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» [létaitenviron dix heures: du terrain élevé où il s'était placé, à la droite de la ligne, Wolte vit que le dénouement était proche. Sur la hauteur, les Français s'étaient formés en trois corps : des réguliers au centre, des réguliers et des Canadiens à l’aile droite et à l'aile gauche. Deux pièces de canon que l’on avait hissées sur le plateau à l’anse du. Foulon, tirèrent sur eux à mitraille, et les troupes, se relevant du sol, se préparèrent à les recevoir. Au bout de quelques instants, les Français s'ébranlèrent. Ils avancèrent rapidement en poussant des clameurs retentissantes et déchargèrent leurs fusils'aussitôt qu’ils furent à portée. Leurs rangs, aussi mal ordonnés que possible, furent mis dans un plus grand désordre encore par une foule de Canadiens qui s'étaient glissés au milieu des réguliers et qui, après s'être pressés de tirer, se jetaient ventre à terre pour recharger leurs armes. Les Anglais avancèrent de quelques toises; puis, ils firent halte et restèrent
‘immobiles, Quand les Français ne furent plus qu’à
quarante pas, le mot de commandement retentit; le bruit de la mousqueterie y répondit sur toute la ligne. La décharge se fit avec une remarquable précision. Dans les bataillons du centre qui avaient moins souffert des boulets ennemis, les officiers français dirent plus tard que la décharge faite avec ensemble-avait produit l'effet d’un coup de canon. Une autre volée suivit, puis un feu roulant, Quand Ia fumée se souleva, un affreux spectacle s'offrit aux regards : le sol était couvert de morts et de blessés; les masses qui s’avançaient s’arrétèrent court et
devinrent une foule en délire, criant, jutant, gesticulant. On donna l’ordre de charger. Le cri des Anglais s'éleva alors dans la plaine, mêlé au hurlement terrible du slogan des highlanders. Quelques-uns des corps s'élancèrent la
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bayonnette en avant; d'autres s’avancèrent en tirant. Les clansmen tirèrent leurs larges épées et se ruèrent ardents et agiles comme des limiers. Sur la droite de l’armée anglaise, bien que la colonne d'attaque eût été mise en pièces, le feu se continuait encore principalement, ce semble, des buissons et des champs de blé, où les tirailleurs étaient postés depuis une heure ou davantage, Wolfe les chargea lui-même, à la tête des grenadiers de Louisbourg. Une balle lui brisa le poignet; il roula son mouchoir autour du membre blessé et poussa en avant. Un autre coup l’atteignit, il avançait encore quand une troisième balle se logea dans sa poitrine. II chancela et s’assit sur le sol. Le lieutenant de grenadiers, Brown, un certain Henderson, volontaire dans la même compagnie, et un simple soldat, aidés par un officier d'artillerie qui accourut à eux, le prirent dans leurs bras pour le porter à l’arrière-garde. Il les pria de le déposer à terre. Ils obéirent et lui demandèrent s’il voulait un chirurgien, « Je n’en ai pas besoin, répondit-il, tout est fini » pour moi. » Un moment après, un d'eux s'écria : « Ils » fuient, voyez comme ils fuient. » « Qui ? » demanda
Wolfe, de l’air d’un horame qui sort du sommeil. « L'en- » nemi, général : par Dieu ! il détale de tous les côtés. »
« Qu'un de vous, répondit le mourant, aille dire au
» colonel Burton qu'il fasse descendre le régiment de
» Webb vers la rivière Charles, pour couper aux Français
» la retraite par le pont. » Puis, se tournant sur le côté,
il murmura : « Maintenant, Dieu soit loué, je vais
» mourif en paix, » et au bout de quelques instants, son
âme généreuse s'était envolée,
» Montcalm, toujours à cheval, fut emporté vers la ville par ie flot des fuyards, Comme il approchait des
murs, une balle lui traversa le corps. Il reste assis; deux soldats le soutiennent chacun d'un côté et font passer son cheval par la porte Saint-Louis. Une place s’étendait derrière cette porte ; là, au milieu de la foule surexcitée, se trouvaient plusieurs femmes, attirées sans doute par le désir d'apprendre le résultat du combat. Une d'elles reconnut Montcalm, vit le sang qui ruisselait et s’écria : « O mon Dieu! mon Dieu! le Marquis est tué! » « Ce » rest rien, ce n’est rien, » répondit le héros mortellement blessé; « ne vous effrayez pas pour moi, mes » bonnes amies!, »
Transporté dans la maison du chirurgien Arnoux, Montcalm expira le matin du 4. septembre, et fut enterré dans l'église du couvent des Ursulines.
Vaudreuil n'attendit pas même l'approche de l’ennerai :
il se hâta de s'éloigner de Québec, laissant à Ramesay,
commandant de la garnison, la responsabilité de prolonger la défense aussi longtemps qu'il le jugerait convenable, Lévis était accouru de Montréal au quartier général de Vaudreuil. 11 blâma vivement la retraite et insista pour qu'on réoccu pât fortement la ville. Vaudreuil Y Consentit et l’on se mit en marche. Malheureusement, Ramesay, livré à lui-même, venait de céder aux angoisses et aux terreurs de la population; il avait capitulé. L'armée dut battre en retraite sur Montréal, Lévis, cependant, que ses talents et son âme généreuse rendaient bien digne de succéder à Montcalm, ne déses=. pérait pas encore. Il voulait arracher Québec aux Anglais, et, pendant tout l'hiver, il Prépara sa marche en avant. AU mois d'avril 1760, il embarqua sa petite armée et
UT, II, pp. 290-207.
es aromates ré
descendit le Saint-Laurent. Il aborda au lieu appelé Saint-Augustin, et se porta aussitôt vers le village de Sainte-Foy, à l'extrémité des plaines d'Abraham. Murray, qui avait succédé à Wolfe dans le commandement de l'armée anglaise, se porta à sa rencontre. Il fut mis en pleine déroute et rentra dans Québec. Lévis se prépara à faire le siège de cette ville; il espérait qu’une escadre française se montrerait à lembouchure du Saint-Laurent; ce furent des vaisseaux anglais qui apparurent, Son entreprise avait échoué; il se retira à Montréal.
Le dénouement était proche. Une triple attaque fut dirigée contre les restes de la vaillante armée. Murray se porta de Québec sur Montréal; Bougainville fut obligé de céder sa position de l’Isie aux Noix à un corps anglais commandé par Haviland, qui put alors marcher sur Montréal et opérer sa jonction avec Murray. Amherst arriva bientôt. Après s'être emparé de la Présentation et du fort Lévis, il franchit heureusement avec sa flottille les rapides du Saint-Laurent, et cerna avec Murray et Haviland la ville de Montréal, où s'étaient retirés Vaudreuil, Lévis, Bourlamaque, Bougainville et Roquemaure. Les milices canadiennes avaient déserté, entraînant avec elles bon nombre des soldats des troupes régulières; ceux qui restaient, étaient impuissants à défendre la ville. Il fallut rendre Montréal, et subir, malgré les protestations de Lévis, les conditions brutales imposées par l'impitoyable Amherst. L'armée devait rendre ses armes; les honneurs de la guerre lui étaient refusés, Elle méritait mieux, ne fût-ce que par son malheur même.
Ambherst ne lui épargna pas l'insulte : « Je suis » pleinement résolu, disait-il, en raison du rôle infâme
» que les troupes de la France ont joué, en excitant les » Sauvages à commettre les barbaries les plus horribles » et les plus inouïes pendant le cours de la guerre, et » pour d'autres trahisons ouvertes et manquements de
foi manifestes, de montrer au monde entier par cette « capitulation, l'horreur que j'ai pour de telles pratiques. » L’humain, le vertueux 'Ambherst faisait peser sur de malheureux vaincus une basse calomnie. Jamais la France n'avait excité les sauvages aux cruautés que leur nature les poussait à commettre, et les scènes affreuses qui se passèrent lors de la reddition du fort William- Henry, n'avaient pu être empéchées malgré les efforts de Montcalm et des siens, qui n’hésitèrent pas à exposer leur vie pour arracher aux mains des Indiens le plus d'Anglais qu’ils purent. Les armées anglaises ont donc été toujours bien humaines: Amherst avait donc oublié la déportation de tous les habitants de l’Acadie; à tout le moins, il ne pouvait prévoir que, moins de vingt ans après, le grand ministre Pitt, devenu lord Chatham, protesterait en plein parlement d'Angleterre, contre ses compatriotes qui lançaient les sauvages des forêts contre les colonies anglaises d'Amérique,
Mais qu'’importaient après tout à Lévis et à ses généreux frères d'armes les imputations injustes d’Ambherst ? La blessure n'était pas là. Montréal avait succombé; la der-
nière espérance du Canada tombait du même coup. Les Anglais. avaient obtenu un triomphe définitif, que le traité de Paris de 163 allait bientôt sanctionner, en enlevant le Canada à la’ France.
Est-il besoin de rechercher les causes qui ont amené la perte de nos colonies de l'Amérique septentrionale ? Elles ont été établies depuis trop longtemps, elles résultent trop bien du récit de M. F. Parkman pour qu'il soit nécessaire d’insister sur ce point. Le par ige du commandement entre le gouverneur Vaudreuil et le général en chef Montcalm, la mésintelligence qui naquit entre eux du conflit de pouvoir, les honteuses dilapidations de l'intendant Bigot et de ses complices, la détresse des Canadiens pour lesquels les souffrances de la famine s’ajoutaient aux fatigues de la guerre, et, par dessus tout, l'abandon de la colonie par la métropole, et la supériorité écrasante des forces anglaises pendant la dernière partie de la lutte, voilà les causes de notre défaite et du triomphe de nos ennemis. À ce formidable armement que dirigeait l'Angleterre contre le Canada, à ces 60,000 soldats de troupes aguerries, la colonie française ne put opposer qu’un trop petit nombre de défenseurs : 3,500 hommes de troupes régulières venues de France, 2,000 hommes de réguliers de la colonie, une poignée de sauvages et la milice, qui au moment suprême pouvait comprendre 12,000 hommes, mal armés, mal exercés, ne sachant pas se plier aux lois de la discipline, bons pour la guerre de partisans, peu faits pou: combattre en bataille rangée. Ajoutons que le Canada renfermait alors à peine 80,000 habitants, tandis que les colonies anglaises en comptaient 1,300,009. Dans ces conditions, la Nouvelle-France devait fatalement succomber malgré l’héroïsme de la population, de l’armée et du chevaleresque Montcalm,
et les Anglais remportaient une victoire qui augmentait leur puissance, mais sans rien ajouter à leur gloire.
L'ouvrage qui nous a donné lieu de présenter le récit sommaire de ces douloureux Événements, est un des
.Plus remarquables qui aient été publiés dans ces derniers
temps. M. F. Parkman y a développé les plus solides qualités de l'historien; il possède la première de toutes, l’impartialité. Avec quel art, et j'oserai presque dire, avec ‘quel amour, n’a-t-il pas tracé la noble figure de Montcalm? Et ce n’est pas le seul portrait que nous puissions admirer dans son œuvre; ceux de Wolfe, le héros anglais, de Vaudreuil et dè bien d’autres, sont vraiment tracés de main de maître. Il ne les compose pas, comme tant d’autres qui s’abandonnent trop facilement à leur imagination; il les restitue, Pour ainsi dire, d’après les renseignements les plus précis et une foule de détails intimes qu'il a Scrupuleusement recueillis. I1 en est de même pour le récit des faits et la description des lieux. Bien que, par la nature de son talent, M. Parkman puisse être mis au rang des historiens pittoresques, il ne livre rien à la fantaisie ; toujours et partout, il est peintre exact, narrateur consciencieux. [1 n'a rien négligé pour remplir son devoir d'historien; on peut dire que tous les documents connus ont passé sous ses yeux : ouvrages publiés, relations manuscrites et pièces officielles de toute nature, contenues dans les divers dépôts d'archives, en Amérique, en Angleterre et en France, lettres au tographes, journaux et autres écrits des personnes engagées dans cette guerre, traditions recueillies sur les lieux mêmes,
De tout cela, M. F. Parkman a su composer ne des histoires les pius attachantes qu'il nous ait été donné
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