‹ La personne humaine dans les ÉvangilesChapitre 87 sur 121 · Cf. Th. Zahn, op. cil., Anmerkungen, p · texte numérisé non relu

Cf. Th. Zahn, op. cil., Anmerkungen, p

L’abolition officielle de l’esclavage est le fruit de l’esprit chrétien. Ce n’est pas dans une déclaration politique des droits de l’homme qu’on en trouve le premier manifeste, mais dans la délibération d’une assemblée de croyants. Les Quakers, qui, au commencement du XVIIIe siècle, avaient interdit la traite dans leurs possessions américaines, élargirent tous leurs esclaves en 1731, signalant à l’attention du monde moderne cette plaie des temps anciens et donnant l’exemple à suivre. Renan a exprimé l’évidente et logique réalité quand il a écrit : « En montrant l’esclave capable de vertu, héroïque dans le martyre, égal de son maître et peut-être son supérieur au point de vue du royaume de Dieu, la foi nouvelle rendait l’esclavage impossible1. »

Jésus ne formule pas davantage les droits de la femme, mais, sans les mentionner, il les lui donne en parlant des devoirs de l’homme. L’histoire de l’Ancienne Alliance nommait de nombreuses héroïnes; la loi plaçait la mère à côté du père en ordonnant à l’enfant de les honorer, mais le judaïsme, sans partager le mépris des religions orientales pour la femme, la relègue cependant à l’écart, dans le parvis extérieur, quand elle veut adorer dans le temple, l’exclut purement et simplement de la maison familiale quand elle cesse de plaire à son mari. Les pharisiens qui demandent à Jésus : « Est-il permis de répudier sa femme pour quelque sujet que ce

1. Marc-Aurèle p. 609-610. — Gabriel Tarde affirme avec raison, quelles que soient les réserves à formuler sur tel détail : « Une grande part du succès des fameux principes (de 1789) est due à cette foi religieuse qu'ils semblaient combattre et dont ils étaient en réalité l’expression rajeunie. S’il y avait en eux du rationalisme, comme en toute formule philosophique, il y avait surtout du spiritualisme déiste... un mépris des barrières nationales et des différences de races, que l’Hvangile seul a connu au même degté. On a baptisé « droits de l’homme » ce qui eût mérité de s’appeler droits de l’âme, si l’on n’eût pas tenu à se faire illusion sur l'origine chrétienne des vérités qu’on lançait au monde. » ( Revue philosophique, septembre 1889, p. 320. Paris, F. Alcan.)

soit1? » étaient des interprètes fidèles du célèbre Hillel; pour quelque sujet que ce fût, le rabbin autorisait la répudiation2. Jésus refuse catégoriquement à l’homme le droit de disposer à son gré du sort de la femme; la volonté de Dieu est opposée à la pratique juive. Dieu veut que l’homme et la femme ne soient plus deux mais un, que les liens qui les relient soient indissolubles; que l’homme ne sépare pas ce que Lui a uni3. Le divorce qui figurait dans la loi deutéronomique 4 peut être légal, il n’est pas moral. « Quiconque, ajoute Jésus, répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère5. » A cette règle absolue que les trois Synoptiques répètent : Quiconque répudie sa femme pèche, l’évangile de Matthieu seul apporte une seule exception : « Si ce n’est pour infidélité6 », ce qui revient à dire : Si ce n’est lorsque la femme elle-même rompt le contrat matrimonial . Au foyer de la famille, la femme prend enfin sa place, une place égale à celle de l’homme, en vertu non d’une indulgente tolérance mais d’un droit sacré.

Hors du foyer Jésus accueille la femme comme il accueille l’homme. Son long entretien avec Nicodème, un docteur et un chef, est suivi dans l’évangile de Jean, de l’entretien non moins long avec la Samaritaine, une femme inconnue et ignorante, et c’est à celle-ci qu’il donne la seule définition de Dieu que le Nouveau Testament mette sur ses lèvres : « Dieu est esprit7 », et qu’il révèle ouvertement sa messianité : « Je suis le Messie, moi qui te parle8. » En faveur d’une Cananéenne, il se

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