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tité de paysans, d'artisans et d'étrangers, au nombre de huit cents, s’étaient réfugiés à Riom depuis environ deux ans sans y posséder aucune propriété. Ils logeaient un peu à l’aventure ; les moins pauvres avaient loué quelques maisons dans les bas-quartiers, les autres couchaient dans les étables. A la réunion du conseil de santé du i 6 août, les consuls émirent l’avis qu’il fallait purger la ville de « ce tas de fainéants. » Sans qu’il s’élevât dans cette assemblée, que la douleur rendait implacable, une seule protestation, on arrêta que dans la huitaine tous les étrangers désignés dans la requête des consuls videraient la ville et comme beaucoup de propriétaires étaient liés par des baux, l’Assemblée décida « qu'au moyen de la » même ordonnance, tous les baux demeu- » reraient sans effet pour non faits et non » avenus. »
Ces déterminations exceptionnelles redoublèrent chez tous l’épouvante et la consternation. Chaque jour voyait s’éclaircir les rangs des personnes dévouées qui avaient donné l’exemple du courage et de la fermeté
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Trois des consuls étaient encore à leur poste, le quatrième avait été transporté aux cabanes. Quant aux commissaires de santé, tous avaient disparu ; les uns étaient morts, d’autres étaient malades , d’autres enfin étaient partis avec leurs familles ; seul le bourgeois Soubrany était resté à son poste.
On procéda à d’autres élections (7) ; mais les nouveaux commissaires étaient loin d’avoir l’autorité de ceux qu’ils remplaçaient. Aussi de graves désordres se produisirent-ils dans la ville pendant les derniers jours de septembre. Le peuple, irrité contre ceux qui l’abandonnaient au lieu de souffrir avec lui, excité par la privation des vivres, par les douleurs de toute nature, se mit en pleine révolte.
La nuit , les maisons étaient pillées ouvertement, les hallebardiers chargés de maintenir l’ordre étaient frappés et les malades des cabanes, profitant du désordre, entraient par bandes dans la ville. Enfin le mal était à son comble, lorsque le syndic de l'importante corporation des tanneurs, nommé Escole, s’offrit à remplir gratuitement la
charge de chevalier du guet et à maintenir le peuple dans son devoir. C’était un homme déjà avancé en âge, mais il était connu par son énergie peu commune et il jouissait de la vénération publique.
Le conseil lui donna donc de pleins pouvoirs.
Sans perdre de temps, Escole réorganisa la milice urbaine, l’augmenta et se mit en mesure de repousser la violence par la violence. Désormais, contre tous ceux qui enfreignaient les ordres du conseil, contre tous ceux qui se livraient au pillage, il n’y eut plus qu’une seule peine appliquée : la mort. Quelques rebelles assemblés en bandes furent traqués dans une maison du faubourg de Mozat, où ils voulaient tenter de se défendre, et passés par les armes. Les malades échappés des cabanes, qu’on rencontrait dans les rues de la ville, étaient également mis à mort sur-le-champ.
Grâce à cette énergique attitude, l’ordre fut promptement rétabli et la ville reconnaissante expédia au sieur Escole des lettres de remerciements (8). Les mois d'octobre et
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de novembre lurent les plus douloureux pour la malheureuse cité. Les décès se multipliaient au point qu’on ne trouvait plus d’ouvriers pour faire les fosses et on enterrait les cadavres dans la neige (9).
Au milieu de toutes ces calamités le premier consul tomba malade et se fit transporter au château de Chazeron ; presque en même temps les consuls Dallemaigne et Bernard furent atteints et succombèrent.
En leur absence quelques citoyens dévoués consentirent à s’occuper des affaires publiques ; mais leurs décisions ne laissèrent aucune trace. Les secrétaires de la ville étaient morts; on ne tenait plus de registres de délibérations et de fait on ne délibérait plus; on agissait selon les exigences du moment. De même que les offices divins se célébraient depuis quelque temps sur les places publiques, de même les rares réunions du conseil de santé avaient lieu au milieu du carrefour des Taules ou dans la bassecour du palais et celles du corps de ville, dans les vastes prairies au devant de Bon 11elille, à mille pas environ des remparts.
LA PESIE
Tout portait évidemment l’empreinte sinistre d’un découragement général : les églises étaient pleines d’ex-voto, des cierges brûlaient nuit et jour aux lanternes de toutes les madones; mais, voyant tant de vœux inexaucés, les plus fervents sentaient la prière se glacer sur leurs lèvres et tombaient dans une langueur mortelle.
Cependant dans les premiers jours de décembre le fléau diminua subitement d’intensité et, le 1 5 , les rapports présentés au conseil de santé indiquaient une amélioration tellement sensible que peu à peu les mesures de rigueur furent presque toutes supprimées et les derniers habitants des cabanes furent autorisés à rentrer dans leur logis.
La Framboisière avait déjà quitté la ville. Les portes furent ouvertes aux étrangers et, les marchés reprirent leur cours ordinaire.
Toutefois la misère était grande et les impositions se payaient avec peine même par les plus riches.
Le 21 décembre les consuls convoquèrent
l’Assemblée générale à Bonnefille et exposèrent qu'ils n'avaient pu lever que le quart des impôts. Il y fut décidé que M. le président Combes ferait un voyage en cour au plus tôt pour obtenir du Roi la décharge des tailles de l’année 1 63 i et de deux ou trois autres, « Mieux que personne, disait la » délibération, il sait les misères de la ville » pour les avoir vues par ses yeux, il sait le » nombre des corps morts (io) et peut seul » rendre compte de ce qui est arrivé durant » la maladie en cette ville, où il est demeu- » ré très-utilement pour le bien public et » particulier des habitants.»
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