persécution finie, les chrétiens euxmêmes auront souvent beaucoup de mal à les retrouver (3).
Un des moyens les plus coûteux, mais aussi les plus sûrs, consistait à combler de terre les cryptes où reposaient des martyrs illustres : il parait avoir été
(1) De Rossi, Roma sotlerranea, t. II, p. 285 et pi. LV; t. III, p. 661-
(2) Voir plus haut, p. 165.
(3) Le pape saint Damase, après 366, se Toua à cette recherche : (( multa corpora sanetorum reqnisint et inTenit, » dit le Libtr Pontificalis; Duchesne, 1. 1, p. 212. L'inscriptioii eu Tors qu'il mit sur le tombeau de saiut Butychius, dans la catacombe de saint Sébastien , dit : QUAERITVR, INVENTVS COLITVR. De Rossi, /lucr. cAri^f. wrbis Romx, t. II, p. 66, 00, 105. Celui de saint Nemesius fut longtemps sans honneurs, parce qu'on était incertain sur sa situation : INCVL* TAM PRIDBM DVBlTATiO LONGA RELIQVIT. IhUi., p. 102.
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LBXÉCUTION DE LEDIT. 187
employé dans celle des saints Protus et Hyacinthe, sur Tancienne voie Salaria (1). Dans le cimetière de Calliste, le pape Marcellin et son diacre Severus usérent du même procédé pour rendre inaccessible aux persécuteurs Taire de la catacombe où avaient été inhumés les pontifes du troisième siècle et de nombreux martyrs; environ seize cent trente-sept mètres cubes de terre furent transportés de loin et à grands frais : le caveau papal, la chambre funéraire de sainte Cécile, les chambres ornées de fresques célèbres qui font allusion aux sacrements, les principales galeries de cette région, furent ainsi enterrés, et demeurèrent en cet état, en partie jusqu'aux travaux de déblaiement exécutés par le pape Damase, dans la seconde moitié du quatrième siècle, en partie même jusqu^à nos jours (2).
Peut-être est-ce après s'être vus déjoués de cette manière, que les païens voulurent se venger en abattant des édifices construits dès le troisième siècle audessus des principaux cimetières (3) : Texèdre à trois
(1) Tel est probablement le sens de ces rers des deux inscriptions mises pins tard dans leur crypte par le pape Damase :
BXTREMO TVMVLVS LATVIT SVB AGGBRE MONTIS QVEM CVM lAH OVDVM TBGERBT MONS, TERRA» CAUGO
Voir De Rossi, Roma soUerranea, 1 1, p. 213; Inscr. christ., t. II, p. 80, 104, 108. Cf. les Dernières Persécutions du troisième siècle, 3* éd., appendice G, p. 392.
(1) Roma sotterranea, t. I, p. 213; l. II, p. 106, 259, 379, et 2- partie, p. 52-58; Toir aossi pi. LUI, n« 7. Cf. Rome souterraine, p. 495,
(3) Liber Pontifiealis, Fabianus; Duchesne, t. I, p. 148. Cf. De Rossi, Roma soUerranea, 1. 1, p. 117, 199 j t. II. p. 278.
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188 LE PRBMIBR ËDIT DE PERSÉCUTION.
absides, servant aux réunions chrétiennes, qui s'élève sur celui de Calliste (1), parait avoir été démolie au début de la persécution, pour n'être rebAtie qu'après la paix de l'Église (2).
(1) RomasoUerranea, t. III, p. 412-471 et pL XXXIX.
(2) Ibid., p. 469-470.
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Les traditeurs.
La persécution eut toujours une violence particulière dans l'Afrique romaine» comme si, chez les assaillants et les défenseurs du christianisme, les âmes y fussent montées à un ton plus élevé qu'ailleurs. Aussi les cimetières, qui là, ordinairement au moins, n'étaient pas souterrains (1), et ne pouvaient être protégés de la même manière que ceux de Rome, durent-ils voir de lugubres scènes. Quand on connaît le caractère des habitants de cette ardente province , et qu'on se rappelle les émeutes dirigées à Garthage contre les tombes chrétiennes dès le temps de Septime Sévère (2), on se figure l'acharnement que montrèrent les exécuteurs de la loi de confiscation contre ses enclos à ciel ouvert, remplis de tombeaux et d'édifices (3), Taire des martyrs, à Cirta (4), l'aire des sépultures, avec sa chapelle pour les réunions (5), à Césarée (6), l'aire des chrétiens, à Car-
(1) Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3* éd., p. 92-93.
(2) /Wd., p. 52, 90.
(3) Bulletinodi areheologia cristiana, 1884-1885, p. 4M9.
(4) <K Area martyrum. » Gesta apud Zenophklum consularem (à la suite des Œayres de saint Augustin, éd. Gaume, t. IX, col. 1112).
(5) c Area nbi orationes focltis. » Gesta proconstUaria quitus ah» solutus est Félix {y^Xdi.y cd. 1088).
(6) AREAM AT 8EPVLCRA CVLTOR VERBI CONTVUT ET CEL- LAM STRVXIT SVI8 CVNCTIS SVMPTIBVS. Corp, inscr. lat., t VIII, 9585. Cf. Histoire des persécutions pendant la première
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thage (1). D'horribles profanations furent probablement commises dans ces lieux sacrés, qu'à d'autres époques la loi avait protégés d'une barrière souvent impuissante contre les impatiences de la foule païenne.
Malheureusement les documents qui nous sont parvenus racontent seulement la guerre impitoyable faite aux églises et aux livres. La passion portée dans cette guerre par les païens, la résistance courageuse d'un grand nombre de pasteurs, de clercs et de laïques, les longs et cruels reproches-dont fut poursuivie la mémoire de ceux qui avaient eu la faiblesse de livrer aux persécuteurs les meubles liturgiques et les Bibles, les outrages prodigués par plusieurs aux hommes modérés qui cherchaient à sauver le saint dépôt tout en se sauvant eux-mêmes, l'importance enfin que la question des « traditeurs, » germe du schisme donatiste, garda longtemps en Afrique, nous obligent à donner une attention particulière aux incidents qui marquèrent la première phase de la persécution dans cette partie des États de Maximien Hercule.
Sur la lueur des incendies où se consument les murailles des sanctuaires chrétiens et les manuscrits des Écritures, se détachent d'abord, avec une singulière
moitié du troisième siècle, 8® éd., p. 90. ^ Varea chrétienne de Césarée a été retrouvée par le cardinal Lavigerie. Bull di areheol. crUt, 1878, p. 73.
(1) Lavigerie, De V Utilité d'une mission archéologique perma^ nente à Carthage, p. 41-53;
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LES TRADITBURS. 191
netteté, les figures des dépositaires infidèles qui abandolinèrent aux représentants de l'autorité païenne les trésors artistiques ou littéraires de leurs Églises. Elles prennent à nos yeux d'autant plus de relief, qu'avec la fougue naturelle à Tesprit africain quelques-uns de ces prévaricateurs s'adressèrent ensuite de mutuels reproches et mirent la postérité dans la confidence de leurs plus pénibles secrets. Nous connaissons ainsi les fautes de Purpurius, évèque de Umata, homme indigne, déjà soupçonné d'homicide, puis convaincu d'être traditeur (1) ; la faiblesse de Donat, évèque de Maxula, dans la province proconsulaire (2); celle de Victor, évèque de Rusicade, en Numidie, qui avait brûlé lui-même, par ordre du curateur de la cité, un manuscrit des quatre Évangiles, et prétendait s'excuser en disant que les lettres étaient presque effacées (3); celle (si l'on en croit un écrit donatiste) de Fundanus, évèque d'Abitène : mais au moment où les magistrats jetaient ses livres dans le feu, une tempête soudaine s'éleva, la pluie tomba, accompagnée d'éclairs, et le bûcher s'éteignit (4).
(1) Actes du concile de Cirta, dans saint Augustin» Contra Cresconium, m, 30.
(2) Jbid.
(3) « Valentianus curator fuit. Ipse me coegit ut mitterem illa in ignem. Sciebam illa delitiUa fuisse. » Jbid,
(4) « In isto namque foro jam pro Scripturis dominicis dimicaTerat eoelum, cum Fundanus ciTitatis quondam episcopus Scripturas dominicas traderet exurendas : quas cum magistratus sacrilegus igni apponeret, subito imber sereno cœlo diffunditor, ignis' Scripturis sacris admotus exstinguitur, grandines adhibentur, omnisque ista regio, pro
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De tous les traditeors, ceux dont Thistoire est la mieux connue et, à plusieurs égards, la plus intéressante sont l'évoque et .le clergé de Cirta. Leur chute est attestée par un procès-verbal officiel, précieux document qui suppléera à la perte de beaucoup d'autres, et permettra de se faire une idée de la manière dont procédaient les agents municipaux, chargés par les gouverneurs, sous peine de mort (1), de faire les perquisitions ordonnées par l'édit. C'est une scène de persécution, prise sur le vif; c'est en même temps un regard jeté sur l'intérieur des églises chrétiennes, leur mobilier liturgique, leurs magasins remplis de vêtements pour les pauvres et de provisions pour les agapes.
Malgré la longueur de la pièce, je dois la traduire en entier.
a Dioclétien étant consul pour la huitième fois, et Maximien pour la septième, le quatorze des calendes de juin (2), procès-verbal dressé par Munatius Félix, flamine perpétuel, curateur de la colonie de Cirta (3),
ScripturU dominicisyelementis fnreniibus, devastabator. b Acta SS, Satumini, Dativi, 8, dans Ruinart, p. 410.
(1) « Sub exilio. » Saint AngosUn, Brev. coll. cum donat, III, 27. — c Ad discrimen capiUs. » Ibid,, 31.
(2) 19 mai 303.
(3) « Ex actis Munatii Felicis, flaminis perpelui, curatoris coloni» Cirtensium. » — Le curator civitatis, que nous Toyons chargé ea Afrique de rechercher les livres chrétiens, avait, depuis Dioclétien, cessé d*étre un fonctionnaire de l'État pour devenir un simple magistrat municipal, quoique toujours nommé par l'empereur. 11 avait le droit d'imposer certaines amendes, de chMier les esclaves, d'arrêter les perturbateurs du repos public, de faire des perquisitions et de
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c< Quand on fut arrivé à la maison où s'assemblaient les chrétiens, Félix, flamine perpétuel, curateur, dit (1) à Paul, évêque : « Apportez les Écritures de votre loi, et tous les autres écrits que vous avez ici, afin d*obéir aux ordres des empereurs. » Paul, évêque, dit : « Ce sont les lecteurs qui ont les Écritures : ce que nous avons ici, nous vous le donnons. » Félix, flamiue perpétuel, curateur, dit : « Montrez les lecteurs, ou les envoyez chercher. » Paul, évêque, dit : « Vous les connaissez tous. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Réservant les lecteurs, que nos officiers produiront, donnez ce que vous avez. » Paul, évoque, étant asds, entouré de Montan, Victor, Deusatelio, Hemorius, prêtres ; Mars, flelius et Mars, diacres; Harcuclius, Catulinus, Silvain et Carosus,
commencer les enquêtes. Voir Camille Jollian, Lés Transformations politiques de V Italie sous les empereurs romains, lii84, p. 113 et suir.; Lacour-Gayet, art. Curator civitatis, dans le Dict. des Antiquités, t. I, p. 1621. — fin Nnmidie et probablement en Mauritanie, la durge de curateur était jointe, depuis Septime Sérère, à celle de flamen perpetuus ou prêtre municipal préposé au culte des Augustes. Le Utre donné dans les inscriptions aux magistrats investis de ce double office est conforme à nos Actes : FL. PP. CVR. RËIP. Voir Henzen, Ann. delV Inst. di corr. arch., 1851, p. 26; 1866, p. 98; Hirschfeld, ibid,, 1866, p. 35; De Rossi, Bull, di arch. crisL, 1878, p. 29; Léon Renier, Mélanges d'épigraphie, p. 45. —Le flaminal, même sans la curatelle, donnait probablement qualité pour instrumenter contre les chrétiens; c'est ainsi qu'à Smyrne, sous Dèce, le néocore, ministre du culte de Rome et d'Auguste, fit les information s préalables dans le procès de Pionius : Toir Hist, des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3* éd., p. 404.
(1) Dans la rédaction des procès-Terbaux officiels, l'emploi du mot dixU était tellement de style qu'on l'exprimait par un simple sigle, comme en témoigne l'inscription des fullones, au Corp, inscr, lat,, t. VI, p. 266. Voir Edmond Le Blant, Les Actes des martyrs, p. 161.
PEBSéCUnONS. — IV. 13
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sous-diacres; Januarius, Meracins, Fructuosus, Miggin, Saturninus, Victor, fils de Samsuricus, et autres, fossoyeurs (1), Victor, fils d*Aufidius, rédigea l'inventaire suivant (2) :
« Deux calices d'or, six calices d'argent, six burettes d'argent (3), un petit chaudron d'argent (tk), sept lampes d'argent, deux grands chandeliers (5), sept petits chandeliers d'airain avec leurs lampes (6),
(1) La présence des fossores panni les membres du clergé de CirU est an des arguments sur lesquels s*appuient ceux qui reconnaissent en eux des clercs inférieurs. Voir Martigny, art. Fossores, p. 330; Kraus, t. I, art. Fossores, p. 537; De Rossi, Roma soUerranea, t Ul, p. 535.
(2) Cf. Prudence. Péri Steph,, II, 129 : « Tota digestim Christi supellex scribitur. »
(3) a Urceola argentea. » Vurceolus était la même chose que Varna ou amulat d'où l'on versait dans le calice le vin liturgique; Toir liartigny, art. Atna, p. 36, et surtout Kraus, art. Amula, t. I, p. 48.
(4) « Cucumellum argenteum. » Voir Kraus, t. I, p. 339. Cucumellum, que Ton trouTe employé avec le même sens dans Paul Diacre {Chron, Casin., IV, 90), est le diminutif de cucuma (Pétrone, Satyr.y 136; Digeste, XLVIII, ui, 1; Toir sur ce mot le Dict. des AnUq.^ U I, p. 1579). ^ Aux Tases et ustensiles d'or et d'argent consenrés dans le trésor des églises font allusion ces vers mis par Prudence dans la bouche d'un magistrat païen :
... Libent ut auro antiBtites ; Argenteis scaphii fenmt Fumare sacrum sanguinem Auroque nocturnis sacris Adstare fixes cereos.
Péri Steph., II, 68-74.
(5) « Cereofala duo. » 11 s'agit des chandeliers que portent encore les acolytes, et qu'ils posent à terre pendant le saint sacrifice. La forme plus fréquente est cereofêrarius ; voir Kraus, 1. 1, p. 207.
(6) c Candel» brèves »neœ cum lucernis suis septem. » Il s'agit ici de petits flambeaux ou candélabres portant des lampes adhérentes ou suspendues; voir Dict. des Antiq,, art. Candélabre, t. I, p. 874-875, fig. 1093-1100.
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LES TRAOITBURS. 195
onze lampes d'airain avec leurs chaînes (1), quatrevingt-deux tuniques de femmes, trente-huit voiles (2), seize tuniques d'hommes, treize paires de chaussures d'hommes, quarante-sept paires de chaussures de femmes, dix-neuf capes de paysan (3). »
« Félix, flamine perp'ëluel, curateur, dit à Marcuclius, Silvain et Carosus, fossoyeurs : « Apportez ce que vous avez (4). » Silvain et Carosus répondirent : « Tout ce que nous avions ici, nous l'avons jeté dehors. f> Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Votre réponse sera inscrite au procès- verbal. »
« On se rendit ensuite à la bibliothèque ; mais on en trouva les armoires vides. Là, Silvain présenta un chapiteau d'argent et une lampe d'argent, qu'il dit avoir trouvés derrière un grand vase. Victor, fils d'Âufidius, dit à Silvain : « ,Tu aurais été mis à mort, si tu ne les avais pas trouvés. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Silvain : « Cherche soigneusement s'il ne reste rien. » Silvain dit : « Il ne reste rien, nous avons tout mis dehors. » Quand le triclinium (5) eut été ouvert, on y trouva quatre tonneaux
(1) Voir plasieurs lampes semblables dans Roller, Catacombes de Rome^ pi. XC, et dans Kraus, art. Lamps, 1. 1, p. 208 et 270.
(2) « Mafortea. »
(3) a Copias rnsticanas. b Du Gange ne cite, an mot Copia, d'autre texte que celui que nous reproduisons; son continuateur Carpentier supplée à cette lacune par la définition suirante, qui ne définit rien : VesUmenti species,
(4) Il B*agit probablement ici des registres du cimetière ou area, CL Roma soUerranea^ U ni, p. 545.
(5) Salle à manger pour les agapes. Voir Rome souterraine, flg. 8,
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et sept vaisseaux en terre (1). Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Apportez les Écritures que vous possédez, afin d'obéir aux ordres des empereurs. » Catulinus remit un très gros volume. Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Harcuclius et à Silvain : « Pourquoi n'avez-vous donné qu'un volume? Apportez les Écritures que vous possédez. » CatuUaus et Harcuclius dirent : « Nous n'en avons pas plus, parce que nous sommes sous-diacres ; mais les lecteurs ont les volumes. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Marcuclius et Catulinus : « Montrez>nous les lecteurs. » Marcuclius et Catulinus dirent : « Nous ne savons où ils demeurent. » FéUx, flamine perpétuel, curateur, dit à Catulinus et Harcuclius ': « Si vous ne savez pas où ils demeurent, donnez au moins leurs
p. 106, les restes du IricUnium constrait aa troisième siècle derant la catacombe de Domitiile.
(1) « Dolia quator et orcœ sex. » — Un dolium de terre cuite, étudié par CaTedoni (Opuscoli di Modena, 3* série, t. I, p. 325), porte l'image de deux poissons couTergeant Ters un monogramme formé des deux initiales de Iv^aoOc Xpior^c : peut-être était-il destiné à contenir, comme à Cirta, de Thuile ou du yin, on, comme à Aptonge, de rhuile ou du froment pour les assemblées chrétiennes. Une amphore dont une partie, portant Tinscription VIVAS IN DEO, a été trouTée dans une catacombe par M. de Ross! et déposée par lui au musée de Latran, a^ait peut-être une destination semblable. M. de Rossi rapproche ces yases de deux ustensiles en bronze, mesures de capacité pour les liquides, appartenant au collège païen des Sodales Serrenses, qui ont été découyerts aux enyirons de Rome en 1864 (Bull, di arch, crist, 1864, p. 57 et suiv.). — Des ddia sont quelquefois grayés sur les marbres des catacombes. Une fresque du cimetière Ostrien (RoUer, pi. LVI, 3) représente plusieurs hommes transportant des tonneaux : cette scène inexpliquée aurait-elle pour sujet l'apport de provisions dans le triclinium destiné aux agapes ?
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LES TRADITBURS. 197
noms. » Catulinus et Marcuclius dirent : « Nous ne sommes pas des traîtres; nous voilà : fais-nous tuer plutôt. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Qu'on les arrête. »
« Quand on fut arrivé à la maison d'Eugène (1), Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à celui-ci : « Donne les Écritures que tu possèdes, afin de montrer ton obéissance. » Il apporta quatre volumes. Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Silvain et à Garosus : « Faites connaître les autres lecteurs. » Silvain et Garosus dirent : « L'évêque vous a déjà déclaré que les greffiers Ëdusius et Junius les connaissent tous; que ceux-ci vous indiquent leurs maisons. » Les greffiers Edusius et Junius dirent : « Nous vous les indiquerons, seigneur. » Et quand on fut à la maison de Félix le marbrier (2), celui-ci remit cinq volumes. Quand on fut arrivé à celle de Victorin, il remit huit volumes. Quand on fut arrivé à celle de Projectus, il remit cinq gros volumes et deux petits. Et quand on fut arrivé à la maison du grammairien Victor (3), Félix, flamine perpétuel.
(1) Un des lecteurs.
(2) « Sanor. » Ce lecteur exerçait une profession manuelle; peutêtre sculptait-il les sarcophages destinés à la sépulture des chréUens. Voir dans Martigny, art. Sarcophage, p. 721, la représentation, d'après sa propre pierre sépulcrale, d'un marbrier chrétien occupé à sculpter des sarcophages. Cependant sarsorium opus désigne plutôt une sorte de mosaïque de marbre.
(3) f Grammaticus. » Ailleurs il dit de lui-même : « Professor litterarum romanarum, grammaticus latinus. » Les trois degrés de l'enseignement étaient représentés chez les chrétiens. On a trouvé dans le cimetière de Calliste une épitaphe du. troisième siècle consacrée à
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curateur, lui dit : « Donne les Écritures que tu as, afin de te montrer obéissant. » Le grammairien Victor offrit deux volumes et quatre cahiers. Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Victor : « Apporte les Écritures, tu en as davantage. » Le grammairien Victor dit : « Si j'en avais eu d'autres, je les aurais données. » Quand on fut arrivé à la maison d'Euticius de Césarée, Félix, flamine perpétuel, curateur, lui dit : « Obéis, et livre les Écritures que tu possèdes. » Euticius dit : « Je n'en ai pas. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Ta réponse sera au procèsverbal. » Quand on fut arrivé à la maison de Codéon, sa femme apporta six volumes. Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Cherchez si vous en avez d'autres encore, et apportez-les. » La femme répon-
an instituteur primaire, magister primus (Roma soUerranea^ t. H, pi. XLV-XLVI, n« 43). Nous reacontrons, dans notre texte, la mention du grammaticus, dont les leçons correspondaient à ce qu'est chez nous renseignement secondaire (voir Emile Jullien, Les Professeurs de littérature dans Vancienne Rome, 1885). L'enseignement supérieur, qui comprenait la rhétorique et la philosophie, se trouve, dès le second siècle, dans les écoles ouvertes à Rome par saint Justin, à Alexandrie par saint Pantène. Il serait intéressant de savoir si les maîtres chrétiens professaient dans des écoles subventionnées par rÉglise et destinées exclusivement aux fidèles, ou s'ils donnaient des leçons aux étudiants de tous les cultes. Ce dernier cas se présenta certainement. Cassien, à Imola, est mis à mort, comme chrétien, par ses écoliers païens. A l'école supérieure d'Alexandrie, les cours de Clément, puis d'Orlgène, étaient suivis par toute l'aristocratie de la viUe, ceux d'Ammonius avaient pour auditeur le néo-platonicien Porphyre. Mais aucun texte ne nous apprend si, tout en permettant à des chrétiens de distribuer l'enseignement à tous sans distinction de religion, ce qui était un excellent moyen de propagande, l'Église entretenait aussi des écoles et des professeurs pour l'usage des seuls enfants des fidèles. ,
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dit : « Je n'en ai pas. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Bos, esclave public : « Entre, et cherche si elle en a davantage. » L'esclave public dit : « J'ai cherché, et n'en ai pas trouvé. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Yictorin, Silvain et Carosus : « Si vous n'avez pas fait tout ce que vous deviez, vous en serez responsables (1). »
L'évèque et les clercs de Cirta manquèrent de courage. On ne saurait cependant lire sans quelque attendrissement cette brève et sèche relation. Elle montre que, faibles sin» un point, ces pauvres chrétiens s'efforçaient au moins de se retenir sur la pente qui les eût entraînés à une trahison plus complète. Le concile tenu en 314 dans la ville d'Arles distinguera trois sortes de traditeurs : ceux qui ont livré les vases sacrés, ceux qui ont livré les Écritures, ceux qui ont livré les noms des frères (2). A Cirta, deux de ces degrés ont été successivement descendus, mais les traditeurs ont trouvé encore en eux-mêmes assez de force pour refuser d'aller plus loin. Ils avaient d'abord abandonné le mobilier de l'Église, se flattant de sauver au. moins sa bibliothèque. Par de nouvelles recherches, le curateur a pu cependant arracher vingt-neuf volumes des mains des lecteurs. Mais les noms de ceux-ci furent découverts par sa police, ils ne furent pas livrés par leurs frères. « Fais-
(1) Gesia apud Zenophilum consularem (à la suite du t. IX des Œuvres de saint Augustin, éd. Gaume, col. 1106-1107).
(2) Canon 13, De his qui Scripturas sacras, vasa dominica vel nomina fratrum tradidisse dicuntur.
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nous tuer plutôt, nous ne sommes pas des traîtres, » répondirent Catulinus et Marcuclius. On se console en rencontrant ces restes de courage, d'honneur et de foi au milieu même de fâcheuses défaillances.
Cirta n'est pas la seule ville où l'autorité ecclésiastique ait essayé, avec plus ou moins de succès, de faire « la part du feu. » Marin, évêque d'Aquœ Thibilitanae, abandonna aux enquêteurs les archives de son Église, mais sauva les livres sacrés (1). Malgré ce résultat heureux. Marin était coupable, et reçut à bon droit la flétrissante appellation de traditeur. Ce nom ne saurait être attribué à Donat, évêque de Calame, qui £t accepter à la naïveté ou à la complaisance des païens des ouvrages de médecine (2). L'évêque de Carthage, Mensurius, s'avisa d'un plus piquant artifice. Il retira de la basilique tous les livres de religion, qu'il remplaça par des ouvrages hérétiques : les bibliothèques des grandes Églises conservaient quelquefois, à titre de renseignements utiles, ces monuments des erreurs de l'esprit humain (3). Les agents les prirent, sans demander autre chose. Cependant quelques décurions, s'apercevant de la méprise, allèrent trouver le proconsul et dénoncèrent l'évêque. Heureusement, le proconsul ne manquait ni d'esprit
(1) « Dedi Pollio chartulas, nam codices mei saivi sunt. » Actes du concile de Cirta, dans saint Augustin, Contra Cresconium, III, 30.
(2) « Secundus Donato Calamensi dlxit : <c Dicitur te tradidisse. » Donatus respondit : « Dedi codices médicinales. » Ibid,
(3) Cf. De Rossl, De origine, historia, indicibus scrinii et bibliothecm sedis apostolicx, p. lxx-lxxi.
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ni de tolérance. Il refusa de faire des perquisitions dans la maison de Hensurius, où on lui disait que les «aints livres étaient cachés (1). Ainsi fut sauvée la bibliothèque de TÉgiise de Carthage : qui sait si nous ne devons pas à Thabileté de son évêque d'avoir conservé tant d'Actes authentiques des martyrs africains? Mensurius représentait le parti prudent et modéré, qui, fidèle aux enseignements et aux exemples de saint Gyprien, ne s'expose pas inutilement, ne court pas audevant du martyre, en fuit même les occasions, prêt à l'affronter avec courage quand il ne pourra plus être évité. Beaucoup de prêtres et de laïques imitèrent cette sagesse. Hais, dociles à cet esprit montaniste que nous retrouvons toujours en Afrique, identique à lui-même malgré les noms divers sous lesquels il se cache, d'autres, plus emportés ou plus présomptueux, tinrent à honneur de provoqueras bourreaux. On vit des fidèles devancer les recherches, déclarer qu'ils gardaient des exemplaires de l'Écriture sainte, et, mis en demeure de les livrer, encourir un martyre volontaire. Mensurius parle d'eux avec blâme
(1) « ... Non scripserat (Mensurius) se sanctos codicet tradidisse, sed poUos ne a peraecutoribus inTenireniur abstulisse atque serrasse; dimisisse autem in basilica NoTorum quœcumque reproba scripta hnreUcorum, qu» cum inTenissent persecutores et alMtuUssent, nihil ab illo amplins postulasse. Yerumtamen quosdam Carthaginensis ordinis Tiros postea suggessisse proconsul! quod il lus! fnerant qui missi erant ad cbristianorum Scripturas auferendas et incendendas, quia non inrenerant niii nescio qu» ad eos non pertinentia ; ipsas autem in domo episcopi custodiri, unde deberent proferri et incendi : proeonsulem vero ad hoc eis consenUre noluisse. » Saint Augustin, Breviculus coll. cum donaU, 111, 25.
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dans une lettre à Secundus, évèque de Tigisis. Aussi refusa-t-il de reconnaître de tels martyrs (1), se conformant sinon à la lettre, du moins à Tesprit du concile d'Illiberis, qui défendait d'honorer les chrétiens qui avaient attiré les rigueurs de leurs ennemis en brisant les idoles (2). D'autres furent plus compromettants encore. Mensurius cite des gens couverts de crimes ou perdus de dettes, qui virent avec joie arriver la persécution, et se dénoncèrent eux-mêmes, soit avec le périlleux espoir de se réhabiliter devant les hommes ou devant leur propre conscience, soit avec le désir intéressé de jouir, dans la prison, des aumônes et des dons de toute sorte que la charité des fidèles y faisait aftluer (3).
(1) De l'on d'entre eax provenait peut-être la relique « de Je ne sais quel mort, peut-être martyr, mais non encore canonisé, » nescio cujus hominis morlui, etsi marlyris, sed necdum vindicatif que baisait avant la communion l'intrigante Lucille, future instigatrice du schisme donàtiste (saint Optât, De schim. donat., I, 16). Cependant saint optât semble dire que la réprimande attirée à Lucille par cette singulière dévotion eut lieu avant la persécution, <c ante coocessam persecutionis turbinibus paeem, cum adhuc in tranquille essel Bcclesia. »
(2) Canon 00.
(3) « In eisdem etiam litteris lectum est, eos qui se offerrent persecutionibus non comprehensi, et ultro dicerent se habere Scripturas, quas non haberent, a qnibus hoc nemo quœsierat, displicuisse Biensurio, et ab eis honorandis prohibuisse christianos. Quidam etiam in eadem epistola facinorosi arguebantur et fisci debi tores, qui occasione persecutionis vel carere vellent onerosa multis debitis vita, vel pargare se putarent, et quasi abluerc facinora sua, vel certe acquirere pecuniam, et in custodia deliciis perfrui de obsequio christianorum. » Saint Augustin, Brev. colL cum donat., 111, 25. — Ce passage de la lettre de Mensurius donna peut-être occasion à la calomnie des donatistes, imputant à Tévêque de Carthage et à son diacre Cécilicn d'a-
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La conduite de Mensurius et son jugement sévère sur celle de quelques exagérés trouvèrent des censeurs, dont les ressentiments donneront naissance, quelques années plus tard, au schisme donatiste. Pendant que les uns faisaient courir sur sa conduite et sur celle de son diacre Cécilien d'odieuses calomnies (1), d'autres, plus mesurés dans leur blâme sans être peut-être plus sincères, lui objectaient de fières paroles adressées ailleurs aux agents des gouverneurs ou des municipalités. C'est ainsi que Secundus, évoque de Tigisis en Numidie, qui jouera un rôle considérable à l'origine du schisme, sommé par un centurion et un soldat bénéficiaire de livrer les manuscrits de son Église, avait répondu : « Je suis chrétien et évêque, je ne suis pas traditeur. » Les militaires se seraient volontiers contentés d'un semblant d'obéissance : ils le pressèrent de leur abandonner quelques objets sans valeur. L'évêque refusa, résolu, dit-il, à imiter le martyr juif Éléazar, qui n'avait pas voulu feindre de manger des viandes défendues, de peur d'autoriser par son exemple la violation de la loi (2). C'est Secundus qui raconte lui-même ces faits dans une lettre à Mensurius,
Yoir empêché les fidèles d'assister les martyrs dans la prison ; Toir Acta SS, Satumini, Dativi, etc., 17, 20 (paragraphes omis par Ruinart), dans Baluze, Miscellanea^ 1. 1, p. 17-18.
(1) Voir la note précédente.
(2) a Scripsit etiam Secundns, et ad se ipsum missos a curatore et ordine centarionem et beneficiarium, qui pelèrent dirlnos codices exurendos, eisqoe respondisse : <c Christianas sum et episcopns, non Iraditor. )> Bi cum ab eo yellent aliqua ecbola aut qaodcumque accipere, neque hoc eis dédisse, exemplo Eleazari Machabœi, qui nec fingere Tolnit suillam carnem se manducare, ne aiiis prœberet prœvaricatio-
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avec le désir visible d'opposer son attitude à celle de son prudent collègue; mais nous devons ajouter que, quelques années plus tard, au synode de Girta, après avoir convaincu de faiblesse plusieurs évêques de sa province, ce prélat si enclin à faire connaître son courage ne put répondre à la question qu'ils lui posaient : « Comment, n'ayant point pris la fuite, et étant demeuré longtemps entre les mains des hommes de la police, as-tu été ensuite renvoyé indemne, si tu n'as rien livré (1)? » Il est permis de croire que Secundus se vantait, et de donner la préférence, entre toutes les vertus des temps de persécution, à la pinidence qui évite les chutes et à l'humilité qui voile les mérites. Mensurius, heureusement, n'est pas le seul prélat africain qui ait montré l'exemple de ces vertus. Plus d'un, parmi les chef^ des Églises, trouva le salut dans la fuite ; car la tempête, dit saint Optât, épargna ceux qui se tenaient cachés (2). De ce nombre était Félix, évêque d'Aptonge, plus tard accusé faussement de tradition par les donatistes, et réhabilité dans un ju-
nis exemplum. » Saint Augustin, Brev, coll, cum donat, III, 25. Cf. // Machab,, vi, 21-28.
(1) a Qnomodo ipse detentus et convictus et nolens aliquid tradere, nihil pati et dimitti potueril. » Saint Augustin, ibid., 27. — c Ta quid egisti, qui tentas es a curatore et ordine ut Scripturas dares? quomodo te liberasti ab ipsis, nisi quia dedisti aut jussisti dare quodcumque? » Actes du concile de Girta, dans Contra Cresconium, III, 30. — «c Et cum ipse Secundus a Purpurio increparetur, quod et ipse diu apud stationario fuerit, et non fugerit, sed dimissus sit, non sine causa dimissum fuisse, nisi quia tradiderat : jam omnes erecti cœperant murmurare. » Saint Optât, De schim, donat, 1, 14.
(2) « (Persecutio) latentes dimisit illassos. » Saint Optât, 1, 13.
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gemeat solennel. Son peuple avait été pris, à la nouvelle de la persécution, d'une de ces terreurs paniques, non moins fréquentes et aussi contagieuses que les accès d'héroïsme^ dans une province où se rencontraient sans cesse les extrêmes. Voici en quels termes le païen Affius GdBcilianus, duumvir d'Âptonge, retraçait, onze ans plus tard, les faits qui se passèrent sous ses yeux. « Ce furent les chrétiens eux-mêmes qui m'envoyèrent trouver dans le prétoire, me demandant : « Le précepte sacré des empereurs vous est-il parvenu? » Je répondis : « Non, mais je l'ai déjà vu exécuter à Zama et à Fumes (i), où l'on a démoli les basiliques et brûlé les Écritures. Apportez donc celles que vous avez, afin d'obéir au sacré précepte. » Ils envoient alors à la maison de l'évèque Félix, pour en retirer les Écritures et les livrer au feu conformément à la loi. Galatius m'accompagna au lieu où ils avaient auparavant coutume de se rassembler. Là, nous primes la chaire (épiscopale) et des épltres salutatoires (2) ; toutes les portes furent brûlées, selon l'ordre impérial. Hais les agents que j'avais envoyés à la maison de l'évèque me répondirent qu'il était
(1) H y aTait an municipium Fumitanum et un Zama sur la li* mite de la Byzacène et de l'Afrique proeonsulaire; Bphemeris EpU graphica, t. VII, n^ 75 et 81, p. 2C et 28.
(2) Bpistolas salatatorias. <c Je pense que par ce mot il faut surtout entendre les épltres que les évéques écliangeaient pour recommander des frères en Toyage, et qui furent connues au quatrième siècle sous le Tocable d'epistold formata, « De Rossi, D& origine, historié, in* dicitms scrinii et bibliothecx sedis apostoliae, p. xt.
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absent (i). » Peut-être Félix, connaissant la faiblesse de ses ouailles, s'était-il enfui afin de leur épargner la tentation de le livrer lui-même. Mais, avant de partir, il avait eu soin de déposer entre les mains de chrétieus qu'il croyait plus fermes que les autres (et qui trahirent sa confiance) les manuscrits précieux de son Église (2).
Cependant, si belle que soit la prudence et si louable que soit la retraite, d'autres exemples sont quelquefois nécessaires pour ranimer les courages et réveiller la foi. La raison n'est persuasive que si de temps en temps l'enthousiasme vient animer son langage. Après les conseils de la sagesse, les peuples aiment à goûter la poésie du sacrifice. Celle-ci ne manqua point à la crise que nous étudions. Il y eut des héros, d'autant plus vrais et plus touchants qu'ils attendirent le péril au Ueu de l'aller chercher, et n'écoutèrent que la voix du devoir, sans y mêler d'ostentation ou d'amour-propre.
(1) « Mittunt ad me in prsDtorio ipsi Christian!, ut dicerent : « Saa crnm prsDceptuin ad te peryenit? » Ego diii : < Non, sed Tidi jam «c exempla. Et Zamœ et Farnis dirui basilicas et nri Scriptnras vidi. a Itaqae proferte, si quas Scriptnras habetîs, ut Jussioni sacr» paie reatis. » Tune roiltunt in domum episcopi Felicis, ut toUerent inde Scriptnras, ut exuri possint secundum sacruhi prœceptum. Sic Galatins nobiscum perrexit ad locum, nbi orationes celebrare consneti fuerant. Inde cathedram tollimns, et epistolas salntatorias, et ostia omnia combusla sunt secundum sacrum prœceptum. Et cum ad domum ejusdem Felicis episcopi mitteremus, renuntiaverunt ofSciales publici illum absentem esse. » Gesta proconsularia quibus absolu^ tus est Félix (à la suite du t. IX des Œuvres de saint AugusUn, éd. Gaume, col. 1087-1088).
(2) (( Godices pretiosos deificos undecim. » Ibid,
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De ce nombre fat un autre Félix, évéque de Tibiuca, dans TAfrique proconsulaire (i). L'édit ne fut affiché dans cette ville que le 5 juin. Le jour même, Hagnilianus, curateur de la cité, fit comparaître « les anciens du peuple » chrétien, c^est-&-dire les membres du clergé. En Tabsence de Tévëque, qu'une affaire avait appelé à Carthage, le prêtre Aper, les lecteurs Gyrus et Vital, furent amenés devant le magistrat. « Avez- vous les livres divins (2)? » leur demanda celui-ci. « Nous les avons, » répondit Aper. « Donnezles, pour qu'ils soient brûlés, » commanda le curateur. « Ils sont chez notre évéque, » dit Aper. « Où est-il?
(1) La plupart des manuscrits attribuent à Félix le titre d'episcopus Tubizacensi* ou Tubizocenêis, Tubzocensis, Tubzuzensis. Dans son édition des Actes, Surins l'appelle episcoptis Tibiurensis, Baronius a rais TMbarensis, de la ville de Thibaris bien connue par l'épttre 56 de saint Cyprien. Le martyrologe de Bède nomme Tibiuca, qui se retrouve dans des manuscrits des Actes consultés par les BoUandistes. Il résulte du texte même des Actes que la ville épiscopale de Félix était dans l'Afrique proconsulaire. Un grand nombre des villes de cette province portent des noms se rapprochant plus ou moins de ceux que nous venons de citer : ainsi Tubemus, Thimida, Tuburbo, Thurris, Thuccabor, Thugga, Tuburnic, Tubursicum Bure. Morcelli (Africa chrUHana, t. I, p. 318; cf. Corpus inscr, lot., t. VIU, p. 177) pense que Félix était évéque de cette dernière ville, episcopits TubursicU' burensis, Tillemont suit Baronius, et fait saint Félix évoque de Thibaris, également située dans la province proconsulaire (cf. Wilmans, Exempla inscript., 2351). J'incline plutôt vers Thibica, identique à Tibiuca du martyrologe de Bède et des manuscrits bollandiens. Bède dit que la ville habitée par Félix était distante de Gartbage de 35 milles seulement, « sunt inter Carthaginem et Tibiucam millia passum triginta quinque; n or entre Carthagc et Thibica il n'y a guère, à vol d'oiseau, plus de 43 milles, distance approximativement peu différente.
(2) « Libros deificos. » Cf. dans les Gesta proconsularia de Félix d'Aplonge : <c codices deificos. »
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— Je rignore. — Vous serez détenus, jusqu'au jour où vous comparaîtrez devant le proconsul Anulinus. » Le lendemain, Févèque revint de Carthage. Magnilianus se le fit amener. « Évèque Félix, dit-il, donne les livres et les papiers que tu possèdes. — Je les ai, mais je ne les donne pas. — L'ordre des empereurs doit prévaloir sur tes paroles. Donne les livres, afin qu'on les brûle. — Mieux vaut me brûler moi-même que les divines Écritures : il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. — La volonté des empereurs doit être préférée à la tienne. — La volonté de Dieu doit être préférée à celle des hommes. — Réfléchis, » dit le magistrat.
Le troisième jour, il fit comparaître de nouveau Félix. « As-tu réfléchi? — Ce que j'ai répondu, je le répète, et suis prêt à le redire devant le proconsul.
— Tu iras donc au proconsul et tu lui rendras raison. » Le décurion Celsinus fut chargé de le conduire (1). Mais le voyage ne se fit pas tout de suite, car Félix ne partit, chargé de chaînes, que le 24- juin : arrivé le même jour dans la capitale de la province, il fut mis en prison. Le lendemain, dès l'aube, on le mena devant le proconsul. « Pourquoi ne livres-tu pas tes vaincs Écritures? » lui dit Anulinus. « Je les ai, mais je ne les donnerai pas, » répondit Félix. Le proconsul commanda de l'enfermer dans le cachot souterrain (2), réservé aux grands criminels. Après seize
(1) Acta S. Felicis, 1-3; Ruinart, p. 376-377
(2) « In ima (parte) carceris. » Ibid., 4.
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jours on Ten tira, tout enchaîné, pour le conduire de nouveau devant le proconsul : c'était la quatrième heure de la nuit, environ dix heures du soir. « Pourquoi ne donnes-tu pas tes vaines Écritures? » demanda encore Anulinus. « Je ne les donnerai pas, » répondit toujours Tévèque (!)•
Ici se termine la partie véridique de ses Actes; mais tout n'est probablement pas faux dans les additions légendaires qui y furent jointes. On a peut-être le droit d'en retenir cette belle et simple prière, prononcée par lui avant d*ètre exécuté : « Mon Dieu, je vous rends grâces. Voilà cinquante ans que je suis en ee monde. J'ai conservé la virginité, j'ai gardé vos Évangiles, j*ai prêché la foi et la vérité. J'incline devant vous la tête pour être immolé, ô Seigneur Jésus- Christ, Dieu du ciel et de la terre. Dieu éternel, à qui soient gloire et magnificence dans les siècles des siècles. Amen (2). » On en doit retenir aussi cette indication, donnée par un des narrateurs : au moment où celui-ci écrit, Félix reposait à Carthage, dans le voisinage des célèbres martyrs de Scillium : in via quae dicittir Scillitanorum, Là fut évidemment son tombeau primitif (3).
(1) « Non sum eas daturus. » Ibid,^ 4.
(2) Ibid., 6.
(3} Ce qui reste de la pièce anUque se termine à Tinterrogatoire par le proconsul. Deux rédactions postérieures y ont été jointes, qui toutes deux font transférer et exécuter Félix en Italie, Tune à Venouse (c'est celle que reproduit Rninart, n*^ 4-6), l'autre à Noie» soit pour illustrer des reliques du saint possédées par ces deux Tilles, soit par confusion avec des saints locaux. Voir Delebaye, Ànalecta Bolland., t. XVI, 1897,
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La province proconsulaire n'eut pas seule des martyrs : la Numidie, témoin de chutes nombreuses, vit aussi de belles victoires dès cette première phase de la persécution (1). Bien différents des évoques traditeurs dont nous avons parlé, ou de cette lâche population d'Aptonge qu'on a vue se ruant à l'apostasie, des laïques numides surent mourir plutôt que de livrer aux agents du président Florus (2) les Écritures sacrées. « Beaucoup, arrêtés à cause de leurs refus, souffrirent des maux de toute sorte, affrontèrent les plus cruels supplices, et furent mis à mort : aussi les honore-t-on à bon droit comme martyrs, et les louet-on de n'avoir pas donné leurs Bibles, imitant cette femme de Jéricho, qui ne voulut pas livrer à ceux qui les cherchaient les deux espions juifs, figures de l'Ancien et du Nouveau Testament (3). » Parmi ces courageux chrétiens on comptait « non seulement des gens de rien, mais encore des pères de famille (4) : » patresfamilias est ici opposé à infimiy non sans doute
p. 25-29; Monceaux, HUi. IHtéraire de V Afrique ckrélienne, t III, p. 136-140; Duchesoe, HisL ancienne de V Église, t. II, p. 21.
(1) a Persecationem tradendorum codicum, » dit saint Augustin, Contra Cresconium, III, 29.
(2) Ibid, Cf. saint Optât, De schism, donat,, III, 8.
(3) « ... Ipse (Secundus) nanravit in Numidia persecutores quid egerint : et qni compretiensi et Scripturas sanctas tradere noientes, et multa mala passi et gravissimis suppliciis excruciati et occisi sunt : eosque honorandos pro martyrii sui merito commendaTÎt, laudans eos non tradidisse Scripturas sacras, iliins mulieris exemplo, qu» duos exploratores in Jéricho, in qnibus ûgararentur duo Testamenta, Vêtus et NoTom, tradere nolnit. » Saint Augustin, Brev* colL cum donal,, III, 25. Cf. Josué, II.
(4) « ...Idem Secundus non quoslibet infimos, sed eliam patresfami-
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pour marquer cette distinction légale de Vhumilior et de Vhonestior qui n'avait pas de raison d'être dans la langue chrétienne, mais pour montrer que plusieurs des laïques martyrisés par Florus eurent le mérite de sacrifier, avec leur vie, ce qui lui donne surtout du prix en ce monde, les joies de la famille, les charges honorables de la propriété, les avantages et la dignité d'une haute situation sociale (1).
Comme il arriva dans toutes les persécutions, le courage des martyrs, les excès de leurs ennemis, touchèrent des cœurs généreux. C'est ainsi qu'Amobe, païen zélé, parait avoir été amené au christianisme. Il professait la rhétorique à Sicca, dans la province proconsulaire (2), et avait eu Lactance pour élève (3). De même que beaucoup de lettrés, Ârnobe attaqua souvent la religion du Christ dans ses leçons ou ses lectures publiques (4). Cependant, voyant renverser des édifices qui n'avaient jamais abrité que des réunions innocentes, ou brûler des livres remplis de hautes et pures pensées, il eut un mouvement de ré-
lias, cum hoc idem persecatoribus respondissent, crudeiissimis mortibus dizit occisos. » Ibid,^ 27.
(1) C'est dans un sentiment analogue qu'Origène mettait au-dessus du martyre que pourrait subir un homme comme lui, pauvre et sans famille, le sacrifice de son ami Ambrolse, obligé d'abandonner pour le Christ femme, enfants, rang, richesses. Exhort, ad mart, 15. Voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3- éd., p. 226.
(2) Dans la partie de la Numidie qui dépendait de la province proconsulaire.
(3) Saint Jérôme, De viris illustribus, 80.
(4) Ibid,, 79; C^ron., ad ann. 2343.
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212 LE PREMIER ÉDiT DB PERSÉCUTION.
volte. Le sincère penseur s'indigna de destructions barbares, qui contrastaient avec la tolérance de Tautorité publique pour des théâtres déshonorés par des fêtes impures, ou pour des poèmes dans lesquels les bonnes mœurs n'étaient pas moins outragées que les dieux (i). Il lui parut que le paganisme, fermant les yeux sur Timpiété vulgaire, avait peur de la vérité : il se demanda si, quelque jour, on ne détruirait pas aussi les livres des philosophes, de Cicéron par exemple, coupables d'attaquer par la raison ce polythéisme croulant de toutes parts, que les chrétiens battaient en brèche au nom de la révélation (2). Le spectacle des souffrances de ceux-ci, en Afrique et en Numidie, acheva ce travail intérieur : un songe ou une vision, dit saint Jérôme, pressa enfin Amobe de se soumettre au Christ (3). C'est alors que, obligé de rassurer les fidèles de Sicca, qui l'avaient eu longtemps pour adversaire et voyaient avec défiance venir à eux un tel prosélyte, le rhéteur converti écrivit ses Disputes contre les païens (i), composées, ainsi que l'indique maint passage, parmi les souffrances et les menaces de la persécution (5).
(0 Aroobe, Adv. naU, IV, 18, 36.
(2) /6»d., III, 7.
(3) Saiot Jérôme, De viris illuslribus, 79.
(4) Ibid. — Son livre a pour titre Disputationes adversus gentes, ou plutôt, selon l'autorité d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale, advenus nationes,
(5) I, 26; II, 77; lïl, 36; IV, 36, etc. — Les erreurs théologiques qui se rencontrent dans le traité d'Amobe, le peu de familiarité que montre son auteur arec le texte de l'Ancien et du Nouveau Testament,
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et son igBorance des iostitations et des mœurs jaires, semblent indiquer qu'il écriTit les DUpuiationes peu après sa conversion, avant d'avoir reçu une complète instruction clirétienne. (Test ce qu'indique saint Jérôme, Chron, M. Monceaux (HisL HU, de V Afrique chrétienne, t. III, p. 249 et suiv.) montre que la composition de l'ouvrage ne peut être ni antérieure à 2S4, ni postérieure à 811, date le premier livre de 296, le second de 296 ou 297, le quatrième de la fin de 803 ou d*une des années suivantes, et suppose que les livres I et II, qui contiennent l'apologie proprement dite, doivent avoir été publiés d'abord, pour donner à l'Église de Sicca un gage de la conversion de leur auteur.
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