‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 21 sur 60 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

GKOOIUPHIE MÉDICALE .

Les différentes pestes de la Mésopotamie, dont nous allons parler ici, se sont toutes manifestées dans un espace de forme elliptique dont le grand diamètre serait dirigé du nord- ouest au sud-est et qui, affleurant et dépassant môme un peu le territoire propre de Bagdad, au nord, sur le Tigre, toucherait au sud à la ville de Souk-el-Chéiouksur TEuphrate, à 88 kilomètres àl'oucst de son confluent avec le Tigre. Celte contrée est traversée du nord-ouest au sud-est, dans le sens de son axe principal, parle Tigre et l'Euphrale. Le premier de ces • grands fleuves n'est séparé du second au nord, c'est-àdire près de Bagdad, que par une plaine de 40 kilomètres ■ d'étendue. Dans son cours, il forme un coude très margué à Kut-el-Amara, se dirige à l'est, et sort de la région pestiférée par le 32% 33' de latitude. A l'endroit t de cette inflexion, il en sort un canal qui se dirige presque directement du nord au sud et va joindre l'Euphratc un peu au-dessus de Souk-el-Chéiouk ; c'est le Schat-cl-Haï. L'Euphrate, à Mousséyib, parle 32", 40', émet aussi de sa rive droite une branche considérable.

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am)c\6e canal de Hhidié, qui, se dirigeant fUi nord au sud, forme une inondation considérable surtout au printemps, dans le district de Ilindié, i\ l'ouest de lïillé et des ruines de Babylone et entre les villes de Kcrbéla et de Nédjef.

Sur le Tigre, on ne trouve dans l'espace dont nous parlons que la grande ville de Bagdad et Kut-el-Amara qui ne mérite pas encore le nom de ville. Les rives de ce fleuve sont donc presque désertes. Il en est tout autrement de celles de l'Euphrate. Nous avons déjà cité la petite ville de Mousséyib ; au-dessous d'elle, on trouve la ville de Ilillé, puis celle de Divanié, plus bas on rencontre les ruines de Lumlum et Samava. A l'ouest du fleuve, entre le 33" et le '6^" degré de latitude, se trouvent les villes saintes de Kerbéla et de Nédjef, éloignées, la première, de 24, et la seconde de 40 kilomètres de l'Euphrate, mais situées toutes deux à peu de distance du canal de Hindié.

Deux localités méritent d'attirer particulièrement l'attention ici : l'une est le district de Hindié que nous venons de nommer et qui donna naissance à la peste de 1867, l'autre est le district de Dagara où surgit la peste de 1874. Le district de Hindié est situé entre Kerbéla et Nédjef et à l'est d'une ligne qui joindrait ces deux villes ; il est beaucoup plus rapproché de la première que de la seconde. A l'époque des grandes eaux, quand l'Euphrate, après avoir rempli tous ses canaux, inonde le pays plat qui l'entoure, on s'embarque à Kerbéla même pour aller à Nédjef, et on traverse ainsi en bateau le pays de Hindié, dont les misérables villages, composés de huttes en

roseaux, sont presque tous entourés d'eau pendant le débordement du fleuve au printemps. Les Arabes, qui habitent ce petit district compris entre l'Euphrate et le canal de llindié, se livrent à la culture du riz et à l'élève du bétail. Les terrains oii l'on cultive le riz restent, dans certaines années, quelquefois sous l'eau pendant trois mois entiers. Les habitants, comme du reste la plupart des Arabes de la Mésopotamie, sont grands, forts, bien développés. Ils sont faits à ce climat et créés pour ce pays dont ils peuvent seuls supporter les chaleurs torrides et la malaria.

Dagara et Affij, situés au voisinage, se trouvent par le 32" degré et quelques minutes de latitude et sous le 45° degré de longitude, sur la rive gauche de l'Euphrate. De tous les canaux qui sortent de ce côté du fleuve, un peu au-dessus de Divauié, celui de Dagara est le plus considérable ; il reçoit près d'un tiers de la masse des eaux, coupe en tous sens, par ses nombreux embranchements, la vaste plaine de Dagara, et, en se dirigeant du nordouest vers le sud-est, il se perd dans les vastes marais dont le pays est couvert. Les Arabes de cette contrée sont aussi doués d'une constitution vigoureuse; ils ont le teint basané, le regard très-intelligent; ils sont hauts de taille et très-musculeux. Les chaleurs excessives, les vastes marais et les inondations artificielles nécessitées par la culture du riz, ne paraissent par les prédisposer, en temps ordinaire, à des maladies longues ou graves. Les fièvres intermittentes, dit Castaldi, y sont tellement légères, qu'elles guérissent le plus souvent sans aucun

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Irailcmcnt. « Ces Arabes logent dans dos espèces de lanières infectes, à moitié creusées sous la terre, ceintes de boue et couvertes de roseaux. Pour y pénétrer, il faut passer par l'unique ouverture qu'on y a pratiquée à [leur do terre. Une natte à moitié pourrie leur sert de lil. C'est dans ces espèces de terriers que logent les habitants, en communauté de domicile avec leurs troupeaux, leurs chevaux, leurs chiens. Les demeures sont entourées do toutes sortes d'ordures. On ne peut pas se former une idée de la saleté repoussante de ces hommes et de ces maisons. » Tel est le district, tout à fait analogue à celui de Ilindié, où se développa la peste en 1873-1874.

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