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SAP^GTAE TRES MAXIMA

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468 LE QUATRIÈME ÉDIT EN OCCIDENT (30f).

confesser le Christ : à The veste Anulinus jugea, peu de temps après elles, une autre femme, qui montra le même courage.

Crispine, riche et noble matrone de Tagare (1), élevée jusque-là dans tous les raffinements du luxe romain, fut introduite, les mains liées, devant le tribunal (2). « Connais- tu la teneur du précepte sacré? »

DONATILLA

ET SECVNDA

BONA PVBLLA Inscription de Bisica Lucana (aujourd'hui Testûr). Corp, inscr. lat., t. VI!I, 1392.

(1) Ou plutôt de Thagora, ville de la portion de la Nnmidie qni faisait partie de la proTînce proconsulaire. Le Martyrologe hiéronymien porte : (c Nonas dec. clvi. Togora nt... Crispinae; » mais, de même que le calendrier de Cartbage, il donne plusieurs compagnons à Crispine, ce qui ne s'accorde pas arec ses Actes, et doit profenir de quelque confusion.

{1) Les Actes publiés par Ruinart (p. 494) d'après deux«mannscrits de Saint- Thierry de Reims disent Diocletiano II et Maximiano consulibus. Le second consulat de Dioclétien est de 285, année fort éloignée de la persécution générale, et où il eut pour collègue non Maximien, mais Aristobule. li faut supposer que l'original portait IX et qu'un copiste maladroit l'a remplacé par 11. Un manuscrit d'Aulan, découvert par M. Pio Franchi de' Cavalieri, et d'après lequel il a réédité les Actes de sainte Crispine {Nuove noie agiogra/iche, n» 9 des Studi e Testiy Rome, 1902), porte la date consulaire à peu près exacte. Les détails sur la famille, la fortune, l'éducation de Crispine ne sont pas dans les Actes, qui ne disent pas non plus qu'elle ait été présentée au tribunal les mains liées; mais saint Augustin {Enarr, in p$, CXX, 13) l'appelle feminam divitem et delicaiam et ajoute : « Uanc enim fratres numquid est qui in Africa ignoret? Clarissima enim fuit, nobilis génère, abundans deliciis. » Dans VEnarr, in ps, CXXXVll, 3, il ajoute : « Gaudebat cum tenebatur, cum ad judicem ducebatur, cum in carcerem mittebatur, cum ligata producebatur... » M. Monceaux («fw^ littéraire de l'Afrique chrétienne, t. Ilf, p. 160- 161) pense que les Actes que nous possédons ne sont pas identiques à la relation que commentait saint Augustin. Ne pourrait-on admettre

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lui demanda le proconsul (1). « J'ignore ce précepte, » répondit Crispine. « Il t'ordonne, reprit Anulinus, de sacrifier à nos dieux pour le salut des princes, conformément à la loi donnée par les pieux Augustes Dioclétien et Maximien, et Constance très noble César (2). — Je n'ai jamais sacrifié et je ne sacrifierai qu'à un seul Dieu et à son Fils Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui est mort pour nous. — Abandonne cette superstition et courbe la tête devant nos dieux. — Je vénère tous les jours mon Dieu et n'en connais pas d'autres. — Tu es bien dure et bien dédaigneuse; mais tu commenceras malgré toi à connaître la force de nos lois. — Quoiqu'il m'arrive, je le souffrirai volontiers pour ma fol. — Es-tu si vaine que tu te refuses à quitter ta superstition pour vénérer nos saintes divinités? — Je vénère tous les jours, mais mon Dieu, et je n'en connais pas d'autre. — Je te contraindrai à obéir au précepte sacré. — J'observe le précepte de mon Seigneur Jésus-Christ. — On te tranchera la tète si tu n'obéis pas aux ordres de nos seigneurs les empereurs, auxquels tu dois te soumettre comme fait toute l'Afrique, tu le sais toi-même. — Malheur à

plutôt qn'Augastin possédait un exemplaire des mêmes Actes, mais pins complet?

(1) Les Actes placent le procès de Crispine à Theveste, apud coloniam Thebestinam, Voir plus haut, p. 99, note 2.

(2) L'omission du nom du César Galère dans les manuscrits de Reims est encore, sans doute, une faute de copiste. Le manuscrit d'Aulun, publié par M. Franchi de' Cavalieri, porte : « Constanlino et Maximo ^pour Maximiano) nobllissimis Caesaribus. »

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m\x s'ils veulent me faire sacrifier aux démons! mais je sacrifie au Seigneur qui a créé le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment. — En vain tu méconnais les dieux ; nous te forcerons à les adorer, afin de te sauver et de te rendre vraiment pieuse. — Il n'y a pas de piété dans les hommages extorqués par la violence. — Puisses-tu donc obéir de bon gré, et, soumise, venir dans nos temples ofirir de l'encens aux dieux des Romains ! — Je ne l'ai point fait depuis ma naissance et ne le ferai pas tant que je vivrai. — Faisle cependant, si tu veux échapper à la sévérité des lois. — Je ne crains point tes menaces, elles ne me sont rien ; mais si je méprise le Dieu qui est dans le ciel, je serai sacrilège, et il me perdra au jour du jugement futur. — Tu ne seras pas sacrilège si tu obéis aux ordres sacrés. — Que veux-tu? que je sois sacrilège devant Dieu pour ne pas l'être aux yeux de tes empereurs? Non! Il y a un grand et tout-puissant Dieu, qui a fait la mer et les herbes verdoyantes, et le sable aride; mais les hommes, ses créatures, que peuvent-ils pour moi? — Observe la religion romaine, comme font nos invincibles Césars, et nousmêmes. — Je ne connais que Dieu : les vôtres sont des dieux de pierre, œuvres de la main des hommes. — Tu blasphèmes, et tu ne suis pas la route qui te mènerait au salut. » Anulinus commanda de lui raser la chevelure, espérant Tintimider par ce traitement ignominieux (1). Mais Crispine reprit de la même voix tran-

(1) Saint Augustin ajoute [Enarr. in ps. CXXXVII, 3) quelle fut

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quille et ferme : « Que tes dieux parlent, et je croirai. Si je ne cherchais pas mon salut, je ne serais pas devant ton tribunal. — Désires-tu vivre longtemps, ou veux-tu mourir dans les supplices comme tes complices Maxima, Donatilla et Secunda (1)? — Si je voulais mourir, c'est-à-dire perdre mon âme et la vouer au feu éternel, je céderais à tes démons. — Je te couperai la tête si tu refuses avec mépris d'adorer nos dieux. — Je rendrai grâces à Dieu si j'obtiens un tel sort. Mais je me perdrai vraiment si je thurifie aux idoles (2). — Tu persistes dans ce sentiment insensé?

— Mon Dieu, qui est et a toujours été, m'a fait venir à la vie, il m'a donné le salut par l'eau du saint baptême, il est en moi pour empêcher mon àme de se souiller comme tu le veux par un sacrilège. — Pourquoi, dit Anulinus, supporterions- nous plus longtemps l'impie Crispine? Qu'on relise les Actes sur le registre. » Après lecture de l'interrogatoire, le proconsul prononça la sentence : « Crispine, qui persiste dans son indigne superstition et qui a refusé de sacrifier à nos dieux selon les lois des Augustes, sera décapitée.

— Je rends grâces au Christ (3), s'écria la martyre.

mise au cbeyalet, cum in catasta levabatur; mais les Actes n'en parlent pas.

(1) « Dia vivere desideras, aut mori in pœnis sicnt et c»ter» consortes tu» Maxima, Donatilla et Secunda? » Cette phrase se trouTe dans les deux manuscrits de Saint-Thierry de Reims; elle ne se trou?e pas dans le manuscrit d'Autun. M. Franchi de* Cayalieri et M. Monceaux la considèrent comme une interpolation.

(2) c Si thurificaTero idolis. »

(3) L'un des manuscrits de Reims porte : « Christo laudes ago, »

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je bénis le Seigneur qui a daigné me délivrer ainsi de tes mains. » Elle marcha joyeusement (1) au supplice, le 5 décembre (2).

Ces épisodes, échappés à Toubli où tant d'autres ont disparu, ne sauraient donner Fidée de ce que fut en Afrique une persécution qui, selon le mot d'un écrivain du quatrième siècle, fit les uns confesseurs, les autres martyrs, plusieurs renégats, et n'épargna que ceux qui avaient pu se cacher (3). Hais ils découvrent une fois de plus Tacharnement de magistrats qui épuisaient toutes les ressources de la dialectique, toutes les rigueurs de la torture, pour comtraindre de pauvres femmes au sacrifice. Les rares documents par lesquels a été conservé lé souvenir de la persécution en Espagne montrent aussi des femmes aux prises avec les juges et les bourreaux; en même temps que les noms de ces héroïnes ceux de plusieurs martyrs et confesseurs sont heureusement venus jus-^ qu'à nous.

Presque tous sont rappelés dans l'hymne quatrième

ee qui esl la formule doDatiste. Mais Tautre mannscrit porle : « Chri- 6to graiias ago, d et, ce qui tranche la question et écarte l'hypothèse d'un rédacteur donalisie, proposée par M. Monceaux (Mélanges^ Boisiier, 1908, p. 389), le manuscrit d'Autun, qui paraît représenter la rédaction primitiTe, dit : a Graiias ago Deo meo Jesn Christo. »

(1) « Gaudebat... cum damnabatur. » Saint AugusUn.

(2) Sur la basilique élevée, vers le commencement du cinquième siècle, au-dessus du tombeau de Crispine, à Theveste, voir Nuovo Bull, di arch. crist.^ 1899, p. 51-70, 297-298.

(8) cr Quœ alios fecerit martyres, alios confessores, nonnullos funesta proslravit in morte, latentes dimislt illaesos. » Saint Optât, De schim. donat., 1, 8.

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du Péri Stephanôn (où cependant Prudence oublie sainte Léocadie, morte sous Datianus dans la prison de Tolède (1), saints Servand et Germain, martyrisés à Cadix (2), saints Oronce et Victor à Girone (3). Il faut lire cette hymne pour comprendre le sentiment à la fois religieux et patriotique avec lequel étaient honorés, au quatrième siècle, les héros espagnols de la dernière persécution. Le poète, qui fut rarement mieux inspiré, peint, au jour du jugement, quand le Christ viendra sur les nuées enflammées peser dans une juste balance les actions des hommes, chacune des villes de son pays se mettant en marche pour présenter, dans une corbeille, les reliques de ses martyrs (4.). Cette procession des villes, qui s'avancent dans des attitudes variées, Tune pressant son trésor contre son sein (5), l'autre apportant son offrande sous la forme de couronnes éclatantes de pierre* ries (6), celle-ci décorant son front d'olivier jaunissant, symbole de paix (7), celle-là jetant, d un geste confiant, sur l'autel les cendres d'une jeune martyre (8), est une des plus grandioses conceptions de la poésie chrétienne. On croirait voir ces longues

(1) Adon, Usaard, au 9 décembre.

(2) Ibid., au 23 octobre.

(3) Ibid.f au 22 janyier. Sur les Actes des saints Oronce et Victor [Acta SS., janyier, t. II, p. 389), voir Tillemont, t Y, note xiti sur la persécution de Dioclétien.

(4) Péri Stephanôn, IV, 9-16.

(5) Ibid., 7-8.

(6) Ibid,, 21-23.

(7) Ibid., 55-56.

(8) Ibid., 37-40.

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théories de saints, portant dans leurs mains ou dans un pli de vêtement quelque objet précieux, livre, couronne, simulacre d'édifice, qui, dans les frises des basiliques, dessinent sur un champ d'or leurs lignes élégantes, et semblent s'avancer d'un même pas vers le trône du Christ rayonnant au fond de l'abside. Saragosse, qui sera déjà presque entièrement convertie à la fia du quatrième siècle (1), marche au premier rang, fiëre de la gloire acquise dans les précédentes persécutions, plus fière encore de ses récentes victoires. Parmi ses nouveaux martyrs, elle montre, après Vincent, une foule de chrétiens anonymes (2), enveloppés vraisemblablement dans quelqu'une de ces tueries en masse qui furent caractéristiques de la dernière persécution (3). Elle ne se glorifie pas moins de plusieurs confesseurs : Caius et Crementius, qui eurent le mérite du martyre sans en éprouver les dernières souffrances; et « en goûtèrent légèrement la saveur (4); » la vierge Encratis, qui

(1) IHd,, 66-72.

(2) Sola in occursum numerosiores Martyrum turbas Domino parasli.

Ibid., 57-58.

(3) On a donné à ces martyrs, dont la fête se célèbre le 3 noTembre, le nom de massa candida. Selon une tradition rapportée par des auteurs espagnols, mais dont ne parlent pas leurs Actes, leurs cendres, mêlées à d'antres, s'en distinguaient par la blancheur. Voir Ruinart, p. 518; et surtout Acta SS., noTembre, t. I« p. 643 et soi?. Ce sont les seuls des martyrs de Saragosse dont la Tille moderne ait gardé le souTenir : leurs reliques reposent, dit-on, dans les careaux de l'église souterraine de SanUis Masas,

(4) Addilis Caio, nec enim silendi,

lutta d'une àme intrépide, violenta virgoy et affronta d'horribles supplices (1). Après avoir eu l^s membres déchirés, les seins coupés, être dejneurée longtemps malade à la suite de ces mjitilations (2), Encratis ne fut point achevée par le glaive du persécuteur (3) : probablement se vit-elle, avec Gains et Crementius, sauvée j[>ar la révolution politique de Tannée suivante, comme tant de captifs de la Terreur durent la vie au 9 thermidor. Caius et Crementius n'étaient point sans

Toque Crementi : quibus incraentum Ferre proreoit decus ex secundo

Laudis agone.

Ambo confessi Dominum steternnt Acriter contra fremitum latronum.

Ambo gustarunt leyiter saporem

Martyriorum.

Péri Stephanân, IX, 181-188.

(1) Hic et, Encrati, recubant tuarum Ossa Tirtutum, quibus efferaU Spiritum roundi yiolenta rirgo

Dedecorasti.

Ibid,, 109-112. — On montre à Saragosse, dans l'église de Santa Bugracia, un sarcophage qu'on dit être celui d'Bncraiis (HQbner, InscripHones Hispaniùe chrisHanae, 152).

(2) Barbarus tortor lalus omne carpsit, Sanguis iropensus, lacerata membra.

Pectus abscissa patuit papilla

Corde sub ipso.

Cruda te longum tenuit cicatrix, Et diu yenls dolor bsBsit ardens, Duin putrescentes tenuat medullas Tabidus bumor.

PeH Stephanôn, IV, 121-132.

(3) Inrldus quamris obitum supremum

Persécutons gladius negaret...

Ibid., 133-134.

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doute des habitants de Saragosse, car après leur délivrance ils ne restèrent pas dans cette ville, où cependant ils avaient souffert : Prudence dit expressément que la vierge Encratis fut le seul témoin du Christ qui, ayant survécu au martyre, ait continué d'y résider (1). Au temps du poète on montrait encore une partie de son foie, arrachée par le bourreau avec des ongles de fer (2).

(1) Martyram nulli rémanente Tila Contigit terris babitare nostris :

Sola ta morti propri» snperstes

Vifis in orbe.

lùid., 113-116.

J*ai donné à ces rers le sens qui m*a çaro le plus yraisemblable ; cependant, peut-être Prudence Teut-il dire seulement qu'Encratis, en qui il salue une Traie martyre,

Plena te, martyr, tamen ut peremptam Poena coronat, ibid,, 135-136, fut la seule qui, ayant mérité ce titre, supérieur à celui de conresseur, se soit en quelque sorte survécu à elle-même. Si telle est la pensée du poêle, on peut admettre que les confesseurs Caius et Crementius ont continué aussi de Tirre à Saragosse après la persécution. Mais ce détail a peu d'importance. — Une éplgramme, attribuée à saint Eugène II, éTêque de Saragosse (646-669), dit qu'Encratis fut enterrée dans la même église, mais non dans la même tombe, que les dix-buit martyrs (roir plus baut, p. 238) :

Uic etiam compar meritis Engratia martyr Sorte sepuichrali dissociata jacet.

Esp. Sagr., t. V, p. 273. On dit que les reliques de Lupercius et d'Encratis furent découvertes en 1389 dans les fondations de la cathédrale de Saragosse, ibid., t. XXX, p. 289.

(2) Vidimus partem jecoris revulsam Ungulis longe jacuisse pressis.

Mors babet paUens aliquid tuorum

Te quoque vira.

Péri Stephanân, IV, 137-140.

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Une autre ville de la Tarraconaise, « la petite Girone, » s'avance à son tour, offrant les reliques de saint Félix (1), que les divers martyrologes disent victime de Datianus (2). Prudence montre encore, au nord, une cité dont l'importance n'a cessé de grandir à partir du second siècle, Barcino (Barcelone), se glorifiant du martyre de saint Cucufas (3) ; au centre, Complutus (Alcala), avec les sacrées dépouilles de Just et de Pastor, immolés par ordre de Datianus (&•) ; au sud, en Bétique, la riche Cordoue présentant Acisclus, Zoellus et « trois autres couronnes (5), »

(1) Parva Felicis decus exhibebit Artubus sancti locaples Gininda.

Ibid., 29-30.

L'exactitude de Prudence est ici remarquable : rappelant l'épithèle donnée par le poète à « la petite Girone, » Uûbner (Corpus inscr. lat., t. II, p. 614) fait observer que la ville ne s'est pas agrandie depuis le quatrième siècle; les trois seules inscriptions de l'époque romaine trouvées sur son territoire {ibid., 4620-4622} montrent combien peu considérable elle était alors.

(2) Tillemont, Mém,, t V, art. xxii sur la persécution de Dioclétien.

(3) Barcbinon claro Gucufate fréta Surget...

Péri Stephanén, IV, 34-35.

(4) Sanguinem Jusli, cui Pastor hœret.

Ferculnm duplex geminumque donnm Ferre Complutum gremio juvabit

Membra duoruro.

Ibid,, 41-44.

Les Actes des saints Just et Pasteur (Àcta SS., août, t. II, p. 153 disent qu'ils étaient deux frères encore enfants, et furent martyrisés par ordre de Datianus. Le Martyrologe romain attribue également à Datianus la condamnation de Cucufas.

(6) Corduba Acisclum dabit et Zoeilum

Tresque coronas.

Péri Stephanôn, IV, 8-9.

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c'est-à-dire trois martyrs : Faust, Janvier et Martial, connus sous le nom des « très domini » (1); enfin, en Lusitanie, Mérida portant les cendres de sainte EulaKe (2).

Si TEspagne eut dans saint Vincent son Laurent, elle eut dans sainte Eulalie son Agnès. Les Actes de cette jeune sainte ont peu d'autorité : ce que nous possédons sur elle de meilleur est Thym ne troisième du Péri Stephanôn. Prudence vivait dans le pays et dans le siècle même où mourut Eulalie : les traditions qu'il recueillit doivent être exactes, au moins dans les grandes lignes.

Elle naquit et fut martyrisée dans la puissante et populeuse métropole de la Lusitanie, Mérida. De famille noble (3) , Eulalie avait comme Agnès douze ans au moment où sévissait le plus cruellement la persécution [k). Toute enfant, elle avait laissé voir ce qu'elle serait un jour. Elle n'aimait ni le jeu ni

(1) Voir BulltUino di archeologia cristiani, 1879, pp. 38, 41 ; 1888- 1889« p. 115. — Jusqu'au seizième siècle continuèrent de même à être appelés <f les trois doms, » très domini, trois martyrs enterrés à Romans, dans le Daupbiné; roir Giraud et U. Chevalier, X< Mystère des trois doms, Lyon, 1887.

(3) Lusitanorum caput oppidorum

Urbis adorât» cineres puell»

Obviam Cbristo rapiens ad aram Porriget ipsam.

Péri Stephanôn, IV, 41-44.

(3) Germine nobilis Eulaiia.

Péri Stephanôn III, 1.

(4) Garriculis tribus atque novem Tris biemes quater attigerat.

Ibid,, III, 1M2.

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LES MARTYRS DE L'AFRIQUE ET DE L'ESPAGNE. An

la parure; son visage austère, sa démarche modeste, la sagesse précoce empreinte sur toute sa personne inspiraient déjà le respect (1). La vue des supplices soufferts par les chrétiens transporta d'indignation cette jeune âme : une sainte colère la saisit, et elle n'eut bientôt qu'une pensée, rendre elle-même témoignage de sa foi, combattre à son tour les combats du Seigneur (2). Cette ardeur prématurée fit trembler ses parents : ils remmenèrent à la campagne, afin d'écarter d'elle l'héroïque tentation. Mais l'enfant parvint à tromper leur surveillance, ouvrit pendant la nuit la porte de la maison, franchit la haie qui bordait le jardin, et seule, à travers les broussailles, parmi les ténèbres, s'achemina vers la ville : les anges, dit le poète, lui faisaient cortège (3)« Un matin, on la vit paraître fièrement devant le tri bunal, au milieu des faisceaux (&.). Elle se déclara chrétienne : Prudence met maladroitement dans sa bouche un discours long et déclamatoire, qui g&te la simplicité de son action. Le juge essaya vainement de la persuader, lui parlant de sa jeunesse, de sa noble maison, du brillant avenir auquel elle renonçait, du présent terrible dont elle affrontait les menaces! « Que faut-il faire pour leur échapper ? prendre

(1) Ibid., 16-25.

(2) Jbid., 26-35.

(3) Ibid., 36-50.

(4) Mane superba tribunal ad il, Fascibus adstat et in mediis.

Ibid., 64-65.

du bout, des doigts un peu de sel, quelques grains d'encens. » La martyre ne répondit rien : crachant au visage du magistrat stupéfait, elle renversa Tidole et foula aux pieds Tencens (1). Cet acte était de ceux qu'en principe TÉglise réprouvait : il faut cependant remarquer que le concile d'Illiberis (2) refuse le titre de martyrs à ceux-là seulement qui ont été mis à mort pour avoir provoqué les païens en brisant des idoles, non à ceux qui ont brisé Tidole devant laquelle on voulait les contraindre à sacrifier. N'y a-t-il pas dans ce récit quelque exagération poétique? « Je ne sçay, écrit Tillemont, si l'autorité de Prudence suffira pour faire croire cecy à tout le monde : et néanmoins l'esprit de Dieu inspire quelquefois à ses saints des mouvements qui sont au-dessus des règles communes, parce qu'il est le maistre absolu de toutes choses (3). » J'ajoute que ce qui eût pu être zèle téméraire, excès blâmable chez un adulte, devenait facilement digne de louanges chez une enfant, emportée par un élan de générosité supérieur à son âge, et incapable de maîtriser les mouvements tumultueux de son âme.

Dieu montra bientôt que l'acte d'Eulalie était méritoire à ses yeux. L'intrépide enfant, déchirée par les ongles de fer, que maniaient deux bourreaux^ comptait elle-même les blessures et chantait au milieu des supplices. On approcha d'elle des lampes ou

(i; Péri Slephanôn, III, 66-130.

(2) CoDcil. Illiberis, canon 60.

(3) Tillemont, Mémoires, t. V, art. sur sainte Eulalie.

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des torches ardentes, dont la flamme fut promenée ^r tout son corps, voltigeant sur son visage, courant sur la chevelure longue et parfumée qui l'avait enveloppée d'un voile pudique (1) : elle, dans sa b&te de mourir, aspirait avidement la flamme (2). Bientôt, dit le poète, une colombe parut sortir de sa bouche et voler vers le ciel : c'était son àme, blanche et douce comme le lait, rapide, innocente. En même temps, le cou de la martyre s'inclina, le feu s'éteignit : elle était morte. Le bourreau, le licteur, témoins de ce prodige, s'enfuirent épouvantés. Le corps d'Eulalic resta seul. Une neige épaisse tomba, couvrit tout le forum : elle enveloppa d un blanc linceul les membres de la vierge. Les hommes ne pouvaient l'ense-

(1) Flamma sed undiqae lainpadibns

In latera stomachQmqae furit.

Flamma crepans rolat in faciem

Perque comas Tegetata caput

Occupât, exaoperatqoe apicetn.

Péri Stephanôn 111, 153-161.

Snr un baa-relief de la colonne Trajane, on Toit des femmes barbares brûler ainsi ayec des torches des soldats romains prisonniers : l'une approche la flamme des flancs d'un captif, l'antre renrerse su torche allumée sur Tépaole d'un soldat, une troisième promène le feu sur lacheyelure de sa Tictime. M. Edmond Le Blant, qui a publié ce bas-relief, Revue archéologique^ janvier-février 1889, p. 148, fait remarquer que dans les textes relatifs à ce supplice (cf. Virgile, Enéide^ IX, 536) lampadei et faces sont synonymes; cf. du même auteur les Persécuteurs elles Martyrs, p. 281-282.

(2) Virgo, citum cupiens obilum.

Appétit, et bibit ore rogum.

Péri Stephanôn, III, 162-163.

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482 LE QUATRIÈME ÉDIT EN OGGIDElfr (304).

velir : Dieu, dit le poète, se chargeait de rendre à la martyre les suprêmes honneurs (1).

Sur le tombeau d'Eulalie s'élevait, au temps de Prudence, une riche basilique, décorée de marbres, d'or, de mosaïques (2). « Cueillez, s'écrie le poète, les violettes empourprées, moissonnez les rouges crocus : nos doux hivers ne sont pas sans fleurs, la glace chez nous fond vite, et permet aux champs d'en fournir encore des corbeilles (3). Jeunes filles, jeunes garçons, offrez ces dons, entourés de. feuillages : moi, au milieu du chœur, je suspendrai des guirlandes de dactyles, parures fanées, mais qui cependant auront un air de fête. Ainsi convient-il d'honorer les ossements sacrés et Tautcl posé sur eux. Elle, couchée sous les pieds de Dieu, voit les hommages, et, rendue propice par nos chants, protège son peuple (i). »

Je ne sais si jamais plus touchante héroïne fut ce* lébrée en des vers plus charmants.

(l)/6Ki., III, 164-185.

(2) Ibid., 1862-00.

(3) Sainte Ealalie est boaorée le 10 décembre.

(4) PeH Stephanôn III, 201-215. — De ceUe poétique péroraiMn ]e rapprocherai cette note du Martyrologe hiéronymien, au H des calendes de décembre, jour de la célébration à Gordoue de ranniTer* saire d'Acisclus : Hoc die rosm ibidem colleguntur.

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TAfM.

Avertissement de la troisième Éomort y

Bref de Sa Sainteté Léon XUI vu

Introduction. — Les sources de l'histoire des persécutions xi

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