‹ La perte du Canada [microforme]Chapitre 4 sur 5 · NE: AS · texte numérisé non relu

NE: AS

pour lutter contre l'influence et contre les forces françaises. C’est ainst que le gouverneur de l'Etat de New-York,

ne pouvant obtenir d'argent de son assemblée, était obligé

d'entretenir le fort Oswego à ses propres frais.

La fondation des forts Presqu'isle et Le Bœuf tira cependant de leur torpeur quelques-uns des Etats anglais. Dinwiddie avait envoyé Washington vers le commandant du fort Le Bœuf, Legardeur de Saint-Pierre, pour le sommer d’évacuer ce qu’il appelait le territoire anglais. Le commandant se borna à répondre qu'il attendrait les ordres du gouverneur du Canada.

Dinwiddie fait ses préparatifs. Le gouvernement de la métropole l’autorise à bâtir des forts sur l'Ohio et à employer la force pour empêcher les Français d’en construire. Son assemblée commence par lui refuser tout subside ; il tire de la milice deux cents hommes dont il donne le commandement à Washington; il lui ordonne de bâtir un fort sur | Ohio.

Grâce à sa persévérance, il arrache enfin quelque argent aux représentants de la Virginie et fait appel aux Etats voisins. La Pensylvanie, bien que directement intéressée à la lutte par sa proximité des colonies françaises, cède, comme toujours, à l'influence des quakers et refuse tout subside. Dinwiddie obtient seulement un peu d'argent de la Caroline du Nord, et l'autorisation de se servir de deux compagnies indépendantes que le roi entretenait à New-York et dans la Caroline du Nord. Il forme ainsi le régiment de Virginie, placé sous le commandement de Fry, qui devait avoir Washington pour second. Celui-ci s'était porté à Wills-Creek, affluent du Potomac, où la compagnie anglaise de l'Ohio avait un magasin; il voulait faire de ce lieu la base de ses opérations.

En même temps, le capitaine Trent commençait un fort aux fourches de l'Ohio; il y laissait l'enseigne

Ward qui, attaqué, dut le rendre aux Français. Ceux-

ci le détruisirent et en élevèrent un autre qu’ils nommèrent le fort Duquesne. Les Anglais considérèrent cet acte comme le commencement des hostilités.

C'est ici que se place le meurtre de Jumonville, envoyé vers les Anglais à titre de parlementaire. A ce propos, on a accusé Washington, le futur héros de l'indépendance américaine, d’avoir violé le droit des gens et commis un véritable assassinat. Le problème historique est important ; il intéresse la réputation d’un grand homme dont la loyauté fut dans la suite toujours incontestée. Laissons parler M. F. Parkman, et voyons comment, d’après son récit, les faits se :craient passés.

« Washington se trouvait alors sur le Youghiogany, affluent du Monongahela; il l'explorait dans l'espérance de le trouver navigable, quand un messager vint à lui, envoyé par son vieux camarade, le Demi-Roi {Half-king), qui était en marche pour le rejoindre. Le message avait pour but de lui apprendre que les Français avaient quitté leur fort et s’avançaient dans le dessein d'attaquer les premiers Anglais qu'ils pourraient rencontrer, Peu après, on vint annoncer qu'ils avaient atteint déjà le gué de l’Youghiogany, à 13 milles de distance. Washington se replia vers les Grandes-Prairies, surface unie couverte d'herbes et de buissons, bordée par des collines boisées, et traversée d’un côté par un ravin, dont ses hommes firent avec peu de travail un retranchement en même temps qu’ils coupaient les buissons et dégageaient ce que le jeune commandant appelait « unchamp fait à plaisir pour une rencontre. » Des détachements furent envoyés

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fouiller les bois; ils ne trouvèrent pas d'ennemis. Deux jours se passèrent ainsi. Le 27 mai au matin, Christopher Gist, qui venait de fonder un établissement sur le flanc

opposé du Laurel Hill, à douze ou treize milles de distance, vint annoncer au camp que cinquante Français

s'étaient présentés chez lui la veille, vers l'heure de

midi, et qu'ils auraient tout détruit sans l'intervention de deux Indiens auxquels il avait laissé [a garde de sa demeure pendant son absence. Washington envoya soixante-dix hommes observer le détachement ennemi; la recherche fut vaine, les Français s'étaient si bien cachés qu'ils échappèrent à tous les yeux, sauf à ceux d’un Indien. Le soir, un coureur vint de la part du Demi-Roi, campé à quelques milles de là avec un petit nombre de guerriers, Il faisait dire à Washington qu'il avait trouvé la trace de deux hommes et suivi leur piste vers un vallon obscur qui se trouvait dans la forêt; c'était la que, dans sa pensée, les Français se tenaient en embuscade.

» Washington paraît n'avoir pas hésité un seul instant. Craignant un stratagème formé pour prenüre son camp, il en laissa la garde à la plus grande partie de sa troupe, et, à dix heures, à la tête de quarante hommes, il partit se dirigeant vers les wigwams du Demi-Roiï. La nuit était pluvieuse, et la forêt, pour se servir de ses propres expressions, « était aussi noire que de la poix. » — « Le » sentier», dit-il encore, « était à peine assez large pour » un seul homme; nous le perdions souvent, nous ne » pouvions le retrouver qu'après quinze ou vingt minutes » de recherche, et nous tombions les uns par dessus les » autres au milieu des ténèbres. » Sept de ses hommes s2 perdirent dans les bois et demeurèrent en arrière. Les autres marchèrent à tâtons pendant toute la nuit et

atteiguirent le camp indien au lever du soleil. On tint conseil avec le Demi-Roi; lui et ses guerriers consentirent à prendre part à l'attaque des Français. Deux Indiens servirent de guides. On retrouva les traces des deux éclaireurs français qu’on avait vus la veille, et le détachement, avançant sur une seule file, se précipita à travers la forêt vers le fond rocheux où l'on supposait que les Français se tenaient cachés. [ls y étaient, en eflet. À la vue des Anglais, ils se jetèrent sur leurs fusils. Washington ordonna le feu. [] y eut un combat de courte durée. L’enseigne Coulon de Jumonwville, qui commandait la troupe, fut tué avec neuf des siens; vingt-deux autres furent faits prisonniers; pas un n’échappa, si ce n'est un Canadien, qui s’était enfui dès le commencement de l'affaire. Quand tout fut fini, les prisonniers dirent à Washington qu'on avait envoyé leur détachement lui porter une sommation de la part de Contrecœur, qui commandait au fort Duquesne.

» Cinq jours auparavant, Contrecœur avait envoyé Jumonville fouiller le pays jusqu’à la barrière des monts Alleghanys. Sous ses ordres étaient un autre officier, un volontaire, un interprète et vingt-huit hommes. Il était porteur d’une sommation écrite, avec mission de la remettre au premier Anglais qu'il trouverait. Elle leur ordonnait de se retirer des possessions du roi de France; en cas de refus, elle menaçait de les chasser par la force des armes. Mais, avant de délivrer cette sommation, Jumonville avait ordre d’expédier en toute hâte deux courriers au fort Duquesne pour informer le commandant qu'il avait trouvé les Anglais et pour lui faire savoir le moment précis où il se proposait d’entrer en communication avec eux. Il est difficile de donner un

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autre but à cet ordre que celui de permettre à Contrecœur

d'envoyer au lieu de la rencontre les forces qui pourraient

être nécessaires pour attaquer les Anglais, s'ils refusaient

de se retirer. Jumonville avait envoyé les deux courriers

et s'était caché, apparemment pour attendre le résultat.

Il se tint blotti presque pendant deux jours à cinq milles

du camp de Washington, envoya des éclaireurs le recon-

naître, mais ne donna aucun signe de sa présence, jouant

à la perfection le rôle de quelqu'un qui se cache dans un

mauvais dessein, et préparant sa propre perte par une

conduite qui & peut être imputée qu’à un dessein cou-

pable d'une £art, ou à une extrême folie de l’autre. Des

déserteurs français dirent à Washington que le détache-, ment était envoyé pour espionner et qu'on ne devait montrer la sommation que dans Île cas où on serait

attaqué. par des forces supérieures. Cette dernière asser-

tion est confirmée par l'officier français Pouchot; il dit que Jumonville, se voyant le plus faible, tenta de. montrer la lettre qu’il avait apportée.

» Lesécrivains français disent que, à la vue des Anglais, l'interprète de Jumonville leur cria qu'il avait quelque chose à leur dire; mais Washington, qui marchait à la tête de ses hommes, déclare le fait absolument faux. Les Français vont plus loin : ils disent que Jumonville fut tué, alors qu'il était en train de lire la sommation. Ce fait est également nié par Washington; il ne repose, d'ailleurs, que sur l'affirmation du Canadien qui s'enfuit dès le début de l'action, et sur l’assertion prétendue des Indiens, qui, même s'ils étaient présents, ce qui ‘est invraisemblable, s'enfuirent comme le Canadien avant que la bataille eût commencé. Un officier qui se trouvait

avec Jumonville, Druillon, fait prisonnier, écrivit à

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Dinwiddie deux lettres dans lesquelles il réclamait les privilèges d’un parlementaire; il met en avant toutes les circonstances qui peuvent favoriser sa demande, mais il ne prétend pas que la sommation ait été lue ou montrée avant ou pendant l’action. Il n'y a pas moins d'erreur dans le récit que les Français ont fait de la conduite des Indiens qui étaient avec Washington. « Ce » meurtre », dit un chroniqueur du temps, « produisit » sur les esprits des sauvages un effet bien différent de » celui que le cruel Washington s'était promis. Ils ont » horreur du crime; ils furent si indignés de celui qui » venait d'être commis à leurs yeux qu’ils abandonnèrent » Washington, et d'eux-mêmes vinrent s'offrir à nous » pour en tirer vengeance, » Au lieu d’en agir ainsi, ils se vantèrent de la part qu’ils avaient prise au combat, scalpèrent tous les cadavres français, envoyèrent une chevelure aux Delawares pour les engager à prendre la hache de guerre en faveur des Anglais, et, dans le même but, distribuèrent les autres parmi les diverses tribus de l'Ohio.

» Un jugement froid, un sentiment profond de ses devoirs publics, un empire absolu sur lui-même, étaient même alors les qualités distinctives de Washington; mais il avait à peine vingt-deux ans, était plein d’une belliqueuse ardeur; sa nature était impétueuse et rude. Il est cependant loin d’être certain que, quand même l'âge et l'expérience l’auraient mûri, il se fût abstenu d'agir comme il le fit, car il avait toute raison de croire que les intentions des Français étaient hostiles, et, bien qu'en attendant passivement les événements, il eût fait retomber sur eux la responsabilité du premier coup porté, il aurait exposé son faible détachement à être pris ou

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détruit, en donnant à l'ennemi le temps de recevoir des renforts du fort Duquesne. Le meurtre de Jumonville devait être nécessairement accueilli en France par des cris d'horreur réelle ou feinte, mais le chevalier de Lévis, qui commanda en second sous Montcalm, exprime probablement l'opinion véritable des Français les plus aptes à bien juger, quand il qualifie l'événement d’assassinat prétendu. De quelque façon qu'on la juge, cette escarmouche obscure commença la guerre qui mit le monde en feu. » :

Quand la nouvelle de la mort de Jumonville parvint à Montréal, son frère Coulon de Villiers se rendit en toute hâte au fort Duquesne, et à la tête d'environ cinq cents hommes attaqua le fort Nécessité que Washington venait de construire dans les Grandes-Prairies.

Après une courte résistance, Washington se vit contraint de se rendre. La capitulation qu'on l’obligea à signer portait ces mots : l'assassinat du sieur de Jumonville. On en a conclu qu’il reconnaissait pour juste l’imputation dirigée contre lui. On a répondu que l'officier hollandais Van Braam, chargé de débattre avec les Français les termes de la capitulation, ne comprit pas la portée du motemployé ou en laissa ignorer à Washington la vraie signification. Tout porte à croire que la mort de Jumonville fut le résultat d’une fatale méprise et que le jeune Américain ignora réellement la qualité de parle-

mentaire qui devait protéger la personne de Jumonville

Le fort Nécessité une fois emporté par les Français, Washington rentra dans la Virginie et il n’y eut plus à ce moment un seul pavillon anglais qui flottât au-delà

des monts Alleghanys.

La nouvelle de la défaite subie par Washington affecta vivement les colonies anglaises. L’apathie, l’égoisme des intérêts privés, la politique à courte vue qui avaient régné jusqu'alors, disparurent devant la nécessité de s'entendre pour le salut commun. La plupart des Etats donnèrent des subsides, mais le congrès réuni à Albany ne put réaliser l’union qu’on aurait désirée. L’Angleterre était d’ailleurs peu favorable à une mesure qui pouvait augmenter la puissance des colonies.

I fallait agir rapidement, car la France gagnait du terrain. Dinwiddie, mai soutenu en Amérique, fit appal à l'Angleterre, etlord Newcastle envoya, dès le commencement de 1755, deux régiments avec le major général Braddock.

La France expédia de son côté dix-huit navires de guer + commandés par l'amiral Dubois de la Motte, avec six ‘ataillons formant 3,000 hommes sous le commandement de Dieskau. L'expédition qui partit le 3 mai 1755, portait un nouveau gouverneur, Vaudreuil, envoyé pour remplacer Duquesne dont la santé était altérée.

Malgré ces préparatifs, les deux gouvernements de France et d'Angleterre protestaient de leurs intentions pacifiques, ce qui n'empéchait pas le gouvernement de Versailles d'ordonner à Duquesne de détruire les forts bâtis par les Anglais sur le Kennebec, et l'amiral anglais Boscawen de s'emparer de deux vaisseaux de la flotte

française, l'A/cide et le Lys, à la hauteur du cap Race.

C’est ainsi que les hostilités s’ouvrirent un an avant que la guerre fut officiellement déclarée.

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Pendant cette année 1755, les Anglais avaient décidé d'attaquer les Français sur quatre points : Braddock avec les deux régiments anglais se porterait sur le fort Duquesne; Shirley attaquerait le fort Niagara; William Johnston marcherait sur Crown Point, bâti sur les bords du lac Champlain, et le lieutenant-colonel Monckton serait chargé de réduire Beauséjour que les Français avaient construit sur l'isthme reliant l’Acadie au continent, il soumettrait ensuite toute la péninsule,

Braddock, attaqué à quelque distance du fort Duquesne sur le Monongahela, fut vaincu et mortellement blessé; ses troupes se replièrent sur Philadelphie.

Les AngJjais furent plus heureux en Acadie. Ils s'emparèrent des forts Beauséjour et Gaspereau et se rendirent ainsi maîtres de toute la péninsule. Mais la population acadienne était restée attachée de cœur à la France. Les Anglais assurèrent leur conquête par l'acte odieux de Ja déportation d’un peuple entier, Le 5 septembre 1755, les Acadiens furent tous arrêtés et déclarés prisonniers du roi; quelques-uns échappèrent; les autres, arrachés à leurs foyers, furent dispersés dans les colonies depuis le Massachusetts jusqu’à la Géorgie.

Dieskau, envoyé par Vaudreuil à Crown Point, fut vaincu et pris par Johnston à la bataille du lac Georges ou Saint-Sacrement, le 8 novembre 1755, mais le chef anglais ne put poursuivre ses avantages, tandis que les Français se retranchaient à Ticondéroga. En somme, l'expédition de Johnston avait mal réussi,

Shirley avait encore été plus malheureux. Parvenu au

lac Ontario, il avait voulu s'emparer du fort Fruntenac, mais il échoua dans sa tentative et renonça à marcher sur le fort Niagara. Il renforça la garnison du fort

Oswego et retourna à Albany dans les derniers jours d'octobre 1755.

La campagne était finie. Une déroute désastreuse à Monongahela, un insuccès à Niagara, une victoire sans effet au lac Georges, trois forts pris en Acadie, tels étaient les résultats peu satisfaisants obtenus par les efforts des Anglais. De leur côté, les Français avaient définitivement perdu l’Acadie,

L'Angleterre déclara la guerre le 18 mai 1756, la France le 9 juin. Malheureusement notre pays commit la faute de s'engager dans la guerre de Sept-Ans; il s’unit contre la Prusse à l'Autriche et à la Russie et tourna ainsi contre Frédéric II des forces qu'il eût mieux fait de réserver pour lutter contre l'Angleterre.

En janvier 1756, le marquis de Montcalm fut nommé commandant des troupes françaises de l'Amérique du Nord, avec le grade de maréchal de camp; on lui donna Pour lieutenants les chevaliers de Lévis et de Bourla-

maque; un de ses aides-de-camp était Bougainville. On

envoyait avec lui seulement deux bataillons comprenant douze cents hommes.

Les opérations de l’année 1756 furent encore favorables à la France, Le fort Oswego sur le lac Ontario, le fort Granville sur le Juniata, le fort William-Henry sur le lac Georges, sont pris par les Canadiens. Loudon essaie contre Louisbourg une attaque qui échoue.

Tout semble ainsi tourner contre l'Angleterre, mais Pitt arrive au ministère et tout change. Il prépare trois expéditions : la première, contre Ticondéroga (Carillon), est confiée à Abercromby qu'accompagne lord Howe:

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la seconde, contre Louisbourg, est conduite par Ambherst; la troisième, contre le fort Duquesne, est dirigée par John Forbes. Deux régiments de highlanders sont expédiés en Amérique. On hâte les préparatifs de trois flottes : l’amiral Boscawen se dirige sur Louisbourg; l'amiral Osborr marche contre la Clue au détroit de Gibraltar; Edward Hawke arrête une expédition envoyée de Rochefort, et bien peu de navires français peuvent parvenir en Amérique.

Ambherst et Boscawen attaquèrent Louisbourg avec 11,600 hommes. La ville, vigoureusement défendue par la garnison à laquelle la femme du gouverneur, M" de Drucourt, donnait l'exemple du courage, dut capituler en juillet 1758; les îles du Cap-Breton et de Saint-Jean tombèrent entre les mains des Anglais. Wolfe,. qui distingué pendant ce siège, voulait qu’on marchât

s'était rst jugeant la chose

immédiatement sur Québec. A mhe impossible s'y refusa et l'envoya détruire les établissements français du golfe du Saint-Laurent.

La France était plus heureuse sur les bords du lac Champlain. Montcalm, à la tête de 3,600 Français, battait les 15,000 hommes d'Abercromby à la journée de Ticondéroga ou de Carillon, 18 juillet 1758. Mais cette glorieuse journée allait bientôt être suivie de revers. Le fort Frontenac tomba, le 26 août 1758, entre les mains des Anglais

et les Français furent forcés d'abandonner ïe fort

Duquesne.

Fatigué de la jalousie de Vaudreuil, découragé par

l'abandon de la France, Montcalm avait demandé son rappel. Quand il apprit les grands préparatifs faits par l'Angleterre, il renonça à partir et voulut rester pour sauver la colonie ou périr avec elle. [I envoya Bougain-

ville demander des secours en Europe; on ne lui répondit que par des refus. Le Canada ne pouvait plus compter que sur lui-même.

L'expédition, qui avait Québec pour objectif, partit de Louisbourg au mois de mai 1759; elle était sous le commandement de Wolfe. Vaudreuil et l'évêque de Québec adressèrent un suprême appel à la population; les enfants depuis l’âge de quinze ans, les hommes jusqu’à celui de soixante, devaient prendre les armes. Toutes les forces de la colonie furent concentrées à Québec, sauf Bourlamaque qui restait à Ticondéroga et la Corne aux rapides du Saint-Laurent.

Wolfe arriva devant Québec, pilla les environs et bombarda la ville, L'armée de Montcalm occupait l’espace compris entre Québec et la rivière Montmorency, près de laquelle était établi le camp de Lévis. Les Anglais l'attaquèrent et furent repoussés, 31 juillet 1759.

Pendant ce temps, Amherst dirigeait une opération sur le lac Georges, juillet 1759. Sur l’ordre de Vaudreuil, Bourlamaque abandonna Ticondéroga et Crown Point et se retira à l’Isle aux Noix où la défenseétait plus facile. Ambherst s'établit à Ticondéroga; il s'y fortifia et construisit des navires pour dominer les lacs.

Prideaux, de son côté, marchait contre le fort Niagara, défendu par le capitaine Pouchot qui appela à lui les troupes occupant le petit Niagara, le Bœuf, Venango et Presqu'isle. Prideaux avait en passant relevé Oswego que les Français cherchaient vainement à occuper. Mais un corps français venu au secours de Niagara fut vaincu par les Anglais et se retira à Détroit, après avoir brûlé Presqu'isle, le Bœuf et Venango, et laissé tout l'Ohio supéreiur aux mains des Anglais. Pouchot leur rendit

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Niagara en juillet 1759; les forts Détroit et Michillimackinac étaient ainsi sans communication avec le Canada. Amherst essaya alors, mais trop tard, de marcher sur l'Isle aux Noix; il fut forcé de renoncer à son entreprise.

Cependant Wolfe était livré au plus profond découragement. Après son attaque infructueuse du plateau de Montmorency, il était tombé gçavement malade. A peine rétabli, désespérant de déloger les troupes des positions qu’elles occupaient en avant de Québec, il forma le projet audacieux de s'emparer des plaines d'Abraham qui s'étendaient en arrière de la ville. Ilremonta le fleuve avec une partie de ses troupes, trompa la vigilance de Bougainville chargé de garder les hauteurs, débarqua à l’anse du Foulon, et, pendant une nuit sombre, escalada les pentes abruptes qui du rivage s’élevaient aux plaines

d'Abraham, pendant que Montcalm gardait au-dessous

de la ville le rivage de Beauport contre lequel la flotte de Saunders simulait une attaque.

C’est alors que s'engage la bataille décisive que M. F. Parkman raconte en ces termes :

« Montcalm avait passé une nuit agitée. Pendant toute la soirée, le canon avait grondé des vaisseaux de Saunders; les bâtiments de la flotte stationnaient au milieu des ténèbres à la hauteur du rivage de Beauport, menaçant à chaque instant d'aborder. Les troupes occupèrent la ligne des retranchements jusqu'au jour, et Montcalm, accompagné par le chevalier Johnstone et le colonel Poulariez, arpenta jusqu'à une heure du matin la plaine qui touchait à son quartier général. Johnstone raconte que Montcalm était dans une grande agitation et que; de

‘toute la nuit, il ne prit pas un instant de repos. Au

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point du jour, il entendit le bruit du canon retentissant au-delà de la ville. C'était la batterie de Samos qui tirait sur les vaisseaux anglais. [lavait envoyé aux quartiers de Vaudreuil, plus fapprochés de la ville que les siens, un officier qui devait lui venir apprendre aussitôt tout ce qui arriverait d’extraordinaire. Aucun avis ne lui parvint; vers six heures, il monta à cheval, et suivi de Johnstone, il se dirigea vers les quartiers de Vaudreuil. A mesure qu'ils avançaient, la plaine située derrière la ville se découvrait de plus en plus à leur vue; enfin, quand ils se trouvèrent en face de la maison de Vaudreuil, ils virent, au-delà du Saint-Charles, à environ deux milles de distance, les lignes rouges des soldats anglais qui couronnaient les hauteurs. « L'affaire est sérieuse », dit Montcalm, et il envoya à toute bride Johnstone chercher les troupes du centre et de la gauche du camp. Celles de la droite étaient déjà en mouvement, sans doute par ordre du gouverneur. Vaudreuil sortit de sa maison. Montcalm s'arrêta pour lui dire quelques mots; puis 1l donna de l’éperon à son cheval et traversa le pont du Saint-Charles pour courir au lieu du danger. Il avançait, le regard fixe, sans prononcer une parole.

» L'armée suivit en aussi bon ordre que possible; elle traversa le pont en toute hâte, passa sous le rempart septentrional de Québec, entra par la porte du Palais, et s’avança d’un pas précipité le long des rues étroites de la cité guerrière : troupes d'Indiens avec leurs trophées

de chevelures et leur peinture de guerre, leurs yeux profonds brillant d’un éclat sauvage; bandes de Canadiens pour qui tout était en jeu, la foi, la patrie, le foyer domestique; réguliers de la colonie; bataillons de la vicille France, torrent d'uniformes blancs et de bayon-

nettes étincelantes : la Sarre, Languedoc, Roussillon, Béarn, — les vainqueurs d'Oswego, de William-Henry et de Ticondéroga. Ils passaient en courant, se précipitaient dans la plaine, les uns par la porte de Saint-Louis, les autres par celle de Saint-Jean, et se ruaient, hors d’haleine, vers la hauteur où flottaient toujours les étendards de Guyenne. » Montcalm fut stupéfait par ce qui s’offrait à sa vue;

il s'attendait à un détachement, et il trouvait une armée. En pleine vue devant lui, s'étendaient les lignes de Wolfe : l'infanterie anglaise en rangs serrés, muraille silencieuse d’uniformes rouges; les highlanders à l'équipement étrange, avec leurs tartans qui flottaient au vent, et leurs j cornemuses dont les &ons aigus lançaient le défi. Vau- | dreuil n'était pas arrivé; on n'en sentit pas moins les

; funestes effets du partage du commandement et de la jalousie des chefs rivaux. Montcalm attendit longtemps les forces que ses ordres avaient appélées de l’aile gauche de l’armée. [I] attendit en vain. On dit que le gouverneur

les avait retenues dans la crainte que les Anglais n’atta- | quassent les rives de Beauport. Cette attaque eût-elle eu S

lieu, et même avec succès, les Français n'avaient pas à ] s'en inquiéter, s’ils pouvaient mettre Wolfe en déroute d

dans les plaines d'Abraham. La garnison de Québec ne vint pas davantage au secours de Montcalm. Celui-ci s : envoya demander à Ramesay, son commandant, les vingt- d cinq pièces de campagne qui se trouvaient à la batterie C du Palais. Ramesay ne voulut lui en donner que trois, t prétendant que les autres lui étaient nécessaires pour » se défendre lui-même. Ce n'étaient qu'ordres et contre- à ordres, malentendus, précipitation, retards et indécision. Ù » Morftcalm et ses principaux officiers tinrent un »

conseil de guerre. On dit qu'ils furent d'accord avec lui d'attaquer sur-le-champ. Ses ennemis déclarent qu'il craignait de voir Vaudreuil arriver et prendre le commandement; mais le gouverneur n'était pas homme à se charger de la responsabilité dans un moment si critique. D'autres disent que l’impétuosité de Montcalm l’emporta sur la sûreté de son jugement; il est difficile de le justifier de cette accusation. Bougainville n'était qu’à quelques milles de distance, et une partie de ses troupes était encore plus près; un messager envoyé par le chemin de Vieille-Lorette pouvait arriver à lui en une heure et demie au plus, et il était possible de combiner avec lui une attaque sur le front et sur les derrières de l'ennemi. D'autre part, si Montcalm avait pu s'enténdre avec Vaudreuil, ses propres forces auraient pu être augmentées de deux ou trois milliers d'hommes, tirés de la ville et du camp de Beduport; mais son sentiment était qu'il n'avait pas de temps à perdre, car il s’imaginait que Wolfe recevrait bientôt des renforts, ce qui était im- possible, et il croyait que les Anglais étaient occupés à se fortifier, ce qui était aussi une erreur. On l’a blâmé non seulement d'avoir combattu trop tôt, mais même d’avoir combattu. A cet égard, il n'avait pas le choix. Il lui.fallait combattre, car Woife était maintenant en situation de le couper de tous ses renforts. Ses hommes étaient pleins d'ardeur; il résolut d'attaquer avant que cette ardeur fut refroidie. [1 leur dit quelques mots de ce ton pénétrant et véhément qui lui était farhilier. « Je me » rappelle bien quel air il avait, disaitsouvent dans sa » vieillesse un Canadien qui n'avait alors que dix-huit » ans; il montait un cheval noir ou bai foncé. et passait » devant le front de nos lignes en brandissant son épée,

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comme pour nous exciter à faire notre devoir. Il portait

un habit à larges manches qui retombaient quand -il

levait les bras et montraient la mousseline blanche de

ses manchettes. » :

» Les Anglais attendaient ce qui allait se passer avec un calme qui, s'il n'était pas tout à fait réel, était du moins habilement feint. Les trois pièces de campagne, envoyées par Ramesay, les travaillaient de leurs projectiles et quinze cents Canadiens et Indiens les fusillaient sur le front et sur les flancs. Par toute la plaine, derrière les buissons, les monticules, les bordures des champs de blé, des jets de fumée partaient sans cesse des fusils de ces tireurs cachés. Des .tirailleurs étaient jetés en avant des lignes anglaises pour les tenir en échec, et les soldats avaient ordre de se coucher sur le gazon afin d'éviter les balles. Le feu était plus vif sur la gauche des Anglais; là, des bandes d'excellents tireurs établis au bord de la pente, au milieu des buissons ou derrière les maisons éparses, tuérent ou blessèrent un nombre considérable des soldats de Townshend. On appela de l'arrière-garde

l'infanterie légère. Les maisons furent prises et reprises;

une ou plusieurs furent brülées.

» Wolfe était partout. Un incident qui sürvint dans la matinée, montre combien il était calme et fait comprendre pourquoi ses compagnons d'armes l’aimaient. Un de ses capitaines eut les poumons traversés par une balle; quand il reprit ses sens, il vit son général debout à côté de lui. Wolfe lui serra la main, lui dit de ne pas perdre courage, lui promit un prompt avancement et envoya un aide-de-camp à Monckton pour prier cet officier de remplir sa promesse si jui-même venait à succomber.

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