CHAPITRE PREMIER
I M PORTANCE DES ÉPIDÉMIES PESTILENTIELLES DE LA MÉSOPOTAMIE. COMMUNICATIONS DE CETTE PROVINCE AVEC LA SYRIE, LA PERSE, LE KURDISTAN.
IMI'OSSIHILITÉ DE l'iSOLEMKNT SUR LES FRONTIÈRES DE TERRE.
On a vu dans les livres précédents quelles ont été, iiîs la Cyrénaïque, pendant deux épidémies mémora- 'ItiS, les mesures sanitaires adoptées, et, d'après le mode
et l'épnquo de leur application, nous avons pu apprécier leur insuffisance, leur manque absolu de contrôle sur la marche des épidémies et les dangers dont un tel état de choses avait menacé la Tunisie, l'Algérie, les îles de Crète, de Malte et le midi de l'Europe, en 1856 et en 1858 et en 1873 et 1874, Nous allons passer maintenant à un sujet plus important encore, s'il est possible. Les épidémies de peste de la Mésopotamie ont été aussi, (dans le commencement de ce siècle et dans les siècles passés, célèbres par leur intensité. Les recherches que j'ai faites à ce sujet dans Y Histoire de la peste bubonique en Me'sopota77iie montrent, contrairement à la doctrine régnante, que les grandes pestes de la Mésopotamie se relient, dans le xvui" et le xix'' siècle, à des émissions • pestilentielles venues du nord et du nord-onest. J'ai i établi ainsi, d'après les données que la science possède, qu'on n'avait jamais observé en Mésopotamie, depuis deux cents ans, une peste endémique comme celle qui régna à plusieurs reprises, pendant d'assez longues séries d'années, en Egypte, à Constantinople, en Arménie, en Géorgie, dans le siècle passé et dans la première moitié de ce siècle. Je n'ai rien préjugé de l'avenir; l'épidémiologie est encore dans l'enfance ; les matériaux dont disposent les rares travailleurs qui s'occupent de cette science sont épars, difficiles à recueillir et le plus souvent incomplets. C'est assez pour faire sentir qu'on ne peut aujourd'hui poser une loi générale absolue (si toutefois il y en a à établir) quant h l'intensité ou à la propagation ultérieure des épidémies de peste de
IMPORTANCE DES ÉPIDÉMIES DE LA MlOSOPoTAMlE. 77
l;i Mésopotamie, d'après leur origine aiilochthonc ou non.
L'histoire parle de iléaux qui eurent leur origine en Mésopotamie et qui envahirent lu plus grande partie du monde alors connu. Telle fut, par exemple, l'épidémie du temps de ^larc-Aurèle, qu'As truc rapporte à tort à l'Kthiopie, et qui débuta effectivement àSéleucie ou aux environs, c'est-à-dire au voisinage même des localités où naquit la peste, en 1867 et 1874.
La Mésopotamie est bornée à l'ouest par des déserts qui la séparent de la Syrie et qui sont un obstacle (non une barrière infranchissable) à la transmission de la peste. An sud, elle est limitée par le golfe Persique où se jettent le Tigre et l'Euphrate par une embouchure commune, celle du Schat-el-Arah, vaste lleuve sur lequel se trouve Bassora. Là se rendent un grand nombre de navires à vapeur et à voiles qui relient cette ville commerçante avec les différents ports du golfe et avec rinde, la mer Rouge, la Méditerranée. A l'est, la Mésopotamie est séparée de la Perse par une longue ligne de frontières coupée par quelques routes assez fréquentées, entre autres, celle qui mène de Bagdad à Kermanchah par Khanéguine. Les nomades arabes, kurdes ou persans traversent en masse, deux fois par an, cette frontière dans leurs migrations périodiques, pour faire paitre leurs troupeaux dans la plaine en hiver et sur les montagnes en été. Ce mouvement de population est considérable, et il est impossible de le soumettre à une surveillance quelconque, encore moins à des prescrip-
lions quarantenaires, tant à cause de l'état semi-ind^ pendant de ces tribus que par ce fait, que toutes \M routes leur sont bonnes dans leurs migrations, et que cl ne sont ni les sentiers ni les défilés qui manquent sijj cette zone neutre si étendue en longueur. On a présenté à la conférence sanitaire de Constantinople ces faits sous un autre point de vue, que toutes les personnes compétentes qui ont parcouru ce pays, ou qui en connaîtront à fond la géographie, reconnaîtront facilement comme purement théorique, bien que l'auteur de ces assertions affirme avoir examiné les choses sur les lieux mêmes.
Au nord, la Mésopotamie confine aux contreforts méridionaux des montagnes du Kurdistan. Il y a aussi de ce côté des nomades qui, de même que ceux de la frontière persane, traversent deux fois par an les limites de la province, pour y entrer en hiver et pour gagner pendant l'été les pâturages situés à de grandes altitudes. Indépendamment de ce passage continuel des tribus, on trouve là des routes importantes à surveiller, parce qu'elles sont la voie d'un transit considérable de marchandises et de voyageurs. On a pensé pouvoir soumettre ces communications aussi à la surveillance quarantenaire. Je crois que, de ce côté, de même que sur la frontière persane, ces moyens sont radicalement insuffisants, et le fait est que depuis l'étabhssement do ces barrières fictives le choléra s'en est toujours joué en les traversant à chaque épidémie. Si les pestes de la Mésopotamie en 1867 et de 1874 à 1877 n'ont pas dé-