‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 3 sur 60 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

GÉOGRAPHIE MÉDICALE

Le pays de Benghazi, clans lequel ont eu lieu les deux épidémies importantes de peste de 1858 et de 1874 que nous avons à relater successivement ici, est à peine connu, bien qu'il soit situé sur le littoral nord de l'Afrique, à peu de distance de l'Europe méridionale. Il fuit partie de la province de Tripoli et est situé à 70 lieues seulement de l'ile de Crète, à 440 de Malte, à 150 de la

Sicile. Ce district correspond assez exactement à l'ancienne Cyrénaïque ou pays de Barca, qui fut colonisé par les Grecs plus de six siècles avant notre ère. On le connaissait aussi dans les temps anciens sous le nom de Pentapole de Libye. Aujourd'hui la masse de la population n'y est point agglomérée ; l'existence nomade, seule compatible avec l'état actuel de la contrée, y a pris la place de la vie sédentaire. Quelques rares voyageurs modernes ont noté la beauté et l'exubérante fertilité de ce pays ; après l'hiver on rencontre en effet dans la plaine de nombreux étangs et même de petits lacs formés par les eaux qui descendent des collines ; les champs sont couverts alors de vertes moissons. Si on parcourt au contraire la Cyrénaïque pendant l'été et après des années de grande sécheresse, le tableau est tout à fait différent. L'année peut se diviser -en deux saisons : celle des pluies qui commence le 15 septembre et ne cesse complètement que vers la fin d'avril, couvre la campagne de beaux pâturages, de moissons abondantes et d'une riche végétation ; dans la saison sèche, au contraire , l'influence d'un soleil torride fait disparaître l'humidité de presque partout, même des basfonds, et cela même dans les années ordinaires. Les marais d'eau douce manquent complètement dans ce pays; les marais salés, par contre, sont vastes et nombreux sur différents points de la côte et même tout à fait à côté de Benghazi. Sur le plateau, les sources sont rares, mais lespuits d'eau potable doivent être nombreux à l'intérieur et bien connus des nomades. Les puits du

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Deux villes seulement existent encore dans le pays de Barca, Benghazi h l'ouest et Derna à l'est, toutes deux sur la mer. Benghazi, située à l'extrémité nord d'une vaste plaine sablonneuse, compte environ 1,1 00 maisons et G à 7,000 habitants. Pendant les gros vents du nordouest, les eaux de la mer inondent, aux portes delà ville, une grande étendue de terrain; quand elles se retirent, elles laissent une foule de flaques dont les eaux croupissent en contact avec des immondices de toutes sortes. « Les habitations, dit Barozzi, sont de véritables cloaques; dos tas de fumier, des ordures dégoûtantes en couvrent la cour; les chèvres et les brebis parquent dans la même pièce, à côté de la natte qui sert de lit à toute la famille. » M. Arnaud, en 1874, confirma les observations de son prédécesseur, en notant que les maisons et les rues étaient dans un état déplorable.

Le commerce de Benghazi est assez important, les navires qui y touchent y font d'excellentes provisions à bon marché; aussi plus de 300 voihers de petit tonnage y entrent et en sortent chaque année, sans compter les navires à vapeur. Ils y importent des toiles de Malte et du Levant, des huiles, des armes; ils en exportent du blé, de r orge, des laines, des étoffes de laine, des bœufs, des moutons, du beurre salé, etc. Le commerce est à peu près restreint aux îles de Malte, de Candie, au port do Tunis et à quelques points du Levant.

A l'époque de la moisson et dès le mois de mars, 7 à 8,000 ouvriers affluent dans cette viHc de dilférents

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points de lii province do Tripoli, de l'inléricur du pays et même de l'oasis d'Audjela; quelques-uns des côtes do la Grèce, uii grand nombre de Candie; ils viennent s'engager comme moissonneurs. Cette population flottante, qui doublerait ainsi le chiffre des habitants de Benghazi, no séjourne pas dans la ville; elle se disperse, avec une grande partie des habitants, dans la campagne pour la récolte des céréales. Aussi, de la tin d'avril au mois de juillet, Benghazi est presque désert; les deux tiers de là population sont aux travaux des champs. On voit que la plus grande partie de la population de Benghazi est agricole; elle élève également des bestiaux, mais en beaucoup moins grande quantité que les nomades.

Derna, située à l'est de la province, au fond d'une petite baie, est la seconde ville du pays et la plus salubre. Elle est à 223 kilomètres est-nord-est de Benghazi. L'ancienne Demis forme en réalité aujourd'hui un groupe de 5 villages comportant ensemble de 7 à 800 maisons, avec une population de 2,o00à3,000 âmes.

Après ces deux centres de population, on ne trouve que de pauvres villages situés dans l'intérieur des terres, tels que Kéfouta, Guéguep, Laouya, Merdje, etc.

Le plateau de Barca est habité par des tribus qui changent souvent do campement avec leurs troupeaux, à la recherche de pâturages; ce sont les Orphas, les Fériq-el-iïassan, les Abides, les Kmeil, les Zékri, les Bactra.

Barozzi, d'après l'évaluation de plusieurs chefs arabes, fixe la population de la Cyrénaïque à 60,000 habitants,

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(loni 11,000 il HiMighazi cL ù Dcnui, 3 à 4,000 dans los i^roUrs taillées dans lo calcaire par les anciens liahilaiils du pays, et4u,000 nomades. Les diverses races sont Irèsmélangécs entre elles ; on trouve ici des Maures, des Arabes, des Berbères, des nègres, des scénites, etc.

La nourriture des Cyrénéens laisse beaucoup h désirer, selon l'écrivain que je viens de citer. Il avait vu le pays après le lléau de la famine, et il avait été frappé des desidcrata que présente sans doute l'alimentation des Arabes nomades au point de vue de notre hygiène.

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