‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 28 sur 60 · ÉPIDÉMIE DE LA MÉSOPOTAMIE EN · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIE DE LA MÉSOPOTAMIE EN

en 187i-187o. A la fui do 1874 la poslc so montra doiiouvoaii à Divauié. M. Colvill dit que, dans les proniicrs jours de janvier, on annonça la présence de la peste sur les rives du Schat-el-IIaï ; plus tard on apprit que la peste avait atteint la grande tribu des Monlcfik qui habitent au sud des Affij. Le mal arriva ensuite jusqu'à Souk-cl- Chôiouk. Cette année, la peste s'étendit sur toute la contrée, bornée à Vest par le Schat-el-IIaï (c'est-à-dire par une ligne tirée de Kut-el-Amara à Souk-el-Chéiouk), au .s7/r/par une ligne suivant la rive droite de l'Euphrato de cette dernière ville jusqu'à la mer de Nédjef; au )iord par une ligne passant par cette mer, Dagara et Kut-el-Amara, Cet espace forme comme un vaste triangle dont la base, posée parallèlement et un peu à l'ouest de l'Euphrate, ne mesure pas moins de 217 kilomètres, et dont le petit côté, faisant face au nord-ouest et s'étendant de Kut-el-Amara à la mer de Nédjef, mesure 160 kilomètres.

Au commencement de février, la peste était dans le district d'Abdara, à 12 lieues de celui d' Affij. Dans la première moitié de mars, nous la voyons à Fowwar, près du canal de ce nom, au sud du marais des Affij, et à Chcnafieh situé à l'extrémité méridionale des marais ou de l'inondation qui s'étend au sud de la mer de Nédjef. La peste y avait déjà paru l'année précédente. Aux premiers jours de mai 1875, il y avait eu en trois jours 11 décès sur 100 habitants; coux-ci, pris d'épouvante, s'enfuirent dans les marais voisins. Dans une localité située sur une des branches du Scliat-el-llaï, sur

2,000 habitants il y eut 460 décès ; le reste de la population s'enfuit à Kut-el-Amara. A Haï-Wasit, à 64 kilomètres de distance de Kut-el-Amara sur le Schat-el-Haï, dans une population de 4,000 habitants il y avait eu 500 décès et le mal sévissait encore dans la première quinzaine de mai. A Schatra, localité marécageuse située sur la rive gauche de l'Euphrate, entre Samara et Souk-el-Chéiouk, la peste ne débuta qu'en avril, et au commencement de mai M. Colvill la trouva dans toute sa violence. Enfin, à Souk-el-Chéiouk, la peste éclata en mars, et sur 2,000 habitants il en mourut 200. Dans les districts situés au sud de Hillé, oii le fléau avait régné en 1874, il sévit encore en mai et juin 1878. Dans quel ques localités, la maladie était en décroissance en mai. Dès la fin d'avril, dit-on, elle avait cessé à Divanié. Dans d'autres points elle continuait sa marche ascendante. Cette épidémie, d'après une estimation très-vague évidemment, donna lieu comme celle de l'année précédente, à près de 4,000 décès.

Voici les symptômes observés en 1875 par M. Colvill: Le malade au début paraît comme frappé d'égarement, il est hagard et inquiet, puis la fièvre survient, le visage prend un air de stupeur, les yeux sont rouges et troubles, la langue se tuméfie, elle est noire, ou blanchâtre, ou jaunâtre. Quand le malade peut répondre autrement que par des gémissements, il accuse des douleurs lancinantes à l'épigastre. Respiration précipitée, pouls trèsrapide, constipation ; la diarrhée était considérée comme un signe favorable. Après la fièvre survenaient quelques

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sueurs et onsuilc; lo malade reprenait connaissance. Ouelques heures après le début de la fièvre, de vives douleurs se manifestaient h l'aine, à l'aisselle ou au cou ; le gonflement des ganglions lymphatiques était très-soudain. Ce symptôme se montra dans tous les cas, l'aine était plus fréquemment atteinte que l'aisselle, les bubons cervicaux étaient plus rares. La mort survenait du deuxième au troisième jour. La mortalité, considérable dans la première moitié de l'épidémie, s'est élevée dans quelques localités à 93 ou même 95 p. iOO. Dans la seconde moitié de l'épidémie et vers sa décroissance, le plus grand nombre des malades guérissait. La maladie s'éteignit au début des fortes chaleurs. Le 11 juillet 1875, un télégramme de Bagdad annonçait la cessation du fléau, mais dès le 1" juin l'épidémie diminuait partout, et le mal presque avait entièrement cessé.

Le 22 juillet, un second télégramme de Bagdad ayant conlirmé la nouvelle de la cessation de la peste en Mésopotamie, le Conseil supérieur de santé de Constanlinople décida de mettre en libre pratique les provenances de rirak-Arabi et informa de cette décision les autorités sanitaires de Bagdad, Diarbékir, Alep et de la Syrie (1).

La disparition de la peste au milieu de l'année 1875

(1) On ne sait pas à quelle époque la patente brute fut délivrée aux navires partant de Bassora en 1874 ; nous ne savons pas non plus à quelle époque on supprima cette patente. Mais M. le docteur Buez nous apprend ce fait curieux que, le 12 octobre 1874, le navire J/wisa/t arrivait à Suez avec une patente de Bassora portant qu'à Divanié il n'y avait pas de cas de peste et que jamais on n'avait entendu parler de cette maladie. (Gazette hebdomadaire, 29 janvier 1873.)

fut-elle due encore aux mesures restrictives et aux moyens de désinfection employés? On ne s'est pas exprimé plus nettement à ce sujet en 1875 qu'en 1874, et cela est à regretter; car il serait bien important de savoir comment on aurait pu procéder, dans les localités que nous venons de mentionner, sur un si vaste espace et avec des populations en grande partie nomades, à une désinfection efficace et à des quarantaines utiles (1). De simples assertions, comme je le répéterai toujours, ne suffisent pas à ce sujet. Le public savant, seul juge en semblable matière, désirera sans doute connaîtrel'époque du début de la maladie et celle des désinfections, les moyens mis eu usage pour les effectuer, le lieu précis oii furent établis les cordons et les quarantaines, le nombre des agents dont on a disposé pour les maintenir, les infractions dont elles ont pu être passibles.

(1) On sait seulement qu'on établit, à la première nouvelle de l'apparition de la maladie près de Samava, un cordon sanitaire autour du district et qu'on ordonna de brûler les buttes d'un village, celui d'Umulnédjérin.

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