HISTORIQUE
On a très souvent, quoique à tort, considéré le morbus democraticus comme compatible avec la marche régulière des fonctions cérébrales. De nos jours même d’excellents esprits, qui ne se sentent pas le moins du monde atteints, sont pourtant en proie à cette affection.
Et cependant beaucoup d’écrivains ont, depuis longtemps, étudié cette espèce de maladie mentale ainsi que les effets désastreux qui pourraient résulter de sa généralisation, au détriment de l’ordre social.
Ainsi, et pour n en citer que quelques-uns parmi les plus illustres, on peut, en remontant jusqu’à l’antiquité, consulter Aristote, dans sa Politique, Platon, dans son Criton , Cicéron,
dans ses Offices ; puis, sautant un grand nombre de siècles, interroger Montesquieu (Lettres-persanes), Voltaire (Correspondance) ; puis, plus près de nous encore, entendre La Mennais, Guizot et Proudhon.
Il me serait bien facile de donner un nombre beaucoup plus considérable de noms d’auteurs qui se sont occupés de ce problème de pathologie mentale. Car, il faut le reconnaître, presque tous ceux qui ont traité de la société, de l’ordre qui est sa santé, et des conditions nécessaires à la conservation de la vie sociale, presque tous, dis-je, ont affirmé, une fois ou une autre, que la souveraineté du peuple est un poison mortel pour la société, et le signe d’un fonctionnement anormal du cerveau chez les individus qui se prétendent démocrates.
Je compte reproduire, dans le cours de celte monographie, quelques-unes de leurs appréciations.