‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 17 sur 60 · APPLICATION DKS MESURES SANITAIRES · texte numérisé non relu

APPLICATION DKS MESURES SANITAIRES

régime qiiarantenaire pour la Tripolitaino ; mais il ne faut pas oublier que, bien que, vers le mois de mai (1), on tut informé à Constantinople qu'une maladie, qui pouvait bien être la peste, régnait à Merdjc, cependant lo 15 juillet, il la conférence sanitaire de Vienne, M. Bartoletli, inspecteur général des services sanitaires ottomans, s'exprimait, à propos de cette peste, dans les termes suivants : « Il s'est montré h Merdje une maladie caractérisée par des bubons, mais jusqu'à présent l'administration n'a reçu que dos nouvelles contradictoires qui ne permettent pas d'asseoir un jugement sur la nature de cette épidémie. »

Qu'arriva-t-il au milieu de tous ces atermoiements et de toutes ces incertitudes? C'est M. le professeur Marouin qui nous l'apprend : « Pendant tout l'hiver 1873-74, des convois d'émigranls, ne trouvant plus à vivre dans la province de Benghazi, affluèrent en Crète, déclarant que la famine et les maladies qui en étaient la suite les obligeaient à fuir le sol africain (2). » Il y eut donc Là un danger imminent et une voie ouverte pour l'introduction des germes de la peste pendant près de six mois, sans compter les nombreuses compromissions avec d'autres localités, soit pendant ce môme laps de temps, soit ultérieurement.

C'est donc, comme nous l'avons démontré, au commencement d'octobre 1873, et non aux premiers jours

(1) Rapport (lu docteur Arnaud, page 7.

(2) Gazette médicale d'Orient, 30 septembre 1874.

d'avril 1874, qu'il faut reporter le vrai début de la peste dont nous parlons. Elle exista d'abord çà et là, par cas sporadiques, dans une tribu arabe, pendant tout l'automne et tout l'hiver. Ce ne fut qu'au commencement du printemps qu'elle prit la forme épidémique dans deux tribus voisines, mais distinctes l'une de l'autre (1). C'est le 28 mai seulement qu'elle débuta dans le village de Merdje. La peste régna ainsi pendant huit mois aux portes mêmes de l'Em'ope méridionale sans qu'on en fût informé. Quand la première nouvelle en arriva et qu'un commencement de mesures restrictives se trouva prescrit immédiatement, il circula un autre bruit qui fit lever toutes les restrictions. Ce ne fut que deux mois et demi après le début de la maladie sous forme épidémique bien caractérisée, que celle-ci fut reconnue et que son diagnostic fut mis hors de doute. Malgré cela, une troisième commission déclara, neuf mois après l'invasion du fléau et sa diffusion dans la plus grande partie du pays de Barca, que la santé publique était excellente à Benghazi et aux environs. Cette commission ne fit mention de la peste que d'une manière accessoire, et elle avança un fait contraire à la vérité en disant que le mal était cerné dans Merdje, alors qu'il existait plusieurs foyers autour de cette localité, comme tout cela appert du rapport officiel de M. le docteur Arnaud.

Si l'on veut recueillir des faits probants en faveur des

(1) Rapport du docteur Arnaud.

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