‹ La personne humaine dans les ÉvangilesChapitre 118 sur 121 · Luc xii · texte numérisé non relu

Luc xii

3. Mattli. xxii, 21; Marc xii, 17; Luc xx, 23. Le terme ïziZ'.'.'t de Luc xx, posait la question sur le domaine moral. — B. Weiss, op. cil.

de rendre les évangiles solidaires d’une théorie économique ou d’un système politique quels qu’ils soient. Théories et systèmes sociaux varient; les évangiles ont proclamé une vérité qui domine tous les temps et tous les milieux. Au travers de ce qui passe, de ce qui change, de ce qui périt, Jésus s’est adressé à ce qui demeure le même, à la créature faite à l’image de Dieu, à l’homme individuel, au moi personnel, et son message garde à jamais la même valeur et la même actualité. Il a conduit l’âme à la source divine de la lumière d’où vient toujours un peu de clarté sur les heures et sur les choses les plus obscures de l’existence humaine, il a réduit les questions sociales à la question de savoir si les âmes voulaient L’accepter pour leur guide. Celle-ci résolue, toutes le sont avec elles. S’il n’y a pas de théories sociales chrétiennes, quand on entend par lâ des théories tirées de l’enseignement même de Jésus, il y a cependant des théories sociales chrétiennes, quand on entend par là des théories inspirées par l’esprit du Christ; il y a des théories que les disciples du Christ ne peuvent pas ne pas professer, eux qui doivent aimer leur prochain comme ils s’aiment eux-mêmes, et il y a des théories, fondées sur l’égoïsme, que les disciples du Christ ne peuvent pas professer1. Et que les chrétiens n’aient pas toujours résisté à l’égoïsme pour aimer leurs semblables, que le royaume qui devait s’établir soit encore à l’état de réalité discutable, cela ne prouve pas que la méthode du Christ se soit montrée insuffisante, cela prouve que les chrétiens se sont montrés insuffisants comme disciples du Christ.

1. Cf. W. Rauschcnbusch, op. cit., p. 369-370 : The spiritual force of christianity should be turned against the matérialisai and mamnionism of our industrial and social order... Man is treated as a thing to produce more things... Jésus asked : « 1s not a man more than a sheep ? » Our industry says : « No ». Et tout le dernier chapitre : What to do. — Gaston Frommel, Etudes religieuses et sociales , p. 233 et s. Saint-Biaise, 1908.

La méthode de Jésus doit non seulement rester la nôtre, mais, pour le succès de nos efforts, c’est-à-dire pour le salut de nos frères, il faut l’employer comme il l’employa. Le respect de la personne de nos semblables est un dogme de la vraie morale chrétienne. Dans tous les êtres chez lesquels Jésus a trouvé de la droiture, un effort vers le bien, du dévouement, de la bonté, cette forme la plus simple et la plus rare de l’amour, il a salué les « fils du royaume ». Tl n’a condamné et rejeté que l’hypocrisie et l’hypocrite, le péché voulu et le pécheur volontaire, et il a supporté, avec une indulgence et une charité sans bornes, hésitations, doutes, infidélités; il a pris la défense de l’homme qui, faisant des miracles en son nom, refusait cependant de le suivre; il a laissé entendre que s’il était, lui, le seul chemin qui mène dans le royaume, s’il fallait le suivre pour trouver Dieu, il y avait plusieurs manières de se préparer à le suivre, il y avait plusieurs sentiers qui, venus des bas-fonds terrestres, débouchent sur le vrai chemin, montent vers la maison du Père. Qu’elle soit d’un prix infini à nos yeux, comme elle l’est aux yeux de Dieu et aux yeux du Maître, la personne que nous voulons gagner et que le travail persévérant, l’amour désintéressé soient en raison directe de sa valeur. Qu’elle nous devienne sacrée la personne qui, sans se mêler à notre église ou à notre culte, invoque le nom du Christ; il n’est pas de contact, même insuffisant, avec le Maître qui ne soit susceptible de devenir plus intime et plus vivant, il n’est pas d’effort sincère accompli pour lui dans le vaste champ du monde qui soit inutile.

Et espérons en nos frères parce que nous croyons en Dieu et en Celui que Dieu a envoyé. De déception en déception, de rejet en rejet, jusqu’à la semaine douloureuse, jusqu’à la nuit d’agonie, jusqu’à l’heure de ténèbres, Jésus a espéré; bien plus, Jésus a su que son

œuvre serait féconde, qu’il avait tout accompli'. Peutêtre y a-t-il un ternie trop impérieusement fixé à l’action divine, dont nous ne sommes que les intermédiaires, dans la fière et belle devise adoptée par les étudiants chrétiens d’Amérique : « faire Jésus roi dans notre génération ». Mais sans vouloir fixer « les temps ou les moments que nul ne connaît, ni les hommes, ni les anges, ni le Fils », croyons de toute notre âme, espérons de toute notre ferveur que le royaume sera, qu’il vient, qu’il s’est approché.

Et en avant, dès maintenant, pour la sainte lutte; en avant dans le sentiment de notre faiblesse et dans la conscience que le grand vainqueur est avec nous; en avant contre toutes les formes grossières ou subtiles du mal dominateur; en avant pour révéler la lumière, la paix, la joie, le ciel, pour guérir ceux qui souffrent, pour éclairer ceux qui ignorent, pour ranimer ceux qui meurent; en avant comme si la victoire finale dépendait de nous seuls et comme si le dernier jour de la bataille était demain !

Ouvriers de cette œuvre, soldats de cette lutte, ne nous laissons arrêter ni par les difficultés de la préparation à notre tâche, ni par les obstacles qui se multiplieront, ni par le fait que nous sommes peu nombreux pour entreprendre une aussi prodigieuse mission. A la

conférence universelle missionnaire, réunie à Edimbourg en juin dernier, le président, que son activité et son zèle apostolique qualifiaient bien pour être à la tète de cette magnifique assemblée accourue des quatre vents des deux, John Mott affirmait : « Après mon premier voyage missionnaire autour du monde, je me disais : il faudrait bien vingt-cinq mille missionnaires de plus pour évangéliser le monde. Après mon second voyage, je me disais : c’est le nombre des évangélistes indigènes

i. Jean xix, )o.

qui devrait augmenter dans telle et telle proportion. Mais depuis mon dernier voyage, j’ai laissé de côté toutes ces supputations arithmétiques et je dis maintenant : ce qu’il nous faut, c’est moins du nombre que de la dynamique1. » Ce qu’il faut à l’Eglise, à la patrie, au monde, ce n’est pas tant que nous soyons quelques ouvriers de plus, c’est que chacun de nous soit un apôtre. Faisons-nous donc, laissons le Christ nous faire une âme d’apôtre, et en avant pour la vraie croisade, car Dieu le veut !

i. Cf. Comptes rendus des journaux. En particulier, l'Eglise libre , p. 204. Montpellier, i01' juillet 1910.

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