‹ La peste noire de 1631Chapitre 4 sur 15 · I.A PESTE · texte numérisé non relu

I.A PESTE

de grandes caisses hermétiquement closes et transportés à la rivière de Morge, où on les déposa « en belle eau courante. » Les maisons, les meubles furent lavés à la chaux vive. La Framboisière fit ensuite prendre par le conseil de santé un grand nombre de mesures de salubrité. Ordre fut donné pour arrêter la propagation du mal, de tuer les chiens, les chats et les pigeons des colombiers.

En même temps, les réunions publiques furent défendues et, pour que l’exemple partit dehaut, on engagea le chapitre de Saint- Amable à faire célébrer la messe et les vêpres en plein air, sur un autel dressé au milieu du carrefour des Taules. Tout le clergé s’empressa de déférer à cette invitation et dès lors, jusqu’à la cessation de la maladie, les offices furent dits sur les places publiques.

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es membres du corps de ville avaient lutté jusqu'alors contre la désertion des habitants et les principaux citoyens étaient restés dans la cité malade, pour donner l’exemple du courage et du dévouement. Les Sirmond, les Murat, les Regin, les Charrier, les Mangot, les Basmaison , avaient envoyé leurs familles dans les villages circonvoisins , notamment à Loubeyrat et à Chazeron, qui avaient été préservés de l’invasion ; quant à eux, ils étaient restés dans la ville comme à un poste d’honneur. MM. de la Sénéchaussée avaient persisté à tenir leurs

audiences et avaient même refusé d’avancer d’un mois l'époque des vacations, comme l’avis en avait été ouvert. Le médecin La Framboisière fit prévaloir d’autres idées. Il expliqua au conseil que l’agglomération des habitants dans une ville étroite, resserrée de tous côtés et comme étouffée par les remparts, présentait, pour la santé publique, le plus grand péril. Dès lors ce fut à qui partirait le plus vite ; les consuls firent autant d’efforts pour dépeupler la ville qu’ils en avaient faits jusqu’alors pour retenir les habitants. Le 1 1 du mois d’août , ils se rendirent officiellement au palais de la Sénéchaussée où ils étaient attendus. Introduits dans la grande salle, toute la compagnie se trouvant réunie, ils exposèrent le danger qu’entraînait la tenue des audiences, à cause des allées et venues du grand nombre d’étrangers que les procès attiraient et demandèrent de nouveau que le temps des vacations fut avancé. Il fut fait droit à leurs réquisitions. L’assemblée décida que la Sénéchaussée serait transférée à Sauxillanges (6) et, sur la demande des consuls, elle ordonna que deux juges du

siège Présidial resteraient à Riom à tour de rôle pour rendre justice aux habitants et contenir le peuple dans son devoir.

Cette dernière précaution n’était point superflue car la situation devenait chaque jour plus critique. Les vivres commençaient à manquer et le conseil avait interdit de laisser sortir de l'enceinte le blé et le vin; bientôt il avait fallu opérer des perquisitions dans les maisons des personnes absentes et les dizeniers avaient transporté dans les greniers de la ville toutes les denrées qu’on y avait trouvées. Malgré cela la viande et le pain avaient atteint des prix inusités et chaque matin des artisans, des laboureurs, qui jusque-là avaient vécu de leur travail, se présentaient devant la maison du St-Esprit pour demander l’aumône.

Les consuls en firent arrêter trois cents qui reçurent l'ordre de sortir de la ville pour n’y plus rentrer et on leur donna pour logement une grange au Gay-Déduit, à la charge par eux de se nouirir comme ils pourraient.

En même temps les consuls prirent une autre^mesure plus rigoureuse encore. Quan-

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