CHAPITRE PREMIER
FAITS MÉTÉOROLOGIQUES ET ÉPIDKMIOLOGIQUES. l'invasion RÉELLE REMONTE AU PLUS TARD AU MOIS
d'octorre 1873.
La disette d'abord, puis la famine avec toutes ses horreurs, sévirent encore sur les Arabes de la Cyrénaïque en 1869, 1870, 1871, 1872 et 1873. La récolte de 1874 fut surabondante, mais elle ne put faire cesser totalement la misère qui régna jusqu'en avril et en mai sur ces malheureux nomades. Ainsi, on peut dire que durant cinq années consécutives la Gyrénaïque était
exposée à une sécheresse anormale quand, au commencement de 1874 et probablement dès l'année 1873, les pluies saisonnières se montrèrent assez copieuses pour amener une moisson exceptionnellement bonne. Tous ces faits ne semblent-ils pas la répétition de ceux que nous avons relatés à propos de la peste de 1858? L'analogie est encore plus remarquable, si on consulte les faits qui ont rapport au règne pathologique. On les voit se répéter presque identiques : «■ Pendant ces cinq années de disette, les épidémies vinrent s'ajouter à la famine; la variole, le typhus, le choléra enlèvent une grande partie de la population de la Cyrénaïque. » Quels étaient les symptômes du typhus dont il est ici question? N'élait-il pas accompagné, comme celui de 1856, de bubons aux aines et aux aisselles dans un certain nombre de cas? Le rapport de M. Arnaud ne parle pas de cette question. On se bornera donc à enregistrer ici qu'en 1874, comme en 1858, la peste se montra sous forme épidémique dans le pays de Barca, après une série de cinq années de sécheresse et de disette, dans lesquelles le choléra, Ui variole et le typhus lirent do grands ravages sur la population.
Laval, qui paya de la vie son dévouement pour la science et pour l'humanité, arriva à Merdje le 7 juin. Le 8 au soir, il adressait son rapport aux autorités de Benghazi. Il eut hâte évidemment de constater les faits d'une urgence immédiate; il n'eut pas le temps de faire une enquête détaillée sur la date véritable de l'invasion de la maladie; il nota seulement son début dès les pre-
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miiTs jours d'avi'il dans un polit campement arabe qui oomnumi(jua le tléan au village de Mcrdjc. M. le docleur Arnaud, qui eut devant lui le temps suffisant pour approfondir la question, va plus loin que son infortuné jirédécesseur. Il fait observer avec justesse qu'il serait assez difficile de préciser exactement l'époque des premières manifestations de la peste (i). Il fixe ensuite au o ot au 7 avril l'invasion de la maladie dans les deux premiers foyers désignés par des renseignements unanimes comme étant deux campements arabes, situés à deux heures et demie au sud-ouest deMerdje. Mais, avant la formation de ces foyers, la peste n'existait-elle pas au moins par cas isolés? L'assertion suivante de M. le docteur Arnaud ne laisse pas de doute à ce sujet : « D'après les informations que j'ai pu recueillir, la peste se serait manifestée avant l'époque désignée dans cette statistique (soit le 5 avril) ; en effet, six mois auparavant, il mourait isolément çà et là, dans la tribu des Orphas, quelques personnes avec des gonflements aux aines, aux aisselles, au cou (2). » Yoilà donc résolue la question de l'origine du fléau, sur laquelle M. Arnaud a jeté une clarté à peu près suffisante.
Nous dirons donc que la peste de Benghazi n'a pas commencé dans les premiers jours d'avril 1874, mais six mois plus tôt, en octobre 1873, dans une de ces grandes tribus nomades qui se partagent le pays de Barca pour
(1) Paî,'e 31.
(2) Wxire :J3.
la culture du sol et Fclève du bétail. A M. Arnaud revient le mérite d'avoir relevé ce fait important; seulement, obéissant à des idées qui ne sont malheureusement encore que trop répandues, sur la nécessité de foyers envahissants pour caractériser la peste, il a hésité, après avoir reconnu les faits, à se prononcer nettement sur leur nature et à faire remonter à l'automne 1873 le début du mal.