‹ La persécution des Catholiques en AngleterreChapitre 15 sur 15 · FIN DU REGNE DE CHARLES II : SORT DES PERSÉCUTEURS · texte numérisé non relu

FIN DU REGNE DE CHARLES II : SORT DES PERSÉCUTEURS

I. Revirement qui se fait dans les esprits. — Shaltesbury perd son prestige. — Il est emprisonné, jugé, remis en liberté. — Ses terreurs. — Il meurt en Hollande.

II. Oates est discrédité, emprisonné à Newgate. — Son procès. — Sa sentence. — Relâché et pensionné par Guillaume III.

III. Châtiments qui frappent souvent les persécuteurs. — Exemples divers.

IV. Complots de la fin du règne. — Corruption générale. — Le roi tombe malade, alternatives d'espoir et de découragement. — Aspect de sa chambre. — Le duc d'York lui propose de voir un pi'être. — Le roi accepte. — Se confesse au Père Huddleston. — Sa contrition, sa patience, sa mort. - Jugement sur Charles IL

V. Catherine de Bragance après la mort de Charles II. — Elle retourne dans sa patrie. — Ses dernières années. — Son rùle glorieux comme régente. ^Sa mort.

VI. Impression qui résulte de ce récit. — Témoignages des historiens |)rotestants: Campbell, Hume et autres. — Paroles de Lord Canning. — Contraste entre le passé et le présent. — Fêtes d'Ebbs lleet. — Paroles du cardinal Perraud.

L'historien Lingard, dont le témoignage nous a si souvent guidée, après avoir raconté la mort

de l'archevêque d'Armagh, remarque que : « le jour du châtiment était proche et que la < la tempête qui, pendant si longtemps, avait « grondé sur la tête des catholiques allait écla- « ter sur leurs oppresseurs » (1).

Peu à peu, en ellet, un revirement s'opéra dans l'esprit public, et cette fois il fut durable. La première victime en fut Shaftesbury, le principal instigateur de la conspiration. Sa haine persistante contre les papistes, ses efforts incessants pour entretenir le fanatisme religieux et surtout la campagne qu'il poursuivit, sans trêve ni relâche, pour exclure du trône l'héritier légitime, Unirent par choquer le bon sens de la nation et fatiguer sa patience. L'attitude parfaitement correcte du duc d'York et le souvenir des services rendus par lui à son pays amena une réaction en sa faveur. Le roi, qui avait pourtant laissé attaquer et exiler son frère, saisit avec joie ce mouvement de l'opinion publique, rappela le duc, que Shaftesbury avait exilé, et retira le pouvoir au ministre jadis tout-puissant.

Shaftesbury ne désarma pas, il fit un suprême effort pour arriver au but des rêves, exclure du

(1) Lingard, vol. X, p. 15.

trône Théritier catholique. Les esprits s'exaltèrent de part et d'autre et la surexcitation populaire devint telle qu'une nouvelle révolution paraissait imminente. Ce fut alors que par un acte d'autorité, dont il était, hélas! peu contumier, Charles II fit, en 1681. dissoudre le Parlement, parce que, disait-il. les procédés illégaux des Chambres portaient atteinte à l'intégrité même de la monarchie. Shaftesbury, accusé de trahison, fut enfermé à la Tour de Londres; on l'y conduisit au milieu des insultes de cette foule, dont il avait jadis flatté les instincts pervers et excité les passions fanatiques.

Grâce à la faiblesse de ses juges, le ministre qui avait déshonoré le règne de son maître, fut remis en liberté, mais il avait perdu à jamais son ancien prestige. Cet homme si insensible aux souffrances d'autrui, si dépourvu de sens moral, parut en proie à une sorte de terreur panique. Le réveil d'énergie du roi, jadis, hélas I son instrument docile, lui causa une surprise mêlée d'épouvante, et, avecune bassesse égale à son ancienne arrogance, il tenta de se rapprocher du duc d'York, dont l'influence lui paraissait ascendante et en qui il voyait le futur roi d'Angleterre .

Jacques répondit avec réserve aux avances in-

téressées de celui qui l'avait si longtemps poursuivi de ses calomnies ; mais, avec la générosité qui faisait le fond de son caractère, il ne fit rien pour accabler davantage le ministre déchu : « Quoique Lord Shaftesbury ait été mon plus « cruel ennemi », dit-il, " ses offenses seront « oubliées quand il sera devenu un sujet fidèle « du roi (1). »

Shaftesbury comprit qu'il ny avait plus rien à tenter de ce côté ; poussé par la terreur quis'était emparée de lui, il quitta sa maison, se cacha dans un faubourg de Londres et, toujours intrigant, chercha à pousser le duc de 3Ionmouth, fils illégitime de Charles II, à la révolte contre le roi. Puis il craignit de voir ses menées découvertes et, déguisé en ministre presbytérien, il s'embarqua à Harwich pour Amsterdam. La ruine de ses ambitions politiques, la perte de son influence, jadis toute-puissante, peut-être aussi de secrets remords empoisonnèrent le reste de sa vie et hâtèrent sa mort. Il survécut quelques mois seulement à son départ d'Angleterre, mourut misérablement, proscrit, isolé et oubhé, en janvier 1683.

L'histoire offre heureusement peu d'exemples

(1) Lingartl, vol. X, p. 30.

d'hommes aussi profondément pervertis que Shaftesbury qui, sans foi, sans moralité, sans principes , sacrifia tant d'innocents à son intérêt personnel plus encore qu'à son fanatisme religieux.

Quant à ceux qui furent les instruments du ministre dans la guerre faite aux catholiques, la plupart eurent, comme leur chef, une fin misérable. Nous avons constaté l'incroyable crédulité avec laquelle les tribunaux acceptèrent les récits de Titus Oates. Il vint cependant une heure où le bon sens populaire, trop longtemps égaré, reprit ses droits. Comme nous l'avons dit, à la fin du règne de Charles II il y eut un revirement en faveur du duc d'York si injustement poursuivi, et Titus Oates fut arrêté et emprisonné pour avoir calomnié celui que tous reconnaissaient désormais comme leur futur souverain. Sur ces entrefaites, Charles II vint à mourir; mais, après l'avènement de Jacques II, le procès de son diffamateur fut repris.

L'éminent historien Macaulay, que nul n'accusera de partialité envers les catholiques, nous

dit que parmi les classes élevée et moyennes, Oates avait perdu tout crédit. Il ne lui restait des partisans que parmi les fanatiques de bas étage, ceux-ci tentèrent même de le faire sortir de Newgate, où il était enchaîné dans un des plus obscurs cachots de la prison (1). Le désespoir auquel il s'abandonna pendant sa captivité contrastait avec le calme surhumain que la conscience de leur innocence avait donné à ses victimes, jadis détenues dans le même lieu d'horreur.

Dans les accusations relevées contre lui au cours de son procès, Ton insista plus particulièrement sur la calomnie formulée contre les Jésuites à qui il avait attribué l'intention de tuer le Roi et le récit de la fameuse réunion à l'auberge du Cheval Blanc fut reconnue pour être inventée de toutes pièces I Ainsi furent justifiés, mais trop tard, les membres de la Compagnie exécutés à Tyburn I

Oates fut condamné à une forte amende et à la peine du pilori. Cette peine, il devait la subir tous les ans: la 2i avril en face du gibet de Tyburn, le 9 août à Westminster, le 10 août à Charing Cross et le 11 septembre au « royal Exchange ». De plus, il fut fouetté publiquement

(1) yia.cau\ay, Hislory of Enr/land,ChaiieH II, pp. 229, 230.

LA PERSÉCITION. 17

par le bourreau dans les rues de Londres, dans toute la longueur de la voie douloureuse de Newgate à Tyburn, que ses victimes avaient jadis parcourue en allant au supplice; enfin il fut condamné à la prison pour le reste de sa vie.

Comme le remarque encore Macaulay, ces peines infamantes étaient pourtant insuffisantes et le châtiment d'Oates n'égala pas ses crimes. Coupable d'avoir envoyé à la mort tant d'homnes innocents, il méritait la peine capitale. Il y échappa, la vieille loi anglaise, qui condamnait les parjures à la peine de mort, étant tombée en désuétude.

Titus Oates subit la première partie de sa peine le 18 mai 1686; exposé au pilori, une inscription infamante sur le front, il fut insulté par cette même foule qui jadis Facclamait comme le sauveur de la monarchie. Les « Lettres annuelles ». écrites par les Jésuites anglais à leur supérieur à Rome, nous disent en eflet que « cet homme, autrefois l'idole de la populace, « était devenu un objet de dérision et de mépris » (1).

Oates demeura en prison jusqu'à la Révolution de 1688, qui chassa Jacques II. Il fut mis en liberté par le nouveau roi Guillaume III d'Orange

(1) Records, \o\. V,p. 77.

et reçut même une pension du gouvernement; nouvelle preuve du caractère anticatholique de la révolution qui renversa le trône du dernier des rois Stuart.

Il mourut dans l'obscurité en 1702. Son principal complice Bedloe l'avait précédé dans la tombe: il était mort à Bristol, en 1680, dans un accès de désespoir; Tongue mourut à peu près à la même époque, en 1681, dévoré par une maladie hideuse et dans une profonde misère (1).

Du reste, les catholiques de l'époque remarquèrent avec terreur que si en ce monde le crime n'est pas toujours puni, nila vertu toujours récompensée, cependant un certain nombre de calomniateurs et de parjures eurent une fin mystérieuse et violente. Une pauvre femme catholique, nommée Sellier, avait été injustement mêlée au procès de Richard Langhorne et condamnée à la peine du pilori. Tous ceux, sans exception, qui avaient pris part contre elle moururent subitement (2).

(1) Records, vol. Y, p. 74.

(2) Ihid.

Le principal accusateur du Père Penketh, missionnaire, tomba malade en rentrant chez lui après avoir dénoncé le prêtre. Il mourut quelques jours après en s'accusant d'avoir livré un innocent et, de son lit de mort, il fit porter des secours aux prêtres prisonniers en demandant leur pardon et leurs prières (1).

Les accusateurs de William Plessington, prêtre et martyr, moururent tous trois de mort violente, peu de temps après l'exécution de leur victime (2).

Dans le comté deStaffordshire, un persécuteur fanatique des papistes se vantait publiquement des souffrances qu'il leur avait infligées quand il fut frappé de cécité, Reeves le dénonciateur du vénérable Nicholas Postgate, passa le reste de sa vie dans un état de terreur et finalement se noya (3). Un des principaux accusateurs du Père Lewis, martyr du pays de Galles, et le shériff qui présida l'exécution moururent tous deux subitement peu de semaines après le confesseur (i).

Nos lecteurs se rappellent le courage avec

(1) Records, vol. Y, p. 335.

(2) Ibid., p. 410.

(3) Challoncr, vol. II. p. 21.5.

(4)/îeco?Y?.<:, vol. V,p.930.

lequel la châtelaine de Courtfield, Agatha Vaughan, allait au secours de son aumônier fugitif; à deux reprises dilfé rentes la colère du ciel frappa les envahisseurs de l'antique demeure; un poursuivant, qui avait menacé de brûler le manoir des papistes, vit sa propre maison réduite en cendres, sans qu'on pût découvrir la cause du désastre. Un autre, voulant arriver plus vite à Courtfield pour piller la maison d'un « récusant », se jeta dans la rivière pour la traverser à la nage et s'y noya (1).

Sans vouloir attacher à ces faits une importance exagérée, nous comprenons que les écrits contemporains les aient notés et conservés, de même qu'après la Révolution française, l'esprit populaire remarqua comment souvent le malheur sembla poursuivre les descendants des bourreaux ou les acquéreurs des biens d'Église.

Shaftesbury s'éteint dans l'exil et l'oubli, Oates est condamné comme parjure, les dénonciateurs des martyrs sont souvent frappés de mort vio-

(1) Records, vol. V. p. S9b.

lente; qu advint-il du Roi qui, aux yeux de l'histoire, porte une si lourde part de responsaliilité dans le drame sanglant déroulé sous nos yeux?

Mieux que ses ministres et leurs vils instruments, Charles II comprenait l'étendue des infamies quïl laissait accomplir; dans son àme, de secrètes convictions catholiques se débattaient contre la sensualité qui enchaînait sa volonté et qui émoussait chez lui les sentiments nobles, élevés et vaillants. La fin de son règne fut troublée, non plus par des complots imaginaires, mais par des conspirations réelles et menaçantes. L'une d'elles avait pour Jjut de le détrôner, soit au profit de son fils naturel, le duc de Monmouth, soit de son neveu Guillaume, prince d'Orange, fils de sa sœur Mary et mari de sa nièce.

Les principaux chefs de ce complot, Lord Russell et Algernon Sidney, furent exécutés en

Au point de vue moral, l'état du royaume était effrayant : la cour donnait l'exemple de la perversité, le vice s'y étalait avec ostentation; dans toutes les classes avaient pénétré des habitudes de jeu, de blasphème, d'intempérance ; dans le monde politique, le mensonge et la corruption régnaient en maîtres. Seuls, au fond de leurs vieux manoirs, les « récusants »

catholiques, appauvris , servaient Dieu dans l'obscurité et l'isolement, et gardaient intactes les traditions de vaillance et d'honneur, de respect de Dieu et de soi-même.

Au milieu de sa vie de plaisir, l'on pouvait remarquer que le roi était soucieux ; le 2 février 1685, il parut souffrant; quelques heures plus tard il fut frappé d'une congestion et les médecins le déclarèrent en danger de mort.

Malgré ses vices, Charles II était toujours aimé de ses sujets; ils avaient jadis salué avec un enthousiasme tenant du délire, l'aurore de son règne et, à la nouvelle de sa maladie, leur amour traditionnel pour lui se réveilla comme aux plus beaux jours. Des foules en larmes remplissaient les églises de Londres et le bruit d'une légère amélioration s'étant répandu, les cloches sonnèrent à toute volée et des feux de joie furent allumés dans la ville.

Ce mieux dura peu et il devint bientôt évident que l'état du malade était désespéré. Il avait recouvré l'usage de la parole et, à sa prière, la reine Catherine de Bragance accourut à son chevet, oubliant tout dans son généreux dévouement à son mari. Le duc d'York s'y trouvait également et autour du lit, où agonisait leur souverain, les prélats de l'église anglicane

récitaient les prières prescrites par le rituel.

Le 5 février, Fétat du roi s'aggrava et Ken, Févèque protestant de Bath et de Wells, crut devoir l'avertir qu'il était en danger de mort. Charles II avait paru s'unir aux prières; mais il garda le silence quand Ken lui demanda s'il voulait participer « au sacrement » ; enfin, poussé à bout, il répondit qu'il « y réfléchirait ».

Pendant ce temps, la pensée du salut éternel de cette âme qui allait quitter la terre préocuppait ceux qui l'aimaient davantage : le duc d'York, la duchesse et la Reine; enfin, poussé par sa femme et sa belle-sœur et aussi par l'ambassadeur de France, Barillon, le duc se décida à parler à son frère de religion. Il savait qu'il s'exposait par là à un réel danger, car la loi d'Elisabeth qui déclarait coupable de haute trahison celui qui amènerait un converti à l'Église romaine , existait toujours. De plus, la chambre du Roi était remplie de seigneurs, de médecins et de prélats ; il s'y trouvait habituellement environ vingt personnes, nous dit Barillon (1).

Mais, mieux que personne, le duc d'York

(1) Lingai'd, vol. X, p. 53.

savait la secrète inclination qui portait son frère vers la religion catholique et la réponse évasive faite par le mourant aux instances de Ken lui parut un indice favorable.

Dans la soirée du 5 février, il fit éloigner les assistants et, s'agenouillant au chevet du lit, il demanda au malade s'il l'autorisait à lui amener un prêtre catholique : « Faites-le pour l'amour « de Dieu », répondit le Roi, « mais », ajoutat-il, « cela sera dangereux pour vous. » Jacques le rassura et fit appeler sur-le-champ le bénédictin John Huddleston, celui-là même qui avait contribué au salut du Roi fugitif après la bataille de \Yorcester. Le vieux prêtre ne tarda pas à arriver et alors le duc d'York fit retirer de la chambre tous les courtisans, sauf les comtes de Bath et de Feversham , tous deux protestants. On introduisit le Père Huddleston par une porte secrète : « Sire », dit Jacques, «je « vous présente celui qui vous a jadis sauvé la « vie du corps ; il vient maintenant sauver (( votre âme ». Charles II répondit : « Qu'il « soit le bienvenu ».

Trente-cinq ans s'étaient écoulés depuis le jour où le jeune roi d'Angleterre , fugitif et proscrit, s'était trouvé en présence du bénédictin, et depuis cette heure mémorable que de fai-

blesses, que de défections honteuses, que de crimes , s'étaient accumulés dans la vie de Charles II! Comme ce règne, qui s'était annoncé si brillant et si beau, avait fini dans la fange et dans le sang!

Cependant, à cet instant suprême, les prières qui s'étaient tant de fois élevées du gibet de Tyburn pour ce roi coupable, furent miséricordieusement et pleinement exaucées. Aux questions du prêtre, le malade répondit qu'il se repentait des crimes de sa vie et qu'il voulait mourir dans la religion catholique. Il se confessa, en pleine connaissance, reçut l'absolution et l'Extrême-Onction.

Le Père Huddleston n'avait pas sur lui le Saint Viatique ; mais un prêtre portugais, attaché à la chapelle privée de la Reine, l'apporta, et le Roi communia avec une grande foi.

En une demi-heure tout fut iini ; le bénédictin quitta le palais avec le même mystère qu'il y était entré ; les seigneurs, médecins et prélats rentrèrent dans la chambre du roi, et tous purent constater qu'un grand changement moral s'était opéré chez le malade. Il souffrait cruellement, mais sa présence d'esprit était parfaite et il parlait de sa mort prochaine avec soumission et résignation. L'évêque Ken lui demanda encore

de vouloir bien recevoir le sacrement , selon le rit anglican, mais Charles répondit qu'il avait fait sa paix avec Dieu. A la Reine qui implorait son pardon si elle l'avait jamais offensé, il dit quelle n'avait rien à se reprocher envers lui , que lui , au contraire , avait eu de grands torts à son égard et qu'il lui en demandait pardon. La nuit fut très pénible, mais, au milieu de ses souffrances, le Roi ne se plaignit jamais. Vers deux heures du matin, il se tourna vers son frère qui, fidèle à son poste, restait agenouillé près du lit, et, dans un élan de tendresse et de remords, il l'appela le meilleur des frères et des amis, lui souhaita un règne heureux et lui demanda pardon de l'avoir traité avec dureté. Vers sept heures, il fit ouvrir les rideaux : «. Je veux voir pour la dernière fois « la lumière du soleil, » dit-il.

A huit heures, l'agonie commença et à midi tout était fini. Charles II avait cinquante-quatre ans; il mourut le 6 février 1685, après un règne de vingt-cinq ans.

Avec des dons naturels qui en eussent fait un souverain populaire, bienfaisant et heureux, il se perdit par son indolence, son amour du plaisir, son horreur de l'effort et surtout par l'absence de principes fixes de religion et de morale .

Sa cour était la plus dissolue de l'Europe, ses embarras financiers, résultats en grande partie de sa mauvaise administration, étaient notoires, et pendant son règne le sang innocent fut répandu à flots! Chose étrange, malgré les vices de sa conduite et les hontes de son gouvernement, Charles II ne perdit jamais complètement l'amour de son peuple, qui le voyait toujours illuminé de l'auréole romanesque, dont avait été entourée sa jeunesse aux jours de Worcester et de Boscobel; mais pour le lecteur impartial l'heure où il se relève avec une certaine grandeur est celle où se sentant mourir, en pleine connaissance, avec une soumission et une pénitence sincères , il fait amende honorable des fautes de sa vie.

Le nom de Catherine de Bragance a été trop étroitement mêlé à ce récit pour que nous ne suivions pas dans la retraite de son veuvage, celle pour qui la couronne royale fat une couronne d'épines.

Elle demeura encore quelques années en Angleterre, se partageant entre le palais de Somer-

set Hoiise, dont elle avait la jouissance, et une résidence à Hammersmith, aux portes de Londres, où elle avait établi une communauté de religieuses ang-laises (1).

La chute du trône de son beau-frère, Jacques II, en 1688, lui fut très pénible. Sous le gouvernement de Guillaume III, les persécutions religieuses recommencèrent : Catherine en subit le contre-coup et, dans son isolement, un grand désir lui vint de retourner dans sa patrie.

Ce ne fut cependant que le 30 mars 1692, (|u'elle put quitter Londres, où trente ans plus tôt elle était arrivée toute jeune et toute confiante; elle traversa la France en hâte, malgré les instances de Louis XIV, qui voulait la retenir à Versailles, et arriva en Espagne où l'attendait une garde d'honneur de seigneurs portugais. Une maladie grave ralentit encore son voyage ; mais cnfm le 29 janvier 1693, dix mois après son départ de Londres, la reine d'Angleterre fit son entrée solennelle dans la ville de Lisbonne. Elle n'y retrouvait ni sa mère, Luisa de Guzman, ni son frère aine Don Alphonse, morts tous deux (^) ;

(1) Cette communauté était celle des Dames anglaises de l'Institut de ilarie, fondée par Mary Ward. Elle subsista jusqu'en 1781 à Hammersmith.

(2) Luisa de Guzman mourut en 1666; elle s'était retirée dans un couvent après l'avènement de son fils Alphonse YI. Celui-

mais son second frère Don Pedro était sur le trône et il reçut avec une vive tendresse cette sœur dont il était séparé depuis plus d'un quart de siècle.

Catherine vécut douze ans après son retour en Portugal et ces années furent, sans contredit, les plus heureuses de sa vie. Traitée avec affection par son frère et sa belle-sœur, Marie-Sophie de Neubourg, avec respect et amour par le peuple, qui lui savait gré du prestige que son mariage avait donné au Portugal, elle sembla, après tant de traverses, s'épanouir en plein bonheur au beau soleil de son pays.

Un rayon de gloire illumina les derniers mois de cette vie, jadis si humiliée. En 1705, Don Pedro étant gravement malade, Catherine fut investie des fonctions de régente et chargée de continuer la guerre entreprise contre Philippe d'Anjou, prétendant au trône d'Espagne. Elle se révéla la digne fille de cette Luisa de Bragance, dont les talents politiques avaient jadis étayé le trône chancelant de son époux; la campagne qu'elle dirigea fut brillante et féconde en résultats et ses armées victorieuses s'emparèrent, en

ci fut déposé en 1668 à cause de son incapacité. Son frère Pedro II le remplaça; il épousa Jlarie-Françoise de Savoie, dont le mariage avec Alphonse VI avait été déclaré nul, puis, en secondes noces, Mai-ie Sophie de Neubourg. 11 mourut on 1707.

EN A.NGLETERRE. 303

l'espace de quelques mois, d'un grand nombre de villes (1).

La vie de Catherine de Bragance ressemble à ces journées, sereines à leur aurore, dont le midi est bouleversé par les tempêtes et dont le soir lumineux se termine par un coucher de soleil éclatant. Elle survécut peu à l'épisode qui avait révélé chez l'épouse méprisée de Charles II les dons d'un politique et d'un général habile, et mourut le 31 décembre 1705, à l'âge de soixantesept ans.

La mansuétude de son caractère se montra dans l'intérêt qu'elle continua à porter au pays où elle avait tant souffert. Elle avait gardé à son service plusieurs de ses dames anglaises, et sur son lit de mort elle appela auprès d'elle son médecin, qui était anglais, et lui parla du passé. Elle revint sur l'histoire du prétendu complot pour l'assurer combien les accusations portées contre elle avaient été fausses et, avec un reste d'affection pour son ancien royaume, elle lui confia sa peine de voir que l'influence de la France était plus puissante que celle de l'Angleterre auprès du roi Pedro, son frère (2). Fidèle aussi au souvenir de l'époux si indigne d'elle,

(1) Strickland, vol. V, p. m).

[i] Ibid. vol. V, p. 700.

elle continua jusqu'à la fin de sa vie à faire chanter dans les églises de Lisbonne un grand nombre de messes pour le repos de son âme.

A côté de Charles II et de Catherine de Bragance, nous avons entrevu sur les marches du trône les figures de Jacques, duc d'York, et de sa femme, cette jeune Marie-Béatrice d'Esté, amenée à quinze ans dans cette cour corrompue. . Toutes les attaques dirigées contre les papistes visaient avant tout autre le duc d'York, que sa conversion au catholicisme exposait au fanatisme , aveugle du peuple. Pendant le règne de son frère il fut menacé, persécuté, exilé, malgré l'afTection sincère du Roi pour celui qu'à son lit de mort il appela « le meilleur des frères et « des amis » .

Le reste de l'histoire de Jacques II n'appar- |^ tient pas à notre récit. Renversé du trône en ■ 1688, par son gendre et sa fille, il trouva à Saint-Germain une généreuse hospitalité. Il y vécut au milieu d'une petite cour d'exilés, pauvres des biens de ce monde, riches seulement d'honneur et de fidélité. La cour brillante du

iioi Soleil voyait passer, comme une mélancolique vision, la figure de ce monarque, dont le caractère imparfait se mûrit et grandit au souffle de Fadversité. Politique inhabile et époux médiocre sur le trône, Jacques II pauvre , exilé, trahi par ses filles, chassé par ses sujets, sup- 2)orta avec une résignation admirable la perte de trois royaumes et les déceptions de tout genre qui accompagnèrent sa chute. Il mourut en 1701 , léguant ses droits à son fils. Sa veuve, cette Italienne, dune beauté touchante, d'une vertu si haute et si pure, lui survécut jusqu'en 1718.

Avec les petits-fils de ce couple royal : Charles- Edouard, comte d'Albany, et Henri, cardinal d'York, s'éteignit la descendance légitime maseuhne des Stuarts (1).

Le temps a passé sur les drames que nous avons essayé de raconter et la vérité s'est dégagée,

(l) Jacques, lils do .Jacques II et de Marie-Béatrice de i\Iodène, appelé habituellement le chevalier Saint-Georges, épousa Clémentine Sobieska;deses deux fils, Charles Edouard épousa Louise de Stolljerg et mourut sans enfants, Henri devint prêtre, cardinal et évêque de Frascati. Tous deux ont leur tombeau à Saint-Pierre.

claire et nette, du sein des ténèbres qui l'ont si longtemps obscurcie ; cette vérité a pour interprètes autorisés les historiens protestants aussi bien que les écrivains catholiques. L'impression première qui résulte de l'étude de cette page d'histoire est une impression de profond étonnement. Comment des contes extravagants, remplis d'incohérences et de contradictions, éma- , nant de témoins aussi corrompus, ont-ils pu faire envoyer à la mort tant d'innocentes victimes?

Il est difficile, à trois siècles de distance et '. dans des temps plus éclairés, de se rendre compte du degré d'aberration dont était capable un peuple chez qui le fanatisme religieux avait été adroitement flatté. « La haine de la religion > (' catholique romaine », dit Macaulay, « était dece venue une des passions dominantes de la nau tion; elle était aussi forte chez les ignorants « que chez ceux qui étaient protestants par con- ■ « viction (1). Les plus éminents historiens protestants ont partagé le sentiment de l'Électeur Palatin (2), qui, après avoir étudié les pièces du procès des jésuites, déchira les feuilles en s'é-

(1) Macaulay, Charles II. Al

(2) Princeprotestant.filsd'Élisabeth Stuart.fille de Jacques I»""» et de rÉlecteur Palatin Frédéric. Records, vol. V. p. "225.

criant qu'elles contenaient des accusations absurdes.

Cette série de meurtres judiciaires, dit Camp- « bell est plus honteuse pour l'Angleterre que ne « le fut pour la France le massacre de la Saint- « Barthélémy (1). »

Hume écrit en termes analogues que le prétendu complot est un fait (( que pour l'honneur « delà nation il serait mieux d'ensevelir dans un « éternel oubli, mais dont il est nécessaire de « perpétuer le souvenir, autant pour mainte- « nir la vérité de l'histoire que pour avertir la « postérité et tout le genre humain de ne jamais « tomber dans une erreur si honteuse et si ])ar- « bare. Dans toute l'histoire, il serait difficile « de trouver un exemple semblable de frénésie « populaire et de bigote illusion (2). »

Echard, Macaulay, Madden, Gardiner, Green et d'autres encore, tous protestants, sont non moins affirmatifs pour flétrir ce que l'un d'eux appelle « une fable inventée par des hommes pervers, adoptée par des politiques faibles ou corrompus (3). »

Enfin, cent cinquante ans plus tard, le 30 avril

(1) Lives of the Chief Justices, vol. II. p. 0.

(2) Hume. History of En;/land. Cliarles II.

(3) Gardiner, Introduction to Enfjlish /tistor'j. p. 159.

1822, dans une séance mémorable au Parlement,

rillustre homme d'État Lord Canning prononça

un discours dont le résultat fut de rendre aux

pairs catholiques le privilège de siéger à la

Chambre des Lords. Dans un noble langage, il

affirma que sur le prétendu complot « les opi-

« nions concordantes de l'histoire et de la pos-

« térité ont gravé les caractères du parjure et

« de la fraude », puis rappelant le souvenir de

ceux cjui avaient été si injustement dépouillés

de leurs privilèges héréditaires : « Je crois »,

s'écria-t-il, « aux dernières protestations de Lord

« Stafford et je dois croire, selon tous les prin-

« cipes des lois et de la justice, à l'innocence

« des autres pairs qui furent accusés comme

lui (1). »

En terminant ce récit, il est impossible de ne pas comparer le passé au présent. Si la Mie des hontes et des crimes du règne de Charles II soulève le cœur, la pensée de l'Église catholique d'Angleterre d'aujourd'hui qui étend au soleil ses pacifiques conquêtes remplit l'àme de reconnaissance et d'espoir. Le contraste est grand entre l'époque dont nous venons d'esquisser l'histoire, et le règne glorieux

(1) Journal of Ihc House of Commons. Canniny's spea'/'.

et équitable de Celle dont son peuple a célébré il y a un an le jubilé de diamant. Ce règne, le [»lus long de notre histoire, a vu le développement graduel et consolant du catholicisme dans ce pays jadis si hostile aux papistes. Ne pouvons-nous pas, en toute justice, attribuer une large part de ce succès à ceux qui ont semé dans les larmes, à ceux qui ont lutté et souffert et dont les épreuves ont été changées en bénédictions pour cette Église qu'ils ont aimée jusqu'à la mort et pour cette patrie, jadis l'ile des Saints, qui a eu leur dernière pensée et leur suprême prière?

L"année 1897, qui vient de s'écouler, a été marquée pour l'Église catholique d'Angleterre par des fêtes mémorables. Elle a honoré l'anniversaire de l'arrivée du bénédictin saint Augustin, qui, il y a treize cents ans, vint apporter la bonne nouvelle au peuple Anglo-Saxon. Le 14 septembre 1897 vit dans les prairies d'Ebbs fleet, non loin de la mer. une fête religieuse qui, dit une feuille protestante, le « Standard », n'a pas été surpassée en magnificence depuis la Réforme. Une messe solennelle fut célébrée en plein air, l'Antienne « Deprecamw )>, jadis chantée par Augustin allant au-devant du roi Ethelbert, retentit encore sous le ciel bleu, au

bruit lointain des flots. Il y avait là réunis autour du cardinal Vaughan, primat d'Angleterre, les dix-huit évêques, les prélats, les prêtres, les religieux et la fleur des laïques de la jeune Église affranchie et ressuscitée et, au premier rang, une Éminence française, le cardinal Perraud. L'Église des Gaules, qui en maintes circonstances a été pour sa sœur d'Angleterre généreuse et secourable, venait en la personne de son prélat le plus illustre, participer à cette fête de famille.

A cette occasion, le cardinal Perraud prononça, dans Téglise des oratoriens de Londres, un discours qui alla droit au cœur de ses auditeurs. Dans le plus noble langage il résuma les gloires passées de l'Ile des Saints, « dont l'Église a « connu les splendeurs sans pareilles » ; ses souffrances cruelles et Théroïsme de ses martyrs, l'éclosion nouvelle à laquelle nous assistons, émus et reconnaissants, et enfin les espérances que cette éclosion fait naître pour l'avenir.

Nous ne saurions mieux finir ce modeste travail que par les paroles « de confiance et de « religieuse allégresse » jetées par le cardinal français aux catholiques d'Angleterre, le 12 septembre 1897. Après avoir rappelé que ce fut au chant de « V Alléluia » que les évêques d'autre-

fois conduisirent leurs néophytes anglo-saxons «• outre les païens; il continua : « Elle retentira cette clameur sacrée, aussi loin que votre c immense empire, des bords de la Tamise à « ceux du Gange, de la Grande-Bretagne au < cap de Bonne-Espérance, aux Indes, à l'Aus- ( tralie. Elle conviera le monde entier à remercier Dieu et à se réjouir en Lui de ce que les enfants du même Père, trop longtemps séparés, se seront réunis enfin dans la vérité et c( dans la charité... Alléluia, Alléluia! »

Le Séminaire de Douai et le Collège de Saint-Omer

Il semble nécessaire, pour compléter l'histoire que nous venons de raconter, d'ajouter quelques mots sur les séminaires et collèges établis par les catholiques anglais sur le sol hospitalier de France et de Flandre. L'histoire de ces maisons, foyers de zèle et écoles de sainteté, se rattache, en effet, d'une façon intime à celle des persécutions. C'est là que nos martyrs ont puisé les principes dont nous avons pu constater les résultats, que les généreux laïques, confesseurs de la foi, se sont préparés par une jeunesse studieuse et pure à leurs futurs combats.

Donner un tableau complet et détaillé des établissements fondés à l'étranger par les catholiques anglais nous entraînerait trop loin et lasserait la patience du lecteur. Nous nous bornerons à parler de deux fondations plus importantes que les autres et qui touchent plus directement à notre récit : du séminaire anglais de Douai, établi pour la formation des prêtres, et du collège de Saint-Omer, fondé pour l'éducation des jeunes la'iques.

Le Séminaire de Douai, le premier par rang d'ancien-

neté des établissements anglais de ce genre, fondé depuis les persécutions, dut son origine à William Allen, prêtre de talent, qui, sous Mary Tudor, fut une des lumières de l'Université d'Oxford (1).

Obligé sous Elisabeth de choisir entre l'exil et l'apostasie, il se réfugia en Flandre en même temps qu'un grand nombre de iîdèles, prêtres et la'iques, qui cherchaient au delà des mers un pays libre où ils pouvaient pratiquer en paix leur religion. Allen se réunit à un groupe d'ecclésiastiques, théologiens remarquables, qui, poussés par le désir de continuer à servir leur pays, écriyaient des livres de controverse cpi'ils faisaient ensuite passer en Angleterre.

Bientôt ce travail ne suffît pas au zèle d'Allen ; il voyait avec épouvante que le nombre de prêtres diminuait de jour en jour, que bientôt les fidèles d'Angleterre resteraient sans pasteurs et sans sacrements et qu'il était j urgent, pour conserver le dépôt de la foi, de fonder des y séminaires où de nouveaux a.spirants au sacerdoce pussent être formés, afin de remplacer les vieux prêtres dont la race était presque éteinte.

Allen intéressa à son œuvre Philippe II, roi d'Espagne || et souverain des Pays-Bas, le pape Grégoire XIII et quelques prélats et abbés du pays de Flandre. Aidé de leurs dons, il fonda à Douai, en 1568, un séminaire anglais dont la prospérité alla en augmentant jusqu'en 1576. \ cette époque, les Espagnols, qui possédaient encore la

(1) William Allen, né enl53'2, crcé cardinal en l.'iS", mourut à Rome en 1o94. La correspondance du « Cardinal d'Angleterre «.comme on l'appelait, avec les personnages politiques et religieux de son temps a été puliliée en 1878 par les Pères de l'Oratoire de Londres (London, David Nutt).

APPKNDICE. 315

Flandre, étaient en butte aux tentatives hostiles de (iuiliauu^e, prince d"Oran^-e, chef du parti protestant: les Anghus de Douai subirent l'inipopularité qui s'attai;liait aux partisans de TEspagne et les supérieurs du séminaire crurent prudent de le transférer à Reims, où il demeura quinze ans. En 1593, les séminaristes anglais rentrèrent à Douai dans leur premier berceau, et pendant deux siècles cette vénérable fondation fut un foyer de catholicisme dans les Flandres (1), Cent soixante martyrs et des centaines de missionnaires sortirent de ses murs; l'esprit de vaillance qu'avait implanté Allen continua à y fleurir. Chaque fois qu'arrivait à Douai la nouvelle du martyre d'un de ses prêtres , une messe d'actions de grâces était célébrée suivie du chant solennel (lu Te Deum. Nous pouvons nous imaginer l'élan héroïque de ces jeunes âmes, formées pour le sacrifice, auxquelles l'on présentait comme but de leurs efforts le gibet de Tyburn illuminé de la gloire du martyre !

Comme tous les établissements anglais sur le continent, le séminaire de Douai était étroitement surveillé par les espions du gouvernement, qui cherchaient à se familiariser avec les étudiants afin de les reconnaître plus tard; ils surveillaient aussi les départs des missionnaires, et si dans le pays hospitalier de Flandre les exilés jouissaient d'une paix relative, ils ne pouvaient oublier un seul instant qu'ils appartenaient aune race suspecte et proscrite !

La Révolution française de 1793 interrompit brusquement la vie régulière du séminaire de Douai ; les professeurs et les étudiants furent arrêtés et envoyés à la

(■1) Voir Douai Diaries, willi historical introduclion. — Publié par les Pères de l'Oratoire fie Londres, 1878.

citadelle de DouUens. où ils retrouvèrent six bénédictins anglais, venus comme eux de Douai et où les rejoignirent plus tard les professeurs et les élèves du collège anglais de Saint-Omer. Leur captivité dura deux ans, ils endurèrent le froid et la faim ; à ces souffrances matérielles se joignaient l'inquiétude pour Tavenir : la guillotine était installée en permanence à Arras, et les prisonniers de Doullens savaient que leur titre de prêtres et d'étudiants ecclésiastiques était un crime irrémissible.

Malgré tout, ils gardèrent leur courage et même leur gaité. L'un d'eux, Joseph Hodgson, jadis vice-président du séminaire, a laissé un curieux récit de cette époque; il nous montre comment ses compatriotes, pendant deux longues années de captivité, déployèrent ces qualités de patience virile et de bonne humeur que nous avons constatées tant de fois chez leurs frères martyrs en Angleterre. « Pendant toute cette époque, », écrit le Père Hodgson, « je ne me rappelle pas avoir vu ta- « rirlasource de notre gaieté. » Pendantdes heures entières, les prisonniers anglais chantaient, pour se distraire, les refrains nationaux : « God save the King. » « Rule Britannia », et « Dulce domum », traduction latine de « Home, sweet home ». « Nos amis et nos enne- « mis », continue le narrateur, i s'étonnaient que nous « puissions chanter dans des circonstances aussi tristes € et ils nous disaient en soupirant que nous ne savions « évidemment pas le sort qui nous attendait. »

Cette gaieté n'était cependant pas de l'insouciance : elle s'alimentait à la pratique assidue de la prière et des sacrements. Les prisonniers anglais avaient organisé leurs journées de façon à observer autant que possible le rè-

fi:lcment du séminaire de Douai. Ils les coniinencaicnt l)ar une lecture méditée ; puis les prêtres célébraient la messe en secret, dans un dortoir, au milieu de précautions qui rappelaient celles dont s'entouraient jadis leurs aïeux sous les lois pénales. La matinée était consacrée à l'étude, les prisonniers ayant réussi à apporter ([uel- ([ues livres; le dîner avait lieu entre une heure et quatre heures et, ajoute le Père Hodgson, il arrivait souvent que le vendredi, comme on ne leur donnait que de la viande, lesprisonnierssepassaient démanger. Dans Tapi^ès-midi, ils se livraient dans la cour de la prison à des jeux violents qui étonnaient les Français enfermés avec eux; ceux-ci ne Tétaient pas moins des ablutions matinales auxquelles se livraient leurs voisins. En effet, quelque temps qu'il fît, l'on pouvait voir le matin les prisonniers Anglais : prêtres, étudiants et enfants se laver avec entrain à la pompe qui était dans la cour : « Ils trouvaient, « ajoute le Père Hodgson après avoir signalé la surprise ({ue causaient ces habitudes, « que nous étions une race « hardie et rustique car, même de jeunes enfants se la- « valent la figure et les mains dans l'eau glacée. »

Après le 9 Thermidor, les prisonniers venus de Saint- Omer etde Douai purent retourner dans ces deux villes, où ils trouvèrent leurs maisons abandonnées et dépouillées.

Le séminaire de Douai était dans un état lamentable : livres, rehques, mobilier, tout, sauf quelques papiers déposés en lieu sur, avait été livré au pillage. Une certaine quantité de vases sacrés et d'objets en argent, jadis offerts au séminaire, avaient été enterrés au début de la Terreur et, dans ces premiers instants de liberté, les prêtres anglais ne crurent pas prudent de rechercher

leur précieux dépôt ; ils gardèrent avec soin le secret de ■. la cachette et les indications qui , soixante-dix ans plus tard, permirent à leurs successeurs de la retrouver ( 1 .

Emus de la désolation qui régnait autour d"eux et sentant bien que le sol de France, jadis si hospitalier, ne leur offrait plus une sécurité suffisante, les prêtres anglais résolurent de retourner dans leur patrie. Il leur fallut obtenir l'autorisation du gouvernement, car ils étaient encore considérés comme prisonniers sur parole, mais ' enfin toutes les difficultés s'aplanirent et le 2 mars 1795. .; un petit groupe de prêtres, d'étudiants et d"enfants quit- <^ tèrent pour toujours le vénérable séminaire fondé deux .'^ siècles plus tôt par William Allen. Ils partaient avec des ; sentiments très divers ; les uns, probablement les J, jeunes, poussèrent des « hurrahs » en apprenant qu'ils rentraient en Angleterre ; les autres pleurèrent. Ceux-ci sesouvenaient de la paix, de la ferveur des jours d'autre- Ç fois; ils se rappelaient les chers vieux souvenirs qui ^ s'attachaient aux murs de Douai et, séparés du monde 1 depuis le début de la Révolution, ils se demandaient f avec anxiété ce qu'ils allaient trouver en Angleterre. Pour les plus âgés d'entre eux le régime atroce des lois pénales était un souvenir vivant ; mais une heureuse surprise les attendait à leur arrivée.

Depuis le « bill » de 1780 qui avait, dans une faible mesure, adouci leur situation, les catholiques avaient vu leur ciel, jadis si sombre, s'éclairer peu à peu. En atten- ,

(I) Ce ne fut qu'en 18(i3 que M"' Searle obtint du gouvernemeut J de Napoléon III l'autorisation delaire les fouilles nécessaires. lire- ? rouva intact le trésor confie à la terre par les prêtres proscrits du siècle dernier. Un grand nombre des plats et objets d'argent portaient les armoiries des ramilles qui les avaient jadis offerts au séminaire.

dantque l'acte réparateur de 1859 vînt leur rendre leurs droits de citoyens, ils reprenaient lentement et péniblement, mais d'une façon continue, leur place au soleil. Les voyageurs de Douai trouvèrent à Old Hall, dans le comté de Hertford, un collège établi sous le vocable de Saint-Edmond. Là étaient réunis les prêtres et étudiants de Douai qui, ayant quitté cette ville au commencement de la Révolution, avaient échappé à la prison et reçurent avec joie leurs frères si éprouvés.

Si Old Hall n'avait pas les souvenirs héroïques de Douai, le passé de ce collège, fondé sous le régime des lois pénales, ne manquait pas d'intérêt. Etabli par Tévèque Talbot, vicaire apostolique du district du centre, il avait d"abord vécu dans l'ombre. Un petit nombre d'enfants y étaient élevés; mais comme les lois pénales, quoique rarement exécutées, subsistaient toujours, on craignait d'attirer l'attention et, signe des temps, le dimanche les élèves devaient éviter les jeux bruyants et les chants. De même les catholiques du dehors n'étaient admis aux offices que s'ils étaient connus, et, au début, la messe se célébrait en cachette, dans un grenier. Peu à peu, grâce à des secours pécuniaires importants, grâce aussi à l'appui réel, mais non officiel, du grand ministre William Pitt, Old Hall sortit de son obscurité et devint un établissement florissant, à la fois séminaire et collège. Richard Stapleton, un des prisonniers de DouUens, le gouverna avec une grande intelligence et son développement s'accentua encore quand, en 1829, l'on rendit aux catholiques leurs droits de citoyens.

En 1853,les nouveaux bâtiments de Saint-Edmund's Collège furent inaugurés en grande pompe, en présence du cardinal Wiseman, premier archevêque de Westmins-

ter. A. cette occasion, l'on put voir, parmi les élèves du collège, des petits-neveux de ceux qui avaient assisté jadis aux derniers jours du vieux Douai et aux débuts inquiets et difficiles de la fondation aujourd'hui florissante (1).

La fondation de Williain Allen à Douai avait pour but la formation des futurs missionnaires et, quoiqu'on y reçût quelques jeunes enfants, l'esprit de la maison était un esprit ecclésiastique. Autre était ladestination du collège de Saint-Omer, établi uniquement pour Téducation des fils de familles catholiques, empêchés par les lois pénales de recevoir chez eux l'instruction qui convenait à leur rang.

Fondé en 1592, par le Père Robert Parsons, jésuite et missionnaire célèbre, le collège de Saint-Omer compte parmi ses premiers bienfaiteurs Philippe II, qui possédait alors les Flandres. L'histoire de cette maison se rattache d'une façon particulière aux événements que nous avons racontés : un grand nombre de martyrs, exécutés sous Charles II, y avaient été élevés, un groupe d'élèves du collège vint à Londres, pendant le procès des jésuites, déposer en faveur de leurs maîtres (2).

En 1594, deux ans après sa fondation, le collège comptait cinquante élèves, « fils », disent les Annales, « de « parents emprisonnés ou exilés pour la foi » ; en 1600, ce chilîre avait doublé, malgré les amendes qui frappaient les catholiques convaincus de faire élever leurs enfants « au delà des mers ».

(1) Sailli Edmund' s Collège, by tlie Rigiit Revd. M^'' Ward , Calholic Magazine, May 1805.

(2) Les Records ofthe English Province, vol. V, contiennent d'intéressants détails sur le collège de Saint-Omer.

Le collège, tel que nous le représentent les anciens plans, était vaste, il avait de nombreuses dépendances et une belle chapelle, dont il ne reste pas de traces. A l'ombre de ses murs s"était installée toute une colonie d'Anglais catholiques. La vie était peu chère à Saint-Omer et les habitants favorables aux exilés, à qui le collège offrait un coin de patrie et un foyer de vie religieuse.

Quelquefois venaient frapper à la porte des jésuites anglais des voyageurs dont la présence seule était pour tous la plus éloquente des prédications. C'est ainsi qu'en 1603. vingt prêtres et un laïque, rendus à la liberté par Jacques I"^. en honneur de son avènement au trône, arrivaient à Saint-Omer. L'un deux, le Père We.ston, venait de passer dix-sept ans dans les cachots ; à cinquante-cinq ans, c'était un vieillard usé, blanchi, presque aveugle ; un autre, Ralph Emerson, frère convers, avait été le compagnon du Bienheureux Edmund Campion, martyr. Il était brisé par les souffrances endurées dans les souterrains humides, où il avait langui pendant des années, et, quelques mois après son arrivée à Saint-Omer, il mourut en invoquant le Père Campion, dont il parlait sans cesse. D'autres fois, ce n'était plus des confesseurs, reliques vivantes, mais des néophytes, au début de la vie, qui venaient chercher la liberté religieuse à Sainti;)mer. Quelques-uns avaient tout sacrifié, fortune, famille, patrie, pour embrasser la vérité.

Il n'est pas étonnant que des enfants nourris dans une pareille atmosphère d'héroïsme et de détachement, en gardassent toute leur vie la forte empreinte. Ceux qui visitaient le collège étaient frappés de l'esprit généreux qu'on y respirait. En 1609, Ms*" Guido Bentivoglio, Nonce apost olique en Flandre, écrit au cardinal Borghese que

pendant son séjour cliez les jésuites anglais, il se croit « en paradis, avec les Anges ». Le bon prélat paraît avoir été profondément ému à la vue de ces blondes ; tètes d'enfants, dont plus d'une devait porter l'auréole ■; du martyre. « Je fus », écrit-il. « très impressionné en « voyant tant d"enfants de TEglise, destinés à la persé- « cuti on et au martyre. »

En 1515, Jacques I^"" publia un édit qui enjoignait aux parents ayant des fils àSaint-Omer de les rappeler sous peine de voir confisquer leurs biens. Peu d'enfants obéirent à cet ordre; l'esprit de sacrifice était si enraciné chez eux que les élèves, nous dit-on, « estimaient leurs ' « parents heureux de souffrir pour Dieu et se prépa- <^ « raient. eux-mêmes à souffrir pour la même cause ». ^ Un certain nombre d'entre eux, héritiers de grandes ter- \. res, envisageaient avec calme la probabilité de lesper- 1 dre à cause de leur attachement à la vieille foi; d'autres |. s'imposaient des pénitences volontaires afin de mieux l s'unir aux épreuves de leurs frères d'Angleterre.

Ce fut surtout pendant la persécution suscitée par les calomnies d'Oates, que les élèves de Saint-Omer suivirent avec un intérêt passionné les combats des fidèles d'outre- Manclie; des prières spéciales étaient récitées chaque jour pour eux et quand arriva à Saint-Omer la nouvelle du martyre des cinq jésuites, le recteur du collège dut modérer et calmer l'enthousiasme généreux d'un grand nombre d'étudiants qui voulaient être admis sur-lechamp dans la Compagnie de Jésus.

Tout en restant intimement unis à la patrie qui les repoussait, les jeunes Anglais se mêlaient, dans une certaine mesure, à la vie de la vieille cité qui offrait à leur jeunesse un bienfaisant asile. En 1635, la ville fut

menacée dêtre assiégée par les Français; les étudiants anglais, naturellement dévoués à TEspagne dont ils étaient les hôtes, allèrent sur les remparts, drapeau déj)loyé, tambours battant aux champ» ; ils en tirent le tour en chantant les Litanies de la sainte Vierge. En 1638. Saint-Omer fut attaqué par le maréchal de Châtillon, et leur collège ayant été préservé de tout mal, les Anglais offrirent un ex-voto en argent à N.-D. des Miracles, protectrice du pays.

Si leur vie studieuse était parfois assombrie par les nouvelles tragiques qui venaient d'Angleterre, elle (Hait variée par la visite de grands personnages, dont la présence servait de prétexte à des fêtes et à des représentations dramatiques. C'est ainsi qu'après le nonce, Ms>" Guido Bentivoglio, qui eut pour les jeunes exilés un regard de si paternelle tendresse, vint l'Infante Isabelle-Claire-Eugénie, gouvernante des Pays- Has après la mort de son père Philippe II. Cette fille préférée du roi d'E.spagne avait pour les catholiques anglais une sympathie dont elle donna des preuves nombreuses; chez elle, la gravité paternelle était tempérée par la douceur de sa mère, cette jeune Elisabeth de Valois, dont la grâce un peu frêle éclaira de son sourire la solennelle cour d'Espagne.

En 1678, à la suite du traité de Nimègue, Saint-Omer passa à la France, et huit ans plus tard, c'est Jacques II, proscrit, exilé, chassé du trône, qui s'y arrête en allant à Saint-Germain réclamer l'hospitalité de Louis XIV. La chute du dernier roi Stuart fut un deuil pour la colonie anglaise de Saint-Omer, passionnément attachée à la personne royale. Quelques mois plus tôt, le recteur du collège anglais avait même donné de son loj'alisme une

preuve assez intempestive. Quand arriva la nouvelle de la naissance du prince de Galles, fils de Jacques II, non seulement il fit sonner à toute volée les cloches du collège, mais encore il fit mettre en branle toutes les cloches des églises de la ville. Grande fut la stupéfaction des paisibles habitants et non moins grande la colère des magistrats, qui tancèrent vertement le Recteur et frappèrent les sonneurs d'une amende.

En 1763, la Compagnie de Jésus fut supprimée en France et les jésuites de Saint-Omer, bien qu'étrangers, furent compris dans cette mesure injuste. Ils partirent à pied, emmenant leurs élèves, et quittèrent avec déchirement ces lieux si riches en souvenirs glorieux. En les voyant passer, les paysans flamands pleuraient! C'est' à Bruges que la colonie fugitive trouva un asile : les jésuites y établirent deux maisons d'éducation qui subsistèrent jusqu'à la suppression de la Compagnie, en 1773. A cette date, les Anglais qui avaient appartenu à l'ordre se retirèrent à Liège et, protégés par le Prince-Evêque, ils y fondèrent un collège pour leurs compatriotes. Cet établissement vécut vingt ans, jusqu'à l'invasion de la Belgique par les armées de la République. Maîtres et enfants passèrent alors en Angleterre, où le Père Marmaduke Stone, ancien jésuite, acheta à la famille catholique des Weld le beau château de Stonyhurst, dans le Lancashire, collège dont on a célébré il y a deux ans le centenaire et qui représente aujourd'hui le vénérable collège de Saint-Omer, Les prêtres qui le dirigeaient au début se firent de nouveau incorporer dans la Compagnie de Jésus quand celle-ci fut rétablie, en

Quant aux bâtiments de l'ancienne fondation du Père

Robert Parsons, à Saint-Omer, ils furent occupés de 1762 à 1793 par des prêtres séculiers anglais, qui prirent la place des jésuites expulsés de France. A leur tour, les nouveaux habitants furent chassés par la Révolution et emprisonnés à Doullens avec les prêtres anglais de Douai". Ils retournèrent ensuite en Angleterre. Le collège devint un hôpital militaire, destination qu'il a gardée depuis.

Il y a quelques années, nous avons eu la pieuse curiosité de visiter les lieux où. ceux auxquels nous unissent les liens du sang, de la foi et de la patrie, ont trouvé un asile aux jours mauvais.

Dans la vieille cité morte, assise au milieu des calmes paysages des Flandres, nous avons vu, sous le beau soleil d'une journée d'été, l'hôpital militaire, situé dans la rueSaint-Bertin. Une inscription au-dessus de la porte d'entrée rappelle que c'était autrefois le collège des jésuites anglais. La chapelle et une grande partie des vastes dépendances ont disparu, mais dans la cuisine les chiffres I. H. S. et A. M. sont encore visibles sous une couche de plâtre et la cour intérieure, plantée de tilleuls, existe toujours. A l'ombre des grands arbres, des soldats convalescents se promènent lentement là où passaient jadis de blonds enfants destinés au martyre et des confesseurs, aux pas défaillants, brisés par les tortures des prisons anglaises. Que de souvenirs sont attachés à ces lieux! Combien d'âmes s'y sont trempées pour la lutte ! De quels généreux élans et de quelles ferventes prières ces murs n'ont-ils pas été les muets témoins!

A Stonyhurst, malgré les changements d'habitudes amenés par le temps, le souvenir de l'ancien collège est

gardé avec une profonde et filiale reconnaissance et (1), plus vaguement peut-être, la mémoire des exilés anglais est demeurée vivante à Saint-Omer. Un éminent archéologue du Nord nous a assuré que pendant longtemps la population s'est souvenue, en particulier, du dévouement montré par les jésuites pendant la peste de 1638.

Le séminaire de Douai et le collège de Saint-Omer ne furent pas, à beaucoup près, les seuls établissements de ce genre fondés sur le continent par les catholiques anglais. Ils eurent des séminaires à Valladolid, à Séville, à Madrid; des maisons religieuses d'hommes et de femmes en France et dans les Flandres ; ils eurent surtout le vénérable collège anglais de Rome, qui existe encore de nos jours. C'est aux élèves de ce collège que saint Philippe de Néri adressait les paroles qui pourraient, avec une vérité égale, s'appliquer aux étudiants de Douai et de Saint-Omer : « Salvete, flores martyrum! »

(1) Les jésuites anglais possédaient près de Saint-Omer, au village de Blandecques, une campagne où allaient leurs élèves les jours de congé; de là l'expression dont ils se servaient pour indiquer un jour de congé : • Blandecques day •. Aujourd'hui encore, à Stonyhurst, les congés sont toujours pour les élèves : « Blandyke days ».

BX 1492 .C68 1898 SMC Courson- Barbara Frances i La persécution des Catholiques en Angleterre AKD-6278 (aw/sk)

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