‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 8 sur 60 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DÉTERMINATION DE l'ÉPOQUE RÉELLE d'iNVASION DE LA PESTE DANS LA PROVINCE DE BENGHAZI,

Nous voici arrivés maintenant au second point capital de cette enquête. Nous avons fait voir qu'on reçut à Gonstantinople, seulement le 23 juin 1858, les rapports du médecin sanitaire de Benghazi datés du commencement et de la fin de mai, annonçant incontestablement l'invasion do la peste sous le nom de typhus non contagieux. Les premières mesures quarantenaires, prises enËgypte, ne datent que de la mi-juin; à Rhodes, à Malte, du 21 juin; dans les ports de la Turquie et des autres puissances riveraines de la Méditerranée, elles ne datent que de la fin de juin. Nous devons nous demander maintenant à quelle époque réelle remonte l'infection de la province de Benghazi, et combien de temps ses communications avec les ports de la Méditerranée restèrent ininterrompues après l'invasion réelle de la peste.

Il y à ce sujet deux versions : l'une, qui a été adoptée par toutes les administrations sanitaires et tons les écrivains (|iii se sont occupés en seconde main de ce sujet, est à\ui il M. liartoirlli; l'antre, indiquée parVadalact Ba-

rozzi, est restée inaperçue ou a été laissée dans l'ombre. Entre ces observateurs le choix ne doit pas, à première vue, être un instant douteux. L'un n'est resté que quelques jours dans la localité , et, quelle que soit son incontestable compétence, il n'a pas eu le temps, bien certainement, d'étudier les faits dans leurs détails, ni de faire toutes les recherches voulues. Les autres ont séjourné longtemps sur les lieux, ont recueilli un grand nombre de témoignages, et rapportent des observations tellement précises qu'il n'y a pas lieu de les mettre en doute. Toutefois, en semblable matière, il vaut mieux mettre les preuves et les documents sous les yeux du lecteur lui-même, qui sera libre ensuite de juger en pleine connaissance de cause. M. Bartoletti, dans sa communication à la Société impériale de médecine de Constantinoplele27aoûtl858, dit: « L'épidémie a pris naissance vers la mi-avril dans un campement d'Arabes formé d'une trentaine de tentes dans un endroit de la plaine appelé Amalis-Gaslin-IIeddaar, à huit heures de Benghazi. Le médecin sanitaire y a compté, le 1" mai, 7 décès sur 20 malades ; 77iais ce chiffre pourrait bien être au-dessous de la réalité^ à ne considérer que l'alarme causée à cette époque y pari' épidémie , dans toute la contrée. » Cette phrase donne beaucoup à réfléchir; car si, à cette é])0([\ie, l'épidémie avait causé l'alarme da?is tout le pays, non-seulement les décès doivent avoir été plus nombreux, mais aussi la maladie plus disséminée que ne le pense M. Bartoletti. Comment une épidémie locahsée dans un petit campement d'Arabes a-t-ellc pu, en quinze jours,

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jclor l'aliinuo tlaiis loulo lu contréo? comment, la nouvelle s'ou ost-olle môme répîmduo avec celle rapidilé dans un si couii espace do temps, si antérieurement des faits ne s'élaienl pas passés qui avaient créé l'inquiétude et la suspicion?

Ce n'est qu'au commencement de mai que les premiers décès furent nolés à Benghazi, et dans ce mois les rcî,nstres de mortalité signalèrent de 1 à 4 décès par jour. Mais, à partir du mois de juin, l'épidémie affecta une marche plus violente, et le 20 de ce mois il y eut 20 décès. A Derna, seconde ville de la province et port situé à l'est de Benghazi, l'épidémie se serait, selon le même écrivain, manifestée le 19 juin à la suite de l'arrivée d'un brick arabe provenant de Benghazi et ayant des malades à bord. A Merdje, village de l'intérieur des terres, entre Benghazi et Derna, la maladie, comme dans cette dernière ville, ne se manifesta jusqu'en juillet que par des cas isolés. Ensuite, .M. Bartolelti ajoute : « Vous le voyez, messieurs, notre opinion est que la peste a pris naissance dans le campement oii elle a éclaté, et qu'elle y est née spontanément, favorisée par un concours de circonstances exceptionnelles et très-extraordinaires. Cette opinion n'est pas une hypothèse, elle est fondée sur les faits les plus authentiques. » On se demande quels sont ces faits authentiques, si ce n'est l'enquête superficielle faite par le médecin sanitaire qui n'aurait reconnu, au dire de M. Bartoletti lui-même, que 7 décès, là où il a dù y en avoir un bien plus grand nombre et depuis bien plus longtemps qu'on ne l'avait pensé, puisque l'effroi

avait pu se répandre dans toute la province, comme le fail observer M. Bartoletti dans la phrase citée ci-dessus. ■ Le même écrivain explique ensuite la marche de la maladie et de la contagion de la manière suivante : r Peste dans un campement d'Arabes à huit heures de Benghazi, au commencement d'avril ; 2" Extension à la ville ; 3" Les tribus qui habitent le sud du plateau, s'élaiit isoléès, n'ont rien eu jusqu'ici; 4° En juin, la population de Benghazi effrayée émigré, alors propagation aux environs; 5" Puis Merdje est pris vers le 15 juin, à cause de ses communications avec Benghazi ; les nomades environnants sont épargnés. A Dcrna, un malade de peste, venu de Benghazi, a transporté la maladie le 25 mai. Telle est, suivant M. Bartoletti, la progression affectée par l'épidémie : « Lente d'une part, envahissante de l'autre, suivant la somme des communications qui existent entre un lieu infecté et un autre qui ne l'est pas. Enfin elle est, nulle du côté des Arabes noniades qui n'ont pas de communications avec les populations compromises. » Je crains fort qu'on ne trouve ce passage un peu trop probant en faveur du système de la contagion exclusive. Il est bien rare, en effet, que les épidémies les plus contagieuses affectent la marche que M. Bartoletti dit avoir relevée, probablement d'après les témoignages recueillis à Benghazi, car il n'a pas été dans l'intérieur, et n'est même resté que peu de jours à Benghazi, n'y ayant été envoyé qu'en mission temporaire. Je ferai observer, en outre, que, dans ce rapport, M. Bartoletti indique deux dates d'invasion qui ne sont pas tout à fait identiques.

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dans lo campement arabe oonsidcrù par lui commic lo seul foyer originaire de la peste, l'une vers la mi-avril, l'autre au commencement d'avril.

Arrivons maintenant à la seconde opinion, professée par les médecins qui ont pu rester longtemps sur les lieux et qui ont parcouru l'intérieur de la province. Je commencerai parle récit de M. Barozzi : « Trois épidémies graves marchant parallèlement avec la famine précédèrent la peste dans la Cyrénaïque. Deux de ces maladies ne laissèrent pas de doute à Benghazi sur leur nature : c'était la variole et le choléra épidémique. La variole parut en mai 1856, le choléra date de novembre iSoS à Derna et d'avril 1856 à Benghazi. A la même époque, il régna dans la Cyrénaïque une affection lyphique suspecte. Ce prétendu typhus précéda la variole et le choléra; il débuta en effet au printemps 1855. Le docteur Formose, médecin sanitaire à Benghazi, le signala à l'intendance de Constantinople le 31 mai 1855. En mai 1 856, il enleva à Benghazi plus de 900 personnes. Formose appela cette affection typhus épidémique avec pétéchies et parotides; il en mourut lui-même au commencement de juin. » Barozzi, ayant conçu des doutes sur ce typhus, interrogea, en 1858 d'abord, les individus qui en avaient été atteints, puis toutes les personnes intelligentes de Benghazi qui pouvaient lui fournir des renseignements, et, fort de ces témoignages, il conclut que c'était une fièvre continue accompagnée de céphalalgie intense, de vertiges, de prostration extrême, de délire tranquille. Les parotides, très-fréquentes, parais-

saient souvenL au début do la fièvre, plus souvent cncom à son déclin. Onnota bon nombre de fois des enrjorgemcnls aux aines et aux aisselles. La mort survenait souvent au quatrième et même au troisième jour. « Si la plupart de ces symptômes appartiennent au typhus, ajoute Barozzi, il y en a cependant un, l'intumescence des ganglions axiilaires et inguinaux, qu'on ne saurait rattacher à cette affection. Nous devons même, dit-il plus loin, croire, d'après nos renseignements, que ces phénomènes no nous semblent pas devoir être rapportés au typhus dans une grande majorité des cas au moins. »

Tels sont les faits rapportés par M. Barozzi, délégué par l'intendance sanitaire ottomane pour diriger toutes les mesures adoptées contre la peste de Benghazi, et chargé aussi sans doute do l'étude scientifique do ce fléau sur lequel il a écrit, comme nous l'avons déjà dit, une remarquable monographit; toujours inspirée parle meilleur esprit scientifique et dégagée de toute préoccupation administrative. Ce mémoire, qui parut on 1861 et 1863 dans la Gazette médicale d'Orient, n'a été l'objet, de la part du conseil de santé, ni de l'intendance sanitaire ottomane, d'aucune observation critique. Peu de personnes compétentes en ont pris connaissance, et on ne s'est pas arrêté jusqu'à ce jour sur le fait si remarquable qu'il dévoile d'après les témoignages répétés des habitants de Benghazi... Voici un médecin très-capable, bien connu par sa loyauté et son désintéressement, qui déclare nettement que le typhus qui s'est montré dans la Cyrénaïque dès le printemps 1855 et qui a sévi en

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18o() à Boiiylmzi ii'élail pus lo Ivpluis, mais hioii la pcslc dans hun nombre de cas. liulépendaminenl, do reiKjuèLo faite i>ar Barozzi sur la maladie de 1856, il y a un second lémoignagenon moins positif et démonstratif : c'est celui do Vadala, qui succéda à Formose en qualité de médecin sanitaire de la Cyrénaïquc. Cette pièce importante, nous la trouvons heureusement dans le Recueil des travaux du comité consvllatif d'hyfjiène, et nous la reproduirons ici intégralement en l'accompagnant des annotations auxquelles elle a donné lieu :

(( Note du docteur Vadala, tnédecin sanitaire otto?nau à Bem/hazi, 30 juin '1859. — En 1856, il se développa à Benghazi une grande épidémie que le médecin sanitaire d'alors (1) (le docteur Formose) diagnostiqua et déclara être un typhus épidémique. Dans des milliers de cas des bubons furent observés dans les régions parotidieiines, d'après lesrelevés que j'ai faits sur les bulletins officiels écrits par ce môme médecin, et d'après les opinions qui m'ont été données par les médecins du pays. Le fils du médecin défunt, qui accompagnait son père dans les visites auprès des malades afin d'acquérir la pratique médicale, m'a assuré, ainsi que quelques Européens dig nes de foi, qu'indépendamment de ces bubons parolidiens, on a vu chez quelques sujets des bubons aux régions axillaires et inguinales dontrexistencea été

(1) Le rédacteur du Recueil des travaux a cru devoir ajouter ici la noie suivante : « Le médecin dont il est question était un empirique sans insiruclion médicale, et dont l'autorité en pareille matière ne saurait faire loi. ■>

constatée par un grand nombre d'Européens conjointement avec le médecin et son fils. En conséquence do cette constatation, le médecin s'attachait à faire de plus exactes observations pour s'assurer si, sur tous les individus atteints, les bubons se manifestaient dans les susdites dernières régions. Mais malheureusement, pendant ce temps, la maladie régnante vint le frapper mortellement. Le fils m'a assuré (ainsi que sa famille) que son père avait un bubon dans la partie axillaire gauche, de la grosseur d'un œuf de pigeon, et que pendant le cours de la maladie il accusait toujours une douleur lancinante dans cette région. En conclusion, je dis que, des informations exactes recueillies relativement à l'épidémie de 1856, des milliers de cas mortels ayant présenté des bubons au cou, de la constatation chez quelques-uns des bubons aux aines et aux aisselles, de la mort du médecin avec un bubon à l'aisselle; du cours suivi par la maladie dans laquelle les attaqués guérissaient ou mouraient du troisième au septième jour; du vomissement et du délire qui se manifestaient chez tous ; enfin, de la similitude entre ces symptômes et ceux que présentaient les pestiférés observés par moi en 1858, ainsi que du chilfrc de la mortalité qui s'est élevé à environ 8,000 (1), presque le double de celle de 1858, suivant le relevé que j'en ai fait sur le registre des décès; de tous ces faits, dis-je, il y a lieu de conclure, sans crainte de se

(1) Barozzi a relevé en mai seulement 900 décès. La peste, en 1S5S, ne causa dans ce même mois que 95 décès.

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Irompor, qiio lo lypluis, accompagné peiulanl, quclquos mois do choléra dans l'épidémio de 1856, était plutôt la poste, ot que l'épidémie pestilentielle qui a reparu dans If district de Benghazi en 1858 est le produit des germes do la peste laissés par l'épidémie de 1836, lesquels germes latents se sont développés après douze mois dans le district de Benghazi par suite des causes prédisposantes survenues en 1858; soit : 1° les variations atmosphériques continuelles qui ont régné en 1858 et qui ne sont pas hahituelles dans ces localités; 2" les fouilles pratiquées dans les fosses par les malhc:ir:)ux dans tout le district pour en retirer les ossements d'hommes et d'animaux que, par suite de la disette et pour apaiser leur faim, ils allaient vendre à des marchands européens qui les recherchaient pour l'exportation. De tous les faits positifs exposés ci-dessus, je conclus en disant que la peste de 1858 doit sa naissance à l'épidémie pestilentielle de 1856. »

Le Recueil des travaux du comité consultatif dliygiène ajoute à cette note la rôflection suivante: « On a cru devoir reproduire cette lettre du docteur Vadala, sans accorder toutefois aux assertions qu'il rapporte et aux déductions qu'il en tire la valeur d'une démonstration incontcstahle. » Je pense que tout esprit non prévenu qui lira le témoignage de Vadala, en le rapprochant de celui de Barozzi, arrivera à la même conclusion jue cesmédecins. On aurait beau, dans un sujet si important (où il faut négliger la question du style et celle de a forme de la narration pour ne voir que le fond même

des choses), se rojcLer sur le caractère confus et incoliércnt des rapports venus do Benghazi el sur hi faible instruction médicale des agents sanitaires, ces rapports et leurs auteurs parlent toujours assez haut quand ils mentionnent les engorgements axillaires et inguinaux, les vomissements, la mort ou la guérison prompte. Un agent sanitaire, sans instruction classique, peut faire une grave erreur de séméiotique ; mais tout médecin instruit doit ôtre prêt à rétablir immédiatement le diagnostic sur les données mêmes mentionnées dans ces rapports. Du reste, l'erreur commise par Formose et par Vadala dans le diagnostic de la peste n'indique-t-elle pas assez le manque d'instructions officielles nettes et précises à ce sujet? C'est à ces instructions incomplètes, ou peut-être même nulles, qu'il faut attribuer des erreurs de diagnostic que nous verrons malheureusement se répéter dans toutes les épidémies de peste, et être commises non plus seulement par des agents inconnus, mais même par des médecins distingués, tels que Naranzi, secrétaire du conseil de santé de Gonstantinople, Palladino, médecin en chef de Ilillé, le docteur Beck, de Bagdad, le docteur Iliny de Bakou, et môme, il faut bien le dire, le conseil supérieur de santé de Gonstantinople lui-même en 1867.

M. Vadala, médecin sanitaire, a pu croire pendant quelque temps qu'il avait affaire à un typhus non contagieux, opinion contraire à celle des habitants du pays de Benghazi qui pensaient que cette maladie, accompagnée de bubons, pouvait bien être la peste ; il a pu alléguer

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comnio prouve do son diagnostic que les bubons ne parvenaient jamais à la suppuration, ignorant (pie le même fait s'est présenté dans quelques épidémies de peste ; il a pu penser que la mortalité n'étjiit point aussi considérable que dans la vraie peste, no sachant point que la mortalité de ce fléau varie dans des proportions assez notables suivant les épidémies ; il a pu même être trompé par une de ces circonstances fortuites qui se rencontrent quelquefois dans la pratique médicale, et dire que tous les malades qui se soumettaient à son traitement échappaieiijt à la mort (1) ; ce ne sont pas là pour nous des motifs suffisants de mettre en doute les assertions de ce médecin sur des faits de simple témoignage et do pure constatation, tels que l'existence de bubons axillaires et inguinaux dans la maladie de 1856.

Oui, incontestablement pour moi, on a eu aiïairedans cette année et peut-être aussi dès 1855 à une de ces épidémies assez fréquentes en Europe dans le xvi" et le xvn*" siècle, et dans lesquelles les cas de typhus ou de lièvre typhoïde se mêlaient aux épidémies de peste dans une proportion plus ou moins grande. L'apparition de bubons axillaires et inguinaux en nombre assez notable dans cette épidémie est pour moi un fait positif, acquis à la science et dont la signification n'est pas douteuse. En face de cette constatation positive et répétée, peut-on accorder une importance majeure aux conclusions

(1) Nous verrons plus loin que le docteur Beck, dans la peste de Bagdad en 1876, prétendait {ruérir tous ses malades par la quininci

adoptées par M. lîarlolctLi dans des circonstances év demment défavorables à un examen bien sérieux et san l'interrogation des témoins de l'épidémie de l8S6? E bien examinant la question, on voit que ces conclusio n'ont trait, au fond, qu'à l'année 1838. Déjà trop absolu sous le rapport de l'invasion de cette année (i), elles n s'appliquent pas aux événements antérieurs qu'elles n comprennent pas dans leur teneur.

Nous dirons donc que la peste débuta par des signes bien caractérisés dans la province de Benghazi au plus tard en 1856, et qu'elle marcha cette année concurremment avec une épidémie très-grave de typhus; qu'il y eut en 1857 un temps d'arrêt et qu'au printemps de 18o8, avec la coïncidence d'une intempérie exceptionnelle, la peste se montra toute seule. La formidable épidémie de typhus de 1856, qui enleva à Benghazi 5,000 individus, le double du chilîre de la mortalité de 1858, ne fut pas, à ce qu'il parait, l'objet d'une investigation sérieuse à cette époque. Donna-t-elle heu à des mesures quarantcnaires? Quelle fut la patente délivrée en 1856 aux provenances de Benghazi pendant le règne de ce typhus accompagné de peste ? N'y eut-il pas là, tant à cause du typhus que des cas de peste qui s'y mêlaient, un danger réel pous tous les pays en communication avec la Tripolitaine? Quelles furent les mesures sanitaires mises -en pratique? Dans la Cyrénaïque, oh sait déjà qu'elles

(1) Qui, d'api'ès M. JJartoletti lui-même, y est fixée à une date trop tardive.

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furent nulles et qu'on no reconnut qu'en 1858 la maladie à huiucllo on avait eu aiïaire. Il on fut probablement de même sur tout le littoral de la Méditerranée. Pendant qu'une épidémie terrible de typhus pestilentiel régnait à Benghazi, onne reçutaucun avis indlquantla nature précise du mal, et encore aujourd'hui, malgré les témoignages incontestables que j'apporte sur la question, on se demandera si la peste parut véritablement à cette époque. Si c'était vraiment la peste, dira-t-on, pourquoi ne s'est-elle pas communiquée ? Puisqu'aucune mesure sanitaire ne fut appliquée à temps ou avec assez de soin pour enrayer la maladie, pourquoi celle-ci s'arrôta-t-elle? En un mot, quelles furent les causes delà limitation do la peste en 'I806, 1858, 1859 à la Cyrénaïque? A cette question je répondrai qu'il résulte pour moi de l'étude des faits que, dans ces trois années, le mal développé dans certains foyers par évolution spontanée adù se propager de proche en proche par contagion ; mais que cette contagion ne fut ni assez générale, ni assez forte pour propager le mal hors d'une certaine zone limitée oti existaient toutes les conditions prédisposantes; autrement, les libres communications de l'année 1856, les familles de Benghazi qui émigrèrent sur Malte et Alexandrie en juin 1858, le retour des ouvriers moissonneurs vers cette époque, les marchandises susceptibles, telles que les laines, qui furent exportées, auraient servi certainement de véhicule au lléau pour lui faire dépasser les frontières de la Cyrénaïque.

Ce fait, nous le verrons se répéter dans toutes les

autres épidémies de peste dont nous aurons tà parler icîH et il est fort heureux qu'il en ait été providentiellement ainsi, puisque les moyens mis en usage pour arrêter ou pour faire disparaître le fléau furent nuls ou sans efficacité aucune, ou bien appliqués à une époque trop reculée du début réel delà maladie (1).

(1) Quand je tiens dans ce chapitre à reporter la date de l'invasion de la peste à l'époque de la première apparition des cas de cette maladie, je ne veux pas préjuifer la question de la contagion ou de la noncontagion des cas sporadiques. Je dis seulement que ces cas sont la racine ou l'origine des cas épidémiques. C'est sur eux qu'il faudrait concentrer les efforts pour empêcher ces derniers de se développer. Si on ne considère comme contagieux que les cas épidémiques, qu'on les jirenne au moins, pour chercher à les limiter ou à les éteindre, au début et non pas à la fia.

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