IMPORTANCE DE LA
PESÉE DES PLEURÉTIQUES
De tous temps on s’est efforcé de trouver un procédé qui permit d'apprécier avec précision les variations des épanchements liquides de la plèvre, mais ainsi que le constatait déjà en 1901, M. Chauffard, tous les procédés cliniques habituellement en usage se montrent ici parfaitement insuffisants.
On a parlé des points de repères, mais aucun thorax ne se ressemble, leur morphologie, leur capacité, leur dilatabilité varient à l'infini et le jaujage d’une plèvre par la percussion ne donne que des résultats imparfaits.
D'autres auteurs (F. Ramond en particulier), ont pensé pouvoir trouver la solution dans l'étude de Ia perméabilité pleurale ; le même principe a inspiré à M. Castaigne ses recherches sur les points cryoscopiques du sérum et de l’'épanchement, et dans deux articles parus dans les Bulletins et Mémoires de la Sociète Médicale des Hôpitaux du 6 juillet 1900 et dans la Semaine Médicale de 1900 (page 233), ces auteurs arrivaient aux conclusions suivantes.
« La période d’augment de la pleurésie est caractérisée par l'existence de la perméabilité pleurale de dehors en dedans et par une différence entre le point de congélation du sérum et du liquide pleural. $
On aurait pu attendre, de procédés aussi délicats, des résultats parfaits, et cependant leur valeur a été bien
vite contestée. C'est ainsi que Lesné et Ravaut : « Renseignemeïits fournis par le dosage des chlorures sur l'évolution des pleurèsies séro-tibrineuses (Presse Médicale, 20 février 19@1) », d'une part, Achard et Lœper: &« Variations comparatives de la composition du sang et des sérosités (Compies Rendus et Mémoires de la Société de Biologie des 8 et 13 juin 1901)», de l'autre, signalent des faits contradictoires.
A leur tour, Lesné et Ravaut, énoncent les propositions suivantes :
La période d'augment de l'épanchement est caractérisée par la diminution du chlorure de sodium dans les urines et l'augmentation du rapport —
Pendant toute la phase stationnaire, la formule ne varie pas.
Enfin à la phase de régression, on voit Nace aug-
menter et corrélativement le rapport = diminuer. Nace
Outre qu'il s'agit là de recherches minutieuses, qui, par là même ne sont guère à la portée de la plupart, on peut encore reprocher à ces procédés d'être insuffisants, car s'il n'est pas contestable qu'ils montrent dans quel sens évolue la maladie, et permettent d'apprécier grossièrement si elle est à sa phase d'augment, stationnaire ou en voie de régression, ils ne peuvent en aucune facon permettre une évaluation quantitative directe de l'épanchement. Ils font en outre intervenir un facteur d'erreur des plus importants, nous voulons parler de la perméabilité rénale au chlorure de sodium dont les variabilités avec chaque individu viennent encore compliquer la question.
La Radioscopie permet certes d'atteindre un plus haut degré de précision et, de tous les procédés étudiés, elle nous apparait comme de beaucoup le meilleur. Cependant son emploi n’est guère à la portée du médecin isolé ; de plus, linterprétation d’une image radioscopique n'est pas toujours chose facile, notamment lorsqu'il s’agit d'apprécier la quantité de liquide contenue dans une plèvre. Ici, en effet, interviennent de nombreuses causes d'erreur: outre les différences de forme et de volume de chaque thorax, nous nous heurtons à de grosses difficultés d'interprétation tenant, les unes à l’état des feuillets pleuraux eux-mêmes, les autres à l’état du poumon sous-jacent. Et en effet, il est de règle qu’une plèvre enflammée soit épaissie, ou tout au moins plus vascularisée que normalement, et dès lors au-dessus de la nappe liquide on aura sur l'écran une obscurité plus où moins prononcée, en tout cas souvent difficile à différencier de celle que donne l’épanchement lui-même ; ou bien ce seront les adhérences qui, fixant le poumon dans sa situation et s'opposant à son refoulement, ne permettront que la for- Maton duncomince lame. liquide entre les deux feuillets pleuraux, épanchement de faible volume qui n’en apparaîtra pas moins comme une grosse pleurésie.
Le poumon peut encore présenter au cours d’une pleurésie des différences de densité qui feront que tantôt il surnagera et tantôt au contraire il plongera dans le liquide, ce qui vient encore compliquer la question.
Nous ne nous attarderons pas davantage sur ces considérations.
Il nous à paru intéressant de mettre en parallèle l'insuffisance des précédentes méthodes, en dépit des difficultés de leur mise en œuvre, et inversement, la simplicité de la pesée journalière et la précision des résultats qu’elle donne.
A l'appui de nos assertions, nous donnons dans les pages suivantes trois observations de pleurésies de l'enfance dans lesquelles, comme on pourra s'en rendre compte, la pesée a pu donner des renseignements très précis et qui mieux est très précoces.