CHAPITRE CINQUIÈME
SOMMilRE. — I. Les martyrs dk la MAciooniE et de la PAimoNiB. — Galère, ■véritable auteur du quatrième édit. — Texte d*Eu8ébe. — Exécution de l'édit à Thessalonique. — Interrogatoire d'Agathon, Agape, Irène, Gaasia et Pbilippa. — Eutychla gardée en prison à cause de sa grossesse. — Suite de Tinterrogatoire : Agape, Cliionia. — Agape et Chionia condamnées au feu. ^ Nouvel interrogatoire dlrène. — Elle est condamnée au déshonneur. — Sauvée, elle meurt sur le bûcher. — Silence de l'auteur des, Actes sur le sort des autres accusés. — Martyre du prêtre Montan à Sirmium. — Arrestation d'Irénée, évèque de cette ville. — Vaines supplications de sa famille et de ses amis. — Son interrogatoire. ^ Son martyre. ^ Interrogatoire, et supplice du lecteur Pollion, à Cibalis. — Pénurie de documents sur l'exécution du quatrième édit dans les États de Galère. ~ II. Les martyrs de la Cilicie et de la Thrace. — Maxime, gouverneur de Cilicie. ^ Calliope crucifié à Pompeiopolis. — Tarachus, Probus et Andronieus. — Attitude nouvelle des accusés chrétiens. — Premier interrogatoire à Tarse. — Second interrogatoire à Mopsueste. * — Troisième interrogatoire à Anaxarbe. — Les trois martyrs meurent dans Tamphithéâtre. — Les chrétiens recueillent leurs reliques. — Reprise du procès de Philippe et d'Hermès, à Uéraciée, devant un nouveau gouverneur. — Leur interrogatoire. — Interrogatoire du prêtre Sévère. — Le procès est continué à Andrinople. — Observations sur le langage de l'évèque Philippe, différent de celui de Tarachus et de ses eompagnons. — Philippe et Hermès brûlés vifs. — Même supplice I nOigé à Sévère. ^ III. Les martyrs de la Galatie. — Arrestation de Victor à Ancyre. — 11 est exhorté par Théodote. ~ Il meurt en prison, laissant une mémoire douteuse. — Services rendus à l'Église par le cabaretier Théodote. — II retire de l'Halys les reliques du martyr Valent. — Rencontre de chrétiens f^tifs. ~ Arrestation de sept vierges à Ancyre. ^ Elles échappent au déshonneur. — Le bain de Diane et de Minerve. — Honteuse procession. — Les chrétiennes noyées dans l'étang. — Théodote et ses compagnons recueillent leurs corps. — Théodote arrêté et interrogé. ~ Il meurt décapité. — Stratagème du prêtre Fronton pour enlever ses reliques. — Une chrétienne frappée de mort civile. — Martyre de JulitU à Césarée de Cappadoce. — iv. Les
MARTYRS DE LA SYRIE, DE LA PBÉ!«IC1E, DE LA PaLESTIKE, DE LA TBÉRAÎDE ET
DU PoifT. — Chrétiens exposés aux bêtes, à Tyr. — Récit d'Eusèbe, témoin oculaire. — Chrétiens immolés à Gaza. — Martyre de Cyprien et de Justine. ~ La persécution en Egypte. — Texte d'Eusèbe. — Histoire
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de Didyme et de Théodora. — Pitié dei païens. — Souffraoces des chrétiens en Tliébaîde. — Condamnations prononcées par le goaveriieur Airien. ~ Martyre de Timothée et Maura. — Cruautés exercées contre les fidèles du Pont. — Les aïeux de saint Basile s'enfuient dans les montagnes. — Chrétiens fugitifs bien accueillis des Barbares.
Les vckBTtyrm de la Macédoine et de la Pannonie.
Au moment où s'instruisaient les procès racontés à la fin du précédent chapitre, Dioclétien devait être sur la route de Salone. Galère demeurait seul maître de rOrient. Non seulement il administrait avec une souveraineté absolue les provinces de l'Europe orientale qui composaient son lot, et dans lesquelles Dioctétien se préparait à passer Thiver, mais encore il .allait suppléer, dans le gouvernement de TAsie romaine, TAuguste absent, malade et découragé. Aussi faut-il vraisemblablement attribuer à sa seule initiative redit qui, dans la seconde année de la persécution, fut envoyé aux gouverneurs. Cet édit avait été probablement soumis pour la forme à Dioclétien, mais c'est le haineux et désormais tout-puissant César qui en doit porter surtout la responsabilité.
Voici en quels termes Eusèbe, alors en Palestine, parle de ce nouvel attentat contre l'Église chrétienne : « Au cours de la seconde année, comme l'ardeur du combat livré contre nous s'était accrue, Urbain administrant alors la province, des lettres impériales furent envoyées, par lesquelles il était comnmndé en termes généraux que tous, en tout pays, dans cha-
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que ville, offrissent publiquement des sacrifices et des libations aux idoles (1). » C'était la guerre déclarée, non plus seulement aux églises, aux livres saints, aux membres du clergé, mais à l'universalité des fidèles, mis, sans distinction de condition, d'âge et de sexe, en demeure d'apostasier.
Bien que la première allusion au quatrième édit se rencontre sous la plume d'un écrivain asiatique, on doit croire qu'il fut d'abord appliqué dans les contrées qui formaient l'apanage immédiat de Galère. Que le tyran séjoura&t ou non, à ce moment, dans l'Europe orientale, sa pensée fut sans doute obéie avec empressement par des gouverneurs imbus de ses idées, animés de ses passions, et qui tenaient de lui seul leur fortune. Cependant les documents que nous possédons sur l'application de l'édit de 304^ dans les provinces voisines du Danube sont peu nom-
Ci) Aeuxtfpou 8' itouc 8ta).aS6vTO<, x«l ^ ff^odpoTtpov liciTotOivTo; toO xa6' Vi(&Av icoXi{iou, tfj; iirapxtac i7)You{uvov Tiivtxads OOp^avov, Ypoc{&|i.z- T(ov to6ti|> icpâTOv PootXtxâv irspoiT^x^Tcov, h ok xaOoXix4^ icpoaràYi&axt nôvxac icocv8i))ul toùc xot^à ictfXiv Oûctv Te xxi aicsvdttv toT; elSéiXot; Ixe- Xcucto. Easèbe, De Uart. Pal.y 3. — Traduite comme nous FaTOos fait, la phrase d'Busèbe laisse incertaine la date exacte de Tédit et le place à one époque quelconque de 304; mais, si Ton serre de pins près le texte grec, on arrive à une détermination plus précise. Littéralement, les mots employés par Eusèbe, deutépou 8' itou; 8iaXa66vto;, signifient « la seconde année se partageant, » et semblent en marquer le milieu. Gomme Eusèbe suit habituellement le calendrier syromacédonien, qui commence en octobre, le milieu de l'année tombe en avril. O'est vraisemblablement vers cette date que l'edit parvint au gouverneur de Palestine. Il fut certainement promulgué plus tôt dans les États de Galère, car nous l'y voyons appliqué dès la fin de mars et le commencement d'avril.
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breux : ils ne représentent vraisemblablement qu'un petit nombre des épisodes d'une guerre qui, dans ces régions, dut être particulièrement sanglante.
Pendant le mois de mars 304^, un chrétien et plusieurs chrétiennes furent traduits à Thessalonique devant Dulcetius, gouverneur de Macédoine, pour n'avoir pas voulu obéir au nouvel édit en mangeant des viandes provenant des sacrifices. L'homme s'appelait Agathon ; parmi les femmes se trouvaient trois sœurs qui, l'année précédente, s'étaient enfuies dans les montagnes après avoir caché de nombreux manuscrits des Écritures (1). Elles étaient, après quelque temps, revenues dans leurs maisons, où on les avait arrêtées (2). Leurs noms, empreints de ce
(1) Voir plus haut, p. 177.
(2) Cela résulte de l'interrogatoire d'Irène, Acta SS. Agapes, Chionix, IreneSj 5, dans Ruinart, p. 423. Le paragraphe 2 semble en contradiction avec lui, car on y Ut que les trois saintes furent arrêtées dans les montagnes mêmes où elles s'étaient réfugiées. Mais les deux premiers paragraphes sont un prologue oratoire, mis en tête dea Actes proprement dits et ne faisant pas corps avec eux. Les Actes ne commencent qu'au paragraphe 3. Dans ceux-ci, Tillemont (Mémoires, t. V, noie I sur sainte Agape) ne voit a rien qui ne s'accorde parfaitement avec les monuments du temps, et qui n'ait l'air d'une pièce authentique et originale. » Mais il faut les distinguer d'autres Actes des mêmes saintes que leur préfère fiollandus (Acta SS,, avril, t. I, p. 245), et qui, au jugement moUvé de Tillemont et de Ruinart, sont remplis d'inventions fabuleuses. — M. Pio Franchi de' Gavalieh a publié (Nuove note agiografiche, Rome, 1902, collection Studi e Testi, n** 9) la Passion grecque des trois saintes, diaprés le manuscrit du Vatican, 1660 : on ne le connaissait jusque-là que par la traducUon latine du cardinal Sirlet. Le jugement de M. Franchi, qui diffère peu, au fond, de celui de Tillemont, définit la Passion des saintes Agape, Irène et Chionia : trois procès-verbaux cousus ensemble par un hagiograpbe de date plus récente, qui les a encadrés entre une préface
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symbolisme aimable où se plaisaient les premiers chrétiens, rappellent les idées d'amour, de paix, de blancheur immaculée : elles s'appelaient Agape, Irène, Ghionîa (1). Trois autres chrétiennes furent en même temps déférées au tribunal, Cassia, Philippa et Eutychia.
Un des greffiers dit au gouverneur : « Si tu l'ordonnes, je vais lire le rapport rédigé par Tofficier de police (2) au sujet de ceux qui sont ici. — Lis, » commanda Dulcetius. Dans un court rapport, le soldat bénéficiaire qui avait opéré l'arrestation dénonçait les chrétiens comme ayant refusé de manger des viandes immolées. Après sa lecture, le gouverneur, s'adressant aux inculpés : « Quelle folie est la vôtre, de ne pas vouloir obéir aux ordres des
et un épilogue. — Ms* Duchesne (HisL ancienne de l'Église, t. II, p. 20} considère cette Passion « comme an document sérieux. »
(1) L'auteur du prologue des Actes explique symboliquement ces trois noms : Agape mérite d'être appelée ainsi par sa charité ; Cbionia, d'être comparée à la neige, y(tfSa^y P^^ *& pureté immaculée; Irène porte dignement son nom, à cause de son esprit pacifique. Le cognomen Agape se rencontre souvent dans les catacombes, et fut celui de plusieurs martyres; Toir Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, p. 221-223. Sur trois peintures de la catacombe des saints Pierre et Marcellin, représentant le repas des bienheureux dans le ciel, les deux serrantes sont appelées AGAPE et IRENE. Bullettino di archeologia crisOana, 1882, pi. III, IV, V. Les inscriptions des catacombes ne souhaitent pas seulement aux défunts de Tivre in pace ou èv elp^v^p ; quatre épitaphes contiennent Tacciamation IN AGkPE. Ibid,, p. 127-128. On trouve un Chionius en Espagne (H&bner, Inscr^ Bisp,, 35], un à Constantinople (Mari, Hieronym,, 5 non. JuL).
(2) « Stationarius. » Cf. Corp. inscr. lat., t. III, suppl., 7136 : « Miles coh. vn, praetoriae... stationarius Ephesi. »
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284 LE QUATHIÈME ËDIT EN ORIENT (304).
Empereurs et des Césars? » Puis, se tournant vers Agathon : « Pourquoi n'as-tu pas participé aux sacrifices, comme ont coutume'de faire ceux qui ont été consacrés aux dieux (1)? — Parce que je suis chrétien. — Persistes-tu aujourd'hui encore dans ce propos? — Tout à fait. — Et toi, Agape, que dis-tu? — Croyant au Dieu vivant, je n'ai pas voulu faire les choses dont tu parles. — Qu'ajoutes-tu, Irène? Pourquoi n'as-tu pas obtempéré au très pieux commandement des Empereui*s et des Césars? — Parce que je crains Dieu. — Toi, Cassia, que dis-tu? — Je veux sauver mon &me. — Ne veux-tu pas prendre part aux sacrifices? — Non. — Toi, Philippa, que dis-tu? — La même chose. — Quelle chose? — J'aime mieux mourir que de manger de vos sacrifices. — Mais toi, Eutychia, que dis-tu? — La même chose. J'aime mieux mourir que de faire ce que tu commandes. — As- tu un mari? — Il est mort. — Depuis combien de temps? — Depuis environ sept mois. — Comment es-tu donc enceinte? — Par l'époux que Dieu m'avait donné. — Je t'engage, Eutychia, à quitter cette folie, et à revenir à des sentiments humains. Que dis-tu? veux-tu obéir au commandement royal? — Je ne veux point obéir, car je suis chrétienne, servante du Dieu tout-puissant. — Comme Eutychia est grosse, elle sera gardée en prison, » dit le gouverneur (2). »
(1) AgalhoD arait peut-être été jadis, soit prêtre païen, soit initié à quelque mystère.
(2) Acta, 3; cf. UIpleo, au Digeste, XLVill, m, 3.
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Il reprit ensuite riuterrogatoire des autres: « Agape, veux-tu faire les mêmes choses que nous, qui sommes dévoués & nos maîtres les Empereurs et à nos Césars?
— Il ne me convient pas d*étre dévouée à Satan. Tes paroles ne chaBgeront pas ma résolution, qui est inébranlable. — Et toi, Chionia, qu'as-tu à dire? — Personne ne pourra égarer notre volonté. — N'y a-t-il pas chez vous quelques écrits des impies chrétiens, parchemins ou livres? — Aucun, ô président, car ceux qui sont aujourd'hui empereurs nous les ont tous enlevés. — Qui donc a mis en vous un tel esprit? — Dieu tout-puissant. — Qui sont-ils, ceux qui vous ont entraînées à cette folie? — Le Dieu tout-puissant, et son fils Notre-Seigneur Jésus-Christ.
— Il est manifeste, cependant, que vous devez vous soumettre tous à nos puissants Empereurs et Césars. Hais puisque après tant de temps, tant d'avertissements, de si nombreux édits, de telles menaces, vous êtes assez téméraires pour mépriser les justes commandements des Empereurs et des Césars, en persistant dans le nom impie de chrétiens; puisque jusqu'à ce jour, pressées par nos agents et par les premiers de la milice de renoncer par écrit au Christ, vous persistez dans votre refus, vous allez recevoir le châtiment mérité. » Dulcetius lut alors la sentence : « Agape et Chionia, qui par leur impiété et leur esprit d'opposition ont résisté au divin édit de nos maîtres les Empereurs et les Césars, et aujourd'hui encore pratiquent la religion des chrétiens, vaine, téméraire, odieuse à tous les hommes pieux, seront
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Uù ut QUATRIÈME ÉDIT EN 0R1£KT (304).
livrées aux flammes. » Il ajouta : « Cependant, qu'Agathon, Cassia, Philippa et Irène soient jusqu'à nouvel ordre gardés en prison (1). »
Après le supplice des deux saintes femmes, Dulcetins fit comparaître leur sœur Irène. <c Ton but impie, lui dit-il, se montre clairement en ce que tu as voulu conserver jusqu'à ce jour tant de parchemins, de livres, de tablettes, de volumes et de pages des Écritures, appartenant aux impies chrétiens. Quand on te les eut présentés, tu les reconnus, bien qu'ayant nié chaque jour, malgré le supplice de tes sœurs et la peine qui t'attendait, que de tels écrits fussent en ta possession. C'est pourquoi tu dois être châtiée. Cependant, notre indulgence te permet encore d'échapper au supplice, en reconnaissant au moins les dieux. Que dis-tu donc : obéis-tu aux ordres des Empereurs et des Césars? es-tu prête à oSviv un sacrifice et à manger des viandes immolées? — Non, répondit Irène, non, par le Dieu tout-puissant, qui a créé le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment! Le suprême châtiment du feu étemel est pour ceux qui auront renié le Christ. — Mais qui t'a poussée à conserver jusqu'à ce jour ces papiers et ces Écritures? — Le même Dieu tout-puissant qui nous a commandé de l'aimer jusqu'à la mort : c'est pourquoi nous n'avons pas osé le trahir, et nous voulons plutôt être brûlées vives, ou souffrir tout autre mal, que de livrer de tels écrits. — Qui donc, dans la maison que tu habites, savait
(1) Àcta, 4.
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que tu les y gardais? — Le Dieu tout-puissaat, qui sait toutes choses, les a vus, mais nul autre. Car nous considérions nos époux comme nos pires ennemis, craignant d'être dénoncées par eux. Aussi n'avonsnous montré ces livres à personne. — L'année dernière, quand fut publié le premier édit de nos maîtres les Empereurs et les Césars, où vous ètes-vous cachées? — Où Dieu a voulu. Dieu sait que nous avons vécu dans les montagnes, en plein air. — Qui vous fournissait du pain? — Dieu, qui donne & tous la nourriture (1). — Votre père était-il complice? — Non, parle Dieu tout-puissant! il ne pouvait être complice, car il ne savait rien de cela. — Qui de vos voisins le savait? — Demande aux voisins, informe-toi des lieux où nous étions et de ceux qui les connaissaient. — Après que vous fûtes revenues de la montagne, comme tu dis, lisiez-vous ces écrits en présence de quelqu'un? — Ils étaient dans notre maison, et nous n'osions les en tirer. Aussi étions-nous attristées de ne pouvoir les étudier nuit et jour, comme nous l'avons fait jusqu'au moment où, l'année dernière, nous les eûmes cachés. — Tes sœurs, dit alors le président, ont souffert le ch&timent que nous avons ordonné.
(1) Ce souci généreux de ne pas trahir ceux qui avaient secouru les chrétiens fugitifs se retrouve à une époque toute différente. En 1794, interrogé par le tribunal rérolalionnaire de Vannes, un prêtre répond que € la terre était son lit et le eiel son toit et qu'il ne mendiait son pain qu'à des gens qui ne le connaissaient pas. » Deux autres disent <c qa*il8 avaient vécu errants dans les bois, » ce qui était vrai. Wallon, les Représentants du peuple en mission et la Justice révolu^ tionnaire dans les départements, t. II, p. 30.
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Quant à toi, avant même de prendre la fuite, tu avais encouru la peine de mort, pour avoir caché ces écrits et ces papiers; cependant, je ne veux pas te faire périr comme elles tout de suite : mais j'ordonne que, par les gardes et par Zosime, bourreau public, tu sois exposée nue dans le lupanar; un pain t'y sera tous les jours apporté du palais, et les gardes ne te permettront pas d'en sortir. Vous, gardes et bourreau, sa^ chez qu'il y va de votre tête. Que cependant on me remette tous les livres cachés dans les coffres et les bottes d'Irène (1). »
Ce lâche attentat à la pudeur des martyres avait été commis dans toutes les persécutions (2) : il le sera plus souvent dans la dernière. L'éditde 303, qui avait réduit tous les chrétiens à la condition de personnes infâmes, leur ôtant jusqu'au droit de se plaindre judiciairement d'un outrage, permettait aux magistrats de déshonorer ainsi des malheureuses qui ne comptaient plus dans la société. On pouvait indifféremment les enfermer, comme serves du fisc, dans les gynécées et les manufactures de l'État, ou dans les lieux à peine plus corrompus que désigne la sentence prononcée contre Irène. Celle-ci fut conduite où l'avait ordonné le gouverneur. Cependant personne
(1) « A scrioiis et arcalis. » Acta, 6.
(2) Voir Histoire des persécutions pendant les deuxpremiers siècles, 3* éd., p. 239; Histoire des persécutions pendant la première moUié du troisième siècle, 3* éd., p. 53, 409, 418, 425; les Dernières Persécutions du troisième siècle, 3* éd., p. 16, 257; Dix leçons sur le martyre, 3* éd., p. 220-223. Cf. Aagar, Die Frau im ROmischen Christenprocess, daos Texte und Untenuchungen, t. XIII, 1904.
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n'osa s'approcher d'elle pour la flélrir. Dulcetius se la fit amener de nouveau : « Persistes-tu dans la témérité? — Non pas dans ma témérité, mais dans le culte de Dieu. — Puisque par tes premières réponses tu as clairement manifesté l'intention de ne pas obéir aux Empereurs, et que je te vois persister dans le même orgueil, tu subiras la peine méritée. » Le gouverneur écrivit la sentence : « Irène ayant contrevenu à l'ordre impérial, refusé de sacrifier aux dieux immortels, et persévérant aujourd'hui dans la religion des chrétiens, j'ordonne qu'elle sera brûlée comme ses sœurs (1). »
La sainte, conduite au supplice, s*élança sur le bûcher en chantant des psaumes. Elle mourut le jour des calendes d'avril (2). L'auteur des Actes termine ici sa relation, sans nous apprendre ce que devinrent Agathon, Cassîa, Eutychia et Philippe. Peut-être n'avait-il pu se procurer les pièces de leur procès : son silence au sujet de ces quatre chrétiens serait une preuve de plus de sa sincérité quaud il raconte ce qu'il sait des autres.
Vers le même temps eut lieu le martyre de Hontan, prêtre de Singidunum, en Mésie. Il périt par l'ordre de Probus, gouverneur de la Pannonie Inférieure,
(1) Acta, 6.
(2) a GonsummaU ef>t in consulatu Diocletiani Augusti nono, Mazimiani aatem Augosti octavo, Kalendis Aprilis. » AetOt 7. Le jour des calendes d'avril équivaut au 1*' avril. Les martyrologes placent le martyre de sainte Irène le 5 avril. Les Grecs célèbrent la mémoire des trois saintes le 16 avril.
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qui venait de recevoir Fédit de persécution (1). Singidunum étant située sur la rive mésienne de la Save, il est à supposer que Montan avait franchi le fleuve et fut arrêté en Pannonie. La plupart des martyrologes placent, en efifet, son supplice (2) à Sirmium, le 28 mars. Maxima, épouse du prêtre Montan, fut, disent-ils, immolée avec lui : on leur donne même quarante compagnons de martyre, ce qui convient bien & cette période de la persécution (3).
Peu après l'exécution de Hontan, Tévêque de Sirmium, Irénée, fut arrêté à son tour. C'était un homme jeune encore, marié, père d'enfants en bas âge. On le conduisit au gouverneur. « Obéis aux divins préceptes, et sacrifie aux dieux, » lui dit Probus. « Ouiconque, répondit Tévèque, sacrifie aux dieux, et non à Dieu, sera déraciné. — Les très cléments princes ont donné le choix de sacrifier ou de mourir dans les tourments. — 11 m'a été commandé d'accepter les tourments plutôt que de renier Dieu en sacrifiant aux démons. — Sacrifie, ou je te ferai mettre à la torture. — Je me réjouis si tu le fais, car je participerai à la Passion de mon Sauveur. » Pendant que les bourreaux
(1) Passio S.Pollionis, 1, dans Ruioart, p. 435.
(2) On dit qu'il fut noyé. Le ms. de Berne du Martyrologe hiéronymien reproduit ici une courte notice, abrégée d'une Passion du saint : « VII Kl. A.pr... In Sirmia Munati (Montani) presbiteri Delingi donis (Singidonis) cum Sirmium fugisset comprehensus est et roissus est in fluviuin nono lapide. Inventum est corpus ejus. Et Maxim» uxoris ejus. » Le ms. d'Bpternach ajoute : « Et aliorum XL. » De Rossi- Duchesne, p. 36.
(3) Voir Tillemont, Mémoires, t. V, art. sur saint Irénée.
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torturaient cruellement le martyr : « Que dis-tu, Irénée? demanda lé gouverneur. — En confessant bien ma foi, je sacrifie à mon Dieu, & qui j'ai toujours sacrifié, » répondit Tévêque (1).
Une nouvelle torture, plus délicate et plus pénible que toutes les autres, l'attendait. Son père et sa mère, sa femme, ses enfants, s'approchèrent en le voyant souffrir, se jetèrent à ses pieds, les inondèrent de larmes. Des serviteurs, des amis, des voisins suivaient, pleurant et se lamentant.- « Aie pitié de ta jeunesse, » criait-on de toutes parts. Irénée gardait le silence, repassant dans son cœur les promesses et les menaces divines. « Allons, lui dit Probus, laisse-toi fléchir par tant de larmes, pense à ta jeunesse, sacrifie. — Je pense à mon éternité, et je ne sacrifie pas, » répondit
(1) Passio s, Ireneei, episcopi SirmiensiSy 1, dans Rainart, p. 433. Tillemont dit de cette Passion : « Nous ne voyons rien qui nous empêche de regarder les Actes latins de saint Irénée comme une pièce originale, c'est-à-dire composée fort peu après lui, sur les registres originaux de son interrogatoire, comme l'a cru Bollandus. Il est certain qu'ils en ont le style, et tout y est digne de la sainteté et de la gravité d'un martyr. » Mémoires^ t. V, p. 400, note i sur saint Irénée. Le P. Delebaye ne s'écarte pas beaucoup de ce jugement, en plaçant les Actes de saint Irénée parmi « les Passions qui ont pour source principale un document historique de premier ou de second rang. » Les Légendes hagiographiques, p. 136. M. Dufourcq croit pouvoir préciser davantage : « L'époque à laquelle fut rédigé Irénée peut être fixée avec vraisemblance. Le texte n'est pas exactement contemporain des faits : il ne porte aucune date consulaire; le court prologue du début atteste explicitement une époque postérieure. Mais aucun texte, aucun trait ne nous invite à franchir la fin du quatrième siècle... il est très vraisemblable que les Actes d'irénée datent des environs de l'an 400, et qu'ils n'ont pas été retouchés. » Étude sur les Gesta martyrum romains, t. II, p. 243.
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292 Le QUATRIÈME ÉDIT EN ORIENT (304).
le martyr. Probus le fit conduire dans la prison, où chaque jour on tenta sa constance par de nouveaux tourments (1).
Pendant une nuit, Probus le fit appeler de nouveau : c( Irénée, sacrifie, afin d'éviter la souffrance.
— Fais ce qui t'est ordonné, mais n'attends pas de moi cette faiblesse. » Le gouverneur commanda de le frapper, a J*€d appris à adorer mon Dieu depuis Tenfance, dit Tévèque, je l'adore, il me soutient dans mes épi'euves, c'est à lui que je sacrifie : je ne puis adorer vos dieux faits de main d'homme. — Évite la mort, qu'il te suffise des tourments déjà soufferts. — La mort m'est un gain, puisque par les souffrances que tu crois m'infliger, et que je ne sens pas, j'obtiens de Dieu la vie éternelle. — As-tu une épouse?
— Je n'en ai pas. — As-tu des fils? — Je n'en ai pas.
— As-tu des parents? — Je n'en ai pas. — Et qui sont donc ceux qui pleuraient devant toi à une précédente audience? — Mon Seigneur Jésus-Christ a dit : « Cece lui qui aime son père, ou sa mère, ou son épouse, « ou son fils, ou ses frères, plus que moi, n'est pas « digne de moi. » — Sacrifie cependant à cause d'eux. — Mes fils ont le même Dieu que moi, il peut [es sauver. Mais toi, fais ce qui t'est commande, — Réfléchis, jeune homme. Sacrifie, afin que je ne te livre pas aux supplices. — Fais ce que tu voudras. Tu vas voir quelle force Notre-Seigneur Jésus-Christ me donnera contre tes embûches. — Je vais pronon-
(1) Passio, 2.
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cer ta sentence. — Je m'en réjouirai. » Probus rendit le jugement suivant : « J'ordonne qu'Irénée, qui a désobéi aux ordres royaux, soit jeté dans le fleuve. » Irénée répondit : « Je m'attendais qu'après tant de menaces tu multiplierais sur moi les tourments, afin de me frapper ensuite du glaive; mais tu n'en as rien fait. Je te conjure de changer de résolution; tu apprendras comment les chrétiens, par la foi qu'ils ont en leur Dieu, savent oflfronter la mort (1). »
Par cette ardeur à souffrir, Févêque songeait probablement moins à provoquer la colère du juge qu'à donner à ses ouailles l'occasion de contempler un exemple de constance propre & raffermir leur courage, dont la faiblesse de sa propre famille avait montré la fragilité. Son vœu fut exaucé : le gouverneur, par une nouvelle sentence, le condamna à être décapité. L'exécution doit être précédée, selon un usage constant, de ia flagellation ou de la bastonnade (2); ainsi s'expliquent les paroles prononcées par le martyr entendant sa seconde condamnation : « Je te rends grâces. Seigneur Jésus-Christ, qui parmi des peines et des tourments divers me donnes la force de les supporter, et daignes me rendre participant de la gloire étemelle. »
On conduisit Irénée sur un pont dominant la Save. Il se dépouilla lui-même de ses vêtements, et, les
(1) Passio, 4.
(2) Voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3* éd., p. 85.
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294 LE QUATiaÉME EDIT EN ORIENT (304).
mains étendues vers le ciel, fit cette prière : « Seigneur Jésus-Christ, qui as daigné] souffrir pour le salut du monde, puissent les cieux s'ouvrir, et tes anges recevoir Tàme de ton serviteur Irénée (1), qui souffre aujourd'hui pour ton nom et pour le peuple de ton Église catholique de Sirmium. J*implore ta miséricorde, afin que tu daignes m*accueillir, et confirmer ceux-ci dans ta foi. » Le bourreau lui trancha la tète, et jeta son corps dans le fleuve. C'était le 6 avril (2).
Le gouverneur faisant, quelques jours plus tard, une tournée administrative, arriva dans la ville de Cibalis (3), dont Tévèque, Eusèbe, avait été mis à mort dans une des persécutions précédentes (k) : là,
(1) fit Suscipiant ÀDgeli spiritum servi lui Irenœi. » Passio, 5. Cf. dans les iascriptioos, la formule déjà citée : IN PACEM TE SVSCI- PIANT OMNIVM ISPIRITA SANCTORVM {Bull, di archeologia crisHana, 1875, p. 19); et cette autre : ARGESSITVS AB ANGELIS (Jnscriptiones chrislianœ urbis Romx^ 1. 1, p. 31).
(2) Passio, 6, 6.
(3) tt Les Actes de saint PoUion, parlant de la ville de Cibales, ajoutent ces mots : de qua Valentinianus christianissimus impera- (or oriundtis esse cognoscitur. Cela ne peut guère convenir qu'à un homme qui écrivoit fort peu après Valentinien (364-375), ou plulost de son temps mesme; d'où vient qu'il ne le distingue point de ceux qui ont porté depuis le mesme nom. » Tillemont, Mémoires, t. V, p. 401, note n sur saint Irénée. Celte observation fixe d'une manière précise l'époque où fut rédigée la Passion, vers le dernier quart do quatrième siècle.
(4) tt Superiori persecutione Eusebius ejusdem ecclesias venerandus autistes moriendo pro Christi nomine de morte et de diabolo noscitur triumpbasse. » Peissio S, Pollionis, l, dans Ruinart, p. 435. Il s'agit probablement ici de la persécution d'Aurélien, peut-être même de celle de Valérien. Eusèbe et Pollion sont marqués ensemble au Martyrologe hiéronymien : « IIII Kl. maias in Pannonia Eusebi epi
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précisément au jour anniversaire du martyre d*Eusèbe, un clerc connu par son zèle évangélique lui fut dénoncé comme coupable de blasphémer les dieux et les empereurs. Probus le fit comparaître : « Comment te nommes-tu? — PoUion. — Es-tu chrétien? — Je suis chrétien. — Quelle est ta charge? — Premier des lecteurs. — De quels lecteurs? — De ceux qui ont coutume de lire au peuple la parole divine. — Ceux qui, dit-on, inspirent à Tesprit léger des femmes l'horreur du mariage et Tamour d'une vaine chasteté? — Tu pourras connaître aujourd'hui si nous sommes légers et vains. — Comment? — Ils sont légers et vains, ceux qui abandonnent leur Créateur pour acquiescer à vos superstitions. Mais ceux qui s'efforcent d'accomplir, malgré les tourments, les commandements du Roi éternel montrent leur foi et leur constance. — Quels commandements? et de quel roi? — Les pieux et saints commandements du Christ Roi. — Quels sont-ils? — Qu'il y a un seul Dieu dans le ciel ; que ni le bois ni la pierre ne peuvent être appelés dieux ; qu'il faut apaiser les querelles; que les vierges doivent garder la pureté de leur état, les époux la chasteté conjugale; que les maîtres doivent gouverner leurs esclaves par l'amour plus que par la crainte, en considérant que la condition humaine est la même pour tous; qu'il faut obéir aux justes vo-
PollioQis Tuballi (Gibali). » De Rossi-Dachesne, p. 51. Sur Basèbe, Toir Tillemoot, Mémoires^ t. Y, art. sur saint Pollion; Zeiller, les Origines chrétiennes dans la province romaine de Dalmalie, 1906, p. 21.
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lontés des rois, se soumettre aux puissances quaad elles commandent le bien; qu'on doit aux parents le respect, aux amis Taffection, aux ennemis le pardon, le dévouement aux citoyens, Thumanité aux hôtes, la miséricorde aux pauvres, la charité à tous, et le mal à personne; qu'il faut supporter patiemment rinjure, et ne la faire jamais; plutôt céder ses biens que de convoiter ceux d*autrui; et enfin, que celuilà vivra éternellement, qui pour sa foi aura méprisé la courte mort que vous pouvez infliger. Si ces maximes te déplaisent, tu ne peux t^n prendre qu'à ton propre jugement (1). — Et quel avantage aura celui qui, par sa mort, est privé de la lumière et de toutes les jouissances corporelles? — La lumière éternelle est meilleure que des clartés passagères, et les biens permanents plus doux que des biens périssables : il n'est point sage de préférer le caduc à l'éternel. — Que veut dire tout ceci? Fais ce qu'ont ordonné les Empereurs. — Qu ont-ils ordonné? — Que tu sacrifies. — Fais, toi aussi, ce qui t'est commandé ; pour moi, je n'obéirai pas, car il est écrit : « Celui qui sacrifie aux démons, et non à Dieu, sera déraciné. » — Tu périras par le glaive, si tu ne sacrifies pas. — Fais ce qui t'est commandé. Je dois suivre les pas des évèques, des prêtres, de tous les pères dont j'ai reçu les doctrines, et j'accepte avec plaisir les châtiments que tu voudras m'infliger. » Probus le condamna au bûcher. Pollion fut brûlé à
(1) PassiOj 2.
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un mille de la cité, le 27 avril (1). Quelques jours plus tard, la Basse-Norique (2) fut témoin d'un autre martyre, qui rappelle, par le procédé sommaire d*exécutioD, celui de saint Iréuée.
Le gouverneur Aquilinus recherchait àprement les chrétieas. Ceux-ci se réfugiaient dans les montagnes, se cachaient parmi les rochers et les cavernes. A Lauriacum, une perquisition fit tomber dans ses mains quarante fidèles. Il les mit en prison, après leur avoir fait subir la torture (3). Un ancien chef de bureau (i), Florianus, converti au christianisme, et retiré dans la ville de Cetiuni, apprit leur arrestation. II se rendit à Lauriacum pour y confesser sa foi. Des soldats Tarrètèrent en route. Aquilinus le fit fouetter et torturer, puis le condamna à être précipité dans la rivière d'Ens (5).
(1) Passio, 3. — Les itinéraires da septième siècle nommeni, au cimetière de Pontien, sur la roie de Porto, le martyr Pollioo (De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 182). Bosio pense que celui-ci est le martyr de Pannonie, dont les reliques auraient été transportées à Rome. Cf. Armellini, Àutichi cimiteri crisliani di Roma, 1884, p. 1 1 ; Dufourcq, Étude sur les Gesta martyrum romains, t. II, p. 240.
(2) « Noricum Ripense. i> Depuis Dioclétien, la Norique était divisée en deux provinces, Noricum Ripense et Noricum Mediterraneum, ayant chacune un praeses.
(3) « Les Actes ne marquent point ce qu'ils devinrent, mais on croit que ce sont ceux que les Églises de Vienne et de Passau honorent avec saint Florient. » Tillemont, Mémoires, t. V,art. xxv sur la persécution de Dioclétien.
(4) a Princeps officii. »
(^}Acta SS., mai, t. I, p. 462. Le texte du Martyrologe hiéronymien porte : c Et in Norico Ripense, loco Lauriaco, natale Floriani, ex principe officii praesidis, ex cujus jussu ligato saxo coUo ejus, de ponte in fluvio Aniso mlssus est, oculis crepantibus praecipitatori, vi-
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La Pannonie vit probablement à la même époque, le martyre de Tévêque de Pettau, Victorin, écrivain ecclésiastique dont parle saint Jérôme : il était, paraitil, habile à écrire en grec, mais peu versé dans la langue latine : saint Jérôme dit qu'il fut « couronné par le martyre (1), » et un martyrologe, qui reproduit en partie sa notice, la complète, d'après une source que nous ignorons, en disant que ce martyre advint « pendant la persécution de Dioctétien (2). »
La province voisine de Dalmatie vit de nombreux chrétiens donner leur sang pour la foi : Domnio, évoque de Salone (3), Anastase, qui exerçait le métier de
dentibus omnibus circumsUntibas. r> Geft paroles du Martyrologe, ms. de Berne, sont le résumé de la Passion. M'' Dnchesne {Bulletin cri' tique, 1897, p. 381-385) a défendu celle-ci contre les attaques de M. Krusch (Passiones vilaeque sanctorum aevi tnerovingiei et antiquorum aliquot, Hanovre, 1896), qui la faisait descendre au milieu du huitième siècle, fille doit, suivant M^ Duchesne, remonter à une date antérieure aux grands ravages des invasions, au quatrième ou au cinquième siècle. « £st-ce qu'un moine du huitième siècle connaissait le Noricum Ripense et son praeses, et l'officium de celui-ci, et le princeps o/yîcuPesl-ce qu'il était capable de faire la différence entre la situation municipale de Lauriacum, simple castrum, quoique résidence du gouverneur, et de Cetium, dvitas proprement dite? Un passionnai re du huitième siècle n'aurait pu parler avec tant de précision et d'exactitude des institu lions de l'Empire romain, disparu dans ces contrées depuis près de trois siècles. »
(1) Saint Jérôme, De viris illustribus, 74. Cf . Tilieniont, Mémoires, t. V, art. sur saint Victorin de Petlau.
(2) Martyrologe de Florus (ix« siècle), au 4 des nones de novembre (2 novembre) : « qui, persecutione Diocletiani, martyrio coronatos est. »
(3) a Diocletiano septies et Maximiano sexies consulibus perseculionem sextam passi sunt. In ea persecutione passi sunt Petrus et Marcellinns Romae et Dominus et Félix passi sunt in Salona. » Mommsen, Chronica minora, dans Monum. Germ. kisL, Atict. antiq.i t. IX, p. 738.
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foulon (1), Félix (2), le prêtre Asterius (3), le diacre Septimius et ses compagnons (4), quatre soldats, GaianuSy Antiochus, Paullnianus et Telius (5). Le gouverneur de la province, qui prononça sans doute la sentence de la plupart de ces martyrs, s'appelait M. Aurelius Julius (6).
Cf.Zeiller, Les origines chréliennes dans la province romaine de Dair matie^ p. 15. La date consulaire correspond à 299 ; mais le synchronisme établi par la Chronique entie le martyre de Pierre et de Marcellin à Rome et celui de Domnio et Félix à Salone conduit à placer les derniers en 304 : on lira facilement a Diocletiano VIIII et Maximiano VIII, » date consulaire correspondant à 304, au lieu de « Diocletiano VU et Maximiano VI. » Zeiller, p. 16. — Un successeur peut-être immédiat de Domnio, l'évéque Primus, est qualifié sur sa tombe de... NEPOS DOMNiONES MARTYRES, neveu du martyr Domnio. Corpus inscr. lat.,t III, 14897; Nuovo Bull, di arch. cr'isL, 1900, p. 275-283; Zeil- 1er, ouvrage cité, p. 99.
(1) Martyrologe hiéronymien, aux 25 et 26 août : u In Salona Anastasi. » Les manuscrits de Wissembourg et de Berne ajoutent : « sive fullo fuit. » De Rossi-Duchesne, p. 110-111. CLPassio, dans Acla SS,, sept., t. m, p. 22-23. Voir Delehaye, Anal. Bolland., t. XVI, 1897, p. 488-500; Zeiller, p. 59-77.
(2) Zeiller, ouvrage cité, p. 25, 89.
(3) Ibid., p. 89.
{^)lbid., p. 89-91.
(5) Ibid., p. 89.
(6) Il existe une Passion de saint Domnius ou Doimus, donné comme évéque de Salone au premier siècle. C'est une adaptation légendaire de la vie de saint Domnio, évéque de Salone et martyr sous Dioclétien. Mais cette pièce fabuleuse contient un détail très intéressant, qu'elle doit avoir puisé à une source antique (ce qui démontre une fois de plus que dans les pièces hagiographiques les plus mauvaises il peut y avoir de précieux débris d'antiquité, thèse trop contestée aujourd'hui). Saint Domnius ou Doimus est dit avoir été martyrisé par le praefectus Maurilius ou Maurelius. Or une inscription trouvée à Salone, et conservée aujourd'hui au musée de Spalato, mentionne un M. Aurelius Julius, praeses de Daimatie. Comme c'est tout à la fin du troisième siècle qu'on voit apparaître en Daimatie des gouverneurs avec
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Un curieux épisode eut TancieDiie Mésie pour théâtre (1).
Des soldats en garnison dans une des villes — soit Dorostore en Hésie Inférieure, soit Axîopolis en Scythie (2) — avaient coutume chaque année, au moment des Saturnales, de tirer au sort un roi de la fête (3). Les Saturnales ont été de tout temps un jour de repos et de réjouissances pour les troupes (4). « Sur les bords du Danube, peuplés en partie de colons italiens, les réjouissances qui, dans la patrie de ceux-ci, marquaient la fin de Tannée devaient être particulièrement populaires (5). » Revêtu des insignes de sa dignité, le monarque d'un jour sortait de la ville
le tilre de praeses, il y a beaucoup de vraisemblance que M. Aurelius soit contemporain de Dioclétien, et du rapprochement de cette inscription avec l'indication de la Passion légendaire, on conclura aisément qu'il présida à la persécution en Dalmatie. Voir Zeiller, p. 21-24.
(1) Passion de saint Dasius, publiée par Franz Cumont dans Analecta Bollandiana, t. XVI, 1897, p. il-15. — Le teite est grec, mais a certaines impropriétés d'expression et, en général, la gaucherie du style » trahissent l'œuvre d'un traducteur peu habile : il est à peu près certain que l'original était latin.
(2) La Passion porte àtù^09x6ltû ; mais le Martyrologe hiéronymien, qui nomme deux fois Dasiujt, dit chaque fois in Axiopoli, Comme Dorostore n'est nommé que tout à la fin, on peut admettre que cette mention a été ajoutée après coup, au détriment de la petite ville voisine d'Axiopolis. Les sources du Martyrologe hiérouymien sont, pour l'Empire d'Orient, très anciennes, puisqu'il dérive d'un martyrologe rec rédigé à Nicomédie entre 362 et 411; cf. De Rossi-Duchesne, Mart. hieron., proleg., p. lxvi.
(3) Passio, 1; cf. Lucien, Salurnal., 4; Tacite, Ann., XllI, 15; Arrien, Diss., I, 25.
(4) Cicéron, Ad Attic, V, 20; Tacite, HisLj III, 78 ; Macrobe, Sat., I, 10, 16.
(5) Cumont, /. c, p. 16.
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avec un nombreux cortège, et se livrait à toute sorte d*excës (1). La fête se terminait par un sacrifice, offert au nom de tous sur Tautel de Saturne (2). En 303, le sort tomba sur le soldat Dasius. Il était cbrétien. Il refusa de jouer le rôle sacrilège qui lui était assigné, et proclama sa religion. Il fut aussitôt arrêté : le lendemain, on ramena au tribunal du légat Bassus (3).
Celui-ci lui adressa les questions d'usage, lui demandant sa condition, son nom. « Par ma condition, je suis soldat, répondit-il. Mon nom principal est chrétien. De mes parents j'ai reçu celui de Dasius. » Le légat l'invita à sacrifier « aux saintes images des empereurs, que les Barbares eux-mêmes adorent (k). »
(1) Passio, 1 ; cf. Lucien, Sat.^ 2*4.
(2) Le rédacleur grec de la Passion dit que le roi de la fête était, à la fin, immolé sur l'autel de Saturne. L'assertion paraît peu admissible, les sacrifices humains étant interdits depuis Hadrien (Porphyre, De abst., 11, 56; Lactance, Div. InsL, I, 21). C'est là, a d'abord pensé M. Cumont, une de ses erreurs de traduction. Cependant M. Parroen- Uer {Revue de Philologie, 1897, p. 148-149) croit que les Saturnales romaines avaient dû se confondre en Orient et dans Tarmée avec la fête perse des Saces et que l'immolation du roi de la fête était réelle ; il renvoie à Dion Chrysostome, IV, 6. M. Cumont a fini par se rallier à cette opinion (t6t(i.,p. 149-153). Voir encore Wendland, dans Y Hermès, t. XXXIU, 1898, p. 176-178.
(3) « Le cognomen Bassus est si fréquent sous l'Empire, qu'il est difficile d'identifier ce personnage. Peut-être est-ce M. Macrius Bassus, qui fut consul pour la seconde fois en 289 (Corp. inscr. lat., t. X, 8698). Mais un Septimius Bassus fut praefectus nrbi de 317 à 319, un autre Bassus, préfet du prétoire en 313, etc. Et précisément la même année où Dasius fut martyrisé, en 308 après J.-C, un Bassus était préfet de la Thrace (Pcusio 5. Philippi, dans Ruinart, p. 44.3). » Cumont, /. c, p. 7, note 2.
(4) Cf. une inscripUon d*un gouverneur de Mésie, de l'an 57 : 1GN0- TOS AVT INFENSOS P(opu/i) R(omant) RBGES SIGNA ROMANA
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302 LE QUATRIÈBCE ËDIT EN ORIENT (304)
On remarquera qu'il n'est plus question ici de Saturnales : le juge s'inquiète peu de savoir si Dasius y fera ou non le roi de carnaval : mais il lui impose tout de suite Tépreuve réservée aux chrétiens, en l'invitant à apostasier par un sacrifice. Sur le refus du soldat (1), Bassus lui offrit un délai pour réfléchir (2) : et comme il ne voulait pas en profiter, se proclamant toujours chrétien, le juge, après Tavoir fait torturer, le condamna à la décapitation. Le bourreau lui trancha la tête, « le 20 novembre, un samedi, à la quatrième heure, le vingt-quatrième jour de la lune (3) . »
Tels sont les seuls documents que nous possédions sur Fexécution de l'édit de SOk dans les États de Galère (si encore les Actes de Dasius n'ont pas trait à des faits
ADORATVROS IN RIPAM (Danubii) QVAM TVEBATVR PRODVCIT. Corp, inscr. lai., t. XIV, 3608.
(1) Le rédacteur de la Passion prête ici, S 8, au soldat une profession de foi calquée sur les formules du concile de NIcée, amplification évidente.
(2) Ce détail se rencontre quelquefois dans les Actes; Toir par exemple ceux des martyrs Scillitains, Hist, des persécutions pendant les deux premiers siècles, 3« éd., p. 461.
(3) Ces indications simultanées, 20 noyembre, samedi, 24« jour de la lune, s'appliquent exactement, comme le fait remarquer M. Cumont, au 20 novembre 303, et leur coïncidence ne se rencontrerait A aucun jour analogue du règne de DIoclétien. Cependant il me paraît bien difficile de mettre le martyre de Dasius avant 304. Le 20 novembre 303 est précisément le jour des vicennalia de Dioclétien (voir plus haut, p. 242), et ce jour serait mal choisi pour une exécution capitale. Y a-t-il erreur du rédacteur des Actes? S'il faut reporter le meurtre de Dasius à l'année 303, il devra être considéré comme un épisode isolé, non comme l'application d'édits réguliers, puisque les édits de 303 ne regardent encore que les ecclésiastiques.
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de l'année précédente) . Bien que ces récits permettent de juger de la passion qu'apportèrent les magistrats dans la poursuite des fidèles, la pénurie des sources est ici profondément regrettable : on ne pourrait dire le nombre des héros chrétiens dont le souvenir se dérobe à notre pieuse curiosité (1). Celle-ci va avoir moins à souffrir, en passant des provinces du César Galère aux contrées gouvernées par TAuguste Dîoclétien.
(1) Le Martyrologe Méronymien nous en fait cependant connaître un assez grand nombre. « Il contient bien d'autres noms sous des rubriques danubiennes, surtout du bas Danube, depuis Sirmium ; il est très probable que, pour la plupart, ils désignent des victimes de la dernière persécution plutôt que des précédentes. » Ducbesne, Histoire ancienne de l'Église, t. II, p. 25, note 1. Sauf de rares exceptions, ces régions furent, en effet, tardivement évangélisées ; voir IHx leçons sur le martyre^ 3* éd., p. 26-27. Mais elles regagnèrent vite le temps perdu : le Martyrologe hiéronymien cite tout le long du Danube beaucoup de villes et de bourgs ayant fourni des martyrs; De Rossi-Duchesne, prolégomènes, p. lxvi.
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304 LE QUATRIÈME ËDIT EN ORIEKT (304).
Les martyrs de la Gilicie et de la Thrace.
Les Actes qui font connaître, pour une durée plus longue et avec une plus grande abondance de détails, l'application du quatrième édit dans les États de Dioctétien, nous transportent successivement aux divers points du vaste territoire encore soumis à l'autorité nominale du vieil empereur : dans ses provinces européennes, comme la Thrace, dans ses provinces asiatiques, comme la Cilicie, la Galatie, le Pont, la Palestine, dans ses provinces africaines, comme TÉgypte et la Thébaïde. Ces pays si différents de sites, de mœurs, de langage, d'idées, virent couler à la même heure le sang des chrétiens : villes populeuses, plages commerçantes, forêts épaisses, montagnes escarpées, déserts de sable, il n'est pour ainsi dire aucun lieu, dans Timmense empire d'Orient qui, sauvage ou civilisé, n'ait eu ses exilés et ses martyrs.
L'étendue et la diversité de ce théâtre de la persécution font comprendre le contraste de certains récits hagiographiques, tels, par exemple, que les relations de procès jugés presque simultanément dans la montagneuse Cilicie ou dans la Thrace hellénisée.
L'édit avait été promulgué en Pamphylie dès les
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MARTYRS DE LA GlLlCiE ET DE LA THRACE. 305
premiers mois de 304. De Perge, métropole de cette province, saint Calliope s'enfuit à Pompeiopolis, ville de Cilicie, où il fut arrêté. Le gouverneur Maxime l'interrogea et le mit à la torture (1). On raconte qne la mère du martyr, apprenant l'arrestation de son fils, courut le retrouver, après avoir affranchi deux cent cinquante esclaves et distribué ses biensà FÉglise et aux pauvres (2). Calliope, condamné au supplice de la croix, mourut le vendredi saint, 7 avril : la mère expira en recevant dans ses bras le corps de son enfant détaché du gibet (3).
C'est peut-être pendant ce séjour à Pompeiopolis que furent présentés une première fois à Maxime trois autres chrétiens, Tarachus, Probus et Andronicus (4), dont les interrogatoires multiples, la translation en diverses villes à la suite du gouverneur, la longue captivité, sont caractéristiques d'une persécution où,
(i) Leâ Actes grecs des saints Tarachus, Probus et Andronicus donnent au mâme gou?erneur de Cilicie les noms de <I>Xau(oç ou <l»>a6lavo; ra:o; ^ovfuptoc Ma|i|ioç; Ruinart, p. 458.
(2} M. Le Blant, les Actes des martyrs, S ^* P- 227, critique à tort ce passage des Actes comme contraire à la loi FuGa Caninia, qui défendait d'afifranchir par testament plus de cent esclaves : il est question ici d'un affranchissement entre yifs, pour lequel une telle limite n'était pas imposée. Un détail m'inspire plus de défiance : la distribution de biens immeubles à l'Église, en un temps où les propriétés de celle^i étaient confisquées. Restait cependant la ressource du fldéicommis.
(3) Passio S, Calliopii, dans Acta 55., avril, t. I, p. «59-662. Voir la critique de ces Actes dans Tillemont, Mémoires, t. V, notes xxxiv et XXXV sur la persécution de Dioclétien.
(4) 01 îcpoaevcxOévTeç t^ \t.tya>.tiQzrixi dov, xupU (lou, iid Tfjç no^iiCYiiouii6Xew;. Acta SS. Tarachi, Probi et Andronici, t.
PERSÉCITIONS. — IV. 20
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selon le mot de Lactance, les magistrats poursuivaient Tapostasie d'un chrétien avec autant d'ardeur et de ténacité que s'il se fdt agi de dompter une nation barbare (1). Si leurs Actes, comme on l'avait cru jusqu'à ce jour, sont authentiques (2), ils méritent d'être étudiés à cause des changements qu'ils montrent dans l'attitude des accusés et des juges, déjà sensibles depuis quelque temps, mais nulle part mieux marqués. A les en croire, l'heure ne serait plus de ces brefs interrogatoires, où la constatation de la qualité du chrétien et de son refus d'apostasier
(1) Lactance, Div. Inst., V, 11.
(2) Ils ont la forme d'une lettre écrite au nom des fidèles d'Iconium ; les rédacteurs affirment avoir acheté au prix de deux cents deniers les procès -verbaux des interrogatoires {Acta^ prooemiura; Ruinart, p. 457). Baronius (ad ann. 290), Ruinart (p. 454), Tiilemont (Mémoires, t. V, art. sur Taraque, Probe et Andronic), acceptent cette affirmation. De nos jours, elle est contestée, et l'on tend à voir dans les Actes de Tarachus et de ses compagnons une composition privée de valeur historique. C'est l'opinion de M. Harnack (Chronologie der ail. chrisll. LiUeraiur bis Busebius, t. II, 1904, p. 179-480), du P. Delehaye (Les Légendes hagiographiques, p. 136), de M. Franchi de' Cavalieri (Nuovo Bull di arch, crist,, 1904, p. 18). Ce qui met ces critiques en défiance, c'est la multiplicité des interrogatoires, la translation des accusés de ville en ville à la suite du gouverneur, les atroces et interminables tortures, les réponses violentes des martyrs, si dissemblables de celles que rapportent les pièces authentiques, et aussi (dans le texte grec) une recherche de langage, un soin de varier les termes, qui ne sentent pas la simplicité de procès- verbaux (voir les exemples notés par M. Franchi, l. c). L'exacte reproduction du procès, que je donnerai dans les pages qui suivent, permettra au lecteur de se faire lui-même une opinion. Je me bornerai à dire ici que les cruelles inventions prêtées à Maxime ne dépassent pas en horreur les supplices parfaitement historiques rapportés à plusieurs reprises par Eusèbe dans ses récits de la dernière persécution (cf. Dix leçons sur le martyre j 3« éd., p. 304-305).
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