‹ La persécution iconoclaste d'après la correspondance de Saint Théodore StuditeChapitre 10 sur 11 · FAITS DIVERS · texte numérisé non relu

FAITS DIVERS

Oulre les noies qui viennent (Vôtre résumées, il en est un certain nombre d'autres, qui feraient un hors-d'œuvre dans ce tableau de la persécution. Comme elles semblent néanmoins mériter une mention, nous les rejetons ici en appendice. Elles ne seront pas d'ailleurs plus éloignées du sujet que cette « Histoire de la translation de TËmpire aux François, » fondue par Maimbourg dans V Histoire des Iconoclastes.

Les documents ecclésiastiques sont naturellement les plus nombreux, et réclament ainsi la première place.

Selon le Sludite, le patriarche de Jérusalem occupe le dernier rang (après ceux de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche), quoiqu'on puisse l'estimer le premier par la vie du Sauveur qui s'est écoulée sur son sol. — Certains auteurs racontaient que des images (du Sauveur évidemment) portaient pour inscription : Divinité^ Domination, i?o?/aîe/^. Ces abstrîiils sont insoutenables, remarque Théodore; c.ir une (Igure humaine est un homme et non riiumanité. — lia persécution souleva de graves difficultés pour l'administration du baptônie. Un simple moine avait baptisé, par ambition d'être promu au sacerdoce, disait-on : le saint afflrme qu'alors il ne sera jamais ordonné, outre les autres pénitences qu'il encourra: mais lui-même et des témoins assuraient qu'on l'y avait forcé, & cause que l'enfant était menacé de mourir sans baptême (ce qui était déjà arrivé deux fois), ou les fldèles seront abandonnés au ministère des hérétiques. L'abbé réserve à l'évêque la décision de l'affaire. — Il ne veut pas que les fautes des moines soient jugées par des laïques.— Un moine avoir un esclave I ajoute-t-il : c'est comme s'il avait une femme I En effet, les moines n'avaient pas le droit de posséder des esclaves, même pour cultiver la terre. — Certains couvents donnaient la tonsure monastique, soit à des enfants, soit à des sujets peu préparés; il en résultait une grande perturbation dans la vie religieuse.— Pour un moine, toute somme supérieure à trois pièces de monnaie constitue un trésor, selon la doctrine des Pères. — Après la mort de sa femme, le c/iarloti-

Jarios Thomas veut se faire moine, et se met crabord sous la conduite d'un religieux dont on lui dévoile Tindignitè, et qu'il chasse. Il bâtit ensuite un monastère dans son domaine et demande au Studite un moine pour le diriger. Le saint lui Aiit observer qu'il ne doit plus se croire chez lui; il lui accordera l'homme qu'il désire avec un supérieur et dix religieux pour fonder la maison do prières. — La lille de la patrice Irène avait fondé pour des femmes le couvent des Lions, dont elle était morte supérieure. Durant une guerre civile, les religieuses s'établirent ailleurs, emportant môme avec elles le corps de leur première abbesse. Irène songeait à y constituer un monastère d'hommes. Le Scaint l'en dissuade pour «Uverses raisons, spécialement parce que les religieuses souhaiUiient de servir Dieu à l'endroit où leur abbesse avait d'abord été inhumée *.

Entre autres protestations que souleva l'hérésie des iconoclastes, l'une des plus singulières fut l'acte du spathaire Jean, qui emplo3'a l'image sacrée du grand martyr Démétrius pour servir de parrain au baptême de son llls, « protégé de Dieu, » comme saint Théodore l'en félicite. — Il signale ailleurs des autels portatifs, < sanclidés dans leur linge ou dans leur bois. > — A la messe, la consécration du vin se faisait dans une coupe de verre. — La persécution dispersa assez violemment le clergé pour qu'on dût parfois autoriser les moines et les religieuses à se communier eux-mêmes. Tel est alors le rite que prescrit saint Théodore: < On pose un livre sacré, sur » lequel on étend un linge blanc ou un voile bénit. On y dépose avec » respect le saint Sacrement ; et après la récitation des hymnes, on le > prend avec la bouche. Enfin, le communié avale un peu de vin » (à cause de la conununion sous les deux espèces pratiquée en Orient). — La spathaire Marie avait méconnu le droit d'asile d'une église. Voici la pénitence que le saint lui impose à celle occasion : elle s'abstiendra des saints mystères durant quarante jours, se mettra à genoux dix fois le jour, et diracinciuante fois : « Soigneur, pardonnez- » moi ce péché. Seigneur, soyez-moi propice: je ne suis qu'une » pécheresse. » Et encore : « Seigneur, ayez pitié de moi qui n'ai rien » fait pour le mériter. » Elle récitera trois psaumes (surtout le VI«, le XXXVII« et le P""). Enfin, s'il lui est possible, elle fera aux pauvres une aumône de quarante pièces d'argent ^.

i Sirmond, II, 115,67, 157, Kii, l(i5, 180, VJJy 10*2; I, 10. 3 Sirinoiul, I, 17, 40, 57; li, 153; I, 13.

Sur les mœurs ou usages de l'époque, nos extraits se réduisent à trois fragments.

Kn réclamant un moine qui s'était enfui, le saint remarque que les maîtres ne recevaient point parmi leurs disciples, ceux qui avaient auparavant fréquenté une autre école. — L'un des principaux habitants d'un bourg s'était pendu ; à cause de ce suicide, tout le monde fuyait sa maison, et ne voulait communiquer en quoi que ce fût avec sa femme et ses enfants, non pas môme pour leur prêter du pain. Théodore loue « le seigneur et père spirituel Macaire » de les avoir consolés et d'avoir mangé avec eux. Il conseille à la famille de faire une abstinence de quarante jours, en s'éloignant ce môme temps des sacrements et n'assistant qu'A la messe des catéchumènes ; et en outre de donner aux pauvres ce qui appartenait au mort : mais on ne doit pas dire la messe pour lui. Enfin, on plantera une croix au lieu où il s est pendu: car la croix du Sauveur a été dressée sur le Calvaire ii l'endroit où était la tôte d'Adam. -- Le Studite signala son zèle pour les défunts par une création remarquable : chaque moine dut fiiire une offrande pour rendre les derniers devoirs aux morts restés sans sépulture : ils devaient ôtre enterrés dans les caveaux des frères. On célébrait pour ces morts deux services, suivis d'un repas frugal, où les sujets de conversation devaient être édifiants. Quicon(|ue ne signalait pas un mort, ou inanquait si quoique autre règle de l'œuvre, devait promettre de se corriger, et était condamné îl l'amende d'une pièce d'argent, ou à rabstinencc de vin pendant trois jours '.

Une lettre ënumère parmi les calamités contemporaines < la » guerre civile, les tremblements de terre, des famines, des débor- > déments de la mer, des incendies. » Deux autres passages signalent un tromblomcnt de terre, dont les principaux annalistes byzantins n'ont pas parlé. D'une étendue îisscz restreinte vraisemblablement, il n'en fut pas moins désastreux: car notre abbé parle do plusieurs morts, et s'élonnede rendurcissement qui l'accueillit*.

On ne s'attendrait guère à rencontrer sous une telle plume des documents archéologiques. Voici pourtant un détail d'architecture

1 Siimoml, I, 11; II, 153; I, 13.

2 Siniioiul, 11, 121), 71 ; — Maî, Gl. — PoiiUHro csl-il (|iic»lion du IrcinbloinciU tic IciTc qui, renversant les inurailleH de Paiiiuni (823), rendit cette ville aux soldats de Michel le Bi^gue (Lcbcaii, LWin, il).

bj'zautiue qui a bien son prix : c*est que les édifices religieux à deux ou trois absides circulaires (xor>c«t), formant chapelles, n'élaicnt pas les plus communs. Car le saint écrit : € lly a des églises qui ont CCS absides. » Un autre fait montre que les caprices iconographiques les moins jusliflables ne datent pas d'hier. Le slylito Théodule s'était avisé de peindre sur ses fenêtres (il ne vivait donc pas exposé à toutes les injures de Tair) des anges crucifiés ; et, pour comble d'extravagance, il avait donné à ces anges et même à Notre-Seigneur un visage de vieillard *.

lie venons, en flnissant, à saint Théodore lui-môme, pour le mieux faire connaître par quelques traits qui n'ont pas rapport aux iconoclastes. Lui non plus, il n'est guère satisfait de son temps. < Nous sommes bien éloignés, les hommes comme les femmes, » inflniment éloignés de la sagesse et du savoir des anciens. » — Il jugea à propos d'écrire à Timpératrice Irène pour la féliciter d'avoir supprimé divers impôts, dont plusieurs entravaient le commerce. — Il refuse de ré[)ondre au clerc Jean qui lui avait demandé quelle peine il encourait en mangeant avec les hérétiques; car il estime que celte réponse serait une sorte (rencouragemenl au i^éché. — Va\{\\\ il autorise pleinement la restriction mentale dont l'effet doit être d'empêcher un crime. « Quelqu'un, dit-il, dans l'exemple qu'il en donne,

> m'a confié une épée pour se tuer. Il vient bientôt me la réclamer. » En disant: je ne la connais point et ne Vai jwint reçue, je ne » mens pas. Je ne connais paSy veux-je dire, ef n'ai point reçu cette

> épée, afin de vous la rendre pour votre perte ^ ».

Quelques pensées du saint méritent d'être recueillies. « Ce qui est » très fdcheux et dommageable pour les hommes sensés, s'écriait-il, » ce n'est pas de souffrir, mais bien de n'endurer aucune souffrance

> pour le Sauveur. > Il apprend que deux courriers ont été engloutis dans les flots, et regrette cette catastrophe. « Pourtant, remarque-t- » il, une seule mort est absolument lamentable: c'est celle qu'accom-

> pagne le péché. » Voici sa règle au sujet de la communion : « Il ne

> faut pas simplement communier soit rarement, soit tous les jours;

> mais bien avec une conscience pure ; > bien qu'en ces temps-là l'usage et les auteurs spirituels recommandassent, autant que possible, la communion quotidienne A ceux qui vivaient dans la retraite,

1 Simioml, ir, 210; I, ir>.

• Maï, 270i - SiimuiKl, I, 7; H, m, 30.

— « N'accueillons pas ceux qui louent en Tace : en secrctilsdisenl le » conirairc. > — «Lomoiido n'est qu'un songe, la vertu seule vit. » — « l'rie/. le plus iiossiblc. l'uur vous prosurvcr, ayux dans le cœur la » crainte, du Seigneur, dans la bouclie la gloire de Dieu. » — A un dignitaire qui avait perdu sa foniine : < iV-ut-filre l'air lui-iuiinie » vous seinble-t-il changé, par le changeinenl qui s'est fait dans voire » esprit. » — « l'uyez, ccrit-iJ à une femme noble, fuyez, je le répète, » s'il est possible, la vue des hommes même vertueux, de peur » d'être blessùe ou de blesser. » A son disciple Dorothée qui avait beaucoup soulTcrl pour la foi, il demande comment il a supporté ses douleurs , et ajoute aussitôt : « Il me semble que vous allez me » répondre ainsi : < Où est la crainte de Dieu, là se trouvent le mépris » de la mort, l'oubli de la cliaîr, l'extase qui échappe à l'influence des

> membres; endn, la foi, la charité et l'espârauce dans le Sauveur

> <iui IriompUent de l'ilprelô des douleurs '. »

Ces extraits, malgré leur sécheresse, méritaient vraiment sans doute d'élre mis en Uunicre. C'est qu'il y a toujours plaisir et profil à interroger la correspondance d'un homme supérieur, surtout quand cet homme fut un saint.

■ Moï, e, 41; — Sirmond, 11, 7»; 1,57; — Mal, 118,315, %3; - Sirmond, II, 18G;

— Mnl, in, m.

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